Google Analytics

  • Grand écran: "Vitalina Varela", un sommet pour les inconditionnels de Pedro Costa

    Imprimer

    Ce drame, signé du Portugais Pedro Costa, montre une quinquagénaire capverdienne débarquant dans un bidonville lisboète trois jours après les obsèques de son mari, qui y avait fait sa vie sans elle.  

    Celui-ci avait quitté son archipel dans sa jeunesse pour chercher du travail en Europe et Vitalina a attendu son billet d’avion pendant 25 ans avant de pouvoir le rejoindre. Amère, elle se  retrouve dans la maison en ruine construite par le défunt et qu’elle va s’atteler à rebâtir en souvenir d’une solide maison au Cap-Vert. 

    Formellement et esthétiquement parfait, nous laissant ressentir la souffrance de Vitalina,, magnifiant son visage, son corps et son regard, ce requiem d’une splendeur d’ébène, comme sa protagoniste, est sublimé par de fulgurantes traces de lumière trouant son obscurité.

    En dépit de ses qualités, le film éprouvant par sa lenteur, son austérité, pourrait demeurer confidentiel, comme d’autres œuvres de Pedro Costa. Il constitue en revanche un sommet pour les admirateurs inconditionnels de l’auteur, cinéphiles purs et durs appréciant un cinéma cérébral, introspectif. A l’instar d’une Vitalina hiératique, s’interrogeant sur son conjoint qui l’avait quittée sans explication un quart de siècle auparavant.

    Rappelons que Vitalina Varela avait décroché le Léopard d’or au Festival de Locarno en 2019. Le titre du film est aussi celui de sa comédienne principale, récompensée lors de cette édition du prix d’interprétation féminine. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er décembre.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: Almodovar célèbre les femmes dans "Mères parallèles". Avec Penelope Cruz, sacrée à la Mostra

    Imprimer

    Après Douleur et gloire, autoportrait introspectif et romancé,  le provocateur Pedro Almodovar revient avec Mères parallèles. Dans ce 22e long métrage grave et émouvant, il rend un vibrant hommage aux femmes porteuses de vie, tout en réduisant plus ou moins les hommes au rôle de reproducteurs.

    Sur le point d’accoucher, Janis et Ana se rencontrent dans une chambre d'hôpital. Elles sont toutes les deux célibataires et tombées enceintes par accident. Janis (Penelope Cruz), photographe de mode bientôt quadra, libre et indépendante, se montre enthousiaste et compte élever seule son enfant comme l’ont fait avant elle les femmes de sa famille. En revanche l’adolescente Ana (Milena Smit), apparaît désespérée, pleine de remords et traumatisée. Alors qu’elles déambulent dans les couloirs en papotant, Janis, baptisée ainsi par sa mère fan de la grande Joplin, tente de lui remonter le moral.  

    Leurs échanges créent entre elles un lien étroit et définitif que le hasard va compliquer d'une manière qui changera leur existence. Mais évidemment Almodovar, avec sa science des histoires à tiroirs, ne se contente pas d’un mélo classique pour nous raconter celle de deux maternités croisées, quels qu’en soient les bouleversements. Parallèlement, il décide de déterrer le sujet  qui demeure tabou en Espagne, son lourd passé franquiste.

    Etalé sur trois ans, ce récit politique renvoie ainsi à une quête familiale. L’auteur, usant d’un formidable sens de l’ellipse, mêle du coup la petite et la grande histoire, Dès l’ouverture, Janis explique en effet qu’elle veut faire excaver une fosse commune où son arrière-grand-père, privé de sépulture, a été jeté anonymement par les fascistes pendant la guerre civile. C’est d’ailleurs en draguant et en invitant chez elle  Arturo, séduisant  anthropologue juridique chargé des fouilles, que le bienheureux accident s’est produit...

