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08/01/2019

Grand écran: "Edmond" raconte la création chaotique de "Cyrano de Bergerac"

4591857.jpgActeur, auteur, metteur en scène, Alexis Michalik signe son premier long métrage avec l’adaptation d’ Edmond, sa pièce sur l’histoire de la création chaotique de Cyrano de Bergerac, qui lui a valu cinq Molière. Le scénario, écrit à la base pour le cinéma, n’avait pas eu l’heure de plaire aux producteurs. Qui ont changé leur fusil d’épaule suite au succès remporté.

En 1897, les auteurs redoutant que le cinéma né deux ans auparavant supplante le théâtre, tentent de s’emparer de sujets contemporains. Le jeune Edmond Rostand (Thomas Solivérès), persiste dans l’inverse mais, en panne d’inspiration, se désole. Il n’a rien écrit depuis deux ans et vient de connaître un flop retentissant.

Tentant le tout pour le tout, le dramaturge d'à peine trente ans propose à la star de l’époque Constant Coquelin (Olivier Gournet), soutenu par la grande Sarah Bernhard (Clémentine Célarié), une pièce comico-romantico-héroïque, en vers.

Mais Rostand n’a pas la tâche facile. Il doit affronter la jalousie de sa femme (Alice de Lencquesaing) envers la costumière Jeanne d’Arcy (Lucie Boujenah), sa muse qui lui inspire des vers passionnés, supporter les caprices d’une actrice sur le déclin (Mathilde Seigner), les exigences de ses producteurs (Simon Abkarian et Marc Adreoni) et se heurte à son rival Georges Feydeau (Alexis Michalik).

Balayant obstinément tous les obstacles, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit et dont  il n’a que le titre: Cyrano de Bergerac. Elle deviendra l’une des plus célèbres de la littérature française et la plus jouée.

Entre théâtre filmé et cinéma

Pour cette reconstitution académique de la Belle Epoque, dans une atmosphère à la Marcel Carné où on retiendra les qualités littéraires de la pièce originale, les références culturelles liées au patrimoine, de jolis traits d’humour et une belle énergie, Alexis Michalik oscille un peu laborieusement entre cinéma et théâtre filmé.

Côté comédiens, Thomas Solivérès séduit, se coulant avec un rien de maladresse et un fol enthousiasme dans le costume d’Edmond en pleine ébullition créatrice. On n’en dira pas autant de Mathilde Seigner et Clémentine Célarié qui cabotinent à outrance. Quant à Olivier Gourmet, il s’en tire plutôt bien en Constant Coquelin. Mais, à l'image de tous ceux qui se sont frottés au mythique héros, il nous rappelle, lorsqu'il s'y mesure, l’excellence de Gérard Depardieu dans le rôle que lui avait confié Jean-Paul Rappeneau en 1990.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 janvier

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01/01/2019

Grand écran: avec "L'amour flou", Romane Bohringer et Philippe Rebbot font partager leur rupture

L'amour flou.jpgRomane et Philippe décident de rompre. Après dix ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment quand même. Pas assez toutefois pour continuer à vivre ensemble.

Bref c’est flou. Et quand c’est flou, c‘est qu’il y a un loup, comme dirait Martine Aubry... Alors ils ont l’idée, pour que leur progéniture ne pâtisse pas de la situation, d’aménager un «sé-partement », soit deux appartements séparés, communiquant par la chambre de leurs rejetons. Une construction qu’on suit au fil du récit.

L’amour flou est l’histoire de Romane Bohringer et Philippe Rebbot, un premier film qu’ils ont écrit, mis en scène eux-mêmes et où ils font jouer leurs proches. Ces derniers voient avec enthousiasme ou circonspection la solution inédite trouvée par le couple pour tenter de refaire sa vie chacun de son côté sans la défaire, en apprenant à se réinventer après s’être séparé.

Pour pimenter un peu la chose, d’autres personnages gravitent autour des vrais parents et amis, comme Clémentine Autain, députée de la France insoumise, prétexte à une rencontre en principe impromptue et drôle avec Philippe Rebbot.

Au-delà d’un questionnement sommaire sur le couple et le moyen de sauver la cellule familiale, il y a de l’autodérision, de la tendresse, voire du charme dans cette mise en abîme en forme de farce qui se veut cocasse et touchante.

