Google Analytics

27/11/2018

Grand écran: "Genesis 2.0", ou si on ressuscitait le mammouth...

1367611_backdrop_scale_1280xauto.jpgSur les terres inhospitalières de Nouvelle Sibérie, dans l’océan Arctique, des dizaines de chasseurs tentent de découvrir des défenses de mammouth. Bien conservées, elles valent des fortunes sur le marché. Elles passionnent également des scientifiques qui, grâce à l’avancée des technologies en biologie génétique, sont proches de concrétiser leur projet de ressusciter le mammouth laineux. Une affaire qui pourrait bouleverser le monde.

Genesis 2.0 est un documentaire réalisé par les cinéastes russe Maxim Arbugaev et suisse Christian Frei, Le premier, jouant les reporters et livrant de belles images, s’intéresse aux chasseurs des grandes dents de la chance leur permettant de nourrir leurs familles. Ainsi qu'au danger encouru à déranger les esprits de ces mastodontes préhistoriques. Le second traite parallèlement l’aspect scientifique en suivant des spécialistes ou responsables du musée du mammouth qui tentent de lui redonner vie.

S'interrogeant sur le sens de la vie, le documentaire passe ainsi des plaines désertiques au high tech en se perdant un peu en route et se conclut avec un débat sur l’éthique du clonage où s’affrontent un chercheur britannique au discours messianique et un inquiétant généticien chinois. Au final, on a un aperçu des recherches en biologie de synthèse. Mais on reprochera à Christian Frei, en dépit de la promesse que contient sa partie en forme de science-fiction, de  nous promener trop souvent dans des laboratoires sans nous donner grand-chose à voir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 28 novembre.

20:04 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: Kheiron continue à se raconter dans "Mauvaises herbes". Avec Catherine Deneuve et André Dussolier

deneuve-kheiron-mauvaises-herbes.pngKheiron, réalisateur de Nous trois ou rien ou il racontait la fuite d’Iran de ses parents vers la France, revient avec Mauvaises herbes, où il continue à dérouler le fil de sa vie, Cette fois, il décrit ses années d’éducateur auprès d’enfants en décrochage scolaire.

Il se donne le rôle principal de Waël, un gamin venu de loin comme l’illustre la scène d’ouverture évoquant le massacre de civils palestiniens au Liban en 1982. Orphelin, il est recueilli puis placé en banlieue parisienne. Devenu un petit délinquant, il monte une arnaque au sac à main avec sa complice Monique (Catherine Deneuve) une pétulante retraitée peu conformiste.

Leur combine marche plutôt bien jusqu’au jour où ils tombent sur Victor (André Dussolier) un ancien amoureux de Monique, bénévole dans un centre pour ados à problèmes. Le duo va alors devoir s’acheter une conduite. Monique est promue secrétaire de l’association tandis que Waël va s’occuper de six lycéens révoltés. Une expérience de patronage dont ils vont profiter mutuellement.

Tentant un de jongler entre humour et gravité, Kheiron raconte le parcours de Waël à coups de flashbacks: son errance périlleuse dans Beyrouth, son accueil par une nonne avec passages lourdauds sur son enfance v(i)olée, puis son adoption en France. Kheiron se donne de la peine et en a dans cette fable démonstrative à vocation édifiante, qui se révèle trop lisse, naïve et maladroite.

Entre farce et mélodrame, il livre un scénario à l’humanisme balourd, truffé de vannes pas très drôles à de rares exceptions, de séquences peu crédibles qui frisent le ridicule quand elles n’y tombent pas. Peuplé d’archétypes, il est surtout pétri de bons sentiments qui ne font hélas pas de bons films. Par ailleurs, s’il a pu s’offrir deux stars, ce n’est guère payant, même de la part de la grande Catherine Deneuve, certes courageuse mais peu convaincante en dame de charité foldingue.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 novembre.

