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  • Grand écran: "El buen patron", satire sociale drôle et grinçante. Javier Bardem convaincant en roi de la balance!

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    Il est prêt à tout, le roi local de la balance, dans le but avoué d’empocher un nouveau prix d’excellence pour son ancestrale entreprise familiale. C’est autour de ce personnage incarné par Javier Bardem que le cinéaste madrilène Fernando Leon de Aranoa a construit El buen patron (Le bon patron). Tragi-comédie sociale grinçante, elle a connu un énorme succès en Espagne,  autant publique que critique, raflant par ailleurs la bagatelle de six Goyas, dont ceux de meilleur film,  réalisateur, scénario et acteur. Surclassant notamment Madres Paralelas de Pedro Almodovar.  

    Transformé avec ses grosses lunettes et ses cheveux gris, Javier Bardem se montre très convaincant en Juan Blanco, dirigeant provincial paternaliste, faussement sympathique mais vraiment cynique, voire ignoble. En fait un salopard hypocrite, maqué depuis toujours avec les édiles du coin pour obtenir ce qu’il veut. 

    Là pourtant, il doit faire face à une série de situations aussi critiques qu'inédites. Un ex-employé licencié vindicatif campe devant l’usine en protestant bruyamment, insultant copieusement le chef. Un contremaître trompé par sa femme menace la bonne marche de l’usine, en freinant la production. Une belle stagiaire ambitieuse fait du chantage à Juan Blanco, fervent  adepte du droit de cuissage. Bref, tout va brusquement de travers pour le PDG, compromettant  dangereusement la remise de cette fameuse récompense à laquelle il tient tant. De plus en plus déboussolé et agacé, il va s’efforcer de reprendre les choses en mains…

    Fernando Leon de Aranoa propose une satire sociale pleine d’ironie et d’humour, plus cruelle, fine et subtile qu’il n’y paraît, en révélant la brutalité du monde du travail. Même si l’auteur se laisse parfois aller au cliché et à la caricature. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 22 juin. 

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  • Grand écran: "Elvis", fascinant biopic de Baz Luhrmann. Avec les formidables Austin Butler et Tom Hanks

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    «Très jeune, j’ai appris que sans chanter, on mourait. Alors je chante », déclare  Elvis vers la fin du film, colossal, spectaculaire, à la démesure de son héros. Normal de la part de Baz Luhrmann. Qui mieux que lui pouvait transposer à l’écran la vie impressionnante, unique, du roi du rock? Dans une Amérique conservatrice, le réalisateur australien évoque l’ascension fulgurante, en deux temps, de l’icône (Austin Butler), qui a bouleversé la culture populaire.
    Une relation complexe et toxique

    Baz Lurhmann se penche plus particulièrement sur les rapports complexes, agités, presque filiaux, voire amoureux, que le mythe a entretenus pendant une vingtaine d’années avec son impresario, le très controversé et mystérieux colonel Parker (Tom Hanks). Cette relation toxique va propulser le chanteur au sommet.

    Disons-le tout de suite, les deux comédiens sont géniaux dans leur registre respectif. Plus vrai que nature, le superbe Austin Butler n’incarne pas, il est le King au sex-appeal stupéfiant, tandis que Tom Hanks méconnaissable, vieilli, se glisse à merveille dans le rôle de la crapule, qui a plumé l’idole sans vergogne.   

    L'auteur n’oublie presque rien dans son biopic à la mise en scène bluffante, foisonnante, frénétique. Il raconte l’enfance pauvre de son héros au Mississippi et au Tennessee, marquée par le décès de son jumeau à sa naissance en 1935, son lien fusionnel avec sa mère, son coup de foudre pour Priscilla (Olivia Dejonge), ses shows aussi gigantesques que délirants à Las Vegas, son désarroi en apprenant la mort de Martin Luther King, puis de Bob Kennedy, Le cinéaste évoque aussi sans toutefois s’y attarder, son addiction aux médicaments, sa dangereuse fascination pour les armes à feu, sa déchéance...

    Cette musique qui rendait le King heureux

    Mais au-delà, Luhrmann incroyablement inspiré parle de musique, celle du King (qui n'aimait pas qu'on l'appelle comme ça) , la seule chose qui le rendait heureux, en-dehors de l’amour du public, contre lequel Priscilla ne pouvait lutter. La musique traverse et sublime ce long métrage opératique, passionnant, fascinant, fourmillant d’idées et à l’hagiographie assumée.

    Le film est aussi politique dans la mesure où il n’est pas seulement le portrait d’une star et d'un homme, mais aussi celui de trois décennies d’une Amérique raciste, corsetée, puritaine. Choquée par les célèbres déhanchements d’Elvis le pelvis, qui n’arrivait pas à chanter sans se trémousser à un rythme d’enfer. Il rendait les filles folles en leur faisant goûter à ce qu’elles imaginaient être le fruit défendu, selon le colonel Parker, se délectant de la chose avec un rien de perversité..

    Elvis, l’artiste solo qui a vendu le plus de disques dans le monde est mort à 42 ans, le 16 août 1977, chez lui à Graceland. Mais grâce à Baz Luhrmann, ce personnage au destin exceptionnel nous tient en haleine pendant 2h40 qu’on ne sent pas passer. Au point qu’on en redemande...

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 22 juin. 

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  • Grand écran: Jean-Louis Trintignant, la mort d'une légende

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    Il était entré dans l’histoire du cinéma avec Un homme et une femme de Claude Lelouch, Palme d’or à Cannes en 1966 et lauréat de deux Oscars. Jean-Louis Trintignant, l’homme aux 160 films, né dans le Vaucluse d’un père industriel maire et conseiller général, est mort entouré de ses proches, le 17 juin 2022. Se battant contre un cancer de la prostate qu’il refusait de faire soigner, il avait 91 ans,  

    Discret, énigmatique, taiseux , solitaire, magnétique excellant aussi bien dans les rôles de jeune premier romantique et de personnage cynique, cet homme à la voix reconnaissable entre toutes était une figure légendaire du septième art et du théâtre français. Etudiant en droit à Aix-en-Provence il se tourne vers la scène à 19 ans, après avoir assisté à une représentation de l’Avare. Il monte à Paris pour suivre des cours d’art dramatique et de mise en scène. Il débute au théâtre avec A chacun selon sa faim et commence à courir les castings.  En 1956 après quelques apparitions à l’écran, il  obtient le rôle principal dans Et Dieu créa la femme de Roger Vadim, aux côtés de Brigitte Bardot, avec qui il a une liaison «scandaleuse» pendant le tournage. . 

    Immédiatement reconnu, il est malheureusement freiné dans sa carrière par le service militaire. Il devient photographe pour l’Express pendant deux ans, avant de  remonter sur les planches dans Hamlet, puis de collaborer à nouveau avec Roger Vadim au cinéma en 1959 dans Les liaisons dangereuses.  

    Les années fastes

    C’est un succès et la décennie qui suit se révèle faste. Trintignant tourne beaucoup en Italie, refuse des propositions de Spielberg et Coppola, avant de connaître une consécration internationale avec Un homme et une femme Après Ma nuit chez Maud d’Eric Rohmer et  Z de Costa Gavras qui lui a valu le prix d’interprétation sur la Croisette en 1969, les longs métrages s’enchaînent dans les années 70, où on le voit dans différents registres, L'attentat, Le train, L'argent des autres, … Il s’essaye même à la réalisation  dans deux films Une journée bien remplie et Le maître- nageur. Sans grand succès.

    Fin 70, ce féru d’automobile oublie un peu l’actorat pour  se consacrer à sa passion et participe à plusieurs rallyes. Au début 80, il travaille avec  Claude Berri,  Michel Deville, François Truffaut. En 1986, il retrouve Lelouch pour une suite à Un homme et une femme : 20 ans déjà.. 

    En 2003, sa vie est dramatiquement marquée par la mort de sa fille Marie, tuée sous les coups de son  compagnon, le chanteur  Bertrand Cantat. Il ne s’en remettra jamais. Même si, en 2012, après seize ans d'absence, il tourne avec Emmanuelle Riva dans Amour, de Michael Haneke (photo), qui remporte la Palme d'or au Festival de Cannes. Et lui, le César du meilleur acteur. En 2016, il fait sa dernière apparition au cinéma  dans Happy end, également signé du réalisateur allemand et pour lequel il a monté les marches du Grand Théâtre Lumière l’année d’après.  

    Côté vie privée, Jean-Louis Trintignant a été marié trois fois. En 1954, avec Stéphane Audran dont il divorce deux ans plus tard, Puis avec la réalisatrice Nadine Marquand en 1961 dont il a eu trois enfants, Marie, Pauline et Vincent.  En 2000, il épouse Marianne Hoepfner, pilote automobile rencontrée lors d’une course.