Mais également, quoiqu’en dise la critique française follement enthousiaste face à «cette fantaisie pure, ce cinéma débridé, cette autofiction qui réfute les conventions du 7e art, cette fougue d’écriture… » , un certain exhibitionnisme à vouloir absolument partager un échec conjugal avec les spectateurs dans le but de le rendre moins douloureux.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 janvier.

 

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19/12/2018

Grand écran: "Cassandro The Exotico!" La fureur de vivre

cassandro_3.jpgOutrageusement maquillé, longs faux-cils, cheveux blonds péroxydés au brushing impeccable, Cassandro, né Saul Armendariz, est prêt à monter sur le ring. Car sous son look de drag queen, ses collants multicolores, ses boas et  ses traînes, on découvre un redoutable guerrier. Star de la lucha libre, une religion au Mexique, ex-champion du monde, Cassandro est le roi des Exoticos, un groupe de catcheurs mexicains gays qui luttent contre les clichés homophobes dans ce milieu.machiste.

Pourtant,  à l’approche de la cinquantaine, après 26 ans à tester les limites du possible dans des combats extrêmes, le corps du lutteur porte les marques de cette éprouvante discipline: épaule déboîtée, genou brisé, jambe fracturée. C’est à ce combattant opéré de partout, que la réalisatrice française Marie Losier a consacré un documentaire d’une rare sensibilité. Elle retrace le parcours hors du commun du catcheur en fin de carrière, au gré de nombreux interviews dans divers lieux.

«On m’appelle le Liberace de la lucha libre. Mais j’ai traversé par mal d’épreuves», dit Cassandro. Marie Losier nous laisse en effet découvrir un homme complexe, émouvant, plein d’humanité, martyrisé dans son enfance, longtemps accro à la drogue et à l’alcool, avant de s’en libérer. En souffrance mais animé par la fureur de vivre, il veut continuer à se battre, tout en sentant qu’il doit accepter de vieillir. L’auteure brosse aussi le portrait d’un homosexuel fier. Grâce au sport, il a su se surpasser physiquement, mentalement, socialement, et finir par être non seulement reconnu, mais respecté et aimé.

A l’affiche à Genève, au Spoutnik, depuis mardi 18 décembre

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Grand écran: "Le retour de Mary Poppins", un remake en forme de suite

ob_dbd2e2_maxresdefault.jpgVingt ans après les événements du premier film avec Julie Andrews, Mary Poppins, l’étrange nounou tombée du ciel avec son mythique parapluie revient chez les Banks. On est à Londres, durant la Grande Dépression des années 30, alors que Michael, désormais papa de trois enfants, est criblé de dettes. Ce jeune veuf risque de voir sa maison saisie bien qu’il ait cessé de peindre et travaille dans la banque où son père était employé. La sœur de Michael, Jane, les aide comme elle peut, tout en continuant à se battre pour les droits des ouvriers. 

C’est alors que Mary Poppins l'enchanteresse vient une nouvelle fois à la rescousse et va, avec l’’aide de son ami Jack, l’allumeur de réverbères résolument optimiste, tout faire pour ramener joie et émerveillement dans la famille  Banks au bord de la ruine.  

A l’instar du Mary Poppins de 1964, cette nouvelle comédie musicale signée Rob Marshall mêle prises de vue réelles et animation. Outre l’héroïne principale Emily Blunt, y défile une foule de comédiens, Ben Wishaw, Meryl Streep Julie Walters, Colin Firth, Angela Lansbury, sans oublier Dick Van Dyke, déjà présent dans l’original.

Bien que calquée sur la première, couronnée de cinq Oscars, la version 2018, presque essentiellement centrée sur la crise financière, manque de magie. On retiendra pourtant quelques scènes, dont la danse des réverbères, certes largement inspirée de celle des ramoneurs et magistralement chorégraphiée. Et tant qu’à faire du copié-collé, pourquoi avoir omis la chanson culte supercalifragilisticexpialidocious ?

Côté comédiens, la jolie Emily Blunt séduit sans chercher à plagier Julie Andrews, mais en s’appropriant le rôle dans une interprétation originale. Bienveillante mais ferme, elle tranche un peu sur la mièvrerie ambiante. On regrette en revanche, dans ce remake Disney déguisé en suite, la prestation du transparent Ben Wishaw, petite chose sans réaction à l'idée de tout perdre et qui ne semble pas avoir beaucoup bénéficié dans son enfance de l’extraordinaire imaginaire de sa nounou.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 décembre.

