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Cannes dans Chassé-Croisette

  • Festival de Cannes: la Palme d'or à "Titane", de Julia Ducournau. Un film féministe choc, violent, transgressif, clivant

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    La Française Julia Ducournau, 37 ans, benjamine de la compétition, est devenue samedi la deuxième réalisatrice à remporter la Palme d’or pour Titane, 28 ans après Jane Campion pour La leçon de piano. Son oeuvre a soit électrisé, soit secoué Croisette et critiques. Super dans son costume arc-en-ciel, le président du jury Spike Lee, censé donner les prix d’interprétation, s’est mélangé les pinceaux en annonçant pratiquement la récompense suprême dès le début d’une cérémonie au déroulement assez bordélique jusqu’au bout.  

    Entourée de l’étonnante Agathe Rousselle qui fait l’amour avec les voitures et de Vincent Lindon, pompier sous stéroïdes, Julia Ducournau a remercié le jury "de laisser entrer les monstres et de rendre le cinéma plus inclusif". Déjà à l'affiche dans les salles de Suisse romande,, le féministe Titane, mêlant mutation des corps. hybridation femme/machine, recherche de paternité, questionnement de l’identité et du genre, est le film le plus choc, le plus violent, le plus transgressif et le plus trash du concours.  Mais aussi sans doute le plus nouveau.

    La difficulté du choix

    Destiné à cliver, il clive, ce qui n’a rien d’étonnant dans cette 74e édition où chacun avait sa Palme et où, du coup, aucune n’était indiscutable. Le fait d’avoir décerné le Grand prix du jury ex-aequo à l’Iranien Ashgar Farhadi (Un héros) et au Finlandais Juho Kuosmanen (Compartment No6) ainsi que deux Prix du jury à l’Israélien Nadav Lapid (Le genou d’Ahed) et à Apichatpong Weerasethakul (Memoria) est symbolique de cette difficulté de choix.

    Pour les autres médailles de la soirée, celle de la mise en scène revient à Leos Carax, auteur d’Annette, tandis que celle du scénario récompense le Japonais Ryusuke Hamaguchi, qui aurait mérité mieux pour son magnifique Drive My Car. 

    Excellents prix d’interprétation

    L’Américain Caleb Landry Jones est sacré meilleur acteur pour sa performance dans Nitram de l’Australien Justin Kurzel, où il s’apprête à commettre l’une des pires tueries de l’histoire du pays. De son côté Renate Reinsve, une révélation, décroche l’interprétation féminine pour Julie en douze chapitres du Norvégien Joachim Trier, où elle joue une femme en quête d’elle-même. Tous deux sont excellents.

    Un mot encore sur la Caméra d’or remise à  Murina de la cinéaste croate Antoneta Alamat Kusijanovic restée dans son pays pour une raison majeure. Elle a donné naissance à son premier enfant la veille de la cérémonie. Enfin, une Palme d’honneur a été décernée au grand Marco Bellochio. 

    Edition marquante mais pas transcendante

    Pour le reste, on relèvera une édition réussie un peu boursouflée mais de bonne tenue dans l’ensemble, marquante mais pas transcendante, où dominait le cinéma français. Avec comme toujours des perles découvertes dans les sections parallèles qui auraient eu leur place en compétition. 

    Enfin, ce cru 2021 n’a pas été trop perturbé par les mesures sanitaires, même s’il fallait montrer patte blanche pour entrer dans le Palais des festivals ou porter son masque pendant toute la durée des projections. Par ailleurs, on ne peut pas franchement prétendre que la billetterie dématérialisée a empêché les files d’attente de se former. Mais on a survécu !

     

  • Festival de Cannes: une 74e édition en manque de Palme d'or indiscutable

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    Particulière, cette course à la récompense suprême, qui se termine ce soir avec la proclamation du palmarès par le président du jury Spike Lee et ses camarades. Alors qu’on s’attendait à une géniale découverte après toute cette attente et ces frustrations covidiennes, aucune Palme d’or indiscutable ne se dégage vraiment des 24 œuvres en lice pour la décrocher. 

