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Le blog d'Edmée - Page 5

  • Grand écran: "Vous ne désirez que moi" raconte les ravages d'un amour toxique. Swann Arlaud génial

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    Signé Claire Simon, le film livre une série d’entretiens entre Yann Andréa, l’amant homosexuel de Marguerite Duras, et la journaliste Michèle Manceaux en 1982. En ouverture, on découvre un  jeune homme, couché sur un divan. Il écoute Capri c’est fini, le tube d’Hervé Villard. Il se lève et se penche à la fenêtre. Il attend une femme à qui il veut se confier. 

    Ce jeune homme, c’est Yann Andréa, l’amant de Marguerite Duras depuis deux ans, Il éprouve le besoin de parler Sa relation passionnelle avec l’écrivaine, de 38 ans son aînée,  ne lui laisse plus aucune liberté, Il doit mettre des mots sur ce qui l’envoûte et le torture. Il demande à une amie journaliste de l’interviewer pour y voir plus clair et décrit  avec lucidité et sincérité la complexité de leur amour et les injonctions auxquelles il est soumis.  

    En 2016, l’échange est devenu un livre  (Je voudrais vous parler de Duras) que Claire Simon a décidé de mettre en images avec la complicité de Swann Arlaud (Andréa) et Emmanuelle Devos (Manceaux). Tout se déroule au domicile de la romancière à Neauphle-le-Château. Pendant une heure trente-cinq, une personne s’épanche, l’autre écoute et enregistre, relançant de temps en temps la conversation en la recadrant. A la base il s’agit d’une simple interview filmée, mais grâce à la mise scène singulière de Claire Simon, on est immédiatement happé par l’histoire que déroule, entre bonheur et douleur, Yann Andréa sous les traits de Swann Arlaud.   

    Amour total, toxique, dévorant, destructeur

    C’est à Caen que le jeune étudiant en philosophie, rencontre Marguerite Duras à l’occasion d’une projection d’ « India Song ». Depuis qu’il est adolescent, elle a investi sa vie. Il est amoureux de son style après avoir lu « Les petits chevaux de Tarquinia ». Il lui écrit une lettre à laquelle elle ne répond pas. Cinq ans passent jusqu'au jour où ils se retrouvent à Trouville. Ils ne se quitteront plus.

    Vous ne désirez que moi parle de l'amour total, toxique, des ravages d’une passion dévorante, destructrice. Il fallait un sacré bon comédien pour se glisser dans la peau de Yann Andréa, fan absolu, amant sous emprise, renonçant à tout. Swann Arlaud y parvient avec un incroyable naturel et une rare intensité. Il n'incarne pas, il est cet être démoli, bouleversant, aussi désarmant que désarmé face à cette femme qui l'absorbe tout entier. 

    Pris dans son enfer, il raconte son rapport de fascination, d'admiration,de fascination obsessionnelle à Duras qui réprime ses désirs homosexuels, ne supportant même pas qu'il puisse en avoir, et qui veut le décrèer pour le créér. En même temps il dit: "Je suis sûr que jamais personne ne m'aimera comme ça. D'une attention jusqu'à vouloir que je n'existe plus, tellement cet amour est grand".

    L'ombre de la grande Marguerite plane sur ce face-à-face passionnant. On comprend qu'elle n'est pas loin. On la voit une seconde de dos, on l'entend déambuler, se manifester par de brèves sonneries de téléphone. Par ailleurs elle apparaît dans des images d'archives, des extraits de films, ajoutant de la puissance dramatique à l'oeuvre d'une Claire Simon particulièrement inspirée.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 mars.  

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  • Grand écran: "Wet Sand", l'amour quoi qu'il en coûte face à une société pétrie de préjugés contre la diversité

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    Un village géorgien, au  bord de la mer Noire. Ce soir-là, l’eau scintille, magnifiquement éclairée par la lune. Le vieil Eliko regarde du balcon les vagues se briser sur la plage, avant de s’asseoir à sa table pour enrouler mystérieusement une lettre autour ‘une bouteille de vin. Le lendemain, on apprend qu’il s’est pendu. Les habitants, apparemment de sympathiques bons vivants, révèlent pourtant leur vrai visage, en accueillant cette triste nouvelle avec une indifférence teintée d’une curieuse satisfaction. Ils n’aimaient pas ce type qui cachait sa vie privée, le trouvaient « inadapté » et le considéraient comme un étranger alors qu’il vivait là depuis des lustres.  

