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La griffe du léopard

  • Festival de Locarno: "Vitalina Varela" de Pedro Costa remporte le Léopard d'or

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    oc1132814_p3001_275450.jpgC’était couru et les inconditionnels du cinéaste ont le sourire. Le Portugais Pedro Costa, qui avait déjà remporté la mise en scène en 2014 pour Cavalo Dinheiro, a fait encore mieux en décrochant le Léopard d’or de cette 72e édition pour Vitalina Varela. C’est aussi le nom de sa comédienne principale, à laquelle la présidente Catherine Breillat et ses jurés, dévoilant un palmarès très cinéphile, ont remis le prix d’interprétation.

    Ce drame formellement parfait est tourné presque entièrement tourné dans l’obscurité, Eprouvant par sa lenteur, d’une splendeur d'ébène comme sa protagoniste, il montre une quinquagénaire capverdienne débarquant dans un bidonville lisboète trois jours après les obsèques de son mari. Celui-ci avait quitté son archipel dans sa jeunesse pour chercher du travail en Europe et Vitalina a attendu de le rejoindre pendant 25 ans. Elle se retrouve dans la maison en ruine construite par le défunt et qu’elle va s’atteler à rebâtir.

    Les autres prix

    Le Sud-Coréen Park Jung-Bum, qui a plongé nombre de spectateurs dans une léthargie profonde, a reçu le prix spécial pour Pa-go, tandis que le Français Damien Manivel remporte logiquement celui de la mise en pour Les enfants d’Isadora, une œuvre évoquant Mother, danse solo composée par Isadora Duncan à la suite de la mort tragique de ses deux enfants. Le film rend ainsi hommage à la danseuse mythique aussi libre que créative.

    De son côté Regis Myrupu a été sacré meilleur acteur dans A Febre. Par ailleurs une mention spéciale est allée à Hiruk-Pikuk si al-kisah de l’Indonésien Yosep Anggi Noen et Maternal de l’Italienne Maura Delpero. Enfin Camille du Français Boris Lojkine, a gagné le prix du public. On y suit une jeune idéaliste partie en Centrafrique couvrir la guerre civile et dont le destin va basculer.

    Un mot sur le Lausannois Basil da Cunha que beaucoup voyaient remporter l’or. Avec O Fim do Mundo (La fin d’un monde) qui se déroule, comme l'opus de Pedro Costa, dans un quartier délabré de Lisbonne. Malheureusement pour lui, il est reparti les mains vides. Il aurait pourtant mérité au moins un leopardeau.

    Un cru 2019 convainquant

    Mais il n’y a pas que la compétition à Locarno. Si la nouvelle directrice Lili Hinstin n’a pas renversé la table à cet égard, elle n’en a pas moins concocté un menu 2019 dans l’ensemble convaincant, comme en témoignaient les files de spectateurs dans les diverses sections. Avec parfois la crainte de ne pouvoir entrer.

    Outre la rétrospective Black Light, comme toujours bien suivie, on retiendra l'intéressante et divertissante programmation sur la Piazza Grande, avec cette nouvelle approche de films d’auteurs côtoyant le cinéma grand public. On a déjà cité Magari, La fille au bracelet. Once Upon A Time… In Hollywood, Diego Maradona, Camille. On peut ajouter Days Of The Bagnold Summer, une comédie anglaise plutôt rafraîchissante. Ou encore, dans Crazy Midnight, The Nest, un petit film flirtant avec un fantastique mêlé d’une pointe d’horreur.

    Pour conclure, on dira simplement que Le Festival de Locarno est entre de bonnes mains.

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  • Festival de Locarno: la chasse est terminée. A qui le Léopard d'or?

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    1564261169800.jpgDemain tout sera dit avec le dévoilement du palmarès de la 72e édition du Festival de Locarno. Quel film aura l’heure de plaire au jury présidé par la Française Catherine Breillat? A nos yeux, aucun parmi les dix-sept en lice dans une compétition pourtant moins «parent pauvre du festival» que d’ordinaire, ne s’impose véritablement comme un Léopard d’or indiscutable.

    Certains se détachent pourtant, faisant plus ou moins le buzz parmi les festivaliers. Celui dont on parle le plus, c’est O Fim do Mundo (La fin d’un monde) de Basil da Cunha, représentant la Suisse.Dans ce film qui commence par un baptème et se termine par un enterrement, le réalisateur suit le jeune Spira (photo) qui, après avoir passé huit ans dans un centre pour mineurs, retrouve ses potes en revenant dans son quartier lisboète voué à la démolition, où les habitants se débrouillent comme ils peuvent.