16:15 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: "Widows", le polar noir féministe de Steve McQueen

alison_widows_20thcentury_ringer.0.jpgC’est l’un des réalisateurs hollywoodiens le plus couru. Oscarisé il y a quatre ans pour 12 Years A Slave, Steve McQueen change de registre avec Widows (Les veuves), un thriller féministe adapté, avec Gillian Flynn (notamment scénariste de Gone Girl), d’une série britannique éponyme des années 80. L’auteur a transposé l’action dans le Chicago d’aujourd’hui.

Veronica (Viola Davis) se la coule douce grâce aux activités criminelles de son mari Rawlins (Liam Neeson), dont elle est très amoureuse. Mais sa vie bascule le jour où ce dernier et ses trois complices sont abattus par la police dans le gros casse qu’ils ont concocté, la laissant avec une dette de plusieurs millions.

Elle n’a pas le temps de pleurer, se trouvant rapidement sous la pression de redoutables créanciers politiciens corrompus, exigeant l’argent du braquage. Veronica convainc alors les trois autres veuves également menacées (Michelle Rodriguez, Cynthia Erivo et Elizabeth Debicki), de terminer le boulot commencé, dans le but de reprendre le contrôle de leur vie et se mettre à l’abri.

Deux mondes aussi pourris l'un que l'autre

Entre deuil, sexe, religion, criminalité et questions raciales, Steve McQueen dessine un parallèle entre le monde des politiciens et celui des gangsters, aussi pourri et cruel l’un que l’autre. Et surtout, c’est d’actualité dans la Mecque du cinéma, fait opportunément la part belle aux femmes. Battantes plus fortes que les hommes, elles sont chacune issue d’un milieu différent sur les plans social ethnique, économique.

On peut certes se demander si c’est une bonne chose que leur émancipation passe par un casse réussi… mais on se contentera de signaler que les héroïnes s’en sortent avec talent. A commencer par Elizabeth Debicki, qui tend à voler la vedette à l’incontournable Viola Davis. On n’en dira pas autant du réalisateur qui signe un polar noir bien filmé mais ordinaire, en dépit ou à cause de ses braqueuses de choc, un concept dans le fond limité. D'une violence complaisante, il pêche notamment par une intrigue inutilement tarabiscotée comportant quelques incohérences, un retournement central inutile et un final bâclé.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 novembre.

15:55 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

26/11/2018

Grand écran: "Lola et ses frères", une comédie familiale superficielle signée Jean-Paul Rouve

870x489_c_christophe_brachet_15.jpgAprès avoir adapté Les souvenirs, Jean-Paul Rouve refait équipe avec l’écrivain David Foenkinos pour Lola et ses frères, une comédie qui se veut humoristico-dramatico-sociale. Comme son titre l’indique, elle met en scène deux frères, Benoît et Pierre (le réalisateur lui-même et José Garcia) ainsi que leur soeur Lola (Ludivine Sagnier). 

Des caractères différents, opposés. Opticien, le timoré et maladroit Benoît qui se remarie pour la troisième fois, va devenir père sans y être prêt. Destructeur de barres d’immeubles, le courageux Pierre se fait licencier. Quant à l’avocate Lola, servant à ses dépens de lien à la fratrie, elle tombe heureusement amoureuse de Zoher (Ramsy Bedia), son client qui vient de divorcer.

Chacun vit sa vie. Mais très soudés, s’adorant tout en se volant dans les plumes à la moindre occasion, ils se retrouvent tous les premiers jeudis du mois au cimetière devant la tombe de leurs parents prématurément décédés où ils tentent de se dire des choses importantes. Car s’ils sont inséparables en dépit des engueulades, reproches, brouilles et embrouilles, ils sont incapables de se parler et de s’écouter. Ou, par pudeur, de demander le soutien des deux autres lors de phases difficiles et perturbantes.

On suit alors en parallèle, les mésaventures des différents protagonistes. Sous prétexte d’une radiographie des travers ou des joies du quotidien, Jean-Paul Rouve brasse pêle-mêle les thèmes rebattus de la famille, de l’amour fraternel, de l’absence de communication, de la transmission, de la paternité dans un film paresseux, superficiel, au récit sans surprise et aux situations souvent caricaturales. Ennuyeux pour tout dire.

