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  • Grand écran: aperçu non exhaustif de mes films préférés en 2021

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    En dépit des assauts répétés de l'infernal virus, le cinéma a fait front en ne lésinant pas sur la qualité. Voici, plus ou moins dans l’ordre, une dizaine de mes films préférés entre western, thriller, drame historique, biopic ou comédie musicale.   

    Le pouvoir du chien, de Jane Campion

    Douze ans après Bright Star, la réalisatrice Néo-Zélandaise signe son retour avec Le pouvoir du chien, un somptueux western teinté de thriller qui se déroule dans le Montana du début des années 20. Elle sonde la masculinité en mettant en scène un singulier quatuor formé de deux frères inséparables mais que tout oppose, un ado longiligne et efféminé dont la mère Rose est poussée par son beau-frère à se défoncer à l’alcool. Le tout sur fond de violence psychologique, de cruauté, de sadisme et d’homosexualité refoulée. Avec Benedict Cumberbatch et Kirsten Dunst,

    L’événement, d’Audrey Diwan

    Film politique majeur sur l’avortement, il a lieu dans la France de 1963, 12 ans avant la légalisation de l’IVG. La Française Audrey Diwan, Lion d’or à Venise, suit le dur parcours d’Anne une lycéenne issue d’une famille prolétaire, tombée enceinte après une première relation et qui tente par tous les moyens de se débarrasser du fœtus. On se glisse dans la peau de cette combattante, on part avec elle en guerre contre le conservatisme, la rigidité d’un code législatif rétrograde et patriarcal. Et on tombe sous le charme de l’exceptionnelle Annamaria Vartolomei, habitée par son personnage.

    Le dernier duel, de Ridley Scott

    On est au 14e siècle. Lady Marguerite (Jodie Comer)  accuse de viol Jacques Le Gris (Adam Driver), le meilleur ami de  son mari Jean de Carrouges (Matt Damon). Comme personne ne la croit, Jean provoque Jacques en duel. La jeune femme fait preuve d’un extraordinaire courage en dénonçant le criminel et en réclamant justice. La défaite de son époux  la vouerait en effet à une mort atroce. Elle serait dénudée, rasée et brûlée vive. Car cela signifierait, prétendument au regard de Dieu, qu’elle a menti. Ridley Scott propose un long métrage captivant au scénario  moderne, faisant écho au statut des femmes aujourd’hui.

    Drive My Car, de Ryusuke Hamaguchi 

    Comme son titre l’indique, le film se déroule principalement dans une  voiture. Un huis-clos propice aux confidences pudiques que se font ses deux occupants, un dramaturge et la chauffeure qui le conduit chaque matin au théâtre et le ramène chaque soir dans sa résidence. L’amitié qui naît entre eux au fil de ces trajets quotidiens leur permettra de faire face ensemble aux douloureux événements qu’ils ont vécus. Dans sa quête d'esthétisme, le cinéaste japonais livre un road movie envoûtant, bouleversant et mystérieux de trois heures qu’on sent à peine passer, tant il est plein de souvenirs, de secrets, de silences et de non-dits. 

    Benedetta, de Paul Verhoeven

    Le Néerlandais évoque, dans un thriller érotico-clérical, le vrai parcours d’une nonne lesbienne, autoproclamée « fiancée du Christ », mais condamnée à 35 ans de réclusion pour fraude et immoralité. Toujours aussi iconoclaste et inspiré, Verhoeven a tourné un film audacieux, provocateur, subversif, mêlant sexualité, religion, violence et ambition humaine. S’attaquant aux tabous, il dénonce l’hypocrisie et la corruption de l’Eglise sur fond de mysticisme, de désir, d’interdit sexuel, de sacrifice, Et ne craint pas l’excès sinon le grotesque, dans des scènes oniriques outrancières. Virginie Efira est sublime.  

    Illusions perdues, de Xavier Giannoli

    Le réalisateur français relève le défi avec l’adaptation du chef d’œuvre de Balzac. Il livre un opus romanesque et critique sur l’ascension et la chute de Lucien Chardon (Benjamin Voisin), jeune poète provincial naïf à l’ambition dévorante. Dans cette fresque foisonnante, spirituelle et moderne, Xavier Giannoli brosse un portrait satirique implacable de la vie mondaine, de la presse et des arts en ce début de 19e siècle. Elle se combine avec le triste sort de Lucien que vont perdre sa soif d’élévation sociale et son obsession à se faire un nom dans un microcosme qu'il ne peut atteindre. 

