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  • Grand écran: les hippies de Monte Verità, un lieu mythique chargé d'histoire

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    Nous sommes en 1906, et Hanna, femme au foyer incarnée par la comédienne autrichienne Maresi Riegner, veut échapper à son matri, un tyran domestique  mari qui la harcèle, la viole et la confine dans un appartement où elle étouffe. Jusqu’au jour où elle entend parler  d’un endroit mystérieux, le Monte Verità, laissant chacun vivre libre, décomplexé, avec une nouvelle façon de voir les choses.  

    C’est dans ce lieu magique, une colline surplombant Ascona et le lac Majeur qui a accueilli des hôtes aussi illustres que Nietzsche, Bakounine, Isadora Duncan ou Herman Hesse, qu’un  petit groupe fondait, en 1900, une colonie hétérogène, alternative et végétarienne. Rejetant déjà la société de consommation, ces hippies avant la lettre célébraient  la vie en plein air, le nudisme et la théosophie. 

    Hanna (personnage de fiction), qui suit une thérapie avec le psychiatre Otto Gross, décide de le suivre au Monte Verità, abandonnant ses filles et son carcan bourgeois. Elle se découvre alors une passion pour la photographie et, en quête d’une nouvelle approche artistique, pratique son art en s’affranchissant des règles en vigueur à l’époque.   

    Un mouvement très en avance sur son temps

    Dans son film au titre éponyme, le réalisateur helvétique Stefan Jäger se penche sur la révolution personnelle de la jeune femme tout en nous invitant à revisiter cet endroit unique, chargé d’histoire, «C’est drôle de penser que nous, en Suisse avions créé la première communauté hippie», remarque-t-il d’ailleurs. 

    Pour nous emmener au sommet de «la colline de la vérité», l’auteur s’est entouré de nombreux collaborateurs, notamment des historiens, évitant ainsi de se livrer à des approximations et des spéculations sur cette époque légendaire et ce mouvement utopique très en avance sur son temps. Ainsi que ses adeptes, qui prônaient ce dont on parle beaucoup aujourd’hui, comme le véganisme, la connexion à la nature et les droits des femmes. Une oeuvre qui leur est en quelque sorte dédiée, en s’intéressant, à travers Hanna, aussi bien à leur soif d’émancipation qu’à leurs souffrances physiques et psychiques. 

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 août.

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  • Grand écran: Bruno Dumont flingue la célébrité et la surmédiatisation dans "France". Avec Léa Seydoux bluffante

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    Bruno Dumont, change radicalement de registre avec France, satire féroce réussie de la célébrité, où il flingue à la fois joyeusement et gravement une mise en scène télévisuelle obscène d’une actualité misant surtout sur le voyeurisme et le  sensationnalisme.    

    Le cinéaste brosse durement le portrait d’un pays, d’un système médiatique et d’une journaliste iconique de la télévision, France de Meurs (Léa Seydoux). Mariée à un écrivain (Benjamin Biolay), mère épisodique, habillée par les grands couturiers, habitant un appartement dont le luxe le dispute au mauvais goût, elle est au sommet de sa gloire.  

    Au centre de l’attention, se mettant toujours en avant, adulée du grand public, poursuivie par les paparazzi, invitée dans toutes les soirées mondaines, elle est sans cesse poussée dans ses limites par sa délirante, vulgaire et flatteuse assistante (Blanche Gardin). Léa Seydoux se montre bluffante dans le costume de cette superstar cynique de Regard sur le monde, émission phare d’une chaîne d’info en continu, qui donne dans le journalisme d’une rare indécence. 

    Orchestratrice d'événements dont elle est la vedette

    On voit France de Meurs jubiler à l’idée de déstabiliser Macron (un montage jouissif sur des images du chef de l’Etat), danser parmi les bombes, diriger des rebelles sur le terrain des conflits comme au théâtre pour que ça passe mieux à l’écran, ou embarquer faussement sur un bateau de migrants fuyant les guerres dont elle évoque le tragique destin, les larmes aux yeux. Jusqu’au jour où elle renverse Baptiste, un cycliste issu d’un milieu pauvre, ce qui lui ouvre impitoyablement les yeux sur la vanité de son existence...

