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Le blog d'Edmée - Page 2

  • Grand écran: "les Minions 2: il était une fois Gru", nous fait craquer avec son intrigue extravagante

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    L’action se déroule en 1976, entre pattes d’eph, disco et cheveux longs. Pour Les Minions 2, cinquième volet de la franchise, Kyle Balda, précédant Despicable me (Moi bête et méchant),  remonte en effet à l’enfance de Gru, alors âgé de 11 ans et demi et dont la grande ambition est de devenir l’un des plus super méchants du monde.

    Lorsque le chef des Vicious Six, ses idoles, est  trahi et banni par ses venimeux complices, Gru se rend à un entretien d’embauche pour intégrer le groupe. Vu sa jeunesse, le préado peu gâté par la nature avec son long nez pointu, son ventre rond et ses fringues  gris-noir, est hélas largué comme un malpropre.

    Très Fâché, Gru n’a plus qu’une idée, se venger. Il montre aux Vicious sa capacité supérieure de nuisance en leur volant un médaillon aux pouvoirs magiques. Devenant du coup leur ennemi juré, il est forcé de fuir devant leur colère dévastatrice.

    C’est alors que les Minions, plus particulièrement le quatuor formé de Kevin, Stuart, Bob et le nouveau venu simplet Otto, se ruent au secours de Gru, se tournant notamment vers une redoutable instructrice de kung-fu. Leurs diverses interventions se révèlent pourtant toujours aussi maladroites, donnant lieu à une intrigue abracadabrante, folle poursuite aux rebondissements plus extravagants, burlesques et baroques les uns que les autres,

    Ce long métrage d'animation réjouissant, qui fait un tabac au box-office nord-américain en  se hissant à la première place, mise d’ailleurs davantage sur eux que sur Gru, certes attachant méchant raté. Mais face à ces irrésistibles petits personnages jaunes à salopettes bleues et leur sabir fait d’un mélange amphigourique de français, d’italien, d’espagnol et d’anglais, on ne peut s’empêcher de craquer. Les grands comme les petits. Peut-être même plus.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 juillet 

     

     

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  • Grand écran: "El buen patron", satire sociale drôle et grinçante. Javier Bardem convaincant en roi de la balance!

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    Il est prêt à tout, le roi local de la balance, dans le but avoué d’empocher un nouveau prix d’excellence pour son ancestrale entreprise familiale. C’est autour de ce personnage incarné par Javier Bardem que le cinéaste madrilène Fernando Leon de Aranoa a construit El buen patron (Le bon patron). Tragi-comédie sociale grinçante, elle a connu un énorme succès en Espagne,  autant publique que critique, raflant par ailleurs la bagatelle de six Goyas, dont ceux de meilleur film,  réalisateur, scénario et acteur. Surclassant notamment Madres Paralelas de Pedro Almodovar.  

    Transformé avec ses grosses lunettes et ses cheveux gris, Javier Bardem se montre très convaincant en Juan Blanco, dirigeant provincial paternaliste, faussement sympathique mais vraiment cynique, voire ignoble. En fait un salopard hypocrite, maqué depuis toujours avec les édiles du coin pour obtenir ce qu’il veut. 

    Là pourtant, il doit faire face à une série de situations aussi critiques qu'inédites. Un ex-employé licencié vindicatif campe devant l’usine en protestant bruyamment, insultant copieusement le chef. Un contremaître trompé par sa femme menace la bonne marche de l’usine, en freinant la production. Une belle stagiaire ambitieuse fait du chantage à Juan Blanco, fervent  adepte du droit de cuissage. Bref, tout va brusquement de travers pour le PDG, compromettant  dangereusement la remise de cette fameuse récompense à laquelle il tient tant. De plus en plus déboussolé et agacé, il va s’efforcer de reprendre les choses en mains…

    Fernando Leon de Aranoa propose une satire sociale pleine d’ironie et d’humour, plus cruelle, fine et subtile qu’il n’y paraît, en révélant la brutalité du monde du travail. Même si l’auteur se laisse parfois aller au cliché et à la caricature. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 22 juin. 

