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Sorties de la Semaine

  • Grand écran: "La bonne épouse", laborieuse comédie féministe aux couleurs pop

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    labonneepouse.jpgTenir sa maison avec abnégation, se plier au devoir conjugal sans moufter, ne jamais se laisser aller, veiller à l’économie, bref respecter les piliers indispensables pour devenir des épouses et des mères parfaitement soumises, le rêve de l’homme: c’est ce qu’enseigne Paulette Van der Beck (Juliette Binoche) dans l’école ménagère qu’elle dirige avec son mari (François Berléand) en Alsace.

    Mais on approche de Mai 68. L’école est moins fréquentée, les mœurs changent, les jeunes filles s’émancipent, se montrant moins enthousiastes à l’idée de devenir d’irréprochables femmes au foyer cantonnées dans des situations subalternes, sans ressources financières, totalement dépendantes du bon vouloir de leur mari. Avec cette révolution qui s'annonce, les certitudes de Paulette vacillent. D’autant plus lorsque veuve et ruinée, elle s’abandonnera tardivement à un amour de jeunesse (Edouard Baer) longtemps éconduit. Des scènes qui confinent au pathétique.

    A l’image du film dans son ensemble, malheureusement. Car Martin Provost, réalisateur si apprécié et délicat de Séraphine et Violette, se complaît, en voulant rendre hommage aux femmes, dans une comédie caricaturale pour rappeler laborieusement l’histoire de leur émancipation. Grossissant outrancièrement le trait, il enfile dès lors les clichés comme des perles, tout en évoquant quelques stars d’alors, Adamo, Guy Lux, ou Joe Dassin pour nous mettre dans l’ambiance.

    On oublie aussi les ridicules François Berléand et Edouard Baer. C'est un peu mieux côté comédiennes, mais on n’atteint pas des sommets. Dans cet univers aux couleurs pop, Martin Provost a confié le rôle principal à Juliette Binoche, qu’on retrouve , dans les deux tiers de l'opus, en bourgeoise coincée faussement chic, boudinée dans son tailleur rose.

    Elle est secondée par sa belle-soeur (Yolande Moreau), vieille fille brindezingue qui rêve au prince charmant et découpe brutalement les volailles façon Maïté dans la fameuse émission télévisée que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître: La cuisine des mousquetaires, Ainsi que par une religieuse (Noémie Lvovsky), acerbe et autoritaire avant de céder elle aussi au vent de liberté qui souffle en ce printemps prometteur...

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

     

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  • Grand écran: "Benni", portrait saisissant d'une petite fille violente et sauvage

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    illustration-cine-debat-benni_1-1572348682.jpgBlonde, les yeux bleus, la peau diaphane, elle  aurait pu avoir tout d'un ange.  Mais Benni (Helena Zengel) est une fille de neuf ans sauvage, dangereuse. Elle se bat violemment avec les enfants qui ne la comprennent pas et elle fait peur aux adultes. Traumatisée toute petite, ne supportant pas qu’on lui touche le visage, elle est sujette à des crises de panique qui la mettent dans des colères noires et la rendent terriblement agressive. Elle devient alors ingérable.

    Benni est prise en charge par les services sociaux et médicaux, mais tout ce qu’elle veut, c’est retourner vivre chez sa mère, célibataire, qu’elle adore. Fragile, instable avec deux enfants plus jeunes à élever de surcroît, celle-ci, incapable de s’occuper de Benni, se voit forcée de l’abandonner. Ce qui n’est pas de nature à calmer la rage de sa fille.

    Madame Bafané, directrice de centre et Micha, éducateur spécialisé dans les ados à problèmes, tous deux manifestant une rare bienveillance doublée d’une patience à toute épreuve, prêts même à enfreindre le protocole pour le bien de Benni, tentent de lui trouver un cadre bénéfique.

    En vain. Refusée par de nombreuses familles d’accueil, la gamine se voit également expulsée de tous les foyers où elle est placée, personne ne résistant à ses explosions de fureur. Benni a besoin de beaucoup plus de soutien que le système actuel a à lui offrir. Le titre original, System Crasher/Systemspenger, exprime parfaitement cette impuissance, cette désolante absence de solution à long terme.

    Au-delà du portrait saisissant de la fillette irrécupérable, le premier long métrage de Nora Fingscheidt est aussi un hommage au dévouement et l’empathie sans faille des travailleurs sociaux, symbolisés par Madame Bafané et Micha.

    La réalisatrice allemande met par ailleurs les nerfs et les oreilles des spectateurs à rude épreuve pendant deux heures. A chaque fois qu’un élément positif semble se dessiner, comme la belle relation qui s’installe entre Benni et Micha, c’est un nouvel échec avec un brutal et frustrant retour en arrière.

    Ce drame social pédagogique, émouvant, au scénario intelligent, très éclairant sur la pathologie dont souffre Benni, est porté de bout en bout par la jeune Helena Zengler, qui livre une prestation impressionnante. Les rôles secondaires de l’assistante sociale, de l’éducateur et de la mère sont eux aussi très convaincants.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

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  • Grand écran: "O Fim do Mundo", film de résistance sur une jeunesse lisboète meurtrie

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    O-Fim-do-Mundo-11.jpgDans ce long métrage qui commence par un baptème et se termine par un enterrement, symbole de la fin d’un cycle et du début d’un autre, Basil Da Cunha suit les déambulations du jeune Spira (le beau Michael Spencer). Après avoir passé huit ans dans un centre pour mineurs, il retrouve sa famille et ses potes en revenant à Reboleiria un bidonville de la banlieue de Lisbonne voué à la démolition, où le réalisateur vaudois d'origine portugaise vit depuis dix ans.   

    Le retour de Spira, à la recherche d’un travail, rêvant d’un futur qui n’a pas grand-chose à lui offrir, n’est pourtant pas du goût de Kikas, un vieux trafiquant. Il lui fait comprendre qu’il n’est pas le bienvenu dans ce quartier à deux pas du centre de la capitale envahie par les touristes, où les habitants désoeuvrés, rejetés par le capitalisme, se débrouillent comme ils peuvent pour survivre. Ce sont les voisins et amis du cinéaste, qui en montre à la fois les côtés humains et brutaux.

    S’inspirant de leurs histoires, mêlant la réalité et la fiction en créant un univers parallèle, le cinéaste dresse dans O Fim do Mundo le portrait d’une jeunesse meurtrie, à travers des personnages dont on a volé l’enfance. Ils ont perdu leur innocence et prônent les vertus du crime à l’ancienne.

    Humaniste, l’auteur aime valoriser, mettre en lumière des gens qui ne le sont pas, leur donner de la visibilité à travers le cinéma, leur rendre une dignité et une parole qu’on leur refuse. Dans cette favela il magnifie les habitants, à l'image de Spira qui, tel un ange noir, la traverse en essayant de voir plus loin en dépit d'un avenir bouché. «J’ai voulu faire un film de résistance, sur la fin d’un monde, d’un quartier, d’une génération, représenté par cet endroit, un des derniers maquis où on peut vivre autrement.»

    Pour lui, c’est une résistance à la normalisation qui lui fait peur, à la modernité. «Même si elle s’immisce à travers quelques téléphones portables, il y a une volonté de ne pas rester rivé à son ordinateur.»  Comme dit l’un de ses personnages, ce n’est pas de cette manière qu’on va conquérir le monde ou se faire de l’argent.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars. 

     

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  • Grand écran: dans "Sous la peau", Robin Harsch suit trois ados sur le douloureux chemin de la transition. Interview

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    Sous-la-peau-8.jpgEffie Alexandra, Söan et Logan sont nés dans le mauvais corps. Avec des attributs qui ne correspondent pas à ce qu’ils sont. Obsédés par ce qui leur manque ou ce qu’ils ont en trop, par le regard de l’autre, par le dire ou le cacher. Pendant plus de deux ans, le Genevois Robin Harsh, se mettant à la place du spectateur, du parent ou du jeune qui se pose une foule de questions, a suivi ces trois adolescents sur le long et douloureux chemin de la transition, le grand bouleversement  qu’elle provoque chez eux, leurs parents, les difficultés qu’elle entraîne à l’école et dans la société.