    Bruno Dumont grossit à plaisir le trait faisant à dessein un spectacle parfois grotesque de sa philippique. Il construit, avec la complicité de Léa Seydoux, un personnage parfait pour le but qu’il s’est fixé. Son héroïne est insupportable, excessive, à la limite de la caricature, responsable et victime d’une structure  dont elle fait partie, avec cette course à l’audimat, au scoop, au buzz, la starification des présentateurs, le culte de la personnalité .

    Tous les deux se heurtent souvent à la mauvaise humeur des critiques hexagonaux et autres, évoquant le plus souvent un ratage du réalisateur dans ce dézingage en forme de farce. En fait, la seule chose qu’on lui reprochera, c’est la présence de Benjamin Biolay, pièce rapportée traînant son spleen dans le rôle mineur et inutile d’un écrivain fantoche. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 août.

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  • Grand écran: l'amour n'a pas d'âge dans "Deux", une passion lesbienne secrète

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    Nina (Barbara Sukova) et Madeleine (Martine Chevallier) s’aiment depuis longtemps, Aux yeux de tous, ces dames mûres ne sont que de simples voisines de palier, au dernier étage de leur immeuble. Personne ne les connaît vraiment, pas même les enfants de Madeleine. Mais cette dernière, qui a perdu son mari, est hantée par la culpabilité et n’arrive pas à leur avouer son homosexualité. Plus spécialement à sa fille qui vient souvent lui rendre visite.   

    Au quotidien pourtant, les deux femmes vivent ensemble allant et venant clandestinement entre leurs deux appartements. Qu’elles projettent t de vendre pour aller finir leur vie à Rome dans une belle résidence au bord du Tibre quand Madeleine aura fait son coming out, Hélas, après une banale dispute, elle est victime d’un accident vasculaire cérébral qui remet tout en question, Hospitalisée dans le coma, elle en garde des séquelles neurologiques.  

    A partir de là, le ton du récit s’inscrit dans une forme de film policier.  Nina, qui n’est que l’amoureuse cachée et ne peut faire valoir aucun droit, ne sait même pas dans quel établissement Madeleine a été transportée, Elle va alors mener sa petite enquête pour le découvrir, mijote son évasion, puis use de toutes les ruses pour essayer de la voir et de la serrer dans ses bras. 

    Un essai transformé avec talent

    Avec Deux, son premier long métrage, le jeune Italien Filippo Menneghetti, très inspiré, transforme immédiatement l’essai. Talentueux, il évoque avec délicatesse, finesse, pudeur et tendresse l’amour inconditionnel, vital, que se vouent deux femmes âgées, la difficulté de le vivre entre une famille conformiste, le handicap, la maladie, la dépendance et le vieillissement. 

    Ses remarquables interprètes ne sont évidemment pas étrangères à la réussite de ce mélodrame à suspense. La grande Allemande Barbara Sukova, qui fut l’une des muses de Rainer Werner Fassbinder, forme avec Martine Chevallier, Sociétaire de la Comédie française depuis 1988, un couple fusionnel d’une rare évidence. Dans le rôle de la fille de Madeleine, Léa Drucker se montre à la hauteur. 

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 août. 

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  • Grand écran: "Rouge", un thriller politico-socio-familial engagé à portée écologique. Captivant

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    Il nous avait séduit avec  Good Luck Algeria (2016) où, pour sauver leur fabrique de skis, deux amis d’enfance tentent l’improbable: qualifier l’un d’eux, Sam, aux Jeux Olympiques pour l’Algérie, le pays de son père. Après le récit de ce pari fou, une manière aussi pour le héros, de renouer avec ses racines. Farid Bentoumi propose Rouge, un  thriller politico social engagé à portée écologique, sur fond de relation père-fille virant au conflit générationnel.

    Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les deux films ne sont pas si éloignés l’un de l’autre. Si le ton est différent, on reste dans une histoire de famille chère à l’auteur, dans la  transmission d’un engagement, dans la volonté de se battre. A l’image de Nour (Zita Hanrot), une jeune infirmière qui vient d’être embauchée dans l’usine chimique où travaille Slimane (Sami Bouajila), son père, délégué syndical et cheville ouvrière de l’entreprise depuis des années. 

