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12/08/2017

Festival de Locarno: le Léopard d'or à "Mrs Fang", du Chinois Wang Bing. Isabelle Huppert meilleure actrice

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaleopard d'or.jpgSi le cru 2017 a été riche en célébrités, en hommages à de grands artistes disparus dont Jeanne Moreau ou, selon le directeur artistique Carlo Chatrian, en beaucoup de films qui ont fait salle comble, il ne restera pas dans les annales côté compétition.

Difficile en effet de s’enthousiasmer pour une oeuvre en particulier dans une course languissante au Léopard d’or. Moralité, une attente sans curiosité du verdict du jury présidé par le Français Olivier Assayas.

Il aurait pu, à l’exception de certains métrages n’ayant absolument rien à faire dans le concours, consacrer plus ou moins  n’importe lequel des autres prétendants, se situant au mieux dans une relative moyenne.

Son choix s’est porté sur l’un d’eux, Mrs Fang, un documentaire du réalisateur chinois Wang Bing, l’un des plus importants du genre dans son pays et qui a déjà fait partie du jury locarnais. Wang Bing filme les dix derniers jours de Fang Xiuying, 68 ans, une ancienne paysanne atteinte d’Alzheimer pendant huit ans. Après un séjour dans un foyer sans amélioration de son état, sa famille la reprend à la maison, où elle est décédée l’an dernier.

Une question d’éthique

Forçant le spectateur à regarder la mort en direct, le cinéaste multiplie les gros plans dérangeants d’une longueur éprouvante sur l’agonisante qui, les yeux vides et la bouche ouverte, est allongée pratiquement sans bouger sous une couverture, tandis que ses proches et ses amis s’agitent autour d’elle, parlent, boivent, fument. De temps en temps, ils viennent prendre son pouls, tâtant son cou ou ses bras pour voir si elle est encore chaude.

Au-delà d’une démarche cinématographique qui peut avoir un intérêt sociologique, se pose une grave question éthique. Fang Xiuying a-t-elle eu la possibiiité de faire valoir son droit à l’image, dans ce film qui la montre dans une déchéance physique de plus en plus cruelle. Même si la famille a en principe donné son accord, le doute subsiste.

Le jury a en outre attribué bizarrement son Prix spécial à As Boas Maneiras, des Brésiiens Juliana Rojas et Marco Dutra, surfant de manière plutôt grossière sur le thème du loup-garou, tandis que celui de la mise en scène est allé au Français F.J. Ossang pour 9 doigts. Un film qui vaut surtout pour son magnifique noir et blanc


aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaisa.jpgOn reste en France avec un prix d’interprétation convenu, décerné à Isabelle Huppert. Excentrique et timide professeure de physique dans Madame Hyde de Serge Bozon, elle change de personnalité après avoir été foudroyée durant un nuit d’orage.

Côté masculin c’est l’Américano-Danois Elliott Crosset Hove qui est sacré meiilleur acteur pour son rôle dans Winter Brothers, premier opus de l’Islandais Hlynur Palmason. De quoi provoquer la désolation chez quelques critiques qui avaient misé sur Harry Dean Stanton, nonagénaire athée, teigneux, ronchon et farouchement indépendant dans Lucky de John Carrol Lynch.

Un mot encore sur le Prix du public UBS, qui a été remporté par The Big Sick de Michael Showalter, inspiré de l'histoire vraie d'un comique né au Pakistan, tombé amoureux d'une étudiante américaine. Un film qui n'a pas beaucoup contribué à relever le niveau d'une programmation bien faible sur la Piazza Grande, comme on a déjà eu l'occasion de le dire. 

 

 

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11/08/2017

Festival de Locarno: Charlize Theron assure en "Atomic Blonde"

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatomic.jpgNous sommes à la veille de la chute du mur de Berlin, édifié 28 ans auparavant par l’Allemagne de l’Est. Sa construction avait contribué à la création d’un véritable nid d’espions dans un Berlin coupé en deux. En automne 1989, la ville en pleine révolution est au bord de l’explosion.

Agent d’élite du MI6, Lorraine Broughton, une sulfureuse blonde sulpturale, brutale, sexy, sans état d’âme quand il s’agit de sauver sa peau, est envoyée seule dans cette poudrière, pour démasquer un réseau responsable de l’assassinat d’un agent allié infiltré.

Repérée dès son arrivée, elle échappe à une exécution et doit s’associer avec David Percival, le chef de station local d’une rare fourberie. Un jeu de dupes meurtrier commence alors pour mettre la main sur un officier des services secrets est-allemands, la tristement célèbre Stasi. Il détient une liste des identités de tous les agents infiltrés dans le coin. .

Autrement dit mission impossible. Sauf évidemment pour l’espionne la plus redoutable de Sa Majesté britannique. Dure au mal, marquée dans sa chair par des combats sanglants (photo), la dame de fer ne tarde pas à nous faire l’étalage de ses talents multiples dans l’art de buter impitoyablement son ennemi (James Bond peut se rhabiller, il ne fait pas le poids), ou de se laisser aller, avec une consoeur française fascinée par sa beauté glaciale, à quelques ébats qu’on voit toutefois venir à des kilomètres...