En revanche, face au manque de consistance et de profondeur des personnages qu’ils incarnent, on relève le mérite des comédiens. Plus particulièrement celui d’un José Garcia attachant et d’un Ramsy Bedia carrément attendrissant dans une partition à contre-emploi. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 novembre.

20:57 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

21/11/2018

Grand écran: avec "Heureux comme Lazzaro" Alice Rohrwacher fait l'éloge de la bonté et révèle un acteur

Lazzaro-felice-sl.jpgAprès Les Merveilles, chronique d’une famille en Ombrie, Alice Rohrbacher revient avec Heureux comme Lazzaro, où elle met en scène un jeune paysan ( Adriano Tardolio, une révélation). Il vit dans un hameau italien à l'écart du monde, au sein d’une communauté d’une trentaine de paysans très pauvres.

Ils cultivent du tabac pour la propriétaire des lieux, la riche et extravagante marquise Alfonsina de Luna, qui les exploite sans vergogne et en toute illégalité. Humiliés, méprisés traités comme des esclaves, ils ne sont non seulement pas payés, mais accumulent les dettes envers leur employeur qui en profite encore pus honteusement.

Et à leur tour, les fermiers tyrannisent Lazzaro, Mais ce garçon simplet, innocent, doux et taiseux, au visage naïf, habité d’une infinie bonté, exécutant les tâches les plus grossières, ne se plaint ni ne se rebelle jamais. Joyeux, serviable, il noue une amitié avec le beau Tancredi, le fils de la marquise, ado bourgeois arrogant et rebelle, qui abuse également de son inaltérable gentillesse tout en se montrant singulièrement complice.

Sur le chemin de la sainteté

Mais la police finit par débarquer pour mettre un terme à ces conditions féodales. C'est alors que Lazzaro, réfugié  dans les collines, tombe d’une falaise et qu'un autre film commence. On se retrouve vingt ans après dans un décor urbain qui a remplacé la ruralité. Sauf que la situation est pire. Vieillis, usés, encore plus misérables, les mêmes paysans tentent de subsister en mendiant dans la crasse d’un bidonville près d’une voie de chemin de fer.

Et tandis qu’on le croyait mort, Lazzarro réapparaît tel qu’avant sa chute, physiquement, mentalement, moralement, portant les mêmes vêtements. Un bienheureux sur le chemin de la sainteté pour aider ses proches, son prénom faisant évidemment référence au mythe de la résurrection de Lazare.

Il est magnifiquement interprété par le génial Adriano Tardolio, atout majeur de cette œuvre entre passé et présent, néoréalisme et surréalisme, rêve et réalité sur fond de mystère et de mysticisme. Montrant sa compassion, son empathie envers les laissés pour compte, Alice Rohrwacher  livre une émouvante et envoûtante fable politico-sociale aux accents pasoliniens. Dans cette parabole pleine de grâce et de poésie, récompensée par un Prix du scénario au dernier Festival de Cannes, elle dénonce l’injustice, l’inégalité, la servitude, l’indignité et la cruauté d’un monde déshumanisé.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 novembre.

18:01 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

20/11/2018

Grand écran: "Les bonnes intentions" de Gilles Legrand peinent à convaincre. Avec Agnès Jaoui

5696551.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgIsabelle vit à Paris avec son mari, un ex-réfugié bosniaque et ses deux enfants. Issue d’une famille bourgeoise, mal aimée par sa mère, le credo de cette quinquagénaire c’est aider les autres. Elle est même tellement addict à l’humanitaire qu’elle en oublie les besoins de sa famille, à qui elle reproche son manque d’engagement et d’empathie pour les causes qui lui tiennent à cœur. 

Bénévole dans un centre social, Isabelle se donne corps et âme pour enseigner le français à des personnes défavorisées et à des étrangers. Ses méthodes sont pourtant jugées bien peu efficaces par la direction qui engage quelqu’un d’autre.