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Grand écran: "Aquaman" déraille dans la surenchère pendant plus de deux heures

Photo-du-film-AQUAMAN.jpgFils d’un gardien de phare et d’une princesse de l’Atlantide échouée sur son rocher, Arthur, alias Aquaman, qui respire aussi bien sur terre que dans l’eau, est destiné à devenir le roi des Sept mers et d’unir deux mondes opposés, les Surfaciens et les Atlandiens. Le seconds sont particulièrement furieux contre les premiers, qui ne cessent de les prendre pour une poubelle en leur balançant constamment tous leurs déchets.

Mais le méchant King Orm se sert de ce prétexte écolo pour devenir le maître des Océans à la place d’Aquaman qui se trouve être son demi-frère, suite au retour forcé de sa mère adorée chez les siens et sa soumission à un mariage arrangé. Mais la folle ambition d’Orm sera freinée par Aquaman s’il retrouve le trident en or de son grand-père. Et les deux hommes de se tabasser ferme pour le pouvoir dans un vilain décor aquatique plein de monstres qui se veut spectaculaire, pendant 2h20 interminables.

Réalisé par James Wan, il s'agit de la première aventure solo du super-héros, déjà apparu dans Batman v Superman: L'Aube de la justice et Justice League de Zack Snyder. Ce film, le sixième de l'univers cinématographique DC, nous emmène dans un pot-pourri démesuré de n’importe quoi avec des acteurs qui jouent n’importe comment, ce dont son auteur, qui déraille complètement, se moque éperdument.

Cela déborde de partout avec des emprunts à Star Wars, Indiana Jones, Avatar, Le seigneur des anneaux, Jules Verne et ça ressemble à un jeu vidéo qui enfile les scènes d’action et de baston sur les mêmes images répétées à l’envi. A la bagarre une armoire à glace tatouée et très énervée, campée par Jason Momoa, un nigaud qui a besoin d’une femme (Amber Heard) pour réfléchir et arriver à ses fins.

C’est le film de la surenchère, de la saturation, téléphoné à outrance et où en plus le réalisateur croit faire de l’humour en balançant des vannes foireuses qui tombent à plat au fil d’une intrigue pas drôle. A noter toutefois que l’eau salée conserve. Nicole Kidman ne prend pas une ride en 20 ans. Elle a dû aimer…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 décembre.

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Grand écran: "The Bookshop", un plaidoyer pour la littérature

201815679_61.jpgLa littérature comme vertu émancipatrice, le propos séduit. C’est en tout cas celui de la réalisatrice catalane Isabelle Coixet dans The Bookshop, une adaptation du roman de Penelope Fitzgerald. Son héroïne, Florence Green (Emily Mortimer), veuve de guerre solitaire depuis quelques années, est passionnée par la lecture. En 1959 dans la petite ville insulaire de Hardborough, elle décide de racheter The Old House, une maison abandonnée pour ouvrir une librairie.

Cela ne plaît pas à tout le monde et notamment aux notables du coin, dont la richissime et puissante Violet Gamart (Patricia Clarkson) qui convoite la bâtisse pour en faire un centre d’art. Comment mettre les bâtons dans les roues de Florence? Lorsque celle-ci se met à vendre Lolita, le sulfureux roman de Nabokov, Violet trouve le prétexte idéal pour écarter sa rivale.

Elle cherche alors à envenimer l’affaire par la médisance, attisant l’instinct grégaire de personnages lâches et hypocrites pour provoquer, comme remarque judicieusement un critique «une tempête dans les tasses de thé» au sein d’une communauté encore très corsetée et conformiste.

Florence, qui ne se laisse pas décourager, peut compter sur Edmund Brundish (Bill Nighy, photo), un mystérieux veuf misanthrope reclus, lecteur érudit, ravi d’avoir grâce à elle découvert Fahrenheit 451 (où une société brûle ses livres). Ainsi que sur sa jeune employée Christine (Honor Kneafsey), qui ne tarde pas comprendre qu’on veut abattre sa patronne

Une ambiance surannée

Déjà auteure de The Secret Life Of Words, Isabelle Coixet récompensée par trois Goya pour The Bookshop, propose une mise en scène classique en demi-teinte, privilégiant une ambiance surannée, où tout est faussement dissimulé, contenu avec un flegme qui n’empêche pas une certaine férocité et l’exacerbation des sentiments et des émotions. 