Le fantasme racoleur de la blonde et de la brune... Dommage car pour le reste ça dépote! Carrément nuclèaire, Charlize Théron assure dans ce film d’action musclé signé David Leitch qui tient la route, divertissant avec son côté coloré rocky-punky-punchy. Ne se prenant pas au sérieux en assumant comiquement les capacités outrancières de sa superhéroïne, il est basé sur la bande dessinée The Coldest City (2002), écrite par Anthony Johnston et illustrée par Sam Hart. A noter aussi une bande originale qui va ravir les fans de la musique de l’époque.

Bref de quoi réveiller un peu la programmation languissante de la Piazza Grande. On regrette également celle, très moyenne, de la compétition où on peine à dénicher un incontestable Léopard d’or parmi les dix-papables. On aura l’occasion de faire le bilan de cette 70e édition après le verdict du jury, attendu demain.

Atomic Blonde sera à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 août.

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10/08/2017

Festival de Locarno: la lumineuse Golshifteh Faharani dans "The Song Of Scorpions"

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaagol.jpgL'année dernière, la belle Golshifteh Faharani subjuguait Cannes aux côtés d’Adam Driver dans Paterson de Jim Jarmush. Fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse, elle redécorait obsessionnellement en noir et blanc tout ce qui lui tombait sous la main

La lumineuse comédienne a également fait tourner les têtes à Locarno où elle venait présenter sur la Piazza Grande The Song of Scorpions. Changement radical de style pour Golshifteh. Elle se glisse dans la peau de Nooran, chanteuse, guérisseuse, sage-femme et médecin dans la communauté Sindhi du Rajasthan (photo). En l’entendant Aadam, marchand de chameaux (interprété par le célèbre Irrfan Khan, découvert dans (Slumdog Millionnaire),en  tombe fou amoureux. Econduit, il ourdit une terrible vengeance.

Trop long, laborieux et manquant du coup de rythme, l’opus est signé par le réalisateur indien Anup Singh, installé depuis une quinzaine d’années à Genève. Pour son histoire d’amour tordu, sur fond de traîtrise, de vengeance et de rédemption, il a décidé de travailler dans le désert. Pour lui un milieu dur, sec et aride à l’image du monde, où se cache toutefois toujours une source d’eau. Il ne dénonce pas moins, même maladroitement, l’extrême violenc, notamment sexuelle, faite aux femmes en Inde. 

De gros défis à relever pour la comédienne

Nooran en est victime dans The Sng Of Scorpions. "En tant que femmes nous sommes violées partout. Notre existence, le fait d’être nées en Iran nous impose de ne pas pouvoir choisir", relève Golshfteh Faharani. "Le viol est une attaque horrible, affreusement humiliante. Cette scène a été pour moi un véritable défi. Mais il ne s’agit pas que de cela dans le film. Il faut continuer à repousser les limites. La vie est remplie de choses non désirées. Allons-nous nous laisser empoisonner par ces malheurs? Dans les ruines, on peut trouver un trésor. Il faut le chercher. Nooran a la rage de vivre. Elle retrouve la lumière, qui l’amène vers le pardon".

L’autre défi c’était la langue, l’une des choses les plus difficiles. *J’ai suivi six mois de cours pour parler de manière acceptable Jusqu’à présent, j’ai joué en sept langues. Et il y en aura une huitième. Cela ajoute de la pression, surtout quand on veut être authentique".

Cap sur Hollywood grâce à Ridley Sscott

C’est l’occasion d’un petit retour sur sa carrière prolifique. A 34 ans, elle en a déjà passé vingt an devant la caméra. C’est en effet à 14 ans que Golshifteh Faharani, née en Iran d’un acteur et metteur en scène lâche le piano, qu’elle pratiquait en virtuose depuis l’âge de cinq ans, pour le cinéma. Elle tourne une vingtaine de longs métrages au Moyen-Orient, avant de camper, en 2008, une infirmière jordanienne dans Mensonges d’Etat de Ridley Scott, avec Leonardo Di Caprio.

Devenue la première star iranienne à tourner dans une production américaine depuis la révolution islamique en 1979, elle irrite le pouvoir qui, dès son retour, lui interdit temporairement de quitter le territoire et lui confisque son passeport. Profitant d’une autorisation de sortie de vingt-quatre heures, elle s'enfuit et s’exile en France.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaelly.jpgUn an plus tard sort son dernier film tourné en Iran A propos d'Elly d'Asghar Farhadi, lauréat de l’Ours d’argent au Festival de Berlin. Elle y incarne une jeune femme mariée libre d’esprit (photo) qui invite Elly, une institutrice de Téhéran à venir passer un week-end au bord de la mer. Un personnage dans lequel elle se reconnaît.