    Alors que celle-ci est en plein contrôle sanitaire destiné à prouver qu’elle respecte ses engagements environnementaux,  Nour commence sérieusement à se poser des questions en découvrant des dossiers médicaux trafiqués, des accidents non déclarés, tandis qu’une journaliste (Céline Sallette) enquête sur l’épineuse et dangereuse question de la gestion des déchets. Devenant la cible d’attaques violentes émanant de toutes parts.    

    Et pour cause. Les deux femmes ne tardent pas à découvrir que cette usine cache des pratiques plus que douteuses avec la complicité des élus locaux. La santé publique et la préservation de la nature ne pèsent pas lourd face aux enjeux économiques. Nour va devoir choisir entre se taire ou faire éclater la vérité et trahir ainsi son père, qui a couvert le mensonge de ses supérieurs pour sauvegarder les emplois.  

    Rouge est principalement porté par deux très bons comédiens (photo). D’un côté Sami Bouajila excellent dans ce quinquagénaire complexe, sympathique, instinctif, généreux, un peu lâche. De l’autre  Zita Hanrot, magnifique lanceuse d'alerte, fragile mais déterminée. Habités, ils donnent vraiment l’impression d’être père et fille. Ils ne jouent pas leur rôle, par ailleurs écrit spécialement pour eux, ils le vivent. 

    Dans ce film particulièrement emblématique de notre époque, traitant de sujets essentiels, comme la pollution, le chantage à l’emploi chez les politiques (vous nous dénoncez, on ferme la boîte), la difficulté d’être un délégué syndical, un lanceur d’alerte, Farid Bentoumi s’appuie sur son expérience personnelle et ses nombreuses recherches sur la gestion des déchets. Notamment par l’usine de Gardanne près de Marseille qui rejette des boues rouges toxiques dans la mer, au mépris des mises en garde des autorités sanitaires. 

    «Rouge est très documenté  mais n’est pas un documentaire. Il s'agit d'une fiction librement adaptée de faits réels avec une dimension autobiographique. Je suis issu d’un milieu populaire, fils de militants syndicalistes communistes et je m’en sers. Il y a du vécu là-dedans. Quand j’ai une base solide, cela me permet d’aller plus loin dans ce que j’ai envie de raconter», nous explique-t-il  lors d’une rencontre à Genève.

    Un mot sur vos personnages? « Ils sont représentatifs de leur génération. Slimane est un homme qui pense se battre pour ses collègues alors qu’il ne fait que ce qu’on lui dicte, comme toujours et depuis longtemps. Au contraire, Nour n’hésite pas à  chambouler. Elle ne veut pas qu’on lui mente. Surtout pas son père. Souvent il lui dit qu’elle ne comprend pas. Mais elle comprend très bien. Elle pense, avec raison qu’elle a son mot à dire dans cette affaire. D'ailleurs Slimane finira par basculer de son côté et agir.»

    En parlant, elle sait pourtant qu'elle va le trahir et en souffre. « Plus il y a d’amour, plus c’est difficile. C’est le principe de la tragédie. Nour fait exploser sa famille pour une cause juste. J'en fais une véritable héroïne, une Antigone moderne dont on a besoin aujourd’hui. Je pars du noyau familial pour évoquer quelque chose de plus grand».

    On évoque un Dark Waters  à la française pour Rouge. Qu’en pensez-vous ? « C’est un honneur. Dark Waters, mais aussi  Erin Brockovich et Promised Land m’ont en effet inspiré. Les trois partent d’un individu très humain qui écoute son instinct, ses doutes. Cela dit, la société américaine est très manichéenne. Chez moi, il n’y a pas de méchants et de gentils. Je ne donne pas tort ou raison. J’essaye de ne pas juger». 

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 août.

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  • 74e Festival de Locarno: l'Indonésien Edwin décroche le Léopard d'or

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    Le cru locarnais 2021 a souri au réalisateur indonésien Edwin, cinéaste chéri des festivals européens, qui repart avec le Léopard d’or pour  Vengeance Is Mine, All Others Pay Cash. Situé dans la société machiste des années 1980, le film brosse le portrait d’un jeune voyou tourmenté par son impuissance qui, pour se venger, ne cesse de chercher la bagarre, y compris avec sa future femme. Et comme une bonne partie de l’opus consiste en une série longuette de tabassages en règle, on a un peu de mal à saisir le choix de lui offrir le précieux métal…

    Le prix spécial du jury est justement allé, lui, à A New Old Play, fresque grandiose et ludique du Chinois Qiu Jiongjong , évoquant 50 ans d’histoire tumultueuse de la Chine du XXe siècle. De son côté Abel Ferrara reçoit l'immérité prix de la mise en scène pour Zéros And Ones, tourné à Rome pendant la pandémie et où le héros va tenter de découvrir l’ennemi qui menace le monde. 