    Le cinéaste en profite pour dresser le portrait d’une jeunesse meurtrie, à travers des personnages dont on a volé l’enfance, qui ont perdu leur innocence et prônent le crime à l’ancienne. « J’ai voulu faire un film de résistance, sur la fin d’un monde, représenté par cet endroit, un des derniers maquis où on peut vivre autrement. Une résistance à la modernité. Même si elle s’immisce, il y a une volonté de pas rester rivé à son ordinateur … »

    Pedro Costa pour les inconditionnels

    Cinéphilie oblige, il ne faut évidemment pas oublier le retour du vénéré portugais Pedro Costa, déjà présent à Locarno avec Dans la Chambre de Vanda en 2000. Il se rapproche de Basil da Cunha, du moins par le lieu, avec son neuvième long métrage Vitalina Varela. On y voit une quinquagénaire cap-verdienne, dont le mari vient de mourir, débarquer dans un bidonville de Lisbonne.

    Arrivée trois jours après les obsèques alors qu’elle a attendu son billet d’avion pendant 25 ans, elle va s’atteler à la gestion des affaires du défunt et à rebâtir le souvenir d’une solide maison au Cap-vert. Formellement parfaite, splendidement sombre, nous laissant ressentir la souffrance, magnifiant le visage, le corps et le regard de Vitalina, l’œuvre qui pourrait demeurer confidentielle à l’image des autres films de l’auteur, constitue un sommet pour les admirateurs inconditionnels.

    De Yokogao aux Enfants d’Isadora

    Dans un tout autre registre, on évoque aussi Yokogao, (A Girl Missing), notre préféré par ailleurs, du Japonais Koji Fukada. Il raconte l’histoire d’une infirmière, Ichiko, qui travaille dans une famille dont elle fait quasiment partie. Mais un jour c’est le drame. La fille cadette disparaît et les médias ne tardent pas à révéler que le ravisseur n’est autre que le neveu d’Ichiko. Tout se dérègle alors dans la vie de la jeune femme, piégée par une révélation qu’elle aurait dû garder secrète et qui déclenche une invraisemblable frénésie médiatique. Un film qui vaut surtout par la qualité de l’interprétation de sa principale protagoniste.

    The Last Black Man In San Francisco, de Joe Talbot, compte quelques fans. Il raconte l’histoire de Jimmie Fails qui, dans une ville en pleine mutation à force de boboïsation, rêve de récupérer la maison victorienne de son enfance, construite par son grand-père en plein cœur de la cité et que la famille n’a pas pu garder. Le film a été primé à Sundance au début de l’année. Aura-t-il la même chance?

    A noter enfin que certains ont été envoûtés par Les enfants d’Isadora du Français Damien Manivel, où il interprète à sa manière le solo intitulé La Mère, composé par la danseuse mythique après la mort tragique de ses deux enfants en avril 1913. Dans un geste d’une grande douceur, une mère y caresse et berce une dernière fois son enfant avant de le laisser partir.

    Un siècle plus tard, quatre femmes se confrontent à cette danse déchirante, qui laisse éprouver la sensation de la perte et du vide: une danseuse déchiffre la partition du solo qui l’émeut, une chorégraphe en prépare l’adaptation dansée par une adolescente trisomique, une vieille dame seule assiste à une représentation du spectacle qui la bouleverse. Dans ce film construit comme un ballet en trois actes, Damien Manivel rend hommage à une femme libre qui a révolutionné l’histoire de son art.

    Mais comme on a l’habitude de le dire, le critique propose, le jury dispose. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande avant la projection de To The Ends Of The Earth, du Japonais Kiyoshi Kurosawa.

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  • Festival de Locarno: "Diego Maradona", gloire et décadence du roi de Naples

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    image.jpgDeuxième perle de Cannes au menu de la Piazza Grande, Diego Maradona. Quatre ans après Amy, où il raconte la vie sulfureuse de la chanteuse fauchée à 27 ans, Asif Kapadia, qui a également retracé le destin exceptionnel du champion de F1 Ayrton Senna, se penche cette fois sur celui, hors norme, tumultueux, du footballeur le plus mythique de la planète. 

