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  • Festival de Cannes: une deuxième Palme d'or à Ruben Ostlund pour "Sans filtre". La déception!

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    Dans son discours d’introduction à la cérémonie de clôture orchestrée par Virginie Efira, le président Vincent Lindon a déclaré qu’il avait tout aimé, les gens, les films et surtout ses huit complices. Au point qu’il a demandé avec humour la reconduction du jury. Mais non, on ne va pas les réélire, lui et son équipe, après l’attribution décevante d’une deuxième Palme d’or à Triangle Of Sadness (Sans filtre, en français) de Ruben Ostlund, déjà couronné il y a cinq ans pour The Square,   .

    Le Suédois, qu’on avait carrément oublié dans les pronostics, se déchaîne démentiellement dans cette comédie structurée en trois actes, se voulant  provocante et grinçante, en dénonçant à nouveau le fossé de plus en plus béant entre les ultra riches et les ultra pauvres. Mais le réalisateur devient curieusement moralisant en dépit de ses excès, en inversant les rapports de classe. La farce est lourde, grotesque et peu ragoûtante. On nage dans le vomi au propre et au figuré avant que le cinéaste s’embourbe dans un troisième chapitre à l’issue interminable. 

    C’est donc raté pour Close du Flamand Lukas Dhont. On espérait pourtant le voir gagner  avec sa bouleversante histoire d’amitié fusionnelle entre deux jeunes garçons de 13 ans qui se termine dramatiquement. Il doit donc se contenter du Grand prix du jury, ce qui n’est certes pas si mal…et le partager avec Stars At Noon de Claire Denis. L'oeuvre laisse songeur, Elle  évoque une jeune Américaine, mi-journaliste  mi-pute, qui se donne des frissons au Nicaragua. Sans passeport et fauchée, elle rencontre un mystérieux  homme d’affaires anglais fatal, doublé d’un amant trouble.

    De son côté, le Polonais Jerzy Skolimowski  auteur du singulier Eo dont un âne est le héros, doit aussi partager le prix du jury avec Les huit montagnes, un opus dégoulinant de bons sentiments des Belges Félix Groeningen et Charlotte Vandeersch. Et la razzia continue, vu que les Wallons Dardenne reçoivent le Prix spécial du 75e anniversaire du festival  avec Tori et Lokita, un plaidoyer pour les migrants mineurs. Histoire de les caser quelque part ?

    Des autres prix incontestables

    La suite est plus logique avec le prix de la mise en scène décerné au Sud-Coréen  Park Chan-wook pour son polar fascinant Decision To Leave. Un détective chevronnè enquête sur la mort suspecte d’un homme et tombe sous le charme vénéneux de sa veuve. Quant au prix du scénario, il va au Suédois Tarik Saleh pour Boy From Heaven, passionnant thriller sur la lutte de pouvoir entre religieux et politiques pour l’élection d’un nouvel Imam.

    Côté interprétation, l’Iranienne Zar Amir Ebrahimi est justement sacrée meilleure actrice. Dans Holy Spider de l’Irano-Danois Ali Abassi, elle traque un tueur de prostituées dans son pays au début des années 2000. Un film basé sur des faits réels. Le prix du meilleur acteur est décerné au Sud-Coréen Song Kang-ho pour son rôle dans Broker du Japonais Hirokazu Kore-eda. Patron d’un pressing il recueille illégalement des bébés abandonnés pour les vendre.

    Les primés dans les sections parallèles

    Le haut niveau de la compétition s’est retrouvé dans les sections parallèles, qui ont également fait des heureux.  Le grand prix «Un certain regard» a été octroyé au film français Les Pires de Lise Akoka et Romane Gueret. Quatre ados sont choisis pour tourner dans un film, alors que tout le monde se demande pourquoi avoir pris les pires… Quant à Saim Sadiq, premier auteur pakistanais sélectionné, il a eu la chance de décrocher le Prix du jury pour Joyland, l’histoire du benjamin d’une famille patriarcale et conservatrice tombé amoureux d’une danseuse trans dans un cabaret érotique de Lahore.   
     