    Il  n’y a qu’Amnon, le patron du Wet Sand, le bar du coin, et la jeune serveuse Fleshka, elle aussi « antisociale », pour manifester de la compassion. Débarque alors de la capitale Tbilissi Moe, la petite-fille d’Eliko, pour organiser les funérailles. Grande, mince, cheveux courts, tatouée, pas conforme non plus, elle se heurte rapidement à la méfiance, aux mensonges, à la trahison, à l’intolérance. Un rejet qui la pousse à se rapprocher d’Amnon. Il va lui révéler sa relation avec Eliko, son amant secret avec qui il a partagé, dans la crainte constante d’être découvert, les 22 dernières années de sa vie. Il lui offrira le sacrifice suprême.  

    Une histoire porteuse d’espoir

    Si le film superbement photographié d’Elene Naveriani parle à ceux qui n’ont pas pu et ne peuvent toujours pas vivre leur amour, il est également porteur d’espoir. Les douloureuses  confidences d’Amnon et cette version inédite de Roméo et Juliette vont pousser Moe dans les bras de Fleshka. Contrairement aux anciens, elles ne se cacheront pas mais oseront montrer leurs désirs, affirmer leur identité, refuser la discrimination.

    La réalisatrice géorgienne, qui a décroché le Prix de Soleure, livre un mélodrame poétique, mélancolique, profond, d’autant plus bouleversant que les sentiments, mesurés, sont exprimés sans artifice. Elle brosse ainsi le portrait intelligent, sensible et nuancé d’une population étroite d’esprit, sectaire, pétrie de préjugés contre une diversité vue comme une anomalie à traiter d’urgence, nous confrontant ainsi à une réalité qui n’est hélas pas propre à son pays.  

    Comme un symbole,  Wet Sand fait par ailleurs écho à l’actualité, se déroulant sur fond d’événements socio-politiques, de catastrophes environnementales, de célébration modeste  (pour cause de pandémie) du jour de la Famille, créée dans le but de s'opposer à la Journée  internationale contre l'homophobie et la transphobie. On y repère également des articles de presse indiquant des droits de l’Homme bafoués, plus particulièrement ceux de la communauté LGBTIQ+.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 mars.

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  • Grand écran: "Petite nature", mais grande découverte avec la révélation Aliocha Reinert

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    Dix ans, faussement frêle avec son irrésistible gueule d’ange, son look féminin et ses longs cheveux blonds, Johnny (Aliocha Reinert) ne s’intéresse qu’aux histoires des adultes. Dans sa cité HLM de Forbach en Lorraine, l’un de ces territoires perdus de la République, il sait jouer des poings quand il faut, s’occupe de sa petite sœur et observe avec une curiosité condescendante la vie sentimentale triste et agitée de sa mère. Aimante façon louve protégeant sa progéniture, elle est parfois dure, impitoyable et trop portée sur la bouteille.

    Astucieux, débrouillard, Johnny a soif d’ailleurs. Son but, échapper à sa condition. Et justement cette année-là, les choses semblent pouvoir changer lorsqu’il intègre le cours de Monsieur Adamski (Antoine Reinartz), venu de Lyon avec sa femme Nora (Izia Higelin), conservatrice de musée. Tout ce que le gamin idéalise. Immédiatement séduit par son savoir, ses connaissances, son statut, le sapiophile tombe amoureux de son nouvel instituteur.

    Ce n'est pas étonnant dans la mesure où ce dernier croit fermement dans le potentiel et l’intelligence de ce préado bridé par son milieu dans ses ambitions d’ascension sociale. il s’en occupe alors davantage que des autres élèves, lui ouvre les portes d’un monde différent grâce à la poésie de Blaise Cendrars et va, sans se rendre compte de son erreur, jusqu’à passer du temps avec lui en-dehors de l’école. Comme cette visite au Centre Pompidou-Metz, où Johnny découvre une œuvre symbolique de son combat de transfuge de classe.