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  • Grand écran: "Elvis", fascinant biopic de Baz Luhrmann. Avec les formidables Austin Butler et Tom Hanks

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    «Très jeune, j’ai appris que sans chanter, on mourait. Alors je chante », déclare  Elvis vers la fin du film, colossal, spectaculaire, à la démesure de son héros. Normal de la part de Baz Luhrmann. Qui mieux que lui pouvait transposer à l’écran la vie impressionnante, unique, du roi du rock? Dans une Amérique conservatrice, le réalisateur australien évoque l’ascension fulgurante, en deux temps, de l’icône (Austin Butler), qui a bouleversé la culture populaire.
    Une relation complexe et toxique

    Baz Lurhmann se penche plus particulièrement sur les rapports complexes, agités, presque filiaux, voire amoureux, que le mythe a entretenus pendant une vingtaine d’années avec son impresario, le très controversé et mystérieux colonel Parker (Tom Hanks). Cette relation toxique va propulser le chanteur au sommet.

    Disons-le tout de suite, les deux comédiens sont géniaux dans leur registre respectif. Plus vrai que nature, le superbe Austin Butler n’incarne pas, il est le King au sex-appeal stupéfiant, tandis que Tom Hanks méconnaissable, vieilli, se glisse à merveille dans le rôle de la crapule, qui a plumé l’idole sans vergogne.   

    L'auteur n’oublie presque rien dans son biopic à la mise en scène bluffante, foisonnante, frénétique. Il raconte l’enfance pauvre de son héros au Mississippi et au Tennessee, marquée par le décès de son jumeau à sa naissance en 1935, son lien fusionnel avec sa mère, son coup de foudre pour Priscilla (Olivia Dejonge), ses shows aussi gigantesques que délirants à Las Vegas, son désarroi en apprenant la mort de Martin Luther King, puis de Bob Kennedy, Le cinéaste évoque aussi sans toutefois s’y attarder, son addiction aux médicaments, sa dangereuse fascination pour les armes à feu, sa déchéance...

    Cette musique qui rendait le King heureux

    Mais au-delà, Luhrmann incroyablement inspiré parle de musique, celle du King (qui n'aimait pas qu'on l'appelle comme ça) , la seule chose qui le rendait heureux, en-dehors de l’amour du public, contre lequel Priscilla ne pouvait lutter. La musique traverse et sublime ce long métrage opératique, passionnant, fascinant, fourmillant d’idées et à l’hagiographie assumée.

    Le film est aussi politique dans la mesure où il n’est pas seulement le portrait d’une star et d'un homme, mais aussi celui de trois décennies d’une Amérique raciste, corsetée, puritaine. Choquée par les célèbres déhanchements d’Elvis le pelvis, qui n’arrivait pas à chanter sans se trémousser à un rythme d’enfer. Il rendait les filles folles en leur faisant goûter à ce qu’elles imaginaient être le fruit défendu, selon le colonel Parker, se délectant de la chose avec un rien de perversité..

    Elvis, l’artiste solo qui a vendu le plus de disques dans le monde est mort à 42 ans, le 16 août 1977, chez lui à Graceland. Mais grâce à Baz Luhrmann, ce personnage au destin exceptionnel nous tient en haleine pendant 2h40 qu’on ne sent pas passer. Au point qu’on en redemande...

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 22 juin. 

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  • Grand écran: Jean-Louis Trintignant, la mort d'une légende

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    Il était entré dans l’histoire du cinéma avec Un homme et une femme de Claude Lelouch, Palme d’or à Cannes en 1966 et lauréat de deux Oscars. Jean-Louis Trintignant, l’homme aux 160 films, né dans le Vaucluse d’un père industriel maire et conseiller général, est mort entouré de ses proches, le 17 juin 2022. Se battant contre un cancer de la prostate qu’il refusait de faire soigner, il avait 91 ans,  

    Discret, énigmatique, taiseux , solitaire, magnétique excellant aussi bien dans les rôles de jeune premier romantique et de personnage cynique, cet homme à la voix reconnaissable entre toutes était une figure légendaire du septième art et du théâtre français. Etudiant en droit à Aix-en-Provence il se tourne vers la scène à 19 ans, après avoir assisté à une représentation de l’Avare. Il monte à Paris pour suivre des cours d’art dramatique et de mise en scène. Il débute au théâtre avec A chacun selon sa faim et commence à courir les castings.  En 1956 après quelques apparitions à l’écran, il  obtient le rôle principal dans Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, aux côtés de Brigitte Bardot, avec qui il a une liaison «scandaleuse» pendant le tournage. . 