    Héroïnes du quotidien  

    Pedro Almodovar, qui s’est beaucoup inspiré des femmes pour écrire, dit en avoir conçu des entièrement nouvelles. Des héroïnes du quotidien, émancipées à l’avant-garde de la parentalité, qu’il s’agisse des normes biologiques ou sexuelles. Entre coïncidences, hasards, drame et suspense, elles ne vont cesser de se rencontrer, tandis que le cinéaste précise sa pensée sur la société, le patriarcat, le passé et les secrets enfouis avec lesquels il est temps d’en finir,

    Pour porter principalement le film où il aborde une foule de thématiques outre la maternité et l’Histoire (deuil, identité, descendance, héritage), le maître madrilène a sans surprise choisi son égérie Penelope Cruz, pour une huitième collaboration. Elle s’est déclarée la comédienne la plus chanceuse du monde en recevant le scénario. Elle fait à nouveau étalage de son talent dans un rôle complexe qui lui a valu d’être sacrée meilleure actrice à la dernière Mostra de Venise.  Mais on n’oublie pas sa jeune partenaire Milena Smit. Elle se montre parfaitement à la hauteur dans une interprétation pleine de grâce et de sensibilité.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: Ridley Scott raconte la chute de la famille Gucci. Avec Lady Gaga et Adam Driver

    Imprimer

    Il y a un mois, Ridley Scott opérait un retour très réussi avec Le dernier duel. On n'en dira pas autant de son dernier film House of Gucci où il revient sur les événements ayant précédé la mort tragique à Milan de Maurizio Gucci. Héritier de la célèbre maison de couture, il est abattu devant ses bureaux le 27 mars 1995. 

    L'assassinat sordide, qui a choqué toute l'Italie et précipité le déclin de l'empire du luxe, a été commandité par son ex-femme Patrizia Reggiani, trahie et abandonnée. Suite à un procès retentissant, la "veuve noire de la mode" a été  condamnée à 29 ans de prison. Elle sera libérée sur parole  en 2014. 

    Vers la fin des années 70, Gucci peine à se renouveler. Garçon doux, timide, naïf, limite complexé, Maurizio (Adam Driver), le fils de Rodolfo (Jeremy Irons)  le patron de la marque, s'intéresse davantage au droit qu'à la mode. Au cours d'une soirée, il rencontre la jeune et dynamique Patrizia Reggiani (Lady Gaga), qui travaille dans la compagnie de transport de son père. Elle lui demande son nom et, en entendant celui magique de Gucci, se met à rêver, des étoiles plein les yeux.   

    Dorénavant, elle sait ce qu'elle doit faire et prend les commandes. Elle s'arrange pour revoir Maurizio. Tombé amoureux, il décide de l'épouser en dépit du refus de Rodolfo, qui le chasse de sa vie. L'ambitieuse Patrizia ne l'entend pas de cette oreille et provoque un rapprochement avec l'oncle Aldo (Al Pacino)  et son fils Paolo (Jared Leto), qui ne tarderont pas à faire les frais de l'irrésistible ascension du couple désormais rentré en grâce.

    Mais la guerre intestine que Patrizia a déclenchée finira par lui être également fatale. Lassé d'elle, Maurizio la quitte pour un ancien amour et, rongée par la jalousie, la femme blessée ne pense plus qu'à une chose, se venger.  

    Racontant la chute de la famille Gucci entre drame et comédie, Ridley Scott propose une mise en scène curieusement plate pour cet opus banal, de facture classique et beaucoup trop long. On n’est pas non plus follement enthousiasmé par les comédiens. Certes Lady  Gaga se montre plutôt convaincante, mais Adam Driver a toujours l’air un peu ailleurs et, du coup, on doute sérieusement de l’amour fou de Maurizio, qui l’a poussé à se marier avec Patrizia envers et contre tout.. 

    Et que dire des personnages secondaires carrément en roue libre, à l’image d’un Al Pacino cabotin, d’un Jeremy Irons transparent et surtout d’un Jared Leto outrancier, dont dire qu’il en fait des tonnes est un doux euphémisme! 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 novembre. 
    .

