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20/06/2018

Grand écran: Bruno Podalydès fait revivre Bécassine dans une jolie fable burlesque

26275.jpegBécassine est née dans une ferme bretonne le jour où des bécasses survolaient son village. Devenue adulte, toujours vêtue de sa coiffe blanche assortie à son tablier et de sa robe verte, elle a gardé sa naïveté d’enfant et rêve d’aller à Paris. Prête à avaler les nombreux kilomètres qui la séparent de la capitale, elle se met joyeusement en route avec son baluchon, mais ne tarde pas à voir s’achever un périple à peine entamé.

L’ingénue voyageuse (Emeline Bayart) croise en effet la marquise de Grand-Air (Karin Viard) accompagnée de son ami Monsieur Proey-Minans (Denis Podalydès, frère du cinéaste). Elle lui propose de venir au château pour s’occuper de sa fille adoptive Louise-Charlotte dite Loulotte (Maya Compagnie), un amour de bébé dont Bécassine s’entiche d’emblée. C’est alors que débarque le tintinesque marionnettiste ambulant Rastaqueros (Bruno Podalydes, derrière et devant la caméra) à l’improbable sens des affaires et qui s’emploie à ruiner la marquise conquise par cet escroc charmeur. Mais Bécassine va veiller au grain…

Cette deuxième adaptation avec acteurs de la célèbre bande dessinée apparue en 1905 sous la plume de Jacqueline Rivière et le dessin d’ Émile-Joseph Pinchon,s’est attiré les foudres d’un collectif breton qui en a apparemment marre de Bécassine. Se disant indépendantiste, féministe écologique et internationaliste, il dénonce une caricature et une insulte à toutes les Bretonnes, appelant à un boycott du film, tout comme cela avait été le cas en 1939 pour celui de Pierre Carron avec Paulette Dubosc en 1939.

Bricoleuse pleine d'imagination

Une colère très minoritaire, selon l’auteur, mais surtout très étonnante en regard de l’oeuvre. Fidèle à la candeur de son héroïne, Bruno Podalydès est très loin de la prendre pour une sotte ou une paysanne mal dégourdie. Se libérant des clichés, Il en fait une créature au cœur pur, généreuse, mais surtout pleine d’imagination, ingénieuse, inventive, créative, dans cette jolie fable douce où le cinéaste propose quelques scènes désopilantes.

Comédienne de théâtre, Emeline Bayart, que Bruno Podalydès avait déjà dirigée dans Bancs publics. Adieu Berthe et L’enterrement de mémé se coule dans le costume de Bécassine, qui lui va comme un gant. Lumineuse elle séduit avec ses grands yeux bleus curieux, son côté bricoleuse, sa capacité d’émerveillement, sa générosité, sa façon irrésistible de marcher en se dandinant, fesses cambrées et buste en avant. Elle évolue idéalement dans l’univers burlesque, poétique, tendre, teinté de mélancolie du réalisateur foufou de Comme un avion.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 juin.

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12/06/2018

Grand écran: "Desobedience", l'amour interdit face aux dogmes religieux

rachel-weisz-i-rachel-mcadams-w-filmie-o-lesbijskiej-milosci.jpegOurs d’argent l’an dernier à Berlin avec Una Mujer Fantastica, le Chilien Sebastian Lelio, qui prouve une nouvelle fois son intérêt pour les personnages féminins marginalisés en raison d’idées reçues, revient avec Desobedience (Désobéissance). C’est son sixième long métrage et le premier en anglais.

Adaptant le roman de la Britannique Naomi Alderman en l’épurant beaucoup, l’auteur opère une plongée dans la communauté juive orthodoxe de Londres en racontant la relation, en l’occurrence transgressive, entre deux jeunes femmes.

Le réalisateur, issu d’un milieu qui n'a rien à voir avec celui de son film, a dû se documenter sur cette société ultraconservatrice presque à la façon d’un anthropologue. Il met en scène Ronit Krusha (Rachel Weisz), une photographe vivant depuis plusieurs années à Manhattan, loin du milieu londonien où elle a grandi et dont elle avait été chassée. Mais elle y retourne pour assister aux obsèques de son père rabbin, subitement décédé à l’issue d’un sermon.

Sur place, elle doit affronter l’hostilité de tous, à l’exception de celle de son cousin Dovid (Alessandro Nicola), le fils spirituel de son père et son héritier, ravi de la revoir. A sa grande surprise, elle apprend qu’il est marié avec son amie d’enfance Esti (Rachel McAdams) dont elle était alors amoureuse.

