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  • Grand écran: mes films préférés de 2020

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    Vu la situation, on a eu droit à la portion congrue en ce qui concerne les sorties en salles. Mais la qualité était là. Voici, plus ou moins dans l'ordre, mes préférés qui ont réussi à échapper au coronavirus.

    Judy, de Rupert Goold
    Exceptionnelle, Renée Zellweger, récompensée par un Golden Globe et un Oscar, est l’atout majeur du film de Rupert Goold. Elle n’incarne pas, elle est Judy Garland dans ce biopic qui s’attache  aux deux dernières années de la vie et de la carrière de la légendaire actrice et chanteuse, propulsée star à 17 ans, morte à 47 ans d’une overdose en 1969. Sa vie privée agitée avait accentué sa dépendance et, en 1950, la MGM mettait fin à son contrat. L’intrigue de Judy se déroule 18 ans après. On découvre l’ancienne petite fiancée de l’Amérique, accro aux médicaments et à l’alcool, fauchée, dépressive, acceptant une série de concerts à Londres pour tenter de récupérer la garde de ses enfants et de relancer sa carrière. Elle n’en aura pas la force. 

    Eté 85, de François Ozon
    L’un des jeunes héros donne le ton d'emblée, nous révélant qu’il va être question d’amour et d’un cadavre. Et que si cela ne nous intéresse pas, cette histoire n’est pas pour nous. Attraction fatale entre fureur de vivre et d’aimer, Été 85 est librement adapté de La danse du coucou du Britannique Aidan Chambers, que François Ozon avait adoré en le lisant il y a 35 ans. Retrouvant ses 17 ans, il explore la complexité des sentiments, la violence de la passion qui animent deux adolescents dont les destins se croisent sur une plage de Normandie. Lors d’une sortie seul en mer, Alexis, 16 ans, fasciné par la mort, est sauvé du naufrage par David, 18 ans. Alexis (désormais Alex), pense avoir trouvé l’ami de ses rêves. Il va alors les vivre intensément pendant six semaines qui le révèleront  à lui-même. 

    La fille au bracelet, de Stéphane Demoustier 
    Lise, une adolescente de 16 ans, passe l’après-midi à la plage avec son père, sa mère et son petit frère. Deux gendarmes débarquent et l’emmènent. On la retrouve deux ans plus tard. Elle est en liberté surveillée et porte un bracelet électronique, car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie. Son procès va commencer et tout semble l’accabler ... Le réalisateur adopte le point de vue de ceux qui entourent Lise et ses proches, évoquant les conséquences du procès sur la famille, dont le noyau sera brisé. A travers ce fait divers où il aborde les mœurs de la jeunesse actuelle, le sexe "pour se faire du bien", le passage d’un partenaire à un autre, il montre surtout le fossé entre les générations. 

    Billie, de James Erskine 
    C'est l'histoire d'une artiste emblématique qui a changé le visage de la musique américaine et de la journaliste Linda Lipnack Kuehl, morte en essayant de la raconter. Née en 1915, Billie Holiday, a eu une vie fascinante et tragique.  Elle est marquée par par des rencontres au sommet, mais également par la misère, la ségrégation, le viol, la prison, l'addiction à la cocaïne et l’héroïne. Croqueuse d’hommes,  elle était bisexuelle, s’assumant et s’affichant sans complexe. Dans son documentaire événement rythmé par les tubes de Billie, James Erskine revient sur le parcours agité et sulfureux de cette légende du jazz vocal au timbre unique.

    Miss, de Ruben Alves

    Alex, 9 ans, n’a qu’une idée en tête: être élu Miss France. Quinze ans plus tard,  alors qu’il navigue entre les genres, une rencontre imprévue réveille son rêve oublié. Il décide alors de participer à la célèbre compétition en cachant son identité civile masculine. Ruben Alves nous plonge, avec Miss, dans les coulisses de l’impitoyable concours, suivant le parcours mouvementé de ce jeune homme qui va tout donner pour remporter ce titre, pour lui si important dans la quête de sa féminité, de lui-même de sa place dans le monde. Avec le sublime Alexandre Wetter.

    A Perfectly Normal Family, de  Malou Reymann
    Thomas, Helle et leurs  deux filles, Caroline 14 ans et Emma 12 ans, forment une famille apparemment parfaite. Jusqu’à cette double révélation choc qui va la chambouler: Thomas deviendra une femme, et s’appellera désormais Agnete..Tout en offrant une vision sobre et intelligente de la transidentité, la cinéaste danoise Malou Reymann opte pour un ton assez léger en sondant les émotions et le vécu de chaque personnage. Prônant la tolérance, donnant l’image d’un quotidien à la fois banal et extraordinaire,  Malou Reymann signe un drame attachant, juste, prenant,  porté par d’excellents comédiens.

    Seberg, de Benedict Andrews
    Film policier américano-britannique adapté de faits réels de réalisé par Benedict Andrews, Seberg raconte le déclin de la célèbre actrice des sixties, qui se suicidera le 30 août 1979. Placée sous étroite surveillance par le FBI pour ses liens politiques et romantiques avec les Black Panthers, elle fut victime d’une campagne de désinformation et de harcèlement. C’est sur l'enquête menée sous l’autorité du directeur Hoover lui-même, que se concentre l’auteur et ses scénaristes, ce qui permet de montrer les agissements écoeurants du FBI.

    Police, d’Anne Fontaine
    Trois flics parisiens, Virginie (Virginie Efira) Aristide (Omar Sy) et Erik (Grégory Gadebois), se portent volontaires pour une mission inhabituelle. Il s’agit de reconduire un sans-papier à la frontière  Sur la route de l’aéroport, Virginie comprend qu’il risque la mort s’il retourne dans son pays. Face à cet insoutenable cas de conscience, elle tente de convaincre ses partenaires de le laisser s’échapper. Police, excellent nouvel opus d’Anne Fontaine, l’un de ses meilleurs, n’est pas un ixième film sur l’institution. Tout en regroupant plusieurs problématiques, la réalisatrice se concentre sur son trio principal, confronté au quotidien sombre et sordide d’un métier usant moralement et physiquement.

    Adieu les cons, d’Albert Dupontel
    Suze Trappet, 43 ans, coiffeuse intoxiquée par 20 ans d’usage de produits nocifs dans son salon, apprend qu’elle n’en a plus pour très longtemps. Elle décide alors de retrouver l’enfant qu’elle avait été forcée d’abandonner lorsqu’elle avait 15 ans. Venue réclamer son dossier d’accouchement ,elle va croiser un fonctionnaire obsessionnel et geek quinqua, injustement évincé par un plus jeune. Ces deux éclopés vont se lancer dans une quête aussi folle qu’improbable. Avec Adieu les cons, Albert Dupontel livre une tragi-comédie mélancolique, formidablement portée par lui-même, Virginie Efira et Nicolas Marié.

    Dark Waters, de Todd Haynes
    Avocat spécialisé dans la défense des entreprises chimiques au début des années 2000, Robert Bilott découvre que la société DuPont est responsable de la pollution de l’eau en déversant ses déchets dans la rivière Ohio. Premier employeur de la région, l’usine empoisonne les habitants et les animaux avec le Téflon, un agent toxique. Déterminé à faire éclater la vérité contre l’avis de sa hiérarchie, Bilott change de camp et va risquer sa carrière, sa famille, sa vie. Todd Haynes livre, avec Dark Waters, un grand thriller d'investigation engagé, tiré d’une histoire vraie, porté par l’excellent Mark Ruffalo.

    1917, de Sam Mendes
    Le 6 avril 1917, alors qu’ils se reposent dans un champ de blé, deux  jeunes caporaux se voient assigner une mission impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une tuerie, ils doivent sortir des tranchées, franchir les barbelés, traverser la zone démilitarisée et une partie des lignes allemandes... La caméra sur les talons, les deux hommes nous emmènent en enfer.  A chaque avancée entre les explosions, dans le sang, dans la boue des tranchées on redoute sans cesse le pire. D’où le suspense incroyable que nous fait vivre cet opus virtuose, immersif, captivant, éprouvant, qui nous  plonge au plus près de l’horreur de la guerre, de sa folie meurtrière, nous laissant ressentir la peur et l’angoisse de ces soldats bouleversants de courage.

    Le cas Richard Jewell, de Clint Eastwood
    Jeux Olympiques d’été à Atlanta en 1966. Le 27 juillet, Richard Jewell, un vigile d’une trentaine d’années, découvre un sac à dos suspect caché derrière un banc. Il fait évacuer les lieux et sauve de nombreuses vies. Acclamé pour sa bravoure, il est suspecté trois jours plus tard par le FBI d'avoir lui-même perpétré l'attentat. Le malheureux passe alors de héros à suspect numéro un, honni par toute l'Amérique. Il sera finalement innocenté mais sa réputation  restera entachée. Pour son 40e film, Clint Eastwood s’empare à nouveau de l’histoire d’un personnage ordinaire au destin extraordinaire pour en faire une grande œuvre. 

    Queen & Slim, de Melina Matsoukas
    Deux Afro-Américains, Queen et Slim, sont arrêtés par un policier blanc pour une infraction  routière mineure. La situation dégénère et Slim, en état de légitime défense, tue le flic raciste qui vient de tirer sur Queen, la blessant à la jambe. Suite à ce contrôle au faciès qui tourne au drame, les deux jeunes gens sont poussés à une cavale  mortelle de six jours, au cours desquels ils vont se découvrir et s’aimer, tout en devenant les héros de la population noire, un symbole de sa lutte contre les violences policières et les discriminations dont elle est sans cesse victime. Cette illustration tragique du racisme institutionnalisé fait évidemment surtout écho au meurtre de George Floyd, qui a mis le feu aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

     

     

     

     

     

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  • Ski: de la difficulté des Français à assumer le statut d'extraterrestres!

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    J’entendais l’autre jour, dans une ixième émission corona sur LCI,  le journaliste Jean-François Kahn fustiger violemment le peuple français, lui reprochant de cultiver une intolérable haine de soi avec son insupportable attitude envers le président Macron et le gouvernement Castex, en jugeant calamiteuse leur gestion de la crise sanitaire,.

    Pour se faire du bien, JFK devrait regarder un peu de sport à la télé je trouve. Notamment, c’est de saison, les compétitions de ski où figurent nos chers voisins.  Parce que là, il devrait être pleinement rassuré en constatant, au contraire, l’amour délirant de soi que nourrissent les experts de la spatule à travers leurs commentaires dithyrambiques sur leurs compatriotes.

    Et quelles que soient leurs performances. Toujours meilleures que celles de leurs adversaires au même niveau.  Bonnes chez ces derniers, elles deviennent stratosphériques chez les Bleus, moyennes, elles restent admirables, médiocres, elles n’en révèlent pas moins un sacré potentiel. C’est quand même assez fou, ce besoin irrépressible, puéril et un rien pathétique des Tricolores de constamment porter les leurs aux nues.

    Allant jusqu’à qualifier les héros actuels de la latte hexagonale comme Alexis Pinturault, ou Clément Noël qui réussit l'exploit de slalomer sans virages, de mutants déplaçant des montagnes. Au point de donner l’impression qu’ils skient sur une autre piste! Des éloges démesurés de nature à nuire aux intéressés, peinant à assumer ce redoutable statut d’extraterrestres. Et malheureusement, cela se répète dans toutes les autres disciplines...

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  • "Nuestras Madres", poignant travail de mémoire pour rendre justice à tout un peuple

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    Le film devait se retrouver en salles en avril dernier. Mais coronavirus oblige, son réalisateur César Diaz a accepté une sortie sur des plateformes. Nous sommes au Guatemala, en 1918. Le pays vit au rythme des procès militaires à l’origine d’une guerre civile de 36 ans qui a fait des ravages, surtout  parmi les populations indigènes. Alors que les témoignages de femmes victimes de sévices subis s’enchaînent, Ernesto, anthropologue trentenaire auprès d’une fondation médico-légale privée, travaille sans relâche à l’identification des disparus pour les remettre à leurs familles.

    Un jour, une vieille paysanne descendue de ses montagnes vient lui demander d’entreprendre des fouilles dans un lieu où elle est persuadée que se trouvent les restes de son mari, mort à la suite d’un raid sanglant. Sur la photo qu’elle lui montre, Ernesto croit découvrir son père, guérillero lui aussi disparu, qu’il n‘a jamais connu.  Contre l’avis de sa hiérarchie et de sa mères, le jeune homme se plonge corps et âme dans la recherche de la vérité et de la résilience. 

    Avec cette première œuvre, Caméra d’or au Festival de Cannes en 2019, César Díaz livre, à travers la quête mi-personnelle d’Ernesto, un travail de mémoire important, poignant, nécessaire, critique. Il rend à un peuple traumatisé par le massacre de plus de 100.000 personnes et la disparition de dizaines de milliers d’autres, une justice que les autorités sont réticentes à lui accorder. 

    L’auteur nous immerge dans une œuvre apparemment modeste, mais tirant sa puissance de la force qu’elle dégage. Nuestras Madres est dédié à toutes ces femmes, mères et filles qui ont toujours refusé de se taire en dépit du mal à se faire entendre.

    Nuestras Madres de César Diaz , en VOD sur filmingo.ch depuis le 22 décembre. 

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  • Mort de Claude Brasseur, un grand du cinéma français amoureux du théâtre

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    Grande figure du cinéma français, représentant la fin d’une génération,  Claude Brasseur, fils de Pierre Brasseur et Odette Joyeux qui se sont séparés après sa naissance, filleul d’Ernest Hemingway, est mort mardi. Il avait 84 ans. Parti rejoindre Jean-Pierre Marielle,  Jean-Loup Dabadie,  Guy Bedos récemment décédés, ainsi que Caroline Cellier qui nous a quittés le 15 décembre dernier, il reposera aux côtés de son père au cimetière du Père-Lachaise à Paris. 

    Dans une longue carrière riche de 110 films où il alternait les genres, cet acteur populaire au regard pétillant, bon vivant,  noctambule, bougon à l’occasion, dur à cuire au cœur tendre, gros amateur de sport automobile, a tout joué.de Sganarelle au vacancier Jacky Pic férocement accroché son emplacement dans Camping, en passant par empereur, chef de la police ou dentiste. Il a collaboré avec les plus grands, Georges Franju, Marcel Carné, Jean Renoir, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Costa-Gavras.   

    Remarqué en 1974 dans Les seins de glace, il remportait trois ans plus tard le César du meilleur acteur dans un second rôle pour Un éléphant ça trompe énormément d’Yves Robert et décrochait celui du meilleur rôle pour La guerre des polices de Robin Davis. Son nom restera par ailleurs associé à François Beretton, le père de Sophie Marceau dans La Boum de Claude Pinoteau. Il a tourné en 2018 son dernier long métrage, Tout le monde debout, réalisé par Franck Dubosc. 

    Claude Brasseur doit aussi sa notoriété à la télévision, incarnant en 1965 Rouletabille dans Le mystère de la chambre jaune et surtout, en 1971, Vidocq, qui a marqué des générations. Mais il était surtout un amoureux du théâtre. Une passion qui ne l’a jamais quitté depuis son début sur scène à l’âge de 19 ans dans Judas de Marcel Pagnol. 

    On le verra ensuite dans plus de trente pièces mises en scène par Roger Planchon, Jean-Pierre Grenier, Marcel Bluwal ou Bernard Murat. Pour lui ce n’était pas du travail. Et le théâtre était plus marrant que la réalité comme il l’avait confié lors d’une interview à Europe 1. «Ca peut paraître prétentieux, mais ça ne l’est pas, je vous jure. Je jouais déjà bien  la comédie quand j’étais enfant. Mais il a fallu que j’attende d’avoir 70 ans pour jouer la comédie comme un enfant... »

     

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