     

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Planète tennis: 2022, le chant des cygnes?

    Imprimer

    J’aimerais bien que les commentateurs et leurs consultants extatiques, que ce soit sur la RTS ou Eurosport, cessent de nous bassiner avec leur sempiternel « Djokovic, le meilleur relanceur du circuit », ou de se pâmer follement à chaque coup gagnant du Serbe, faisant passer pour des prunes ceux de ses adversaires pourtant tout aussi géniaux, sinon plus. 

    Cela dit, il n’est pas impossible que je n’aie plus à supporter cette antienne très longtemps. Je sais, le "saigneur" a gagné trois Grands Chelems cette année, ce qui n’est pas une mince affaire je l'avoue. Il n’empêche que ça coince pour lui depuis Wimbledon, dans la mesure où il s’est laissé éjecter comme un bleu dans les trois derniers rendez-vous importants de la saison, les Jeux Olympiques, l’US Open et les Masters de Turin.

    Avouez que ça la fiche un peu mal pour le prétendu invincible obsédé par les records, d’être impitoyablement terrassé, en demi-finales de surcroît, par le futur vainqueur Zverev, qui lui avait déjà barré la route aux JO. Encore merci cher Sasha, sans oublier ton pote Medvedev qui avait mis une sublime râclée à l’inoxydable à New York, de nous avoir évité le pire. J’ai en effet des frissons rétrospectifs à l’idée que Djokovic eût pu remporter le Grand Chelem doré et égaler de surcroît le record de Federer avec une sixième victoire aux Masters. Cela aurait carrément fait oublier Gaston la pépite à nos spécialistes tricolores de la raquette!!!

    Il  n’empêche que l’incommensurable complexe de supériorité de Dracula, complaisamment entretenu par les experts, a dû en prendre un sacré coup. Certes il faut toujours se méfier des réactions d’une bête blessée. Djokovic va évidemment tout tenter pour remporter son  21e Majeur l’an prochain,. peut-être déjà à Melbourne en janvier s’il est vacciné. Histoire de se procurer la jouissance totale de laisser derrière lui Federer, que je ne sens hélas plus vraiment de taille et Nadal, qui devrait lui aussi avoir du mal à régater. Un  peu moins que notre orchidée noire, mais quand même.  

    Il n’y a plus qu’à compter sur le trio Zverev-Medvedev-Tsitsipas (encore que j’aie des doutes à propos du Grec) pour que cela n’arrive pas. Et d’entendre, en 2022, le Serbe entonner avec le Suisse et l’Espagnol, le chant des cygnes....

    Lien permanent Catégories : Les pieds dans le plat 2 commentaires
  • Grand écran : "De son vivant", récit bouleversant d'une fin de vie. Benoît Magimel magistral face à Catherine Deneuve

    Imprimer

    Le milieu médical a beaucoup inspiré les cinéastes français cette année. Après François Ozon  (Tout s’est bien passé), Catherine Corsini (La fracture), Emmanuelle Bercot nous immerge à son tour entre les murs d’un hôpital avec De son vivant. 

    La réalisatrice qui avait été sélectionnée hors compétition au dernier Festival de Cannes, livre le récit poignant d'une fin de vie. On y retrouve Catherine Deneuve qui faisait, à l’occasion de la présentation de l’œuvre sur la Croisette, sa première apparition publique après son accident vasculaire. Elle incarne la mère de Benjamin, un professeur de théâtre de 39 ans (Benoît Magimel).  

    Atteint d’un cancer très agressif, il ne lui reste que peu de temps pour « ranger le bureau de sa vie », l’expression favorite de son médecin, le dévoué, empathique Gabriel Sara. Véritable cancérologue qui dirige un service de chimiothérapie  à New York, il sait, avec sa philosophie de travail, son humour, sa douceur, son honnêteté devant l’inéluctable, trouver les mots pour accompagner son patient et sa mère. Il va jusqu’à transformer l’ambiance anxiogène des lieux en de joyeux et chaleureux instants.