    Mais il est surtout question d’une quête de leur véritable identité. De cette identité enfouie au plus profond de chacun d’eux. «Aujourd’hui on parle de LGBTI, mais il  n’y a pas, dans l’alphabet, suffisamment de lettres pour décrire toutes les différences de l’humanité», explique Effie, qui ne s’est jamais senti un garçon. «J’étais une fille avec des organes génitaux différents. Je dirais même que j’avais un pénis de fille et que peut-être il allait tomber un jour. Je suis libre depuis que j’ai des seins. Mon corps m’appartient.»

    «Dès que j’arrivais, ils me disaient “T’es un garçon ou t’es une fille ?” remarque Söan. « Que ça, tout le temps… Du coup, il y a un moment où j’ai basculé à l’opposé. Je me maquillais, j’avais un sac à main… Ce que je ne ferais plus jamais de ma vie aujourd’hui… » Pour Logan, c’est juste le haut qui le dérange beaucoup. «Comme une prison que t’as envie d’arracher.».

    IMG_8506-rotated.jpegRobin Harsch, 42 ans, auteur de plusieurs courts métrages et de documentaires pour la télévision, s’est lancé dans l’aventure par hasard. « En 2015,  une amie me parle de la création du Refuge à Genève, un centre qui  permettra à des adolescents LGBTIQ+ de venir parler de leurs problèmes en lien avec leur préférences sexuelles ou leur identité de genre. Je me suis dit que cela ferait un bon thème de documentaire.»

    Il a vu plusieurs gays, mais aucun ne voulait être filmé à visage découvert. «J’ai donc laissé tomber le projet et décidé, deux ans plus tard, de me concentrer sur les trans, grâce à Effie Alexandra qui avait envie de parler. J’ai ensuite rencontré Söan et Logan.»

    Au début, Robin pensait les accompagner pendant six mois.  « Mais c’était trop peu, chacun d’eux étant dans une étape différente sa transition et l’expérience a duré beaucoup plus longtemps. Tous les trois se sont livrés facilement. Le courant a passé très vite. Peut-être parce que je leur ai beaucoup parlé de moi, de de ma vie, de mes histoires d’amour.»

    Un soutien parental primordial

    Robin Harsch s’intéresse aussi évidemment aux parents, qui ont été plus difficiles à convaincre de s’exprimer. Il a fallu établir la confiance. La mère de Logan évoque alors sa souffrance. « C’est comme un deuil. Comme si ce garçon allait tuer ma fille que j’ai connue pendant dix-huit ans. Puis avec le temps, on récupère un jeune homme épanoui, bon à l’école, qui va mieux... » Pour la mère de Söan, il n’y a pas de genre. « Il n’y a pas de il ou elle. Ce qui reste c’est l’enfant. Fille, garçon, l’enfant. Il n’y a que lui. » 

    Le soutien parental se révèle  primordial dans la mesure où plus de 70% des jeunes candidats à la transition ont eu des idées suicidaires. Un sur trois passe à l’acte ou fait une tentative selon des études internationales. Il n’y en a pas en Suisse, mais d’après une éducatrice du Refuge, le risque chute de 93% quand le trans est soutenu par son entourage. Reste que certains jeunes rejetés, voire menacés  par leur famille sont en danger. D’où un hébergement proposé au centre pour préserver leur sécurité physique ou psychique.

    Avec ce documentaire, Robin Harsch espère apporter sa petite pierre. «J’ai surtout pensé à ceux qui ignorent tout de la transidentité et ont des a priori.  On voit heureusement de plus en plus de films sur le sujet et c’est tant mieux. Je pense que les mentalités changent, principalement chez les jeunes qui se montrent de moins en moins jugeants. Par exemple mon fils de neuf ans trouve que c’est bien».  

    A l’affiche le 11 mars à Genève et Lausanne, le 18 à Neuchâtel et ensuite dans le reste de la Suisse.

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  • Grand écran: "De Gaulle": dans l'intimité du héros, avec Lambert Wilson et Isabelle Carré

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    image-nicxxq900_dr_cinexx-040320203.jpgMai 1940. La guerre s’intensifie, l’armée française s’effondre, les Allemands sont aux portes de Paris. La panique gagne le gouvernement qui envisage d’accepter la défaite. Un homme, Charles de Gaulle (Lambert Wilson, photo) qui vient d’être promu général, est convaincu que tout espoir n’est pas perdu, qu’il faut s’opposer au maréchal Pétain et continuer le combat. Sa femme Yvonne (Isabelle Carré) est son premier soutien, mais très vite les événements les séparent. Charles rejoint Londres où il prononcera son fameux appel du 18 juin sur les ondes de la BBC.

    Contrainte de fuir la maison familiale de Colombey-les-deux-Eglises tandis que le pays sombre dans le chaos, Yvonne se lance sur les routes de l’exode avec la gouvernante Mlle Potel (Catherine Mouchet), ses enfants dont Anne, la petite dernière, trisomique, qu’elle tient principalement à protéger. Ils finissent par trouver un bateau en partance pour la Grande-Bretagne où ils arrivent le lendemain du jour où le grand Charles entrait dans l’Histoire. .

    Aussi curieux que cela paraisse, alors que Churchill a par exemple inspiré plusieurs biopics, c’est le premier qui s’attache à de Gaulle. Dès lors on imaginait le film événement. Mais l’idée de son auteur Gabriel le Bomin n’est pas, à l'évidence, de proposer une grandiose fresque historique ou un portrait fouillé du mythique général. Il se concentre sur un moment crucial de sa vie où son destin et celui de la France basculent, sur ces quatre semaines qui ont précédé son initiative capitale de rallier l’Angleterre pour aller faire entendre une autre voix, celle de la Résistance.

    Un surprenant couple fusionnel

    Le film ménage une tension dramatique même si on connaît l’enjeu. Construit autour de la décision politique de ce rebelle au regard décalé face à la situation, il en évoque plus particulièrement les implications personnelles. On peut regretter l’hagiographie classique, un côté parfois artificiel de certaines séquences. Mais au-delà de l'exaltation sans nuances de la volonté et de l'inflexibilité de son héros, Gabriel le Bomin révèle sa fragilité en nous plongeant dans son intimité. Dévoilant l'homme derrière le général. Le montrant en privé avec sa femme Yvonne, ou manifestant sa tendresse envers sa fille handicapée.

    Une touche de romanesque nous laissant découvrir un couple fusionnel surprenant, émouvant, qu’un amour inconditionnel mais pudique aide à supporter les épreuves. Il est bien interprété. A commencer par Lambert Wilson. Enfilant le plus lourd des costumes, dont cette curieuse veste d'uniforme trop longue, il a l‘intelligence de ne pas tomber dans l'imitation. A ses côtés Isabelle Carré incarne une Yvonne de Gaulle comme on ne l’a en fait jamais vue. Loin de la traditionnelle image de Tante Yvonne, on découvre une charmante femme de 40 ans, touchante, amoureuse. Certes timide et humble, elle n’en est pas moins elle aussi, à sa manière, une combattante.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 mars.

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  • Grand écran: "Thiel le Rouge", le discret espion suisse sorti de l'ombre

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    nvelimpex_thiellerouge_1_lo.jpgLe 4 septembre 1963, dans les décombres d’une Caravelle de Swissair qui s’est écrasée peu après son décollage de Kloten, des sauveteurs découvrent le passeport d’un certain Reynold Thiel. Inconnu du grand public, ce Neuchâtelois figure pourtant parmi les personnalités les plus surveillées de Suisse, en raison de son engagement au sein du parti communiste.

    C'est ce que raconte en 2009 Alain Campiotti, journaliste au Temps, dans une série de trente articles consacrés à cet être mystérieux, par ailleurs homme d’affaires, talentueux pianiste, compositeur et couturier.

    Découvrant cette chronique, la cinéaste romande Danielle Jaeggi, dont le père était l’un des meilleurs amis de Reynold Thiel, a décidé de monter un documentaire à la première personne autour de cet homme secret, qu’elle a côtoyé dans son enfance et dont le comportement lui paraissait parfois étrange.