    West Side Story, de Steven Spielberg

    Remake impossible ? Pas pour Steven Spielberg, qui a décidé de nous persuader du contraire avec sa version du mythe aux dix Oscars. Sa relecture est aussi réussie qu’excitante. Pauvreté, xénophobie, préjugés, violence, rien n'est oublié. Mais tout en respectant son modèle à une ou deux exceptions, Spielberg apporte sa touche personnelle. Il se montre plus réaliste, avec une nouvelle approche de la mise en scène en tournant dans les rues et le renforcement du côté politique. Il faut reconnaître qu’il est bien aidé par le contexte actuel où rien n’a beaucoup changé, si on considère l’immigration, le communautarisme, ou la circulation des armes dans le pays.. 

    The United States vs Billie Holiday, de Lee Daniels

    Née à Philadelphie en 1915, Billie Holiday a eu une vie jalonnée de rencontres musicales au sommet et marquée par la misère, le viol, la drogue, la ségrégation qui lui a été aussi fatale que l’alcool.  Tout en évoquant la carrière et la vie privée de "Lady Day", la star de tous les excès, sulfureuse croqueuse d’hommes et de femmes, Lee Daniels se focalise sur ses gros démêlés avec le gouvernement américain. Jusque sur son lit de mort en 1959, la légende du jazz vocal a été la cible du Bureau fédéral des narcotiques (FBN), en raison de sa célèbre chanson «Strange Fruit», dénonçant  le lynchage des Noirs dans le Sud des Etats-Unis

    France, de Bruno Dumont 

    Bruno Dumont, change radicalement de registre avec cette satire féroce de la célébrité, où il flingue à la fois joyeusement et gravement la mise en scène télévisuelle obscène d’une actualité misant surtout sur le voyeurisme et le sensationnalisme. Le cinéaste brosse durement le portrait d’un pays, d’un système médiatique et d’une animatrice iconique de la télévision, Léa Seydoux se montre bluffante dans le costume de cette fille cynique, vedette de l'émission phare d’une chaîne d’info continue, donnant dans le journalisme d’une rare indécence.  

    Aline, de Valérie Lemercier  

    Librement inspirée de la vie de Céline Dion, cette comédie dramatique en forme de vrai faux biopic évoque le destin exceptionnel d’Aline Dieu. Derrière et devant la caméra, Valérie Lemercier, plus Céline que nature, est géniale.  Du coup on s’éclate avec ce grand film populaire. Il raconte avant tout une belle, touchante et passionnelle histoire d’amour en se penchant sur la relation unique entre Céline Dion et son impresario René Angélil (Guy-Claude en l’occurrence), qui deviendra son mari et contribuera largement au succès planétaire de la jeune prodige.

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  • Grand écran: la vie amoureuse de la Finlandaise Tove Jansson, célèbre créatrice des légendaires Moumines

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    Tove Jansson, née en 1914 et morte en 2001, est célèbre pour sa création des légendaires Moumines, mignons trolls au look hippopotamesque. Finlandaise faisant partie de la minorité suédoise du pays, elle est née à Helsinki d’une mère illustratrice et d’un père sculpteur. Tyrannique, il dédaigne ses croquis fantaisistes, estimant que ce n’est pas de l’art. La jeune femme plaisante en prétendant vivre dans son ombre, mais n’en connaît pas moins également un immense succès avec ses tableaux, ses bandes dessinées, ses romans et ses nouvelles 
     
    Monument en Finlande, cette artiste bisexuelle fait l’objet d’un biopic au titre éponyme, réalisé par sa compatriote Zaida Bergroth. Tout en racontant comment ces petites créatures destinées aux enfants et d’abord gribouillées par amusement, ont conquis le monde, la réalisatrice se penche plus particulièrement sur la vie amoureuse de Tove en décrivant une décennie de sa vie à partir du milieu des années quarante.
     