    Sans détour ni pathos

    Que ce soit du côté de Benjamin dont elle dresse un beau portrait ou du personnel soignant, Emmanuelle Bercot aborde sans détour ni pathos la question de la maladie, de la souffrance, de la mort, du soutien des proches engagés dans un parcours des plus douloureux.

    Très réussi en dépit de quelques ficelles et situations caricaturales, ce mélodrame doit évidemment beaucoup à ses acteurs. Si Catherine Deneuve en mère courageuse, omniprésente,  mais terriblement inquiète, désemparée et démunie face à la détresse de son fils nous chavire, on est surtout frappé au cœur par l’interprétation magistrale et déchirante, d’une rare intensité, de Benoît Magimel. Formidable d’authenticité dans ce qui est l’un de ses meilleurs, sinon son meilleur rôle, Il a confié avoir perdu une vingtaine de kilos en quatre mois pour préparer son personnage.

    Le chemin vers l’acceptation

    Impossible de ne pas verser une petite larme en le voyant dans le déni, se révolter et lutter farouchement avant d’apprivoiser, d’accepter sa fin avec une rare dignité. On retiendra également la prestation de la toujours lumineuse Cécile de France, infirmière adorable, pleine de tendresse et de compassion.

    Pour Emmanuelle Bercot, ce film qui parle de la mort est un hymne à la vie. Même si elle dit dépeindre un monde idéal où on peut y voir un conte si on en a envie, elle nous laisse vraiment ressentir l’angoisse et le désespoir de son héros condamné à mort. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi  22 novembre.  

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: avec "Olga", gymnaste tiraillée entre deux pays, Elie Grappe représentera la Suisse aux Oscars

    Imprimer

    Nous sommes en 2013. Championne de gymnastique de 15 ans, Olga (Anastasia Budiashkina très convaincante) est tiraillée entre la Suisse où elle s’entraîne pour les championnats d’Europe à Stuttgart et son pays, l’Ukraine, où sa mère journaliste couvre les événements explosifs d’Euromaïden.

    Si cette dernière a envoyé Olga dans la patrie de son père décédé, c’est pour la mettre à l’abri. Ses enquêtes sur la corruption régnant dans les plus hautes sphères de l’Etat constituent une vraie menace et pourraient contraindre sa fille à renoncer à ses ambitions sportives.

    L’adolescente vit dès lors un quotidien compliqué. Non seulement elle doit faire ses preuves dans une discipline des plus rude, mais supporter l’exil et surtout envisager d’abandonner sa nationalité ukrainienne alors que Kiev est à feu et à sang. Sans compter que sa mère se bat sur le front. 

    Cette production franco-suisse est le premier long métrage d’Elie Grappe. S’inspirant d’une histoire vraie, il a choisi, tout en parlant de jeunesse, d’immigration et d’exil, de traiter la question de l’identité de façon originale, avec une héroïne à la carrière bouleversée par la révolution.

    En-dehors d’images d’archives des violentes manifestations, l’auteur centre son film sur les entraînements de gymnastique d’une rare exigence, souvent ponctués de lourdes chutes. Des mouvements répétés sans cesse pour tendre à la perfection. Ces séquences spectaculaires magnifiquement filmées, qui montrent la différence entre la réussite et l’échec nous font ressentir la tension qui gagne la gymnaste. Métaphoriques, elles donnent de la puissance à l’œuvre.

    Fan de cinéma au berceau

    Sélectionné à la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes, son réalisateur Elie Grappe a été récompensé du prix SACD. Une visibilité qui a facilité, en plus de son indéniable talent, le fait de représenter la Suisse aux Oscars. Quoi qu’il en soit, il y a de quoi combler ce cinéaste de 27 ans, né à Lyon où il a étudié la trompette au Conservatoire et vivant aujourd’hui à Vevey. 