    Le prix de la meilleure actrice va à  Anastasiya  Krasovskaya pour Gerda de la Russe Natalya Kudryashhiva, tandis que celui du meilleur acteur est décerné ex-aequo à  Mohamed Mellali et Valero Escolar pour Sis dies Corrents de l’Espagnol Neus Ballus. Quant au Suisse Lorenz Merz (Soul Of A Beast) et l’Espagnol Chema Garcia Ibarra (Espiritu Sagrado), ils se voient remettre chacun une mention spéciale.

    Ce n’est rien de dire que nous ne partageons pratiquement aucun des goûts du jury. A part la médaille remportée par le Chinois Qiu Jiongjong et le lot de consolation décroché par Lorenz Merz, on n’aurait pas pu se tromper davantage dans nos pronostics. Il est vrai qu’ils servent surtout à rappeler les oeuvres que l'on a préférées, dans ce concours peu exaltant dans l’ensemble. 

    On regrette ainsi beaucoup que les Français comme notre  favori  Bertrand Mandico (After Blue/Paradis sale), ou Axelle Ropert (Petite Solange), soient repartis les mains vides, ou que le prix d’interprétation masculine ait récompensé deux acteurs d’un  long métrage calamiteux. Et enfin que l’abscons Zeros And Ones soit gratifié d’un prix pour la seule raison que son auteur s’appelle Abel Ferrara.  Un rien pathétique, cette soumission du jury… 

    Mais peu importe et vivement l’année prochaine, sans coronavirus, sans masque et autres mesures sanitaires, sans billetterie électronique! Un rêve qu’on espère voir devenir réalité dans la 75e édition, qui se tiendra du 3 au 13 août 2022.

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  • Festivla de Locarno: à qui le Léopard d'or? Verdict samedi soir sur la Piazza Grande

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    La chasse est terminée et les jeux sont faits. Place au jury, présidé par Eliza Hittman, qui doit décerner le Léopard d’or et les Léopardeaux de cette 74e édition. Les candidats ne se bousculent pas au sein d’une compétition comptant 17 films. Dans l'ensemble moyenne, ce qui ne change pas fondamentalement de l'habitude.

    S’en détachent plus ou moins sérieusement six,  à notre avis. Notre premier choix se porte sur After Blue (Paradis sale) du Français Bernard Mandico.  On aime son histoire fascinante et hors norme de planète habitée uniquement par des femmes, sous forme de western futuriste, cosmique, érotique, visuellement exubérant. 

    Il est suivi de près, par A New Old Play du Chinois Qiu Jiongjong avec sa fresque grandiose, foisonnante et ludique de trois heures où, mêlant l’histoire de l’art à celle de la Chine du XXe siècle, il  en raconte cinquante ans d’événements tumultueux.

    Petite Solange, de la Française Axelle Ropert, portrait d’une adolescente,  gaie, curieuse mais fragile et dont le monde s’écroule face au divorce de ses parents, mérite également de figurer au palmarès. Par exemple, en récompensant sa jeune actrice Jade Springer, une véritable découverte.

    On parle par ailleurs beaucoup d’ Al Naher /The River ) du Libanais Ghassan Salhab, qui nous offre  le voyage sensoriel, sensuel, métaphysique, d’un homme et d’une femme, cherchant leur chemin dans un pays désert.

    Soul Of A Beast, oeuvre personnelle, physique, formellement captivante et sous influence japonaise pour le récit du Suisse Lorenz Merz pourrait séduire, Tout comme Luzifer de l’Autrichien Peter Brunner, opus sombre et glauque dont on salue la qualité de la mise en scène et la performance de Franz Rogowski,, candidat valable au prix d’interprétation masculine.  

    En revanche il y a des films qu’on souhaiterait vraiment ne pas voir récompensés, comme l’Espagnol Spiritu Sagrado, l’Italien I Giganti, le Serbe Nebesa, le Nigerian Juju Stories, ou encore Zeros And Ones d'Abel Ferrara. Mais comme on dit, le jury dispose. Verdict samedi soir sur la Piazza Grande. 