Furieuse et déconfite face à cette concurrente, elle décide de s’impliquer encore davantage auprès de ses élèves et se met en tête de leur faire passer le permis de conduire. Une jalousie qui nous ferait presque douter de ses bonnes intentions...

On voit bien où le réalisateur Gilles Legrand veut en venir avec cette comédie sociale censée s’opposer au politiquement correct dans la dénonciation de préjugés tous azimuts. Mais à part quelques scènes amusantes ou  certains dialogues un peu piquants, le film se révèle dans l'ensemble trop balourd, voire caricatural, pour convaincre. Et Agnès Jaoui ne parvient hélas pas à emporter le morceau.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 21 novembre.

19:00 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: "Les filles du soleil ", hommage raté aux combattantes kurdes entre complaisance et pathos

DpuIUY5V4AAUTaF.jpgAu Kurdistan, un bataillon féminin tente une offensive militaire contre les djihadistes. Violées, brutalisées, vendues comme esclaves, les maris tués sous leurs yeux, leurs enfants enlevés, ces ex-prisonnières dont la vie a basculé, sont devenues des guerrières d’exception après avoir réussi à échapper aux griffes de leurs bourreaux.

Mathilde, une journaliste française jouée par Emmanuelle Bercot les suit, tandis que l’Iranienne Golshifteh Farahani interprète la commandante Bahar, qui se prépare à libérer la ville avec «Les filles du soleil». D’une grande actualité politico-sociale, le sujet est fort. Malheureusement Eva Husson en fait un film naïf, grossier, mal écrit, mal dialogué, pétri de clichés et de bons sentiments.

Une partie du scénario s’attache plus particulièrement au passé récent douloureux de ces deux femmes, surtout celui, traumatique, de Bahar à grands coups de flash-backs démonstratifs, où la réalisatrice fait assaut de complaisance.

L’autre relève du film de guerre traditionnel. Sauf qu’à part entendre les combattantes kurdes chanter en scandant le slogan «la femme, la vie, la liberté» et les voir se livrer à quelques échanges de coups de feu avec les islamistes, on n’en saura pas davantage sur le quotidien tragique de ces femmes courageuses, qui s’élèvent en rempart contre Daech entre la Syrie, l’Irak et la Turquie.

Une tendance consternante au pathos et au tire-larmes

En dépit d’une belle photographie, le film dysfonctionne à tous les étages et ne leur rend pas hommage. Bien au contraire. On cherche vainement le point de vue de la cinéaste, qui privilégie une approche consensuelle avec une tendance consternante à se vautrer dans le pathos et le tire-lames. Sans oublier une musique pompeuse et un happy end aussi laborieux que le monologue féministe de fin.

Restent les comédiennes, qui ne contribuent pas franchement à relever le niveau. Avec son cache-œil noir (à l’image de la journaliste britannique Marie Colvin, tuée à Homs en 2012), Emmanuelle Bercot a l’air d’une pièce rapportée dès son apparition.

Quant à la sublime Golshifteh Farahani, turban très seyant et impeccablement maquillée, elle semble mieux armée pour une exhibition dans une fashion week façon commando, que pour les affrontements sanglants sur le terrain.

Eva Husson faisait partie des trois réalisatrices en lice pour la Palme d’or au dernier festival de Cannes. Elle est repartie on ne peut plus logiquement les mains vides.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 novembre

16:23 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

16/11/2018

Grand écran: Yann Gonzalez nous plante "Un couteau dans le coeur". Avec Vanessa Paradis en productrice lesbienne de porno gay

maxresdefault.jpgA l’image de Gaspar Noé, le Français Yann Gonzalez est un réalisateur clivant. En témoignent les critiques diamétralement opposées de son dernier film Un couteau dans le cœur. Cela va du chef d’oeuvre au navet. Entre les deux, il séduit sans toujours convaincre.

Paris 1979. Anne (Vanessa Paradis) a fait carrière dans la production de porno gay de série Z. Lorsque Loïs, sa compagne et monteuse la quitte, elle tente désespérément de la reconquérir en tournant un opus beaucoup plus ambitieux, dont elle confie la réalisation à Archibald, son complice de toujours.