    L'auteur un instant sur la corde raide

    Du coup, Samuel Theis marche sur la corde raide et on redoute de voir cette relation glisser sur la pente dangereuse de la pédophilie. Plus particulièrement à la faveur d’une scène dont le côté trouble est induit par Johnny, prêt à tout pour s’attirer les préférences de son mentor. Rien de tel pourtant. La fascination du gosse est à sens unique, l’instituteur lui opposant un refus catégorique. Evitant le piège, le réalisateur se sort brillamment de cette situation périlleuse en se mettant à hauteur de l’enfant et en montrant les choses à travers son regard.

    Dans ce récit d’apprentissage, son  deuxième long métrage après  Party Girl , Samuel Theis explore ainsi l’éveil confus de son héros à la sexualité, la prise de conscience de son identité, son désir d’émancipation. Subtil, fort, tendre, pudique, Petite nature est une grande réussite à laquelle contribue largement le très attachant Aliocha Reinert. Portant le film de bout en bout il est impressionnant de justesse et de charisme dans le rôle d’un personnage rebelle ambivalent. Une véritable révélation dans cette ambitieuse pépite qui avait eu les honneurs de La Semaine de la critique en juillet dernier à Cannes.

    «J’avais ce sujet en tête depuis longtemps. C’est autobiographique. Je suis même allé plus loin », nous raconte le beau Samuel Theis rencontré récemment à Genève. « Il s’agit  d’un film sur l’affirmation de soi, de son identité, alors qu’on a souvent tendance à être ce qu’on vous pousse à être. Un récit d’émancipation sur les éveils sexuel, intellectuel, affectif, social ».

    -Votre petit héros  vient d’un milieu défavorisé dont il a honte. Il veut échapper à son destin.

    -Oui, J’ai moi-même violemment ressenti cette honte. Johnny est en colère. Il se cherche, crie sa différence à la face de sa mère et des autres adultes. Toutefois, si la lutte sociale est à l’œuvre, je ne montre pas un rapport frontal entre les classes, mais  un rapport de fascination.

    -Et c’est Monsieur Adamski qui va lui ouvrir les portes de cet autre monde auquel il aspire si ardemment, déclenchant chez lui un plaisir presque charnel.Ainsi qu'un éveil sexuel comme vous le mentionniez. Mais quand cela concerne un gosse de dix ans, le traitement du sujet est plutôt casse-gueule. Vous vous y employez formidablement.

    -Comment en effet le traduire en images sans mettre le spectateur mal à l’aise. Je me suis posé la question. J’ai choisi d’être pudique en restant à hauteur d’enfant pendant tout le film, avec son regard sur le monde et non le contraire.

    -Vous brisez un tabou dans la mesure où c’est Johnny qui drague son instituteur chez lui. C’est osé.

    -Il est dans un désir de conquête avec un sentiment de toute puissance comme j’ai pu personnellement l’éprouver. La différence entre un adulte et un enfant, c'est que le premier est responsable, pas le second. Mais il ne s’agit pas d’un discours général. Je le contextualise.

    -On peut craindre un instant un glissement vers la pédophilie. Heureusement Monsieur Adamski lui oppose un non catégorique. D’une façon cruelle dans la mesure où c’est lui qui a commis l’erreur d’avoir invité le garçon en-dehors des heures de cours. A cet égard, il y a un côté piégeux à être prof aujourd’hui.

    -Je confirme! J’ai parlé parlé avec le corps enseignant dans une école de mon quartier. Il y a énormément de crispation. Le climat est anxiogène. Les adultes ne peuvent être seuls avec un enfant et les classes doivent rester ouvertes.

    -Un mot sur les comédiens. Ils sont tous parfaits, mais Aliocha Reinert est spécial. Une révélation, un acteur-né, dont il a la grâce, l'intensité. Où l'avez-vous déniché? 

    -J’ai beaucoup prospecté. Au départ, je voulais qu’il soit de Forbach. Mais cela n’a pas été possible. J’ai étendu mes recherches jusqu’à Metz, puis Nancy. C’est là que je l’ai trouvé. Il faisait de la danse. Il était saisissant avec son physique angélique. Pour moi, il ressemble à Tadzio (Björn Andrèsen) l’adolescent androgyne à la beauté éthérée de Mort à Venise.  

    -Comment l’avez-vous convaincu? C’est quand même un rôle peu banal...  

    J’y suis allé progressivement. J’ai bien raconté l’histoire à ses parents qui ont décidé de le laisser choisir. Aliocha m’a demandé quelques jours de réflexion  avant de me dire qu’il était partant. Sur le tournage, c’était un vrai collaborateur. Il a compris qu’il était moi à son âge. 