    Immédiatement reconnu, il est malheureusement freiné dans sa carrière par le service militaire. Il devient photographe pour l’Express pendant deux ans, avant de  remonter sur les planches dans Hamlet, puis de collaborer à nouveau avec Roger Vadim au cinéma en 1959 dans Les liaisons dangereuses.  

    Les années fastes

    C’est un succès et la décennie qui suit se révèle faste. Trintignant tourne beaucoup en Italie, refuse des propositions de Spielberg et Coppola, avant de connaître une consécration internationale avec Un homme et une femme Après Ma nuit chez Maud d’Eric Rohmer et  Z de Costa Gavras qui lui a valu le prix d’interprétation sur la Croisette en 1969, les longs métrages s’enchaînent dans les années 70, où on le voit dans différents registres, L'attentat, Le train, L'argent des autres, … Il s’essaye même à la réalisation  dans deux films Une journée bien remplie et Le maître- nageur. Sans grand succès.

    Fin 70, ce féru d’automobile oublie un peu l’actorat pour  se consacrer à sa passion et participe à plusieurs rallyes. Au début 80, il travaille avec  Claude Berri,  Michel Deville, François Truffaut. En 1986, il retrouve Lelouch pour une suite à Un homme et une femme : 20 ans déjà.. 

    En 2003, sa vie est dramatiquement marquée par la mort de sa fille Marie, tuée sous les coups de son  compagnon, le chanteur  Bertrand Cantat. Il ne s’en remettra jamais. Même si, en 2012, après seize ans d'absence, il tourne avec Emmanuelle Riva dans Amour, de Michael Haneke (photo), qui remporte la Palme d'or au Festival de Cannes. Et lui, le César du meilleur acteur. En 2016, il fait sa dernière apparition au cinéma  dans Happy end, également signé du réalisateur allemand et pour lequel il a monté les marches du Grand Théâtre Lumière l’année d’après.  

    Côté vie privée, Jean-Louis Trintignant a été marié trois fois. En 1954, avec Stéphane Audran dont il divorce deux ans plus tard, Puis avec la réalisatrice Nadine Marquand en 1961 dont il a eu trois enfants, Marie, Pauline et Vincent.  En 2000, il épouse Marianne Hoepfner, pilote automobile rencontrée lors d’une course.

    Programmes TV bousculés

    Dès l’annonce de sa mort, les témoignages se sont succédé et les chaînes de télévision ont bousculé leurs programmes pour rendre hommage à l’emblématique et incontournable comédien. Consultez les horaires. 

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  • Grand écran: Tony Gatlif peine à convaincre avec "Tom Medina", un western camarguais

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    Absent du grand depuis 2017, Tony Gatlif, réalisateur du célèbre Gadjo Dilo  revient installer sa caméra en Camargue, ile nous emmène dans une famille d’accueil pour gamins meurtris, délinquants ou exclus, en mal de repères. Sur décision d’un juge pour mineurs, un rebelle récidiviste est envoyé auprès du tuteur Ulysse, un père de substitution intransigeant et respectueux des lois, par ailleurs gardien de taureaux et de chevaux. Il s’agit de Tom Medina, qui est aussi le titre du film. On ne sait trop  d’où il vient, qui il est vraiment. Se rêvant torero, il a toujours fantasmé sa vie et aimerait devenir un garçon bien. Mais on ne lui facilite pas les choses

    Tony Gatlif, sauvé par un éducateur qui lui a transmis sa passion pour les chevaux, s’est inspiré de sa propre adolescence chaotique pour cette tragi-comédie effervescente, survoltée, comme la plupart de ses films. Mais, en dépit de belles images et de quelques fulgurances, ce western camarguais aussi généreux que touffu, pèche par un scénario décousu et confus, où se mêlent mysticisme, fantastique, hallucinations visuelles,  vols d’oiseaux,  folles cavalcades et jeune mère cherchant sa fille. Le tout sur fond de musique gitane et de rock hurlé. 