    La vingtaine, yeux bleus et cheveux blonds au carré, celle que l’on découvre fauchée au début du film, mène une vie trépidante et un rien extravagante, fréquente des soirées illégales, se fiance brièvement avec un homme politique marié. C’est à ce moment qu’elle crée les Moumines et publie, en 1945, le premier livre de leurs aventures Moomin et la grande inondation. Lors d’une soirée elle rencontre la fille du maire d’Helsinki, Vivica Bandler, une directrice de théâtre, dont certains se moquent en disant qu’elle se prend pour une metteuse en scène. Ce qui n’est pas lui rendre justice.   

    Folle d’une grande séductrice 

    Belle, élégante, indépendante, dominatrice, c’est par ailleurs une grande séductrice dont Tove tombe follement amoureuse. Elles entament une liaison, mais Vivica, égocentrique et volage, lui préfère bientôt Paris, où elle décide de s’installer. Toutefois, si ce don Juan en jupons se préoccupe d’abord de ses sentiments, de ses envies et met un terme à leur relation, elle n’a pas manqué de vanter le talent et l’originalité de son ex-amante. Lançant en quelque sorte la carrière de Tove qui, par la suite, fera la connaissance de Tuulikki Pietilä, une graphiste. Elle deviendra sa compagne pour le reste de sa vie et lui inspirera le personnage de Tou-ticki.
     
    Tout en reconstituant dans les détails la scène culturelle de l’Helsinki de l’époque, Zaida Bergroth brosse le portrait émouvant de son héroïne. On découvre une femme passionnée, émancipée, pleine de vie, adorant la danse et la musique, aspirant à une reconnaissance artistique dont elle ne se sentait pourtant pas toujours digne et revendiquant sans complexe sa liberté sexuelle. Elle est magnifiquement interprétée par Alma Pöysti (photo) qui se livre corps et âme dans cet opus à la simplicité pleine de charme

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 décembre. 

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  • Grand écran: "King Richard", ou comment porter Venus et Serena au sommet. Avec un remarquable Will Smith

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    Deux ans avant la naissance de ses filles Venus et Serena, Richard Williams regarde un match de tennis à la télévision où la joueuse Virginia Ruzici empoche 40 000 dollars. Du coup ce gardien de nuit se met à concocter un plan de 85  pages pour sortir de Compton, la banlieue pauvre et noire de Los Angeles, et porter ses filles au sommet. 

    Mission accomplie pour les deux avec quatre Grands Chelems et quatre médailles d’or olympiques, et surtout en ce qui concerne Serena, devenue la Numéro Un de ère Open avec ses 23 tournois majeurs. Mais qui, selon toute vraisemblance, ne parviendra pas à égaler le record de l’Australienne Margaret Court, laquelle en compte un  de plus. 

    Presque tout ce que ce père ambitieux a prévu pour sa progéniture s’est donc réalisé. Un vrai visionnaire que le réalisateur Reinaldo Marcus Green n’hésite pas à anoblir en intitulant son film King Richard. Oubliant d’évoquer le côté trouble et controversé du personnage, dont ses nombreuses infidélités, il évite toutefois l’hagiographie en racontant les débuts de cette  irrésistible ascension du point de vue familial. 

    Il se concentre plus particulièrement sur le parcours d’un homme réellement confronté dans son enfance à de terribles actes de racisme, qui a eu des démêlés avec le Ku Klux Klan, mais qui a toujours fait face. Avec sa foi en la réussite chevillée au corps, il est prêt par exemple à se laisser tabasser, pour protéger ses futures championnes harcelées par des voyous. .

    En revanche, il se montre inflexible quant à leur entraînement. Usant de tactiques extrêmes, il les pousse (en principe avec leur accord, l’aide de sa femme Oracene et celle des trois sœurs aînées...), à taper inlassablement dans la raquette de l’aube au crépuscule. Plus que convaincu de leur don, l’obstiné Richard que rien n’arrête, parvient par ailleurs à persuader les meilleurs coaches de s’occuper gratuitement de ses filles, 

    Parallèlement, il se fait un devoir de ne pas négliger leur éducation et tout ce qui touche à leur développement intellectuel. On apprend que Venus parle cinq langues... Sous l’autorité de ce père à la main de fer dans un gant de velours et grâce à leur travail acharné, Venus et Serena deviennent de vraies machines de guerre sur le court, tout en gardant, au-delà du jeu, les valeurs affectives, sociales et humaines qu’on leur a inculquées. 