    Mais c’est du cinéma qu’il avait dans la tête à 6-7 ans déjà, comme il nous le dit lors d’une interview. «Olga est parti d’une violoniste ukrainienne filmée pendant un court métrage à Singapour, à l’occasion d’un échange d’orchestre fin 2015. J’ai été particulièrement touché par la manière dont elle m’a raconté la révolution et la façon dont les images l’avaient bouleversée. J’y ai rapidement trouvé la matière pour mon film, dans la passion d’une adolescente».
    .  
    -Pourquoi opter pour le thème de la gymnastique, alors que vous êtes plutôt spécialiste de musique et de danse?

    -Lorsque je travaillais sur la danse classique j’ai lu un livre sur Nadia Comaneci et j’ai commencé à m’intéresser à ce sport pour moi mystérieux, à la fois individuel et collectif, incarnant l’effort, l’exigence. Par ailleurs, la gymnastique est une discipline très cinégénique, remplie de sons et en perpétuel mouvement. J'aime travailler sur des pratiques qui passionnent, ces moments où on ressent l'humanité. Cela m’intéressait beaucoup de filmer le souffle, le regard, les hésitations et les erreurs. Ces moments où on a conscience des risques que prennent ces jeunes filles. 

    -Comment avez-vous découvert votre talentueuse héroïne?

    -J’ai rencontré Anastasia à Berne lors des Championnats européens. Il s’agit d’une vraie gymnaste, d’un niveau élevé, qui fait partie de l’équipe de réserve nationale ukrainienne. C’était indispensable, car il fallait faire croire pendant longtemps à un film aux enjeux uniquement sportifs, avant que les choses se déplacent et qu’Olga se rende compte que ce qu’elle fait est politique. 

    -En réalité, il s’agit avant tout d’un film sur l’exil.

    En effet.et il en découle plusieurs thèmes. J'évoque une gymnaste en plein dilemme, qui ne se sent pas à sa place, tiraillée entre deux pays, entre deux fidélités, sans cesse prise entre des injonctions contraires. Et de surcroît confrontée à une situation géopolitique qui la dépasse. 

    "Olga", à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 novembre.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: avec "Cry Macho", le grand Clint Eastwood propose un road trip mineur

    Imprimer

    La retraite, Clint Eastwood le prolifique ne connaît pas. Trois ans après La mule, le réalisateur-acteur mythique, 91 ans, revient avec Cry Macho, adapté du roman de Nathan Richard Nusbaum. Il y joue Mike Milo, une ancienne star du rodéo et éleveur de chevaux, qui a perdu femme et enfant et s’est brisé le dos dans un accident.  

    Après avoir été renvoyé par le patron du ranch qui continuait à l’employer, celui-ci le rappelle pour lui confier une mission. Celle de se rendre au Mexique pour ramener son fils adolescent Rafa, élevé par sa mère alcoolique sous influence d’un dangereux cartel de drogue. 
    .
    Personnage en quête de rédemption, un classique chez le cinéaste, Mike qui a une dette morale envers son boss, renfile son chapeau de cow boy prend la route et va retrouver le gamin. Adepte des combats de coqs, il a transformé le sien en champion. 

    Passée la méfiance, une relation complice se noue évidemment entre le vieil homme et l’ado sur le chemin du retour, où ils sont pourchassés par les hommes de main la mère de Rafa. La traque donnant lieu à quelques scènes cocasses.

    Problèmes d'interprétation

    On adore Clint Eastwood, mais en dépit de son sourire, on a du mal à s’enthousiasmer vraiment pour ce road trip poussif où Il remonte en selle et assène un coup de poing. Une dernière chevauchée qui n’est d’ailleurs peut-être pas l’ultime, quoi qu’en pense une majorité de critiques penchant pour un film testamentaire. 