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  • Festival de Locarno: une tête de Léopard pour le Chinois "A New Old Play"

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    L’ultime film en compétition ,A New Old Play est signé du documentariste Qiu Jiongjiong, Premier long métrage de fiction de cet artiste visionnaire, grand nom de l’art contemporain chinois pictural, théâtral et cinématographique. Il se révèle un concurrent sérieux à un Léopard. On ne sait pas lequel, mais à défaut du principal on pourrait en tout cas lui décerner celui de la mise en scène.

    L'ultime film en  compétition, A New Old Play, est signé du documentariste Qiu Jiongjong. Premier long métrage de fiction de cet artiste visionnaire, grand nom de l'art chinois contemporain, pictural, théâtral, cinématographique, il se révèle un prétendant sérieux à un Léopard. On ne sait pas lequel mais à défaut du principal, on pourrait n tout cas lui décerner celui de la mise en scène.

    Ce récit, dont le réalisateur dit que c’est une tranche de sa propre vie et de celle de sa famille, en même temps qu’un voyage de ménestrels dans ce monde et l’autre, se construit à travers la mémoire d’un clown de la célèbre troupe de l’opéra de Sichuan. 

    Il est accueilli à a porte de l’au-delà. Et, tandis qu’il revit une dernière fois ses souvenirs avant d’y entrer, cinquante ans d’art, de lutte et d’amour pour une terre chargée de culture, se jouent dans  le contexte des événements tumultueux de la Chine du 20ème siècle. 

    Dans A New Old Play, synthèse saisissante en trois parties,, l’auteur livre une réflexion sur l’histoire de l’art imbriquée dans celle du pays. Il en résulte  une épopée ludique,  une fresque ambitieuse pour une œuvre grandiose, foisonnante et intense  Elle se déroule sur trois heures sans que l’on sente le temps passer

    Abel Ferrara s'égare dans l'abscondité

    On n’en dira pas autant de Zeros And Ones d’Anel Ferrara, qui a déçu proportionnellement à l’attente suscitée, dans la mesure il s’agissait du seul réalisateur vedette en compétition.

    Tourné pendant la pandémie, de 18 heures à l’aube, dans une Rome déserte, "c'est un film .de confinement et de guerre, de danger et d'espionnage, de soldats américains, d'intermédiaires chinois, de saints hommes du Moyen-Orient, de provocateurs, de diplomates, d'éléments voyous de la CIA et du KGB", a déclaré Ferrara.

    Nous suivons donc JJ un soldat américain stationné à Rome alors que la ville est en état de siège. Portant un masque et se lavant soigneusement les mains, il va tenter de découvrir l’ennemi inconnu qui menace le monde. Toute cela entre peur, paranoïa et, accessoirement. obligation de féconder une femme une arme pointée sur lui! 

    Ce  militaire est incarné par Ethan Hawke, qui joue aussi son frère, un révolutionnaire sous LSD en plein délire. L’idée c’est de donner deux points de vue, déclare l’acteur dans une vidéo de présentation.  On aurait bien aimé en avoir au moins un, l’opus se révélant à la fois abscons thématiquement et obscur visuellement. 

    En d’autres termes, on est aussi paumé qu’Ethan Hawke. Nous gratifiant d’une deuxième vidéo en fin de générique, il avoue n’avoir pas vraiment compris, en recevant le scénario,  où Ferrara voulait en venir. Mais qu’il avait envie d’en être… Et quand on demande au cinéaste pourquoi son héros a jugé utile cette double prise de parole, il répond en gros qu’il ne sait pas trop… C’est dire si on n’est pas plus avancé!

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  • Festival de Locarno: tandem gay pour "Cop Secret", comédie d'action islandaise

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    Petit tour en compétition qui touche à sa fin, avec d'abord l'Islandais  Cop Secret, Bussi est un superflic, le meilleur de Reykyavik, le genre bad boy expéditif et violent qui mène la vie dure aux criminels. Plus particulièrement à Nikki, le plus dangereux des psychopathes, ancien mannequin à la tête d’une bande de voleurs, qui braquent des banques sans rien voler. Cachant leur but réel, ils sont d'autant plus inquiétants... 

    Mais alors que Bussi enquête sur un nouveau casse énigmatique, son partenaire est blessé et il s’en voit assigner un nouveau, l’élégant, riche, cultivé Hordur Bess, aussi coriace que lui et autoproclamé pansexuel. Il en tombe amoureux mais refuse de le reconnaître. Commence alors un dur combat contre lui-même pour accepter son homosexualité. ..

    Cette comédie d’action policière avec déchaînements de fusillades, folles poursuites en voiture et combats homériques est signée Hannes Þór Halldórsson. L’homme est surtout connu comme gardien de but de l’équipe nationale d'Islande, célébré dans son pays pour avoir repoussé un pénalty de Messi dans le match contre l’Argentine lors du Mondial de 2018. 

    A première vue, on aurait plutôt imaginé Secret Cop (Leynilögga) sur la Piazza Grande qu’en concours, Mais tout en pastichant avec beaucoup d’humour et de culot les clichés hollywoodiens, le réalisateur va au-delà du cinéma popcorn. Et livre une critique du machisme avec cet étonnant tandem de flics gay, peu inhérent au genre dans la Mecque de la pellicule. 

    De Luzifer à Espiritu Sagrado 

    Johannes, un homme retardé mental, vit isolé dans un refuge alpin avec sa mère Maria, tatouée de partout, ancienne toxicomane devenue une fervente et radicale fidèle de Dieu. Connectés à la nature, ils sont étrangement liés, se vouant l'un à l'autre un amour inconditionnel. La prière et les rituels règlent leur quotidien. Mais La modernité fait soudain irruption dans leur monde divin et le développement touristique risque de réveiller le diable qui peut désormais s'incruste partout.

    Si le sujet, inspiré de l'histoire vraie d'un exorcisme, se révèle modérément enthousiasmant, on relèvera la qualité de mise en scène de Luzifer, quatrième long métrage de l'Autrichien Peter Brunner, produit par le provocant et dérangent Ulrich Seidl.

    Côté comédiens, l'excellent Franz Rogowski, récemment vu à cannes en homosexuel traqué dans Grosse Freiheit, donne la réplique à Susanne Jensen. Actrice non professionnelle, artiste et pasteure luthérienne, elle se montre à la hauteur dans le rôle de la mère. 

    Virée décevante chez les férus d'ufologie

    Pour sa part, l'Espagnol Chema Garcia Ibarra nous entraîne chez des férus d'ufologie d'une rare naïveté avec Espiritu Sagrado, son premier film. José Manuel et les autres membres de l'association Ovni-Levante, se réunissent chaque semaine pour échanger des informations sur les messages extraterrestres et les enlèvements. 

    Mais voilà que Julio, leur chef, meurt subitement, les laissant orphelins et José Manuel seul détenteur du secret cosmique qui pourrait changer l'avenir de l'humanité. Parallèlement, la police ibérique recherche une fillette disparue mystérieusement quelques semaines auparavant.

    L'idée paraissait bonne. Hélas, l'esprit saint prend de drôles de chemins pour raconter cette histoire qui se résume finalement à une sordide affaire de pédophilie qu'on voit venir à des kilomètres, doublée d'un affreux trafic de cornées retirées des globes oculaires des enfants pour être transplantées chez de riches aveugles. L'ensemble est  très mal traité. 
     

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  • Festival de Locarno: la Piazza Grande entre le réel et le virtuel

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    Rien de plus adéquat que l’écran géant de la Piazza Grande pour projeter Belle le film d’animation du Japonais Mamoru Hosada et Free Guy, le blockbuster de Shawn Levy.  Belle, c’est l’histoire de Suzu. Lycéenne discrète, complexée et triste suite à la mort de sa mère, elle intègre l’univers virtuel de U, réseau gigantesque en ligne avec plus de cinq milliards d’abonnés. 

    Elle choisit un avatar de chanteuse intergalactique (Belle) et devient une icône musicale aux cheveux roses, une superstar adorée de ses fans, plus populaire que la plus jolie fille de son école. C’est là qu’elle va rencontrer un monstre mystérieux traqué par les milices. S’engage alors un chassé-croisé entre Belle et la Bête au bout duquel Suzu va découvrir qui elle est. 