    Des interprètes de choix

    Mais pour que la mayonnaise prenne vraiment, encore fallait-il des  interprètes de choix. Reinaldo Marcus Green les a trouvés. D’abord un pivot de choc, Will Smith. Remarquable, il est criant de vérité dès son apparition à l’écran. Il n’incarne pas, il est tout simplement Richard Williams, empruntant son discours, ses gestes, son attitude, son comportement.  

    Quant aux deux jeunes actrices qui l’entourent Saniyya Sidney (Venus) et Demi Singleton (Serena), charmantes, modestes et spontanées, elles sont tout aussi talentueuses et impressionnantes de justesse. Sans oublier, dans le rôle d’Oracene,  l’excellente Aunjanue Ellis.

    Il fallait enfin que cela marche du côté sportif pour les connaisseurs et les fans de la petite balle jaune. C’est le cas avec notamment une convaincante reconstitution des matches de l’époque.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 décembre. 

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  • Grand écran: "Un héros", gloire fugitive d'un Iranien piégé par ses mensonges et ses manipulations

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    Après un détour par l’Espagne en 2018, qui nous a valu le décevant Everybody Knows, avec Javier Bardem et Penelope Cruz, l’Iranien Ashgar Farhadi est revenu dans son pays pour tourner Un héros. son neuvième long métrage Avec ce film qui a décroché le Grand Prix au dernier festival de Cannes, le cinéaste nous plonge dans un imbroglio kafkaïen plus fatigant qu’haletant.  

    Autorisé à sortir un week-end de la prison où il est enfermé pour une dette non honorée, Rahim ne sait pas comment rembourser son créancier. Il tente de le convaincre de retirer sa plainte contre le paiement d’une partie de la somme, pour échapper à un dur retour derrière les barreaux. En vain.

    Aux abois, Rahim a recours à une manipulation douteuse, qui le fait pourtant passer pour un héros. Du coup, la direction du pénitencier veut médiatiser le cas de ce détenu modèle, tenant absolument à restituer un sac rempli de pièces d’or qu’il dit avoir retrouvé par hasard. Mais c’est là que les choses commencent à se gâter. Piégé par ses mensonges, le bien peu héroïque Rahim s’enferre, compromet l'association caritative qui le soutient et se met sa famille à dos. 

    Les fans de Farhadi crient au chef d’œuvre, considérant cet opus ancré dans la société iranienne et qui devrait représenter le pays aux prochains Oscars, comme l’un des meilleurs de 2021. On adhère cependant mollement à cette fable morale en forme d’intrigue à tiroir dont le metteur en scène abuse, nuisant ainsi à l'efficacité narrative. Et cela en dépit de la prestation, de la plastique avantageuse de l’acteur principal Amir Jadidi, un vrai beau gosse, et des critiques incisives auxquelles se livre l'auteur contre le système judiciaire et carcéral, la peine de mort, la bureaucratie pesante, les réseaux sociaux, leurs trahisons et autres fake news.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 décembre. 

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  • Grand écran: "Drive My Car", road movie japonais envoûtant, romanesque et mystérieux

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    Oto est scénariste. Elle invente des histoires que transforme  Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre. Le couple, qui a perdu une fillette de 4 ans, apparaît profondément lié. Un jour pourtant, l'homme surprend sa femme faisant l’amour avec un autre. Elle ne le voit pas, il garde la chose pour lui. Jusqu’au drame dont elle sera victime.

    N’arrivant pas à se remettre de cette tragédie, Yusuke accepte de monter Oncle Vania dans un festival à Hiroshima, optant pour une version polyphonique où se répondent le japonais, le mandarin, le coréen et la langue des signes. 

    C’est alors qu’il fait la connaissance de Misaki, une jeune femme modeste et taciturne qu'on lui a assignée comme chauffeure. Le film se déroule ainsi principalement dans la voiture, une Saab  rouge. Chaque matin  Misaki emmène le dramaturge au théâtre et le raccompagne chaque soir dans sa résidence.  

    Naissance d'une amitié

    Un huis-clos propice aux confidences. Yusuke tourmenté, en quête de vérité, de rédemption et Misaki, souffrant d'une enfance douloureuse et de la perte de sa mère, apprennent à se connaître à la faveur de leurs échanges pudiques sur leur deuil respectif. L’amitié qui naît au fil de ces trajets quotidiens leur permettra de faire face ensemble à leur passé dans ce film plein de souvenirs, de secrets, de silences et de non-dits.   