    L’un des problèmes tient à l’interprétation, plus particulièrement celle, calamiteuse, de Rafa, interprété par Eduardo Minett. On craint en outre le pire quand la mère du jeune garçon fait des avances au gringo nonagénaire, heureusement bien inspiré de les refuser. Mais que dire de cette idylle avec Marta, veuve Mexicaine généreuse et esseulée, sensible au charme de Mike. Même si  Clint/ Mike assume son âge avec sa voix cassée, sa démarche chancelante et ses hanches qui grincent. 

    Un opus mineur donc, mais qui ne manquera pas de toucher les inconditionnels de l'iconique Clint Eastwood. .  


    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 novembre.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 1 commentaire
  • Grand écran: Pus Céline Dion que nature, Valérie Lemercier géniale dans "Aline"

    Imprimer

    Aline, le plus ambitieux projet de Valérie Lemercier dont la sortie avait été gâchée par le Covid, sort enfin. Librement inspirée de la vie de Céline Dion, cette comédie dramatique en forme de vrai faux biopic évoque le destin exceptionnel d’Aline Dieu, 14e enfant de Sylvette et Anglomard, née en 1968 dans la campagne québécoise au sein d'une famille où on adore la musique  

    Alors que la gamine grandit en poussant la chansonnette, on lui découvre une voix d’or. En l’entendant, le producteur de musique Guy Claude décide d'en faire la plus grande chanteuse du monde, Il deviendra l'amour de sa vie. Le film retrace ainsi le parcours de la prodige depuis son enfance modeste avec ses treize frères et sœurs jusqu’à l’âge adulte où elle remplit les salles et les stades. . 

    Excellente Victoria Sio

    Dans cette production franco-québécoise à gros budget, et ça se voit à l’écran, rien n’est oublié de la première audition aux transformations dentaires et capillaires, en passant par les tournées, le mariage, la résidence à Las Vegas, la naissance des bébés, les mois de silence pour réparer ses cordes vocales. En plus, il y a tous les tubes de la star aux 230 millions d’albums vendus, réinterprétés par l’excellente Victoria Sio, qui l’imite à la perfection sans la singer, attrapant la note la plus exigeante de All By Myself. Un tour de force 

    Derrière et devant la caméra, Valérie Lemercier est géniale. Plus Céline Dion que nature tout en construisant sa propre fiction autour de personnages imaginaires, elle brosse le portrait d’une «femme bien ordinaire»  généreuse et passionnée, incroyablement douée, qui se bat pour arriver à ses fins. Mais, bien qu'amoureuse de son modèle, l’auteure ne donne pas dans l’hagiographie, se moquant avec sa drôlerie et son humour si caractéristiques de ses  goûts, de son ego, de la surmédiatisation de sa vie avec René…

    Artifices, astuces et trucages

    Pour se glisser de manière particulièrement convaincante dans la peau de son idole du berceau à l’âge adulte, l'auteure n’a négligé aucun détail, a multiplié les artifices, les astuces, les trucages, faisant notamment agrandir les décors et les objets quand elle est petite fille. Elle a aussi modelé sa silhouette, expliquant sur un plateau de télévision s’être écrasé les seins lorsqu'elle est censée avoir 11 ou 12 ans et d’en ajouter des petits par-dessus qui poussent… 

    En d’autres termes on s’éclate avec Aline. Grand film populaire qui devrait faire un carton, il raconte avant tout une belle, touchante et passionnelle histoire d’amour en se penchant sur la relation unique entre Céline Dion et son impresario René Angélil (Guy-Claude en l’occurrence), qui deviendra son mari et contribuera largement au succès planétaire de la jeune prodige.