    Pour mieux brosser le portrait de ce fils d'un bidonville de Buenos Aires qui n’a cessé d'alimenter la chronique avec son talent et ses triomphes, de faire le buzz entre provocations, excès et scandales, le réalisateur se concentre plus particulièrement sur la folle période napolitaine du surdoué du ballon rond. Elle va de 1984, date à laquelle à Naples, et 1991, début de la décadence.

    Asif Kapadia évoque les rapports passionnels de Maradona avec des gens qui le vénéraient comme un dieu. Pas difficile d'en imaginer la raison. Pendant sept ans, le numéro 10 met le feu au terrain, menant son club, le SSC Napoli, en tête du championnat pour la première fois de son histoire. Sauvant ainsi l’honneur de cette ville pauvre et méprisée. Les tifosi chavirent, la fête dure et dure encore.

    Sexe, drogue et mafia

    Car le miracle se reproduit pour le nouveau roi de Naples qui, tant qu’il en accomplissait, pouvait tout se permettre. Mais s’il a connu l'apothéose, il a aussi vécu $l'inverse, passant du statut de messie à celui de brebis galeuse, entretenant des relations troubles avec la mafia qui le fournit en filles et en drogue. Une addiction qui sera l’une des causes de la descente aux enfers de Diego, piégé par le starsystem.

    Bientôt tous se détournent de lui. La ville, le club, les tifosi et même la Camorra pour qui il devient gênant. Sans compter l’humiliation suprême infligée par le mythe, En 1990, l’équipe argentine emmenée par Maradona gagne contre l’Italie en demi-finale de la Coupe du monde. Un match programmé au stade San Paolo de Naples qui l’avait sacré six ans plus tôt. L’affront ne lui sera jamais pardonné.

    Oscillant entre le génie de Maradona, sa fantastique science du jeu, evt les fêlures de Diego, le documentaire réalisé à partir de plus de 500 heures d’images inédites issues des archives personnelles du footballeur, est fascinant. Comme il sait si bien le faire, Asif Kapadia rend hommage à l’une des légendes vivantes du sport, à son parcours extraordinaire, en le montrant de l’intérieur. Un voyage propre à passionner tout le monde. Les connaisseurs, même s’ils ne découvriront pas la lune, et les autres.

    Le film sortira dans les salles le mercredi 21 août.

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  • Festival de Locarno: Tarantino revisite l'âge d'or du cinéma. Avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio au top

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    3228a6a88a3b99970589f684c67ca982-dans-once-upon-time-hollywood-de-tarantino-le-portrait-fait-de-bruce-lee-provoque-la-colere-de-sa.jpgLa Piazza Grande après la Croisette où, en mai dernier, Quentin Tarantino était carrément attendu comme le Messie. Malheureusement pour lui, Once Upon A Time… In Hollywood, événement le plus médiatique et le plus populaire du Festival de Cannes, ne lui avait pas permis de toucher au miracle, vingt-cinq ans après Pulp Fiction qui lui avait valu la Palme d’or.

    Le réalisateur revisite une période mythique, en rendant un vibrant hommage à l’âge d’or de la pellicule. Il aborde cette époque révolue en compagnie de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), cow-boy star de la télévision qui a du mal à trouver sa place avec la nouvelle ère qui s'ouvre dans la Mecque du cinéma, et de sa doublure de toujours, le cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), qui lui sert aussi d’homme à tout faire.

    Perdu, déprimé dans un monde qui change et annonce son déclin, le premier lutte pour avoir un rôle de plus, mais doit se contenter de partitions secondaires, tandis que le second, cool, qui vit à ses crochets, affiche une belle décontraction et se sent en paix avec lui-même. Au top, les deux comédiens ont eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble, comme ils l’avaient d’ailleurs déclaré lors de la conférence de presse, Pitt le séducteur s’amusant à voler la vedette à DiCaprio.

    Fasciné par l’assassinat de Sharon Tate

    Ce l(trop) long film (2h45), ambitieux, triste, drôle, entre lettre d'amour, voyage nostalgique, western, comédie et analyse sommaire, voire paresseuse, de la prise de pouvoir du petit écran sur le grand, réserve des moments éblouissants mais aussi de grands tunnels, d'où son côté un peu décevant.

    L’intrigue se déroule en 1969, l'année de la mort de Sharon Tate (Margot Robbie), starlette montante et femme enceinte de Roman Polanski, assassinée par la secte Manson, dont Tarantino esquisse la vie avec une visite au ranch de la famille maudite.