    Petit problème également concernant l’acteur principal qui tente de nous transpercer scène après scène de son regard noir et de nous séduire par un sourire qu’il veut ravageur. Tom Medina est en effet incarné par le trentenaire belge David Murgia, virevoltant de plan en plan. >Non seulement il surjoue, mais il peine ferme à nous laisser croire, en dépit de sa souplesse et de son énergie débordante,  à un jeune d’à peine 18 ans...  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 juin.

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  • Grand écran: "Les passagers de la nuit", lumineuse chronique familiale avec une bouleversante Charlotte Gainsbourg

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    Quatre ans après Amanda, film hanté par le terrorisme  où un homme de 24 ans, dont la sœur aînée meurt dans un attentat,  doit s’occuper de sa nièce de sept ans,  Mikhaël  Hers nous plonge dans le Paris des années Mitterrand avec Les passagers de la nuit. Un film porté de bout en bout par Charlotte Gainsbourg, qui y trouve l’un de ses meilleurs rôles. 

    Elle incarne Elisabeth., la petite cinquantaine, mère de deux grands  ados, qui habite Paris. Son mari vient de la laisser tomber pour emménager ailleurs avec une autre. Elle n’a jamais travaillé de sa vie et se sent perdue, désemparée. Mais il faut bien qu’elle trouve un job pour entretenir sa famille.. Elle tente sa chance à la radio, comme assistante dans l’émission de nuit de Vanda (Emmanuelle Béart), genre dragon au quotidien. Le contraire d’Elisabeth, la douceur incarnée en toute circonstance.

    Mais les deux femmes s’entendent et Elisabeth peut commencer sans attendre. En quittant son travail elle tombe sur Talulah, ravissante et troublante jeune SDF droguée, qui la bouleverse et qu’elle ne peut s’empêcher de recueillir. Magnifique, émouvante, passionnée, Charlotte Gainsbourg apporte là sa générosité, sa tendresse, son besoin de rendre les gens heureux.     

    Mikhaël Hers procède à une reconstitution soignée du Paris des années 80, tout en proposant un beau drame romanesque, nostalgique, intense, léger, pétri d’humanité, où il sait tirer sur la corde sensible avec délicatesse. Evitant les pièges du pathos et de la mièvrerie, il propose une chronique familiale fragile, lumineuse, faite de petites touches, évoquant à la fois la séparation, la rupture, la réparation. Le tout sur des images d’archives, des références musicales (Joe Dassin)  et cinématographiques (Les nuits de la pleine lune, de Rohmer...) En résumé, on est sous le charme.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 juin.

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  • Festival de Cannes: une deuxième Palme d'or à Ruben Ostlund pour "Sans filtre". La déception!

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    Dans son discours d’introduction à la cérémonie de clôture orchestrée par Virginie Efira, le président Vincent Lindon a déclaré qu’il avait tout aimé, les gens, les films et surtout ses huit complices. Au point qu’il a demandé avec humour la reconduction du jury. Mais non, on ne va pas les réélire, lui et son équipe, après l’attribution décevante d’une deuxième Palme d’or à Triangle Of Sadness (Sans filtre, en français) de Ruben Ostlund, déjà couronné il y a cinq ans pour The Square,   .

    Le Suédois, qu’on avait carrément oublié dans les pronostics, se déchaîne démentiellement dans cette comédie structurée en trois actes, se voulant  provocante et grinçante, en dénonçant à nouveau le fossé de plus en plus béant entre les ultra riches et les ultra pauvres. Mais le réalisateur devient curieusement moralisant en dépit de ses excès, en inversant les rapports de classe. La farce est lourde, grotesque et peu ragoûtante. On nage dans le vomi au propre et au figuré avant que le cinéaste s’embourbe dans un troisième chapitre à l’issue interminable. 

    C’est donc raté pour Close du Flamand Lukas Dhont. On espérait pourtant le voir gagner  avec sa bouleversante histoire d’amitié fusionnelle entre deux jeunes garçons de 13 ans qui se termine dramatiquement. Il doit donc se contenter du Grand prix du jury, ce qui n’est certes pas si mal…et le partager avec Stars At Noon de Claire Denis. L'oeuvre laisse songeur, Elle  évoque une jeune Américaine, mi-journaliste  mi-pute, qui se donne des frissons au Nicaragua. Sans passeport et fauchée, elle rencontre un mystérieux  homme d’affaires anglais fatal, doublé d’un amant trouble.