    Et pourtant que ce fut dense. Plus spécialement en deuxième semaine on avait carrément passé la vitesse supérieure avec une quinzaine de films au menu. Avec Benedetta de Paul Verhoeven, Tout s’est bien passé de François Ozon, Bergman Island de Mia Hansen-Love  Drive my car de Ryusuke Hamaguchi dont on a déjà parlé, on en a retenu quelques autres susceptibles de toucher le jack pot, ou du moins de figurer au palmarès.  

    A commencer par Jacques Audiard qui, six ans après le triomphe contesté de Dheepan, opère une véritable mutation dans Les Olympiades, son premier film en noir et blanc somptueux, co-écrit avec Céline Sciamma et Lea Mysius. Librement inspiré de trois nouvelles graphiques de l’Américain Adrian Tomine, le film se déroule dans le quartier chinois du 13e arrondissement de Paris.

    Traitant du polyamour dans cette effervescente comédie romantique,  Audiard se livre à une étude de moeurs en radiographiant finement des âmes, des cœurs et des corps. Il suit quatre jeunes gens, trois filles et un garçon, dont les parcours se croisent et les désirs s’entrecroisent. Le tout sur fond de nouvelles technologies permettant des rencontres, du harcèlement ou des ébats pornos en ligne.  

    France de Bruno Dumont avec une Léa Seydoux époustouflante 

    On  est très séduit par Bruno Dumont, qui lui aussi change radicalement de registre avec France, satire féroce de la célébrité, où il flingue à la fois joyeusement et gravement une  mise en scène télévisuelle obscène de l’actualité. Poussée dans ses limites par sa délirante assistante (Blanche Gardin), Léa Seydoux décoiffante en vedette cynique de Regard sur le monde, émission phare d’une chaîne d’info en continu qui donne dans le journalisme d’une rare indécence. 

    On la voit jubiler à l’idée de déstabiliser Macron ( un montage sur des images du chef de l’Etat), danser parmi les bombes, diriger des rebelles comme au théâtre pour que ça passe mieux, ou embarquer faussement sur un bateau de migrants dont elle évoque le tragique destin, les larmes aux yeux. Sa prestation, la montrant aussi victime du système dont elle fait partie, pourrait lui valoir un prix d’interprétation. 

    Compartment No 6, une histoire simple

    On a un faible pour Compartment N0 6 du Finlandais Juho Kuosmanen. Présent  pour la première fois en concours, il ne se prend pas la tête pour raconter une histoire simple son histoire. Laura, une jeune étudiante finlandaise à Moscou, passionnée par les pétroglyphes du néolithique de Mourmansk, aurait dû s’y rendre avec Irina, son amoureuse. 

    Mais celle-ci a d’autres projets et Laura est obligée de faire ce très long voyage seule. Dans le train, elle doit partager son compartiment avec un inconnu fortement alcoolisé qu’elle a une grande envie de fuir dans un premier temps. Mais cette cohabitation forcée, propice à une série de péripéties, va peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout sépare.

     De Srebrennikov à Weerasethakul en passant par Farhadi et  Anderson 

    Mais si on a nos favoris, il en existe plein d'autres pour les critiques.  Par exemple Petrov’s Flue  de Kiirill Srebrennikov. Un film russe fou à la mise en scène hallucinante, racontant l’histoire dingue de Petrov, auteur de BD. Affaibli par une grosse fièvre, il est entraîné par son mari Igor dans une déambulation aussi démente qu’alcoolisée entre rêve et réalité. Monstrueux et complexe. 

    Certains ne jurent que par Memoria du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Palme d’or en 2010 pour Oncle Boonmee, il revient sans surprise avec un film contemplatif, magnifique et ésotérique. Il commence par un étrange, puissant et mystérieux boum que Jessica (Tilda Swinton) est la seule à entendre à n’importe quel moment du jour et de la nuit. Les médecins peinent à l’identifier. Initiée par un chamane, elle finira par découvrir l’origine de ce son qui la hante. 