Sous l’animosité entre l’amoureuse des livres et la capricieuse Violet qui se livrent une lutte implacable à fleurets mouchetés dans une ambiance feutrée, se cache ainsi une sévère critique des dominants qui préfèrent maintenir le peuple dans l’ignorance.

Le problème, c’est que les situations ne sont pas toujours bien amenées dans ce conflit de voisinage relativement banal et traité de façon un peu paresseuse. Du coup on ne comprend pas vraiment la haine de Violet à l’égard de Florence, se voulant viscérale mais tenant plutôt du caprice.

En revanche on salue l’interprétation des comédiens, dont Emily Mortimer, solaire et subtile, Patricia Clarkson, acariâtre et malveillante, ainsi que Bill Nighy en propriétaire si timide et fragile qu’il donne parfois l’impression de vouloir carrément disparaître.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 décembre.

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18/12/2018

Grand écran: "Wildlife", un couple se déchire sous les yeux du fils. Drame initiatique émouvant

wildlife-image-3-h_2018.jpgPour son premier long métrage l’acteur Paul Dano, vu dans Little Miss Sushine, There Will Be Blood, Prisoners, a adapté le roman de Richard Ford Une saison ardente. On est en 1960 dans une petite ville tranquille du Montana, où viennent de déménager les Brinson, une famille moyenne aspirant au rêve américain.

Mais les choses vont se gâter dans ce drame initiatique émouvant, où tout est vu à travers le regard de Jo, 14 ans (Ed Oxenbould). Amateur de photo, Il assiste impuissant et passif à la détérioration inéluctable des rapports entre sa mère Jeannette (Carey Mulligan) et son père Jerry (Jake Gyllenhaal).

Alors qu’il a trouvé un job dans un club de golf, ce dernier se fait licencier après une dispute avec un collègue et peine à retrouver du travail. L’équilibre familial s’en trouve bouleversé et le couple commence à se déchirer., réglant ses comptes devant Joe. Jeannette déniche alors un boulot de monitrice de natation, tandis que Jerry, se sentant de plus en plus humilié, traîne à la maison.

Déprimé, il décide soudainement, contre l’avis de sa femme, de rejoindre les pompiers volontaires misérablement payés pour aller éteindre des incendies, feux symboliques, qui ravagent la région cet été-là. Il va donc être séparé des siens pendant plusieurs semaines, ce qui provoque d’autres problèmes. Jeanette commence à fréquenter un voisin plus âgé, associant à ses incartades un Joe aussi rageur que désemparé.

Des personnages pris dans une nasse

Avec Wildlife (Une saison ardente) Paul Dano propose un film d’apprentissage modeste, mélancolique, sensible, subtil, impressionniste, où chaque personnage se trouve pris dans une nasse et se débat entre frustration, confusion, colère et solitude. La mise en scène, influencée par les toiles d’Edward Hopper, est soignée, rigoureuse, pour un récit classique qui explore les tensions conjugales entre révélations et rebondissements.

Les comédiens participent largement à la réussite du film. Ed Oxenbould, une révélation, est un héros attachant, très réservé, anxieux, au physique un peu ingrat. Plus mature que ses parents, il souffre de l’absence de son père et de la conduite d’une mère qui révèle ses failles. Il porte remarquablement le film, passant de l’adolescence à l’âge adulte face à un modèle parental qui se craquèle.

A ses côtés Jake Gyllenhaal se révèle comme d’habitude excellent. Mais c’est surtout Carey Mulligan qui impressionne. Intense, étouffant dans son rôle de mère au foyer mal mariée, elle est formidable en femme  cherchant à s'émanciper et à reprendre sa vie en main hors de l’univers domestique où elle était confinée.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 décembre.

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Grand écran: "L'Empereur de Paris" ressuscite laborieusement Vidocq. Avec Vincent Cassel bien peu inspiré

1026619.jpgDix ans après Mesrine Jean-François Richet retrouve Vincent Cassel pour faire revivre Eugène-François Vidocq. Personnage historique fascinant, tour à tour délinquant, indic, super flic, détective privé, écrivain, il a inspiré nombre de réalisateurs et a notamment été incarné à la télévision par un très bon Claude Brasseur et au cinéma par un Gérard Depardieu médiocre dans une adaptation calamiteuse.

Etre solitaire épris de liberté, Vidocq devient, sous Napoléon, une légende des bas-fonds parisiens pour s’être échappé des plus redoutables bagnes du pays. Laissé pour mort après sa dernière évasion d’une galère en pleine mer, il tente de se faire oublier sous les traits d’un banal commerçant de tissus.

Pourtant son passé le rattrape. Accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, il propose un marché au chef de la Sûreté en échange de sa liberté Ses résultats exceptionnels provoquent l’hostilité de ses collègues et la fureur de la pègre qui a mis sa tête à prix.

Récit d'aventure banal et impersonnel

Concentré sur un court épisode de sa tumultueuse existence, L’empereur de Paris, loin d’être à la hauteur des prétentions épiques de son auteur, rend un piètre hommage au héros. Rien de puissant dans cet ixième récit d’aventure banal, impersonnel, ennuyeux, sorte de boursouflure sépia sans rythme, sans souffle, où presque tout dysfonctionne et où quelques scènes complaisamment violentes et sanguinolentes remplacent l’action.

Cela ne s’arrange pas avec les comédiens. Mal dirigés, ils surjouent, à commencer par Vincent Cassel en roue libre, manquant d’’épaisseur et n’enfilant jamais le costume. Les personnages qui gravitent autour de lui se révèlent cruellement secondaires. Il y avait pourtant mieux à obtenir de Denis Ménochet, Denis Lavant, James Thierrée, Patrick Chesnais. Ou encore de Fabrice Luchini, dont le réalisateur se contente de faire un Fouché hautain et verbeux au discours alambiqué. Quant aux femmes on oublie. Tels des fantômes, elles ne font que traverser l’écran.

On retiendra éventuellement les décors et les costumes, la reconstitution, bien que conventionnelle, d’un Paris des années 1800 surpeuplé aux rues obscures et dangereuses, propices au crime. Par ailleurs le film fait écho à une actualité française agitée, en évoquant un Napoléon invisible, retranché dans son palais et dictant ses ordres, le décalage révoltant entre l’élite et la plèbe, et au milieu un Vidocq façon gilet jaune de choc, dont les prouesses physiques font passer James Bond, Rambo voire Aquaman pour des rigolos et qui se met tout le monde à dos.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 décembre

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12/12/2018

Grand écran: "Pupille" décrit le processus de l'adoption. Passionnant et émouvant

Capture d’écran 2018-10-30 à 17.46.56.pngJeanne Herrry avait déjà séduit, en dépit de quelques maladresses inhérentes à un premier long métrage, avec Elle l’adore, polar comico-psychologique évoquant l’obsession névrotique d’une fan pour son idole. La fille de Miou-Miou et Julien Clerc, à qui l’on doit aussi des épisodes de la deuxième saison de Dix pour cent, continue à s’affirmer. Changeant complètement de registre, elle s’attaque dans Pupille à l’adoption suite à un accouchement sous X.

Ce drame à la fois passionnant et émouvant, c’est l’histoire forte de la rencontre entre Alice, quadragénaire en manque d’amour qui se bat depuis dix ans pour avoir un enfant, et le petit Théo, que sa très jeune mère biologique ne souhaite pas garder. Elle a deux mois pour revenir ou non sur sa décision. Une phase pendant laquelle le service social d’aide à l’enfance et celui de l’adoption s’activent pour s’occuper du nourrisson et lui trouver une nouvelle maman.

Ce temps suspendu constitue le principal intérêt de l’opus que Jeanne Herry traite avec autant de précision que de sensibilité. Soucieuse de la chronologie des événements, respectueuse des détails, la réalisatrice, parfaitement documentée, nous emmène dans les coulisses administratives. Evitant de nous assommer en plongeant dans ses tortueux méandres, elle nous explique simplement, naturellement, le processus de l’adoption. Et propose un film réaliste, instructif, où elle décrit sans juger le parcours émotionnel de chacun, avec ses doutes, ses angoisses, ses problèmes

Excellente interprétation

On découvre ainsi les différents personnages qui gravitent autour de Théo pour assurer son bien-être A commencer par Jean, l’assistant familial incarné par un inattendu Gilles Lellouche. Dans un rôle à contre-emploi d’attendrissant père au foyer, il nous fait fondre avec ses fêlures et le lien touchant qu’il établit avec cet adorable bébé. A ses côtés, Sandrine Kiberlain se révèle toujours aussi impeccable en professionnelle consciencieuse, secrètement amoureuse de lui.

Inspirées, Elodie Bouchez, Olivia Côte et Miou-Miou sonnent également juste entre émotion, sérénité et douceur. Mais on accordera une mention spéciale à Clotilde Mollet, étonnante et singulière assistante sociale, notamment dans un premier entretien bienveillant avec la mère biologique, jamais incriminée pour le rejet de son enfant. Une belle réussite à ne pas manquer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 5 décembre.

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11/12/2018

Grand écran: "Une affaire de famille"...en or, drame socio-politique critique signé Kore-eda

une_affaire_de_famille_a.jpgNobody Knows, Tel père, tel fils, Notre petite sœur... Excellent chroniqueur des rapports humains, de la filiation, des liens biologiques ou ceux qu’on se choisit, Hirokazu Kore-eda revient après son thriller The Third Murderer, sur son sujet préféré avec Une affaire de famille. Il a valu en mai dernier la Palme d’or à ce grand habitué du Festival de Cannes

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage pour compléter son maigre salaire, Osamu et son fils Shota recueillent dans la rue Aki, une adorable gamine de cinq ans. D’abord réticente à l’idée de la garder pour la nuit, la femme d’Osamu accepte, en dépit d’une situation précaire, de s’occuper d’elle en découvrant que ses parents la brutalisent.

Dans ce nouvel opus, l’auteur prend le contrepied de Nobody Knows (2004) qui évoquait l’histoire bouleversante de quatre enfants livrés à eux-mêmes, en se penchant cette fois sur ce couple qui s’invente une famille en sauvant des gosses abandonnés ou maltraités.

Aki est immergée à son tour dans ce foyer atypique reconstitué, parfaitement amoral, où le père apprend à son fils à chaparder, où la mère blanchisseuse pique les objets laissés dans les vêtements des clients et où la ravissante soeur aînée, vêtue en écolière, excite les amateurs du genre dans un peep show.

Un nid douillet débordant de chaleur humaine

Tout ce petit monde s’entasse dans le taudis d’une grand-mère arnaqueuse. Un invraisemblable capharnaüm où s’amoncellent des objets hétéroclites mais qui, en dépit de son inconfort et de la promiscuité, forme un nid douillet débordant de tendresse et de chaleur humaine.

Mais les choses tournent mal. Bien qu’elle ne soit pas recherchée par ses parents, Aki est considérée comme ayant été enlevée. Ce qui provoque un rebondissement inattendu dans la dernière partie avec l’intervention de la police et de la justice, dépassées par l’organisation singulière de ce groupe marginal. 

Si Une affaire de famille n’est pas à notre avis l’œuvre majeure de Kore-eda, le métrage séduit par son humanisme, sa sensibilité, sa générosité, sa simplicité, sa délicatesse, son humour et son absence de pathos. Et comme toujours, les comédiens, à commencer par les enfants, sont impeccablement dirigés.

Par ailleurs, il ne s’agit pas que d’une fable touchante peuplée d’attachants petits délinquants se réchauffant les uns les autres au sein d'un cocon où l’amour remplace l’argent. Non seulement Kore-eda questionne la légitimité d’une famille, l’importance ou non des liens du sang mais, à son habitude, pose un regard très critique sur la dureté de la société japonaise, où le fossé s’élargit entre les riches et les pauvres souvent condamnés aux délits  pour joindre les deux bouts.

Malgré son prestigieux couronnement cannois, les accusations de l'auteur n’ont pas été du goût du gouvernement nippon, dont le porte-parole a félicité, officiellement du fond du cœur mais manifestement du bout des lèvres, l’auteur de de cet opus politiquement incorrect. Mais,c’est le plus important, il a conquis le public.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 décembre.

 

 

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