    Drive my car, signé Ryusuke Hamaguchi, est adapté d’une nouvelle éponyme d’Haruki Murakami, parue dans le recueil Des hommes sans femmes. Poursuivant sa quête esthétique en proposant une mise en scène virtuose, le réalisateur japonais, récompensé du Prix du scénario à Cannes en juillet dernier, nous emporte, en compagnie de ses deux excellents protagonistes,  dans un voyage de trois heures qu'on sent à peine passer. 

    Construit sur plusieurs années, ce road movie envoûtant, romanesque et mystérieux, nous livre curieusement le générique qu’au bout de quarante-cinq minutes, suite à une accumulation de faits. Une audace un rien déroutante pour le spectateur.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 décembre. 

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  • Grand écran: le Roumain Radu Jude dénonce l'obscénité publique dans son "Porno barjo"

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    Réalisateur roumaIn récompensé d’un Ours d’or à la dernière Berlinale, Radu Jude s’attache à raconter l’histoire de son pays au passé ou au présent. Et comme toujours, il ne craint pas de choquer. Dans Bad Luck Banging or Loony Porn (qui peut se traduire en français par Baise malchanceuse ou  porno barjo), il propose une réflexion à la fois humoristique et répulsive sur la société à l’heure d’internet, dont il stigmatise l’hypocrisie et  la vulgarité. Précisons que l’auteur a tourné en pleine pandémie avec des acteurs portant des masques du début à la fin.

    Structuré en trois chapitres distincts au montage audacieux et un rien déconcertant, le film ouvre sur une sextape, montrant dans leur intégralité la plus crue les ébats d’Emi (Katia Pescariu), enseignante d’histoire, avec son mari. On retrouve la prof plus tard tandis qu’elle traverse Bucarest pour se rendre à son lycée. Elle voit alors sa carrière et sa réputation menacées, en découvrant que ce porno amateur, posté par une personne déloyale sur les réseaux sociaux, est devenu viral. 

    Profitant de la déambulation de son héroïne dans les différents quartiers, Radu Jude oppose la prétendue obscénité de la vidéo à celle, autrement plus toxique et inquiétante d’une ville laide, durement frappée par la pandémie, peuplée de cinglés incivils, injurieux et de mâles sexistes. En colère, il brosse un portrait au vitriol d’un Etat misogyne et violent.

    Tribunal populaire

    Dans la troisième partie en forme de tragi-comédie, Emi gagne tête basse son école où l’attendent ses collègues et des parents d’élèves. Se déclarant scandalisés par son comportement, ils s’érigent en tribunal populaire dans la cour de l’établissement, en brandissant hypocritement les valeurs de la nation. 

    Puritains bourgeois ridicules s’indignant faussement, ils rivalisent de bêtise, d’outrance  et de mauvaise foi pour la sanctionner. Mais Emi refuse de céder à la pression de ces juges de pacotille  exigeant son renvoi pour une simple baise entre adultes consentants. Et se met à les questionner avec causticité sur la véritable indécence régnant dans nos sociétés. La comédienne Katia Pescariu livre une remarquable performance dans ce rôle difficile. 

    Un morceau philosophico-loufoque

    Entre ces deux segments  Radu Jude, se référant à Godard, son modèle, nous propose un abécédaire sociétal et analytique, en superposant des images d’archives historiques. Une énumération philosophico- loufoque où, entre humour, ésotérisme et excès, l’auteur parle de sexisme, de viol, de guerre, de religion, de consumérisme, d’exactions sous l’ère Ceaucescu, de totalitarisme, de populisme et de néo-libéralisme échevelé. 

    De passage à Genève, Radu Jude nous en dit plus sur son film parti de faits divers parus dans la presse tabloïde sur le licenciement de professeurs pour des motifs relatifs à leur vie privée. «Des histoires superficielles mais à la profondeur cachée», relève-t-il.

    -Sous prétexte de farce, vous vous livrez à une satire virulente, mi-sociale, mi-politique.

    -En Roumanie, on ne sait pas ce qui est le plus mauvais à éviter. Il n’y a pas trop d’espoir. Le pays est devenu classiste. Il existe une grosse différence de conditions sociales. Actuellement l’extrême-droite monte. 