    De son côté, le Polonais Jerzy Skolimowski  auteur du singulier Eo dont un âne est le héros, doit aussi partager le prix du jury avec Les huit montagnes, un opus dégoulinant de bons sentiments des Belges Félix Groeningen et Charlotte Vandeersch. Et la razzia continue, vu que les Wallons Dardenne reçoivent le Prix spécial du 75e anniversaire du festival  avec Tori et Lokita, un plaidoyer pour les migrants mineurs. Histoire de les caser quelque part ?

    Des autres prix incontestables

    La suite est plus logique avec le prix de la mise en scène décerné au Sud-Coréen  Park Chan-wook pour son polar fascinant Decision To Leave. Un détective chevronnè enquête sur la mort suspecte d’un homme et tombe sous le charme vénéneux de sa veuve. Quant au prix du scénario, il va au Suédois Tarik Saleh pour Boy From Heaven, passionnant thriller sur la lutte de pouvoir entre religieux et politiques pour l’élection d’un nouvel Imam.

    Côté interprétation, l’Iranienne Zar Amir Ebrahimi est justement sacrée meilleure actrice. Dans Holy Spider de l’Irano-Danois Ali Abassi, elle traque un tueur de prostituées dans son pays au début des années 2000. Un film basé sur des faits réels. Le prix du meilleur acteur est décerné au Sud-Coréen Song Kang-ho pour son rôle dans Broker du Japonais Hirokazu Kore-eda. Patron d’un pressing il recueille illégalement des bébés abandonnés pour les vendre.

    Les primés dans les sections parallèles

    Le haut niveau de la compétition s’est retrouvé dans les sections parallèles, qui ont également fait des heureux.  Le grand prix «Un certain regard» a été octroyé au film français Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret. Quatre ados sont choisis pour tourner dans un film, alors que tout le monde se demande pourquoi avoir pris les pires… Quant à Saim Sadiq, premier auteur pakistanais sélectionné, il a eu la chance de décrocher le Prix du jury pour Joyland, l’histoire du benjamin d’une famille patriarcale et conservatrice tombé amoureux d’une danseuse trans dans un cabaret érotique de Lahore.   
     
    Dans la foulée, il a aussi obtenu la Queer Palm. En la lui décernant, la présidente du jury Catherine Corsini, qui avait raflé cette récompense en juillet dernier pour La fracture a salué « un film extrêmement fort, représentant tout ce que nous défendons. Il va retentir dans le monde entier. Partout où il y a des interdits  de l’homosexualité ».

    A la Semaine de la critique  le Colombien Andrés Ramirez Pulido a remporté le Grand prix  pour son premier long métrage La Jauria, où il se penche sur le quotidien de jeunes délinquants.

    La révélation Zelda Samson récompensée

    A l’honneur en compétition avec trois médailles, le cinéma belge brille encore dans cette section. Zelda Samson, révélation de Dalva, premier long métrage d’Emmanuelle Nicot a gagné le Prix Fondation Louis Roederer. Elle est formidable dans le rôle d’une gamine de 12 ans enlevée à un père incestueux et placée dans un foyer.

    Deux récompenses ont été décernées à La Quinzaine des réalisateurs, volet non compétitif, dirigé une derrière fois par Paolo Moretti. Le Label Europa Cinemas a été attribué à Un beau matin de la Française Mia Hansen-Love, évoquant la lutte d’une mère célibataire entre son  enfant, son père malade et son amant. Quant au prix SACD, il a été remis à La montagne, de et avec son compatriote Thomas Salvador. Un homme tourne le dos à la société, pour se ressourcer sur les sommets. 

    Un mot enfin sur la Caméra d’or remise à War Pony des Américains Gina Gamell et Riley Keough. Le film suit un gamin de 12 ans et un jeune homme de 23 ans, essayant tant bien que mal de survivre dans le Dakota du Sud.   