    Comme on navigue entre le monde réel et le virtuel, l’esthétique est différente. Dans le premier, celui où vit Suzu, le style est traditionnel, dans le second, celui de Belle, Hosoda laisse libre cours à son imagination et à son inventivité, pour livrer une partie visuellement foisonnante, exubérante, dans un déferlement de couleurs. Dommage que l’opus, oscillant entre la fable et le film pour ados, pèche par son scénario bancal et le choix des chansons.

    Free Guy, une feel good comedy 

    De son côté Shawn Levy met en scène la ville virtuelle, cynique et brutale de Free City où Guy (Ryan Reynolds), personnage non jouable (PNJ) est caissier de banque. Menant une vie simple, d’un optimisme à tout crin, il salue tous les matins son poisson rouge et se brûle les lèvres avec son café, insensible au chaos qui règne autour de lui. Son meilleur pote c’est Buddy, autre PNJ, agent de sécurité de l’établissement régulièrement braqué.

    Tandis que les avatars des joueurs haussent leur niveau en se montrant ultra-violents, les choses changent avec le débarquement, dans la vie de Guy, de Molotov Girl (Millie en vrai) incarnée par Jodie Comer. Il en tombe amoureux, mais elle lui fait prendre conscience de son existence artificielle. Il décide alors de quitter ce rôle de PNJ, de réécrire sa propre histoire et d’en devenir le héros. Evoluant désormais dans un monde sans limites, il mettra tout en œuvre pour le sauver, en s’engageant à faire le bien 

    Le duo Ryan Reynolds-Jodie Comer fonctionne bien. il y a par ailleurs de l’humour potache, un brin d’émotion, quelques scènes à l’eau de rose cucul la praline dans cette feel good comedy. Mais le réalisateur s’emploie à nous glisser un mot sur la question de l’acceptation de son sort et de la liberté de choix, et le dépassement de soi. En revanche il nous soûle à force d’explosions, de fusillades et de déluges d’effets numériques. Mais les jeunes aimeront. Comme Belle, à n'en pas douter.

    ..Free Guy à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 août.

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  • Festival de Locarno: "La place d'une autre", un drame bien mené avec Lyna Khoudri et Sabine Azéma

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    Alors qu’on se trouve à la moitié de la compétition, les films français continuent à tenir la corde, avec des propositions variées de cinéma. Après Petite Solange, comédie dramatique d’Axelle Robert, After Blue (Paradis sale), western futuriste érotique de Bertrand Mandico, Aurélia Georges s’attaque au drame historique avec La place d’une autre. Le film est librement inspiré du roman The New Magdalen de William Wilkie Collins, écrivain britannique de l’époque victorienne.

    Si l’auteur a situé son intrigue durant la guerre franco-allemande de 1870, la réalisatrice l’a déplacée en 1914. Nélie Laborde ( Lyna Khoudry), jetée à la rue, échappe à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front. Elle y rencontre Rose Juillet (Maud Wyler), une jeune femme promise à un avenir meilleur.

    Un jour, Rose est frappée par un obus et Nélie la voit mourir sous ses yeux. Profitant du chaos ambiant, elle n'hésite pas à se faire passer pour elle. Elle se présente à sa place chez une riche veuve Eléonore ( Sabine Azéma), qui l’accueille chaleureusement et dont elle devient la lectrice. Le mensonge fonctionne au-delà de ses espérances… 

    Aurélia Georges nous embarque dans une affaire de vol d’identité et de bataille contre la mauvaise conscience de son héroïne en proie à de violentes émotions. Le tout compliqué par les us et coutumes de l’étiquette sociale et un rebondissement totalement inattendu qu’on taira évidemment. Il donne du piment à cet opus de facture classique, mais bien mené et bien porté par ses trois actrices. 

    En concours on retiendra aussi Gerda, de la Russe Natalya Kudryashova, derrière et devant la caméra,  qui évoque l’histoire d’une jeune femme dont l’âme se souvient de la perfection métaphysique dont elle a été témoin avant de s’incarner. La réalisatrice pose alors toutes sortes de questions sur l’âme, comment elle se sent dans ce monde charnel et cruel, pourquoi chacune a son chemin unique…  Un récit un peu tarabiscoté qui promet plus qu’elle ne peut tenir. Mais ça se laisse voir. 

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