    Ce fait divers tragique, marquant pour toute une génération et qui constitue la deuxième partie de l’opus, fascine Quentin Tarantino, qui nous emmène jusqu’à cette nuit fatale. «J'ai entrepris beaucoup de recherches. Mais plus on en lit sur le sujet, moins on comprend comment un tel acte a pu se produire. D'où mon attirance.», explique-t-il. On n'en reste pas moins dubitatif, sinon plus, en ce qui concerne le final, climax explosif cher à Tarantino, qui néglige la véracité du drame.

    La version cinéma ne serait toutefois pas la vision finale de l’auteur. Il proposerait un montage plus long, comprenant des scènes coupées. Le tout diffusé en épisodes sur Netflix.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse dès mercredi 14 août.

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  • Festival de Locarno: la Piazza Grande entre enfance, procès et catastrophe aérienne

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    magar-francesca-fago.jpgAnnoncée, la pluie menaçait de gâcher les projections sur la très convoitée Piazza Grande, Mais suite à des débordements torrentiels, le ciel se faisait plus clément et permettait mercredi soir, l’ouverture du festival sous les étoiles avec Magari, premier long-métrage de la réalisatrice italienne Ginevra Elkann.

    Une présentation entre les gouttes qui avait de quoi combler la nouvelle directrice Lili Hinstin à la tête de la 72e édition, qui a privilégié sa propre approche sur la fameuse place en laissant se succéder cinéma d’auteur et grand public.

    Ginevra Elkann, petite-fille du grand Gianni Agnelli, retrace l’enfance, dans les années 80, de deux frères et une sœur, enfants de parents divorcés qui vivent à Paris avec leur mère (Céline Sallette). Fatiguée par une quatrième grossesse, elle les envoie passer Noël en Italie chez leur père Carlo (Riccardo Scamario), un séducteur qui remanie inlassablement son scénario dont le producteur ne veut pas, en compagnie de son amie du moment Benedetta (Alba Rohrwacher)

    Alma, 9 ans, jean, 12 ans et Sebastien 14 ans, unis par le même désir d’être une famille, débarquent ainsi à Rome en tenue de ski. Mais au lieu de les emmener à la neige comme prévu Carlo, plutôt fauché, les embarque dans une villa au bord de mer. Et voici la smala partie pour une bien étrange semaine de vacances, où les tensions remontent.

    Entre non-dits et futur incertain idéalisé

    Avec ses comédiens rompus au jeu qui se confrontent à trois débutants, la réalisatrice analyse des non-dits, une difficulté à communiquer, un futur incertain idéalisé. Tout en observant avec finesse les états d’âme de ses protagonistes, elle livre une oeuvre pleine de grâce, de douceur, d’émotion et de poésie où se mêlent les différences de langues, de culture, de religion.

    En fait partie le titre Magari (Si seulement en français), illustrant l’espoir que les parents redeviennent un couple. Un mot très éloquent qui n’existe qu’en italien, évoquant à la fois le bonheur, la mélancolie, le désir.

    maxresdefault.jpgLa fille au bracelet

    Le Français Stéphane Demoustier a lui aussi profité de la bienveillance céleste pour La fille au bracelet. Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d'avoir son bac. Mais depuis deux ans, elle porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie. Le film s’inspire du scénario d’Acusada un film dramatique argentin de Gonzalo Tobal réalisé à partir d’un fait divers, en compétition à la dernière Mostra et sorti en 2018. 

    La comparaison s’arrête là. Au spectaculaire et aux effets de manches, Stephane Demoustier privilégie l’épure, les joutes verbales en forme de duels, tout en faisant du spectateur un juré. Par ailleurs, contrairement à son collègue sud-américain, il adopte le point de vue de ceux qui entourent l’accusé et ses proches. Dans ce film à procès, en gros celui de la jeunesse et du fossé des générations où la vie secrète de Lise est dévoilée, on tente de discerner ou non la révélation d’une vérité.

    En dépit de quelques incohérences scénaristiques, les comédiens portent bien le film. Pour incarner l’adolescente, Stéphane Demoustier a choisi la jeune Mélissa Guers, à la fois intense, mystérieuse et mutique. Ses parents sont incarnés par Roschdy Zem (qui ne cesse de se bonifier) et Chiara Mastroianni. La sœur du réalisateur, Anaïs Demoustier, au jeu un rien raide, a elle enfilé le costume de l’avocat général.

    7500, tous dans le cockpit

    L’Allemand Patrick Vollrath, à son tour béni des cieux, a tenté la catastrophe dans 7500, son premier long métrage et nous enferme, claustrophobes s’abstenir, dans l'étroit cockpit d’un Airbus A319 avec le copilote Tobias Ellis, alias Joseph Gordon-Levitt.

    Menacé par un groupe de terroristes, il va tenter de faire atterrir l’appareil détourné en sauvant un maximum de passagers dont certains sont sauvagement assassinés par les attaquants. Le comédien séduit, le suspense s’amorce, mais ne dure malheureusement pas, le métrage ne tardant pas à se traîner pour virer dangereusement au ridicule. Et comme on sait, il tue.

    Pour terminer, un petit mot de la compétition qui promet d’intéressantes découvertes. Mais on aura l’occasion d’en reparler.

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  • Festival de Locarno: c'est parti pour le cru 2019 de Lili Hinstin, sa nouvelle directrice

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    Locarno, un festival mondial qui s’autorise de gros risques, qui secoue, surprend, dérange, interroge... Un festival où, après avoir été découverts, les artistes entament régulièrement une carrière internationale... Un festival hors norme avec l’écran géant de la Piazza Grande, la liberté de sa programmation, le mélange de stars, de grands auteurs et de jeunes cinéastes assumant avec détermination son rôle de phare et de tête chercheuse…

    C’est par ces mots que la nouvelle directrice, la Française Lili Hinstin, successeure de Carlo Chatrian parti s’occuper de la Berlinale, a présenté la 72 édition locarnaise. Elle est dédiée à Freddy Buache, le cofondateur de la Cinémathèque suisse disparu en mai dernier, avec notamment la projection .du court-métrage Lettre à Freddy Buache (1981) de Jean-Luc Godard.

    Magari de la réalisatrice italienne Ginevra Elkann (photo ci-dessus) ouvrira les feux mercredi 7 août sur la Piazza Grande, l’un des piliers de la manifestation tessinoise. Elle se terminera le 17, toujours sous les étoiles, avec To The End Of The Earth du Japonais Kiyoshi Kurisawa. Entre les deux se succèderont action, thriller, comédie romantique, dont deux films de Cannes, Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino avec Leonardo DiCaprio et Brad Pitt au top, ainsi que le passionnant documentaire d’Asif Kapadia, Diego Maradona.

    Innovation sur la célèbre place avec Crazy Midnight, une sélection d’une demi-douzaine de films montrés en deuxième partie de soirée. En fait partie Die Fruchtbaren Jahre sind vorbei, une comédie absurde de la Suissesse Natasha Beller.

    Compétition et rétrospective

    Deuxième point fort de ce cru 2019, la compétition comptant 17 longs métrages en provenance du Brésil, de Syrie, d’Allemagne, de France, des Etats-Unis, d’Islande, d’Italie, d’Espagne, de Suisse... Ils se disputeront le Léopard d’or sous l’oeil du jury présidé par la réalisatrice Catherine Breillat. Le concours, qui marque le retour du Portugais Pedro Costa, verra comme d’habitude alterner réalisateurs confirmés et débutants.

    Importantes aussi les autres sections du festival, dont Cinéastes du présent. Moving Ahead (volet expérimental), Léopards de demain, Histoire(s) du cinéma, Open Doors Screenings. Sans oublier bien sûr la traditionnelle rétrospective. Intitulée Black Light, elle reflète le cinéma noir international du XXe siècle, tout en allant au-delà des frontières déjà connues et dépassant le problème identitaire ou social.

    Touchant l’Europe, l’Amérique du Nord, du Sud ou les Caraïbes, elle se compose de 47 métrages réalisés par Zozimo Bulbul, Sidney Poitier, Ousmane Sembene, Med Hondo… Premier rendez-vous le 6 juillet avec Do The Right Thing de Spike Lee à l’occasion de la soirée pré-festival. 

    Artistes à l’honneur

    Le Léopard d’honneur sera décerné à John Waters, auteur de Pink Flamingos, Hairspray, Cry Baby, Serial Mother, mais surtout de Polyester que les spectateurs auront l’occasion de (re)découvrir. Ainsi que Female Trouble et Dirty Shame, dernière fiction en date du cinéaste de Baltimore.

    Hilary Swank, grande invitée de la soirée du vendredi 9 août sur la Piazza Grande recevra elle le Leopard Club Award. L'hommage sera accompagné de la projection de Boys don't Cry de Kimberly Peirce (1999) et de Million Dollar Baby de Clint Eastwood (2004). Deux films qui lui ont valu l’Oscar de la meilleure actrice,

    Egalement honorés Fredi M. Murer, réalisateur, scénariste, photographe, dessinateur suisse, avec le Pardo alla carriera, et son compatriote l'acteur l’acteur Bruno Ganz décédé en février dernier.

    Locarno du 7 au 17 août.

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  • Festival de Locarno: le Léopard d'Or au Singapourien Yeo Siew Hua pour "A Land Imagined". Sitôt vu, sitôt oublié...

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    20180811163807306.jpgComme d’habitude, le critique propose et le jury dispose… C’est ainsi que Le film A Land Imagined, du réalisateur singapourien Yeo Siew Hua, sitôt vu sitôt oublié étant donné son intérêt mineur, a reçu le Léopard d'or au 71e Festival de Locarno. Le film se déroule dans l'univers impitoyable des travailleurs immigrés trimant pour des clopinettes sur les gros chantiers de Singapour.

    Après avoir noué une amitié virtuelle avec un mystérieux joueur, Wang, un maçon chinois est porté disparu. Un enquêteur doit découvrir la vérité pour le retrouver. On se perd rapidement et on s’ennuie aussi vite dans ce polar compliqué à l’intrigue inutilement tarabiscotée.

    "M", documentaire choc primé

    Heureusement, le jury a eu la bonne idée de donner un Prix spécial à M, le remarquable, bouleversant, nécessaire documentaire coup de poing de Yolande Zauberman, de retour sur grand écran. La réalisatrice française nous emmène dans un voyage en enfer en suivant un jeune homme violé dans son enfance par les rabbins et autres membres d’une communauté ultra-orthodoxe aux portes de Tel-Aviv.

    Il a aussi daigné récompenser le réalisateur Sud-Coréen Hong Sang-soo par le biais du Prix d’interprétation à son acteur KI Joo bong for Gangbyun Hotel. (Voir nos notes élogieuses du 10 août pour ces deux films). Côté féminin Andra Guti, la comédienne d’Alice T. du Roumain Radu Muntean l’emporte pour un opus se penchant sur des relations mère-fille problématiques.

    Le Prix de la mise en scène, a été décerné à la Chilienne Dominga Sotomayor pour Tarde para morir jueven , évoquant trois adolescents, leur premier amour et leur peur au cours de l’été 1990 au Chili. Contre toute attente La Flor, métrage fleuve de 14 heures de l’Argentin Mariano LLinas est reparti bredouille. Enfin le Prix du public est allé sans surprise à BlaKkKlansman de Spike Lee.

    Succès pour Coincoin et la rétrospective McCarey

    La dernière du directeur artistique Carlo Chatrian, en partance pour la Berlinale, n’a pas atteint des sommets, en euphémisme, en ce qui concerne la compétition et la programmation sur la Piazza Grande. A part ou deux films comme L’ordre des médecins de David Roux, Un nemico che ti vuole bene de Denis Rabaglia, on retiendra avant tout le plébiscité BlaKkKkansman venu de la Croisette et le magistral Seven de David Fincher datant de 1995. Ainsi que les aventures jubilatoires de Coincoin et les Z’inhumains signées Bruno Dumont, et dont la sortie annoncée en salles a malheureusement été annulée.

    Cette mini-série a été bien suivie, à l'instar du point extrafort du Festival, la grande rétrospective Leo McCarey. Conçue par Roberto Turigliatto,  elle nous a permis de découvrir des joyaux dans les courts et longs métrages. Rappelons qu’elle sera accueillie en partie par la Cinémathèque suisse à Lausanne et les Cinémas du Grütli à Genève à la rentrée. A ne manquer sous aucun prétexte.

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  • Festival de Locarno: avec "M", plongée noire et choc chez les ultra-orthodoxes, aux portes de Tel-Aviv

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    1147193-dr-dr-dr-dr-dr-dr.jpgSi la compétition ne s'est pas révélée follement emballante, on retiendra tout de même quelques œuvres. Nous en avons déjà cité trois: Gangbyun Hotel du Sud-Coréen Hong Sang-soo, Genèse, du Québecois Philippe Lesage, Sibel, cosigné par la Turque Cagla Zencirci et l’Italien Guillaume Giovanetti.

