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  • Grand écran: "La nuit du 12", excellent polar signé Dominik Moll

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    Vingt-deux ans après, Dominik Moll, réalisateur du fameux Harry , un ami qui vous veut du bien et  de l’étonnant thriller Seules les bêtes en 2019, revenait à Cannes avec La Nuit du 12 proposé hors concours, mais qui aurait largement mérité une sélection en compétition. Il est inspiré de quelques pages d’un livre de Pauline Guéna qui avait vécu le quotidien des brigades criminelles de la PJ de Versailles,.

    L’affaire, sordide, qui s’était déroulée dans la région grenobloise, est annoncée d’emblée comme non résolue. Au petit matin, une jeune fille est retrouvée morte, brulée après avoir été aspergée d’essence. Mais qui a tué la jolie et joyeuse Clara, qui rentrait d’une fête un peu arrosée entre copines et avait pris le temps de faire une vidéo pour sa meilleure amie? Qui a bien pu l’attendre, pourquoi? Le meurtrier la connaissait-elle, lui en voulant au point de la détruire ? 

    A la PJ de Grenoble, c’est le capitaine Yohan (Bastien Bouillon), flanqué de son  compère Marceau (Bouli Lanners), qui est chargé de mener l’enquête. Rapidement, elle l’obsède. Il veut comprendre, apporter des réponses, mais il n’y arrive pas, se heurte à l'impossible découverte du coupable. Les interrogatoires s’accumulent, notamment ceux des nombreux amants de Clara qui aimait plaire. 

    Une tournure féministe 

    Toutefois, les questions ne mènent à rien. S’ils semblent tous coupables, les éventuels suspects ont tous des alibis indiscutables. Les fausses pistes se succèdent. La frustration de Yohan augmente. Il tente de l'exorciser en faisant rageusement des tours de piste à vélo. Et puis, dans le fond, Clara ne l’aurait-elle pas cherché en multipliant ses relations, en jouant les provocatrices, en portant des jupes courtes? Le film prend alors une tournure féministe, face à ce jugement moral sur la vie privée de la victime.  

    Tout en se tenant aux côtés des enquêteurs,  Dominik Moll s’attaque au fléau de des féminicides, à la misogynie, la  barbarie des hommes, à l’insuffisance des moyens accordés à la police pour y faire face. Toujours aussi talentueux, il propose ainsi un polar singulier, troublant, captivant, puissant, parvenant à ménager un suspense constant, alors qu’il s’agit d’un cas non élucidé. L’interprétation est à la hauteur de la mise en scène. Plus particulièrement celles de Bastien Bouillon, taiseux, méthodique, méticuleux, et de Bouli Lanners, désabusé, brusque et tendre, avec ses fêlures et ses angoisses. Tous les deux se révèlent excellents en flics paumés dans leur quête sans issue.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 juillet.  

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  • Grand-écran: Ozon revisite Fassbinder dans "Peter von Kant". Avec Denis Ménochet et Isabelle Adjani

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    S’attaquer à  un chef d’œuvre, c’est casse-gueule. Mais cela n’effraie pas François Ozon qui, 22 ans après Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, adaptation d’une pièce de Rainer Fasssbinder, retrouve le maître pour revisiter Les larmes amères de Petra von Kant.  Ozon en propose une relecture libre séduisante, inversant et changeant, avec Peter von Kant,  l’univers féminin et artistique créé par le célèbre auteur allemand. Créatrice de mode, Petra devient le cinéaste Peter, tandis que les amoureuses se transforment en amants.  

    Nous sommes à Cologne, en  1972. La quarantaine corpulente, le génial et tyrannique réalisateur habite dans un loft kitsch et douillet avec Karl, qui lui sert aussi d’assistant et d’esclave. Obéissant au doigt et à l’œil,  ce dernier retravaille ses scénarios, gère son agenda, accueille ses invités, sert le champagne, sans jamais ouvrir la bouche. «Karl entend tout, voit tout, sait tout. Il ne faut pas faire attention à lui », dit l’odieux Peter, manifestant son mépris pour cet homme qu’il ne cesse d’humilier.    

    Extravagant, hystérique, pathétique, larmoyant et misanthrope, l’artiste n’a de considération que pour Sidonie, une actrice qui lui a mis le pied à l’étrier. Elle lui présente Amir, un joli garçon sexy et insolent de 23 ans, au sourire ravageur. Peter en tombe aussitôt follement amoureux, lui propose de venir vivre avec lui et de lancer sa carrière. Mais après quelques mois, la créature croulant sous les propositions échappe à son créateur dévasté, souffrant de son arrogance et du récit cruel de ses coucheries.  

    Tournée pendant le confinement, cette version, qui reste proche de l’originale dans la théâtralité, l’écriture et les dialogues, repose beaucoup sur ses protagonistes. François Ozon  livre un portrait de Fassbinder, incarné par un grand Denis Ménochet agile et massif, à la hauteur de son illustre personnage avec son style, son éloquence, ses excès, son outrance. A ses côtés on découvre Isabelle Adjani, toujours plus jeune et assez délirante dans son rôle d’ancienne muse façon diva, un rien accro à la coke. Stéfan Crépon est bluffant en Karl, témoin muet omniprésent, par les yeux duquel passent toutes les émotions. Et on n’oubliera pas le beau Khalil Ben Gharbia alias Amir, qui n’a pas besoin de se forcer pour faire craquer Peter.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 13 juillet.

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  • Grand écran: le Sud-Coréen Park Chan-wook revisite le mythe de la femme fatale

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    Incontournable et éclectique figure du cinéma sud-coréen dont il a assuré le renouveau, notamment auteur d’Old Boy, Grand Prix de Cannes en 2003, du sanglant et horrifique Thirst, prix du jury  en 2009  ou du fascinant Mademoiselle thriller érotico- psychologique sorti en 2016, Park Chan-wook revient avec Décision To Leave, un polar romantique aux antipodes des trois précédents. 

    Dans cette histoire qui lui a valu le prix de la mise en scène en mai dernier sur la Croisette, Hae Joon un détective brillant, intègre, consciencieux et insomniaque, est appelé à enquêter sur la mort d’un féru d’alpinisme, découvert mort au pied d’une falaise. L’accident, sinon le suicide lui paraissent probables, jusqu’à ce qu’il rencontre la veuve, Sore, jeune femme d’origine chinoise. Elle semble si peu affectée par ce drame, qu’elle devient la principale suspecte. 

    Se mettant à la suivre, Hae Joon  éprouve bientôt une attirance irrésistible et, au fil de ses interrogatoires, en tombe amoureux jusqu’à l’obsession.  Avec cette relecture du mythe de la femme fatale en forme de clin d’œil  hitchcockien à Sueurs froides, Park Chan-wook livre un film à la fois mélodramatique sulfureux, sensuel, sophistiqué, virtuose, à l’esthétique somptueuse.

    Mais si l’opus est séduisant, intrigant, voire entêtant, on reprochera à l’auteur de complexifier et de tarabiscoter  à l’excès une intrigue a priori simple, ce qui pourrait rebuter plus d’un spectateur. D’autant plus qu’elle dure 2h20. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 juillet.

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  • Grand écran: "les Minions 2: il était une fois Gru", nous fait craquer avec son intrigue extravagante

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    L’action se déroule en 1976, entre pattes d’eph, disco et cheveux longs. Pour Les Minions 2, cinquième volet de la franchise, Kyle Balda, précédant Despicable me (Moi bête et méchant),  remonte en effet à l’enfance de Gru, alors âgé de 11 ans et demi et dont la grande ambition est de devenir l’un des plus super méchants du monde.

    Lorsque le chef des Vicious Six, ses idoles, est  trahi et banni par ses venimeux complices, Gru se rend à un entretien d’embauche pour intégrer le groupe. Vu sa jeunesse, le préado peu gâté par la nature avec son long nez pointu, son ventre rond et ses fringues  gris-noir, est hélas largué comme un malpropre.

    Très Fâché, Gru n’a plus qu’une idée, se venger. Il montre aux Vicious sa capacité supérieure de nuisance en leur volant un médaillon aux pouvoirs magiques. Devenant du coup leur ennemi juré, il est forcé de fuir devant leur colère dévastatrice.

    C’est alors que les Minions, plus particulièrement le quatuor formé de Kevin, Stuart, Bob et le nouveau venu simplet Otto, se ruent au secours de Gru, se tournant notamment vers une redoutable instructrice de kung-fu. Leurs diverses interventions se révèlent pourtant toujours aussi maladroites, donnant lieu à une intrigue abracadabrante, folle poursuite aux rebondissements plus extravagants, burlesques et baroques les uns que les autres,

    Ce long métrage d'animation réjouissant, qui fait un tabac au box-office nord-américain en  se hissant à la première place, mise d’ailleurs davantage sur eux que sur Gru, certes attachant méchant raté. Mais face à ces irrésistibles petits personnages jaunes à salopettes bleues et leur sabir fait d’un mélange amphigourique de français, d’italien, d’espagnol et d’anglais, on ne peut s’empêcher de craquer. Les grands comme les petits. Peut-être même plus.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 juillet 

     

     

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