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  • Grand écran: "Le traducteur", thriller au coeur de la révolution syrienne de 2011

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    En 2000, Sami (Ziad Bakri) officie comme traducteur de l’équipe de Syrie aux JO de Sydney, Quand un reporter demande à un boxeur sa réaction sur la mort du président Hafez-el Assad et le fait que son fils Bachar, 35 ans, ophtalmologue, lui ait succédé, le sportif répète ce que le superviseur officiel syrien lui souffle à l’oreille. 

    Cependant, Sami commet un léger lapsus qui le contraint à demander l’asile en Australie, où il obtient le statut de réfugié politique, se marie et s’adapte à sa nouvelle situation. Mais en 2011, au début de la révolution syrienne, il reçoit une vidéo qui remet cette existence tranquille en question. Elle montre son frère arrêté pendant une manifestation pacifique et ce tragique événement fait remonter les souvenirs douloureux de l’arrestation de son père par le régime trente ans auparavant. 

    Hanté par les images de violence dans sa ville natale, ne se pardonnant pas d’avoir laissé les siens derrière lui sous une menace constante tandis qu’il vit un quotidien douillet en Australie, Sami veut réparer le passé. Malgré les dangers, il décide de retourner en Syrie pour retrouver son frère. Sur place, de plus en plus conscient de sa responsabilité envers sa famille et son pays, il est à son tour amené à tout risquer pour la liberté.

    Dix ans après le soulèvement contre Assad, Rana Kazkaz et Anas Khalaf, qui ont eux-mêmes choisi de fuir la Syrie, proposent un thriller dense à la Costa-Gavras. et non un documentaire, ce qui est le plus souvent le cas pour évoquer les printemps arabes.  Il est centré sur l’exil, la culpabilité, mais surtout sur le poids, le pouvoir des mots, la façon dont on traite l’information, la nécessité de rapporter la vérité. 

    Porté par d’excellents comédiens, ce premier long-métrage raconte les aspirations d’une population au respect des Droits de l’Homme. Entre manifestations de rues réprimées dans le sang  et coups de théâtre, il nous laisse ressentir la confusion, l’angoisse, mais aussi l’espoir régnant dans ce pays qui vit dans la terreur d’un régime basé sur le culte de la personnalité, celle d’un dictateur barbare. A découvrir sans tarder.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande, depuis mercredi 29 septembre.   

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  • Grand écran: "Mourir peut attendre", un James Bond aussi haletant qu'audacieux et bizarre

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    Repoussé à plusieurs reprises depuis mars 2020 pour cause de coronavirus, Mourir peut attendre,  qui sort enfin ce jeudi 30 septembre en Suisse,  a été montré mardi à la presse, avec plusieurs projections simultanées à  Londres, Paris, Bruxelles ou  Zurich. La critique était soumise à un embargo strict jusqu’à ce mercredi une heure du matin, assorti de la prière d’en révéler le moins possible pour ne pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs. 

    Alors qu’en est-il des adieux de Daniel Craig, qui renonce après son cinquième Bond? Est-ce  le plus émouvant 007 de tous les temps, le meilleur de la franchise depuis Casino Royale ? Baroud d’honneur simplement satisfaisant pour le sixième interprète de l’agent le plus célèbre de la planète dans un opus longuet (2h45), pas toujours aidé par une intrigue trop tarabiscotée? 

    Il y a un peu de tout cela dans ce film aussi haletant qu'audacieux et bizarre. Du coup, on oscille entre fascination, délectation et déception en découvrant ce 25é épisode plus attendu que le Messie, signé de l’Américain Cary Joji Fukunada, réalisateur multiculturel (Sin nombre, la série True Detective,  Beasts Of  No Nation), qui nous fait voyager entre la Jamaïque, l’Italie, l’Angleterre , Cuba,  la Norvège et le japon.

    La fausse sortie du héros

    Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il réserve des surprises à la pelle, qu’on vous laissera découvrir. Après un pré-générique déconcertant, le plus long de la saga, à la fois magnifique et triste, doté d’un flash back de cinq ans venant expliquer  l’histoire douloureuse de la belle Madeleine Swann (Léa Seydoux) et sa relation perturbée avec 007, on retrouve l’agent secret en Jamaïque. Où, après avoir mis fin, dans Spectre, aux agissements  de son frère d’adoption le maléfique Blofeld (Chistoph Waltz), il s’est retiré et a rendu son matricule. Dorénavant dévolu à Nomi (Lashana Lynch), nouvelle 007.  

