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Grand écran: François Ozon nous met face à la mort dans "Tout s'est bien passé". André Dussollier remarquable

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L’éclectisme est une constante chez François Ozon, auteur d’une quarantaine de métrages longs et courts. Soucieux de construire une œuvre sans se répéter, il ne cesse de surprendre en passant du fantastique au musical, de la comédie à la tragédie du thriller au mélodrame.

Après Été 85, teen-movie gay romanesque sur fond de pacte délirant où il donnait libre court à son goût pour la subversion des normes sociales, le cinéaste change radicalement de registre et  nous plonge dans l’actualité en proposant Tout s'est bien passé, comme il l’avait fait en 2018 avec Grâce à Dieu, remarquable fiction sur la pédophilie au sein de l’Eglise catholique, sortie en plein procès du père Bernard Preynat.

Dans ce drame familial, le réalisateur aborde de front le sujet polémique et puni en France du suicide médicalement assisté. Son film, de facture classique, est adapté du roman  autobiographique d’Emmanuèle Bernheim (décédée d’un cancer en 2017) qui avait aidé son propre père à mourir.

Une course contre la montre

A 85 ans celui-ci (André Dussollier) est hospitalisé  à la suite d’un AVC. Il se réveille très diminué, totalement dépendant. Face à une insupportable déchéance, ce riche industriel, collectionneur d’art bisexuel qui a trop aimé la vie, ses plaisirs et ses folies pour se voir réduit à un légume, demande l’assistance de sa fille pour en finir rapidement. Déchirée, elle va finalement accepter Mais comment s’y prendre en tenant compte des trivialités de la vie quotidienne? S’engage alors une véritable course contre la montre pour se rendre en Suisse. 

Tout s’est bien passé qui interroge au plus profond la question de la fin de vie, doit beaucoup à ses comédiens dirigés de main de maître par François Ozon. Emmanuèle est incarnée par Sophie Marceau, juste et intense, qui marque son retour très convaincant dans un grand rôle. De son côté Charlotte Rampling est parfaite, comme toujours, en ex-épouse dépressive. A l’image de Grégory Gadebois, en ancien amant mystérieux d’André en terrible souffrance et surnommé «grosse merde» par Emmanuèle et sa sœur (Géraldine Pailhas).

Sans pathos ni complaisance

Mais ce qui domine dans le combat de ce cet homme pour partir dans la dignité, c’est la formidable prestation d’André Dussollier, par ailleurs un brin curieusement abordé sous l’angle d’un désir homosexuel. Le visage redoutablement transformé et figé à l’aide de prothèses, s’exprimant très difficilement, il se révèle absolument bouleversant dans son immense détresse physique. 

Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour, de causticité. Par exemple quand il se demande comment font les pauvres, en découvrant le prix très élevé d’un suicide assisté en Suisse… Eh bien ils attendent  la mort, lui répond sa fille, tout aussi cyniquement. Un second degré à l’image du film de François Ozon et de son plaidoyer pour une liberté de choix, Evitant les écueils du film à sujet, il sait émouvoir sans pathos ni complaisance.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 septembre.

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