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13/11/2018

Grand écran: avec "Blaze", Ethan Hawke redonne vie à un artiste méconnu de la country

maxresdefault.jpgActeur, réalisateur et écrivain, Ethan Hawke s’est inspiré, pour sa quatrième réalisation, de la vie de Blaze Foley, légende méconnue du mouvement Outlaw Country texan des années 70-80.

Né Michael David Fuller en 1949 en Arkansas, il grandit au Texas, joue dans un groupe évangélique, The Fuller Family, avec sa mère et ses sœurs avant de se produire à Atlanta, Chicago, Houston et Austin Auteur de chansons douloureusement intimes, il est mort tragiquement, tué par balle 40 ans plus tard.

Hawke mêle trois époques avec des versions réinventées du passé, du présent et du futur de Blaze. Tout en évoquant les hauts et les bas vertigineux de l’artiste, sorte d’étoile filante de la musique touchée par la grâce mais abîmée par ses addictions à la drogue et à l’alcool, les différents volets évoquent son histoire d’amour impossible avec Sybil Rosen (Alia Shawkat), sa dernière nuit sur terre, l’impact de ses chansons et de sa mort sur ses fans, ses proches, ses ennemis.

Dans le rôle de Blaze, on découvre le musicien Ben Dickey, acteur débutant, prix spécial d'interprétation à Sundance où l'opus a d'abord été présenté. Il y a de l’aventure, de la poésie, de la mélancolie et de la souffrance dans l’hommage à ce personnage aussi passionné qu’autodestructeur. Pourtant, bien que prometteur en sortant du schéma traditionnel du biopic, le film peine à séduire, notamment en raison de son manque de rythme qui le rend interminable.

gettyimages-908919386.jpg"Nous avons tous une flamme à l’intérieur"

Présent au dernier festival de Locarno où il avait reçu un Excellence Award, Ethan Hawke (photo), a notamment évoqué sa co-scénariste Sybil Rosen. "C’est une partie de la magie. Je suis tombé sur le livre qu’elle a consacré à Blaze. Elle a décidé de me rejoindre. Comme elle tenait un journal, cela a facilité le scénario, en rendant tout réel, visible".

Il avoue se sentir très proche du film, profondément connecté. "J’ai par ailleurs été inspiré et influencé par beaucoup d’œuvres des années 70. On pourrait voir Ben Dickey chez Altman". En revanche il n’est pas comme son héros qui ne voulait pas devenir une star mais une légende. "Ce qui m’intéresse c’est de vivre. Je n’avais pas l’intention de mythifier Blaze. Au contraire. Je pense que nous avons tous une flamme à l’intérieur".

C’est le cas de Hawke, personnage aux multiples facettes du cinéma américain et international. rarement voire jamais là où on l’attend, quatre fois nominé aux Oscars, acteur engagé pour qui tout est politique. "Notre vie à tous l'est. Lorsque nous racontons notre vie dans un film, nous sommes automatiquement politiques'.

"J'adore les collaborations"

Ethan Hawke débute à 14 ans dans le film Explorers (1985) et se fait connaître du grand public lors du triomphe de Dead Poets Society (Le Cercle des poètes disparus, 1989), de Peter Weir, en se glissant, au côté de Robin Williams, dans la peau de l’étudiant introverti Todd Anderson.

En 1995, il rencontre Richard Linklater, qui le choisit pour jouer Jesse dans Before Sunrise, premier chapitre d’une trilogie pour laquelle il sera aussi scénariste. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur huit films. Parmi les réalisateurs avec lesquels Hawke a également souvent collaboré, figurent Andrew Niccol et Antoine Fuqua. "Plus je vieillis, plus j'aime les collaborations", remarque-t-il

Avant Blaze, il était passé à la réalisation avec Chelsea Walls (2001). Ont suivi l’adaptation de son deuxième roman The Hottest State (2006) et le documentaire Seymour: An Introduction (2014),

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 14 novembre.