     Petite nature, à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 mars.

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  • Grand écran: avec "Notre-Dame brûle", Jean-Jacques Annaud nous plonge au coeur du gigantesque brasier

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    15 avril 2019. Des voisins remarquent une fumée au-dessus de Notre-Dame. Aucun départ de feu n’est détecté. Mais alors qu’il vient de commencer sa première journée de travail, le nouvel agent de sécurité des lieux découvre que l’alarme incendie s’est déclenchée dans les combles. En début de soirée la sirène retentit dans une caserne parisienne. Une frénétique course contre la montre est désormais lancée pour circonscrire le catastrophique sinistre. 

    Près de trois ans après, le long métrage spectaculaire en forme de thriller de Jean-Jacques Annaud, reconstitue heure par heure l’incroyable événement. Sous tension, il célèbre l’héroïsme des pompiers qui, au péril de leur vie, vont tenter de sauver les tours de la cathédrale, joyau culturel universel ravagé par les flammes, sous les yeux de millions de Français et des projecteurs du monde entier.. 

    Avec cette immersion prenante au cœur du gigantesque brasier, le réalisateur a surtout voulu raconter l’odyssée humaine de ses courageux protagonistes. C’est réussi. On ne cesse de trembler pour eux au long d’une lente progression dans la fournaise, ponctuée de scènes toutes plus oppressantes et dangereuses les unes que les autres. 

    Pour la reconstitution ambitieuse de cet incendie dantesque, Jean-Jacques Annaud a recréé les scènes en studio, utilisé des effets spéciaux de synthèse. Il a aussi lancé un appel à contribution pour recueillir des milliers de vidéos d'embouteillages dans Paris le soir de l'incendie, ou de foules regardant, dans les capitales étrangères, le drame à la télévision.

    Dans son hommage certes vibrant aux soldats du feu, l’auteur aurait toutefois pu éviter une grandiloquence accentuant le style pompier du film, ainsi que certaines séquences censées provoquer de l’émotion, comme celles de la dame et son chat sur le point de tomber du toit,  de la fillette qui veut absolument allumer un cierge, ou de la larme coulant sur le visage d’une statue de la vierge. 

    On notera enfin que l’auteur s’est entouré d’acteurs professionnels comme le Genevois Samuel Labarthe et d’amateurs. On découvre même Anne Hidalgo dans son propre rôle de maire de Paris. Mais comme j’ai justement pu le lire, il lui sera difficile de se reconvertir dans le cinéma après la présidentielle...

    A l‘affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 16 mars.

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  • Grand écran: avant la remise des Quartz, les meilleurs films suisses à découvrir au Grütli

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    Les Prix du cinéma suisse (Quartz) seront remis le 25 mars à Zurich.  Pour accompagner cet événement, La Semaine des nominé-e-s aura lieu du 21 au 27 mars aux Cinémas du Grütli, avec la projection de 14 longs métrages et 11 courts  dont cinq films romands: La Mif de Frédéric Baillif (photo), Azor d’ Andrea Fontana, Olga d’ Elie Grappe, Les guérisseurs de Marie-Eve Hildbrand et Réveil sur mars de Dea Gjinovci. 

    Les cinéphiles auront également l’occasion de découvrir des œuvres alémaniques qui ne sont pas encore sorties sur les écrans romands, dont les excellents Wet Sand d’Elene Naveriani et Soul Of A Beast de Lorenz Merz. Ils pourront par ailleurs voir les films primés les  26 et 27 mars, ainsi que la comédie dramatique Pleine lune de Fredi M. Murer, lauréat du Prix d’honneur 2022. 

    Les séances sont proposées au prix de 5 francs en semaine et gratuites le week-end. Les équipes des films seront pour la plupart présentes en vue d'une discussion avec le public, modérée par Julie Evard, journaliste à la  RTS, et Alfio di Guardio, directeur-adjoint des Cinémas du Grütli. Le programme complet est disponible sur les sites Internet des Cinémas du Grütli et du Filmpodium.

    Cinéma du Grütli, du 21 au 27 mars. 