    Faux départ, évidemment. Bond va rencontrer Félix Leiter, de la  la CIA, qui lui demande de pourchasser un mystérieux individu. Voleur d'une arme biologique ciblant l’ADN de certaines populations, il constitue un énorme danger pour la sécurité mondiale. Inutile de préciser que les services secrets de Sa Majesté vont récupérer le retraité sans tarder...

    Un mélodrame sous couvert d'action

    Pour son dernier tour de piste, Daniel Craig, séducteur  vieillissant mais conservant son  punch légendaire,  incarne un 007 sentimental, amoureux, plus humain, plus vulnérable, vivant une relation compliquée avec Madeleine. Ce qui contribue à faire de ce 25e opus une sorte de mélodrame sous couvert de film d’action à grand spectacle. 

    Le  changement va sans doute déplaire aux puristes du genre. Mais pour les satisfaire, l’opus promet des scènes décoiffantes avec des combats spectaculaires à Cuba, dans un bateau, des fusillades, d’ahurissantes poursuites en voiture, des cascades échevelées à moto. Sans oublier les indispensables gadgets super high tech de Q. Ainsi que la présence du bien nommé Lyutsifer Safin (Rami Malek), un méchant dingue dans la lignée des anciens ennemis, en moins charismatique mais plus ambigu et dans l’air du temps, avec son plan diabolique visant à injecter des nanobots dans le sang de millions  de gens, qui seraient désormais porteurs d’un virus mortel. 

    Belle présence féminine 

    On salue par ailleurs une présence féminine plus importante, apportée par Phoebe Waller Purvis, créatrice et interprète de la série Fleabag, qui propose des partenaires encore plus fortes au héros.  A l’image de Lashana Lynch, particulièrement convaincante en nouvelle 007, qui n’apprécie guère le retour de son prédécesseur et qui défouraille elle aussi plus vite que son ombre. Et que dire de la ravissante comédienne cubaine  Ana de Armas, sulfureuse apprentie espionne déchaînée en robe du soir, plombant impitoyablement tout être malfaisant à sa portée! Quant à Léa Seydoux, surprenante et peu conforme, véritable amour de James, elle porte des scènes importantes en incarnant une autre facette des Bond girls qui appartenaient déjà au passé.  

    Quid du prochain 007?

    Daniel Craig ayant jeté l'éponge, tous les acteurs britanniques de premier plan ont été annoncés dans le futur costume du fameux  espion. Idris Elba, Tom Hiddleston, Richard Madden, Tom Hardy, James Norton... On a aussi parlé d'une femme, ce qui semble improbable. Quoi qu'îl en soit, l'identité du prochain interprète de James Bond ne sera pas connue avant l'année prochaine, a indiqué Barbara Broccoli, la productrice de la franchise qui fêtera ses 60 ans en 2022. 

    A l'affiche dans les salles de Suisse dès jeudi 30 septembre.  

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  • Grand écran: François Ozon nous met face à la mort dans "Tout s'est bien passé". André Dussollier remarquable

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    L’éclectisme est une constante chez François Ozon, auteur d’une quarantaine de métrages longs et courts. Soucieux de construire une œuvre sans se répéter, il ne cesse de surprendre en passant du fantastique au musical, de la comédie à la tragédie du thriller au mélodrame.

    Après Été 85, teen-movie gay romanesque sur fond de pacte délirant où il donnait libre court à son goût pour la subversion des normes sociales, le cinéaste change radicalement de registre et  nous plonge dans l’actualité en proposant Tout s'est bien passé, comme il l’avait fait en 2018 avec Grâce à Dieu, remarquable fiction sur la pédophilie au sein de l’Eglise catholique, sortie en plein procès du père Bernard Preynat.

    Dans ce drame familial, le réalisateur aborde de front le sujet polémique et puni en France du suicide médicalement assisté. Son film, de facture classique, est adapté du roman  autobiographique d’Emmanuèle Bernheim (décédée d’un cancer en 2017) qui avait aidé son propre père à mourir.

    Une course contre la montre

    A 85 ans celui-ci (André Dussollier) est hospitalisé  à la suite d’un AVC. Il se réveille très diminué, totalement dépendant. Face à une insupportable déchéance, ce riche industriel, collectionneur d’art bisexuel qui a trop aimé la vie, ses plaisirs et ses folies pour se voir réduit à un légume, demande l’assistance de sa fille pour en finir rapidement. Déchirée, elle va finalement accepter Mais comment s’y prendre en tenant compte des trivialités de la vie quotidienne? S’engage alors une véritable course contre la montre pour se rendre en Suisse. 

    Tout s’est bien passé qui interroge au plus profond la question de la fin de vie, doit beaucoup à ses comédiens dirigés de main de maître par François Ozon. Emmanuèle est incarnée par Sophie Marceau, juste et intense, qui marque son retour très convaincant dans un grand rôle. De son côté Charlotte Rampling est parfaite, comme toujours, en ex-épouse dépressive. A l’image de Grégory Gadebois, en ancien amant mystérieux d’André en terrible souffrance et surnommé «grosse merde» par Emmanuèle et sa sœur (Géraldine Pailhas).

    Sans pathos ni complaisance

    Mais ce qui domine dans le combat de ce cet homme pour partir dans la dignité, c’est la formidable prestation d’André Dussollier, par ailleurs un brin curieusement abordé sous l’angle d’un désir homosexuel. Le visage redoutablement transformé et figé à l’aide de prothèses, s’exprimant très difficilement, il se révèle absolument bouleversant dans son immense détresse physique. 

    Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour, de causticité. Par exemple quand il se demande comment font les pauvres, en découvrant le prix très élevé d’un suicide assisté en Suisse… Eh bien ils attendent  la mort, lui répond sa fille, tout aussi cyniquement. Un second degré à l’image du film de François Ozon et de son plaidoyer pour une liberté de choix, Evitant les écueils du film à sujet, il sait émouvoir sans pathos ni complaisance.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 septembre.

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  • Grand écran: "Les amours d'Anaïs", une charmante comédie de moeurs qui manque d'incarnation

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    Elle est coquine, sexy, curieuse, férue de littérature mais tardant à conclure sa thèse, fauchée et claustrophobe. Et surtout elle court, Anaïs, moulinant joliment des gambettes dans les rues de Paris son vélo à la main. Après qui, après quoi ? La pétulante trentenaire, (Anaïs Demoustier), ne sait pas trop. Elle a du mal à se poser dans sa vie personnelle et professionnelle. «Je ne veux pas rencontrer des gens intéressants, je veux moi-même être intéressante», affirme-t-elle. Une formule qui n’en est pas pour autant une vocation.

    Anaïs a un petit copain, Raoul, qui commence à lui peser. Enceinte, elle décide d’avorter et quitte sans regrets le malheureux  qui n’a pas eu son mot à dire.  Lors d’un dîner, elle séduit Daniel  (Bruno Podalydes), un éditeur qui a deux fois son âge et dont elle se lasse rapidement, là également. En revanche elle brûle de rencontrer son épouse Emilie (Valeria Bruni-Tedeschi), une romancière à succès. A l’occasion d’un séminaire en Bretagne, elle est fascinée par cette femme lui offrant comme un miroir de ce qu’elle pourrait devenir.  

    Pour son premier long métrage, Charline Bourgeois-Tacquet, elle aussi apparemment tombée sous le charme de son héroïne court vêtue, propose un portrait de femme qu’elle veut libre, fougueuse et légère. Elle nous la montre, sinon l’exhibe, sautillante, papillonnante et pleine de désirs au gré de ses errances sentimentales. Solaire, dynamique, l’impétueuse Anaïs Demoustier, qui s’impose de plus en plus dans le cinéma français, forme un duo attachant avec la lumineuse et magnifique Valeria Bruni Tedeschi, dont la raison l’emporte sur la passion.  

     Mais si cette comédie de mœurs existentielle en forme de marivaudage estival baigné d'une belle lumière est charmante, tout reste en surface. Elle manque ainsi d’incarnation, peinant par ailleurs à dégager de l’émotion et une vraie sensualité. 

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 septembre.

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  • Grand écran: dans "Boîte noire", thriller parano haletant, Pierre Niney séduit en justicier solitaire

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    Jeune acousticien du BEA, autorité responsable des enquêtes de sécurité dans l’aviation civile, Mathieu Vasseur (Pierre Niney) est chargé des investigations sur le mystérieux crash d’un avion lors d’un vol Dubaï-Paris. Que s’est-il passé ? Erreur de pilotage ?  Défaillance technique ? Acte terroriste, la version officielle ? 

    Pour Mathieu, qui a l’ouïe fine, cette dernière piste d’abord privilégiée, ne tient pas la route. Mais qui a intérêt à cacher les véritables causes du terrible accident ? L’énigme est de taille. Alors Mathieu écoute, écoute, écoute encore. Son analyse minutieuse de la boîte noire  va le pousser à mener secrètement  ses propres recherches. Et le doute commence à s’installer, s’amplifie au point qu’il se sent menacé par son entourage. Son amie. son chef, son collègue tous deviennent suspects pour lui.  

    Jouant sur les sons, Boîte noire nous immerge ainsi dans les coulisses de l’aéronautique. Nous ballotant d’une fausse piste à l’autre, Yan Gozlam réalise un thriller paranoïaque haletant, parfaitement documenté, à la mise en scène efficace.  Sous tension, l’intrigue, entre espionnage et drame psychologique, est rondement menée en dépit de rebondissements parfois légèrement  incohérents, ou de scènes explicatives un rien indigestes et longuettes. 

    En héros solitaire et justicier, Pierre Niney, entouré de Lou de Laâge et André Dussolier fait particulièrement bien le job. Sobre, intense, attachant dans sa fragilité mêlée de douceur et d’angoisse, cet anti-héros englué dans une enquête qui le dépasse, séduit avec sa détermination obsessionnelle à trouver la vérité.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 8 septembre.

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  • US Open: Djokovic à deux doigts de l'exploit historique. Espérons que ce soient de gros doigts...

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    Ainsi donc,  le cosmique Djokovic est tout près de réaliser son rêve de régner plus ou moins définitivement (on ne sait jamais) sur l’histoire de la raquette, comme on nous en rebat les oreilles depuis des mois. Un objectif il est vrai parfaitement envisageable dès l’entame de l’US Open. Et non seulement parce que Nadal et Federer sont au fond du trou. Il suffit de revoir la liste des cinq premiers adversaires du Serbe, qu’on ne peut décemment appeler des rivaux, pour s’en convaincre.

    Jugez plutôt. La quête du Graal commence par un Danois inconnu au bataillon pour le commun des mortels. Il s’agit du Danois Holger Vitus Nodskov Rune, 145e à l’ATP, sorti des qualifications. Alors certes on vante sa folle ascension, 600 rangs gagnés en un an. Mais perclus de crampes après deux sets (dont un de raflé), le malheureux ne peut plus bouger un orteil. Et hop, c’est dans la poche vite fait bien fait pour le «saigneur» des lieux. 

    Au deuxième tour, il se retrouve contre un autre nobody, le Hollandais Tollen Griekspoor, matricule 131, dont il n’y a rien à dire et qui est balayé en trois petits sets. En seizièmes, Dracula affronte  Kei Nishikori, qui l’avait battu en demi-finale en 2014. La belle affaire. Retombé au 56e rang, le Japonais offre un semblant de résistance en s’emparant de la première manche, avant de permettre à Djokovic une nouvelle balade de santé. Déjà médusés pourtant, les commentateurs n’en peuvent plus de s’ébaubir devant le talent de l’inoxydable.

    En huitièmes, retour vers l’anonymat de son opposant, en l’occurrence l’Américain Jenson Brooksby, 20 ans, 99e au classement, qui prétend pouvoir rivaliser avec n’importe qui. Il prend d’ailleurs les commandes, mais est renvoyé à ses études aussi rapidement que logiquement. En dépit de quelques fulgurances, ne servant évidemment qu’à sublimer l’excellence de Dracula. 

    Les experts trépignent , car voici leur pur-sang en quarts face à l’Italien Matteo Berrettini, dont ils n’ont cessé de pointer la méforme et l’absence de dynamisme dès le début du tournoi. Ce qui ne tarde pas à se confirmer là encore, en dépit d’un premier set gagné grâce à ses services maousses. Du coup, on se trémousse à l’antenne façon danseuses exotiques devant le génie de l’Alien, à deux doigts dorénavant de l’exploit.

    Il reste à espérer que ce seront de gros doigts ! Mais j’ai les pires doutes. En voyant Zverev l’emporter laborieusement, même en trois sets, sur Lloyd Harris, je ne pouvais m’empêcher de me dire que siu Djokovic avait été à la place du Sud-Africain, le résultat aurait été inversé, Pareil constat en ce qui concerne Medvedev, qui a dangereusement lâché une manche face à l’improbable Néerlandais  Botic van de Zandschulp, avant de s’imposer  par les poils. 

    L’Allemand ou le Russe seront-ils capables de tricoter tout le pull histoire d’habiller Djokovic pour l’hiver ? Rien n’est hélas moins sûr... 

     

     

     

     

     

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  • Grand écran: *Délicieux", la révolution dans l'assiette. A consommer sans modération

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    A l’aube de la Révolution française, le restaurant tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existait pas encore. Manger à l’extérieur était une activité réservée aux voyageurs. Et si on  se restaurait déjà dans des tavernes ou des auberges sur des tables collectives, la cuisine consistait généralement en un plat unique, dont la principale qualité était de tenir au corps et non de réjouir les papilles. 

    Les cuisiniers se louaient donc à la noblesse, à l’image du talentueux, orgueilleux  et tout en rondeurs Pierre Manceron (Grégory Gadebois), oeuvrant aux fourneaux chez le duc de Chamfort (Benjamin Lavernhe). Lequel régale régulièrement une cour aussi vulgaire qu’intolérante au moindre changement culinaire. Mais Manceron n’en a cure et ose, un soir, proposer le «délicieux», un feuilleté inédit aux truffes et pommes de terre, tubercules alors réservées à la plèbe, sinon aux cochons!

    C'est un tollé! Congédié sur le champ, le chef humilié accompagné de son fils, un adolescent curieux, vif et entreprenant, retourne dans sa campagne, se complaisant dans le désoeuvrement, la mélancolie et le mal-être. Jusqu’à l’apparition d’une femme aussi mystérieuse que déterminée (Isabelle Carré), avide d’apprendre l’art culinaire. 

    Ouverture du premier restaurant

    Remarquablement ingénieuse, elle redonne confiance à Manceron, qui va s’émanciper de sa condition. Emblématiques d’un peuple oppressé qui, au tournant de l’histoire de France, commence à faire entendre sa voix face aux tout-puissants, ils ouvrent ensemble le premier restaurant. Proposant à leurs clients ébahis un service révolutionnaire: des tables individuelles et des mets à choisir sur une carte. 

    Après L’esprit de famille, Eric Besnard propose une comédie se déroulant dans une nature somptueuse magnifiquement éclairée, soignant autant les décors que l’élaboration de plats mitonnés avec amour. Elle est portée par Grégory Gadebois et Isabelle Carré parfaitement crédibles dans leur rôle respectif et entourés de personnages secondaires irrésistiblement incarnés par Benjamin Lavernhe, imbuvable duc de Chamfort, ou Guillaume de Tonquédec, déplaisant intendant toujours là où on le pose. En résumé, un film plein de saveurs, à consommer sans modération.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 septembre. 

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  • Grand écran: "Supernova", un dernier voyage bouleversant avec Colin Firth et Stanley Tucci

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    Alors que le ciel se couvre d’étoiles, l’une d’elles luit tout particulièrement. C’est la fameuse supernova qui, pendant quelques jours, brille davantage que la galaxie qui l’héberge. Avant de s’éteindre... Puis la caméra nous ramène sur terre, ou plutôt dans un lit, pour nous laisser découvrir, endormis l’un contre l’autre, deux hommes, Sam (Colin Firth) et Tusker (Stanley Tucci). Un pianiste et un écrivain, en couple depuis vingt ans et qui espèrent, à l’aube de la soixantaine, vivre ensemble une belle vieillesse.

    Hélas, Tusker est victime d’un Alzheimer précoce et le temps leur est désormais compté. Face à l’inéluctable, ils décident d’entreprendre un dernier voyage ensemble à travers l’Angleterre,  pour rendre visite à leurs proches, à leurs amis et de retourner sur les lieux de leurs premiers moments de bonheur. Le tout sur fond de vastes paysages de lacs, de collines et de forêts.

    Une histoire simple

    Avec Supernova, son deuxième long métrage, le jeune Britannique Harry Macqueen livre une histoire simple, prenante, qui sonne juste, favorisée par l’entente naturelle entre ses deux protagonistes, amis depuis longtemps à la ville. Tout en évoquant la question de la fin de vie dans la dignité, le réalisateur choisit une approche intimiste pour raconter une relation où une longue complicité faite d’indulgence, d’amusement, d’humour, d’éclats de rires ou de remarques sarcastiques, l’emporte sur les inévitables petits conflits ou disputes futiles.

    Mais tout au long de ce road trip, il y a sous-jacente, tenace, une tension générée par le danger qui guette les amoureux. Dans une mise en scène sobre, Macqueen, en bon connaisseur de son sujet, prend son temps pour mieux nous faire ressentir, par touches subtiles, sensibles, ce mal qui détruit Tusker, désorienté devant une existence qu’il ne contrôle plus. Avec la peur d’être un poids pour Sam et la crainte de ce dernier d’une vie prochaine séparé de l’être aimé.

    Partisan des émotions contenues, sinon minimalistes, l’auteur, privilégiant l’authenticité à de quelconques effets, aborde des thèmes douloureux avec pudeur et finesse, proposant ainsi un drame intense qui se révèle d’autant plus bouleversant qu’il ne sort jamais les violons.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 septembre.

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  • Jean-Paul Belmondo, l'un des derniers monstres sacrés du cinéma français, est mort

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    On  l’a aimé dans des oeuvres aussi différentes qu’A bout de souffle de Jean-Luc Godard qui a fait de lui une icône,  Moderato Cantabile de Peter Brook, Léon Morin prêtre de Jean-Pierre Melville, Le professionnel de Georges Lautner ou L’homme de Rio de Philippe de Broca. Et on l’a trouvé bluffant dans Le Magnifique, pastiche de James Bond, également signé de Broca, où un écrivain complexé s’invente un double littéraire, un  agent secret qui possède la séduction et le courage qui lui manquent.

    Le Magnifique, Jean-Paul Belmondo le restera pour les Français, qui l’ont adoré au cours de six décennies, toutes générations confondues. Né le 3 avril 1933, fils du sculpteur Paul Belmondo et de l’artiste peintre  Sarah Rainaud, acteur talentueux parmi les plus populaires du cinéma français en attirant quelque 30 millions de spectateurs entre les années 60 et 80, il est mort lundi 6 septembre. Il avait 88 ans et plus de 80 longs métrages à son actif. Le monde du cinéma, Alain Delon dévasté en tête, de la politique, dont Emmanuel Macron, du sport, à commencer par le PSG qu'il avait contribué à créer, lui rend un vibrant hommage, tandis que les télévisions bousculent leurs programmes pour passer ses meilleurs films. Par ailleurs, un hommage national lui sera rendu jeudi 9 septembre aux Invalides et ses obsèques auront lieu le lendemain à l’église de Saint-Germain-des-Prés.

    En 1952, Jean-Paul Belmondo est admis au Conservatoire supérieur d’art dramatique où il forme la fameuse bande avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Bruno Cremer. Il débute au théâtre en jouant Musset, Molière et Anouilh avant de se lancer dans le cinéma en 1958. On le voit dans Les tricheurs de Marcel Carné et Un drôle dimanche de Marc Allégret.  Si ce film est massacré par Godard dans les Cahiers du Cinéma, le réalisateur aime le jeu de Belmondo. Qu'il engage pour son court-métrage Charlotte et son Jules, puis dans A bout de souffle, où il joue un voyou en fuite tombé amoureux de Jean Seberg, avec qui il forme un couple mythique et emblématique de la «Nouvelle Vague». Le film fait un tabac et la carrière de Bébel est définitivement lancée. 

    Il retrouve Godard pour Une femme est une femme l'année d'après puis pour Pierrot le fou, quatre ans plus tard.  Ce sera leur dernière collaboration, le comédien privilégiant le genre policier et un cinéma à grand spectacle, où passionné de sport, il peut montrer ses muscles et réaliser en vrai les cascades les plus démentes. Il devient l’acteur fétiche d’Henri Verneuil avec qui il a tourné huit films, Philippe de Broca (six), Georges Lautner (cinq) et Jacques Deray quatre, dont le fameux Borsalino sorti en 1970. Il y partage l’affiche avec l’autre super pointure de la pellicule hexagonale, Alain Delon, dont il est l’ami depuis 1957. 

    Héros de L'itinéraire d'un enfant gâté, il refuse le César 

    Alors que ses films continuent à séduire, mais que le filon commence à s’épuiser, Jean-Paul Belmondo, qui est remonté sur scène en 1987 pour jouer Kean de Jean-Paul Sartre,  est contacté par Claude Lelouch qui lui propose le rôle de Sam Lion dans Itinéraire d’un enfant gâté. Cela lui vaudra, en 1989, le César du meilleur acteur, qu’il va refuser parce qu’il estimait que "les récompenses il faut les donner quand on est jeune. Et qu’il avait trop attendu".

    Suivent une dizaine de longs métrages dont Une chance sur deux de Patrice Leconte en 1998, où il retrouve  son ami Alain Delon, tous deux étant les géniteurs potentiels d’une voleuse de voiture enlevée par la mafia russe. C’est loin d’être un chef d'oeuvre. En 2001 le comédien est victime d’un AVC dont il met huit ans à se remettre et revient devant la caméra pour Un homme et son chien de Francis Huster. Un fiasco, autant pour l’auteur que pour son héros qui, en 2017, recevait  (et acceptait cette fois)  un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.  

    Bébel et ses femmes 

    Lors de son entrée à 19 ans au Conservatoire, son professeur Pierre Dux déclarait qu’avec la tête qu’il avait, il ne pourrait jamais prendre une femme dans ses bras.. Une sacrée erreur pour celui qui s’est notamment retrouvé, sur grand écran, dans ceux de Sophia Loren, Gina Lollobrigida  et Claudia Cardinale. 

    Avec son charme, son humour, sa gouaille et son célèbre sourire, Belmondo a également joué les séducteurs dans la vie. Sa première passion fut la danseuse professionnelle Elodie Constantin avec qui il s’est marié et eu trois enfants, dont Patricia, morte à 40 ans dans l’incendie de son appartement. Puis il a succombé à la sculpturale Ursula Andress, à l’actrice italienne Laura Antonelli, à la chanteuse brésilienne Carlos Sotto Mayor. A Roland Garros, en 1989, cet amoureux du tennis (à qui, pour l’anecdote, Marc Rosset avait  six ans plus tard offert sa raquette), rencontrait Natty Tardivel, une chanteuse de 32 ans sa cadette. Il l’a épousée et ils ont eu une fille, Stella. La dernière compagne de Bébel fut Barbara Gandolfi, une ancienne mannequin belge, de 42 ans plus jeune que lui. Leur relation s’est terminée au tribunal.  

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  • Grand écran: "Un triomphe", comédie divertissante portée par un très bon Kad Merad

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    Comédien, Etienne ne vit que pour son art. Malheureusement, il ne croule pas sous les propositions de rôles et, comme il a du mal à boucler ses fins de mois, accepte d’animer un atelier de théâtre dans une prison. Sans trop y croire. Et pourtant, rapidement surpris par le talent de la troupe improbable qu’on  lui a confiée, il décide de monter  «En attendant Godot» de Samuel Beckett, La pièce qui symbolise donc l’attente, mais également l’absurde, est selon lui une métaphore du quotidien derrière les barreaux.

    Désireux de révéler les dons cachés de ses acteurs improvisés, il envisage de les faire jouer dans un vrai théâtre. La chose est acceptée par l’administration pénitentiaire, qui impose cependant des règles strictes. Etienne s’y plie car pour lui l’important est ailleurs. Au fil des répétitions et des représentations il noue une vraie amitié avec les prisonniers qui, grâce à lui, ont réussi à vaincre leurs doutes et leur trac. L'essai se transforme ainsi en une tournée à succès. Mais, suspense…,. 

    Réalisé par Emmanuel Courcol, Un triomphe est librement adapté d’une histoire vraie, qui s’était déroulée en Suède dans les années 80 et avait fait l’objet d’un documentaire en 2005. L’auteur livre une comédie divertissante, pleine d’humour et d’émotion. Elle est portée par un très bon Kad Merad, entouré de comédiens à la hauteur. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 1er septembre, 

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