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Grand écran: "Les chatouilles", danse de la colère pour dénoncer la pédophilie. Bouleversant

3686922.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgViolée dans son enfance, Andréa Bescond continue, dans son premier film, à raconter son histoire déchirante. La réalisatrice s’est risquée à mettre en scène la pédophilie dans Les chatouilles, adaptant avec Eric Métayer son spectacle autobiographique de théâtre et de danse. Un joli titre évidemment trompeur, car c’est bien d’abus sexuels sur une enfant qu’il s’agit. Répétés mais cachés, parce qu’il est impossible à la victime d’en parler.

Le film ouvre sur une danseuse, avant de nous emmener dans une chambre où une ravissante fillette au teint de porcelaine dessine. Elle nous serre le coeur quand elle est interrompue par un monsieur qui veut jouer à la poupée et l'emmène dans la salle de bain… Vers la fin on reverra la danseuse en transes qui se tord, tremble, tombe, se relève, s’effondre encore, se remet debout.

Au fil de l’intrigue, on comprend le côté salvateur de la danse pour Odette (Andréa Bescond) qui, adulte, cherche à se reconstruire et déboule chez une psy (Carole Franck), déterminée à briser enfin la loi du silence. Car elle a été régulièrement violée dans son enfance par Gilbert, un papa de trois garçons, le meilleur ami de ses parents qui l’admirent, l’invitent à déjeuner le dimanche et lui sont si reconnaissants d’emmener la gamine en vacances.

Avec la psy, Odette remonte le temps. On la voit à huit ans, fragile et sage blondinette (Cyrille Mairesse) qui murmure «non», mais dont on sent la rage et l’envie de hurler lorsque l’odieux Gilbert au sourire mielleux lui impose ses «chatouilles» dévastatrices.

Audacieuses trouvailles

Agitée, emportée, parfois prostrée, Odette revit un parcours où elle s’étourdissait entre drogue, alcool et brèves rencontres, dit pourquoi elle s’est tue si longtemps, comment elle a tenté de gérer son traumatisme en l’enfouissant sans succès le plus profondément possible.

Parlant des violences subies, puis surtout de résilience, les deux réalisateurs traitent pudiquement mais sans voile, avec une certaine légèreté et une pointe d’humour, ce sujet délicat. Se permettant d’audacieuses trouvailles de mise en scène où les lieux et les époques s’emboîtent se superposent, sur fond de décalage psychanalytique et de fantasmes thérapeutiques.

32205051_0_0.jpgDe leur côté, les comédiens (photo) sont tous remarquables. A côté de l’excellente Andréa Bescond bouillonnante de colère et d'énergie, le surprenant et inquiétant Pierre Deladonchamps, glaçant de justesse, campe l’odieux pédophile tandis que Clovis Cornillac, père doux et aimant, bouleverse dans ses remords de n’avoir rien vu lorsqu’il apprend la vérité et demande pardon à sa fille.

Quant à Karine Viard, incapable d’affronter la honte, elle est parfaite en mère détestable, rigide, dans le déni, ambiguë quand elle se plaint amèrement d’avoir eu une vie autrement dure que celle d’Odette qui, pour elle, fait un drame de rien…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 14 novembre.

 

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07/11/2018

Grand écran: "Kursk", la tragédie du sous-marin nucléaire russe revisitée par Thomas Vinterberg

830x532_kursk-thomas-vinterberg.jpgOn n’attendait pas franchement Thomas  Vinterberg, auteur en 1998 du brûlot Festen suivant les principes de Dogma 95, aux manettes de Kursk, blockbuster franco-belgo-luxembourgeois produit par Luc Besson. Même si le réalisateur danois s’était affranchi des règles du manifeste d’opposition à l’esthétique hollywoodienne créé avec Lars Von Trier, notamment avec La chasse en 2012, portrait à charge de la bonne société danoise. Ou, en 2015, avec Loin de la foule déchaînée, sixième adaptation du roman de Thomas Hardy.