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  • Grand écran: "A plein temps", drame social haletant avec une formidable Laure Calamy

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    Avec A plein temps, Eric Gravel, réalisateur franco-canadien, propose un drame social réaliste, sous forme de thriller. Haletant, oppressant, il raconte la lutte de ces nombreuses femmes obligées de tout mener de front, quotidiennement, sans répit. Comme Julie. Mère courage dont l’ex ne paie pas la pension, elle se démène comme elle peut pour élever ses deux enfants en banlieue très éloignée de Paris, et garder son travail de première femme de chambre dans un palace de la capitale.  

    Quand elle obtient enfin un entretien pour un poste correspondant davantage à ses aspirations, une grève générale éclate, paralysant les transports. L’équilibre de Julie, déjà sur le fil, vacille. Entre son boulot, aussi exigeant qu’épuisant, la garde précaire des enfants, ses soucis bancaires,  sa voiture en panne, sans oublier l’organisation de l’anniversaire de son fils, son emploi du temps calculé au plus juste s’en trouve complètement bouleversé. 

    En grande difficulté, contrainte de s’absenter pour courir à son entretien d’embauche qui la force de surcroît à dissimuler certaines parties de sa vie pour espérer décrocher un meilleur job, elle se met en danger face à sa hiérarchie. Tout en mouillant ses collègues quand elle leur demande de mentir pour l’aider. Mais même à bout de souffle, cernée de partout par les problèmes qui s’accumulent, elle refuse de baisser les bras et continue à se battre, nous entraînant dans une course de plus en plus effrénée, apparemment sans espoir et sans fin...   

    Bouleversante et particulièrement crédible maman solo d’une énergie folle, forte et fragile à la fois, Laure Calamy porte de bout en bout avec talent ce film sous haute tension, édifiant, précis, évoquant sans fioritures ou temps mort, l’authenticité et la violence des situations dans lesquelles elle est constamment à deux doigts de se noyer. Son étonnante performance lui a valu le prix Orrizonti de la meilleure actrice à la Mostra de Venise en septembre dernier. De son côté Eric Gravel a décroché la médaille du meilleur réalisateur dans cette même section. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 mars.

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  • Grand écran: "Kung-Fu Zohra" dénonce les violences faites aux femmes

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    Mabrouk el Mecri passionné de cinéma d’action, à qui l’on doit notamment JCVD, Sans issue ou Virgil, aborde les violences conjugales dans Kung-Fu Zohra,  premier long métrage français à évoquer cette discipline, qui va permettre à une femme d’échapper à l’emprise de son mari brutal. 

    Tout avait pourtant commencé par un vrai coup de foudre entre Zohra (Sabrina Ouazani) et le charismatique Omar (Ramzy Bedia), lors d'une rencontre au bled pendant les vacances. Tous les deux sont férus de films d'’arts martiaux. Ils se marient et rentrent  en France. Là hélas, Omar ne tarde pas à montrer son vrai visage. Et lorsqu’il perd son job, il boit et commence à prendre Zohra pour un punching ball. Elle songe à partir, mais elle est enceinte. 

    Six ans plus tard, persuadée qu’un divorce briserait le cœur de sa fille qui adore son père, Zohra craint de quitter Omar. Il en profite lâchement pour se défouler sur elle à grand renfort de torgnoles, les soirs de cuite de plus en plus nombreux. C’est alors que Zohra fait la connaissance d’un vieux gardien de nuit chinois, par ailleurs maître de kung-fu. Il lui apprendra à se défendre et surtout à rendre les coups au centuple. 

    Improbable affrontement salvateur

    Au départ, on se dit que réalisateur a trouvé un moyen original de dénoncer les intolérables violences faites aux  femmes. Sauf qu’il ne traite pas vraiment son sujet dans cette fable paresseuse côté scénario. On a du mal à y croire et, par conséquent à se passionner, entre deux râclées, pour les longues et sempiternelles séances d’entrainement de Zohra, qui constituent plus ou moins l’essentiel du métrage. Préfigurant l’interminable, salvateur mais improbable affrontement final façon Guerre des Roses ou Karaté Kid, censé rendre hommage aux classiques du genre. 

    Restent les comédiens. Connue pour ses rôles dans les comédies de Franck Gastambide, la déterminée Sabrina Ouazani (photo) a suivi une formation intense et relève le défi physique, tout en montrant de l’émotion. De son côté, dans un rôle à contre-emploi, Ramzy Bedia, enfile avec conviction le costume  du très vilain tyran domestique. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 9 mars.