    Sérieux client pour de nombreux critiques Un héros d'Ashgar Farhadi. Pour la quatrième fois en concours, l’Iranien nous plonge dans un imbroglio sans créativité, Autorisé à sortir un week-end de la prison où il est enfermé pour une dette qu’il n’a pas honorée, Rahim ne sait pas comment rembourser son créancier. A la suite d’une manipulation douteuse, qui le fait pourtant passer pour un héros, il s’enferre dans ses mensonges, compromet des gens et se met sa famille à dos. On n’adhère pas. 

    De leur côté, les fans de Wes Anderson misent sur leur idole, de retour sur la Croisette avec The French Dispatch,  rendant hommage à une presse et une France rêvées. L’affiche est prestigieuse (Murray, McDormand, Swinton, Brody, Seydoux, Amalric. Chamalet) et on ne peut nier que le cinéaste a un style visuel unique. Il crée par ailleurs un univers dont beaucoup raffolent. Ce qui n’est pas notre cas. 

    Enfin, si on veut du clivant, pourquoi pas Titane, de  la Française Julia Ducournau? Il y en a qui  placent très haut l'opus de la jeune réalisatrice qui, fascinée par la mutation des corps, la fusion entre la chair et le métal, questionne les thèmes de l'identité, de la filiation et du genre

    Qu’en pensera le jury ? On verra bien.  On espère juste qu'il oubliera Flag Day de Sean Penn, pour nous le plus mauvais film de la compétition.

  • Festival de Cannes: "De son vivant", récit poignant face à l'inéluctable. Avec Catherine Deneuve et Benoît Magimel

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    Après François Ozon  (Tout s’est bien passé), Catherine Corsini (La fracture), Emmanuelle Bercot nous immerge à son tour entre les murs d’un hôpital avec De son vivant, présenté hors compétition à Cannes.  

    La réalisatrice française livre le récit poignant d'une fin de vie. On y retrouve Catherine Deneuve, qui faisait sa première apparition publique 18 mois après son accident vasculaire. La Croisette lui a réservé un accueil follement enthousiaste, ainsi qu’au film où elle incarne la mère de Benjamin, un professeur de théâtre de 39 ans (Benoît Magimel).

    Atteint d’un cancer particulièrement agressif, il ne lui reste que peu de temps pour ranger le bureau de sa vie, l’expression favorite de son médecin, le dévoué, empathique, philosophe, Gabriel Sara. Véritable oncologue à la ville, il sait, avec son humour, sa douceur, son honnêteté devant l’inéluctable, transformer l’ambiance anxiogène des lieux en de joyeux et chaleureux instants.

    Sans détour ni pathos

    Emmanuelle Bercot aborde sans détour ni pathos la question de la maladie, de la mort, de la souffrance, de l’accompagnement et du soutien des proches engagés avec le malade dans un parcours des plus douloureux.

    Très réussi en dépit de quelques ficelles, ce mélodrame doit évidemment beaucoup à ses acteurs. Catherine Deneuve en mère courageuse mais inquiète, désemparée et démunie face à la détresse de son fils nous émeut, et on est surtout frappé au cœur par l’interprétation magistrale et déchirante, d’une rare intensité, de Benoît Magimel.

    Un moment fort

    Impossible de ne pas verser une petite larme en le voyant dans le déni, se révolter et lutter désespérément, avant d’apprivoiser sa mort-avec une rare dignité. On retiendra également la prestation de la toujours lumineuse Cécile de France, infirmière adorable, pleine de tendresse et de compassion.

    Pour Emmanuelle Bercot, ce film qui parle de la mort est un hymne à la vie. Même si elle dépeint un monde idéal où on peut y voir un conte si on en a envie, comme elle le dit elle-même, ce fut un moment fort du festival.    

  • Festival de Cannes: Entre polémique Pio Marmaï et découverte d'une perle à la Semaine de la Critique

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    Cannes tient son petit scandale. Lors de la conférence de presse sur La fracture, de Catherine Corsini, Pio Marmaï s'en est pris au président Macron. Le comédien français, qui incarne un manifestant blessé dans une manifestation de Gilets jaunes a notamment déclaré, reprenant une phrase du film: "Macron, j'aimerais bien aller chez lui en passant par les chiottes et les tuyaux et lui péter la gueule, ça évidemment  un peu comme tout le monde, dans l'absolu..." Du coup polémique sur les réseaux sociaux, tandis que les télés d'info continue en font leurs choux gras avec défilé de pour et de contre sur les plateaux. 