Toujours est-il que Vinterberg, notamment entouré des plutôt convaincants Mathias Schonaerts, Léa Seydoux et Colin Firth, a accepté la commande, en se chargeant de relater une vraie tragédie humaine. Le 12 août 2000, le sous-marin nucléaire russe Kursk sombre avec 118 hommes à bord dans la mer de Barents à la suite d’une explosion. Vingt-trois survivants se réfugient alors dans le compartiment arrière, en attendant les secours. Mais, faute de bon matériel, les tentatives de sauvetage à la limite du ridicule face à l'immensité du désastre, échouent les unes après les autres.

A terre les proches s’insurgent, les femmes crient leur colère, se battant désespérément contre les mensonges et les blocages bureaucratiques qui ne cessent de compromettre l’espoir de secourir les marins pris au piège des profondeurs. Niant l’évidence, l’incurie à tous les niveaux, l’état-major refuse l’aide internationale, pour finalement autoriser la Navy à intervenir. Mais c’est trop tard. Tous mourront.

S’inspirant du livre de Robert Moore, Sauvez le Kursk!, le cinéaste alterne très classiquement action et émotion dans cette inutile course contre la montre qui avait tenu en haleine la planète pendant neuf jours. On a beau connaître l’issue fatale, Thomas Vinterberg ne fait pas moins fait monter la tension, l’effet Titanic, en nous plongeant dans le ventre du sous-marin échoué et gravement endommagé. On est au bord de l’asphyxie, quand deux naufragés traversent en couloir inondé et plongent à la recherche de cartouches d’oxygène…

On regrettera toutefois que Thomas Vinterberg, efficace dans la dimension documentaire, les séquences de survie au fond de la mer et le portrait des familles au sol, ne développe pas suffisamment l’aspect politique du drame et ne se montre pas plus critique vis-a-vis du pouvoir. Par ailleurs, on se demande pourquoi tout le monde parle anglais…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 octobre. 

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06/11/2018

Grand écran: "Mario", drame d'amour gay dans le football. Un thème tabou

mario.tif-h_2018.jpgLe réalisateur Marcel Gisler, notamment auteur de F. est un salaud, Electroboy, ose une love story gay dans le foot d’élite suisse. Mario (Max Hubacher), est bien parti sur le chemin de la première équipe des Young Boys qu’il rêve d’intégrer. Et pour la première fois de sa vie, il tombe amoureux. Non d’une fille mais de son coéquipier, le beau et sexy Leon (Aaron Altaras), un nouveau venu d’Allemagne.

C’est réciproque. Les deux amants (photo) tentent d’abord de se cacher, mais un joueur les voit s’embrasser et l’info ne tarde pas à faire le tour du club. La carrière de Mario est en danger. En même temps, il ne veut pas perdre Leon. Tous deux sont convoqués et nient leur relation.

Cela convient aux dirigeants qui ne les croient pas, mais sont déterminés à ne pas faire de vagues, inquiets de la réaction des sponsors, des fans, de l’équipe. Un coming-out, ce n’est pas bon pour les affaires. S’il révèle son homosexualité, Mario ne pourra pas atteindre le haut niveau. Cela nuit à la valeur marchande d’un joueur.

Tous décident de soigner les apparences, car il faut éviter ce qui peut alimenter la rumeur. Ne pas s’afficher en public, sauf avec une femme. En l’occurrence, ce sera avec l'amie d’enfance, Jenny. Un rapport de façade auquel quelques-uns ont recours dans le domaine… La pression s’intensifie sur Mario. A son corps défendant, poussé par son père par son agent, il va devoir choisir.

Un long chemin vers la tolérance de la diversité sexuelle

Ce film inspiré dans sa réalisation, pudique mais révélateur dans son traitement, a valu à Max Hubacher le Quartz de l’interprétation au dernier Prix du cinéma suisse. Marcel Gisler a rencontré des managers, des joueurs, dont un a arrêté sa carrière pour se dévoiler. Il a été même été aidé par les Young Boys et le club hambourgeois de Sankt Pauli qui lui ont ouvert leurs portes et donné des conseils. Il a aussi pu assister à des briefings dans les vestiaires.