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  • Grand écran: "Goliath" thriller environnemental prenant et engagé avec le trio Lellouche-Bercot-Niney

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    Frédéric Tellier, captivant auteur de  L’affaire SK1 (2014), racontant la traque du tueur en série Guy Georges dans les années 90, revient avec Goliath, un thriller sur le danger des pesticides.  

    France, professeur de sport le jour, manutentionnaire la nuit, milite contre ce fléau, après le cancer de son mari contaminé par le glyphosate. On découvre par ailleurs Patrick, obscur et solitaire avocat parisien. Méprisé par ses confrères il est spécialiste du droit environnemental. Quant à Mathias, brillant lobbyiste, il défend les intérêts d’un géant de l’agrochimie. Après le suicide d’une jeune femme,  leurs destins s’entremêlent sans que les protagonistes se croisent,  jusqu’à un procès retentissant, opposant santé publique et intérêts économiques.  

    Alors que le thème est loin d’être nouveau (Soleil vert, Erin Brokovich, Dark Waters, et tout récemment Rouge) , Frédéric Tellier propose un film prenant, sincère, engagé, contrebalançant un côté un peucaricatural, virant parfois au pathos. En bon conteur d’histoires, il se montre efficace en évoquant la réalité, précis dans les dialogues, convaincant dans l’exposition des faits, manoeuvres obscènes de l’entreprise, entretiens confidentiels, arcanes du pouvoir, immobilisme des politiques et de la justice. Il sait multiplier les points de vue sans donner de leçons,  

    Goliath doit par ailleurs beaucoup à ses comédiens,  Gilles Lellouche, Pierre Niney et Emmanuelle Bercot qui se livrent à fond dans cette œuvre, lui donnant de la chair et de l'émotion.  Il est intéressant de relever qu’à  l’origine, les rôles étaient inversés. Bercot était l’avocate, Niney l’activiste et Lellouche le lobbyiste.  

    Ce dernier ne voulant pas rejouer, comme dans Ma part du gâteau, l’individu ignoble et âpre au gain, il a préféré enfiler la robe de l’avocat rustre et cabossé par la vie. Niney, courageux pompier de Sauver ou périr, incarne cette fois le lobbyiste arrogant, ordure immorale, prête à tout sous son look de gendre idéal. Quant à Bercot, elle donne toute son énergie au personnage de l’activiste. Pour compléter ce trio, Frédéric Tellier a fait appel à Laurent Stocker, Chloé Stefani, Jacques Perrin, Marie Gillain et Yannick Renier. Joli casting, même si certains ne font que des apparitions..

    Une vaste enquête de plus de cinq ans

    Rencontré récemment à Genève, Frédéric Tellier nous raconte la genèse de Goliath. Alors qu’il écrivait L’affaire SK1, il a lu un article de presse parlant notamment des ravages des pesticides. «Cela m’a choqué. J’en ai parlé à mon producteur qui m’a encouragé à creuser le sujet. Pendant plus de cinq ans, j’ai mené l’enquête, vu des victimes, des avocats, des journalistes, des associations, dans le but de dominer la matière.» 

    Le thriller environnemental contribue-t-il à faire évoluer les mentalités?

    Personnellement, j’adore le genre. Au-delà du film d’utilité publique, le cinéma peut éveiller les consciences. A chaque fois c’est une piqûre de rappel. Cela met à jour des questions de façon artistique. Et je trouve que la fiction nous saisit davantage que le documentaire. J’avais envie de partir de la parole pour aboutir à l’action. Même désespérée. 

    Il y a un aspect manichéen  dans le face à face entre le gentil avocat et le méchant lobbyiste

    Je ne trouve pas. C’est mon ressenti. J’estime ne pas avoir caricaturé mes personnages. Pierre Niney a rajouté du charme  au sien. Au début, quand il parle, on a envie de le croire. Notamment dans ses explications sur le lithium et le diesel. Alors qu’il a évidemment tort.

    Ce rôle de lobbyiste furieusement antipathique est à contre-emploi pour un comédien aussi populaire.

    En effet. Lellouche et lui se sont répartis les rôles dans mon dos. Mais finalement c’était une bonne idée de les échanger. Tous les deux sont d’énormes bosseurs. Par exemple Gilles s’est enfermé pendant deux semaines pour préparer son phrasé.

    Ce film vous a-t-il changé?

    En m’engageant de la sorte, c’était inévitable. Il a totalement modifié mon existence ma perception des choses et des gens. Mais je ne suis pas devenu un spécialiste. Je milite à ma façon quand je peux. Je reste un cinéaste, je poursuis cette idée d’un monde plus juste, plus humain, au centre poétique du terme. Pour remettre l’épanouissement, la tolérance au centre.

    Et Frédéric Tellier aura l’occasion de le faire dans son prochain long métrage où il se penchera sur  la vie de l’abbé Pierre.

    Goliath, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 10 mars.  

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  • Grand écran: " Goliath", thriller environnemental prenant et engagé, avec le trio Lellouch-Bercot-Niney

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    Frédéric Tellier, captivant auteur de  L’affaire SK1 (2014), racontant la traque du tueur en série Guy Georges dans les années 90, revient avec Goliath, un thriller sur le danger des pesticides.  

    France, professeur de sport le jour, manutentionnaire la nuit, milite contre ce fléau, après le cancer de son mari contaminé par le glyphosate. On découvre par ailleurs Patrick, obscur et solitaire avocat parisien. Méprisé par ses confrères il est spécialiste du droit environnemental. Quant à Mathias, brillant lobbyiste, il défend les intérêts d’un géant de l’agrochimie. Après le suicide d’une jeune femme,  leurs destins s’entremêlent sans que les protagonistes se croisent,  jusqu’à un procès retentissant, opposant santé publique et intérêts économiques.  

    Alors que le thème est loin d’être nouveau (Soleil vert, Erin Brokovich, Dark Waters, et tout récemment Rouge) , Frédéric Tellier propose un film prenant, sincère, engagé, contrebalançant un côté un peucaricatural, virant parfois au pathos. En bon conteur d’histoires, il se montre efficace en évoquant la réalité, précis dans les dialogues, convaincant dans l’exposition des faits, manoeuvres obscènes de l’entreprise, entretiens confidentiels, arcanes du pouvoir, immobilisme des politiques et de la justice. Il sait multiplier les points de vue sans donner de leçons,  

    Goliath doit par ailleurs beaucoup à ses comédiens,  Gilles Lellouche, Pierre Niney et Emmanuelle Bercot qui se livrent à fond dans cette œuvre, lui donnant de la chair et de l'émotion.  Il est intéressant de relever qu’à  l’origine, les rôles étaient inversés. Bercot était l’avocate, Niney l’activiste et Lellouche le lobbyiste.  

    Ce dernier ne voulant pas rejouer, comme dans Ma part du gâteau, l’individu ignoble et âpre au gain, il a préféré enfiler la robe de l’avocat rustre et cabossé par la vie. Niney, courageux pompier de Sauver ou périr, incarne cette fois le lobbyiste arrogant, ordure immorale, prête à tout sous son look de gendre idéal. Quant à Bercot, elle donne toute son énergie au personnage de l’activiste. Pour compléter ce trio, Frédéric Tellier a fait appel à Laurent Stocker, Chloé Stefani, Jacques Perrin, Marie Gillain et Yannick Renier. Joli casting, même si certains ne font que des apparitions..

    Une vaste enquête de plus de cinq ans

    Rencontré récemment à Genève, Frédéric Tellier nous raconte la genèse de Goliath. Alors qu’il écrivait L’affaire SK1, il a lu un article de presse parlant notamment des ravages des pesticides. «Cela m’a choqué. J’en ai parlé à mon producteur qui m’a encouragé à creuser le sujet. Pendant plus de cinq ans, j’ai mené l’enquête, vu des victimes, des avocats, des journalistes, des associations, dans le but de dominer la matière.» 

    Le thriller environnemental contribue-t-il à faire évoluer les mentalités?

    Personnellement, j’adore le genre. Au-delà du film d’utilité publique, le cinéma peut éveiller les consciences. A chaque fois c’est une piqûre de rappel. Cela met à jour des questions de façon artistique. Et je trouve que la fiction nous saisit davantage que le documentaire. J’avais envie de partir de la parole pour aboutir à l’action. Même désespérée. 

    Il y a un aspect manichéen  dans le face à face entre le gentil avocat et le méchant lobbyiste

    Je ne trouve pas. C’est mon ressenti. J’estime ne pas avoir caricaturé mes personnages. Pierre Niney a rajouté du charme  au sien. Au début, quand il parle, on a envie de le croire. Notamment dans ses explications sur le lithium et le diesel. Alors qu’il a évidemment tort.

    Ce rôle de lobbyiste furieusement antipathique est à contre-emploi pour un comédien aussi populaire.

    En effet. Lellouche et lui se sont répartis les rôles dans mon dos. Mais finalement c’était une bonne idée de les échanger. Tous les deux sont d’énormes bosseurs. Par exemple Gilles s’est enfermé pendant deux semaines pour préparer son phrasé.

    Ce film vous a-t-il changé?

    En m’engageant de la sorte, c’était inévitable. Il a totalement modifié mon existence ma perception des choses et des gens. Mais je ne suis pas devenu un spécialiste. Je milite à ma façon quand je peux. Je reste un cinéaste, je poursuis cette idée d’un monde plus juste, plus humain, au centre poétique du terme. Pour remettre l’épanouissement, la tolérance au centre.

    Et Frédéric Tellier aura l’occasion de le faire dans son prochain long métrage où il se penchera sur  la vie de l’abbé Pierre.

    Goliath, à l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 10 mars.  

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  • Grand écran: Dans "La Mif", plongée au coeur d'un foyer d'urgence, on parle avec ses tripes!

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    Au cœur d'un foyer d’urgence,  des adolescentes issues de familles brisées tentent de recoller les morceaux pour en retrouver une. Dans cette structure habituée aux tensions, la relation entre une fille de 16 ans  sexuellement majeure et un jeune garçon de 14 ans, donc mineur, met le feu aux poudres. Véritable déflagration, elle révèle un système rétrograde et sclérosé.   

    Nous plongeant d’entrée dans le bain avec une scène intense qui va se répéter tout au long du film, mais vue sous différents angles, Fred Baillif propose une impressionnante fiction du réel.  Jamais dans le pathos ou le jugement, proche tout en gardant la bonne distance,  il offre un  brillant témoignage sur  les structures d’accueil, une réflexion sur le métier d’éducateur,  un questionnement sur le droit des ados à la sexualité,  sur la limite entre la nécessité de les protéger et de les aider à avoir confiance en eux.   

    Le long métrage se construit en chapitres, avec des portraits forts, pudiques, émouvants  des  pensionnaires  et du personnel d’encadrement. Les filles, toutes actrices non professionnelles, parlent avec leurs tripes. Elles livrent de formidables interprétations. A commencer par celle, bouleversante d’humanité, de Lora  (Claudia Grob) la directrice du foyer. La vocation chevillée au corps, elle se retrouve pourtant dans le collimateur de l’administration, accusée de manquements graves à sa fonction.

    «La Mif»  a obtenu le prix du meilleur film de la catégorie Generation 14plus à la Berlinale de 2021, s’est baladé avec succès dans d’autres festivals dont celui de Zurich, est nominé six fois aux Quartz du cinéma suisse. Une reconnaissance amplement méritée. Educateur dans un foyer lorsqu’il était étudiant et plus tard en milieu carcéral, Baillif sait de quoi il parle.

    Le réalisateur a trouvé son style

    "J’ai fait énormément de recherches.  Les affaires  sexuelles taboues dans la société le sont encore davantage en institution. Ce que je raconte n’est pas la réalité mais pourrait l’être.  Je pose également la question du ghetto qui me passionne. Les raisons pour lesquelles des jeunes se retrouvent en foyer ne se résument pas à la délinquance. On les place dans des lieux  qui vont être stigmatisants".

    Fred Baillif est par ailleurs très fier des filles qui ont participé au développement de leur rôle respectif qui, tient-il à préciser, n'est pas leur vie bien qu'elles soient elles-mêmes issues de foyers. "J’ai mené pendant deux ans des interviews très approfondis pour mieux les connaître, créé des ateliers d’improvisation, procédé à des jeux de rôles. Je leur ai appris à ne pas jouer la comédie." 

    "Il y a une maturité dans ma démarche consistant à marier le réél et la fiction. Je me suis remis en cause. Ce prix berlinois qui me rend heureux, m'a donné confiance dans le style que j'ai choisi et que je pense avoir véritablement trouvé".

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mars

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