A l'opposé l'une de l'autre

La prolongation de son séjour ravive une passion jamais éteinte entre les deux ex-amantes que l’on découvre diamétralement opposées. Ronit est extravertie, moderne, n’obéissant pas aux préceptes de la Torah. Une rebelle et un déshonneur pour son père aux yeux d’une congrégation pétrie de dogmes religieux et aux institutions rigides. Esti est au contraire timide, introvertie, désireuse de rester cachée, mais constamment en lutte contre elle-même, sa conscience et son identité.

Tout en voulant rester fidèle à son mari et à la communauté, elle brûle d’exprimer son homosexualité et teste les limites d’une certaine liberté que lui laisse Dovid, conjoint plutôt tolérant et progressiste en regard de son environnement particulièrement traditionnaliste.

Les trois comédiens se révèlent convaincants dans ce récit d’émancipation émouvant, original, fiévreux, sensuel à la faveur de très belles scènes d’amour, où l’auteur philosophe également sur le libre arbitre des hommes et des femmes et leur capacité à choisir. Mais on lui reprochera d’avancer à un rythme trop lent et de tarder à véritablement installer la tension entre les protagonistes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 juin.

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22/05/2018

Grand écran: Christophe Honoré bouleverse avec "Plaire, aimer et courir vite"

4745491.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgEn compétition récemment à Cannes, Christophe Honoré, à l’image de tous les concurrents français, est reparti les mains vides. Dommage pour le bouleversant Plaire, aimer et courir vite, porté par le craquant Vincent Lacoste. De tous les plans, le comédien est comme toujours formidable de naturel et de justesse dans un univers qu’il découvrait. A ses côtés, Pierre Deladonchamps (photo), se révèle pareillement convaincant.

S’il est beaucoup question de sexe, l’auteur privilégie à son habitude la pudeur, la délicatesse des sentiments dans cette belle et bouleversante romance gay, condamnée dans les années 90, mais pleine de grâce, de vitalité et de légèreté.

1993. Arthur (Vincent Lacoste), un étudiant de Rennes (comme le réalisateur avant lui) rêve de monter dans la capitale pour faire du cinéma. Il voit sa vie basculer lorsqu’il rencontre par hasard dans une salle obscure Jacques (Pierre Deladonchamps), un dramaturge parisien malade du sida. Les deux héros vont se plaire, s’aimer et courir vite. Les jours de Jacques sont comptés. Pour autant, il ne s’agit pas d’un coup de foudre. Les amants sont souvent séparés éloignés l’un de l’autre par d’autres histoires. De cœur ou de cul.

Une comparaison qui énerve le réalisateur

Comme le film évoque le sida ravageur des années 90, la tentation est forte de tirer un parallèle avec 120 battements par minute de Robin Campillo, Grand prix du jury l’an dernier. Christophe Honoré peut le comprendre, mais la raison l'agace.

«Ils ont l’air de se ressembler, mais en réalité ils sont opposés», relevait-il lors de la conférence de presse qu’il a donnée à Cannes. «Ce qui m’énerve c’est qu’on cherche à les rapprocher simplement parce qu’il y a de l’homosexualité dans l’air. Pourquoi ne pas relier par exemple Plaire, aimer et courir vite à Mektoub my Love qui se passe à la même période ? Pourquoi associer deux films à cause de l’identité sexuelle des protagonistes?»

Le plus important, c’est l’aspect très personnel revendiqué du film, où Christophe Honoré a tenté de retrouver une émotion propre à sa jeunesse, tout en rendant hommage à une génération d’artistes fauchés avant 40 ans par la maladie. Il avoue avoir mis beaucoup de lui dans le rôle du père homosexuel joué par Pierre Deladonchamps et dans celui du jeune étudiant provincial incarné par Vincent Lacoste, cherchant sa voie à la fois professionnelle et sexuelle.

«Cela fait un moment que je l’ai repéré et que je voulais l’inviter dans un de mes films. Je me souviens de cette phrase de Françoise Sagan : à force de parader on finit par avoir l’âme paradeuse. Je trouve que Vincent a l’âme paradeuse».

«Que puis-je dire après ça, s’amuse l’intéressé. «C’est simple. Je suis un acteur et très fan des films de Christophe Honoré. Alors évidemment, quand on a la chance de recevoir une telle proposition d’un tel cinéaste, on n’hésite pas ».