    Mais parlons plutôt cinéma. Comme d'habitude, certains films n'ont pas grand-chose, sinon rien à faire en compétition. Par exemple Flag Day de Sean Penn, même s'il n'atteint pas le ridicule de The Last Face en 2016  Le réalisateur-acteur y brosse laborieusement le portrait d 'une jeune femme qui lutte pour guérir des blessure de son passé, tout en essayant de reconstruire une difficile relation avec son père.

    Du coup on se demande pourquoi des perles découvertes dans les sections parallèles ne figurent pas en concours. C’est le cas de Petite nature, deuxième long métrage de Samuel Theis, présenté à la Semaine de la Critique.

    Il raconte l’histoire de Johnny (Aliocha Reinert), gueule d’ange frêle au look  féminin avec ses longs cheveux blonds bouclés. Il a dix ans, mais ne s’intéresse qu’aux histoires des adultes. Dans sa cité HLM de Forbach, en Lorraine, il observe avec curiosité la vie sentimentale triste et agitée de sa mère, aimante mais trop souvent entre deux vins.
    Cette année pourtant, quelque chose change quand il intègre la classe de Monsieur Adamski (Antoine Reinartz) venu de Lyon avec sa femme Nora (Izïa Higelin). Johnny noue un lien particulier avec ce nouvel enseignant qui croit en lui et lui ouvre d’autres horizons.

    On n’est pas loin de voir cette relation glisser sur une pente dangereuse, plus particulièrement à la faveur d’une scène dont le côté trouble est induit par le pré-ado. Il n’en n’est rien. Si l’auteur questionne et dérange, il explore avant  tout l’éveil confus de son héros aux perceptions amoureuses, son désir d’émancipation, la découverte de son identité.

    Intelligent, fort, tendre, « Petite nature » est porté de bout en bout par l’impressionnant Aliocha Reinert. Rebelle charismatique, il livre une étonnante prestation. 

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Festival de Cannes: la compétition, avec François Ozon, Catherine Corsini et les autres

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    Retour sur une semaine de compétition où se dégagent plus particulièrement Benedetta de Paul Verhoeven, dont on a déjà parlé et Tout s’est bien passé de François Ozon, qui aborde de front le sujet polémique et puni en France du suicide médicalement assisté. Son film est adapté du roman autobiographique éponyme d’Emmanuèle Bernheim, qui a aidé son propre père à mourir.

    A 85 ans, celui-ci (André Dussollier) est hospitalisé à la suite d’un AVC. Il se réveille très diminué, totalement dépendant. Décidé à en finir rapidement face à une insupportable déchéance, cet homme qui a follement aimé la vie, demande l’assistance de sa fille. Déchirée, elle va finalement accepter . 

    Emmanuèle est incarnée par Sophie Marceau, qui marque ainsi son retour très convaincant dans un grand rôle. Mais ce qui domine dans le combat de cet homme pour partir dans la dignité, c’est la formidable prestation d’André Dussollier. Il peut prétendre à un prix d’interprétation. 

    Redoutablement transformé physiquement à l’aide de prothèse, s’exprimant très difficilement, il se révèle absolument bouleversant. Ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’humour et de causticité. Par exemple quand il se demande comment font les pauvres, en découvrant le prix d’un suicide assisté en Suisse… Un cynisme et un second degré à l’image du film de François Ozon et de son plaidoyer pour une liberté de choix, où il sait émouvoir sans pathos ni complaisance. 

    La fracture de Catherine Corsini

    Immersion dans les urgences d’un hôpital parisien, transformées en théâtre façon cour des miracles le temps d’une nuit explosive. Avec ce film, Catherine Corsini aborde de façon métaphorique les fractures d’une société française meurtrie et divisée.

    Elles sont symbolisées par le couple au bord de la rupture que forment  Marina Foïs et Valeria Bruni-Tedeschi. Le tout sur fond de révolte des Gilets jaunes, de violences policières, d’abandon de l’hôpital public et d’une grève des soignants qui continuent néanmoins à porter secours aux blessés.

    Une oeuvre sous haute tension entre scènes dramatiques et drôles auquel on reprochera une hystérie accentuée par la performance délirante de Valeria Bruni Tedesch. Survoltée et shootée aux médicaments, elle en fait vraiment des tonnes. 

    Julie (en 12 chapitres) du Norvégien Joachim Trier

    Pour la troisième fois à Cannes, le Norvégien Joachim Trier brosse le portrait audacieux et original d‘une jeune femme indépendante, à la recherche du bonheur, de sa voie professionnelle, de l’homme de sa vie, de sa place dans le monde. Mais à bientôt 30 ans, tour à tour chirurgienne, psychologue et photographe, elle ne parvient pas à se fixer. Alors qu’elle pense avoir trouvé une certaine stabilité auprès d’Aksel, 45 ans, auteur de BD à succès avec qui elle emménage, elle rencontre Elvind, un garçon de son âge. 

    Dans ce film qui traite de la maternité, du genre, du sexe, de la liberté des femmes ou des pratiques sociales, il y a des péripéties, de l’humour, du rythme, de l’invention, des trouvailles de mise en scène, Comme cette parenthèse onirique où le temps s’est arrêté. Et on découvre surtout une excellente actrice, Renate Reinsve, qui assure dans le rôle complexe de Julie. 

    Lingui du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun

    Mère courage, Amina vit chichement dans les faubourgs de N’djaména, au Tchad, en vendant des paniers de fer. Alors qu’elle élève seule Maria, quinze ans, son monde déjà fragile achève de s’effondrer, quand sa fille unique lui annonce qu’elle est enceinte et qu’elle refuse de le garder. 

    Amina qui a vécu la même situation quinze ans plus tôt avant d’être bannie par sa famille, veut absolument aider Maria. Mais comment faire dans un pays où l’avortement est condamné par la religion et la loi ? Le combat semble perdu d’avance. C’est toutefois sans compter sur les liens sacrés, la solidarité et l’entraide qui unissent les femmes.  

    Politiquement et socialement fort, le métrage souffre d’un scénario trop basique aux rebondissements téléphonés. 

  • Festival de Cannes: "Benedetta", sulfureux thriller érotico-clérical du provocateur Verhoeven. Virginie Efira sublime

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    Il était attendu sur la Croisette comme le messie! Cinq ans après « Elle », Paul Verhoeven, revient avec « Benedetta », une adaptation de Sœur Benedetta entre sainte et lesbienne de Judith C.Brown, spécialiste de la Renaissance italienne et de l’histoire de la sexualité. Tout en faisant la distinction entre le sacré et le profane, il suit le vrai parcours d’une nonne lesbienne, autoproclamée « fiancée du Christ », mais condamnée à 35 ans de réclusion pour fraude et immoralité.  

    Ayant reçu les stigmates, Benedetta Carlini (Virginie Efira divine) a rejoint très jeune le couvent de Pescia en Toscane, alors que la peste ravage l’Italie au 17e siècle. Hantée, tourmentée par des visions religieuses et érotiques, elle sème le trouble dans la communauté, déchirée entre sa foi et son aventure avec l’effrontée Bartolomea, une jeune novice pauvre et maltraitée depuis son enfance, dont elle tombe amoureuse.  

    Le réalisateur adore bousculer son monde 

    Nul doute que cette sulfureuse comédie en soutane à la fois féministe, politique et ludique, en salle dès aujourd’hui dans les salles, va diviser les festivaliers. Comme chaque film de Paul Verhoeven, qui adore bousculer et interpeller les spectateurs pour les faire réfléchir et se remettre en question. 