    -Vous vous montrez provocateur en dénonçant l’obscénité publique. 

    -J’avais même imaginé un autre titre. Essai sur l’obscénité. Mais je le trouvais un peu prétentieux. Pour tout vous avouer, j’ai  du mal à définir mon film. C’est un mélange. Il est économico-politique dans le fond, expérimental dans la forme. Il est aussi poétique. Mais à la Malraux. Il disait que la poésie a une relation causale aux choses. Quant au côté provocateur, je suis avant tout quelqu’un qui essaye de penser le monde en utilisant les outils du cinéma.

    -Ce qui est logique pour un fou de septième art comme vous.

    -En effet. J’aime lire et manger, mais le cinéma est le centre de mon existence. Etre réalisateur c’est opérer des connections. Le cinéma est un concentré de vie. Il y est intimement lié. Donc on doit avoir une vie  pour parler des choses qui s’y passent. 

    -Dans la mesure où vous avez tourné pendant la crise sanitaire, tous vos acteurs portent des masques. Souvent avec des slogans complètement décalés.

    -Je les ai choisis comme des costumes. Le masque chirurgical devient un symbole du masque social. En même temps, cela rend le film plus austère, plus protestant.

    -Vous avez remporté l’Ours d’or. Pensiez-vous que c'était possible?

    -Si c’est un succès, j’ai un jour pour fêter, me disais-je. Sinon, j’ai un jour pour pleurer. Et puis, dans les deux cas, je me remets au boulot...

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 décembre.

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  • Grand écran: "Don't Look Up: déni cosmique", satire jouissive sur la fin du monde

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    Persuadés qu’une gigantesque météorite fonce sur la Terre et menace de la détruire, deux astronomes tentent d’alerter ses habitants confrontés à cet abyssal péril. Bof, encore un film sur la fin du monde avec scènes habituelles de dévastation, une poignée de survivants errants et hagards préfigurant l’extinction de l’humanité, a-t-on envie de dire. En plus produit par Netflix! 

    Eh bien on se trompe, car c’est compter sans l’humour décoiffant et décalé d’Adam McKay, à qui l’on doit notamment The Big Short et Vice. Il propose une comédie de science-fiction satirique au casting cinq étoiles, où il pourfend le système politique, social et médiatique, sur fond de dénonciation de crise écologique ignorée de tous. 

    C’est ainsi que les dr Kate Dibiasky et Randall Mindy (Jennifer Lawrence et Leonardo DiCaprio) un rien barjos et du coup peu crédibles, commencent par se rendre à la Maison Blanche  pour prévenir sa présidente (Meryl Streep) du danger imminent. Mais cette Trump lookée bimbo sur le retour, préfère en rire. Tout comme son ersatz de chef de cabinet, en l’occurrence son fils (Jonah Hill).

    Faute d’être pris au sérieux par le pouvoir, les astronomes entreprennent  une tournée des médias, également foireuse au début. Surtout à la télévision où l’animatrice, seins en avant (Cate Blanchet), les prend pour des hurluberlus. Inutile de préciser qu'elle s’intéresse davantage à  l’éventuel divorce d’un couple de stars qu’à la collision fatale  annoncée. Mais la menace se précise et tout finit par s’emballer entre chaos et panique collective.

    Pour mieux nous séduire, Adam Mc Kay s’amuse à caricaturer à l'extrême ses protagonistes, plus farfelus les uns que les autres. Jennifer Lawrence frise la névrose, Leonardo DiCaprio, méconnaissable à l’entame du film, est terriblement angoissé et mal dans sa peau, Meryl Streep  ridicule avec sa perruque à boucles anglaises, Jonah Hill grotesque dans son incompétence crasse. Timothée Chalamet et Ariana Grande ne sont pas plus gâtés par l’auteur.

    On ajoutera quelques effets spéciaux ambitieux pour pimenter ce Déni cosmique, à la fois loufoque, insolite, corrosif, cynique. En gros, jouissif.
     
    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 8 décembre. 