    Programmes TV bousculés

    Dès l’annonce de sa mort, les témoignages se sont succédé et les chaînes de télévision ont bousculé leurs programmes pour rendre hommage à l’emblématique et incontournable comédien. Consultez les horaires. 

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  • Grand écran: Tony Gatlif peine à convaincre avec "Tom Medina", un western camarguais

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    Absent du grand depuis 2017, Tony Gatlif, réalisateur du célèbre Gadjo Dilo  revient installer sa caméra en Camargue, ile nous emmène dans une famille d’accueil pour gamins meurtris, délinquants ou exclus, en mal de repères. Sur décision d’un juge pour mineurs, un rebelle récidiviste est envoyé auprès du tuteur Ulysse, un père de substitution intransigeant et respectueux des lois, par ailleurs gardien de taureaux et de chevaux. Il s’agit de Tom Medina, qui est aussi le titre du film. On ne sait trop  d’où il vient, qui il est vraiment. Se rêvant torero, il a toujours fantasmé sa vie et aimerait devenir un garçon bien. Mais on ne lui facilite pas les choses

    Tony Gatlif, sauvé par un éducateur qui lui a transmis sa passion pour les chevaux, s’est inspiré de sa propre adolescence chaotique pour cette tragi-comédie effervescente, survoltée, comme la plupart de ses films. Mais, en dépit de belles images et de quelques fulgurances, ce western camarguais aussi généreux que touffu, pèche par un scénario décousu et confus, où se mêlent mysticisme, fantastique, hallucinations visuelles,  vols d’oiseaux,  folles cavalcades et jeune mère cherchant sa fille. Le tout sur fond de musique gitane et de rock hurlé. 

    Petit problème également concernant l’acteur principal qui tente de nous transpercer scène après scène de son regard noir et de nous séduire par un sourire qu’il veut ravageur. Tom Medina est en effet incarné par le trentenaire belge David Murgia, virevoltant de plan en plan. >Non seulement il surjoue, mais il peine ferme à nous laisser croire, en dépit de sa souplesse et de son énergie débordante,  à un jeune d’à peine 18 ans...  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 juin.

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  • Grand écran: "Les passagers de la nuit", lumineuse chronique familiale avec une bouleversante Charlotte Gainsbourg

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    Quatre ans après Amanda, film hanté par le terrorisme  où un homme de 24 ans, dont la sœur aînée meurt dans un attentat,  doit s’occuper de sa nièce de sept ans,  Mikhaël  Hers nous plonge dans le Paris des années Mitterrand avec Les passagers de la nuit. Un film porté de bout en bout par Charlotte Gainsbourg, qui y trouve l’un de ses meilleurs rôles. 

    Elle incarne Elisabeth., la petite cinquantaine, mère de deux grands  ados, qui habite Paris. Son mari vient de la laisser tomber pour emménager ailleurs avec une autre. Elle n’a jamais travaillé de sa vie et se sent perdue, désemparée. Mais il faut bien qu’elle trouve un job pour entretenir sa famille.. Elle tente sa chance à la radio, comme assistante dans l’émission de nuit de Vanda (Emmanuelle Béart), genre dragon au quotidien. Le contraire d’Elisabeth, la douceur incarnée en toute circonstance.

    Mais les deux femmes s’entendent et Elisabeth peut commencer sans attendre. En quittant son travail elle tombe sur Talulah, ravissante et troublante jeune SDF droguée, qui la bouleverse et qu’elle ne peut s’empêcher de recueillir. Magnifique, émouvante, passionnée, Charlotte Gainsbourg apporte là sa générosité, sa tendresse, son besoin de rendre les gens heureux.     

    Mikhaël Hers procède à une reconstitution soignée du Paris des années 80, tout en proposant un beau drame romanesque, nostalgique, intense, léger, pétri d’humanité, où il sait tirer sur la corde sensible avec délicatesse. Evitant les pièges du pathos et de la mièvrerie, il propose une chronique familiale fragile, lumineuse, faite de petites touches, évoquant à la fois la séparation, la rupture, la réparation. Le tout sur des images d’archives, des références musicales (Joe Dassin)  et cinématographiques (Les nuits de la pleine lune, de Rohmer...) En résumé, on est sous le charme.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 juin.

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