    Dans la foulée, il a aussi obtenu la Queer Palm. En la lui décernant, la présidente du jury Catherine Corsini, qui avait raflé cette récompense en juillet dernier pour La fracture a salué « un film extrêmement fort, représentant tout ce que nous défendons. Il va retentir dans le monde entier. Partout où il y a des interdits  de l’homosexualité ».

    A la Semaine de la critique  le Colombien Andrés Ramirez Pulido a remporté le Grand prix  pour son premier long métrage La Jauria, où il se penche sur le quotidien de jeunes délinquants.

    La révélation Zelda Samson récompensée

    A l’honneur en compétition avec trois médailles, le cinéma belge brille encore dans cette section. Zelda Samson, révélation de Dalva, premier long métrage d’Emmanuelle Nicot a gagné le Prix Fondation Louis Roederer. Elle est formidable dans le rôle d’une gamine de 12 ans enlevée à un père incestueux et placée dans un foyer.

    Deux récompenses ont été décernées à La Quinzaine des réalisateurs, volet non compétitif, dirigé une derrière fois par Paolo Moretti. Le Label Europa Cinemas a été attribué à Un beau matin de la Française Mia Hansen-Love, évoquant la lutte d’une mère célibataire entre son  enfant, son père malade et son amant. Quant au prix SACD, il a été remis à La montagne, de et avec son compatriote Thomas Salvador. Un homme tourne le dos à la société, pour se ressourcer sur les sommets. 

    Un mot enfin sur la Caméra d’or remise à War Pony des Américains Gina Gamell et Riley Keough. Le film suit un gamin de 12 ans et un jeune homme de 23 ans, essayant tant bien que mal de survivre dans le Dakota du Sud.   

  • Festival de Cannes: Qui va remporter la Palme d'or 2022? Les prétendants se bousculent

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    Dans quelques heures, la 75e édition cannoise, qui nous a réservé de belles surprises, aura vécu. On n’attend plus que le verdict de Vincent Lindon et de ses huit jurés pour savoir qui l’emportera, des 21 candidats à la prestigieuse Palme d’or. 

    Comme d’habitude, les pronostics vont bon train, divisant la critique. Mais si l’on en croit des rumeurs persistantes, il y aurait un favori, qui est aussi le nôtre. Il s’agit de Close, du Flamand Lukas Dhont. Il a touché la Croisette au cœur en évoquant sans pathos, en dépit d’une forte charge émotionnelle, l’amitié fusionnelle entre deux garçons de 13 ans, détruite par un terrible drame.
     
    Toutefois  selon le panel de journalistes internationaux et hexagonaux dans les magazines Screen et Le film français, d’autres prétendants ont la cote. Comme le Sud-Coréen Park Chan-wook avec son polar sensuel et virtuose   Decision To Leave. On parle aussi beaucoup de Tourment sur les îles d’Albert Serra, portrait de la politique coloniale et nucléaire française dans le Pacifique.  Le Roumain Mungiu garde ses fans avec RMN , qui scanne le racisme ordinaire,  tout comme l’Américain James Gray avec Armageddon Time,  où il plonge  dans ses souvenirs de jeunesse. 

    Et n’oublions pas le Suédois Tarik Saleh avec Boy From Heaven,  thriller politico-religieux sur les luttes d’influence  en Egypte,  le Japonais  Japonais Hirokazu Kore-eda  avec Broker  et ses trafiquants de bébés,  ou encore le Danois Ali Abassi avec Hoky Spider, traque d’un tueur de prostituées en Iran au début des années 2000. 

    Logiquement, on devrait en retrouver quelques-uns au palmarès qu’il s’agisse de la Palme, du Grand Prix du jury, de la mise en scène, du scénario, du prix du jury ou de ceux d’interprétation. Réponse ce samedi soir sur France 2 dès 20h30. 

  • Festival de Cannes: avec le déchirant "Close", un Belge peut en chasser deux autres

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    Les frères Dardenne ont en effet du souci à se faire. Après Girl, qui avait bouleversé la Croisette et décroché la Caméra d’or en 2018, le Flamand Lukas Dhont revient à Cannes, en compétition cette fois, avec Cloes, son deuxième long métrage qui a déclenché une délirante standing ovation de dix minutes. . 

