Google Analytics

Grand écran: Jean-Pierre Bacri est mort. Mes films favoris de cet acteur aussi irascible qu'irrésistible

Imprimer

Râleur,  bougon, ronchon, atrabilaire, ombrageux, grande gueule. Mais aussi drôle, tendre, touchant, attachant.  On a tout dit ou presque de Jean-Pierre Bacri, comédien et scénariste, mort lundi 18 janvier d’un  cancer à 69 ans, et dont les défauts cachaient ou révélaient les fêlures. Le cinéma français a rendu un hommage ému à cet homme laissant une importante carrière d’acteur sur grand écran et au théâtre, commencée dans les années 70. Dans le registre du quadra-quinqua en proie aux crises existentielles naviguant entre cinéma indépendant et comédies populaires, il a plus particulièrement marqué la pellicule hexagonale en duo avec son ex-compagne Agnès Jaoui,  restée celle de sa vie en dépit de leur séparation en 2012. 

Le goût des autres

Ce sont d’ailleurs les films issus de la collaboration entre ces deux grands observateurs des comportements humains qui restent mes préférés. A commencer par le premier réalisé par Agnès Jaoui, Le goût des autres (2000) aussi jouissif que culte. Bacri se révèle absolument irrésistible dans le rôle de Jean-Jacques Castella,  chef d’entreprise rustre et  moustachu qui doit apprendre l’anglais et qui tombe amoureux de sa prof,  incarnée par Anne Alvaro. 

Cet opus évoquant avec cruauté les relations de personnages issus de milieux sociaux et culturels différents, critiquant préjugés et idées reçues, multiplie les scènes d’anthologie, dont l’inoubliable séquence de la prononciation du « the » british. Un long métrage récompensé  par quatre Césars, dont celui du meilleur film. Malheureusement pas par celui du meilleur acteur. 

Un air de famille

Dans cette adaptation, en 1996, par Cédric Klapisch d’une pièce à succès des « JaBac », on découvre Jean-Pierre Bacri, alias Henri Ménard, patron maussade d'un bar de province, qui reçoit chaque semaine les membres de sa famille. Une réunion cette fois explosive réunissant tous les sujets prétextes à la dispute. Une satire féroce et cynique où il excelle en homme complexé, aigri, rebus de ses proches, traumatisé par l’image de son père, face à son frère Philippe, un parvenu arrogant, autoritaire et narcissique, se complaisant dans une médiocrité bourgeoise que le tandem jubile à étriller.   

Cuisine et dépendances

Encore une adaptation à l’écran de la pièce éponyme des deux fameux scénaristes,  Cuisine et dépendances (1993), couronnée de quatre Molières et réalisée par Philippe Muyl, met en scène Jean-Pierre Bacri parfait en loser désagréable nommé Georges. Celui-ci s’incruste depuis plusieurs mois chez un couple d’amis après une rupture sentimentale. Amer, Georges sabote avec ses sarcasmes et ses critiques, l’ambiance d’une soirée où les convives, dont l’ami de jeunesse de la maîtresse de maison devenu riche et célèbre, sont obnubilés par le paraître. 

On connaît la chanson

Dans ce film singulier d’Alain Resnais (1997) parsemé de dizaines de chansons françaises et dont il signe le scénario avec Agnès Jaoui,  Jean-Pierre Bacri séduit dans le rôle de Nicolas, apparaissant comme un homme prospère et un mari infidèle avec sa grosse voiture. A l’instar de personnages qui ne sont pas toujours ce qu’ils semblent être, il se révèlera en fait un chauffeur des plus consciencieux. Bacri remportera là un César pour sa performance d’acteur dans un second rôle. L’occasion de rappeler que souvent nominé pour le meilleur rôle, il ne l’a en revanche jamais obtenu. Ses autres récompenses l’ont été pour son talent de scénariste.

Le sens de la fête 

Cette dernière prestation où il verra donc le César lui échapper pour la sixième fois, le montre en organisateur de mariages stressé et complètement dépassé par une situation chaotique qu’il ne contrôle plus. Dans cette métaphore d’une société virant au fiasco socio-culturel, signée cette fois du duo Olivier Nakache et Eric Toledano, il se montre toujours aussi irascible et victime de son mal-être. Bacrissime en diable, il frise toutefois sa propre caricature.

La télévision ne manque pas d’honorer la mémoire du rouspéteur préféré du cinéma français. Alors que C8 lui rendait hommage avec Un air de famille, France 2 diffusera mercredi 20 janvier, dès 21h05 Le goût des autres, suivi  à 23 h d’On connait la chanson.  

Lien permanent Catégories : Cinéfil 1 commentaire

Commentaires

  • Merci de cet article.
    J'ai découvert JPB via les gouts de ma femme. Après une déception de couple, de famille, de travail, ... j'ai repris des études universitaires, j'ai changé. Le coté "chien battu" de ce grand acteur et par ailleurs auteur de pièces de théâtre me touche. Ce bosseur " de notre dame" excelle par ses répliques "hors normes" et c'est ce qui me plait. Il est fort ce Bacri. Il est aussi fragile, questionnant, chiant, insaisissable. Tout ce qui déplait en société. Il rassemble quelques % de gens par son côté sarcastique, son air de famille, sa gueule quoi ! Son décès me touche et j'ai reconvoqué son œuvre car il n'est pas mort. Il reste un peu de notre époque au travers de son regard de berger qui observe le troupeau des villes, le troupeau culturel, "les masses" prises dans la nasse.
    L'écriture nous lie lui et nous qui essayons !

Les commentaires sont fermés.