Et pourtant. Alors que de nombreux pays ont introduit le mariage gay l’homophobie reste très présente dans le football professionnel. Davantage par exemple que dans le rugby, où certains sont sortis du placard et ont continué à jouer.

Avec Mario, drame d’amour sur un thème tabou, Marcel Gisler montre que le chemin est encore long vers la tolérance de la diversité sexuelle en sport. Plus particulièrement dans le monde du crampon, qui demeure un domaine très largement masculin, en véhiculant des images stéréotypées de la virilité.

Comme le dit lui-même le réalisateur, c’est une affaire énorme, un produit mondial notamment vendu à des pays peu gay friendly, un euphémisme. A l’image de la Russie où a eu lieu la dernière Coupe du monde, ou pire au Qatar qui accueillera la suivante, et où les homosexuels sont punis de 15 ans d’emprisonnement ou de 90 coups de fouet.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 novembre.

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31/10/2018

Grand écran: avec "En liberté!", Pierre Salvadori amuse entre faux polar et farce macabre

en-liberte.jpgLa statue du capitaine Santi, héroïque policier tombé au combat, trône sur une place de la ville. Hélas! Yvonne, jeune inspectrice inconsolable (Adèle Haenel), est anéantie en apprenant que son mari n’était  pas le flic courageux et incorruptible adulé de tous qu'elle connaissait, mais un vulgaire ripou.

Jusqu’alors, préservant l’image formidable que son fils a de son père, elle lui racontait chaque soir, pour l’endormir, des histoires truffées d’extravagances glorifiant exagérément la bravoure et les exploits sanglants de Santi. Les récits deviennent pourtant de moins en moins avantageux après que la veuve bafouée a découvert le corrompu qu’il était.

Toutefois, pour éviter de traumatiser le gamin admiratif de son papa si fort en lui dévoilant d’un coup la triste vérité, Yvonne entreprend un dénigrement du mythe, ce qui se traduit à l’écran par des pastiches de films d’action goguenards ou des parodies de séries télé de plus en plus sarcastiques.  

Parallèlement, elle décide de réparer les torts qu’il a commis à l’égard d’Antoine (Pio Marmai) un jeune homme innocent que Santi a fait jeter en prison pendant huit ans et qui vient d’être libéré. Le réalisateur met ainsi en scène deux personnages paumés et un peu dingues en quête de reconstruction, Yvonne dévastée par la trahison de la crapule et Antoine, garçon déglingué, prêt à prendre une revanche sur l’injustice subie et le temps perdu.   

Pierre Salvadori mise sur le couple fantasque, attachant, formé par Adèle Haenel (dans un registre peu habituel ) et Pio Marmai, les entraînant dans mille péripéties où ils avancent masqués. Entre faux polar, comédie dramatique et farce macabre, il propose un film original, joyeux, déjanté, violent, poétique, burlesque, romantique, aux accents oniriques. En surfant sur le deuil, l’amour, la paternité, la culpabilité et la rédemption. Tout cela fait beaucoup, mais ça marche.  

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 octobre.

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Grand écran: "Bohemian Rhapsody", avec un Rami Malek plus Freddie Mercury que nature!

rami-fox.jpgBohemian Rhapsody, d’abord signé par Bryan Singer remercié par la production en plein tournage et remplacé par Dexter Fletcher, retrace le destin du groupe Queen et de son singulier chanteur emblématique Freddie Mercury, Né Farrokh Bulsara et mort en 1991, il a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique.  

Linéaire, ce biopic nous balade du succès fulgurant de Freddie Mercury et ses excès risquant l'implosion du quatuor, jusqu’à son retour triomphal sur scène en 1985 lors du concert historique Live Aid à Wembley, alors qu’il était atteint du sida. Avec des morceaux de tubes illustrant les différentes scènes.

