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La griffe du léopard

  • Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Regra 34" de la Brésilienne Julia Murat

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    Rien ne change à Locarno où, quasi systématiquement, le jury distingue une œuvre que de nombreux critiques n'auraient  jamais imaginé voir au palmarès. C’est à nouveau la cas. Le président Michel Merkt et ses complices ont décerné le Léopard d’or de cette 75e édition à Regra 34, troisième long métrage de de la Brésilienne Julia Murat. 

    Il s’agit dune «œuvre audacieuse et politique qui enverra un signal important. Le corps est politique", a relevé Giona Nazzaro, le directeur artistique. On cherche tout cela sans vraiment le trouver dans Regra 34, où Simone, étudiante en droit, lutte contre les violences faites aux femmes, notamment liées à la prostitution. Tandis qu’elle débat du sujet à la fac sur le plan juridique et moral, elle tente, chez elle, de comprendre les mécanismes de la violence et du sexe, en se transformant en "cam girl".

    De son côté le tout aussi improbable Gigi la legge de l’Italien, Alessandro  Comodin, huis-clos se déroulant dans une voiture de police avec son conducteur aussi lénifiant qu’agaçant, rafle le Prix spécial du jury.  Quant à la réalisatrice costaricaine Valentina Maurel, elle triple la mise avec Tengo Suenos Electricos (J’ai des rêves électriques), une relation père-fille de la classe moyenne urbaine "qui change des histoires de drogue dans les quartiers défavorisés". Elle décroche le Prix de la mise en scène et ceux de la meilleure interprétation pour ses protagonistes Daniela Marin Navarro et Reinaldo Amien Gutierrez. 

    On relèvera également une invraisemblable mention spéciale décernée au médiocre La nuit, tous les chats sont gris, du zurichois Valentin Merz. Sans commentaire.

    Mais fort heureusement le Festival de Locarno qui, selon les organisateurs, a connu une remarquable affluence, proposait bien d’autres choses à se mettre sous la rétine. Les critiques qui ont  suivi la compétition des Cinéastes du Présent estiment qu’une bonne partie des films tenaient la dragée haute, sinon davantage à ceux du concours international. A l’image de Svetlonoc, signé de la Tchèque Teresa Nvotova, qui remporte le Léopard d'or dans cette section.  

    Rétrospective Sirk très suivie 

    On a par ailleurs relevé de bonnes surprises sur la Piazza Grande, dont on vous a déjà parlé (voir nos articles précédents). Et bien sûr on n’oubliera pas, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Roberto Turigliatto, la Rétrospective intégrale consacrée à Douglas Sirk, né Detlev Sierck. Particulièrement suivis par les festivaliers conquis, les métrages ont été en outre remarquablement présentés par des amoureux et spécialistes de l’auteur, nous racontant plein d’anecdotes. 

    Au-delà des flamboyants mélodrames connus de tous (Mirage de la vie. Tout ce que le ciel permet, Le secret magnifique, Le temps d’aimer et le temps de mourir, La ronde de l’aube, Ecrit sur du vent), ils nous ont fait découvrir des curiosités comme Accord final. Le maître n’aurait que supervisé la réalisation de cette comédie romantique franco-helvétique de 1938,  signée Ignacy Rosenkranz.  

    Sauf que Sirk était constamment présent et qu’îl aurait simplement souhaité garder l’anonymat pour éviter tout litige avec ses producteurs allemands. Tourné sur les rives du Léman, montrant notamment Montreux et le Château de Chillon, Accord final annonce le style que le cinéaste développera durant sa période américaine.

    Le premier de ladite période c’est Le fou d’Hitler (Hitler’s Madman), 1942, récit fictif de l’assassinat de Reinhard Heydrich et du massacre de Lidice qui a suivi. Une vengeance terrible des Allemands, qui ont aussi complètement détruit le village. Le film présente John Carradine, terrifiant dans le rôle du monstrueux Heydrich. L’espace d’une scène, on aperçoit Ava Gardner,,,

    Dans Scandale à Paris (1946), son film préféré dit-il, Sirk adapte librement  les mémoires de Vidocq, célèbre brigand devenu chef de la police. Il collabore avec George Sanders, son acteur fétiche, dont il aime l’ironie, le cynisme, "J’ignore où va le monde et je m’en fiche", déclarait l’acteur … dont la force motrice était la paresse. Le comédien se révèle irrésistible, comme d’habitude. 