Mais un mystérieux assassin contrarie ses plans. Précédé par le vol d’un oiseau, ce Belphégor queer psychopathe tue sauvagement les acteurs les uns après les autres, armé d’un godemiché à lame rétractable. Anne est alors entraînée dans une étrange enquête, plus kitsch que policière.

Dans Les rencontres d’après minuit, Yann Gonzalez retrouvait la singularité du cinéma onirique et surréaliste français des années 70. Avec Un couteau dans le cœur, il persiste dans la nostalgie. Entre clins d’œil et  citations, il rend hommage au cinéma en général et au giallo en particulier. Mêlant thriller, horreur et érotisme, proposant fausses pistes et indices propres à diverses interprétations, ce genre italien eut ses heures de gloire dans les années 60-80, grâce à des réalisateurs comme Dario Argento ou Mario Bava.

L’illustration d’un amour perdu

En reprenant les codes et en les modernisant, Yann Gonzalez livre un film empreint de culture gay et de dérision, lyrique et amusant, poétique et bouffon, fétichiste et baroque. Maladroit parfois, poseur à l’occasion, il illustre un amour perdu, impossible, avec le portrait d’une femme désespérée et violente.

Elle est interprétée par une Vanessa Paradis lookée cuir et aux cheveux platine. Très crédible, elle est douloureusement confrontée à la rupture déchirante avec l’amour de sa vie et à la mort de ses comédiens. A ses côtés on retrouve Nicolas Mury, Jacques Nolot ou Rohmane Bohringer.

1273350.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgRencontré à Genève à l’occasion du GIFF (Geneva International Film Festival), Yann Gonzalez, se décrivant comme un romantique, nous en raconte davantage sur cette proposition hédoniste particulière, esthétiquement réussie, imparfaite dans ses oscillations entre mélo et giallo, moins extrême qu’on pourrait s’y attendre.

Quelle est la genèse d’Un couteau dans le cœur?

J’avais envie de frayer avec le réel, la volonté d’offrir quelque chose de plus ouvert, de plus divertissant. Je suis parti d’une fascination pour cette femme brutale, alcoolique, inspirée d’un vrai personnage, Anne-Marie Tensi, étonnante pionnière. Productrice lesbienne de porno gay, amoureuse de sa monteuse, elle avait une cinquantaine de films à son actif, presque tous disparus. Tournés sur le même canapé, un peu crapoteux, ils montrent un aspect de la vie interlope parisienne de l'époque,

 

Vous rendez hommage au giallo. Vous êtes nourri de métrages déviants, d’érotisme, d’horreur. De cinéma bis.

Le giallo m’attire. C’est un cinéma de la catharsis, un miroir déformant de sa propre réalité. En revanche je n’aime pas trop ce terme de cinéma bis. Je le trouve réducteur et péjoratif à l’égard d'oeuvres qui charrient autant de beauté que de sensibilité.

Un couteau dans le coeur traite en fait d’un désir de cinéma tout court.

Absolument, un désir puissant, névrotique, qui puise dans les ténèbres de la psyché. C’est un cri d’amour, un hymne à la pellicule, au côté organique, à cette matière effacée par le numérique. Mais je brosse surtout un portrait de femme, amoureuse, névrosée, hostile, enragée.

Vous aimez engager des célébrités. Là, vous avez fait appel à Vanessa Paradis

C’est notamment une manière de rendre le film plus accessible. Mais ce qui m’intéresse c’est de réinventer quelque chose chez une vedette. Vanessa a un côté absolu, vibrant, une violence, une intensité magique, sombre, obscure. Je me suis également inspiré de sa part d’enfance. Les stars aujourd’hui sont trop exposées. Cela enlève du mystère. Vanessa se préserve de cela. Elle parvient à garder une sorte d’imaginaire. Et puis il y a sa voix un peu cassée, nerveuse, pleine de variations. Une voix pour l’artifice, le rêve.

Est-ce pour cela que vous vous accordez, selon vous, comme deux musiciens?