Entre adoration, détestation et déception

Très attendu, le film divise entre adoration et détestation. Mais le plus souvent, c’est la  déception qui domine chez ceux qui attendaient du spectaculaire et de l’extraordinaire. Ils le jugent correct, lisse, conventionnel, ordinaire, standard, tiède, cliché, peu original et inventif, bref pas vraiment à la hauteur du légendaire et flamboyant groupe britannique. Estimant par ailleurs qu'il ne nous apprend rien que l’on ne sache déjà.

C’est tout relatif. Certes, on peut trouver que le film élude des cases avec son côté classique grandeur et décadence d’une rock star, ne fouille pas assez son intimité, ne rend pas assez compte des heures sombres, d’un parcours tumultueux, se montre trop sentimental dans l’évocation de son amour impossible avec Mary Austin, trop pudique sinon pudibond dans la révélation de son homosexualité, de sa maladie, de ses addictions. Mais était-il bien nécessaire d’en faire des tonnes ?

En réalité, le plaisir ou le déplaisir qu’on éprouve en voyant le film dépend, comme le dit si justement le Monde, «de la place que Queen tient dans votre vie». En d’autres termes de la connaissance que vous en avez et qu’il vous fasse ou non grimper au rideau.

596f633b775fa.jpgDes comédiens incroyables de ressemblance

Quoi qu'il en soit, Bohemian Rhapsody séduit surtout avec son atout majeur: Rami Malek. De l’ego surdimensionné au repentir, le comédien d’origine égyptienne se révèle plus Freddie Mercury que nature. 

Époustouflant, captivant, magnétique, habité, incarné, il fournit un fabuleux travail pour redonner vie à l’idole. On s’agace éventuellement de sa façon de remâcher sans cesse une prothèse dentaire un rien excessive. Mais Freddie Mercury était effectivement très complexé par ses dents proéminentes, bien qu’elles expliquent selon lui sa voix hors du commun.

Côté jubilatoire, on ajoutera le mimétisme des autres acteurs avec leurs personnages, les costumes, les décors, la reconstitution des séances d’enregistrement, celle, impressionnante, des concerts. A cet égard, si certains font la fine bouche, voire des crises d’urticaire, on se prend au contraire à taper des pieds pendant We Will Rock You et à chanter lors du dernier quart d’heure consacré à la formidable performance de Queen au stade de Wembley, avec quatre tubes in extenso, 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 octobre

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Grand écran: Laetitia Carton nous emmène au Bal Trad pour danser jusqu'à l'aube

gennetines.JPGChaque mois de juillet, plus de deux mille personnes affluent de l'ensemble du continent à Gennetines, dans l’Allier, pour participer au Grand Bal de l’Europe. Ce festival de danses traditionnelles, créé en 1990, est devenu une véritable institution au fil des années. Pendant quinze jours, professionnels et amateurs mêlés enchaînent bourrée, polka, mazurka, scottish. Ignorant la fatigue, tout le monde virevolte avec tout le monde jusqu’à l’aube, les femmes avec les hommes, les filles avec les filles, les garçons avec les garçons.

Après J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd, c’est ce Grand Bal, son quatrième documentaire, que la réalisatrice Laetitia Carton nous fait découvrir. Piquée par le virus du Bal Trad après en avoir elle-même un soir connu l’ivresse, elle est devenue accro, à l'image des danseurs qui se pressent avec passion sur les sept parquets et dans les trois ateliers.

Dans une ambiance musicale, chaleureuse, champêtre, on trouve toutes les générations (la doyenne a 93 ans et elle vient chaque année), tous les milieux, tous les genres, tous les physiques. Et s'il y a une majorité de Français, on y croise aussi toutes les nationalités, Suisses, Belges, Portugais, Anglais, Hollandais.