    Toujours aussi iconoclaste et inspiré, le Néerlandais de 82
    ans propose un thriller audacieux, provocateur, subversif, mêlant sexualité, religion, violence et ambition humaine. S’attaquant aux tabous, l’auteur dénonce l’hypocrisie et la corruption de l’Eglise sur fond de mysticisme, de désir, d’interdit sexuel, de sacrifice, ne craignant pas l’humour, l’excès sinon le grotesque, dans des scènes oniriques outrancières.

    Virginie Efira se livre corps et âme

    Complexe, ambiguë, exaltée, prophétesse, mythomane ou manipulatrice sur laquelle plane le mystère, Virginie Efira pleine de grâce est sublime dans ce rôle charnel casse-gueule. Elle donne tout à Benedetta, qui imagine coucher avec des clones du Christ, livrant son âme et son corps qui va jusqu’à se transformer en arme de destruction pour mieux choquer les tartufes. A ses côtés on retrouve Charlotte Rampling, excellente en mère supérieure sévère, coincée, l’air détaché mais méfiante face à cette Benedetta capable de miracles. Ainsi que Lambert Wilson, tout aussi parfait en prévost véreux.

    A l’affiche dans les salles de Suisse dès le 9 juillet.

  • Festival de Cannes: traqués et emprisonnés dans "Grosse Freiheit", des gays en quête d'une incertaine liberté

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    Longue ovation pour Grosse Freiheit,, présenté dans la section Un certain regard. Le film raconte l’histoire de Hans Hoffman. Il est gay et l’homosexualité, illégale dans l’Allemagne jusqu’en 1969, est condamnée selon l’article 175 du code pénal.
    Certains homosexuels sont même passés directement des camps de concentration à la prison. Comme Hans, personnage sacrificiel et tragique. Constamment entre deux condamnations, il s’obstine à y rechercher la liberté et l’amour. 

    Le second long métrage du réalisateur autrichien commence par des films d’archives où des hommes se rencontrent dans des pissotières. Ce sont en réalité des pièces à conviction, permettant la persécution autorisée et abjecte de ces hommes traqués, qui se retrouvent derrière les barreaux. 

    Trois dates, 1968, 1945 et 1957, ponctuent ce film physique, austère, radical, mais non dénué de romanesque. Evoquant l’ignominie de vies volées, il se passe pratiquement entièrement entre les murs gris du pénitencier.  On y retrouve les mêmes individus à différents âges, passant leur temps dans l’atelier de couture pour confectionner, selon les époques, des bleus de travail ou des draps roses.

    Inlassable rebelle sans cesse puni, Hans poursuit une histoire amicale, parfois intime et parfois violente avec Viktor, meurtrier endurci mais capable de compassion. De talentueux comédiens portent cette quête intense et incertaine de liberté, à commencer par le remarquable Franz Rogowski dans le rôle du naïf et romantique Hans. 

     

  • Festival de Cannes: le militant Spike Lee, président du jury, fustige les dirigeants du monde

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    Avant l’ouverture du festival, le jury a donné sa traditionnelle conférence de presse.  En majorité féminin, il est présidé cette année par le cinéaste new-yorkais Spike Lee. Lui et ses huit complices, l'actrice et réalisatrice Mélanie Laurent,  la chanteuse et actrice Mylène Farmer, les acteurs Tahar Rahim et Song Kang-Ho, les réalisatrices Mati Diop et Jessica Hausner, le cinéaste Kleber Mendonça Filho, l'actrice et productrice Maggie Gyllenhaal, doivent décerner la Palme d’or et les autres prix de ce cru 2021. 

    On pouvait compter sur le militant Spike Lee, coiffé d’une casquette marquée de la date 1619 en référence à l’arrivée des premiers esclaves aux Etats-Unis, pour envoyer un message politique en évoquant le sort des Afro-Américains. Et les violences policières qui continuent «trente putain d’années » après son fameux Do The Right Thing

    Tout en affirmant que Cannes est le plus grand des festivals, le cinéaste a fustigé les dirigeants comme Donald Trump, Jair Bolsonaro et Vladimir Poutine.  Nous sommes gouvernés par des gangsters. Ils vont faire ce qu’ils veulent. Ils n’ont ni morale ni scrupules. C’est contre des gens pareils qu’on doit porter nos voix, a-t-il déclaré en substance. 

    D'autres membres l’ont suivi, à l'image du réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho qui a dénoncé la politique de son gouvernement, notamment dans la gestion du Covid.  Les jurés ont en outre rappelé les inégalités de genre toujours à l'œuvre dans le cinéma et combien celui-ci avait à gagner en ouvrant davantage d'espace aux femmes.

  • Festival de Cannes: "Annette", opéra pop de Leos Carax, ouvre les feux. Avec Marion Cotillard et Adam Driver

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    Les contrôles se multiplient, mais c’est malgré tout parti pour la 74e édition du Festival de Cannes avec Leos Carax en ouverture. Enfant terrible du cinéma français à la stature légendaire, auteur hors norme, visionnaire, énigmatique, doté d’une folle imagination, le cinéaste de retour à Cannes neuf ans près Holy Motors, aime renverser les codes et les genres pour inventer des mondes et nous emmener dans de singuliers voyages. C’est dire si Annette, sa comédie musicale façon opéra pop-rock, coproduite par des Genevois et qui sort dans la foulée en Suisse, était impatiemment attendue sur la Croisette. 

    Sixième long métrage du réalisateur en lice pour la Palme d’or, le premier en anglais, sur une idée originale et une musique du groupe culte américain Sparks, le film réunit Marion Cotillard, Adam Driver et Simon Helberg. 

    L’intrigue se déroule à Los Angeles. Elle raconte l’histoire d’Henry, le «Gorille de Dieu", vedette de stand-up inquiétante à l’humour féroce, et d’Ann, soprano mondialement connue. La naissance de leur premier enfant, Annette, fillette mystérieuse au destin exceptionnel, comme venue d’une autre galaxie, va bouleverser la vie de ce couple à la fois glamour et maudit. Tandis que la mère collectionne les succès, le père peine à faire rire et sombre dans la violence.

    Virtuose mais frisant parfois le ridicule  

    Clivant, Leos Carax laisse souvent perplexe. On l’aime pour son audace, sa créativité, son inventivité, ses trouvailles visuelles et en même temps il nous agace avec son côté cérébral, nombriliste. A l‘image de cette histoire d’amour se voulant passionnelle, mais ne laissant pas passer l'émotion. Tout est dans la mise en scène impressionnante, qui séduit par une superbe première séquence, où l'ensemble des acteurs exaltés, Cotillard et Driver en tête, s’avancent en chantant bras dessus, bras dessous, les yeux au ciel..

    On se dit alors qu'on va être nous aussi emportés. D'autant que la musique en jette. Pas facile pourtant de tenir au même rythme sur une (trop) longue durée (2h20), l’auteur évoquant par la suite une descente aux enfers de ces deux stars inflammables à la réussite de plus en plus décalée. Cela donne lieu à des scènes aussi virtuoses et jubilatoires que frisant parfois le ridicule. Comme certains numéros longuets et pas drôles du prétentieux Henry en peignoir verdâtre ou, en deuxième partie, les apparitions assez grotesques du fantôme de Cotillard. Mais voici des réserves qui ne vont certainement pas refroidir les inconditionnels de Carax.

    A l’affiche dans les salles de Suisse dès mercredi 7 juillet.    

  • Festival de Cannes: 2021, un millésime qui s'annonce exceptionnel

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    Après une année d'absence pour cause de Covid-19, le Festival de Cannes opère son grand retour sur la Croisette du 6 au 17 juillet. Entre projections, fêtes, stars et tapis rouge recyclable, on ne sait pas trop comment les choses vont véritablement se dérouler à deux jours de l’ouverture. En raison évidemment des mesures sanitaires comprenant notamment un certificat de vaccination complet, un test PCR ou sérologique de moins de 48 heures, ou une immunité acquise. 