    On ajoutera M, de la Française Yolande Zauberman, qui a opéré une plongée aussi noire que choc sur l’atrocité de la pédophilie à Bneï Brak, la capitale mondiale des Haredim, les ultra-orthodoxes juifs, en hébreu les "Craignant-Dieu".

    C’est dans cette ville, fondée en 1920 par les Hassidiques que Menahem Lang, aujourd’hui trentenaire, a grandi, avant de la quitter à 20 ans. On le retrouve une nuit sur la plage, à Tel-Aviv où il s’est installé. Face caméra, il chante un air yiddish, avant de révéler un lourd secret.

    Menahem est un homme fracassé, dont on découvre toute la souffrance au long de cet effroyable voyage dans l’indicible. Car il était un porno kid, destiné comme tant d’autres gamins au plaisir des hommes. Violé à 7 ans, dit-il, pour avouer ensuite douloureusement qu’il en avait en réalité quatre, par des membres de la communauté. Et cela à répétition, pendant des années.

    Pour la réalisatrice, Menahem va faire un chemin initiatique en ouvrant la porte de sa ville natale, celle des hommes en manteaux noirs, chapeau et papillotes, celle d’une société rigide d’un autre âge, aussi hypocrite que pétrie de dogmes religieux.

    Il retourne ainsi sur les lieux du crime, mais aussi sur les endroits qu’il a aimés, pour une sorte de réconciliation. Ce documentaire coup de poing d'une force incroyable contribuera peut-être à la libération d’une parole trop longtemps couverte par un silence coupable et condamnable.

    Ces films se retrouveront-ils au palmarès? Réponse demain. On pourrait d'ailleurs y voir figurer sans grande surprise La Flor de l'Argentin Mariano Llinas. Rappelons que cet ovni cinématographique de 14 heures, réponse du cinéma aux séries, selon le directeur artistique Carlo Chatrian, est divisé en six épisodes, chacun correspondant à un genre. 

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  • Festival de Locarno: "Gangbyun Hotel" de Hong Sang-soo a un petit air de Léopard

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    image-w1280.jpgIl a déjà eu un Léopard d'argent pour Sunhi en 2013 et un d’or pour Un jour avec, un jour sans en 2015. Hong Sang-soo pourrait compléter sa collection de fauves avec Gangbuyn Hotel (Hotel By The River), son 23e long-métrage. Au casting, on retrouve notamment sa muse et compagne Kim Min-hee et un de ses fidèles Kwon Hae-hyo.

    Après Grass qui avait enthousiasmé la Berlinale, le grand réalisateur sud-coréen a séduit Locarno en mettant en scène un poète entre deux âges et en bonne santé, sentant pourtant inexplicablement sa fin approcher. Logé gratuitement dans un hôtel au bord d’un fleuve par le propriétaire qui admire son travail, il fait venir ses deux fils qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Parallèlement l’hôtel abrite une jeune femme que son homme a trahie et qui a demandé à une amie de la rejoindre pour la réconforter. Les cinq personnages vont se rencontrer...

    Gangbyun Hotel a été tourné en noir et blanc, sous la neige, du 29 janvier au 14 février. La marque de l’auteur qui privilégie les tournages légers et rapides. Poétique, épuré, minimaliste, singulier, non dénué d’humour à l’image de ses autres films, il se déroule sur 24 heures entre retrouvaille familiales, déception sentimentale, pensées profondes, marivaudage et rasades de soju...

    HSS évoque aussi avec sérénité l’idée de la mort. «J’y pense fréquemment. Cela me rend calme et me donne une perspective sur la vie», déclare-t-il lors de sa conférence de presse. «Je n’ai pas de définition sur l’après. J’aime croire qu’il y a quelque chose qui ne doit pas m’effrayer. Il y a des éléments qui me font me sentir bien quand j’y pense. Je crois qu’il n’y aura pas beaucoup de différence entre ce qui se passe ici et ce qui arrivera quand je ne serai plus là».

    Hong Sang-soo a tourné son film en noir et blanc sans trop savoir pourquoi. «Juste parce que je le souhaitais. Je le ressentais comme cela». La neige y prend une grande importance. «J’aime la neige Dans mes derniers films, elle tombe déjà. Au début j’ai lutté pour unir les deux groupes que j’avais séparés. Je ne voyais pas comment lier les hommes et les femmes. Et puis la neige est tombée en grande quantité un matin. C’était très beau, un vrai cadeau du ciel. Du coup je l’ai incorporée au scénario».

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  • Festival de Locarno: avec "Blaze", Ethan Hawke fait revivre une légende méconnue de la Country

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    gettyimages-908919386.jpgLauréat d’un Excellence Award, Ethan Hawke (photo), acteur, réalisateur et écrivain présentait mercredi soir sur la Piazza son film Blaze, inspiré de la vie de Blaze Foley, légende méconnue du mouvement Outlaw Country texan des années 70-80.

    Né Michael David Fuller en 1949 en Arkansas, il grandit au Texas, joue dans un groupe évangélique, The Fuller Family, avec sa mère et ses sœurs avant de se produire à Atlanta, Chicago, Houston et Austin Auteur de chansons douloureusement intimes, il est mort tragiquement, tué par balle 40 ans plus tard.

    Le film mêle trois époques avec des versions réinventées du passé, du présent et du futur de Blaze. Tout en évoquant les hauts et les bas vertigineux de l’artiste, sorte d’étoile filante de la musique touchée par la grâce, ses addictions à la drogue et à l’alcool, les différents volets évoquent son histoire d’amour avec Sybil Rosen, sa dernière nuit sur terre, l’impact de ses chansons et de sa mort sur ses fans, ses proches, ses ennemis.

    Dans le rôle de Blaze, on découvre le musicien Ben Dickey, acteur débutant, prix spécial d'interprétation à Sundance où l'opus a d'abord été présenté. Bien que prometteur en sortant du schéma traditionnel du biopic, il peine à séduire, son manque de rythme le rendant interminable.

    "Nous avons tous une flamme à l'intérieur"

    Ethan Hawke, qui a voulu tourner un film sur la musique alors qu’il travaillait son rôle de Chet Baker dans Born To Be Blue n’a pas moins attiré une foule de fans à sa conférence de presse. L’auteur a notamment évoqué sa co-scénariste Sybil Rosen. «C’est une partie de la magie. Je suis tombé sur le livre qu’elle a consacré à Blaze. Elle a décidé de me rejoindre. Comme elle tenait un journal, cela a facilité le scénario, en rendant tout réel, visible».

    Il avoue se sentir très proche du film, profondément connecté. « J’ai par ailleurs été inspiré et influencé par beaucoup d’œuvres des années 70. On pourrait voir Ben Dickey chez Altman ». En revanche il n’est pas comme son héros qui ne voulait pas devenir une star mais une légende. «Ce qui m’intéresse c’est de vivre. Je n’avais pas l’intention de mythifier Blaze. Au contraire. Je pense que nous avons tous une flamme à l’intérieur ».

    C’est à l’évidence le cas de Hawke, personnage aux multiples facettes du cinéma américain et international. rarement voire jamais là où on l’attend, quatre fois nominé aux Oscars, acteur engagé pour qui tout est politique. "Notre vie à tous l'est. Lorsque nous racontons notre vie dans un film, nous sommes automatiquement politiques'. C'est l'un des comédiens le  plus polyvalent de sa génération, comme l'écrit Carlo Chatrian, directeur artistique de Locarno. Il l'a prouvé avec son goût prononcé pour la diversité en trente ans d’une carrière passée devant et derrière la caméra.

    "J'adore les collaborations"

    Ethan Hawke débute à 14 ans dans le film Explorers (1985) et se fait connaître du grand public lors du triomphe de Dead Poets Society (Le Cercle des poètes disparus, 1989), de Peter Weir, en se glissant, au côté de Robin Williams, dans la peau de l’étudiant introverti Todd Anderson.

    En 1995, il rencontre Richard Linklater, qui le choisit pour jouer Jesse dans Before Sunrise, premier chapitre d’une trilogie pour laquelle il sera aussi scénariste. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur huit films. Parmi les réalisateurs avec lesquels Hawke a également souvent collaboré, figurent Andrew Niccol et Antoine Fuqua. "Plus je vieillis, plus j'aime les collaborations", remarque-t-il 

    Avant Blaze, il était passé à la réalisation avec Chelsea Walls (2001). Ont suivi l’adaptation de son deuxième roman  The Hottest State (2006) et le documentaire Seymour: An Introduction (2014), programmé dans la section Histoire(s) du cinéma.

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