Auparavant, le comédien avait rappelé qu’il était justement venu au monde en 1993. «A part ma naissance, dont je me souviens très bien… je ne sais pas grand-chose de cette époque. Je n’ai pas d’images comme pour les hippies et les pattes d’éph’… »

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 mai.

 

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03/05/2018

Grand écran: "Abracadabra", farce espagnole brouillonne entre outrance et caricature

Abracadabra.jpgFemme au foyer, Carmen est mariée à Carlos, un grutier macho, fan de foot bas de plafond qui s’excite en beuglant devant un match Real-Barça, traitant sa femme et sa fille comme des esclaves à son service. Et puis un jour, suite à une séance d’hypnose dont il est le cobaye lors d’un mariage, Carlos devient l’époux parfait en sortant de sa transe.

Aux petits soins pour madame, il se met à préparer les repas, à passer l’aspirateur, à faire la vaisselle et aide sa fille pour ses devoirs de math et de chimie. Mais il est aussi inquiétant que mari et père idéal car habité par le mystérieux esprit d’un tueur en série, disparaissant la nuit pendant plusieurs heures sans s’en souvenir le lendemain.

Abracadabra, signé Pablo Berger, est l’exact contraire de Biancanieves (2012), son fascinant film muet tourné en noir et blanc et qui se déroulait à Séville en 1920. Là on est dans la banlieue de Madrid en 2010. Et l’auteur se laisse aller à une débauche de couleurs criardes des années 80 dans une comédie saupoudrée de drame, de thriller et de fantastique qui se veut exubérante, acide, grinçante et délirante. Tout en surfant notamment sur une improbable émancipation de la femme, la transformation du comportement de Carlos ravivant chez Carmen des fantasmes enfouis et des désirs oubliés.

En réalité, le film au scénario brouillon se limite à une farce indigeste, l’auteur se livrant à une surenchère dans l’invraisemblable, l’outrance, la caricature, le grossier et le vulgaire. Dommage pour les comédiens dont Antonio de la Torre et surtout Maribel Verdu, la méchante dominatrice dans Biancanieves, se retrouvant là en potiche souriante, aux robes aussi tapageuses et clinquantes que son maquillage. Mais en définitive évidemment, pas si faible qu’elle en a l’air….

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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02/05/2018

Grand écran: "Gaspard va au mariage", une comédie joyeusement zinzin, à l'image de ses comédiens

0778673.jpgAprès l’avoir fuie pendant des années, Gaspard (Félix Moati), 25 ans renoue avec sa famille à l’occasion du remariage de son père. Il est accompagné de la fantasque Laura (Laetitia Dosch) qu’il vient de rencontrer dans des circonstances loufoques augurant bien de la suite. Contre une modique rémunération, elle accepte de jouer sa petite amie le temps de la noce.

Gaspard retrouve donc le zoo paternel où il a grandi, entre une mère disparue trop tôt, un père cavaleur, sa sœur Coline (Christa Théret) dont il est amoureux. Et vice-versa, une relation ambiguë, qui ne paraît pas poser de problème. Sans oublier un frère (Guillaume Gouix) si sérieux et responsable qu’il en paraît lui aussi hors norme.

Antony Cordier propose un film barré découpé en quatre parties (La petite amie imaginaire, L’homme d’une seule femme, Celle qui mange des racines, Épilogue), permettant ainsi de donner à chacun des protagonistes principaux une partition égale, en évoquant les jours qui précèdent le mariage.

A commencer par Laura qui découvre ces curieux bipèdes évoluant parmi les animaux. A l’image de l’excentrique Coline recouverte d’une peau d’ours, et qui se fie avant tout à son odorat pour reconnaître celle sur le point de lui prendre son frère adoré.

Tout cela donne une comédie romantique chorale atypique, farfelue, fantaisiste, sensuelle mélancolique, joyeusement zinzin. A l’image des différents personnages extravagants qui composent cette famille au fonctionnement équivoque, bizarroïde.

Il nous vaut des scènes cocasses, dont l'une à vocation quasiment culte, où Max (Johan Heldenbergh), le père de famille, alias le roi des animaux, a une façon des plus singulières de soigner son eczéma prénuptial en s’immergeant tout nu dans un aquarium peuplé de petits poissons suceurs de peaux mortes…

Un univers tenant de la bulle magique

Antony Cordier nous brosse leur portrait à l’intérieur du zoo, un univers tenant de la bulle magique protégeant ses habitants de l'extérieur, qu’ils ne quittent pratiquement pas durant tout le film. Mais leur rêve finit par se heurter à une réalité financièrement dramatique, dans ce conte en forme de récit d’apprentissage qui raconte le temps qui passe, la fin d’un monde, l’arrachement à la famille, l’adieu au paradis perdu, à l’enfance.

Le film est porté par une brochette d’excellents acteurs déjà cités à laquelle on ajoutera Marina Fois en future éventuelle mariée... On regrettera juste un peu une Laetitia Dosch (trop) fidèle à elle-même en nous livrant presque un copié-collé de son rôle dans Jeune femme. Mais c’est une réserve mineure.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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Grand écran: "Otages à Entebbe", laborieux remake avec Rosamund Pike et Daniel Brühl

60cfec97da84ec3379815b1405169.jpgA l’époque l’affaire avait tenu la planète en haleine. On ne peut pas en dire autant de son adaptation à l’écran par le Brésilien José Padiha, spécialisé dans le cinéma d’action, Ours d’or à Berlin en 2007 pour Troupe d’élite et notamment auteur d’un remake de Robocop.

Le 27 juin 1976, un avion d’Air France devant relier Tel-Aviv à Paris est pris en otages avec ses 239 passagers dont 83 Israéliens par deux terroristes allemands, Brigitte Kuhlmann et Wilfried Böse et deux complices palestiniens voulant exposer leur lutte au monde.

L’appareil est d’abord détourné sur la Libye pour faire le plein de carburant, puis sur l’ancien terminal d’Entebbe en Ouganda. Les pirates sont de mèche avec le dictateur sanguinaire Idi Amine Dada, qui espère se refaire une beauté sur la scène internationale en cas d’une intervention d’urgence.

Les ravisseurs sont prêts à tuer pour récupérer des révolutionnaires et des prisonniers pro-palestiniens. Le gouvernement israélien présidé par Yitzak Rabin mais poussé par Shimon Peres ministre de la Défense, organise alors, dans la nuit du 3 au 4 juillet, la libération des otages encore retenus. Tous les ravisseurs sont tués dans ce qui deviendra Le Raid d’Entebbe aussi connu sous le nom d’Opération Tonnerre. Une prouesse de l’Etat hébreu  saluée par la plupart des pays occidentaux.

Il y a déjà eu quatre versions cinématographiques et télévisuelles à chaud, mettant en scène cette célèbre intervention. Même si le terrorisme est toujours d’actualité et que le conflit israélo-palestinien n’est toujours pas réglé, on ne voit guère l’intérêt de cette nouvelle reconstitution. Car à moins de vouloir éventuellement faire connaître la réalité de cet événement guerrier spectaculaire à ceux qui l’ignoreraient, le film pèche à tous les étages.

Avec Otages à Entebbe, Jose Padiha livre une réalisation plate, sans perspective, sans regard, sans innovation. Se penchant sur des cas de conscience et des états d’âmes des protagonistes, il se contente de relayer les faits dans une approche consensuelle de son sujet avec une vision schématique des terroristes et où on ne sent guère le poids de l’Histoire. Qu’il a de surcroît tendance à réécrire.

Des séquences de danse plombantes

Mais surtout, entre les demandes de rançon au sein du cabinet israélien, le débat entre Rabin et Peres, les scènes d’action, l’auteur a cru bon d’insérer une chorégraphie du fameux Ohad Naharin, sur laquelle s’ouvre d’ailleurs l’opus, et que ponctuent des extraits jusqu’au final. Un ajout artistique en forme de grand écart plombant, incongru et particulièrement malvenu, surtout lorsque des spectateurs applaudissent follement «la danse des chaises» au cours de l’assaut !

Restent les comédiens qui font ce qu’ils peuvent. Daniel Brühl (alias Böse qui mérite bien son nom...) ne s’en sort pas trop mal, mais on est moins convaincu par Rosamund Pike, sorte d’Ulrike Meinhof impitoyable made in England en l'occurrence. On passe sur les interprètes fadasses de Rabin et Peres. Quant à Nonso Anozie, il campe un Amin Dada d’opérette, sinon de BD, parfaitement ridicule. Enfin on préfère Denis Menochet en père inquiétant réclamant la garde de son fils, qu’en réconfortant et serein mécanicien de bord. Même doté d'un sang-froid et d'un courage à toute épreuve. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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01/05/2018

Grand écran: "Lean On Pete", l'errance d'un ado en quête hasardeuse d'un foyer. Emouvant

leononpete.jpg.jpgCharley Thompson (Charlie Plummer) est un garçon de quinze ans qui vit seul avec  un père inconstant, immature et négligent. Il a besoin d’argent,  trouve un petit boulot temporaire chez un vieil entraîneur de chevaux revêche et se  prend d’affection pour Lean On Pete, un pur-sang fourbu promis à l’abattoir. Comme il ne peut pas l’admettre, il l’enlève et s’enfuit avec lui à la recherche d’une tante dont il garde un assez lointain souvenir. 

S’aventurant hors des sentiers battus hollywoodiens, le cinéaste britannique Andrew Haigh filme avec sensibilité, justesse, délicatesse et sobriété l’errance d’un ado. Complètement livré à lui-même à la mort de son père, il est singulièrement déterminé dans la quête d’un nouveau foyer en compagnie de son cheval. Une quête hasardeuse dans la mesure où plane constamment sur eux la menace diffuse du danger. Rendant presque paradoxalement haletant cet opus lent et contemplatif. 

Fidèlement adaptée d’un roman, la balade se révèle aussi cruelle et mélancolique sur fonds de grands espaces. Un cheminement au cours duquel le jeune Charley rencontre des oubliés de l’Amérique, des laissés pour compte, des êtres en marge, des âmes perdues. Mais en évitant tout pathos,

En dépit de quelques petites incohérences dans ce récit initiatique à la Gus Van Sant,  Lean On Pete (La route sauvage en français) séduit par l’émotion, la poésie qui se dégage du portrait de ce doux adolescent à fleur de peau parfois sujet à la violence, et sur qui se concentre principalement l’auteur.

Oscillant entre l’attente et le découragement, l’optimisme et la douleur, il est formidablement interprété par le charismatique Charlie Plummer, 18 ans, qui nous communique son obstination à s’en sortir. Croisement entre Leonardo Di Caprio et River Phoenix, il avait logiquement reçu le prix du meilleur espoir à la Mostra de Venise

On signalera dans les rôles se secondaires Steve Buscemi, excellent en entraîneur ronchon, coriace, voire impitoyable. Et dans celui du jockey, Chloe Sevigny  aussi dure à cuire et ambiguë que le boss. Apparemment, du moins.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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25/04/2018

Grand écran: "Amoureux de ma femme", un nouveau navet signé Daniel Auteuil

maxresdefault.jpgCertains apprennent de leurs échecs, d’autres pas. Comme Daniel Auteuil qui, après Fanny et César, ses deux bides de réalisateur, a décidé avec Amoureux de ma femme, de s'attaquer à la comédie sentimentale en adaptant L’envers du décor de Florian Zeller. Il avait mis la pièce en scène au théâtre en en 2016, interprétant déjà le rôle principal.

Daniel parvient à convaincre sa femme Isabelle (Sandrine Kiberlain) d’inviter à dîner leur vieil ami Patrick (Gérard Depardieu). Isabelle était hostile à cette idée, car Patrick vient de larguer sa meilleure amie. Mais ce dernier tient absolument à leur présenter Emma, sa nouvelle conquête deux fois plus jeune que lui (Adriana Ugarte), dont il est fou amoureux.

Travaillé lui aussi par le démon de midi, Daniel perd la tête au moment où la créature au corps de rêve entre dans la pièce. Durant tout le repas, le sexagénaire frustré va fantasmer sur Emma, s’imaginant en sa compagnie dans diverses situations qu'il veut érotiques, mais se complaisant surtout dans le voyeurisme et le machisme d'un autre âge. 

C’est ainsi qu’il en profite pour nous montrer le plus souvent la belle Espagnole en tenue légère, sinon toute nue. Ces incursions oniriques ne sont pas seulement d'une bêtise crasse et d'une rare lourdeur, elles relèvent d'une vulgaire indécence. On n'est pas loin du porc à balancer...

Mais voilà qui n'empêche pas Daniel Auteuil de squatter les plateaux télé et de se faire encenser par les animateurs sous le charme. Reste tout de même une question: pourquoi donc Sandrine Kiberlain et Gérard Depardieu sont-ils venus cautionner un tel navet?

A l’affiche dans les salles de Suisse romande mercredi 9 mai.

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19/04/2018

Grand écran: Valeria Golino joue une aveugle dans "Emma", romance fade de Silvio Soldini

il-colore-nascosto-delle-cose-696x418.jpgCréatif dans une agence de publicité romaine branchée, Téo ne cesse de fuir son passé, sa famille, refusant tout attachement sentimental. Charmant et séduisant quadra, il collectionne les aventures en attendant éventuellement de se mettre en ménage avec sa fiancée officielle. Un soir, il dîne dans un restaurant qui a la particularité de plonger les convives dans le noir. Du coup, ils sont concentrés sur la nourriture et la conversation. C’est là que Téo tombe amoureux de la voix sensuelle d’Emma.

A la sortie du repas, il découvre qu’elle est aveugle. Depuis l’âge de seize ans, lui dira la jeune femme ostéopathe quand il viendra se faire remettre quelques muscles en place. Contrairement à lui, Emma est une femme forte, débrouillarde, optimiste, au caractère passionné.

Elle sait ce qu’elle veut, aime son métier, gère parfaitement son quotidien et a beaucoup d’amis. Ce qui fait en quelque sorte sa normalité N’ayant jamais rencontré une telle personne, Téo est curieux, intrigué, attiré. Il a envie de faire un bout de chemin avec elle.

Emma de l’Italo-Suisse Silvio Soldini, dont la réalisation phare reste Pane e tulipani en 2000, tient avant tout sur ses deux acteurs, Adriano Gianini attachant célibataire dont la «personne» avec qui il cohabite le mieux est son robot aspirateur, mais surtout Valeria Golino, découverte dans Rain Man en 1988.

Elle se révèle convaincante, ne cherchant pas la performance, mais en se montrant naturelle et touchante. Elle était parfois tellement dans son rôle, dit-elle, qu’elle ne voyait plus. A noter qu’elle sera à Cannes pour la deuxième fois dans un Certain regard avec son film Euphoria, l’histoire de deux frères très différents qui se rencontrent et passent deux mois ensemble.

Pour le reste on a droit à une romance fade jouant sur des oppositions banales, où on cherche vainement le regard (sans jeu de mot) du réalisateur. Et qui dure près de deux heures. C’est bien long pour démontrer comment un coureur de jupons menant une existence d’une rare futilité va se remettre en question et découvrir l’amour, en fréquentant une femme handicapée...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 avril.

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Grand écran: du potache à la comédie noire, "Game Night"mise sur l'absurde et le grotesque

maxresdefault.jpgChaque semaine, pour tenter de pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent des jeux de sociézté. Mais cela reste bien pantouflard. Alors cette fois ils ont la ferme intention de bousculer leur quotidien peu excitant et de réaliser quelques vieux fantasmes en organisant une soirée spéciale avec vrais faux malfrats ou autres agents fédéraux.

Et cela grâce à la présence de Brooks, le frère de Max, charismatique au point de donner à son cadet un lancinant complexe d’infériorité. Brooks a même prévu de se faire enlever, sauf qu’il semble avoir carrément disparu….

Ce jeu de rôles qui tourne au désastre se laisse voir, surtout dans sa première moitié. Avec des personnages plus ou moins débiles qui se lancent dans des situations particulièrement dangereuses en croyant avoir affaire à des acteurs et à des armes factices. Et qui, de plus en plus désorientés par la tournure rocambolesque sinon sanglante des événements, ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu...

Jouant la carte de l’absurde et du grotesque, passant du potache à la comédie noire décalée, Jonathan Goldstein et John Francis Daley empruntent à la fois les codes du thriller, du polar, du film d’action et s’amusent à brouiller les pistes entre réalité et fiction en installant de faux semblants permanents. 

jesse.jpgLe casting est assez réussi, le naïf Jason Bateman faisant couple avec la charmante Rachel McAdams De son côté Kyle Chandler se montre crédible en maître de ce périlleux divertissement. Les seconds couteaux ne sont en revanche que des faire-valoir. A l’exception de Jesse Plemons (photo), sorte de Matt Damon version moche, il est impayable dans des apparitions inquiétantes de voisin pot de colle sinistre et complètement dingue.

Le film a néanmoins du mal à tenir jusqu'au bout, tournant en rond, se perdant dans une volonté frénétique d’enchaîner les gags parfois très bas de gamme, et les rebondissements téléphonés. En dépit de quelques revirements surprenants qui parviennent à confondre les spectateurs, tout comme les protagonistes.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 avril.

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