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  • Grand écran: "West Side Story", relecture personnelle réussie et excitante de Spielberg

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    Question légitime en découvrant les intentions de Steven Spielberg: quel intérêt avait-il à revisiter West Side Story, ce monument de la culture populaire américaine inspiré du shakespearien Roméo et Juliette et appartenant depuis soixante ans au patrimoine cinématographique? A priori aucun. Mais le réalisateur a évidemment décidé de nous persuader du contraire en livrant sa version du mythe aux dix Oscars, dont celui remporté par Rita Moreno, première actrice hispanique à décrocher une statuette. 

    Il est vrai qu'il y pensait depuis longtemps. La comédie musicale de Robert Wise, Jerome Robbins et Leonard Bernstein, révolution dans le genre avec son impact social et son décor urbain, est en effet l’un des films, découvert à 11 ans, qui l’a le plus marqué dans sa jeunesse. Et disons-le sans tarder, le maestro hollywoodien a parfaitement réussi son pari. .

    Pauvreté, xénophobie, préjugés, violence, tout y est.  Respectant donc son modèle à une ou deux exceptions, par exemple l’introduction inédite d'un personnage qu'on ne révélera pas, Spielberg apporte cependant sa touche personnelle. Il se montre plus réaliste, avec une nouvelle approche de la mise en scène en tournant dans les rues et le renforcement du côté politique. Il faut reconnaître qu’il est bien aidé par le contexte actuel où rien n’a beaucoup changé, si on considère l’immigration, le communautarisme, ou la circulation des armes dans le pays...  

    Tragique passion interdite, brisée par la haine

    Petit rappel du spectacle musical créé à Broadway en 1957 et porté à l’écran quatre ans plus tard, adaptation qui lui a valu sa célébrité. Dans l’Upper West Side de Big Apple, les Jets venus de l’immigration européenne (polonaise irlandaise, italienne) et les Sharks, d’origine portoricaine, se castagnent régulièrement pour l’occupation du territoire. Tony, ancien chef des Jets, sort de prison et tente de se tenir à carreau. Mais à l’occasion d’un bal où les deux gangs se retrouvent, il tombe fou amoureux de Maria, la sœur du chef des Sharks. Il n’en faut pas davantage pour attiser une guerre déjà largement déclarée... 

    Les fans, comme ceux qui la découvrent, ne pourront ici que s’enthousiasmer pour cette tragique passion interdite brisée par la haine, magnifiquement renouvelée sans la trahir. Visuellement, musicalement, on est comblé. Outre les célébrissimes chansons (America, Maria, Tonight, Somewhere, I Feel Pretty...) aussi remarquablement interprétées que dans l’original, Steven Spielberg  nous emporte avec d'excitantes chorégraphies virtuoses. 

    Contrairement à Wise, il a par ailleurs choisi des latinos pour jouer les Sharks et tous les acteurs sont plus en accord avec leur âge. Il nous fait notamment découvrir Rachel Zegler, excellente incarnation de Maria (la Juliette de l’histoire). On craque également pour Ansel Elgort (son Roméo alias Tony), révélé dans Nos étoiles contraires. Les seconds rôles ne sont pas en reste et l’ensemble permet à cette relecture emballante de West Side Story de conserver toute sa puissance de révolte et d’espoir. C’est bien là l’essentiel.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 décembre. 

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  • Grand écran: "Lingui", le courageux combat d'une mère et de sa fille confrontées à l'avortement

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    Mère célibataire rejetée, Amina vit chichement dans les faubourgs de N’djaména, au Tchad, en vendant des paniers de fer. Elle élève seule Maria, sa fille unique de quinze ans, qui lui oppose de plus en plus un mutisme qu’elle peine à comprendre. Un matin, la suivant sur le chemin du lycée, Amina constate qu’elle ne s’y rend pas. Son monde déjà fragile achève de s’effondrer, quand Maria lui annonce qu’elle est enceinte et qu’elle refuse de garder l’enfant. 

    La courageuse Amina qui a vécu la même situation quinze ans plus tôt avant d’être bannie par sa famille, veut absolument aider Maria, qui compte sur elle pour trouver le moyen, notamment financier, d’avorter. Mais comment faire dans un pays où l’interruption de grossesse est condamnée par la loi et la religion omniprésente? La bataille semble perdue d’avance. 

    C’est toutefois sans compter sur la solidarité, l’entraide, l’intensité des liens sacrés (Lingui) unissant la mère la fille et que tisse le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun au fil d’un récit simple, direct, sans fioritures, évitant l’écueil du pathos ou de la sensiblerie.   

    Il y a dix ans, le cinéaste tchadien proposait Un homme qui crie évoquant la violence faite à un sexagénaire dépouillé de tout et poussé à bout. Là, il donne la parole à deux femmes. Incarnées par de convaincantes actrices non professionnelles, elles crient leur révolte, se dressant pour braver les règles d’une communauté patriarcale. 

    Bien que souffrant d’un scénario basique aux rebondissements  trop téléphonés, Lingui, les liens sacrés se révèle ainsi fort politiquement et socialement. Il fait écho à L’événement de la Française Audrey  Diwan, Lion d’or à Venise. Coïncidence un  rien fâcheuse, les deux films traitant du même sujet sortent le même jour.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 décembre.

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  • Grand écran:" L'événement", film majeur sur le droit à l'avortement. Avec la remarquable Anamaria Vartolomei

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    2021, année des réalisatrices. Après l’Oscar attribué à la Chinoise Chloé Zhao pour Nomadland, la Palme d’or décernée à la Française Julia Ducournau à Cannes pour le clivant Titane, la Mostra de Venise a récompensé d’un Lion d’or Audrey Diwan, autre Tricolore, pour L’événement. Film politique majeur sur l’avortement, il se déroule dans la France de 1963, 12 ans avant la légalisation de l’IVG sous l’impulsion de Simone Veil. Adapté du récit autobiographique d’Annie Ernaux, il met en scène  Anne (l’excellente Anamaria Vartolomei), une lycéenne issue d’une famille prolétaire.

    Brillante, Anne a des rêves de liberté plein la tête. Elle veut devenir écrivaine. Mais elle tombe enceinte lors d’une première relation sexuelle. Une catastrophe qui peut sonner le glas de ses ambitions. Alors la courageuse jeune fille, prête à tout pour rester maîtresse de son corps et de son avenir, décide d’avorter. L’acte est passible de prison, mais elle tient absolument à poursuivre son cursus, "se soustraire à cette maladie qui ne frappe que les femmes et les transforme en femmes au foyer". Plus particulièrement dans un milieu modeste où les hautes études ne courent déjà pas de source.

    Anne a peu de temps devant elle. Les examens approchent et son ventre s’arrondit. Rythmé par l’égrenage des semaines qui passent, le film évolue à la façon d’un redoutable compte à rebours. Lancée seule dans une course contre la montre, l’adolescente doit non seulement dissimuler son début de grossesse, mais se battre contre les obstacles qui s’accumulent sur son  sinueux chemin de croix: trahison scandaleuse d’un médecin, veulerie du père biologique, lâchage de ses copines oscillant entre peur et jalousie.

    Audrey Diwan nous secoue et nous bouleverse

    L’auteure nous glisse dans la peau de cette adolescente qui tente par tous les moyens, dont certains font froid dans le dos, de se débarrasser du fœtus. On souffre, on partage sa révolte, on part avec elle en guerre contre le conservatisme, la rigidité d’un code législatif rétrograde et patriarcal. Et on tombe sous le charme de l’exceptionnelle Annamaria Vartolomei, habitée par son personnage. Alliant détermination, énergie, audace  et sensibilité, elle se révèle saisissante d’authenticité. A noter à ses côtés le Vaudois Kacey Mottet Klein et Sandrine Bonnaire dans le rôle de la mère.  

    Avec L’événement, l’un des grands films de l’année, Audrey Diwan nous bouleverse, nous secoue. Racontant une société qui condamne le désir des femmes et le sexe en général, l’œuvre sous tension croissante nous emporte par sa justesse, sa puissance. Tripale, passionnante, ingénieuse dans sa reconstitution historique, elle démontre la tragique réalité d’une maternité non désirée chez les jeunes filles, leur vécu et les drames que vivent encore des millions de femmes dans les pays où l’interruption de grossesse demeure criminelle. 

    Ce faisant, la cinéaste rend aussi hommage à celles qui ont lutté de toutes leurs forces pour la libre disposition de leur corps. La partie n’est pas gagnée. Il suffit par exemple de penser aux tentations de la Cour suprême des Etats-Unis à modifier le cadre légal garantissant le droit des Américaines à l’avortement, soit en le restreignant soit en l’annulant. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 décembre.  

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