    A l’affiche dans les salles e Susse romande dès mercredi 10 novembre.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: "A Good Man" explore le désir d'enfant chez un trans. Noémie Merlant époustouflante

    Imprimer

    Marie-Castille Mention-Schaar ne craint pas de s’attaquer à des sujets casse-gueule. En 2016, avec Le ciel attendra, elle plongeait au cœur de l’embrigadement islamiste de deux jeunes filles ordinaires. Dans A Good Man,  elle s’inspire d’une histoire vraie pour raconter  celle d’un transsexuel, Benjamin (Noémie Merlant) et Aude (Soko)  Ils s’aiment depuis six ans et ont quitté la Provence pour l’ile bretonne de Groix, une bulle protectrice où ils recommencent leur vie, loin des moqueries et d’une relation maternelle compliquée.

    -Un parcours aussi difficile qu'inconnu

    Ils rêvent de fonder une famille, mais Aude est stérile. Benjamin, qui n’a pas terminé sa transition, décide de porter l’enfant. Aude s’inquiète, lui rappelant à quel point il (alors Sarah) détestait son corps lors de leur rencontre en boîte de nuit. «Imagine en ce qu’une grossesse lui fera...», lui dit-elle. 

    La doctoresse lui rappelle aussi que porter un enfant est considéré comme le symbole de la féminité et que cela peut signifier la négation de sa transition. Ce que réfute Benjamin. Le processus n’est aucunement remis en question et il n’est pas moins l’homme qu’il a voulu devenir parce qu’il a encore son utérus. Pour lui il ne s’agit pas d’un sacrifice mais d’un acte d’amour.  
    Tous deux se lancent dans un parcours difficile, inconnu,  une quête extraordinaire que la réalisatrice évoque avec pudeur, sensibilité et empathie. Sortant des clichés, elle montre un  couple somme toute banal, qui va bien, qui travaille, chacun aimant son métier. Elle ne filme pas la transition, mais le désir  profond d’enfant, la volonté d’accès à la paternité pour les transsexuels, la mise en lumière du problème dans une société peu tolérante à laquelle ils doivent se confronter. Les remarquables Soko et Noémie Merlant, par ailleurs méconnaissable et saisissante de justesse en garçon (casting qui a provoqué la polémique, voir ci-dessous),  contribuent très largement à la réussite de ce film prenant, attachant, envoyant valser tabous et préjugés.

    .Recherches importantes

    Mais encore la démarche exigeait-elle de se documenter sérieusement, comme nous le raconte  la cinéaste, rencontrée à Genève. «J’ai eu envie de réaliser ce film après avoir aidé à la production d’un documentaire,  Coby, de Christian Sonderegger (co-scénariste de A Good Man) sur son demi-frère trans Jacob Hunt. A quelques mois de son hystérectomie, il s’était posé beaucoup de questions,  sa compagne redoutant terriblement la grossesse. Finalement il a abandonné l’idée de porter l’enfant. Mais les nombreuses discussions que nous avons eues m’ont énormément interpelée.  J’ai voulu en savoir  davantage.  Et j’ai découvert que des milliers d’hommes ont porté leur enfant, comme Thomas Beatie, premier homme enceint (trois fois) et du coup ultramédiatisé. Je suis ensuite allée à la rencontre  d’autres trans  qui ont entrepris la même démarche».  

    -Le choix de votre interprète était crucial. Dans la communauté trans, on vous reproche  d’avoir confié le rôle à une actrice cisgenre.

    Dans le souci de donner la parole aux intéressés-ées, j’ai cherché un comédien idoine, mais j’avais peu de contacts. Et un directeur de casting impliqué dans des projets LGBTIQ+ m’a mis des bâtons dans les roues parce que je ne suis pas une réalisatrice trans. Je me suis débrouillée seule. On m’a présenté quelques acteurs, j’ai procédé à quelques auditions. Par exemple avec Jonas  Ben-Ahmed, dont l’âge correspondait. Mais il s’agit d’une partition énorme qui va bien au-delà du vécu. Il exige du talent, de la technique, de l’expérience. Personne ne correspondait au Benjamin que j’avais en tête, y compris Jonas qui m’a avoué lui-même ne pas se sentir de taille à enfiler un tel costume. Il attendait simplement un rôle et je lui ai écrit un autre personnage.  A cet égard, je tiens à préciser que grâce à A Good Man, on dispose maintenant d’une banque de données où les acteurs-trices trans sont répertorié-ées.