    On citera aussi Jenny, femme marquée (Shockproof), dont la fin a été réécrite car jugée trop rude. Libérée après cinq ans de prison pour meurtre, une jeune femme placée sous la tutelle du juge d’application des peines (qui en tombe fou ), ne rêve que de revoir son dangereux amant. Film noir de 1949, c’est l’esquisse des grands mélos de la décennie suivante.

    La Rétrospective sera au programme de la rentrée à la Cinémathèque suisse, avec la projection d’une quinzaine de films. 

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  • Festival de Locarno: "Annie Colère" prône la liberté des femmes et leur droit à l'avortement. Avec l'excellente Laure Calamy

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    Avec ce qui se passe dans le monde, surtout le vertigineux retour en arrière sur la question aux Etats-Unis, les films traitant de l’avortement relèvent de la nécessité. A l’image d’Annie Colère, signé de la Française Blandine Lenoir, porté par l’excellente Laure Calamy et d’autres formidables protagonistes. Passionnant, bien documenté et mis en scène, c’est l’un des meilleurs longs métrages programmés sur la Piazza Grande.

    Il commence en février 1974. On suit Annie, ouvrière et mère de deux enfants, tombée accidentellement enceinte. Elle découvre alors le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), qui pratique gratuitement des interruptions de grossesse illégales mais non clandestines. Il a été créé en avril 1973, dix-huit mois précédant l’adoption du projet Veil dépénalisant l’avortement avant dix semaines. La loi sera promulguée en janvier de l’année suivante.

    La MLAC, où officient des médecins, comptait à l’époque 300 antennes sur tout le territoire français. Il est fondé sur le partage des savoirs, l’aide concrète apportée aux femmes, l’écoute de leur parole, la bienveillance, la tendresse à leur égard- Dans la bataille pour l’adoption de la loi sur l'avortement, Annie va trouver dans cette organisation unique un nouveau sens à sa vie.  

    La réalisatrice, qui a terminé le tournage il y a un an, a toujours été très attentive à ce qui se déroule sur le front de l’IVG- "Même en France, où 180 centres ont fermé depuis 20 ans- Il est impératif de ne pas lâcher la lutte. Sinon, on perdra nos droits ", nous confie-t-elle. Mais on vous en dira davantage sur le film, son auteure et sa principale interprète lors de la sortie dans les salles romandes cet automne. 

    Un huis-clos froid et austère

    Après un début très prometteur, la compétition a stagné avec des œuvres auteuristes un rien hermétiques, voire chochottes. Toutefois l’une d’elles nous a particulièrement séduit. Il ‘agit de Serviam: Ich will dienen, de l’Autrichienne Ruth Mader. Elle nous emmène dans un pensionnat catholique pour jeunes filles de bonnes familles qui, juste motivées par le côté élitiste de l’établissement, ne savent pas trop ce qui s’y passe. Et ne s’en préoccupent pas

    Parmi les pensionnaires on découvre le lot habituel de caractères divers, de Sabine la petite peste à Martha, pupille dévouée et exaltée qui souhaite expier les péchés du monde. Cette dernière est la préférée de la directrice, une jeune sœur qui lutte énergiquement contre le déclin de la foi et encourage l’adolescente à porter le cilice. La cinéaste propose un huis-clos froid, austère, radical, violent, d’une lenteur pesante, sur fond de souffrance rédemptrice. Très réussi.

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  • Festival de Locarno: "Une femme de notre temps" et "Last Dance", les improbables de la Piazza Grande

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    Commissaire de police à Paris, tireuse émérite à l’arc, un sport qui a une grosse importance dans l’intrigue, Juliane Verbecke fait preuve d’une belle intégrité morale. Mais quand elle découvre la double vie de son mari, elle se comporte d’une manière qu’elle n’aurait jamais cru possible.