  • Festival de Cannes: Qui va remporter la Palme d'or 2022? Les prétendants se bousculent

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    Dans quelques heures, la 75e édition cannoise, qui nous a réservé de belles surprises, aura vécu. On n’attend plus que le verdict de Vincent Lindon et de ses huit jurés pour savoir qui l’emportera, des 21 candidats à la prestigieuse Palme d’or. 

    Comme d’habitude, les pronostics vont bon train, divisant la critique. Mais si l’on en croit des rumeurs persistantes, il y aurait un favori, qui est aussi le nôtre. Il s’agit de Close, du Flamand Lukas Dhont. Il a touché la Croisette au cœur en évoquant sans pathos, en dépit d’une forte charge émotionnelle, l’amitié fusionnelle entre deux garçons de 13 ans, détruite par un terrible drame.
     
    Toutefois  selon le panel de journalistes internationaux et hexagonaux dans les magazines Screen et Le film français, d’autres prétendants ont la cote. Comme le Sud-Coréen Park Chan-wook avec son polar sensuel et virtuose   Decision To Leave. On parle aussi beaucoup de Tourment sur les îles d’Albert Serra, portrait de la politique coloniale et nucléaire française dans le Pacifique.  Le Roumain Mungiu garde ses fans avec RMN , qui scanne le racisme ordinaire,  tout comme l’Américain James Gray avec Armageddon Time,  où il plonge  dans ses souvenirs de jeunesse. 

    Et n’oublions pas le Suédois Tarik Saleh avec Boy From Heaven,  thriller politico-religieux sur les luttes d’influence  en Egypte,  le Japonais  Japonais Hirokazu Kore-eda  avec Broker  et ses trafiquants de bébés,  ou encore le Danois Ali Abassi avec Hoky Spider, traque d’un tueur de prostituées en Iran au début des années 2000. 

    Logiquement, on devrait en retrouver quelques-uns au palmarès qu’il s’agisse de la Palme, du Grand Prix du jury, de la mise en scène, du scénario, du prix du jury ou de ceux d’interprétation. Réponse ce samedi soir sur France 2 dès 20h30. 

  • Festival de Cannes: avec le déchirant "Close", un Belge peut en chasser deux autres

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    Les frères Dardenne ont en effet du souci à se faire. Après Girl, qui avait bouleversé la Croisette et décroché la Caméra d’or en 2018, le Flamand Lukas Dhont revient à Cannes, en compétition cette fois, avec Cloes, son deuxième long métrage qui a déclenché une délirante standing ovation de dix minutes. . 

    Et pour cause. Cette amitié fusionnelle entre Léo et Rémi, 13 ans, détruite par un drame impensable touche en plein coeur. D’autant que le réalisateur, en dépit de la force émotionnelle de son histoire, sait éviter tous les pièges du larmoyant, du pathos, 

    Lukas Dhont nous met tout de suite de suite au parfum.  On voit les deux gamins inséparables depuis toujours, s’inventer des ennemis à leur poursuite, courir dans les champs, se tirer la bourre à vélo, dormir dans le même lit. Mais petit à petit, ce lien indéfectible, cette intimité de tous les instants, commencent à faire jaser certains de leurs camarades. Une fille leur demande s’ils sont en couple. On entend les mots « tapette », « pédale ». 

    Blessé, Léo commence alors à s’éloigner de Rémi qui ne comprend et surtout ne supporte pas cette nouvelle attitude. Il  a la rage d’être mis à l’écart et la manifeste dans des emportements violents. Dès cet instant, Lukas Dhont nous maintient dans la crainte constante et haletante d’un drame. Jusqu’à ce qu’il se produise, inéluctablement. Dévoré par le remord, le Léo ronge sa culpabilité, se murant dans le silence.   

    Avec Close, le cinéaste flamand révèle une nouvelle fois deux jeunes comédiens impressionnants de charisme et de justesse.  Eden Dambrine et Gustav de Waele. Ils donnent la réplique à une Emilie Dequenne déchirante de dignité en mère de Rémi, qui nous fait partager son immense chagrin. 

    Un bébé abandonné dans Broker  

    Autre prétendant à la médaille, le Japonais Hirokazu Kore-eda, déjà couronné avec Une affaire de famille en 2018. Avec Broker, il reste sur son terrain de prédilection, tout en situant son histoire en Corée du Sud.  

    Les premières images sont dures. Par une nuit pluvieuse, une jeune femme abandonne son nouveau-né à proximité d’une boîte à bébés. Il est récupéré illégalement par deux hommes, des revendeurs d’enfants à qui s’allie la mère, une prostituée. Tous trois sont bien décidés à le faire adopter contre rémunération importante.

    Mais tout n’est pas simple et l’auteur nous emmène dans un voyage à travers le pays pour trouver les parents idéaux. Lors de cet insolite road-movie, les trafiquants sont traqués par la police, qui veut les prendre en flagrant délit au moment de la transaction. .

    Au fil de l’intrigue, symptomatique des maux et paradoxes sociaux, l’auteur évoque la possible construction d’une famille entre ces laissés pour compte de la société, dont la rencontre avec  le nourrisson changera le destin. A l’image de Lukas Dhont, il évite l’émotion et la larme faciles dans ce film non dépourvu de cynisme et d’humour.

  • Festival de Cannes: "Elvis", biopic spectaculaire et fascinant, à la démesure de son héros. Austin Butler et Tom Hanks géniaux

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    « Très jeune, j’ai appris que sans chanter, on mourait. Alors je chante », déclare  Elvis vers la fin du film,  qui s’est curieusement achevé dans un quasi silence de cathédrale, lors de l’unique projection suivant celle, follement applaudie la veille, au Grand Théâtre Lumière.

    Colossale, l’œuvre est spectaculaire, à la démesure de son héros. Normal de la part de Baz Luhrmann. Qui mieux que lui pouvait transposer à l’écran la vie impressionnante, unique, du roi du rock? Dans une Amérique conservatrice, le réalisateur australien évoque l’ascension fulgurante de l’icône (Austin Butler), qui a bouleversé la culture populaire.

    Une relation complexe et toxique

    Baz Lurhmann se penche plus particulièrement sur les rapports complexes, agités, presque filiaux, voire amoureux, que le mythe a entretenus pendant une vingtaine d’années avec son impresario, le très controversé et mystérieux colonel Parker (Tom Hanks). Cette relation toxique va propulser le chanteur au sommet.

    Disons-le tout de suite, les deux comédiens sont géniaux dans leur registre respectif. Plus vrai que nature, le superbe Austin Butler n’incarne pas, il est le King au sex-appeal stupéfiant, tandis que Tom Hanks méconnaissable, vieilli, se glisse à merveille dans un rôle de canaille.    

    Baz Luhrmann n’oublie presque rien dans son biopic à la mise en scène bluffante. Il raconte l’enfance pauvre de son héros au Mississippi et au Tennessee, marquée par le décès de son jumeau à sa naissance en 1935, son affection inconditionnelle pour sa mère, son coup de foudre pour Priscilla (Olivia Dejonge), ses shows aussi gigantesques que délirants à Las Vegas, son désarroi en apprenant la mort de Martin Luther King, puis de Bob Kennedy…

    Cette musique qui rendait le King heureux

    Mais au-delà, le cinéaste incroyablement inspiré parle avant tout de musique, celle du King, la seule chose qui le rendait heureux, en-dehors de l’amour du public. Elle sublime ce long métrage opératique, passionnant, fascinant, fourmillant d’idées et à l’hagiographie assumée.

    Le film est aussi politique dans la mesure où il n’est pas seulement le portrait d’un homme, mais aussi celui de trois décennies d’une Amérique raciste, corsetée, puritaine. Choquée par les célèbres déhanchements d’Elvis le pelvis, qui n’arrivait pas à chanter sans se trémousser à un rythme d’enfer. Rendant les filles folles et leur faisant goûter au fruit défendu, selon le colonel Parker.

    Elvis, l’artiste solo qui a vendu le plus de disques dans le monde est mort à 42 ans, le 16 août 1977 , chez lui à Graceland. Mais grâce à Baz Luhrmann, ce personnage au destin exceptionnel nous tient en haleine pendant 2h40 qu’on ne sent pas passer. Au point qu’on en redemanderait…