    Militant fervent, il devient un grand défenseur du parti communiste à l’occasion d’un séjour à Paris dans les années 1930. Puis il se bat en Espagne dans les Brigades Internationales, avant de rejoindre la résistance en France.

    Après la Deuxième Guerre mondiale, devenu un businessman, il voyage en Europe de l’Est et en Chine. Il reste sous contrôle étroit et assidu de la police fédérale qui a réuni sur lui un épais dossier, le film nous donnant lecture de certains rapports.

    Mêlant la petite histoire à la grande pour nourrir un métrage dont l’intérêt se situe surtout dans sa première partie, Danielle Jaeggi a rassemblé une foule de documents d’archives, de photos, de vidéos. Elle s’est également replongée dans ses souvenirs pour mener sa propre enquête et sortir de l’ombre cet espion si discret.

    Sorti dans les salles de Suisse romande mercredi 26 février, Thiel le Rouge sera projeté dimanche 1er mars à 11 heures au Cinéma Bio de Carouge, en présence de sa réalisatrice et de l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreyfuss. 

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  • Grand écran: "Dark Waters", le palpitant combat d'un avocat écolo face à un géant de la chimie

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    dark-waters-1.jpgAvocat spécialisé dans la défense des entreprises chimiques au début des années 2000, Robert Bilott, interpellé par un paysan voisin de sa grand-mère chez qui il passait ses vacances, découvre que la société DuPont est responsable de la pollution de l’eau en déversant ses déchets dans la rivière Ohio.

    Premier employeur de la région, l’usine empoisonne les habitants du lieu et les animaux avec le Téflon, un agent toxique. Face à l’évidence, déterminé à faire éclater la vérité contre l’avis de la hiérarchie, Bilott change de camp et va risquer sa carrière, sa famille, sa vie.

    Après l’admirable Carol et le décevant Musée des Merveilles, Todd Haynes change à nouveau de registre et livre, avec Dark Waters, un grand thriller d'investigation engagé, tiré d’une histoire vraie. Il est porté par Mark Ruffalo (l’impeccable reporter de Spotlight), à nouveau excellent dans le rôle de ce courageux avocat (photo). Jusqu’au-boutiste, il a mené une interminable croisade sacrificielle pour révéler une catastrophe environnementale et tenter de faire payer un groupe multinational usant de méthodes impitoyables et uniquement motivé par des intérêts économiques.

    Avec ce parcours du combattant héroïque, le réalisateur ne révolutionne pas le genre. Se sont notamment aventurés dans cette éternelle lutte de l’individu contre le géant capitaliste Steven Soderbergh dans Erin Brockovich, où Julia Roberts se bat elle aussi dans une affaire d’empoisonnement de l’eau. Ou Steven Zaillian dans Prejudice, racontant l’histoire d’un brillant avocat des riches (John Travolta), qui met toute sa fortune en jeu pour dénoncer une société industrielle responsable de la mort de plusieurs enfants. 

    En revenant sur l’affaire du Téflon et sa dangerosité cancérogène, le militant Todd Haynes n’en fait pas moins œuvre dénonciatrice, utile et pédagogique. Il propose un long métrage dramatique bien documenté, passionnant, palpitant, sur ce scandale de santé publique qui résonne évidemment très fort face aux problèmes écologiques actuels.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 février.

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  • Grand écran: Exceptionnelle, Renée Zellweger fait revivre Judy Garland

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    image.jpgRenée Zellweger, justement récompensée par un Golden Globe et un Oscar, est l’atout majeur de Judy, biopic inspiré d’une pièce de Peter Quilter, End Of The Rainbow. Signé de l’homme de théâtre britannique Rupert Goold, il s’attache plus particulièrement aux deux dernières années de la vie et de la carrière de Judy Garland, née Frances Ethel Gumm en 1922 d’un père suisse et d’une mère norvégienne, morte à 47 ans d’une overdose de médicaments en 1969. 

    Légendaire actrice et chanteuse américaine, elle est propulsée star à 17 ans pour son rôle de Dorothy dans Le Magicien d’Oz, qui lui vaut un Oscar juvénile. L’année suivante, alors qu’elle a formé un duo populaire avec un autre adolescent, Mickey Rooney, elle squatte le box office,

    Artiste talentueuse mais femme fragile, c’est là qu’elle devient toxicomane. Comme elle a un solide appétit, sa mère l’oblige à ingurgiter des coupe-faim pour ne pas grossir, puis les studios lui prescrivent des amphétamines pour tenir le coup lors des longues heures de tournage. Dopants, ils la rendent insomniaque et la contraignent à prendre des barbituriques pour dormir. Sa vie privée agitée accentue sa dépendance et en 1950, la MGM met fin à son contrat.

    L’intrigue de Judy se déroule 18 ans après. On découvre l’ancienne petite fiancée de l’Amérique, accro aux médicaments et à l’alcool, forcée de se produire dans des bars miteux. Fauchée, dépressive, terrifiée à l’idée de perdre ses enfants, elle accepte une série de concerts à Londres, au Talk Of The Town, pour en récupérer la garde et relancer sa carrière. Mais en aura-t-elle la force? Elle est épuisée et après une brillante première, retombe dans une fatale autodestruction.

    Des retours sur la jeunesse de l’enfant vedette

    Si l'opus, principalement construit autour des spectacles londoniens donnés à guichets fermés, se concentre sur cette courte période, il opère quelques retours pour évoquer l’enfant vedette, otage des studios qui à l’époque décidaient de tout. Scrutée, surveillée, droguée, voire affamée, elle vivra toute son existence devant les caméras. La scène où Louis B. Meyer explique à la jeune Judy qu’elle n’est pas la plus jolie, qu’elle n’a pas le plus beau visage, ni les plus belles dents, mais une voix extraordinaire, résonne presque comme un mauvais présage…

    Célèbre Bridget Jones, Renée Zellweger opère ici un retour triomphal après un passage à vide. Méconnaissable, exceptionnelle, elle n’incarne pas, elle est Judy Garland, interprétant elle-même, formidablement chaque chanson. Aucun trucage n’a été utilisé. Il faut dire qu’elle n’est pas novice en la matière, ayant remporté l’Oscar du meilleur second rôle pour la comédie musicale Chicago

    Possédée par son personnage qu’elle a travaillé pendant un ans, Renée Zellweger bluffe à la fois par la voix, l’accent, la posture voûtée, la gestuelle scénique, les fêlures, les caprices, l'humour, les contradictions de l’idole déchue. Broyée par Hollywood, elle reste une icône. Comme pour cet émouvant et fidèle couple d’homosexuels qui lui voue une admiration inconditionnelle. On regrette juste un peu que le film, même s’il évite le biopic chronologique traditionnel, ne soit pas toujours à la hauteur de la performance de son éblouissante tête d’affiche.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 février.

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  • Grand écran: dans "Baghdad In My Shadow", Samir s'attaque aux tabous du monde arabe

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    1574_1.jpgArchitecte, Amal a fui son mari despotique, vexé qu’elle ait osé demander le divorce et se cache de en vivant sous une fausse identité. Ne pouvant exercer son métier en Angleterre, elle travaille au Café Abu Nawas, lieu populaire londonien où se rencontrent des immigrés irakiens.

    On y trouve par exemple Taufik, un poète athée, ancien militant communiste sous surveillance de deux policiers le soupçonnant d’être en contact avec des cercles extrémistes pour avoir fréquenté la mosquée. En réalité, il se montre impuissant face au changement de son neveu Nassir, sous influence d’un prédicateur salafiste haineux, aussi radical qu’hypocrite.

    Il y a encore Muhanad, jeune informaticien gay. Menacé de persécution dans son pays en raison de son orientation sexuelle, il devient, comme Amal tombée sous le charme d’un chef de chantier, la cible de Nassir, considérant que  l’homosexualité et l’infidélité sont punissables de mort.

    Dans ce film tourné en anglais et en arabe et pour lequel les acteurs et actrices qui vivent et luttent en Irak pour leur liberté de penser, ont pris de gros risques, Samir raconte notamment le quotidien complexe de trois personnages éprouvant un sentiment de rejet.