    Et pour cause. Cette amitié fusionnelle entre Léo et Rémi, 13 ans, détruite par un drame impensable touche en plein coeur. D’autant que le réalisateur, en dépit de la force émotionnelle de son histoire, sait éviter tous les pièges du larmoyant, du pathos, 

    Lukas Dhont nous met tout de suite de suite au parfum.  On voit les deux gamins inséparables depuis toujours, s’inventer des ennemis à leur poursuite, courir dans les champs, se tirer la bourre à vélo, dormir dans le même lit. Mais petit à petit, ce lien indéfectible, cette intimité de tous les instants, commencent à faire jaser certains de leurs camarades. Une fille leur demande s’ils sont en couple. On entend les mots « tapette », « pédale ». 

    Blessé, Léo commence alors à s’éloigner de Rémi qui ne comprend et surtout ne supporte pas cette nouvelle attitude. Il  a la rage d’être mis à l’écart et la manifeste dans des emportements violents. Dès cet instant, Lukas Dhont nous maintient dans la crainte constante et haletante d’un drame. Jusqu’à ce qu’il se produise, inéluctablement. Dévoré par le remord, le Léo ronge sa culpabilité, se murant dans le silence.   

    Avec Close, le cinéaste flamand révèle une nouvelle fois deux jeunes comédiens impressionnants de charisme et de justesse.  Eden Dambrine et Gustav de Waele. Ils donnent la réplique à une Emilie Dequenne déchirante de dignité en mère de Rémi, qui nous fait partager son immense chagrin. 

    Un bébé abandonné dans Broker  

    Autre prétendant à la médaille, le Japonais Hirokazu Kore-eda, déjà couronné avec Une affaire de famille en 2018. Avec Broker, il reste sur son terrain de prédilection, tout en situant son histoire en Corée du Sud.  

    Les premières images sont dures. Par une nuit pluvieuse, une jeune femme abandonne son nouveau-né à proximité d’une boîte à bébés. Il est récupéré illégalement par deux hommes, des revendeurs d’enfants à qui s’allie la mère, une prostituée. Tous trois sont bien décidés à le faire adopter contre rémunération importante.

    Mais tout n’est pas simple et l’auteur nous emmène dans un voyage à travers le pays pour trouver les parents idéaux. Lors de cet insolite road-movie, les trafiquants sont traqués par la police, qui veut les prendre en flagrant délit au moment de la transaction. .

    Au fil de l’intrigue, symptomatique des maux et paradoxes sociaux, l’auteur évoque la possible construction d’une famille entre ces laissés pour compte de la société, dont la rencontre avec  le nourrisson changera le destin. A l’image de Lukas Dhont, il évite l’émotion et la larme faciles dans ce film non dépourvu de cynisme et d’humour.

  • Festival de Cannes: "Elvis", biopic spectaculaire et fascinant, à la démesure de son héros. Austin Butler et Tom Hanks géniaux

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    « Très jeune, j’ai appris que sans chanter, on mourait. Alors je chante », déclare  Elvis vers la fin du film,  qui s’est curieusement achevé dans un quasi silence de cathédrale, lors de l’unique projection suivant celle, follement applaudie la veille, au Grand Théâtre Lumière.

    Colossale, l’œuvre est spectaculaire, à la démesure de son héros. Normal de la part de Baz Luhrmann. Qui mieux que lui pouvait transposer à l’écran la vie impressionnante, unique, du roi du rock? Dans une Amérique conservatrice, le réalisateur australien évoque l’ascension fulgurante de l’icône (Austin Butler), qui a bouleversé la culture populaire.

    Une relation complexe et toxique

    Baz Lurhmann se penche plus particulièrement sur les rapports complexes, agités, presque filiaux, voire amoureux, que le mythe a entretenus pendant une vingtaine d’années avec son impresario, le très controversé et mystérieux colonel Parker (Tom Hanks). Cette relation toxique va propulser le chanteur au sommet.

    Disons-le tout de suite, les deux comédiens sont géniaux dans leur registre respectif. Plus vrai que nature, le superbe Austin Butler n’incarne pas, il est le King au sex-appeal stupéfiant, tandis que Tom Hanks méconnaissable, vieilli, se glisse à merveille dans un rôle de canaille.    

    Baz Luhrmann n’oublie presque rien dans son biopic à la mise en scène bluffante. Il raconte l’enfance pauvre de son héros au Mississippi et au Tennessee, marquée par le décès de son jumeau à sa naissance en 1935, son affection inconditionnelle pour sa mère, son coup de foudre pour Priscilla (Olivia Dejonge), ses shows aussi gigantesques que délirants à Las Vegas, son désarroi en apprenant la mort de Martin Luther King, puis de Bob Kennedy…

    Cette musique qui rendait le King heureux

    Mais au-delà, le cinéaste incroyablement inspiré parle avant tout de musique, celle du King, la seule chose qui le rendait heureux, en-dehors de l’amour du public. Elle sublime ce long métrage opératique, passionnant, fascinant, fourmillant d’idées et à l’hagiographie assumée.

    Le film est aussi politique dans la mesure où il n’est pas seulement le portrait d’un homme, mais aussi celui de trois décennies d’une Amérique raciste, corsetée, puritaine. Choquée par les célèbres déhanchements d’Elvis le pelvis, qui n’arrivait pas à chanter sans se trémousser à un rythme d’enfer. Rendant les filles folles et leur faisant goûter au fruit défendu, selon le colonel Parker.

    Elvis, l’artiste solo qui a vendu le plus de disques dans le monde est mort à 42 ans, le 16 août 1977 , chez lui à Graceland. Mais grâce à Baz Luhrmann, ce personnage au destin exceptionnel nous tient en haleine pendant 2h40 qu’on ne sent pas passer. Au point qu’on en redemanderait…

  • Festival de Cannes: des Dardenne à Mungiu en passant par Cronenberg, une Palme d'or en vue?

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    Depuis le passage des Dardenne, les rumeurs d’une troisième Palme d’or s’intensifient. Avec Tori et Lokita, recit de deux enfants venus de l’immigration africaine en Belgique, les frères poursuivent dans leur veine sociale engagée, humaniste. En colère, ils livrent un film sombre où suinte le désespoir.

    Sur le bateau de l’exil, une adolescente (Joely Mbundu) a adopté pour frère un garçon plus jeune (Pablo Schils) considéré comme un enfant sorcier au Bénin et envoyé à l’orphelinat.

    Débarqués en Belgique, Ils se retrouvent en butte à la violence, à la précarité, aux difficultés administratives, au trafic de drogue. Et à la prostitution pour Lokita, sous la coupe d’un odieux restaurateur italien. Désespérant d’obtenir ses papiers, elle est forcée de travailler comme veilleuse de nuit dans une usine de plantation de cannabis.

    Pour survivre et se défendre dans cet univers déshumanisé, véritable jungle où la vie des exclus ne vaut rien, les faux frère et sœur ne peuvent compter que sur les liens indéfectibles qu’ils ont tissés.

    Ce film fort au style sec, épuré, allant toujours  à l’essentiel, est joué par des non professionnels, Ce qui se sent parfois dans des dialogues trop écrits. En même temps, ce plaidoyer pour les migrants mineurs devrait faire vibrer la corde sensible d’un Vincent Lindon.
     
    Communauté scannée par le Roumain Cristian Mungiu
     
    Autre film plébiscité sur la Croisette, celui du Roumain Cristian Mungiu, qui suit le retour de Matthias dans sin village natal, multiethnique, de Transylvanie, après avoir quitté son emploi en Allemagne.

    Visant lui une deuxième Palme, il nous immerge dans une petite communauté gangrénée par la xénophobie. Le titre, RMN, peut surprendre. Sauf qu’en français, cela signifie IRM, autrement dit le scanner cérébral consistant à créer des images précises du corps, à révéler la maladie derrière la surface.
     
    Et c’est bien l’opération à laquelle se livre le réalisateur, qui continue à analyser les maux qui rongent la société de son pays. Cette fois il d’attaque au nationalisme exacerbé, à la peur de l’autre, aux angoisses, au fantasme du grand remplacement,,entre thriller et drame social.
     