    -Et vous avez finalement choisi Noémie Merlant qui est époustouflante. Au point qu’on se demande où elle est dans le premier quart d’heure...

    -J’avais déjà collaboré trois fois avec elle. Je n’avais aucun doute sur sa possibilité d’être Benjamin. Je connais sa manière de travailler, de se mettre dans ses personnages, de chercher au plus profond. On avait parlé de ce sujet depuis longtemps et je savais que ça l’intéressait  On a fait des essais physiques pour voir si cela fonctionnait. Il fallait que le public y croie. Elle avait des doutes par rapport à sa voix. Mais je lui ai présenté beaucoup d’hommes trans qui l’ont soutenue, épaulée, légitimée.

    -Vous souhaitez atteindre le plus large public possible, emmener les spectateurs vers des horizons qui ne sont pas forcément les leurs.

    -C’est vrai. Je participe à ma manière au combat, à la visibilité des trans, Mais ce qui m’intéresse  surtout c’est de raconter des histoires qui vont contribuer à rapprocher les personnes, les forcer à s’interroger sur elles-mêmes, leurs a priori, à découvrir tout d’un coup des choses qui les chamboulent. C’est pour cela que je fais du cinéma.

    Un autre sujet délicat à venir?

    -Beaucoup moins quand même! Je viens de terminer Divertimeno,  l’histoire d’une jeune fille inspirée de celle de Zahia Ziouni. Elle veut devenir chef d’orchestre avec l’ambition  de rendre la musique classique accessible à tous, dans tous les territoires, en créant un orchestre unique en ce qui concerne sa diversité et sa composition.-

    A Good Man à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 novembre.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: "Compartiment No 6", rencontre mouvementée dans un train pour Mourmansk

    Imprimer

    Pour son deuxième long métrage, Compartiment No 6, récompensé par le Grand prix au dernier festival de Cannes, Le Finlandais Juho Kuosmanen ne se prend pas la tête pour nous raconter une histoire simple se déroulant au début de l’ère post soviétique. Dans ce film atypique, minimaliste, à la fois existentiel, romantique et plein d’humour, il met face à face deux personnages qui, au départ, éprouvent une forte hostilité réciproque.  

    Laura, étudiante finlandaise à Moscou, mélancolique, pas très gâtée par la nature, se passionne pour les pétroglyphes du néolithique de Mourmansk. Elle veut se rendre sur ce site archéologique en mer arctique avec Irina, son amoureuse. Mais au dernier moment, celle-ci a d’autres projets et Laura est obligée de faire seule ce très long périple. 

    Dans le train qui l’emmène aux confins de la Russie, elle doit partager son compartiment avec Ljoha, un jeune ouvrier russe qui part travailler dans les mines. Complètement saoul, ce macho se montre tellement insupportable et grossier que Laura est très tentée de descendre du wagon au premier arrêt, en dépit de son énorme envie de rallier Mourmansk. 

    Finalement elle décide de rester à bord. Une bonne idée car la cohabitation forcée, propice à une série de péripéties souvent cocasses, va peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout sépare.  Au fil d'un voyage mouvementé, Ils vont surmonter leur aversion, apprendre à se connaître, à s’accepter et à s’apprécier, Partant ainsi autant à la découverte de l’autre que d’eux-mêmes.

    Mais au fait. quid des fameux pétroglyphes du néolithique si chers à Laura? Eh bien, il faut aller voir l’opus pour savoir le fin mot de cette histoire, presque exclusivement filmée au plus près des deux héros, dans l’espace confiné du compartiment No 6. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 novembre. 

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire