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Le blog d'Edmée

  • Grand écran: "Illusions perdues", fresque passionnante, spirituelle et moderne, au casting dix étoiles

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    Ce film, Xavier Giannoli le portait en lui depuis ses 20 ans. Il est basé sur les Illusions perdues, le chef d’œuvre d’Honoré de Balzac publié entre 1837 et 1843,  dont il adapte librement la seconde partie, Un grand homme de province à Paris. Celui de la Restauration. Saisissant et redoutable reflet de notre époque, l’oeuvre, avec ses jeux de pouvoirs entre républicains et monarchistes à l’heure du libéralisme économique naissant et du règne du profit montre, s’il en était encore besoin, son intemporalité et son universalité.

    Auteur de Quand J’étais chanteur, A l’origine, Marguerite, Xavier Giannoli relève un immense défi, proposant un passionnant métrage romanesque et critique sur l’ascension et la chute de Lucien Chardon (Benjamin Voisin). Jeune poète inconnu et naïf à l’ambition dévorante, il veut se forger un destin et obtenir le droit de porter le nom à particule de sa mère «de Rubempré», pour faire oublier le sien .

    Tout s’achète et se vend

    Quittant l’imprimerie familiale et Angoulème, sa ville natale, il monte à Paris avec sa protectrice Louise de Bargeton (Cécile de France). Il va alors découvrir un univers vertigineux, trépidant, flamboyant, fourmillant de faux-semblants où l’argent est roi, où tout s’achète et se vend, la littérature la presse, la politique la réputation et l’amour.  

    Paraître est un must pour exister dans ce monde où le journalisme constitue un échelon vers la réussite. Débarqué dans la capitale dans le but de voir publié un recueil de poésie dédié à Louise (qui abandonnera vite le jeune provincial ignorant des codes et conventions de la bonne société), Lucien entre dans le sérail médiatique grâce à Etienne Lousteau (Vincent Lacoste). 

    L’opinion, une marchandise comme une autre

    Rédacteur à la plume féroce, Lousteau lui explique sa conception et sa pratique d’une profession où l’opinion devient une marchandise comme une autre. Créations de polémiques ou d’événements, articles achetés pour encenser ou descendre un livre, favoriser le directeur de théâtre le plus offrant qui paie lui une claque pour applaudir ou huer un spectacle. On retiendra plus particulièrement un irrésistible morceau de bravoure sur le bon exercice d’une critique aux effets salvateurs ou dévastateurs. D’où une peinture à l’acide d’un milieu corrompu et cupide au service de ceux qui le financent. 

    Aux dialogues ciselés, décapants, mordants, s’ajoutent une densité narrative, une mise en scène brillante, fluide et en mouvement, musicalement rythmée par Bach et Rameau, une reconstitution historique minutieuse. L’ensemble  sublime cette fresque foisonnante, spirituelle et moderne, qui brosse un portrait satirique implacable de la vie mondaine, de la presse et des arts en ce début de 19e siècle. Elle se combine avec le triste sort de Lucien que vont perdre sa soif démesurée d’élévation sociale, sa faiblesse coupable à manger à tous les râteliers, son obsession à se faire un nom dans un microcosme qu'il ne peut atteindre. 

    Des comédiens remarquables

    Les comédiens contribuent évidemment énormément à la grande réussite de l’opus. A commencer par Benjamin Voisin, omniprésent, qui avait déjà beaucoup séduit dans Été 85 de François Ozon. Il n’incarne pas, il est Lucien, ingénu arriviste dont la naïveté, le romantisme et l’humanité cèdent devant le cynisme et l’arrogance et la lâcheté. On craque également pour Vincent Lacoste, esprit vif, mentor un rien diabolique, exaspérant et drôle. Fragile et influençable, Cécile de France s’oppose à Jeanne Balibar, marquise machiavélique, perfide et manipulatrice.

    Et on n’oubliera  pas Xavier Dolan sobre et élégant dans un personnage fictif, l’écrivain Nathan, narrateur et conscience de Lucien, Gérard Depardieu, truculent et très inspiré éditeur illettré près de ses sous, Jean-François Stévenin, en chef de claques sans foi ni loi, l’un de ses derniers rôles. Ou enfin Salomé Dewaels, courtisane  et comédienne, le vrai amour de Lucien, mais dont le pari risqué du théâtre classique précipitera la mort. A voir absolument.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis  mercredi 20 octobre.

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  • Grand écran: "L'homme de la cave", le portrait d'un salaud

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    Réalisateur éclectique mais plus particulièrement porté sur la comédie (Le coût de la vie, Les femmes du 6e étage, Alceste à bicyclette), Philippe Le Guay revient avec L’homme de la cave, un thriller tiré d’une histoire vraie, qui est arrivée à un couple ami. 

    Simon (Jérémie Renier) et Hélène (Bérénice Bejo) veulent vendre leur cave pour financer des travaux dans leu appartement et trouvent un acheteur Jacques Fonzic (François Cluzet), un mystérieux retraité qui la paie comptant et décide de s’y installer physiquement, à la grande surprise des propriétaires. .

    Ces derniers n'ont pourtant encore rien vu et l’opération banale se transforme en cauchemar pour Simon, d’origine juive, qui tente en vain  d’annuler la vente. Car Fonzic, ancien professeur d’histoire, a été viré pour négationnisme et, ne tardant pas à montrer son vrai visage de raciste et d'antisémite, va continuer de distiller son poison sur Internet, et surtout auprès de jeunes influençables, à l’image de Justine, la fille adolescente du couple. 

    Rattrapé par une actualité où fleurissent fake news et complotisme, Philippe Le Guay signe un film utile, proposant une réflexion sur le négationnisme et ses manœuvres abjectes dont se sert Fonzic. Personnage dangereux, pervers, insidieux et lâche, il sème le trouble et la zizanie dans l’immeuble, se posant en victime parce qu’il se permet juste, dit-il de son détestable ton geignard et mielleux, de s’interroger sur l’Histoire. 

    Tout en louant sa démarche certes d’intérêt public  mais un peu scolaire, on reprochera à l'auteur d’en rajouter parfois inutilement dans le propos et les effets. Par ailleurs, si François Cluzet se révèle crédible, il a aussi tendace à forcer la dose dans l’abomination onctueuse.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 13 novembre.

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  • Grand écran: Captivant, "Le dernier duel" marque le retour impressionnant de Ridley Scott

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    Lady Marguerite (Jodie Comer)  accuse de viol Jacques Le Gris (Adam Driver), le meilleur ami de  son mari Jean de Carrouges (Matt Damon). Comme personne ne la croit, Jean  provoque Jacques en duel, l’ultime en France sanctionné par la loi. La jeune femme fait preuve d’un exceptionnel courage en dénonçant publiquement  l’auteur du crime et en réclamant justice.  

    En effet,  Le dernier duel, basé sur des faits réels,  adapté du roman d’Eric Jager, se déroule au quatorzième siècle. Il est signé Ridley Scott, qui opère, ave ce  long métrage captivant au scénario  moderne, faisant écho au statut des femmes aujourd’hui, un impressionnant  retour quelques semaines avant House Of Gucci.

    Le film ouvre sur la joute à mort qui s’annonce face au public et à Lady Marguerite que la potentielle défaite de son époux  vouerait à une mort atroce. Elle serait dénudée, rasée et brûlée vive. Car cela signifierait, prétendument au regard de Dieu,  qu’elle a menti. Comme le dévoile l’intrigue dans un grand flash back révélant la nature du conflit qui n’a cessé de s’envenimer entre les deux chevaliers, bons compères devenus adversaires féroces. 

    Le dernier duel vaut tout d’abord par sa narration, les scénaristes Matt Damon, Ben Affleck et Nicole Holofcener ayant décidé de raconter les choses à travers différents points de vue. Chaque chapitre revient ainsi sur la version subtilement nuancée des trois protagonistes. Cela permet d’affiner le ressenti et les perceptions de chacun, mais également d’approfondir leur personnalité respective et la manière dont ils se considèrent.

    Si Jean de Carrouges arrange son caractère de rustre macho pleurant sur son honneur bafoué, tandis que Jacques Le Gris nie sans surprise le viol, estimant qu’il a en réalité juste «troussé la dame», la seule version qui importe aux yeux de l’auteur (et aux nôtres)  est celle de la vraie victime, Marguerite. Qui prend donc un énorme risque en parlant au lieu de se taire. 

    Bouleversante dans son humiliation, sincère dans son accusation,  l’attachante Jodie Comer lui rend hommage en volant la vedette à Matt Damon et Adam Driver, pourtant eux aussi impeccables dans leur prestation respective. La comédienne britannique, qui a accédé à la célébrité avec la série Killing Eve, fait partie, selon Vogue, des trente personnalités européennes de moins de 30 ans les plus influentes. On se réjouit de la retrouver en Joséphine de Beauharnais dans Kitbag, également réalisé par Ridley Scott.

    A l’interprétation remarquable s’ajoutent l’excellence de la mise en scène, la fidélité de la reconstitution de l’époque qu’il s’agisse des décors, des costumes, de la violence et du réalisme des scènes de combat. Si bien qu’on ne sent pas passer les 2h30 de l’opus. C’’est dire si on est scotché au fauteuil !

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 13 octobre.

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  • Festival: 150 oeuvres pour le GIFF, qui s'ouvre le 5 novembre avec Stephan Eicher

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    Pour sa 27e édition, qui s'ouvrira le 5 novembre avec la performance It's Alive: Journey Into Invisible Cinema de Stephan Eicher, le Geneva International Film Festival (GIFF) propose une sélection de plus de 150 œuvres privilégiant  la diversité des formats et la pluridisciplinarité de l’audiovisuel. 

    Selon la nouvelle directrice Anaïs Emery, qui a dévoilé la programmation jeudi au cours de la traditionnelle conférence de presse, les trois compétitions phares (longs métrages, séries et œuvres immersives), célébreront l’innovation narrative, le courage formel et la radicalité au sein d’un programme inédit en Suisse. 

    Territoires virtuels 

    Lieu de rencontres privilégié  entre le public et la création, e GIFF poursuit par ailleurs ses explorations de l’avant-garde du numérique au sein des Territoires virtuels. Plus grand parc d’installations immersives d’Europe (600 m2), cet espace défriche les nouvelles technologies (réalité virtuelle, augmentée et mixte) et propose une expérience unique au public au travers de 40 œuvres inédites. La Maison Communale de Plainpalais, se muera le temps du GIFF en Maison du Numérique pour tous les publics au travers d’axes et circuits thématiques (Kids corner, Musée VR, Red Corner réservé aux plus de 18 ans). 

    Un nouveau programme rétrospectif dédié à une histoire du petit écran POP TV–The Untold Story of the Small Screen présente par ailleurs l’influence de la télévision sur notre culture contemporaine. 

    Prix et Digital Market 

    Des prix seront décernés. Le Geneva Award reviendra au réalisateur Luca Guadagnino et le Film & Beyond Award au bédéiste, scénariste et réalisateur Riad Sattouf qui échangera avec le public lors d’une masterclass et séance de dédicace le 13 novembre. 

    Quant au Geneva Digital Market, il s’installera au Plaza du 8 au 12 novembre et  réunira, pour une réflexion sur l’avenir des industries créatives,  une quarantaine d’intervenant·e·s internationaux·ales.

    Le palmarès sera dévoilé le 13 novembre durant la cérémonie de clôture, suivie de la première suisse de À Plein Temps d’Eric Gravel.  On aura l’occasion d’en reparler. 

    Geneva International Film Festival, du 5 au 14 novembre.

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  • Grand écran: "Nowhere Special", bouleversante course contre la mort d'un père pour protéger son fils

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    Laveur de vitres de 35 ans, John (James Norton), a consacré sa vie à élever son fils, dont la mère était retournée en Russie sans laisser d’adresse, peu après l'accouchement. Quand il apprend qu'il n'a plus que quelques mois à vivre, il se trouve confronté au terrible fait que suite à son décès, il n’y aura personne pour s’occuper de ce garçon de quatre ans qu’il adore.

    John n’a dorénavant  qu’une seule préoccupation, choisir la famille parfaite qui saura l’aimer et le protéger. S’engage alors pour lui une course contre la mort, consistant en une série de visites chez de potentiels parents aux situations sociales et ressources financières différentes. A qui sera-t-il tenté de le confier? Va-t-il privilégier la richesse, la stabilité? Que lui dictera son instinct?

    La souffrance, la lutte bouleversante de ce père exemplaire, la tragique perspective de sa disparition imminente couplée à celle d’un irrésistible bambin qui pourrait éventuellement se retrouver à l’assistance publique faute de lui dénicher à temps  le foyer idéal, ont évidemment de quoi arracher quelques larmes. 

    Et on ne les retient pas dans Nowhere Special (Un endroit comme un autre), troisième long-métrage de l’Italien Uberto Pasolini. Il faut dire que la présence du très craquant James Norton en géniteur courage contribue à nous serrer le cœur du début à la fin.. Sans prétention centré avec pudeur et sans trop de pathos sur une touchante relation père-fils, le film aborde  également l’aspect social. Cela donne une petite touche loachienne à ce drame situé en Irlande du Nord, inspiré d’une histoire vraie.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 octobre. 

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  • Grand écran: "Mon légionnaire", l'attente des femmes face à l'engagement des hommes

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    Débarquant du monde entier (152 nationalités) ils rallient la Légion Étrangère, leur nouvelle famille. Avec son deuxième film, Mon Légionnaire, Rachel Lang raconte l’histoire des soldats partis au Mali se battre pour la France et celles des femmes restées à la caserne, en Corse, où l'armée a ses arrières. 

    Evitant le discours politique autour de la grande muette, la réalisatrice a choisi de se pencher plus particulièrement sur la question de l’engagement, du sens du devoir.  C’est ainsi qu’elle nous plonge dans un monde secret formé de militaires aguerris, qui se fondent dans un corps dit d’élite, dont ils ont dû apprendre le plus rapidement possible les règles, les codes, la langue, ou en tout cas ses rudiments pour devenir des frères d’armes . 

    Parallèlement, elle s’intéresse au sort de leurs compagnes, contraintes elles aussi à s’adapter à leur situation, se pliant  aux usages pour intégrer le «club des épouses», dirigé par la femme du commandant. C’est le cas d‘une jeune Ukrainienne dont le fiancé vient de s’enrôler. Elle est engagée comme baby-sitter du petit garçon d’un couple formé d’un lieutenant qui ne semble pas trop sentir bon le sable chaud et d’une avocate qui a du mal à accepter ses obligations (Louis Garrel et Camille Cottin). 

    Prenant en exemple ces deux couples très différents dans leur appartenance et leur statut, l’auteure alterne alors les scènes entre les combats des hommes et les occupations fastidieuses, banales des femmes, testant leur capacité de résistance et d’attente face à une absence parfois très longue. 

    Belle performance des comédiens, dont Louis Garrel

    A l’évidence, Rachel Lang sait de quoi elle parle, étant elle-même réserviste. Pourtant, en dépit de sa justesse, de sa précision, de son réalisme, de son hommage à Beau travail de Claire Denis, on regrette le manque d’émotion qui se dégage d'un récit qui se veut intime, au plus près de ses protagonistes.  L'opus ressemble du coup davantage à un documentaire froid qu’à une fiction censée nous faire ressentir l’ennui, la tristesse de la séparation, la crainte de la mort.

    En revanche les comédiens tiennent la route, à commencer par un surprenant Louis Garrel, qu’on découvre en uniforme au début du film, fier de rejoindre son nouveau régiment. Et on n'oubliera pas la performance d'Ina Marija Bartaité, jeune actrice lituanienne de 25 ans, morte en avril dernier d'un accident de la route. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 octobre.

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  • Grand écran: "Gaza mon amour", tragi-comédie poétique, romantique et porteuse d'espoir

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    Pêcheur sexagénaire, Issa vit à Gaza, qu’il n’a pas l’intention de quitter en dépit des conseils d’un ami. Ce qu’il veut, c’est se marier. Pas avec n’importe quelle femme en revanche et surtout pas avec l’une des nombreuses candidates avides de lui plaire que sa sœur Manal ne cesse de lui présenter. Car ce célibataire prétendument endurci est secrètement amoureux de Siham, une couturière veuve qui envisage elle aussi de retrouver un compagnon 

    Mais il est timide et tout en usant de petites ruses pour rencontrer l’élue de son cœur,  il travaille dur à attraper du poisson. C’est ainsi qu’il ramène dans ses filets une statue antique, se dressant dans une position très avantageuse... Il s’agit du fameux Apollon de Gaza, qu’on avait par ailleurs découvert en 2018 dans le documentaire au titre éponyme du Genevois Nicolas Wadimoff. 

    Sans misérabilisme

    Issa décide de cacher chez lui, le mystérieux trésor. Mais quand les autorités locales mettent la main dessus, ses ennuis commencent. Parviendra-t-il enfin à déclarer son amour à Siham? L’opus est signé des jumeaux Arab et Tarzan Nasser, 33 ans, découverts à Cannes avec leur film choral Dégradé. Gaza mon amour est leur deuxième long métrage, où ils nous montrent la vie dans leur ville natale. 

    Evitant tout misérabilisme, ils tendent à se détacher d’un contexte politique complexe. Sans cependant oublier la pauvreté, les fréquentes coupures d’électricité, le risque constant d’une explosion de roquette, ils proposent une comédie poétique, romantique et tragique, porteuse d’un espoir à la fois personnel et social.

    Excellents comédiens

    Entre sentimentalité, candeur et gravité, ce Roméo et Juliette du troisième âge ne manque en outre pas d'un humour le disputant au burlesque,  la mythique sculpture permettant notamment aux frères Nasser de se moquer du Hamas, de critiquer une morale chancelante face à la perspective d’une vente juteuse de la statue. 

    Mais ce qui contribue à donner tout son sel à Gaza mon amour, c’est la réunion de ses deux interprètes, le très convaincant, parfois irrésistible Salim Daw, acteur arabe israélien et la magnifique Hiam Abbas, remarquable de retenue, de simplicité et de modestie.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 octobre.

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  • Grand écran: "Le traducteur", thriller au coeur de la révolution syrienne de 2011

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    En 2000, Sami (Ziad Bakri) officie comme traducteur de l’équipe de Syrie aux JO de Sydney, Quand un reporter demande à un boxeur sa réaction sur la mort du président Hafez-el Assad et le fait que son fils Bachar, 35 ans, ophtalmologue, lui ait succédé, le sportif répète ce que le superviseur officiel syrien lui souffle à l’oreille. 

    Cependant, Sami commet un léger lapsus qui le contraint à demander l’asile en Australie, où il obtient le statut de réfugié politique, se marie et s’adapte à sa nouvelle situation. Mais en 2011, au début de la révolution syrienne, il reçoit une vidéo qui remet cette existence tranquille en question. Elle montre son frère arrêté pendant une manifestation pacifique et ce tragique événement fait remonter les souvenirs douloureux de l’arrestation de son père par le régime trente ans auparavant. 

    Hanté par les images de violence dans sa ville natale, ne se pardonnant pas d’avoir laissé les siens derrière lui sous une menace constante tandis qu’il vit un quotidien douillet en Australie, Sami veut réparer le passé. Malgré les dangers, il décide de retourner en Syrie pour retrouver son frère. Sur place, de plus en plus conscient de sa responsabilité envers sa famille et son pays, il est à son tour amené à tout risquer pour la liberté.

    Dix ans après le soulèvement contre Assad, Rana Kazkaz et Anas Khalaf, qui ont eux-mêmes choisi de fuir la Syrie, proposent un thriller dense à la Costa-Gavras. et non un documentaire, ce qui est le plus souvent le cas pour évoquer les printemps arabes.  Il est centré sur l’exil, la culpabilité, mais surtout sur le poids, le pouvoir des mots, la façon dont on traite l’information, la nécessité de rapporter la vérité. 

    Porté par d’excellents comédiens, ce premier long-métrage raconte les aspirations d’une population au respect des Droits de l’Homme. Entre manifestations de rues réprimées dans le sang  et coups de théâtre, il nous laisse ressentir la confusion, l’angoisse, mais aussi l’espoir régnant dans ce pays qui vit dans la terreur d’un régime basé sur le culte de la personnalité, celle d’un dictateur barbare. A découvrir sans tarder.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande, depuis mercredi 29 septembre.   

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  • Grand écran: "Mourir peut attendre", un James Bond aussi haletant qu'audacieux et bizarre

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    Repoussé à plusieurs reprises depuis mars 2020 pour cause de coronavirus, Mourir peut attendre,  qui sort enfin ce jeudi 30 septembre en Suisse,  a été montré mardi à la presse, avec plusieurs projections simultanées à  Londres, Paris, Bruxelles ou  Zurich. La critique était soumise à un embargo strict jusqu’à ce mercredi une heure du matin, assorti de la prière d’en révéler le moins possible pour ne pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs. 

    Alors qu’en est-il des adieux de Daniel Craig, qui renonce après son cinquième Bond? Est-ce  le plus émouvant 007 de tous les temps, le meilleur de la franchise depuis Casino Royale ? Baroud d’honneur simplement satisfaisant pour le sixième interprète de l’agent le plus célèbre de la planète dans un opus longuet (2h45), pas toujours aidé par une intrigue trop tarabiscotée? 

    Il y a un peu de tout cela dans ce film aussi haletant qu'audacieux et bizarre. Du coup, on oscille entre fascination, délectation et déception en découvrant ce 25é épisode plus attendu que le Messie, signé de l’Américain Cary Joji Fukunada, réalisateur multiculturel (Sin nombre, la série True Detective,  Beasts Of  No Nation), qui nous fait voyager entre la Jamaïque, l’Italie, l’Angleterre , Cuba,  la Norvège et le japon.

    La fausse sortie du héros

    Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il réserve des surprises à la pelle, qu’on vous laissera découvrir. Après un pré-générique déconcertant, le plus long de la saga, à la fois magnifique et triste, doté d’un flash back de cinq ans venant expliquer  l’histoire douloureuse de la belle Madeleine Swann (Léa Seydoux) et sa relation perturbée avec 007, on retrouve l’agent secret en Jamaïque. Où, après avoir mis fin, dans Spectre, aux agissements  de son frère d’adoption le maléfique Blofeld (Chistoph Waltz), il s’est retiré et a rendu son matricule. Dorénavant dévolu à Nomi (Lashana Lynch), nouvelle 007.  

    Faux départ, évidemment. Bond va rencontrer Félix Leiter, de la  la CIA, qui lui demande de pourchasser un mystérieux individu. Voleur d'une arme biologique ciblant l’ADN de certaines populations, il constitue un énorme danger pour la sécurité mondiale. Inutile de préciser que les services secrets de Sa Majesté vont récupérer le retraité sans tarder...

    Un mélodrame sous couvert d'action

    Pour son dernier tour de piste, Daniel Craig, séducteur  vieillissant mais conservant son  punch légendaire,  incarne un 007 sentimental, amoureux, plus humain, plus vulnérable, vivant une relation compliquée avec Madeleine. Ce qui contribue à faire de ce 25e opus une sorte de mélodrame sous couvert de film d’action à grand spectacle. 

    Le  changement va sans doute déplaire aux puristes du genre. Mais pour les satisfaire, l’opus promet des scènes décoiffantes avec des combats spectaculaires à Cuba, dans un bateau, des fusillades, d’ahurissantes poursuites en voiture, des cascades échevelées à moto. Sans oublier les indispensables gadgets super high tech de Q. Ainsi que la présence du bien nommé Lyutsifer Safin (Rami Malek), un méchant dingue dans la lignée des anciens ennemis, en moins charismatique mais plus ambigu et dans l’air du temps, avec son plan diabolique visant à injecter des nanobots dans le sang de millions  de gens, qui seraient désormais porteurs d’un virus mortel. 

    Belle présence féminine 

    On salue par ailleurs une présence féminine plus importante, apportée par Phoebe Waller Purvis, créatrice et interprète de la série Fleabag, qui propose des partenaires encore plus fortes au héros.  A l’image de Lashana Lynch, particulièrement convaincante en nouvelle 007, qui n’apprécie guère le retour de son prédécesseur et qui défouraille elle aussi plus vite que son ombre. Et que dire de la ravissante comédienne cubaine  Ana de Armas, sulfureuse apprentie espionne déchaînée en robe du soir, plombant impitoyablement tout être malfaisant à sa portée! Quant à Léa Seydoux, surprenante et peu conforme, véritable amour de James, elle porte des scènes importantes en incarnant une autre facette des Bond girls qui appartenaient déjà au passé.  

    Quid du prochain 007?

    Daniel Craig ayant jeté l'éponge, tous les acteurs britanniques de premier plan ont été annoncés dans le futur costume du fameux  espion. Idris Elba, Tom Hiddleston, Richard Madden, Tom Hardy, James Norton... On a aussi parlé d'une femme, ce qui semble improbable. Quoi qu'îl en soit, l'identité du prochain interprète de James Bond ne sera pas connue avant l'année prochaine, a indiqué Barbara Broccoli, la productrice de la franchise qui fêtera ses 60 ans en 2022. 

    A l'affiche dans les salles de Suisse dès jeudi 30 septembre.  

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  • Grand écran: François Ozon nous met face à la mort dans "Tout s'est bien passé". André Dussollier remarquable

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    L’éclectisme est une constante chez François Ozon, auteur d’une quarantaine de métrages longs et courts. Soucieux de construire une œuvre sans se répéter, il ne cesse de surprendre en passant du fantastique au musical, de la comédie à la tragédie du thriller au mélodrame.

    Après Été 85, teen-movie gay romanesque sur fond de pacte délirant où il donnait libre court à son goût pour la subversion des normes sociales, le cinéaste change radicalement de registre et  nous plonge dans l’actualité en proposant Tout s'est bien passé, comme il l’avait fait en 2018 avec Grâce à Dieu, remarquable fiction sur la pédophilie au sein de l’Eglise catholique, sortie en plein procès du père Bernard Preynat.

    Dans ce drame familial, le réalisateur aborde de front le sujet polémique et puni en France du suicide médicalement assisté. Son film, de facture classique, est adapté du roman  autobiographique d’Emmanuèle Bernheim (décédée d’un cancer en 2017) qui avait aidé son propre père à mourir.

    Une course contre la montre

    A 85 ans celui-ci (André Dussollier) est hospitalisé  à la suite d’un AVC. Il se réveille très diminué, totalement dépendant. Face à une insupportable déchéance, ce riche industriel, collectionneur d’art bisexuel qui a trop aimé la vie, ses plaisirs et ses folies pour se voir réduit à un légume, demande l’assistance de sa fille pour en finir rapidement. Déchirée, elle va finalement accepter Mais comment s’y prendre en tenant compte des trivialités de la vie quotidienne? S’engage alors une véritable course contre la montre pour se rendre en Suisse. 

    Tout s’est bien passé qui interroge au plus profond la question de la fin de vie, doit beaucoup à ses comédiens dirigés de main de maître par François Ozon. Emmanuèle est incarnée par Sophie Marceau, juste et intense, qui marque son retour très convaincant dans un grand rôle. De son côté Charlotte Rampling est parfaite, comme toujours, en ex-épouse dépressive. A l’image de Grégory Gadebois, en ancien amant mystérieux d’André en terrible souffrance et surnommé «grosse merde» par Emmanuèle et sa sœur (Géraldine Pailhas).

    Sans pathos ni complaisance

    Mais ce qui domine dans le combat de ce cet homme pour partir dans la dignité, c’est la formidable prestation d’André Dussollier, par ailleurs un brin curieusement abordé sous l’angle d’un désir homosexuel. Le visage redoutablement transformé et figé à l’aide de prothèses, s’exprimant très difficilement, il se révèle absolument bouleversant dans son immense détresse physique. 

    Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour, de causticité. Par exemple quand il se demande comment font les pauvres, en découvrant le prix très élevé d’un suicide assisté en Suisse… Eh bien ils attendent  la mort, lui répond sa fille, tout aussi cyniquement. Un second degré à l’image du film de François Ozon et de son plaidoyer pour une liberté de choix, Evitant les écueils du film à sujet, il sait émouvoir sans pathos ni complaisance.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 septembre.

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