    Héroïne de ce drame projeté sur la Piazza Grande, Sophie Marceau, qu’on avait beaucoup aimée dans Tout s’est bien passé de François Ozon. On ne peut en dire autant de sa prestation devant la caméra de Jean-Paul Civeyrac, notamment auteur de Mon amie Victoria (2014), opus réussi adapté du roman de Doris Lessing. Mais qui s’égare également fâcheusement dans Une femme de notre temps, un titre bizarroîde de surcroît 
     
    "Il y a trois ans, nous explique le réalisateur à la conférence de presse, j’ai pensé à un personnage qui basculerait, à un monde qui s’effondrerait et à une prise de conscience. Tout cela reposant davantage sur la tension que sur les dialogues+.
     
    Quant à Sophie Marceau, elle évoque un caractère fascinant, qui lui parle par sa droiture, son  intensité, sa féminité rassurante. "Elle choisit de suivre son chemin, sa trajectoire, comme une flèche. Elle y va direct. Elle y met tout son corps, tout son coeur. Même si sa vie bascule, elle va jusqu’au bout. C’est ce que j’ai fait en l'incarnant"-

    Vu de cette façon, c’est plutôt engageant. Malheureusement entre un cinéaste peu inspiré et une comédienne inexpressive,en dépit de sa véritable profession de foi, le résultat est d’une platitude qui le dispute à l’incohérence. L’auteur nous sert le drame convenu, qui vire au comique intempestif, d’une femme trompée par son mari, un homme peu séduisant, mou et lâche, souffrant carrément le martyre d’être physiquement infidèle à une épouse qu’il prétend adorer. Et qui a par ailleurs eu une liaison avec la sœur de cette dernière, ce qui aurait provoqué son décès.  
     
    Désespérée en découvrant ces turpitudes, l’amoureuse trahie n’a plus qu’une idée en été, se venger. Si possible mortellement. Et de poursuivre, carquois à l’épaule bien garni de flèches, son conjoint veule et menteur jusqu’en Normandie, où il est parti roucouler avec sa maîtresse. L'ensemble pathétiquement noyé sous les violons.
     
    Bref, dans le genre soap on ne fait pas mieux, Ce n’est évidemment pas l’avis de son auteur qui dit même s’être référé, l’espace d’une scène, à Ecrit sur du vent de Douglas Sirk, Franchement osé pour un tel ratage! 
     
    François Berléand la joue danseur contemporain
     
    Dans le genre improbable, il y a aussi Last Dance, de la Neuchâteloise installée en Belgique. Delphine Lehericey. Elle nous raconte l’histoire de Germain, bienheureux retraité un peu fainéant et misanthrope de 75 ans (François Berléand), qui se retrouve soudainement veuf, après 50 ans d’une union fusionnelle avec Lise.
     
    Inquiète pour Germain qu'elle imagine dorénavant dangereusement livré à lui-même, sa famille s’invite dans son quotidien, se relayant pour organiser une surveillance pesante de chaque instant. Sous pression, le pauvre n’en peut plus. D’autant qu’il a un secret. Lise et lui s’étaient en effet promis que celui des deux qui resterait irait au bout du projet que l’autre avait commencé.
     
    Et c’est ainsi que Germain déboule dans le spectacle, mêlant amateurs et professionnels de la chorégraphe genevoise Maria La Ribot, pour remplacer sa femme. Comme la danse contemporaine est en principe accessible à n’importe qui, et qu’en plus on a du respect pour François Berléand (même s’li se contente le plus souvent de souffler fort pour manifester ses sentiments), on veut bien croire à son engagement immédiat dans la troupe.

    En revanche, que tout le show tourne désormais, tant La Ribot le trouve unique, autour de ce septuagénaire un rien ventripotent et qui n’a jamais esquissé le moindre pas de danse de sa vie, c'est trop. Et provoque des moments qui confinent au ridicule et à la caricature. Le public de la Piazza n’en a pas moins été conquis.       

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  • Festival de Locarno: "Paradise Highway" sur la Piazza Grande. Un film d'action qui tient la route, avec Juliette Binoche au volant

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    Depuis que son frère adoré (Frank Grillo) purge une peine de prison, Sally (Juliette Binoche), une camionneuse dure à cuire, accepte à contrecoeur de faire de la  contrebande de marchandises pour lui. Alors qu’il est sur le point de sortir, elle effectue ce qui est censé être un dernier travail.   