Oui. Mais j’écris surtout des paroles en anglais pour M38, le groupe de mon frère Anthony qui a composé la musique du film. Il est vrai que pour moi, un dialogue doit être musical Je dirais plutôt nous sommes deux mélomanes amateurs de musique.

Vous êtes un réalisateur soit encensé, soit descendu en flammes, à l'image de ce qui s'est passé à Cannes en mai dernier. Comment le prenez-vous?

Il y a des choses qui m’ont blessé. Comme le fond d’homophobie chez ce critique pour qui mon film était la honte de la compétition. Mais au fond, je suis ravi de faire un film qui divise. Je préfère cela au tiède.

Pensez-vous déjà au prochain?

Oui. Il sera question de voyage. On m’a fait découvrir l’œuvre d’Ursula K, cette écrivaine américaine qui décrit des mondes utopiques.

A l'affiche à l'Empire. Vendredi et samedi à 23h30. Lundi et mardi à 12h15.

 

15:57 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |

13/11/2018

Grand écran: avec "Blaze", Ethan Hawke redonne vie à un artiste méconnu de la country

maxresdefault.jpgActeur, réalisateur et écrivain, Ethan Hawke s’est inspiré, pour sa quatrième réalisation, de la vie de Blaze Foley, légende méconnue du mouvement Outlaw Country texan des années 70-80.

Né Michael David Fuller en 1949 en Arkansas, il grandit au Texas, joue dans un groupe évangélique, The Fuller Family, avec sa mère et ses sœurs avant de se produire à Atlanta, Chicago, Houston et Austin Auteur de chansons douloureusement intimes, il est mort tragiquement, tué par balle 40 ans plus tard.

Hawke mêle trois époques avec des versions réinventées du passé, du présent et du futur de Blaze. Tout en évoquant les hauts et les bas vertigineux de l’artiste, sorte d’étoile filante de la musique touchée par la grâce mais abîmée par ses addictions à la drogue et à l’alcool, les différents volets évoquent son histoire d’amour impossible avec Sybil Rosen (Alia Shawkat), sa dernière nuit sur terre, l’impact de ses chansons et de sa mort sur ses fans, ses proches, ses ennemis.

Dans le rôle de Blaze, on découvre le musicien Ben Dickey, acteur débutant, prix spécial d'interprétation à Sundance où l'opus a d'abord été présenté. Il y a de l’aventure, de la poésie, de la mélancolie et de la souffrance dans l’hommage à ce personnage aussi passionné qu’autodestructeur. Pourtant, bien que prometteur en sortant du schéma traditionnel du biopic, le film peine à séduire, notamment en raison de son manque de rythme qui le rend interminable.

gettyimages-908919386.jpg"Nous avons tous une flamme à l’intérieur"

Présent au dernier festival de Locarno où il avait reçu un Excellence Award, Ethan Hawke (photo), a notamment évoqué sa co-scénariste Sybil Rosen. "C’est une partie de la magie. Je suis tombé sur le livre qu’elle a consacré à Blaze. Elle a décidé de me rejoindre. Comme elle tenait un journal, cela a facilité le scénario, en rendant tout réel, visible".

Il avoue se sentir très proche du film, profondément connecté. "J’ai par ailleurs été inspiré et influencé par beaucoup d’œuvres des années 70. On pourrait voir Ben Dickey chez Altman". En revanche il n’est pas comme son héros qui ne voulait pas devenir une star mais une légende. "Ce qui m’intéresse c’est de vivre. Je n’avais pas l’intention de mythifier Blaze. Au contraire. Je pense que nous avons tous une flamme à l’intérieur".

C’est le cas de Hawke, personnage aux multiples facettes du cinéma américain et international. rarement voire jamais là où on l’attend, quatre fois nominé aux Oscars, acteur engagé pour qui tout est politique. "Notre vie à tous l'est. Lorsque nous racontons notre vie dans un film, nous sommes automatiquement politiques'.

"J'adore les collaborations"

Ethan Hawke débute à 14 ans dans le film Explorers (1985) et se fait connaître du grand public lors du triomphe de Dead Poets Society (Le Cercle des poètes disparus, 1989), de Peter Weir, en se glissant, au côté de Robin Williams, dans la peau de l’étudiant introverti Todd Anderson.

En 1995, il rencontre Richard Linklater, qui le choisit pour jouer Jesse dans Before Sunrise, premier chapitre d’une trilogie pour laquelle il sera aussi scénariste. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur huit films. Parmi les réalisateurs avec lesquels Hawke a également souvent collaboré, figurent Andrew Niccol et Antoine Fuqua. "Plus je vieillis, plus j'aime les collaborations", remarque-t-il

Avant Blaze, il était passé à la réalisation avec Chelsea Walls (2001). Ont suivi l’adaptation de son deuxième roman The Hottest State (2006) et le documentaire Seymour: An Introduction (2014),

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 14 novembre.

17:57 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: "Les chatouilles", danse de la colère pour dénoncer la pédophilie. Bouleversant

3686922.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgViolée dans son enfance, Andréa Bescond continue, dans son premier film, à raconter son histoire déchirante. La réalisatrice s’est risquée à mettre en scène la pédophilie dans Les chatouilles, adaptant avec Eric Métayer son spectacle autobiographique de théâtre et de danse. Un joli titre évidemment trompeur, car c’est bien d’abus sexuels sur une enfant qu’il s’agit. Répétés mais cachés, parce qu’il est impossible à la victime d’en parler.

Le film ouvre sur une danseuse, avant de nous emmener dans une chambre où une ravissante fillette au teint de porcelaine dessine. Elle nous serre le coeur quand elle est interrompue par un monsieur qui veut jouer à la poupée et l'emmène dans la salle de bain… Vers la fin on reverra la danseuse en transes qui se tord, tremble, tombe, se relève, s’effondre encore, se remet debout.

Au fil de l’intrigue, on comprend le côté salvateur de la danse pour Odette (Andréa Bescond) qui, adulte, cherche à se reconstruire et déboule chez une psy (Carole Franck), déterminée à briser enfin la loi du silence. Car elle a été régulièrement violée dans son enfance par Gilbert, un papa de trois garçons, le meilleur ami de ses parents qui l’admirent, l’invitent à déjeuner le dimanche et lui sont si reconnaissants d’emmener la gamine en vacances.

Avec la psy, Odette remonte le temps. On la voit à huit ans, fragile et sage blondinette (Cyrille Mairesse) qui murmure «non», mais dont on sent la rage et l’envie de hurler lorsque l’odieux Gilbert au sourire mielleux lui impose ses «chatouilles» dévastatrices.

Audacieuses trouvailles

Agitée, emportée, parfois prostrée, Odette revit un parcours où elle s’étourdissait entre drogue, alcool et brèves rencontres, dit pourquoi elle s’est tue si longtemps, comment elle a tenté de gérer son traumatisme en l’enfouissant sans succès le plus profondément possible.

Parlant des violences subies, puis surtout de résilience, les deux réalisateurs traitent pudiquement mais sans voile, avec une certaine légèreté et une pointe d’humour, ce sujet délicat. Se permettant d’audacieuses trouvailles de mise en scène où les lieux et les époques s’emboîtent se superposent, sur fond de décalage psychanalytique et de fantasmes thérapeutiques.

32205051_0_0.jpgDe leur côté, les comédiens (photo) sont tous remarquables. A côté de l’excellente Andréa Bescond bouillonnante de colère et d'énergie, le surprenant et inquiétant Pierre Deladonchamps, glaçant de justesse, campe l’odieux pédophile tandis que Clovis Cornillac, père doux et aimant, bouleverse dans ses remords de n’avoir rien vu lorsqu’il apprend la vérité et demande pardon à sa fille.

Quant à Karine Viard, incapable d’affronter la honte, elle est parfaite en mère détestable, rigide, dans le déni, ambiguë quand elle se plaint amèrement d’avoir eu une vie autrement dure que celle d’Odette qui, pour elle, fait un drame de rien…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 14 novembre.

 

15:55 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |