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Le blog d'Edmée

  • Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Regra 34" de la Brésilienne Julia Murat

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    Rien ne change à Locarno où, quasi systématiquement, le jury distingue une œuvre que de nombreux critiques n'auraient  jamais imaginé voir au palmarès. C’est à nouveau la cas. Le président Michel Merkt et ses complices ont décerné le Léopard d’or de cette 75e édition à Regra 34, troisième long métrage de de la Brésilienne Julia Murat. 

    Il s’agit dune «œuvre audacieuse et politique qui enverra un signal important. Le corps est politique", a relevé Giona Nazzaro, le directeur artistique. On cherche tout cela sans vraiment le trouver dans Regra 34, où Simone, étudiante en droit, lutte contre les violences faites aux femmes, notamment liées à la prostitution. Tandis qu’elle débat du sujet à la fac sur le plan juridique et moral, elle tente, chez elle, de comprendre les mécanismes de la violence et du sexe, en se transformant en "cam girl".

    De son côté le tout aussi improbable Gigi la legge de l’Italien, Alessandro  Comodin, huis-clos se déroulant dans une voiture de police avec son conducteur aussi lénifiant qu’agaçant, rafle le Prix spécial du jury.  Quant à la réalisatrice costaricaine Valentina Maurel, elle triple la mise avec Tengo Suenos Electricos (J’ai des rêves électriques), une relation père-fille de la classe moyenne urbaine "qui change des histoires de drogue dans les quartiers défavorisés". Elle décroche le Prix de la mise en scène et ceux de la meilleure interprétation pour ses protagonistes Daniela Marin Navarro et Reinaldo Amien Gutierrez. 

    On relèvera également une invraisemblable mention spéciale décernée au médiocre La nuit, tous les chats sont gris, du zurichois Valentin Merz. Sans commentaire.

    Mais fort heureusement le Festival de Locarno qui, selon les organisateurs, a connu une remarquable affluence, proposait bien d’autres choses à se mettre sous la rétine. Les critiques qui ont  suivi la compétition des Cinéastes du Présent estiment qu’une bonne partie des films tenaient la dragée haute, sinon davantage à ceux du concours international. A l’image de Svetlonoc, signé de la Tchèque Teresa Nvotova, qui remporte le Léopard d'or dans cette section.  

    Rétrospective Sirk très suivie 

    On a par ailleurs relevé de bonnes surprises sur la Piazza Grande, dont on vous a déjà parlé (voir nos articles précédents). Et bien sûr on n’oubliera pas, sous la direction de Bernard Eisenschitz et Roberto Turigliatto, la Rétrospective intégrale consacrée à Douglas Sirk, né Detlev Sierck. Particulièrement suivis par les festivaliers conquis, les métrages ont été en outre remarquablement présentés par des amoureux et spécialistes de l’auteur, nous racontant plein d’anecdotes. 

    Au-delà des flamboyants mélodrames connus de tous (Mirage de la vie. Tout ce que le ciel permet, Le secret magnifique, Le temps d’aimer et le temps de mourir, La ronde de l’aube, Ecrit sur du vent), ils nous ont fait découvrir des curiosités comme Accord final. Le maître n’aurait que supervisé la réalisation de cette comédie romantique franco-helvétique de 1938,  signée Ignacy Rosenkranz.  

    Sauf que Sirk était constamment présent et qu’îl aurait simplement souhaité garder l’anonymat pour éviter tout litige avec ses producteurs allemands. Tourné sur les rives du Léman, montrant notamment Montreux et le Château de Chillon, Accord final annonce le style que le cinéaste développera durant sa période américaine.

    Le premier de ladite période c’est Le fou d’Hitler (Hitler’s Madman), 1942, récit fictif de l’assassinat de Reinhard Heydrich et du massacre de Lidice qui a suivi. Une vengeance terrible des Allemands, qui ont aussi complètement détruit le village. Le film présente John Carradine, terrifiant dans le rôle du monstrueux Heydrich. L’espace d’une scène, on aperçoit Ava Gardner,,,

    Dans Scandale à Paris (1946), son film préféré dit-il, Sirk adapte librement  les mémoires de Vidocq, célèbre brigand devenu chef de la police. Il collabore avec George Sanders, son acteur fétiche, dont il aime l’ironie, le cynisme, "J’ignore où va le monde et je m’en fiche", déclarait l’acteur … dont la force motrice était la paresse. Le comédien se révèle irrésistible, comme d’habitude. 

    On citera aussi Jenny, femme marquée (Shockproof), dont la fin a été réécrite car jugée trop rude. Libérée après cinq ans de prison pour meurtre, une jeune femme placée sous la tutelle du juge d’application des peines (qui en tombe fou ), ne rêve que de revoir son dangereux amant. Film noir de 1949, c’est l’esquisse des grands mélos de la décennie suivante.

    La Rétrospective sera au programme de la rentrée à la Cinémathèque suisse, avec la projection d’une quinzaine de films. 

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  • Festival de Locarno: "Annie Colère" prône la liberté des femmes et leur droit à l'avortement. Avec l'excellente Laure Calamy

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    Avec ce qui se passe dans le monde, surtout le vertigineux retour en arrière sur la question aux Etats-Unis, les films traitant de l’avortement relèvent de la nécessité. A l’image d’Annie Colère, signé de la Française Blandine Lenoir, porté par l’excellente Laure Calamy et d’autres formidables protagonistes. Passionnant, bien documenté et mis en scène, c’est l’un des meilleurs longs métrages programmés sur la Piazza Grande.

    Il commence en février 1974. On suit Annie, ouvrière et mère de deux enfants, tombée accidentellement enceinte. Elle découvre alors le MLAC (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), qui pratique gratuitement des interruptions de grossesse illégales mais non clandestines. Il a été créé en avril 1973, dix-huit mois précédant l’adoption du projet Veil dépénalisant l’avortement avant dix semaines. La loi sera promulguée en janvier de l’année suivante.

    La MLAC, où officient des médecins, comptait à l’époque 300 antennes sur tout le territoire français. Il est fondé sur le partage des savoirs, l’aide concrète apportée aux femmes, l’écoute de leur parole, la bienveillance, la tendresse à leur égard- Dans la bataille pour l’adoption de la loi sur l'avortement, Annie va trouver dans cette organisation unique un nouveau sens à sa vie.  

    La réalisatrice, qui a terminé le tournage il y a un an, a toujours été très attentive à ce qui se déroule sur le front de l’IVG- "Même en France, où 180 centres ont fermé depuis 20 ans- Il est impératif de ne pas lâcher la lutte. Sinon, on perdra nos droits ", nous confie-t-elle. Mais on vous en dira davantage sur le film, son auteure et sa principale interprète lors de la sortie dans les salles romandes cet automne. 

    Un huis-clos froid et austère

    Après un début très prometteur, la compétition a stagné avec des œuvres auteuristes un rien hermétiques, voire chochottes. Toutefois l’une d’elles nous a particulièrement séduit. Il ‘agit de Serviam: Ich will dienen, de l’Autrichienne Ruth Mader. Elle nous emmène dans un pensionnat catholique pour jeunes filles de bonnes familles qui, juste motivées par le côté élitiste de l’établissement, ne savent pas trop ce qui s’y passe. Et ne s’en préoccupent pas

    Parmi les pensionnaires on découvre le lot habituel de caractères divers, de Sabine la petite peste à Martha, pupille dévouée et exaltée qui souhaite expier les péchés du monde. Cette dernière est la préférée de la directrice, une jeune sœur qui lutte énergiquement contre le déclin de la foi et encourage l’adolescente à porter le cilice. La cinéaste propose un huis-clos froid, austère, radical, violent, d’une lenteur pesante, sur fond de souffrance rédemptrice. Très réussi.

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  • Festival de Locarno: "Une femme de notre temps" et "Last Dance", les improbables de la Piazza Grande

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    Commissaire de police à Paris, tireuse émérite à l’arc, un sport qui a une grosse importance dans l’intrigue, Juliane Verbecke fait preuve d’une belle intégrité morale. Mais quand elle découvre la double vie de son mari, elle se comporte d’une manière qu’elle n’aurait jamais cru possible.

    Héroïne de ce drame projeté sur la Piazza Grande, Sophie Marceau, qu’on avait beaucoup aimée dans Tout s’est bien passé de François Ozon. On ne peut en dire autant de sa prestation devant la caméra de Jean-Paul Civeyrac, notamment auteur de Mon amie Victoria (2014), opus réussi adapté du roman de Doris Lessing. Mais qui s’égare également fâcheusement dans Une femme de notre temps, un titre bizarroîde de surcroît 
     
    "Il y a trois ans, nous explique le réalisateur à la conférence de presse, j’ai pensé à un personnage qui basculerait, à un monde qui s’effondrerait et à une prise de conscience. Tout cela reposant davantage sur la tension que sur les dialogues+.
     
    Quant à Sophie Marceau, elle évoque un caractère fascinant, qui lui parle par sa droiture, son  intensité, sa féminité rassurante. "Elle choisit de suivre son chemin, sa trajectoire, comme une flèche. Elle y va direct. Elle y met tout son corps, tout son coeur. Même si sa vie bascule, elle va jusqu’au bout. C’est ce que j’ai fait en l'incarnant"-

    Vu de cette façon, c’est plutôt engageant. Malheureusement entre un cinéaste peu inspiré et une comédienne inexpressive,en dépit de sa véritable profession de foi, le résultat est d’une platitude qui le dispute à l’incohérence. L’auteur nous sert le drame convenu, qui vire au comique intempestif, d’une femme trompée par son mari, un homme peu séduisant, mou et lâche, souffrant carrément le martyre d’être physiquement infidèle à une épouse qu’il prétend adorer. Et qui a par ailleurs eu une liaison avec la sœur de cette dernière, ce qui aurait provoqué son décès.  
     
    Désespérée en découvrant ces turpitudes, l’amoureuse trahie n’a plus qu’une idée en été, se venger. Si possible mortellement. Et de poursuivre, carquois à l’épaule bien garni de flèches, son conjoint veule et menteur jusqu’en Normandie, où il est parti roucouler avec sa maîtresse. L'ensemble pathétiquement noyé sous les violons.
     
    Bref, dans le genre soap on ne fait pas mieux, Ce n’est évidemment pas l’avis de son auteur qui dit même s’être référé, l’espace d’une scène, à Ecrit sur du vent de Douglas Sirk, Franchement osé pour un tel ratage! 
     
    François Berléand la joue danseur contemporain
     
    Dans le genre improbable, il y a aussi Last Dance, de la Neuchâteloise installée en Belgique. Delphine Lehericey. Elle nous raconte l’histoire de Germain, bienheureux retraité un peu fainéant et misanthrope de 75 ans (François Berléand), qui se retrouve soudainement veuf, après 50 ans d’une union fusionnelle avec Lise.
     
    Inquiète pour Germain qu'elle imagine dorénavant dangereusement livré à lui-même, sa famille s’invite dans son quotidien, se relayant pour organiser une surveillance pesante de chaque instant. Sous pression, le pauvre n’en peut plus. D’autant qu’il a un secret. Lise et lui s’étaient en effet promis que celui des deux qui resterait irait au bout du projet que l’autre avait commencé.
     
    Et c’est ainsi que Germain déboule dans le spectacle, mêlant amateurs et professionnels de la chorégraphe genevoise Maria La Ribot, pour remplacer sa femme. Comme la danse contemporaine est en principe accessible à n’importe qui, et qu’en plus on a du respect pour François Berléand (même s’li se contente le plus souvent de souffler fort pour manifester ses sentiments), on veut bien croire à son engagement immédiat dans la troupe.

    En revanche, que tout le show tourne désormais, tant La Ribot le trouve unique, autour de ce septuagénaire un rien ventripotent et qui n’a jamais esquissé le moindre pas de danse de sa vie, c'est trop. Et provoque des moments qui confinent au ridicule et à la caricature. Le public de la Piazza n’en a pas moins été conquis.       

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  • Festival de Locarno: "Paradise Highway" sur la Piazza Grande. Un film d'action qui tient la route, avec Juliette Binoche au volant

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    Depuis que son frère adoré (Frank Grillo) purge une peine de prison, Sally (Juliette Binoche), une camionneuse dure à cuire, accepte à contrecoeur de faire de la  contrebande de marchandises pour lui. Alors qu’il est sur le point de sortir, elle effectue ce qui est censé être un dernier travail.   

    Elle entame alors un voyage dangereux à travers les Etats-Unis pour se rendre compte qu’il s’agit en fait de ivrer Leila (Hala Finley)une gamine de 11 ans, à des trafiquants sexuels. Sally ne peut moralement l’accepter et décide de la racheter. Parallèlement, deux agents du FBI (dont l’un campé par Morgan Freeman) ) se lancent à la poursuite du réseau, déterminés à sauver la fillette. 

    Dans une volonté de réalisme, la réalisatrice Anna Gutto a opéré une plongée dans le milieu des chauffeuses routières grâce à l’organisation Real Women In Trucking et à sa dirigeante Desiree Wood. S’inspirant de leur vie, de leur façon de s’entraider, elle propose, à l’exception de son dénouement, un captivant road movie d’action. Bien documenté, Il tient la route en brassant plusieurs thèmes, dont l’un des principaux réside dans le développement de la relation entre Sally et Leila, qui débute de façon particulièrement orageuse.   

    Les deux comédiennes sont irréprochables. Juliette Binoche, qui a véritablement appris à conduire un semi-remorque, se révèle très crédible en routière vieillissante, costaude, aguerrie, têtue et laconique, abîmée dans son enfance et qui a dû apprendre à se défendre. De son côté, Hala Finley, surprenante de maturité, se montre plus qu’à la hauteur dans le rôle de la maigrichonne Leila, à la fois terrorisée et rebelle, laissant deviner à travers son regard tout ce qu’elle déjà subi.

    Juliette Binoche raconte son expériemce

    On les a retrouvées en compagnie d’Anna Gutto à la conférence de presse. Chapeau noir à large bord, chemisette blanche, paraissant dix ans plus jeune avec dix kilos en moins que dans le film, Juliette Binoche raconte son expérience. "J’ai rencontré Desiree Wood. J’ai fait la route avec elle et j’ai eu le temps de lui poser des questions, de me rendre compte des dangers de ce métier, des heures interminables passées sur la route, de la malbouffe, de la nécessité de se montrer malignes pour se protéger, de ne pas avoir peur, se méfier des hommes. Certaines femmes ont été violées quand elles ont passé l’examen, qui prend beaucoup de temps, pour obtenir leur permis". 

    Juliette évoque bien sûr sa partition, la manière de toucher les spectateurs en se mettant au service d’un personnage de plus en lus grand. Elle parle des conditions éprouvantes, de la chaleur encore plus intense qu’ici, de la fatigue, des moustiques. Mais surtout elle évoque l’importance du travail d’équipe et ce qui l’a vraiment frappée : l’extrême générosité d’Hala, comme  tout ce qu’Anna a préparé seule avant le tournage.  

    Par ailleurs elle a fait une déclaration d’amour à Locarno. «C’est un grand festival qui me laisse des souveniirs extraordinaires et qui permet de découvrir des pépites». 

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  • Festival de Locarno: la compétition démarre bien, avec notamment "Bowling Saturne", de Patricia Mazuy

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    Ayant souvent un peu de mal à exister entre la Piazza grande et la Réptrospective, la compétition locarnaise a bien démarré avec notamment deux métrages qui semblent déjà se dégager. On s’arrêtera plus particulièrement sur Bowling Saturne de Patricia Mazuy, qu’on peut qualifier d habituée du festival. En 1994 elle remportait un Léopard de bronze avec Travolta et moi, un épisode de la série Arte Tous les garçons et les filles de leur âge, et en 2011 invitait le public sous les étoiles avec Sport de filles, mettant en scène la gracieuse Marina Hands.

    Après Paul Sanchez est revenu, thriller de 2018 où Laurent Laffite se glisse dans la peau d’un criminel, la réalisatrice française reste dans la brutalité et la noirceur. A la mort de son père, Guillaume (Arieh Worthalter), commissaire de police ambitieux , hérite du bowling familial et le donne en gérance, pour l'aider,  à Quentin. son demi-frère (Achille Reggiani).   

    Un décision fatale. Quentin est un garçon marginal répudié par son père et sujet à de redoutables pulsions. Son comportement instable et sa gestion douteuse du lieu  perturbent Guillaume et l’empêchent de se consacrer véritablement à son enquête sordide sur une série d’horribles meurtres de jeunes femmes.

    Patrizia Mazuy propose un film d’une intensité tragique, marqué par une extrême violence, surtout dans une scène qui atteint son paroxysme au début de l’histoire. Il vous secoue en outre par sa vision noire de la réalité, son âpreté, son traitement aride, son manque total de rédemption et d’espoir. Il est parfaitement interprété par les deux protagonistes principaux.

    Réflexion sur la guerre aux accents métaphysiques 

    A noter également Naçao Valente du Portugais Carlos Conceiçao., situé en 1974, un an avant l’indépendance de l’Angola, dont le territoire est peu à peu reconquis par les séparatistes. peu à peu. Là encore, la violence s’invite dès l’ouverture. Tandis que des homes meurent et qu’une bonne sœur est chassée par les rebelles, une jeune Angolaise croise le chemin d’un jeune soldat portugais, qui la tue froidement après un accouplement ardent. On est sous le choc.. 

    Par ailleurs, Un peloton lusitanien barricadé à l'intérieur d'un mur devra en sortir, quand le passé ressurgit pour réclamer la justice tant attendue. Avec cet opus puisant aux accents métaphysiques et parfois surnaturels, Carlos Conceiçao livre, comme il le relève lui-même, une réflexion sur l’histoire, la guerre, la peur, la tyrannie. Une réflexion sur la nature cyclique du fascisme et la faćon dont il demeure une menace pour l’évolution. Cela vaut le détour.   

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  • Festival de Locarno: "Bullet Train" donne dans la surenchère et l'overdose. Avec Brad Pitt en mode cabotinage

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    Locarno aurait-il un petit faible pour David Leitch? Toujours est-il qu’après Atomic Blonde en 1917, le réalisateur revenait au Tessin pour une ouverture en boulet de canon sur la Piazza grande avec Bullet Train. Du moins était-ce l’idée, d’autant que l’auteur avait fait monter Brad Pitt à bord du Shinkansen, fameux convoi japonais à grande vitesse, reliant notamment Tokyo à kyoto. 

    Atout évidemment majeur de ce film d’action adapté  du roman Maria Beetle de Kotaro Isaka, le comédien, alias Coccinelle, est un tueur à gages aspirant désormais à une forme de zénitude. Cette fois, ce pacifiste new look est chargé d’une mission apparemment banale: récupérer une mallette et descendre du  train à la première occasion. Ce qui n’est pourtant pas si simple car poursuivi par une poisse tenace, il se retrouve face à une poignée d’assassins chassant plus ou moins le même gibier. Du coup les affreux tentent brutalement de s’éliminer mutuellement.   

    Et nous voici partis pour deux heures d’un opus testéroné à outrance qui se veut déjanté et décalé, avec overdose de fusillades, d’affrontements ultra-violents, associés à des flashbacks et un comique ultra-répétitifs, dans des plans ultra-colorés. Le tout façon manga un rien pourri ne tarde donc pas à nous ultra-lasser… 
     
    A retenir toutefois, dans cet inutilement trop long métrage sous influence tarantinesque,  la prestation plutôt sympathique de Brad Pitt, Anti-héros malchanceux et ringard, apparemment lourdaud et empêtré, il est de surcroît affublé de grosses lunettes à monture noire et d’un bob particulièrement peu seyant. Dommage pourtant que cet adepte de l’autodérision donne lui aussi dans la surenchère, en cabotinant à mort. En résumé, on dira que la superstar et son réalisateur trouvent davantage de plaisir à jouer et à tourner que le spectateur à regarder le résultat de l’œuvre.   

    A l’affiche dans les salles suisses dès le 4 août.

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  • Festival de Locarno: une 75e édition riche, entre Piazza grande, compétition et rétrospective Douglas Sirk

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    Pour sa 75e édition, qui s’ouvre mercredi 3 août, le Festival de Locarno propose une riche sélection de films dans ses différentes sections. Si elle évoque plus particulièrement notre époque comme en témoigne Porlogos, dernière œuvre du cinéaste lituanien Mantas Kvedaravicjus, tué lors de la guerre en Ukraine, la programmation laisse une place centrale aux défis à relever pour le futur. Le tout sans oublier le passé, ni le divertissement. 

    La Piazza grande

    Point fort de la manifestation, la célèbre Piazza grande, pouvant accueillir 8000 spectateurs devant son écran géant sous les étoiles. Bullet Train de l’Américain David Leitch ouvre les feux avec en vedettes Brad Pitt et Sandra Bulloch. En clôture, on verra le documentaire helvético-allemand  d’André Schäfer, Alles über Martin Suter, Ausser die Wahrheit. Entre les deux, une quinzaine de films, dont dix premières mondiales. A revoir absolument, par ailleurs, l’inoubliable Imitation Of Life de Douglas Sirk (1958), héros de la traditionnelle rétrospective ou Compartiment tueurs de Costa-Gavras (1965), récompensé d’un Léopard.

    La compétition internationale

    Autre pilier, la compétition internationale, forte elle aussi de 17 films en provenance d’Azerbaidjan, du Liban, du Brésil, de Malaisie,  d’Inde, d’Italie, d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse avec le cinéaste Valentin Merz (De noche los gatos son pardos) ou encore de France avec deux réalisatrices, Patricia Mazuy (Bowling Saturne) et Sylvie Verheyde (Stella est amoureuse). Les œuvres en lice pour le Léopard d’or sont soumises au jugement du président, le producteur Michel Merkt et de ses complices. 

    A ne pas manquer évidemment d’autres volets très courus comme Les Cinéastes du présents les Léopards de demain, la Semaine de la critique, Histoire (s) du Cinéma, Open Doors et Locarno Kids, dédié aux enfants et à leurs familles.  

    La rétrospective Douglas Sirk

    Cette année, elle est plus  impatiemment attendue qu'habituellement par les cinéphiles. Locarno rend en effet hommage, 35 ans après sa disparition, à Douglas Sirk, auteur de grands mélodrames qui sont autant de chefs d’œuvre (A Magnificent Obsession, All That Heaven Allows, Imitation Of Live, pour ne citer qu’eux), Intellectuel et homme de culture boulimique, il s’était retiré au Tessin durant les dernières années de sa vie et avait participé, en 1978, au festival où il avait montré plusieurs métrages,  

    La célébration de Sirk s’accompagne d'une sélection de films contemporains en rapport avec le cinéaste, ainsi que de documentaires et de programmes télévisés auxquels il a participé. L’œuvre sera pour la première fois revisitée dans son intégralité à partir de documents inédits fournis par la famille du réalisateur à travers la Douglas Sirk Foundation et conservés depuis 2012 par la Cinémathèque suisse.

    À l’occasion de cette rétrospective organisée par le Locarno Film Festival en partenariat avec la Cinémathèque suisse et la Cinémathèque française, et en collaboration avec de nombreuses archives internationales, paraît un ouvrage de l’historien du cinéma Bernard Eisenschitz. Il propose une nouvelle approche de l’œuvre sirkienne, qui voyagera après le Festival et sera notamment présentée à la Cinémathèque française, à partir du 31 août. 

    Personnalités fêtées

    Signalons enfin qu’outre Douglas Sirk et Costa-Gavras, de nombreuses autres personnalités seront honorées. Il s’agit de Kelly Reichardt, Laurie Anderson, Matt Dillon, Gitanjali Rao et Jason Blum.

    Locarno, du 3 au 13 août. 

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  • Grand écran: "La nuit du 12", excellent polar signé Dominik Moll

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    Vingt-deux ans après, Dominik Moll, réalisateur du fameux Harry , un ami qui vous veut du bien et  de l’étonnant thriller Seules les bêtes en 2019, revenait à Cannes avec La Nuit du 12 proposé hors concours, mais qui aurait largement mérité une sélection en compétition. Il est inspiré de quelques pages d’un livre de Pauline Guéna qui avait vécu le quotidien des brigades criminelles de la PJ de Versailles,.

    L’affaire, sordide, qui s’était déroulée dans la région grenobloise, est annoncée d’emblée comme non résolue. Au petit matin, une jeune fille est retrouvée morte, brulée après avoir été aspergée d’essence. Mais qui a tué la jolie et joyeuse Clara, qui rentrait d’une fête un peu arrosée entre copines et avait pris le temps de faire une vidéo pour sa meilleure amie? Qui a bien pu l’attendre, pourquoi? Le meurtrier la connaissait-elle, lui en voulant au point de la détruire ? 

    A la PJ de Grenoble, c’est le capitaine Yohan (Bastien Bouillon), flanqué de son  compère Marceau (Bouli Lanners), qui est chargé de mener l’enquête. Rapidement, elle l’obsède. Il veut comprendre, apporter des réponses, mais il n’y arrive pas, se heurte à l'impossible découverte du coupable. Les interrogatoires s’accumulent, notamment ceux des nombreux amants de Clara qui aimait plaire. 

    Une tournure féministe 

    Toutefois, les questions ne mènent à rien. S’ils semblent tous coupables, les éventuels suspects ont tous des alibis indiscutables. Les fausses pistes se succèdent. La frustration de Yohan augmente. Il tente de l'exorciser en faisant rageusement des tours de piste à vélo. Et puis, dans le fond, Clara ne l’aurait-elle pas cherché en multipliant ses relations, en jouant les provocatrices, en portant des jupes courtes? Le film prend alors une tournure féministe, face à ce jugement moral sur la vie privée de la victime.  

    Tout en se tenant aux côtés des enquêteurs,  Dominik Moll s’attaque au fléau de des féminicides, à la misogynie, la  barbarie des hommes, à l’insuffisance des moyens accordés à la police pour y faire face. Toujours aussi talentueux, il propose ainsi un polar singulier, troublant, captivant, puissant, parvenant à ménager un suspense constant, alors qu’il s’agit d’un cas non élucidé. L’interprétation est à la hauteur de la mise en scène. Plus particulièrement celles de Bastien Bouillon, taiseux, méthodique, méticuleux, et de Bouli Lanners, désabusé, brusque et tendre, avec ses fêlures et ses angoisses. Tous les deux se révèlent excellents en flics paumés dans leur quête sans issue.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 juillet.  

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  • Grand-écran: Ozon revisite Fassbinder dans "Peter von Kant". Avec Denis Ménochet et Isabelle Adjani

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    S’attaquer à  un chef d’œuvre, c’est casse-gueule. Mais cela n’effraie pas François Ozon qui, 22 ans après Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, adaptation d’une pièce de Rainer Fasssbinder, retrouve le maître pour revisiter Les larmes amères de Petra von Kant.  Ozon en propose une relecture libre séduisante, inversant et changeant, avec Peter von Kant,  l’univers féminin et artistique créé par le célèbre auteur allemand. Créatrice de mode, Petra devient le cinéaste Peter, tandis que les amoureuses se transforment en amants.  

    Nous sommes à Cologne, en  1972. La quarantaine corpulente, le génial et tyrannique réalisateur habite dans un loft kitsch et douillet avec Karl, qui lui sert aussi d’assistant et d’esclave. Obéissant au doigt et à l’œil,  ce dernier retravaille ses scénarios, gère son agenda, accueille ses invités, sert le champagne, sans jamais ouvrir la bouche. «Karl entend tout, voit tout, sait tout. Il ne faut pas faire attention à lui », dit l’odieux Peter, manifestant son mépris pour cet homme qu’il ne cesse d’humilier.    

    Extravagant, hystérique, pathétique, larmoyant et misanthrope, l’artiste n’a de considération que pour Sidonie, une actrice qui lui a mis le pied à l’étrier. Elle lui présente Amir, un joli garçon sexy et insolent de 23 ans, au sourire ravageur. Peter en tombe aussitôt follement amoureux, lui propose de venir vivre avec lui et de lancer sa carrière. Mais après quelques mois, la créature croulant sous les propositions échappe à son créateur dévasté, souffrant de son arrogance et du récit cruel de ses coucheries.  

    Tournée pendant le confinement, cette version, qui reste proche de l’originale dans la théâtralité, l’écriture et les dialogues, repose beaucoup sur ses protagonistes. François Ozon  livre un portrait de Fassbinder, incarné par un grand Denis Ménochet agile et massif, à la hauteur de son illustre personnage avec son style, son éloquence, ses excès, son outrance. A ses côtés on découvre Isabelle Adjani, toujours plus jeune et assez délirante dans son rôle d’ancienne muse façon diva, un rien accro à la coke. Stéfan Crépon est bluffant en Karl, témoin muet omniprésent, par les yeux duquel passent toutes les émotions. Et on n’oubliera pas le beau Khalil Ben Gharbia alias Amir, qui n’a pas besoin de se forcer pour faire craquer Peter.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 13 juillet.

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  • Grand écran: le Sud-Coréen Park Chan-wook revisite le mythe de la femme fatale

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    Incontournable et éclectique figure du cinéma sud-coréen dont il a assuré le renouveau, notamment auteur d’Old Boy, Grand Prix de Cannes en 2003, du sanglant et horrifique Thirst, prix du jury  en 2009  ou du fascinant Mademoiselle thriller érotico- psychologique sorti en 2016, Park Chan-wook revient avec Décision To Leave, un polar romantique aux antipodes des trois précédents. 

    Dans cette histoire qui lui a valu le prix de la mise en scène en mai dernier sur la Croisette, Hae Joon un détective brillant, intègre, consciencieux et insomniaque, est appelé à enquêter sur la mort d’un féru d’alpinisme, découvert mort au pied d’une falaise. L’accident, sinon le suicide lui paraissent probables, jusqu’à ce qu’il rencontre la veuve, Sore, jeune femme d’origine chinoise. Elle semble si peu affectée par ce drame, qu’elle devient la principale suspecte. 

    Se mettant à la suivre, Hae Joon  éprouve bientôt une attirance irrésistible et, au fil de ses interrogatoires, en tombe amoureux jusqu’à l’obsession.  Avec cette relecture du mythe de la femme fatale en forme de clin d’œil  hitchcockien à Sueurs froides, Park Chan-wook livre un film à la fois mélodramatique sulfureux, sensuel, sophistiqué, virtuose, à l’esthétique somptueuse.

    Mais si l’opus est séduisant, intrigant, voire entêtant, on reprochera à l’auteur de complexifier et de tarabiscoter  à l’excès une intrigue a priori simple, ce qui pourrait rebuter plus d’un spectateur. D’autant plus qu’elle dure 2h20. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 juillet.

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