    Mais l’idée du réalisateur, né à Bagdad, consiste surtout à les confronter aux tabous majeurs de la société arabe qu'ils incarnent: l’athéisme, l’adultère (plus généralement la condition féminine) et l’homosexualité. Des «tares impardonnables» dont personne ne veut parler.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 février.

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  • Grand écran: "Richard Jewell", nouveau drame captivant du mythique Clint Eastwood

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    494998-le-cas-richard-jewell-le-nouveau-film-de-clint-eastwood-la-bande-annonce.jpgParc du Centenaire d’Atlanta pendant les Jeux Olympiques d’été en 1966. Le 27 juillet, Richard Jewell, un vigile d’une trentaine d’années faisant partie de l’équipe de sécurité, découvre un sac à dos suspect caché derrière un banc. Il apparaît très vite qu’il contient un dispositif explosif. Jewell fait immédiatement évacuer les lieux et sauve de nombreuses vies.

    Acclamé pour sa bravoure, il est suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat. La nouvelle s'étale à la Une des journaux suite à un papier de la journaliste à l'affût d'un scoop pour l'Atlanta Journal-Constitution, Kathy Scruggs. D'un jour à l'autre, le malheureux passe de héros à suspect numéro un, honni par toute l'Amérique.

    Sous enquête du FBI pendant 88 jours, traqué par les médias le condamnant sans preuves, il est innocenté trois mois plus tard grâce à l’intervention de l’avocat Watson Bryant. Mais la réputation de Jewell, même blanchi, reste entachée. Il meurt en 2007 d'une défaillance cardiaque due à son diabète. Le véritable coupable, Eric Rudolph, a été arrêté en 2003 et condamné à la prison à vie en 2005.

    Signalons en passant qu’une plaque commémorative en hommage à l'héroïsme de Richard Jewell devrait être dévoilée sur les lieux de l’attentat le 2 mars prochain.

    Personnage ordinaire au destin extraordinaire

    Ce film est le quarantième de Clint Eastwood (89 ans), qui s’empare à nouveau d’une bonne histoire pour en faire une grande œuvre. Elle est adaptée d’un article de de la journaliste Marie Brenner publié dans Vanity Fair: American Nighmare:The Ballad Of Richard Jewell. Le mythique réalisateur brosse avec son art habituel, sur fond de déchaînement médiatique très actuel, le portrait d'un homme ordinaire au destin extraordinaire. L'opus s'inscrit dans la lignée des American Sniper, Sully, le 15h17 pour Paris. 

    Avant de nous plonger dans le drame et de montrer le terrible parcours d'un innocent aux prises avec le FBI et la presse, institutions puissantes dont il se plaît à critiquer la malveillance, la corruption et l’immoralité, Eastwood nous appâte avec la personnalité ambiguë de cet homme. Obèse, sujet à moqueries, habitant encore chez sa maman, incapable de garder un travail, acheteur compulsif d’armes à feu, Jewell est fasciné par l'uniforme et rêve de rejoindre la police. Soumis face à l’autorité, il le restera en toutes circonstances. 

    Couple fusionnel mère-fils bouleversant

    Paul Hauser est remarquable dans le rôle. Il forme avec sa mère (émouvante Kathy Bates) un couple fusionnel bouleversant. Sam Rockwell est parfait dans celui de l'avocat Watson Bryant, tout comme Jon Hamm en boss (fictif) du FBI. On n'en dira peut-être pas autant d'Olivia Wilde, à la limite parfois de la caricature dans la peau de la journaliste Kathy Scruggs, morte en 2001. Le métrage a d'ailleurs été critiqué pour la représentation"sexiste" qui en est faite, une ambitieuse aguicheuse et prête à tout, qui a (ou aurait) couché avec un agent du FBI en échange de l'identité du suspect.

    L'Atlanta Journal-Constitution dément formellement. Le propriétaire du quotidien a en outre demandé à Clint Eastwood et à la Warner Bros de déclarer publiquement que certains événements ont été imaginés à des fins artistiques. Le film se contente en effet de préciser, en fin de générique, qu'il est "fondé sur des événements historiques réels mais a créé certains dialogues et éléments pour les besoins de l'histoire".

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 février.

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