    Mais attendons d’y être et concentrons-nous sur ce millésime 2021 qui s'annonce exceptionnel. En tout cas, la sélection officielle fait saliver les cinéphiles en manque. Elle compte près de 70 œuvres. Vingt-quatre, dont six françaises, s’aligneront pour séduire le jujy présidé par Spike Lee et tenter ainsi de décrocher la Palme d’or.,

    Comme d’habitude, on mise sur les valeurs sûres avec Leos Carax (en ouverture avec Marion Cotillard et Adam Driver), Nani Moretti, François Ozon, Wes Anderson, Bruno Dumont, Jacques Audiard, Catherine Corsini, Kirill Serebrenniko, Apichatpong Weerasethakul. Et bien sûr Paul Verhoeven et son déjà fameux  Benedetta. 

    On parle d'ailleurs de scandale à propos de l’histoire de cette nonne lesbienne campée par Virginie Efira, sur fond de peste ravageant l’Italie au 17e siècle. Mêlant sexualité, dévotion et ambition humaine, l’auteur propose un thriller provocateur, tout en faisant la distinction entre le sacré et le profane. Mais il n'y a pas que les habituels cracks de la pellicule en lice pour la récompense suprême. Découvrez tous les titres et leurs auteurs en vous reportant à notre blog du 3 juin. 

    De son côté, Nicolas Bedos signe le film de clôture avec Jean Dujardin OSS 117: alerte rouge en Afrique noire. Quant au blockbuster américain présenté sur la Croisette, il s’agit de Fast & Furious 9. Parmi les films hors compétition, on n'oubliera pas l’excellent Aline de Valérie Lemercier, inspiré de la vie de Céline Dion et dont la sortie a été gâchée par le coronavirus. 

    Une nouvelle section, Cannes Première

    Tandis que 18 films figureront dans Un Certain Regard, qui se focalise sur le jeune cinéma d’auteur, une nouvelle section, Cannes Première,  a été créée pour mieux mettre en valeur les nouvelles formes du cinéma actuel. Elle accueillera Arnaud Desplechin, Samuel Benchetrit, Mathieu Amalric, Eva Husson ou encore Hong Sang-Soo. 

    La semaine de la critique 

    Section parallèle qui a révélé de nombreux talents, La Semaine de la critique fête ses 60 ans. Avec en ouverture Robuste,  premier long métrage de la cinéaste suisse Constance Meyer. Le film suit la rencontre entre Georges, une star de cinéma vieillissante, et Aïssa, une jeune agente de sécurité qui remplace son fidèle bras droit. Le projet réunit Gérard Depardieu et Déborah Lukumuena, César de la meilleure actrice dans un second rôle pour Divines en 2017.

    La Quinzaine des réalisateurs 

    Petit festival dans le grand, la Quinzaine des Réalisateurs, qui fait la part belle aux jeunes et aux femmes, propose 24 longs métrages dont sept premiers films, 22 premières sélections cannoises, neuf courts métrages, une séance spéciale et le Carrosse d'Or 202, remis cette année au cinéaste Frederick Wiseman.

    L’ouverture sera marquée  par Ouistreham, d’Emmanuel Carrère. Juliette Binoche tient le premier rôle dans cette œuvre adaptée du récit de Florence Aubenas.    

    Parmi les cinéastes sélectionnés, notons une présence significative de réalisatrices, comme Joanna Hogg ou Clio Barnard, et dans la plus jeune génération Anaïs Volpé ou encore la comédienne Luana Bajrami (Portrait de la jeune fille en feu) qui présentera son tout premier long métrage, La Colline où rugissent les lionnes.

    La Queer Palm

    Un mot encore sur la Queer Palm, équivalente du Teddy Award berlinois. Depuis 2010, elle côtoie la prestigieuse Palme d’or. Créée pour rendre plus visibles les films aux thématiques LGBT+, elle est présidée cette année par Nicolas Maury. 

    De Benedetta à La fracture en passant par Great Freedom, Money Boys, Neptune Frost ou Les amours d’Anaïs, seize prétendants puisés dans les différents volets du festival, dont une majorité de Français-ses s’alignent cette année pour viser la victoire. A noter que certaines productions en concours ne sont pas explicitement LGBT+, mais présentent des éléments de réflexion. 

    Festival de Cannes, du 6 au 17 juillet.