    Tout en relevant quelques défis, à l’image d’un plan séquence de dix minutes où les villageois s’affrontent au Conseil municipal, sur le sort réservé aux étrangers. Virtuose, mais on est quand même moins fan que la majorité des festivaliers.
     
    Cronenberg promettait le pire. C’est raté!

    De son côté le Canadien n’a jamais eu de Palme. Et on ne le voit pas trop l’emporter cette fois, même s’il nous fait croire que la chirurgie est le nouveau sexe, en fouillant dans les entrailles des gens. Cela dit, vu que Titane l’a eue l’an dernier, on ne peut jurer de rien.

    Dans Les crimes du futur, le cinéaste obsédé par l’évolution et la mutation des corps, met en scène deux artistes qui procèdent, en public, à des performances peu communes. Saul Tenser (Viggo Mortensen) fait proliférer des tumeurs dans ses tripes que sa partenaire, l’ex-chirurgienne Caprice (Léa Seydoux), tatoue et extirpe après une incision spectaculaire.

    Alors que Timlin (Kristen Stewart), une enquêtrice du Bureau du Registre national des organes surveille ces expériences, le couple est approché par un homme qui a développé une nouvelle manière de se nourrir avec du plastique. Voilà qui ne fait pas franchement envie. 

    David Cronenberg, mêlant à nouveau thriller et réflexion psychologique dans cet opus verbeux, est déterminé à choquer. "Je suis sûr que les gens quitteront la salle dans les cinq premières minutes", a-t-il même déclaré dans une interview à Deadline. Ajoutant: "Un mec a dit qu’il avait presque fait une crise de panique". 

    Apparemment, rien de tel ne s'est produit lors des projections sur la Croisette. Le maître doit donc se rendre à l'évidence, il raté son coup. Sur ce plan-là, du moins.  

  • Festival de Cannes. Valeria Bruni Tedeschi nous emballe avec "Les Amandiers"

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    Enfin une femme derrière la caméra ! Et elle nous emballe. Avec Les Amandiers, Valeria Bruni Tedeschi fait revivre l’école de théâtre fondée par le célèbre metteur en scène Patrice Chéreau et Pierre Romans à Nanterre. Elle se concentre sur la promotion 1986-87 dont elle faisait partie aux côtés de Marianne Denicourt, Vincent Perez, Bruno Todeschini, Agnès Jaoui, ou encore Thibault de Montalembert,
     
    Dans cet hommage très personnel à l’art et à la création, la réalisatrice redonne à cette volée l’insolence d’une jeunesse vivant tout à fond, l’amour, la passion, le théâtre, la tragédie, dans une époque marquée par le fléau du sida. 

    La troupe formée de très bons comédiens est emmenée par la formidable Nadia Tereszkiewicz, alias Stella (photo). Double bouillonnant de Valeria Bruni Tedeschi, elle crève l‘écran, qu’il s’agisse de son rôle dans les répétitions de Platonov, une pièce de Tchékhov ou dans sa relation toxique avec le bel Etienne qui brûle pour elle.    

    Patrice Chéreau est quant à lui incarné par le magnétique Louis Garrel. Valeri Bruni Tedeschi est loin de ménager le maître qu'on découvre suffisant, angoissé, colérique, fiévreux, et qu’on voit par ailleurs sniffer de la coke, draguer un étudiant, humilier une étudiante. 

    La cinéaste livre une comédie dramatique enthousiasmante à la fois lumineuse et sombre. IL y a de l’énergie,, de la vitalité, de l'envie et de la fougue dans cette émouvante déclaration d’amour au théâtre, aux acteurs et à l’intensité de leur travail. 
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    Frère et sœur, avec Melvil  Poupaud et Marion Cotillard 

    Moins convaincant, Frère et soeur d’Arnaud Depleschin. Après le décevant Tromperie sélectionné l’an dernier hors compétition, le réalisateur est cette fois candidat à la Palme. Objectif difficile à atteindre. Un frère écrivain (Melvil Pouoaud) et sa sœur actrice (Marion Cotillard), tous deux reconnus, se livrent une haine aussi viscérale qu’inexplicable depuis vingt ans. Alors qu’ils ne se sont pas croisés pendant tout ce temps, ils se revoient enfin lors du décès de leurs parents.
     
    Du Depleschin pur sucre qui décline ses thèmes préférés, la famille la mort, l’héritage, l’ambiguìté des sentiments… et Roubaix bien sûr, dans ce drame intimiste. L’adhésion est quasi unanime chez nos confrères parisiens bouleversés en outre par "l’extraordinaire duel" que se livrent Melvil Poupaud et Marion Cotillard. Au point qu’on regrette presque de ne pas être emporté par cet enthousiasme débordant.
     
    Il y a en effet, dans la manifestation de cette détestation féroce gratuite, une théâtralité gênante et une interprétation parfois hystérique qui nuit au film. On a du mal à s’y projeter, tout sonnant un peu faux, qu’il s’agisse des postures ou des mots.  

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  • Festival de Cannes: des mondes entre les films illustrent l'éclectisme de cette 75e édition

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     Une semaine déjà avec des monceaux de pellicule. Vu la pléthore de films, illustrant l'éclectisme de cette 75e édition, on vous livre quelques extraits des plus attendus ou qui nous ont plus spécialement séduit. Hors compétition, on a retrouvé cette tête brûlée de Tom Cruise. Alias Pete « Maverick »Mitchell, il a donc repris du service trente-six ans après la superproduction de Tony Scott, qui a carrément fait entrer le comédien dans la légende. Lequel, à 59 ans, semble défier le temps

    Pari gagné avec cette suite dans la droite ligne de son modèle, ironie, action et suspense en plus, le tout accompagné de quelques scènes romantiques entre la star et la jolie Jennifer Connelly. Mais surtout Joseph Kosinski nous en met plein la vue avec ce blockbuster époustouflant aux scènes aériennes  à vous coller au fauteuil. Un rien  répétitives, mais bon…

    La femme de Tchaïkovsky, de Kirill Serebrennikov

    Plébiscité par une grosse partie de la presse française, le Russe Kirill Serebrenikov, qui vit désormais à Berlin, a ouvert le concours avec La Femme de Tchaïkovsky. Le film, qui nous laisse dubitatif,  opère une plongée dans la vie du célèbre compositeur à travers le regard d’Antonia,  qu’il a épousée pour cacher son homosexualité et sa vie dissolue

    Il ne tarde pas à la mépriser, voire à la haïr. Mais follement amoureuse, hantée par son obsession, violemment rejetée, Antonia accepte toutes les humiliations et sombre peu à peu dans la folie. Pour raconter cette passion névrotique, le réalisateur propose un opus écrasant où, faisant le portrait d’une Russie homophobe aux résonances actuelles, il n’hésite pas à donner dans la surenchère dans des scènes choc. Et c’est quand même très long. Dommage. 

    Armageddon Time, de James Gray

    En revanche, James Gray, pour la cinquième fois en  compétition, nous émeut avec Armaggedon Time, poursuite générationnelle du rêve américain dans le New York des années 80, alors que Ronald Reagan s’apprête à être élu, et que les Trump  font leur apparition.  Il signe une chronique autobiographique, où il livre ses thèmes préférés comme la famille, la  figure patriarcale, la transmission. 

    Il évoque également les privilèges et le racisme à travers l’amitié qui unit Paul (Banks Repeta), ado rebelle issu d’un milieu démocrate, modeste et Johnny (Jaylin Webb), son ami afro-américain, méprisé pour sa couleur de peau. Tous les deux impressionnent, mais on relèvera la performance d’Anthony Hopkins, incarnant un bouleversant grand-père tout proche de la mort.

    Boy From Heaven, de Tarik Saleh

    Fils de pêcheur, Adam obtient une bourse lui permettant d’intégrer la prestigieuse université cairote Al-Azhar , épicentre du pouvoir  de l’Islam sunnite. Le jour de la rentrée, le Grand Imam à la tête de l’institution meurt brutalement. Il s’agit de lui trouver un successeur. 

    Les services secrets, qui ont un candidat proche de leurs idées ont bien l’intention de se mêler de se mêler de l’élection. A son corps défendant, l’innocent Adam se retrouve au cœur d’une implacable lutte entre les élites religieuse et politique du pays, en devenant la taupe d’un officier.

    Tarik Saleh, qui découvre la compétition avec ce thriller d’espionnage religieux haletant et puissant, propose une critique courageuse et violente d’un pouvoir autoritaire, écartant de façon glaçante et sanglante tout ce qui peut se mettre en travers de son chemin..

    The Triangle Of Sadness de Ruben Ostlund

    Après la Fashion Week, Carl et Yaya, un sublime couple de mannequins (photo) qui ne cesse de se disputer pour des histoires d’argent, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Egalement à bord, un oligarque russe qui a fait fortune en vendant de la merde, un couple de retraités britanniques marchands de mort et autres abjects personnages qui se permettent tous les excès. 

    Les choses dérapent quand une grosse tempête s’invite dans le traditionnel dîner de gala du capitaine, marxiste et alcoolique. Le paquebot explose et les passagers se retrouvent sur une île déserte, où les rapports de classe s’inversent,

    Palme d’or il y a cinq ans  pour The Square, le Suédois Ruben Ostlund se déchaîne démentiellement dans cette comédie grinçante en forme de jeu de massacre, structurée en trois actes, qui dénonce à nouveau le fossé de plus en plus béant entre les ultra riches et les ultra pauvres.  

    Curieusement moralisante, la farce est lourde, grotesque, vache et sale, vomissant notre époque dans tous les sens du terme. Débutant d’une façon tonitruante, elle s’embourbe dans un troisième chapitre interminable. Reste que les spectateurs se sont esclaffés comme rarement à Debussy et qu’on n’a cessé d’en causer dans les files d’attente.  

    Un gagnant parmi ces prétendants? Il est évidemment trop tôt pour juger. 

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  • Festival de Cannes: Julianne Moore ouvre La Semaine de la Critique

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    Importante section cannoise, La semaine de la critique a pour objectif et mission de faire découvrir ou confirmer des talents en présentant des premiers et deuxièmes films. «When You Finish Saving The World » de Jesse Eisenberg, 38 ans, révélé en Mark Zuckerberg dans Social Network, a ouvert cette 61e édition riche de sept longs métrages et onze courts. Pour ses débuts, l’auteur a notamment fait appel la grande Julianne Moore.

    Evelyn et Ziggy, une mère et son fils ado vivent dans des univers parallèles et ont du mal à s’entendre. Les choses explosent même assez souvent entre eux pour des vétilles. Un paradoxe, tous deux se voulant à l’écoute du monde et ayant à coeur de le sauver! Militante, Evelyn dirige un refuge pour femmes battues, tandis que Ziggy, musicien dont la popularité à l’école n’atteint pas des sommets, joue les petites stars sur un réseau social.

    Communiquant sans cesse avec des milliers d’abonnés, Ziggy évite au maximum la compagnie de sa maman, qui le rend fou en entrant dans sa chambre alors qu’il est en live. ll finira pourtant par s’en rapprocher en s’intéressant aux problèmes politiques et climatiques sous l’influence d’une jeune fille qui lui plaît beaucoup.

    Deux êtres que tout semble opposer, mais qui au fond se ressemblent, l’idée n’est pas des plus nouvelles. Le charme du film tient plutôt aux acteurs. Et surtout à Julianne Moore. Maladroitement et comiquement dénuée de chaleur et de sensibilité, elle séduit dans ce portrait croisé amusant et pertinent, où elle donne la réplique à Finn Wolfhard, se montrant lui aussi convainquant.  

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  • Festival de Cannes: Vincent Lindon, président du jury: "Je suis fou de joie!"

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    Avant l'ouverture de la 75e édition par "Coupez!" de Michel Hazanavicius, conférence de presse du  boss et de ses huit complices, chargés de remettre la Palme d'or à l'un des 21 films en lice. Le passage est obligé et les questions récurrentes sur leur lourde tâche, leur influence, les responsabilités qui en découlent. et la possibilité qui les aurait effleurés d'un refus de les assumer. Tous sont conscients de la difficulté, mais personne n'a hésité une seconde à accepter la charge. A commencer par le président Vincent Lindon qui, ne l'oublions pas, était à l'affiche de "Titane", Palme d'or 2021 raflée par la Française Julia Ducournau. 

    "J'ai cherché  à voir comment je pourrais faire". déclare le comédien. Pour lui, la seule manière c'est de redevenir un spectateur comme quand il était enfant, d'arriver sans a priori. "J'ai dévissé mon cerveau comme une ampoule", poursuit-il, ajoutant qu'il a envie  d'aimer, de recevoir tous les cinémas de la planète,  d'être lui-même. "Je ferai de mon mieux, pour être à la hauteur de la fonction. Je suis fou de joie et je vais profiter de tous les instants".

    La chance d'une vie

    Ses compagnons, quatre femmes et quatre hommes, racontent en gros de leur côté qu'il n'était pas question de rater la chance d'une vie, d'un rêve devenu réalité. Petit bémol tout de même de l'Iranien Ashgar Farhadi, expliquant que le plaisir d'une offre exaltante était gâché par le présent catastrophique que vit son pays. 

    Glissement alors vers la guerre en Ukraine et l'éventualité, pour les neuf, de changer leur façon de voir les oeuvres. Pour Vincent Lindon, le monde dans lequel on vit et les choses qui s'y passent modifient notre état humain. "On juge les films avec ce qu'on est, mais je ne pense pas que nous le ferons d’une autre manière... Nous ferons attention d'être dignes, respectueux,  de se tenir droit face à des gens qui ont des jours beaucoup plus compliqués que les nôtres..."

    Lors de la cérémonie d'ouverture présentée par la scintillante Virginie Efira, le comédien s'est montré très ému en prononçant son discours, avant l'intervention surprise, en direct de Kiev, du président Volodymyr Zelensky.

     

  • Festival de Cannes: "Coupez!", l'irrésistible comédie de Michel Hazanavicius, a ouvert le bal

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    Une comédie en ouverture de la plus prestigieuse grand-messe de la pellicule, ce n'est pas si fréquent. Irrésistible qui plus est. Présentée sur la Croisette juste avant sa sortie aujourd’hui en salles, on la doit à Michel Hazanavicius, dont on avait particulièrement aimé Le redoutable, impertinent portrait d'un Jean-Luc Godard en panne d'inspiration. Là, il nous scotche avec Coupez!, le tournage en temps réel d'un film de zombies qui tourne au cauchemar, quand de vrais morts-vivants attaquent les comédiens!

    Intitulé au départ Z (comme Z) et rebaptisé Coupez! à la demande de cinéastes ukrainiens soulignant l'utilisation d'un symbole en soutien de la Russie dans la guerre, ce film jubilatoire est un remake de  Ne Coupez pas  du Japonais Shin'ichirô Ueda. Et pourtant, au début, on craint le pire. Du coup, il est chaudement recommandé aux adeptes moyens du genre de s’accrocher pendant la  première demi-heure. Car tout est nul, moche, raté, débile, qu’il s’agisse de l’intrigue, des acteurs et du réalisateur complètement dépassé par les événements.  

    A se demander où Michel Hazanavicius veut en venir. Et juste au moment où on est à deux doigts de renoncer en se disant qu'on va difficilement supporter une suite de cet acabit pendant encore plus d'une heure, le facétieux et habile auteur change radicalement la donne. Un coup de maître! Le tournage faussement bricolé avec des bouts de ficelles devient un film à la structure aussi surprenante qu'impressionnante et exigeante, Hazanavicius nous expliquant le pourquoi du comment du naufrage, dans un inénarrable making of qu’on vous laissera découvrir… 

    Menée à un rythme d’enfer, cette comédie cocasse, absurde, délirante, déclaration d’amour au cinéma, est de surcroît portée par les excellents et désopilants comédiens Bérénice Bejo, Romain Duris, Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, qui se donnent corps et âme!  Il n'y a plus qu'à s'y précipiter.

    A l’affiche dès mercredi 18 mai.

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