De jour et de nuit, plaçant l’humain au centre, Laetitia Carton a filmé l’événement, cette «parenthèse enchantée» comme elle l’appelle, rendant un hommage vibrant à un monde dynamique et vivant. Une façon pour elle de retendre le lien social, en célébrant le mouvement, la liberté, le lâcher prise, le désir d’aller l’un vers l’autre le temps d’une valse, d’une gavotte.

508556.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgDes idées venues de son vécu

Laetitia Carton trouve toujours ses idées dans son vécu. Ses films naissent d’une envie de le partager, de le rendre visible. "J’ai découvert le documentaire sur le tard. La fiction ma dégoûtée à cause de l’ambiance sur le tournage. Là j’ai trouvé ma place, avec une équipe légère. Un chef op, un ingénieur du son et hop on y va".

La réalisatrice danse depuis l’âge de 5 ans. "J’ai participé pour la première fois au Bal Trad en 2000. C’est tellement extraordinaire ce qui se passe, cette vibration, cette osmose. J’ai pensé en faire un documentaire pendant des années. Mais je n'osais pas laisser entrer la caméra dans cet univers. Je craignais de l‘abîmer. En 2015 une équipe de TF1 est venue faire un petit sujet. S’ils peuvent, moi aussi, me suis-je alors dit".

Elle a beaucoup discuté avec les danseurs pour leur expliquer son point de vue, son désir de les rendre beaux. "La beauté est essentielle, Elle donne de la force. On vit dans un monde de brutes. La plupart m’a fait confiance, mais certaines personnes étaient réticentes à l’ide d’être filmées. On les a donc évitées ».

Le 17 mai dernier, le film sélectionné à Cannes a été projeté sur la plage. "C’était magique. Ils ont été plus de 1000 à danser après la projection. 200 ont débarqué juste pour l’occasion de Belgique et d’Espagne. Il y avait des Chinois pieds nus et en costume qui ont dansé la bourrée auvergnate!" 

Eclectique, Laetitia Carton a déjà pensé à la suite. «"J’ai commencé un film sur Vichy. C’est de là que je viens et j’ai un rapport complexe avec ce lieu. C’est une tentative de réconciliation. Je voulais savoir si c’était aussi difficile pour les autres que pour moi. Je pense par ailleurs à une fiction sur le polyamour avec une volonté de transparence et de communication. Je veux sortir de la culture de l’adultère et du mensonge qui font souffrir tant de monde".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 octobre.

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28/10/2018

Grand écran: "Retour au Palais", un voyage plein de sensibilité et de poésie signé Yamina Zoutat

shellac-retour-au-palais-image-2334.jpgVingt-quatre kilomètres de couloirs, 3150 fenêtres, 6999 portes. Le Palais de justice de Paris. L’une des plus anciennes institutions françaises, située sur l’île de la Cité. Un monument austère et plein de secrets construit comme une cathédrale, résidence des rois de France du Xe au XIVe siècles.

C’est dans ses coulisses que nous emmène la réalisatrice suisse Yamina Zoutat. Elle connaît bien les lieux. De 1994 à 2004, elle a fait face aux accusés. "J’ai écrit des milliers de pages. Je consignais le spectacle de la justice pour en rendre compte le soir à TF1. J’étais chroniqueuse judiciaire", dit-elle au début du film. "Aujourd’hui je reviens, sans procès à suivre, mais je porte le souvenir de ce que j’ai vécu… Je reviens voir un monde qui va disparaître".

Découvrir des histoires, des choses non vues

En 2010 en effet, Nicolas Sarkozy impose le déménagement du Palais (il a eu lieu d'avril à juin de cette année) en banlieue parisienne. C’est alors que Yamina Zoutat a senti le besoin d’un retour. Pour mettre des images sur ses sensations, ses impressions, découvrir des histoires qu’elle ne connaissait pas, des choses qu’elle n’avait pas vues. Recluse dans la salle d’audience des jours et des nuits, elle ne pouvait qu’imaginer ce qu’il y avait autour.