    Elle entame alors un voyage dangereux à travers les Etats-Unis pour se rendre compte qu’il s’agit en fait de ivrer Leila (Hala Finley)une gamine de 11 ans, à des trafiquants sexuels. Sally ne peut moralement l’accepter et décide de la racheter. Parallèlement, deux agents du FBI (dont l’un campé par Morgan Freeman) ) se lancent à la poursuite du réseau, déterminés à sauver la fillette. 

    Dans une volonté de réalisme, la réalisatrice Anna Gutto a opéré une plongée dans le milieu des chauffeuses routières grâce à l’organisation Real Women In Trucking et à sa dirigeante Desiree Wood. S’inspirant de leur vie, de leur façon de s’entraider, elle propose, à l’exception de son dénouement, un captivant road movie d’action. Bien documenté, Il tient la route en brassant plusieurs thèmes, dont l’un des principaux réside dans le développement de la relation entre Sally et Leila, qui débute de façon particulièrement orageuse.   

    Les deux comédiennes sont irréprochables. Juliette Binoche, qui a véritablement appris à conduire un semi-remorque, se révèle très crédible en routière vieillissante, costaude, aguerrie, têtue et laconique, abîmée dans son enfance et qui a dû apprendre à se défendre. De son côté, Hala Finley, surprenante de maturité, se montre plus qu’à la hauteur dans le rôle de la maigrichonne Leila, à la fois terrorisée et rebelle, laissant deviner à travers son regard tout ce qu’elle déjà subi.

    Juliette Binoche raconte son expériemce

    On les a retrouvées en compagnie d’Anna Gutto à la conférence de presse. Chapeau noir à large bord, chemisette blanche, paraissant dix ans plus jeune avec dix kilos en moins que dans le film, Juliette Binoche raconte son expérience. "J’ai rencontré Desiree Wood. J’ai fait la route avec elle et j’ai eu le temps de lui poser des questions, de me rendre compte des dangers de ce métier, des heures interminables passées sur la route, de la malbouffe, de la nécessité de se montrer malignes pour se protéger, de ne pas avoir peur, se méfier des hommes. Certaines femmes ont été violées quand elles ont passé l’examen, qui prend beaucoup de temps, pour obtenir leur permis". 

    Juliette évoque bien sûr sa partition, la manière de toucher les spectateurs en se mettant au service d’un personnage de plus en lus grand. Elle parle des conditions éprouvantes, de la chaleur encore plus intense qu’ici, de la fatigue, des moustiques. Mais surtout elle évoque l’importance du travail d’équipe et ce qui l’a vraiment frappée : l’extrême générosité d’Hala, comme  tout ce qu’Anna a préparé seule avant le tournage.  

    Par ailleurs elle a fait une déclaration d’amour à Locarno. «C’est un grand festival qui me laisse des souveniirs extraordinaires et qui permet de découvrir des pépites». 

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  • Festival de Locarno: la compétition démarre bien, avec notamment "Bowling Saturne", de Patricia Mazuy

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    Ayant souvent un peu de mal à exister entre la Piazza grande et la Réptrospective, la compétition locarnaise a bien démarré avec notamment deux métrages qui semblent déjà se dégager. On s’arrêtera plus particulièrement sur Bowling Saturne de Patricia Mazuy, qu’on peut qualifier d habituée du festival. En 1994 elle remportait un Léopard de bronze avec Travolta et moi, un épisode de la série Arte Tous les garçons et les filles de leur âge, et en 2011 invitait le public sous les étoiles avec Sport de filles, mettant en scène la gracieuse Marina Hands.

    Après Paul Sanchez est revenu, thriller de 2018 où Laurent Laffite se glisse dans la peau d’un criminel, la réalisatrice française reste dans la brutalité et la noirceur. A la mort de son père, Guillaume (Arieh Worthalter), commissaire de police ambitieux , hérite du bowling familial et le donne en gérance, pour l'aider,  à Quentin. son demi-frère (Achille Reggiani).   

    Un décision fatale. Quentin est un garçon marginal répudié par son père et sujet à de redoutables pulsions. Son comportement instable et sa gestion douteuse du lieu  perturbent Guillaume et l’empêchent de se consacrer véritablement à son enquête sordide sur une série d’horribles meurtres de jeunes femmes.

    Patrizia Mazuy propose un film d’une intensité tragique, marqué par une extrême violence, surtout dans une scène qui atteint son paroxysme au début de l’histoire. Il vous secoue en outre par sa vision noire de la réalité, son âpreté, son traitement aride, son manque total de rédemption et d’espoir. Il est parfaitement interprété par les deux protagonistes principaux.

    Réflexion sur la guerre aux accents métaphysiques 

    A noter également Naçao Valente du Portugais Carlos Conceiçao., situé en 1974, un an avant l’indépendance de l’Angola, dont le territoire est peu à peu reconquis par les séparatistes. peu à peu. Là encore, la violence s’invite dès l’ouverture. Tandis que des homes meurent et qu’une bonne sœur est chassée par les rebelles, une jeune Angolaise croise le chemin d’un jeune soldat portugais, qui la tue froidement après un accouplement ardent. On est sous le choc.. 

    Par ailleurs, Un peloton lusitanien barricadé à l'intérieur d'un mur devra en sortir, quand le passé ressurgit pour réclamer la justice tant attendue. Avec cet opus puisant aux accents métaphysiques et parfois surnaturels, Carlos Conceiçao livre, comme il le relève lui-même, une réflexion sur l’histoire, la guerre, la peur, la tyrannie. Une réflexion sur la nature cyclique du fascisme et la faćon dont il demeure une menace pour l’évolution. Cela vaut le détour.   

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  • 74e Festival de Locarno: l'Indonésien Edwin décroche le Léopard d'or

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    Le cru locarnais 2021 a souri au réalisateur indonésien Edwin, cinéaste chéri des festivals européens, qui repart avec le Léopard d’or pour  Vengeance Is Mine, All Others Pay Cash. Situé dans la société machiste des années 1980, le film brosse le portrait d’un jeune voyou tourmenté par son impuissance qui, pour se venger, ne cesse de chercher la bagarre, y compris avec sa future femme. Et comme une bonne partie de l’opus consiste en une série longuette de tabassages en règle, on a un peu de mal à saisir le choix de lui offrir le précieux métal…

    Le prix spécial du jury est justement allé, lui, à A New Old Play, fresque grandiose et ludique du Chinois Qiu Jiongjong , évoquant 50 ans d’histoire tumultueuse de la Chine du XXe siècle. De son côté Abel Ferrara reçoit l'immérité prix de la mise en scène pour Zéros And Ones, tourné à Rome pendant la pandémie et où le héros va tenter de découvrir l’ennemi qui menace le monde. 

    Le prix de la meilleure actrice va à  Anastasiya  Krasovskaya pour Gerda de la Russe Natalya Kudryashhiva, tandis que celui du meilleur acteur est décerné ex-aequo à  Mohamed Mellali et Valero Escolar pour Sis dies Corrents de l’Espagnol Neus Ballus. Quant au Suisse Lorenz Merz (Soul Of A Beast) et l’Espagnol Chema Garcia Ibarra (Espiritu Sagrado), ils se voient remettre chacun une mention spéciale.

    Ce n’est rien de dire que nous ne partageons pratiquement aucun des goûts du jury. A part la médaille remportée par le Chinois Qiu Jiongjong et le lot de consolation décroché par Lorenz Merz, on n’aurait pas pu se tromper davantage dans nos pronostics. Il est vrai qu’ils servent surtout à rappeler les oeuvres que l'on a préférées, dans ce concours peu exaltant dans l’ensemble. 

    On regrette ainsi beaucoup que les Français comme notre  favori  Bertrand Mandico (After Blue/Paradis sale), ou Axelle Ropert (Petite Solange), soient repartis les mains vides, ou que le prix d’interprétation masculine ait récompensé deux acteurs d’un  long métrage calamiteux. Et enfin que l’abscons Zeros And Ones soit gratifié d’un prix pour la seule raison que son auteur s’appelle Abel Ferrara.  Un rien pathétique, cette soumission du jury… 

    Mais peu importe et vivement l’année prochaine, sans coronavirus, sans masque et autres mesures sanitaires, sans billetterie électronique! Un rêve qu’on espère voir devenir réalité dans la 75e édition, qui se tiendra du 3 au 13 août 2022.

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  • Festivla de Locarno: à qui le Léopard d'or? Verdict samedi soir sur la Piazza Grande

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    La chasse est terminée et les jeux sont faits. Place au jury, présidé par Eliza Hittman, qui doit décerner le Léopard d’or et les Léopardeaux de cette 74e édition. Les candidats ne se bousculent pas au sein d’une compétition comptant 17 films. Dans l'ensemble moyenne, ce qui ne change pas fondamentalement de l'habitude.

    S’en détachent plus ou moins sérieusement six,  à notre avis. Notre premier choix se porte sur After Blue (Paradis sale) du Français Bernard Mandico.  On aime son histoire fascinante et hors norme de planète habitée uniquement par des femmes, sous forme de western futuriste, cosmique, érotique, visuellement exubérant. 

    Il est suivi de près, par A New Old Play du Chinois Qiu Jiongjong avec sa fresque grandiose, foisonnante et ludique de trois heures où, mêlant l’histoire de l’art à celle de la Chine du XXe siècle, il  en raconte cinquante ans d’événements tumultueux.

    Petite Solange, de la Française Axelle Ropert, portrait d’une adolescente,  gaie, curieuse mais fragile et dont le monde s’écroule face au divorce de ses parents, mérite également de figurer au palmarès. Par exemple, en récompensant sa jeune actrice Jade Springer, une véritable découverte.

    On parle par ailleurs beaucoup d’ Al Naher /The River ) du Libanais Ghassan Salhab, qui nous offre  le voyage sensoriel, sensuel, métaphysique, d’un homme et d’une femme, cherchant leur chemin dans un pays désert.

    Soul Of A Beast, oeuvre personnelle, physique, formellement captivante et sous influence japonaise pour le récit du Suisse Lorenz Merz pourrait séduire, Tout comme Luzifer de l’Autrichien Peter Brunner, opus sombre et glauque dont on salue la qualité de la mise en scène et la performance de Franz Rogowski,, candidat valable au prix d’interprétation masculine.  

    En revanche il y a des films qu’on souhaiterait vraiment ne pas voir récompensés, comme l’Espagnol Spiritu Sagrado, l’Italien I Giganti, le Serbe Nebesa, le Nigerian Juju Stories, ou encore Zeros And Ones d'Abel Ferrara. Mais comme on dit, le jury dispose. Verdict samedi soir sur la Piazza Grande. 

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  • Festival de Locarno: une tête de Léopard pour le Chinois "A New Old Play"

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    L’ultime film en compétition ,A New Old Play est signé du documentariste Qiu Jiongjiong, Premier long métrage de fiction de cet artiste visionnaire, grand nom de l’art contemporain chinois pictural, théâtral et cinématographique. Il se révèle un concurrent sérieux à un Léopard. On ne sait pas lequel, mais à défaut du principal on pourrait en tout cas lui décerner celui de la mise en scène.

    L'ultime film en  compétition, A New Old Play, est signé du documentariste Qiu Jiongjong. Premier long métrage de fiction de cet artiste visionnaire, grand nom de l'art chinois contemporain, pictural, théâtral, cinématographique, il se révèle un prétendant sérieux à un Léopard. On ne sait pas lequel mais à défaut du principal, on pourrait n tout cas lui décerner celui de la mise en scène.

    Ce récit, dont le réalisateur dit que c’est une tranche de sa propre vie et de celle de sa famille, en même temps qu’un voyage de ménestrels dans ce monde et l’autre, se construit à travers la mémoire d’un clown de la célèbre troupe de l’opéra de Sichuan. 

    Il est accueilli à a porte de l’au-delà. Et, tandis qu’il revit une dernière fois ses souvenirs avant d’y entrer, cinquante ans d’art, de lutte et d’amour pour une terre chargée de culture, se jouent dans  le contexte des événements tumultueux de la Chine du 20ème siècle. 

    Dans A New Old Play, synthèse saisissante en trois parties,, l’auteur livre une réflexion sur l’histoire de l’art imbriquée dans celle du pays. Il en résulte  une épopée ludique,  une fresque ambitieuse pour une œuvre grandiose, foisonnante et intense  Elle se déroule sur trois heures sans que l’on sente le temps passer

    Abel Ferrara s'égare dans l'abscondité

    On n’en dira pas autant de Zeros And Ones d’Anel Ferrara, qui a déçu proportionnellement à l’attente suscitée, dans la mesure il s’agissait du seul réalisateur vedette en compétition.

    Tourné pendant la pandémie, de 18 heures à l’aube, dans une Rome déserte, "c'est un film .de confinement et de guerre, de danger et d'espionnage, de soldats américains, d'intermédiaires chinois, de saints hommes du Moyen-Orient, de provocateurs, de diplomates, d'éléments voyous de la CIA et du KGB", a déclaré Ferrara.

    Nous suivons donc JJ un soldat américain stationné à Rome alors que la ville est en état de siège. Portant un masque et se lavant soigneusement les mains, il va tenter de découvrir l’ennemi inconnu qui menace le monde. Toute cela entre peur, paranoïa et, accessoirement. obligation de féconder une femme une arme pointée sur lui! 

    Ce  militaire est incarné par Ethan Hawke, qui joue aussi son frère, un révolutionnaire sous LSD en plein délire. L’idée c’est de donner deux points de vue, déclare l’acteur dans une vidéo de présentation.  On aurait bien aimé en avoir au moins un, l’opus se révélant à la fois abscons thématiquement et obscur visuellement. 

    En d’autres termes, on est aussi paumé qu’Ethan Hawke. Nous gratifiant d’une deuxième vidéo en fin de générique, il avoue n’avoir pas vraiment compris, en recevant le scénario,  où Ferrara voulait en venir. Mais qu’il avait envie d’en être… Et quand on demande au cinéaste pourquoi son héros a jugé utile cette double prise de parole, il répond en gros qu’il ne sait pas trop… C’est dire si on n’est pas plus avancé!

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  • Festival de Locarno: tandem gay pour "Cop Secret", comédie d'action islandaise

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    Petit tour en compétition qui touche à sa fin, avec d'abord l'Islandais  Cop Secret, Bussi est un superflic, le meilleur de Reykyavik, le genre bad boy expéditif et violent qui mène la vie dure aux criminels. Plus particulièrement à Nikki, le plus dangereux des psychopathes, ancien mannequin à la tête d’une bande de voleurs, qui braquent des banques sans rien voler. Cachant leur but réel, ils sont d'autant plus inquiétants... 

    Mais alors que Bussi enquête sur un nouveau casse énigmatique, son partenaire est blessé et il s’en voit assigner un nouveau, l’élégant, riche, cultivé Hordur Bess, aussi coriace que lui et autoproclamé pansexuel. Il en tombe amoureux mais refuse de le reconnaître. Commence alors un dur combat contre lui-même pour accepter son homosexualité. ..

    Cette comédie d’action policière avec déchaînements de fusillades, folles poursuites en voiture et combats homériques est signée Hannes Þór Halldórsson. L’homme est surtout connu comme gardien de but de l’équipe nationale d'Islande, célébré dans son pays pour avoir repoussé un pénalty de Messi dans le match contre l’Argentine lors du Mondial de 2018. 

    A première vue, on aurait plutôt imaginé Secret Cop (Leynilögga) sur la Piazza Grande qu’en concours, Mais tout en pastichant avec beaucoup d’humour et de culot les clichés hollywoodiens, le réalisateur va au-delà du cinéma popcorn. Et livre une critique du machisme avec cet étonnant tandem de flics gay, peu inhérent au genre dans la Mecque de la pellicule. 

    De Luzifer à Espiritu Sagrado 

    Johannes, un homme retardé mental, vit isolé dans un refuge alpin avec sa mère Maria, tatouée de partout, ancienne toxicomane devenue une fervente et radicale fidèle de Dieu. Connectés à la nature, ils sont étrangement liés, se vouant l'un à l'autre un amour inconditionnel. La prière et les rituels règlent leur quotidien. Mais La modernité fait soudain irruption dans leur monde divin et le développement touristique risque de réveiller le diable qui peut désormais s'incruste partout.

    Si le sujet, inspiré de l'histoire vraie d'un exorcisme, se révèle modérément enthousiasmant, on relèvera la qualité de mise en scène de Luzifer, quatrième long métrage de l'Autrichien Peter Brunner, produit par le provocant et dérangent Ulrich Seidl.

    Côté comédiens, l'excellent Franz Rogowski, récemment vu à cannes en homosexuel traqué dans Grosse Freiheit, donne la réplique à Susanne Jensen. Actrice non professionnelle, artiste et pasteure luthérienne, elle se montre à la hauteur dans le rôle de la mère. 

    Virée décevante chez les férus d'ufologie

    Pour sa part, l'Espagnol Chema Garcia Ibarra nous entraîne chez des férus d'ufologie d'une rare naïveté avec Espiritu Sagrado, son premier film. José Manuel et les autres membres de l'association Ovni-Levante, se réunissent chaque semaine pour échanger des informations sur les messages extraterrestres et les enlèvements. 

    Mais voilà que Julio, leur chef, meurt subitement, les laissant orphelins et José Manuel seul détenteur du secret cosmique qui pourrait changer l'avenir de l'humanité. Parallèlement, la police ibérique recherche une fillette disparue mystérieusement quelques semaines auparavant.

    L'idée paraissait bonne. Hélas, l'esprit saint prend de drôles de chemins pour raconter cette histoire qui se résume finalement à une sordide affaire de pédophilie qu'on voit venir à des kilomètres, doublée d'un affreux trafic de cornées retirées des globes oculaires des enfants pour être transplantées chez de riches aveugles. L'ensemble est  très mal traité. 
     

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  • Festival de Locarno: la Piazza Grande entre le réel et le virtuel

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    Rien de plus adéquat que l’écran géant de la Piazza Grande pour projeter Belle le film d’animation du Japonais Mamoru Hosada et Free Guy, le blockbuster de Shawn Levy.  Belle, c’est l’histoire de Suzu. Lycéenne discrète, complexée et triste suite à la mort de sa mère, elle intègre l’univers virtuel de U, réseau gigantesque en ligne avec plus de cinq milliards d’abonnés. 

    Elle choisit un avatar de chanteuse intergalactique (Belle) et devient une icône musicale aux cheveux roses, une superstar adorée de ses fans, plus populaire que la plus jolie fille de son école. C’est là qu’elle va rencontrer un monstre mystérieux traqué par les milices. S’engage alors un chassé-croisé entre Belle et la Bête au bout duquel Suzu va découvrir qui elle est. 

    Comme on navigue entre le monde réel et le virtuel, l’esthétique est différente. Dans le premier, celui où vit Suzu, le style est traditionnel, dans le second, celui de Belle, Hosoda laisse libre cours à son imagination et à son inventivité, pour livrer une partie visuellement foisonnante, exubérante, dans un déferlement de couleurs. Dommage que l’opus, oscillant entre la fable et le film pour ados, pèche par son scénario bancal et le choix des chansons.

    Free Guy, une feel good comedy 

    De son côté Shawn Levy met en scène la ville virtuelle, cynique et brutale de Free City où Guy (Ryan Reynolds), personnage non jouable (PNJ) est caissier de banque. Menant une vie simple, d’un optimisme à tout crin, il salue tous les matins son poisson rouge et se brûle les lèvres avec son café, insensible au chaos qui règne autour de lui. Son meilleur pote c’est Buddy, autre PNJ, agent de sécurité de l’établissement régulièrement braqué.

    Tandis que les avatars des joueurs haussent leur niveau en se montrant ultra-violents, les choses changent avec le débarquement, dans la vie de Guy, de Molotov Girl (Millie en vrai) incarnée par Jodie Comer. Il en tombe amoureux, mais elle lui fait prendre conscience de son existence artificielle. Il décide alors de quitter ce rôle de PNJ, de réécrire sa propre histoire et d’en devenir le héros. Evoluant désormais dans un monde sans limites, il mettra tout en œuvre pour le sauver, en s’engageant à faire le bien 

    Le duo Ryan Reynolds-Jodie Comer fonctionne bien. il y a par ailleurs de l’humour potache, un brin d’émotion, quelques scènes à l’eau de rose cucul la praline dans cette feel good comedy. Mais le réalisateur s’emploie à nous glisser un mot sur la question de l’acceptation de son sort et de la liberté de choix, et le dépassement de soi. En revanche il nous soûle à force d’explosions, de fusillades et de déluges d’effets numériques. Mais les jeunes aimeront. Comme Belle, à n'en pas douter.

    ..Free Guy à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 août.

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