Il y aura ensuite Poulet aux prunes, Pierre de patience, Just Like A Woman. En 2014 l’actrice alors en couple avec Louis Garrel, qu’elle quittera pour épouser un Australien, joue dans Les deux amis, dans le western engagé My Sweet Pepper Land d’Hiner Saleem, et à nouveau sous la direction de Ridley Scott dans le péplum biblique Exodus: Gods And Kings. Cette année, on la retrouve également dans le cinquième épisode de Pirates des Caraïbes.

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09/08/2017

Festival de Locarno: avec "Chien", Samuel Benchetrit dénonce une société déshumanisée. Interview

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabenvan.jpgChienne de vie que celle de Jacques Blanchot! Sa femme le flanque à la porte sous prétexte qu’elle est atteinte de blanchoïte aiguë, une maladie qui la pousse à se gratter lorsqu’il s’approche d’elle. Son fils profite de lui et il est exploité par son patron. Pour retrouver un peu d’amour il décide, en passant devant une animalerie, de s’acheter un chien. Avec niche, croquettes, laisse et dix leçons de dressage, le tout au prix fort exigé par un maître-chien fascisant.

Mais le chiot, qui en plus ressemble à Hitler, en ne va pas tarder à passer sous les roues d’un bus. Bouleversé, Blanchot s’installe à l’hôtel, mange les croquettes, dort dans la niche et va jusqu’à prendre les leçons qu’il a payées, se coulant dans le rôle du chien en acceptant les pires humiliations.

Un ton burlesque et décalé qui vire au noir

Signé Samuel Benchetrit, qui l’a adapté de son propre roman, Chien, interprété par Vincent Macaigne, Bouli Lanners et Vanessa Paradis commence sur un ton burlesque et décalé qui vire rapidement à l’humour noir. Très noir. Pathétique, gênant, limite malsain, cette comédie plus pathétique que drôle divise, provoquant la détestation totale ou une adhésion plus ou moins forte. 

Invité à la présenter sur la Piazza Grande l’écrivain réalisateur explique que son livre, un exutoire, est né suite à un état dépressif et de doutes, où il se demandait pourquoi gagner de l’argent, rester dans le mouvement, avoir tant de préoccupations ridicules alors que la vie est si courte. 

«C’est une histoire simple qui raconte quelque chose d’universel, être quelque chose ici-bas. Je dresse un état des lieux, je parle de dystopie, de cynisme à propos d’un personnage qui en est totalement dépourvu, qui va sortir de ce monde pour en découvrir un autre ». Cela m’intéresse de traiter un personnage sans ambition qui rend fou les autres par sa passivité, Une passivité qui les conduit à une violence extrême. Du coup c’est lui qui gagne».

Et tandis qu’il s’humanise en chien, vous dénoncez la déshumanisation de la société. Une prise de position politique?

Oui, je revendique modestement cet aspect. On est encore dans un fascisme incroyable. Rien n’est réglé, notamment en ce qui concerne les femmes. Là le fascisme est représenté par Bouli Lanners dans le rôle du dresseur. J’en ai rencontré et ils ne m’ont pas plu.

Ce qu’il fait subir à Jacques Blanchot va vraiment très, voire trop loin. N’y a-t-il pas de la complaisance dans votre façon de gommer tout ce qu’il pourrait y avoir d’humain chez lui?

Il faut aller au bout de son sujet. Mais il n’y a ni complaisance ni manipulation . Je ne veux pas plaire et j’imagine bien que les agissements du dresseur peuvent provoquer le malaise. Personnellement, en tant que spectateur, j’aime être bousculé.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaavincent.jpegEn tout cas vous bousculez drôlement Vincent Macaigne, votre acteur principal. Assimilé à une maladie, il est quitté, frappé, obligé de se mettre à quatre pattes, de chercher la balle. On l'enferme dans une cage!

Aucun autre que lui n'aurait accepté ce genre d'avilissement, c'est certain.Il encaisse encore et encore. Vincent est un comédien incroyable. Il fait ce qu'on lui demande et reste complètement concentré sur l’humanité du personnage. Il connaît l'enjeu. Dans ses mises en scène de théâtre, il n'hésite pas à pousser également ses acteurs. Il a d'ailleurs fait beaucoup de propositions. En réalité, c’est un vrai rebelle, un révolutionnaire en avance sur son temps. Dans le film, c'est le plus heureux.  Il n’attend rien des autres. Il comprend tout.

Alors finalement, est-ce mieux d’être un chien pour vous?

Non c’est mieux d’être un homme. Cela dépend de la façon dont je me lève le matin. L’humain est une race magnifique. Mais il oublie la nature, ne vit pas assez le moment. En ce qui me concerne, je suis par exemple très encombré par mon passé…

 

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06/08/2017

Festival de Locarno: boxeur dans "Sparring", Mathieu Kassovitz décroche un Léopard pour sa carrière

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamat.jpgAprès Adrien Brody, lauréat du Leopard Club Award, honorant une personnalité du cinéma qui a marqué l’imaginaire collectif, c’était au tour du talentueux Mathieu Kassovitz de décrocher l’Excellence Award Moët & Chandon pour sa carrière devant et derrière la caméra.

César du meilleur espoir masculin en 1994 pour sa prestation dans Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard, il avait raflé le prix de la mise en scène à Cannes en 1995 pour La Haine, devenu culte. Il a notamment i collaboré avec de grands réalisateurs comme Costa-Gavras (Amen, 2002), Steven Spielberg (Munich, 2005) et le dernier Michael Haneke (Happy End, Cannes 2017).

L’hommage, complété par une sélection de ses films, lui a été rendu sur la Piazza Grande qu’il découvrait pour la première fois et où était projeté Sparring, de l’acteur Samuel Jouy. «C’est un beau moment pour mon ego», avait déclaré Mathieu Kassovitz, qui tient le rôle principal, à l’occasion d’une conférence de presse où il s’est surtout amusé à jouer les potaches avec les autres protagonistes.

Cette première réalisation raconte l’histoire de Steve Landry, 45 ans, un boxeur qui a perdu plus de combat qu’il n’en a gagné, comme en témoigne son visage amoché. Avant de raccrocher les gants, il accepte de devenir le sparring partner d’un champion. Et se voit offrir une dernière occasion de briller auprès de sa femme et de ses enfants, plus particulièrement de sa fille qui lui voue une admiration sans borne.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaapat.jpgUne oeuvre mineure, à l‘image de la programmation de la Piazza Grande jusqu'ici. A une ou deux exceptions près. On mettra évidemment à part le captivant Good Time de Josh et Benny Safdie, présenté à Cannes en compétition en mai dernier. Dans ce polar noir, un homme cherche à faire sortir de prison son frère arrêté au cours d’un braquage qui a mal tourné. Une dérive déglinguée entre désespoir et violence frôlant parfois l’absurde dans les bas-fonds newyorkais. Le héros Robert Pattinson y est méconnaissable (photo).

On a aussi aimé Lola Pater, cinquième long métrage du cinéaste franco-algérien Nadir Moknèche. Il s'est attaqué au thème délicat de la transsexualité et réussi à le traiter avec subtilité et sensibilité, évitant la caricature et le cliché. Avec Fanny Ardant. (Voir notre interview dans notre chronique du 4 août).

En revanche Noémie Lvovsky n’a pas convaincu avec Demain et tous les autres jours. Une mère, qu'interprète elle-même la réalisatrice, s'enfonce dans la folie, tandis que sa fille de 9 ans, certes turbulente mais plus adulte qu’elle, essaie de la protéger. Mathilde est aidée dans sa tâche par une étonnante chouette parlante… Noémie Lvovsky nous entraîne dans un univers intimiste et secret saupoudré de surnaturel. Dommage qu’elle ait trop tendance à nous perdre en route.

Mais c’est moins grave que Drei Zinnen de l’Allemand Jan Zabeil, qui exploite maladroitement l’animosité permanente, voire pire, d’un jeune garçon à l’égard du nouveau compagnon de sa mère. Un film à l’ambiance faussement anxiogène et aux invraisemblances plombantes. Mais qu’est donc allée faire Bérénice Bejo dans cette galère ?

Enfin, on évitera de s’étendre sur le regrettable ratage de Amori che non sanno stare al mondo (Des histoires d’amour qui n’appartiennent pas à ce monde) de Francesca Comencini. Le film avait  été refusé paraît-il l’an dernier à la Mostra de Venise.

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Festival de Locarno: décevante chasse au Léopard d'or à mi-parcours

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaluckycar.jpgAprès avoir démarré mollement, cette 70e édition n'a guère changé de vitesse. A commencer par la compétition qui, au cinquième jour, n'a pas soulevé l‘enthousiasme des critiques. Un euphémisme dans la mesure où, sur les films proposés jusqu’ici, seul l’un d’eux Lucky, première réalisation de l’acteur John Carroll Lynch a provoqué des applaudissements relativement nourris. Davantage dus à la présence au casting du protagoniste principal Harry Dean Stanton et un certain David Lynch (photo) qu’aux qualités de l’œuvre. Ce qui ne l’empêchera peut-être pas de le retrouver au palmarès…

Mais on a quand même un peu de mal à se passionner follement pour les déambulations, dans une ville désertée, de Lucky, un nonagénaire athée, ronchon et farouchement indépendant qui, après avoir survécu à ses contemporains sent venir sa propre fin. Le réalisateur le suit alors dans une sorte de voyage spirituel et introspectif, sur fond d’un quotidien rythmé par un rituel immuable, lever, gymnastique, télé, mots croisés et bloody mary chez Elaine... 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaata peau.jpgOn a été encore moins sensible aux culturistes du Canadien Denis Côté. Dans son documentaire, Ta peau si lisse, il évoque six de ces monstrueux gladiateurs des temps modernes, mus par leur obsession narcissique du corps qu’ils ne cessent de travailler pour se dépasser. L’envie, le désir de s'exhiber sur scène s’inscrit dans un délire masochiste ou s’enchaînent régimes et entraînements épuisants.

Rien de très nouveau toutefois dans la démarche de l’auteur, bien qu’il revendique une approche différente du sujet, s’attachant notamment davantage que d’autres cinéastes à montrer l’aspect vulnérable sinon fragile de ces montagnes de muscles en les saisissant dans leur intimité, personnelle ou familiale.

Comme d’habitude, Isabelle Huppert fait salle comble

Déception également avec Madame Hyde, de Serge Bozon, dont on attendait beaucoup. La preuve, son héroïne Isabelle Huppert, aux côtés de Romain Duris et José Garcia à contre-emploi, avait comme d’habitude contribué à remplir une salle d’ordinaire à moitié vide.

Mais voilà qui n’a pas suffi à faire véritablement décoller l’histoire pourtant prometteuse d’une excentrique et timide professeure de physique méprisée par ses collègues et tourmentée par ses élèves dans un lycée professionnel de banlieue. Foudroyée durant une nuit d'orage, la faible Mrs Géquil perd connaissance et, quand elle revient à elle, se sent portée par une énergie nouvelle. Celle de la puissante et dangereuse Madame Hyde dont il faudra dès lors maîtriser le feu...

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaboas.jpgLes Brésiliens Marco Dutra et Juliana Rojas s’aventurent plus loin dans le fantastique avec As Boas Manieras (Les bonnes manières). Infirmière solitaire de la banlieue de Sao Paulo, Clara est engagée comme nounou du futur enfant de la mystérieuse Ana. L’accouchement n’aura rien d’une délivrance… Sorte d’ovni dans la chasse au Léopard, l’opus se laisse certes voir. Mais victime de son infinie longueur et d’un jeu parfois approximatif, il n’améliore pas fondamentalement la qualité du concours

A l’image de Gemini, de l’Américain Aaron Katz. Là, on frôle carrément le téléfilm. Sous couvert d’un crime commis chez une étoile hollywoodienne montante, il teste la relation complexe entre la starlette et son assistante qui va parcourir Los Angeles pour tenter de résoudre l’énigme. Visuellement plutôt plaisant, interprété par Lola Kirke et Zoe Kravitz, il est malheureusement desservi par les incohérences d’une intrigue inutilement tarabiscotée.

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04/08/2017

Festival de Locarno: pour Fanny Ardant, transsexuelle dans "Lola Pater", chaque film est une aventure. Interview

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaafnr.jpgElle est belle, grande, mince, sincère, chaleureuse, passionnée. Avec des bagues à chaque doigt... nous rappelant les paroles du Tourbillon de la vie et son interprète qui vient de quitter la scène. Le temps d'un très bref commentaire. De Jeanne Moreau l’insoumise, Fanny Ardant dira sobrement que sa mort la rendue triste.

Elle lui ressemble. Effrontée, extravagante, non conformiste, elle non plus n’a pas la langue dans sa poche, ne supporte pas la pensée unique, se moque des moralisateurs. Elle se dit peu mondaine sinon carrément asociale. A la tête de quelque 80 films, inoubliable Femme d’a côté de François Truffaut, elle est aussi réalisatrice de trois longs métrages, dont Le divan de Staline avec Gérard Depardieu, et a mis en scène un opéra au Châtelet.

Douée pour la métamorphose et le mélange des genres, elle a accepté, à 68 ans, de jouer un homme devenu femme dans Lola Pater, le cinquième opus du cinéaste franco-algérien Nadir Moknèche. Fils d’immigrés algériens, Zino a grandi persuadé que Farid, son père, les a abandonnés, sa mère et lui. A la mort de cette dernière, il apprend que Farid n’est pas retourné en Algérie, mais qu’il vit en Camargue.

Zino part alors à sa recherche et rencontre Lola, professeure de danse orientale. Elle finit par lui avouer qu’elle est Farid. Zino a de la peine à l’accepter. Nadir Moknèche s'est attaqué à un thème délicat qu'il traite avec subtilité et sensibilité, évitant la caricature et le cliché. On en reparlera plus longuement lors de sa sortie le 9 août prochain dans les salles romandes.

aaaaaaaaaaaaaaaardant.jpg"L'amour est la plus grande histoire de la vie"

"J’ai beaucoup aimé le scénario ainsi que mon personnage pour la richesse de son caractère, sa vulnérabilité, son insolence, sa fantaisie, son parcours chaotique", raconte Fanny Ardant, de passage à Locarno pour la projection de Lola Pater sur la Piazza Grande. «C’est un être très tourmenté. Il a choisi sa vie quel que soit le prix à payer. Là on est à la dernière épreuve. Il, enfin elle, se demande si son fils va l’aimer. L‘amour est la plus grande histoire de la vie. 

Est-ce un rôle casse-gueule? Certaines actrices auraient sans doute craint pour leur image?

Ce n'est pas mon cas, car je n’ai pas d’image à défendre. J’ai une sorte d‘irréductibilité liée à ce que je pense, ce que je suis, à la liberté. Tout en tant très pessimiste, je suis dotée d'une extraordinaire énergie. Ma carte maîtresse. Elle est venue à bout de chagrins qui m’ont presque laissée pour morte.

Qu’est-ce qui définit le mieux l’être humain selon vous?

Ce n’est en tout cas ni son sexe, ni son métier, ni sa nationalité, ni sa couleur. Tout cela n'est qu'une enveloppe. Ce qui le définit, c’est sa richesse, sa dualité, ses contradictions. ce moment où on l’a devant soi et où on le découvre dans ses qualités, ses défauts dans les réactions qu'il provoque. Celle de mon fils dans le film, c’est d'abord le rejet. Dès qu’il apprend à me connaître ce n’est plus le cas.

Comment avez-vous travaillé votre personnage?

Je l’ai davantage préparé que travaillé. Avec Nadir, nous nous sommes surtout attaché à l'allure générale, aux robes, aux chaussures, à la coiffure, la poitrine, le derrière. Et à la voix. "Plus bas, me répétait-il, plus bas".. Il m’a par ailleurs conseillé de prendre des cours de danse orientale. Pour le reste on se rend disponible. Je n’ai pas rencontré de transsexuelles. Je me serais retrouvée dans une réalité qui ne m’intéresse pas. Ce qui me passionne, c’est la vérité.

La routine vous ennuie. Vous la cassez en vous montrant très éclectique. Vos choix sont à la fois populaires et auteuristes.

Chaque film est une aventure. Dépendant de l’invention et de l’intelligence des metteurs en scène qui me proposent des choses différentes. Quand j'ai rencontré Nadir, j'ai été séduite par sa culture, sa façon de parler, de me voir au-delà des apparences. Je n'avais jamais joué ce rôle et je dis toujours oui à quelque chose d’irrésistible.

Et c’est quoi l'irrésistible ?

La découverte, la curiosité, le plaisir de jouer. Mais j’ai besoin d’avoir des affinités. Vous savez, je suis misanthrope. J’aime les êtres humains un par un. Je déteste le groupe. Je n’ai par exemple jamais appartenu à un parti politique. Je ne fais pas non plus partie de la "grande famille" du cinéma. Je veux la liberté chez un acteur. J’ai été très heureuse sur le tournage de Lola, où j’ai rencontré des gens formidables.

Enfreindre c’est mieux que suivre. Votre devise de rebelle en somme. 

Je revendique ma liberté de parole et celle de changer d’avis. J’ai de la difficulté à entrer dans l’ordre établi, j’ai du mal avec la loi, avec l’autorité, sauf si elle est bienveillante. Tout cela vient du  fait que très tôt, on a essayé de me faire peur. Or une vie ne peut pas être dictée par la peur.

Vous avez le sens de la formule. Vous dites par exemple que le cinéma c’est comme le prêt à porter. En gros il en faut pour chacun. Une fois vous m'aviez confié que vous étiez comme une valise sur un tapis roulant. Est-ce toujours le cas?

Oui, j’attends qu’on m’emporte. Les gens ont pris leur valise et il n’y en a plus qu’une sur le tapis, qui patiente. C’est moi. Et je suis prête à tout!

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01/08/2017

Festival de Locarno: des stars et des nouveautés pour la 70e édition

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaafestival loc.jpgTradition et innovation, regards sur le passé et paris sur l’avenir, le tout sur fond glamour avec de nombreuses stars présentes pour la 70e édition du Festival de Locarno, qui débute mercredi 2 août. Ce cru 2017 concocté par le directeur artistique Carlo Chatrian comprend comme d’habitude plusieurs volets, de la compétition internationale à la Piazza grande, en passant par les Léopards de demain, les Cinéastes du présents,la Semaine de la critique et la rétrospective.

aaaaaaaaaaaaaaaaahuppert.jpgZoom sur les trois principaux. Et tout d‘abord le concours, fort de dix-huit œuvres en provenance de douze pays. Les Etats-Unis se taillent la part du lion dans cette chasse au Léopard d’or, en proposant cinq longs métrages dont Lucky de John Carrol Lynch. La France en présente deux, dont Madame Hyde, de Serge Bozon avec Isabelle Huppert (photo). Deux également pour la Chine, le documentariste Wang Bing signant pour sa part Mrs Fang, le portrait d’une sexagénaire atteinte d’Alzheimer dans le sud du pays.

On retiendra par ailleurs La Telenova errante, cosigné par le Franco-Chilien Raul Ruiz (mort en 2011) et sa compagne d’alors Valeria Sarmiento, ou encore Ta peau si lisse du Canadien Denis Côté, un habitué de l’endroit. Les autres films en lice viennent du Brésil, d’Italie, d’Allemagne, de Roumanie, d’Islande, de Palestine et enfin de Suisse avec Goliath de Dominik Loscher.

Piazza Grande et tapis rouge

Point fort du festival la célèbre et magique Piazza Grande où le public peut découvrir 14 films. En ouverture Demain et tous les autres jours, une comédie de la Française Noémie Lvovsky et en clôture Gotthard-One Life, One Soul de Kevin Merz consacré au groupe helvétique.

aaaaaaaaaaaaaaaaaalolap.jpgEntre les deux, l’Italienne Francesca Comencini propose Amori che non sanno stare al mondo (Des histoires d’amour qui ne peuvent appartenir à ce monde), le Franco-Algérien Nadir Moknèche Lola Pater (photo), où un fils veut retrouver son père, avec Fanny Ardant. De son côté l’Américain Michael Showalter dévoile The Big Sick, romance sur un couple aux différences culturelles et son compatriote David Leitch Atomic Blonde, film d’espionnage avec Charlize Theron.

Côté tapis rouge, cette 70e édition verra d’autres quelques autres invités de marque comme Mathieu Amalric, Vanessa Paradis, Vincent Macaigne, Adrien Brody, qui doit recevoir le Leopard Club Award, tandis que Nastassja Kinsky, muse de grands cinéastes, est l’hôte d’honneur du Festival.

La rétrospective Jacques Tourneur

Troisième pilier de la manifestation tessinoise, sa traditionnelle rétrospective. Elle est consacrée cette année au réalisateur français Jacques Tourneur, né à Paris en 1904 et mort en 1977. Western, polars, films noirs, de cape et d’épée, de guerre, d’espionnage, d’aventure, sans oublier le mélodrame, Jacques Tourneur s’est exprimé dans tous les registres, un éclectisme hérité de sa double identité européenne et américaine.

Conçue par Roberto Turigliatto et Rinaldo Censi en collaboration avec les Cinémathèques suisse et française, la rétrospective a lieu à l’historique GranRex, entièrement restauré. C’est aussi l’occasion d’évoquer, sur le plan des infrastrutures, le Palacinema, un nouveau lieu offrant une salle de 500 places et deux de 150.

Festival de Locarno, du 2 au 12 août.

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13/08/2016

Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Godless" de la Bulgare Ralitza Petrova. Un choix décevant

agodless.jpgA Locarno, on peut toujours compter sur le jury pour déjouer les pronostics. Alors que personne ou presque parmi les critiques et les festivaliers n’avait misé un lev sur Godless, c‘est justement celui-ci qui a été distingué par Arturo Ripstein et ses collègues. Il est signé de la réalisatrice bulgare Ralitza Petrova, qui travaille également en Angleterre et en France.

Il s’agit sans doute du film le plus glauque de la compétition. En deux mots, Gana, peu gâtée par la nature (photo ci-dessous), s’occupe de personnes âgées atteintes de démence et revend leurs papiers au marché noir. Rien ne la touche dans son quotidien sombre, sans espoir, jusqu’au jour où elle entend un nouveau patient chanter… 

"J’ai été très chanceuse de réaliser ce film maintenant, de rencontrer toutes ces personnes partageant leur passion, avec un goût pour un cinéma exigeant et pas seulement divertissant. Je ne crois pas que nous sommes uniquement divertis par les rires, ou la violence gratuite et le sexe. Je pense que les idées sont ce qu’il y a de plus distrayant", a déclaré la lauréate à la RTS.

apivanov.jpgGodless a fait carton plein, puisque son héroïne Irena Ivanova décroche le prix de la meilleure interprétation féminine.  Côté masculin, c’est Andrzej Sewryn qui est sacré meilleur acteur pour son rôle dans The Last Family, du Polonais Jan.P Matuszynski, un film également boudé par les critiques.

Trois des papables les plus souvent cités se retrouvent tout de même au palmarès à l’image de Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, Prix spécial du jury, tandis que celui de la meilleure réalisation récompense L’ornithologue de Joao Pedro Rodrigues. De son côté Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel se voit attribuer une mention spéciale.

Par ailleurs Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, Palme d’or à Cannes en mai dernier, a remporté sans surprise le Prix du public, pour le meilleur film présenté sur la Piazza Grande.

Une compétition faible qui reste le parent pauvre 

Le choix du triste Léopard d’or est à l’image d’une compétition particulièrement faible, qui demeure le parent pauvre. Et le fait que huit des dix-sept prétendants à la médaille étaient des femmes, n’a pas contribué à changer fondamentalement la chose.

Comme on a déjà eu l’occasion de le remarquer, la Piazza Grande, vitrine de la manifestation, a au contraire réservé de fort bonnes surprises. Après Le ciel attendra, Dans la forêt, Stefan Zweig, adieu l’Europe, Jason Bourne, ou Moi, Daniel Blake, Mohenjo Daro, attrayant long-métrage bollywoodien de l’Indien Ashutosh Gowariker, a plaisamment clos le festival sous les étoiles.

Se déroulant en 2016 avant J.-C., il met en scène un fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro, tombe amoureux d’une créature de rêve et s’oppose à la cupidité d’un tyran pour sauver la ville. De l’aventure avec clins d'oeil au péplum, de l'action, de la romance, des chants, de la danse. C’est kitsch, mais on ne s’ennuie pas une seconde.

Un cru 2016 aussi glouton que moyen

On n’en dira pas autant de l’ensemble d’un festival plus glouton que jamais, provoquant de fréquents et regrettables télescopages. Un cru 2016 moyen, à l'instar d'un cinéma suisse plutôt poussif. Pour tout dire, le souffle de vent qui devait nous emporter promis par le directeur artistique Carlo Chatrian, ne nous a pas pas franchement ébouriffés…

Voilà qui n’a toutefois pas empêché le public de répondre présent à son habitude. Alors que la Semaine de la critique a comme toujours fait salle comble, les nombreuses autres sections ont elles aussi attiré du monde. Et notamment la rétrospective Aimé et refusé: le cinéma de la jeune République d’ Allemagne de 1949 à 1963. Les spectateurs ont ainsi été quelque 165.000 à se ruer dans les salles, dont 65.000 sur la Piazza Grande. 

Voir aussi toutes les notes réservées au Festival de Locarno depuis le 1er août.

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12/08/2016

Festival de Locarno: la course au Léopard d'or est terminée. A qui le trophée?

aorni.jpgAlors que les chasseurs de fauves s’étaient bien relancés dans le milieu de la course après un démarrage poussif, ils ont à nouveau relâché l’effort dans les derniers jours. Du coup, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, dont huit femmes rappelons-le, seul un tiers nous paraît éligible.

Parmi eux L’ornithologue du Portugais Joao Pedro Rodrigues. Réinterprétant d’une façon onirico-fantastique le mythe et la vie de Saint-Antoine, il met en scène Fernando, un ornithologue de 40 ans, à la recherche d’une espèce rare, la cygogne noire, le long de la rivière Le Douro, au nord du Portugal.

Distrait, il se laisse entraîner par le courant et échoue à moitié mort sur une des rives. Où il est sauvé par deux jeunes Chinoises en folie et en pèlerinage vers Compostelle, qui le ligotent à un arbre.... Il réussit à leur échapper et s’enfonce dans une forêt aussi dense que dangereuse…. Un mystérieux récit initiatique qui fascine souvent et agace parfois. 

acoeurs.jpgSi L’ornithologue a une vraie gueule de Léopard façon Locarno, on lui préfère toutefois Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, d’après un roman autobiographique de Max Becher, mort de tuberculose osseuse à 29 ans, après dix ans de souffrance. Nous sommes en Roumanie en 1937. Atteint de cette terrible maladie, Emmanuel, 21 ans, est hospitalisé dans un sanatorium des bords de la mer Noire.

Tandis que son corps au torse pris dans le plâtre se détériore, il raconte ses efforts et ceux de ses compagnons pour vivre le plus normalement possible en faisant la fête et en tombant amoureux. On ne peut s’empêcher évidemment de penser à La montagne magique de Thomas Mann.

aeegypte.jpgSéduisante par ailleurs cette tragi-comédie égyptienne Brooks Meadows And Lovely Faces de Yousry Nasrallah, dont l’action se déroule au cours d’un mariage complètement fou. On vous dira juste que Yehia et ses fils Refaat et Galal assurent le service traiteur, mais que rien ne se passera comme prévu. La suite étant carrément impossible à résumer, en raison de nombreux rebondissements, il ne reste qu’à passer et savourer les plats…

Slava des Bulgares Kristina Grozeva et Peter Valchanov, dont on vous a déjà parlé, reste parmi nos préférés. A travers la simple histoire d’un cheminot bègue, les réalisateurs proposent une autre comédie enlevée, politique celle-ci, où ils se moquent d’un pays au système gangréné par la corruption, des politiques qui l’incarnent, tout en évoquant de manière à la fois cynique et joyeuse du fossé séparant la classe dirigeante du peuple exploité.

auniverse.jpgJolie surprise également que Mister Universo, de Tizza Covi et Rainer Frimmel. Le duo italo-autrichien avait été révélé par La Pivellina en 2009, un film qui se penchait sur un couple d’artistes de cirque.

Avec leur dernier opus, les auteurs restent dans le même univers en suivant Tairo, un jeune dompteur de fauves très malheureux car il a perdu son porte-bonheur. Il va l'utiliser comme prétexte pour partir en voyage à travers l’Italie à la recherche d’Arthur Robin, ancien Monsieur muscles qui le lui avait donné.

On signalera encore Jeunesse, premier film assez prometteur du Français Julien Samani qui nous emmène, avec Zico qui a soif d’ailleurs, sur un cargo pourri. Il ne connaît rien de la vie à bord, s’y prend mal pour tenter de se se faire accepter et les tensions ne tardent pas à naître au sein de ce huis-clos explosif. L’apprentissage du marin est aussi celui de l’auteur du film, qui fait partie du plan renouveau du directeur artistique du festival Carlo Chatrian.

Mais selon la formule consacrée, la critique propose et le jury dispose. Pour cette 69e édition, il est présidé par le Mexicain Arturo Ripstein. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande.  

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