Dans cette œuvre singulière, sensible et puissante, empreinte de poésie, de lyrisme et de tragique, l’auteure, caméra au poing, nous emmène partout, des bas-fonds aux toits, dans tous les interstices de la justice, pour y scruter son rôle et son sens. Elle nous fait partager son parcours personnel au cœur de cet édifice qui l’a impressionnée plus que tout autre, racontant les crimes, les drames qui l'ont chamboulée.

Yamina.jpgPassionnée par le fait divers

On voit les larmes, on sent la souffrance, on entend les cris au cours de ce voyage à la fois extraordinaire et quotidien. Un voyage que la cinéaste portait en elle depuis longtemps. Née à Yverdon et vivant à Paris, Yamina Zoutat, venue présenter son film au Spoutnik, à Genève, est passionnée depuis l’enfance par le fait divers. Après des études de journalisme à Paris IV, elle fait un stage à TF1, où elle est engagée.

Pendant dix ans, elle a suivi tous les grands procès, de celui de Papon au sang contaminé en passant par Dutroux, Tapie, ou Elf. "Les Assises ont été mon école de cinéma. Aucun scénariste ne pourrait inventer quelque chose d’aussi tordu, invraisemblable et inattendu que certains procès". Aujourd’hui, elle enseigne la vidéo dans différentes facultés parisiennes.

Une confrontation entre l’auteure et l’imposante bâtisse

Il lui a fallu sept ans pour aller au bout d’un travail bien soutenu par la Suisse. Les autorisations lui ont donné du mal. «J’ai dû m’armer de patience, m’adapter au temps de la justice. Mais finalement j’ai pu filmer ce que je voulais, d’une manière très subjective, au gré de mes rencontres. J’avais notamment envie de montrer d’autres personnes que des juges et des avocats. Des religieuses, des réceptionnistes, des ouvriers, des gardes, des membres du jury un homme à tout faire».

Yamina Zoutat voit son film comme une confrontation entre elle et le Palais. "Il s’agit d’une rencontre improbable entre cet édifice majestueux et la fourmi que je suis. J’ai cherché à imposer ma mise en scène à sa scénographie. Je le filme comme un personnage, avec du sentiment, avec mon cœur, mes tripes. C’est viscéral parce que j’ai vécu dedans". Une grande réussite qui avait décroché le Sesterce d'argent à Visions du réel en 2017.

"Retour au Palais" à découvrir au Spoutnik jusqu’à mercredi 31 octobre, en présence de sa réalisatrice. C’est le début d’une tournée en Suisse romande (Pully, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg) puis en Suisse alémanique et au Tessin.

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24/10/2018

Grand écran; "Nos batailles", entre drame intime et chronique sociale. Du sur mesure pour Romain Duris

maxresdefault.jpgAprès Keeper, très prometteur premier long métrage sorti en 2015 et où s’illustrait le Suisse Kacey Mottet Klein, Guillaume Senez séduit tout autant avec Nos batailles. Il raconte l’histoire d’Olivier, syndicaliste non seulement absorbé par son boulot de chef d’équipe dans une usine, mais consacrant du temps à lutter contre les injustices d’une direction implacable envers ses employés.

Du coup, il compte beaucoup sur sa femme Laura pour élever leurs deux enfants. Jusqu’au jour où elle disparaît brutalement, fuyant sans explication une situation qui lui est devenue insupportable et le laissant face à ses responsabilités. Dépassé mais animé d’une farouche volonté de s’en sortir envers et contre tout, Olivier devra jongler à la maison et dans sa boîte pour concilier vies familiale et professionnelle.

Le réalisateur belge livre un film sensible, émouvant, d’une étonnante justesse psychologiquement et sociologiquement. Il évolue entre le drame intime en évoquant une famille désemparée, déstabilisée et la chronique sociale, en rendant compte de la violence au sein de l’entreprise. Rien ne cloche dans le traitement réaliste de ces deux sujets sérieux et graves. Mais Guillaume Senez, évitant le pathos et la dramatisation à outrance, se permet quelques bienvenues pointes d’humour, dans la mesure où une crise peut générer de petits moments drôles.

La réussite de cet opus sur la paternité, l’éducation, le travail, les rapports humains, très bien mis en scène, tient aussi à la qualité de ses comédiens. Parfaitement dirigés, des enfants aux adultes, ils se révèlent bluffants de sincérité et de naturel. Portant le film de bout en bout, Romain Duris, pas du tout dans la séduction contrairement à son habitude, trouve l’un de ses meilleurs rôles, écrit pour lui de surcroît, dans son cinquantième long métrage. Il incarne à merveille ce père abandonné, blessé, obligé de se remettre en question et de batailler pour avancer.

A ses côtés la solaire Laetitia Dosch, (Betty, la sœur d’Olivier ) se révèle elle aussi particulièrement touchante et attachante. Lucie Debay, Laure Calmy, Cédric Vieira et Dominique Valladié complètent ce joli casting.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 octobre.

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23/10/2018

Grand écran: Un dîner entre amis dégénère dans "Le jeu". Grand coupable, le smartphone!

le jeu2.jpgQui n’a pas de cadavre dans son placard ? Personne. Pour mieux vous en convaincre, organisez une soirée entre amis, posez votre téléphone sur la table et attendez qu’il révèle vos petits ou gros secrets inavouables.

Chaque appel, SMS, mail, message Facebook, photo, devra en effet être partagé avec tout le monde. Un jeu de la vérité façon 2018, qui peut tourner au cauchemar. Car les révélations compromettantes s’enchaînent, à commencer évidemment par les liaisons extraconjugales.

C’est ce qu’a imaginé avec Le jeu Fred Cavayé (notamment auteur du faiblard Radin), un remake du film italien Perfetti Sconosciuti de Paolo Genovese, sorti en 2016 et déjà adapté par l’Espagnol Alex de la Iglesia l’année dernière. Rien d’original donc, mais l’idée, à l’heure de l’hyerconnexion, est de faire réfléchir les personnes constamment vissées à leur téléphone portable aux conséquences sur leurs relations sociales, le couple, l’amitié, l'amour.

Ce vaudeville se veut grinçant, drôle, féroce, désespérant. Il l'est parfois. Mais, tombant rapidement dans la surenchère et l’invraisemblance, il offre plutôt des rebondissements souvent prévisibles, des quiproquos sans finesse, des situations manquant de diversité et de nuances quand elles ne virent pas à la caricature.

Côté comédiens, Stéphane de Groodt, Bérénice Béjo, Suzanne Clément, Grégory Gadebois, Roschdy Zem, Dora Tillier, Vincent Elbaz ne sont pas toujours au mieux de leur forme dans ce grand déballage dont personne ne sortira indemne. Encore que...

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 octobre.

Mais qui sont ces gens?

Sur le même thème (un hasard), mais autrement plus acérée, plus fine, plus mordante, plus drôle, mieux écrite et construite, une pièce signée de la dramaturge genevoise Manon Pulver Mais qui sont ces gens? vient de faire un carton au Théâtre du Loup. Mise en scène par Julien George, l’histoire, partie d’une banale discussion entre amis sur l’usage des smartphones qui dégénère, est impeccablement interprétée par Laurent Deshusses, Marianna Sylla, Etienne Fague, Julien Tsongas et Camille Figuereo.

Dans le cadre d’une petite tournée, elle sera le 2 novembre au Théâtre du Crochetan à Monthey, du 8 au 11 novembre au Théâtre Nuithonie à Fribourg, le 14 novembre au Théâtre Le Reflet à Vevey, les 16 et 17 novembre au Théâtre Benno Besson à Yverdon. A voir absolument si vous vous trouvez au bon endroit au bon moment.

22:48 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |