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13/08/2016

Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Godless" de la Bulgare Ralitza Petrova. Un choix décevant

agodless.jpgA Locarno, on peut toujours compter sur le jury pour déjouer les pronostics. Alors que personne ou presque parmi les critiques et les festivaliers n’avait misé un lev sur Godless, c‘est justement celui-ci qui a été distingué par Arturo Ripstein et ses collègues. Il est signé de la réalisatrice bulgare Ralitza Petrova, qui travaille également en Angleterre et en France.

Il s’agit sans doute du film le plus glauque de la compétition. En deux mots, Gana, peu gâtée par la nature (photo ci-dessous), s’occupe de personnes âgées atteintes de démence et revend leurs papiers au marché noir. Rien ne la touche dans son quotidien sombre, sans espoir, jusqu’au jour où elle entend un nouveau patient chanter… 

"J’ai été très chanceuse de réaliser ce film maintenant, de rencontrer toutes ces personnes partageant leur passion, avec un goût pour un cinéma exigeant et pas seulement divertissant. Je ne crois pas que nous sommes uniquement divertis par les rires, ou la violence gratuite et le sexe. Je pense que les idées sont ce qu’il y a de plus distrayant", a déclaré la lauréate à la RTS.

apivanov.jpgGodless a fait carton plein, puisque son héroïne Irena Ivanova décroche le prix de la meilleure interprétation féminine.  Côté masculin, c’est Andrzej Sewryn qui est sacré meilleur acteur pour son rôle dans The Last Family, du Polonais Jan.P Matuszynski, un film également boudé par les critiques.

Trois des papables les plus souvent cités se retrouvent tout de même au palmarès à l’image de Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, Prix spécial du jury, tandis que celui de la meilleure réalisation récompense L’ornithologue de Joao Pedro Rodrigues. De son côté Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel se voit attribuer une mention spéciale.

Par ailleurs Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, Palme d’or à Cannes en mai dernier, a remporté sans surprise le Prix du public, pour le meilleur film présenté sur la Piazza Grande.

Une compétition faible qui reste le parent pauvre 

Le choix du triste Léopard d’or est à l’image d’une compétition particulièrement faible, qui demeure le parent pauvre. Et le fait que huit des dix-sept prétendants à la médaille étaient des femmes, n’a pas contribué à changer fondamentalement la chose.

Comme on a déjà eu l’occasion de le remarquer, la Piazza Grande, vitrine de la manifestation, a au contraire réservé de fort bonnes surprises. Après Le ciel attendra, Dans la forêt, Stefan Zweig, adieu l’Europe, Jason Bourne, ou Moi, Daniel Blake, Mohenjo Daro, attrayant long-métrage bollywoodien de l’Indien Ashutosh Gowariker, a plaisamment clos le festival sous les étoiles.

Se déroulant en 2016 avant J.-C., il met en scène un fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro, tombe amoureux d’une créature de rêve et s’oppose à la cupidité d’un tyran pour sauver la ville. De l’aventure avec clins d'oeil au péplum, de l'action, de la romance, des chants, de la danse. C’est kitsch, mais on ne s’ennuie pas une seconde.

Un cru 2016 aussi glouton que moyen

On n’en dira pas autant de l’ensemble d’un festival plus glouton que jamais, provoquant de fréquents et regrettables télescopages. Un cru 2016 moyen, à l'instar d'un cinéma suisse plutôt poussif. Pour tout dire, le souffle de vent qui devait nous emporter promis par le directeur artistique Carlo Chatrian, ne nous a pas pas franchement ébouriffés…

Voilà qui n’a toutefois pas empêché le public de répondre présent à son habitude. Alors que la Semaine de la critique a comme toujours fait salle comble, les nombreuses autres sections ont elles aussi attiré du monde. Et notamment la rétrospective Aimé et refusé: le cinéma de la jeune République d’ Allemagne de 1949 à 1963. Les spectateurs ont ainsi été quelque 165.000 à se ruer dans les salles, dont 65.000 sur la Piazza Grande. 

Voir aussi toutes les notes réservées au Festival de Locarno depuis le 1er août.

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12/08/2016

Festival de Locarno: la course au Léopard d'or est terminée. A qui le trophée?

aorni.jpgAlors que les chasseurs de fauves s’étaient bien relancés dans le milieu de la course après un démarrage poussif, ils ont à nouveau relâché l’effort dans les derniers jours. Du coup, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, dont huit femmes rappelons-le, seul un tiers nous paraît éligible.

Parmi eux L’ornithologue du Portugais Joao Pedro Rodrigues. Réinterprétant d’une façon onirico-fantastique le mythe et la vie de Saint-Antoine, il met en scène Fernando, un ornithologue de 40 ans, à la recherche d’une espèce rare, la cygogne noire, le long de la rivière Le Douro, au nord du Portugal.

Distrait, il se laisse entraîner par le courant et échoue à moitié mort sur une des rives. Où il est sauvé par deux jeunes Chinoises en folie et en pèlerinage vers Compostelle, qui le ligotent à un arbre.... Il réussit à leur échapper et s’enfonce dans une forêt aussi dense que dangereuse…. Un mystérieux récit initiatique qui fascine souvent et agace parfois. 

acoeurs.jpgSi L’ornithologue a une vraie gueule de Léopard façon Locarno, on lui préfère toutefois Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, d’après un roman autobiographique de Max Becher, mort de tuberculose osseuse à 29 ans, après dix ans de souffrance. Nous sommes en Roumanie en 1937. Atteint de cette terrible maladie, Emmanuel, 21 ans, est hospitalisé dans un sanatorium des bords de la mer Noire.

Tandis que son corps au torse pris dans le plâtre se détériore, il raconte ses efforts et ceux de ses compagnons pour vivre le plus normalement possible en faisant la fête et en tombant amoureux. On ne peut s’empêcher évidemment de penser à La montagne magique de Thomas Mann.

aeegypte.jpgSéduisante par ailleurs cette tragi-comédie égyptienne Brooks Meadows And Lovely Faces de Yousry Nasrallah, dont l’action se déroule au cours d’un mariage complètement fou. On vous dira juste que Yehia et ses fils Refaat et Galal assurent le service traiteur, mais que rien ne se passera comme prévu. La suite étant carrément impossible à résumer, en raison de nombreux rebondissements, il ne reste qu’à passer et savourer les plats…

Slava des Bulgares Kristina Grozeva et Peter Valchanov, dont on vous a déjà parlé, reste parmi nos préférés. A travers la simple histoire d’un cheminot bègue, les réalisateurs proposent une autre comédie enlevée, politique celle-ci, où ils se moquent d’un pays au système gangréné par la corruption, des politiques qui l’incarnent, tout en évoquant de manière à la fois cynique et joyeuse du fossé séparant la classe dirigeante du peuple exploité.

auniverse.jpgJolie surprise également que Mister Universo, de Tizza Covi et Rainer Frimmel. Le duo italo-autrichien avait été révélé par La Pivellina en 2009, un film qui se penchait sur un couple d’artistes de cirque.

Avec leur dernier opus, les auteurs restent dans le même univers en suivant Tairo, un jeune dompteur de fauves très malheureux car il a perdu son porte-bonheur. Il va l'utiliser comme prétexte pour partir en voyage à travers l’Italie à la recherche d’Arthur Robin, ancien Monsieur muscles qui le lui avait donné.

On signalera encore Jeunesse, premier film assez prometteur du Français Julien Samani qui nous emmène, avec Zico qui a soif d’ailleurs, sur un cargo pourri. Il ne connaît rien de la vie à bord, s’y prend mal pour tenter de se se faire accepter et les tensions ne tardent pas à naître au sein de ce huis-clos explosif. L’apprentissage du marin est aussi celui de l’auteur du film, qui fait partie du plan renouveau du directeur artistique du festival Carlo Chatrian.

Mais selon la formule consacrée, la critique propose et le jury dispose. Pour cette 69e édition, il est présidé par le Mexicain Arturo Ripstein. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande.  

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Festival de Locarno: Ken Loach ovationné sur la Piazza Grande pour "Moi, Daniel Blake"

aloachloc.jpgEn mai dernier à Cannes, dix ans après Le vent se lève, Ken Loach rejoignait, avec Moi, Daniel Blake, le cercle des Dardenne, Haneke, Coppola Imamura et Kusturica, "happy few" doublement cousus d’or. Un choix politique convenu pour ce film militant, beau, émouvant, mais peu novateur et assez manichéen avec les bons ouvriers d’un côté et pratiquement tous les vilains fonctionnaires de l’autre.

Cela n’enlève rien à son efficacité. Présenté sur la Piazza Grande, ii a reçu, comme sur la Croisette, l’ovation du public. A son habitude donc, Ken Loach filme des laissés-pour-compte. Et, au-delà d’une critique sociale acérée, pousse un véritable cri de rage en suivant Daniel (Dave Johns), un menuisier veuf de 59 ans en arrêt maladie, mais contraint de chercher un travail sous peine de sanctions. Il entame alors un parcours kafkaïen dans les dédales de l’administration britannique pour obtenir l’aide sociale.

Pris dans un piège bureaucratique cauchemardesque, où les portes ne cessent de se fermer devant les plus vulnérables, où on vous coupe arbitrairement les subsides, Daniel croise Rachel (Hayley Squires) une jeune femme sans emploi élevant seule ses deux enfants. Ils vont s’allier pour mieux se soutenir.

Les yeux qui se détournent face à l’insupportable

Dans sa conférence de presse, le réalisateur de 80 ans raconte comment il a sillonné le pays, commençant dans les Midlands et finissant à Newcastle une ville à forte tradition de lutte ouvrière. "Partout, tous les jours, des centaines de milliers de familles ne peuvent manger sans le recours aux banques alimentaires. C’est insupportable, intolérable. Et pourtant, on détourne les yeux". 

Interrogé sur le Brexit, notamment voté par une classe aliénée, frustrée, abandonnée, étranglée par les banques, Ken Loach déclare que cela ne va pas modifier la situation dramatique décrite dans son film, bien au contraire. "Les choses vont empirer. Il y aura moins d’argent pour le gouvernement, ce qui se répercuter sur les défavorisés, moins d’emplois, les salaires diminueront". 

Ken Loach est également invité à donner son sentiment sur les terribles attentats qui secouent les pays:  "Les gens sont au bout du rouleau et l’expression de leur colère prend des formes horribles, choquantes. Mais ce n’est malheureusement pas surprenant".

A cet égard, on citera quelques phrases de son discours quand il a reçu la Palme d’or. "Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes à l‘orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe". Un autre monde est possible et même nécessaire, ajoutait Ken Loach en mettant en garde contre le retour de l'extrême-droite.

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09/08/2016

Festival de Locarno: Stefan Zweig revit dans "Adieu l'Europe", de Maria Schrader

azweig.jpgEn 1934 Stefan Zweig, écrivain pacifiste juif autrichien et auteur en langue allemande le plus lu avec Thomas Mann, doit quitter son pays pour fuir la montée du nazisme. Deux ans plus tard, celui qui avait prédit très tôt le déclin de l’Europe, laisse définitivement le Vieux Continent derrière luii.

Un film prenant, Stefan ZweigAdieu l’Europe, avec notamment Josef Hader (photo) et Barbara Sukova, signé Maria Schrader, retrace son exil en Amérique du Nord et du Sud, racontant son séjour au Brésil, sa participation au congrès du PEN club de Buenos Aires en 1936, sa visite à New York en 1941, puis sa mort l’année suivante à Petropolis,.

Rappelons que Srefan Zweig s’est suicidé avec sa seconde femme Lotte le 22 février 1942, après avoir rédigé une lettre dans laquelle il remercie le Brésil pour son hospitalité et la nouvelle qu’il lui a accordée. Cinématographiquement, Maria Schrader propose une remarquable séquence de ce fait tragique. 

La réalisatrice s’était vu proposer le sujet par le producteur français Denis Poncet. "Il souhaitait un film sur la seconde partie de la vie de Zweig, avec Lotte, mais au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert que le plus important pour moi, c’était son exil et sa décision si controversée, de mettre fin à ses jours",  nous confie-t-elle.

Elle a donc suggéré de se concentrer sur ses dernières années. "Mais tout était si compliqué que j’ai décidé de ne pas réaliser un biopic classique. J’ai imaginé une autre structure en me concentrant sur différents moments. Le film est ainsi composé de six tableaux indépendants, le premier ouvrant sur l’accueil extraordinaire qui lui est réservé à Rio et les réceptions qui se sont enchaînées".

L’un des plus importants est le fameux congrès du PEN club de Buenos Aires, où Stefan Zweig pressé de le faire par des journalistes, refuse de condamner publiquement le parti nazi.

Il ne voulait pas être instrumentalisé. Il détestait la polémique, l’hystérie. Il affirmait qu’il n’utiliserait jamais son langage de la même façon que ses ennemis. Pour lui les choses n’étaient pas noires ou banches. Mais quatre ans plus tard, il n’est pas resté aussi silencieux.

Comme vous l’évoquiez plus haut, la décision de se suicider a provoqué la colère de certains de ses collègues. 

Oui, surtout celle de Thomas Mann. Comment a-t-l pu laisser le parti nazi triompher de la sorte?, lui reprochait-il? Mais dix ans après, il a changé d’avis. Il n’avait pas compris alors, disait-il, que toute guerre est l’ennemi de chacun.

C'est Josef Hader qui interprète Stefan Zweig. Pourquoi ce choix ?

Je voulais que la langue maternelle de chaque comédien corresponde à celle du personnage historique qu’il incarne. Il me fallait donc un comédien autrichien pour mon héros. Josef Hader est une super star dans son pays et un immense acteur. En plus il est lui-même écrivain. Je dois dire que sa manière d’incarner Zweig m’a enchantée..

Il est effectivement aussi émouvant que brillant. Une dernière question, Maria Schrader. Zweig est un véritable monument. N’avez-vous pas redouté de ne pas être à la hauteur?

Cette crainte m’a accompagnée tout au long de la réalisation. Oh mon Dieu, qui suis-je pour m’attaquer à un tel artiste? me répétè-je. Mais il a bien fallu que je l’oublie…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 août.

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Festival de Locarno: "Le ciel attendra" montre l'embrigadement de jeunes filles par Daech. Intelligent et utile

acastille.jpgComment et pourquoi une jeune fllle, aujourd’hui, peut avoir envie de partir en Syrie? C’est ce que veut expliquer Le ciel attendra en mettant en scène deux d'entre elles. Mélanie a 16 ans. Elle vit avec sa mère Sylvie aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Mais l'irréparable se profile lorsqu’elle rencontre son "prince" sur internet, en tombe amoureuse et se fait peu à peu prendre dans les filets de Daech. Un piège qui a aussi failli se refermer sur Sonia, pour "garantir à sa famille une place au paradis". 

Un film intelligent, lucide, utile, évoquant ce moment où les ados sont contre tout ce qui représente l'autorité, explorant parallèlement l’intimité et la psychologie de deux jeunes filles qui ont basculé, ou vont le faire, dans le fanatisme. L’opus montre aussi la façon dont les proies sont repérées grâce aux réseaux sociaux, après avoir posté des messages avec des mots-clés qui permettent d'établir  le contact. Et puis, entre embrigadement et désembrigadement, il y a la douleur, la colère, le courage de parents qui veulent comprendre et se sentent coupables de n'avoir rien vu venir. 

Le ciel attendra est signé de la réalisatrice scénariste et productrice française Marie-Castille Mention-Schaar (photo), auteur de La première étoile en 2009, Ma première fois et Bowling en 2012 et de Les héritiers en 2014. "Je ne suis partie de rien de précis 'une suite de conversations, de questions que je me suis posée", raconte la réalisatrice lors de la projection sur la Piazza Grande. 

amention.jpgEn fait elle avait écrit un autre film mais le sujet restait dans sa tête. "J’ai commencé à rencontrer des journalistes qui couvrent le sujet, un frère parti sur les traces de sa soeur. Ensuite j'ai fait beaucoup de recherches, vu des reportages, lu des articles, regardé des heures de vidéo de propagande dont certaines sont juste insoutenables, pour mieux saisir l'emprise des rabatteurs". 

Grâce aux contacts de Dounia Bouzar

Toutefois, le plus important pour elle était d’entrer en contact avec des filles qui ont été, sont encore dans la radicalisation. Et cela grâce à Dounia Bouzar, anthropologue française qui a fondé en 2014 le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam.

"Elle a accepté que je la suive pendant trois mois avec son équipe partout en France. Et j’ai découvert la réalité du processus d’embrigadement en parlant notamment avec une jeune fille passée par là. Elle  m’a aidée en ce qui concerne les dialogues, les attitudes le comportement, la manière de s'habiller, de faire ses prières, ses ablutions".

La fragilité, la naïveté de certaines filles favorisent-elles la radicalisation?

Tous les adolescents sont fragiles. Ils sont en pleine construction hormonale et, à cet âge, absolument n’importe qui peut tomber dans plein de choses, la drogue, l’alcool. Il n’y a pas de profil type comme j’ai pu le constater en m'entretenant avec des psychiatres. Par ailleurs, l'embrigadement ne se concentre pas sur les quartiers. Plus de la moitié des converties en France sont issues de la classe moyenne, sinon supérieure. Je dirais que les moins vulnérables sont elles qui appartiennent déjà à un groupe.

Vous évoquez leur soif d’absolu, de pureté, de romantisme.

Les filles succombent plus facilement à cette sorte d'idéal. Elles ont aussi davantage besoin d’être utiles, de servir à quelque chose. Les rabatteurs les ciblent en leur assurant que leur vie va avoir un autre sens que dans cette société pourrie, dépourvue de spiritualité, uniquement attirée par l’argent, la consommation, le succès. 

Et où la mort devient mieux que la vie…

Sauf que la mort n’est pas la mort. Ce qu’on leur promet, c’est la vie après la vie, le paradis, un monde où il n’y a pas d’injustice, de pauvreté, où tout est beau.

Deux mots sur le choix de vos actrices, toutes très convaincantes.

Sandrine Bonnaire devait mais n’a pas pu jouer dans Les Héritiers. Suite à ce rendez-vous manqué, j’étais contente de la retrouver car elle me paraissait évidente dans le rôle de l’une des mères. En ce qui concerne Clotilde Courau, l’autre mère, c’est son agent qui m’a parlé d’elle. J’ai regardé L'ombre des femmes de Philippe Garrel et j'ai été séduite par sa volonté d'implication dans l'histoire. Quant à Noémie Merlant et Naomi Amarger, elles avaient joué dans Les héritiers, et j'avais très envie de retravailler avec elles. 

Et pourquoi avoir pris Dounia Bouzar pour interpréter son propre personnage ?

Elle connaît tellement le sujet qu’il aurait été très compliqué pour une comédienne d’avoir une telle maîtrise. Du coup je ne pouvais pas me priver d’elle.

A noter que le tournage a commencé au lendemain des terribles attentats de novembre dernier à Paris. Marie- Castille Mention-Schaar a beaucoup hésité. "Nous étions tous bouleversés de faire ce film au moment où la France était à nouveau massivement attaquée".

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07/08/2016

Festival de Locarno: Harvey Keitel se raconte avec humour face à un public conquis

akeitel.jpgLa foule s’était massée au Spazio Cinema plus d’une heure avant l’arrivée de Harvey Keitel, qui s’était vu remettre la veille, sur la scène de la Piazza Grande, le Lifetime Achievement Award (photo). En grande forme, le comédien séduit par son humour et sa simplicité. 

Cerné par une forêt de caméras, il n‘hésite pas à monter sur une chaise pour saluer un public ravi de le découvrir aussi sympathique et nature, se prêtant de  bonne grâce au jeu des questions-réponses, même s’il avertit qu’il ne répondra pas forcément à toutes.

L'ami de Martin Scorsese

Ancien marine, Harvey Keitel, moitié Italien moitié Roumain "mais c'est une trop longue histoire", né "inconnu" à Brooklyn en 1939 mais très connu pour ses rôles dans Taxi Driver, La leçon de piano ou Pulp Fiction, entre autres bien sûr, n’est pas avare d’anecdotes. S’il a croisé les plus grands au fil de son parcours, il est venu assez tard au cinéma, faisant ses débuts dans le premier long-métrage de Martin Scorsese Who’s That Knocking At My Door? sorti en 1967.

Devenus amis, le réalisateur et l’acteur ne se quittent pas pendant des années."Lui et moi faisons le même film depuis", remarque-t-il. "On se demande toujours qui frappe à a porte… Nos expériences ne sont pas très différentes. On n’avait pas d’argent, on tournait chez lui dans l’appartement des parents de Martin  à Little Italy. C’est là que nous avons commencé".

Tavernier, Scola, Argento, Sorrentino...

Ayant constamment alterné les tournages des deux côtés de l’Atlantique, L’acteur "aux cent visages" qui s’apprête à fêter ses 50 ans de carrière, évoque aussi ses collaborations avec des Européens. En 1980, il partage l‘affiche dans La mort en direct de Bertrand Tavernier avec Romy Schneider. "J’avais vu L’horloger de Saint-Paul et trouvé son auteur excellent. Je  souhaitais travailler avec lui et j’ai  appris que j’étais le type d’acteur américain qu’il cherchait". Deux ans plus tard il joue dans La nuit de Varennes sous la direction d’Ettore Scola. "Puis il y a eu Lina Wertmüller, Dario Argento, Paolo Sorrentino.."

Aux Etats-Unis, Harvey Keitel connaît une période faste début des années 90. C’est là qu’il joue dans le film d’Abel Ferrara The Bad Lieutenant. "Je voulais gagner un peu d’argent. Avec Abel on avait le même avocat. Il m’a donné le scénario. Il n’y avait que quelques pages,  en plus écrites en très gros caractères. Je l’ai d’abord jeté à la poubelle avant de le reprendre. Je l'ai lu et j’ai été convaincu. Mais mon rôle n’était pas écrit. On a improvisé. L’impro c’’est important, ça peut vous permettre de créer un événement et d’imaginer le chemin pour y arriver". 

Au contraire le scénario de Smoke, signé Paul Auster qui l'a réalisé avec Wayne Wang, débordait.. "Quand je suis arrivé à la fin, je l'ai trouvé terriblement ennuyeux. Du coup je me suis dit que je devais avoir raté quelque chose et qu’il fallait que je tourne le film". A noter que Smoke avait reçu en 1995 le prix du public à Locarno.  

adogs.jpgL'appétit d'ogre de Quentin Tarantino

On apprendra aussi que Quentin Tarentino a un appétit d’ogre, En 1992, Keitel l’aide à réaliser Reservoir Dogs. "Il travaillait dans un magasin de vidéo: "J’ai eu le script  et c’est ainsi qu’on s’est rencontré. Le problème avec lui c’est qu’il mange beaucoup et me vidait mon frigo".

Lorsqu’on lui demande le nom de son réalisateur préféré et de son film favori, il botte en touche en lançant un ironique: "Vous boulez que je me fasse assassiner?"  Il tacle également un esprit chagrin qui lui demande comment il prend le fait de vieillir. "Vous ne m’avez pas l’air bien jeune vous-même  Venez à mon hôte nous échangerons nos lotions capillaires!"

On ne saura pas non plus ce qu’il pense de la candidature de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. "Là, je participe à un événement cinématographique…. Mais la période est vivante, les Américains sont  en mesure de protéger le pays et de faire ce qui est juste".

En revanche, il ne se fait pas prier pour livrer les plus beaux moments de sa vie d’acteur: la naissance de ses deux filles et de son fils, aujourd’hui âgé de 12 ans.

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06/08/2016

Festival de Locarno: "Dans la forêt", un thriller anxiogène aux accents fantastiques

aforet.jpgJusqu'à présent, la Piazza Grande a réservé de meilleures surprises que la compétition. A l’image de Dans la forêt, du Français Gilles Marchand. Le film, notamment inspiré de l'enfance de l'auteur, met en scène Tom et Benjamin, deux garçons de 8 et 11 ans, qui rejoignent leur père vivant à Stockholm, pour passer les vacances d'été avec lui.

Ils l’ont à peine vu depuis qu’il a divorcé de leur mère, plus particulièrement Tom, qui ne connaît pratiquement pas cet homme à la fois bizarre, mystérieux, solitaire et autoritaire, qui semble ne jamais avoir besoin de dormir. C’est en tout cas ce qu’il lui affirme. A la suite d’incidents étranges, il décide brusquement d’aller dans le nord du pays et de séjourner dans une cabane en pleine forêt.

Les deux gamins trouvent l’idée chouette, mais déchantent assez rapidement en découvrant un endroit certes magnifique, mais beaucoup plus isolé qu’ils l’avaient imaginé, privé d’électricité de surcroît, ce qui les empêche de recharger leur portable. Le malaise s’installe au fil des jours et leur inquiétude s’accroît quand ils comprennent que leur père, heureux d’être coupé du monde avec ses fils, envisage de moins en moins un retour à la civilisation…

aforetgos.jpgDepuis ses premiers longs-métrages, Gilles Marchand est adepte du thriller aux accents fantastiques. Dans Qui a tué Bambi (2003), il évoquait les obsessions d’une jeune infirmière se débattant entre rêve et cauchemar. Dans L’Autre monde (2010), il utilisait le phénomène des jeux vidéo en ligne pour développer des relations troubles et malsaines entre des personnages à la dérive.

Le côté maléfique, diabolique, un peu façon Shining, l’emporte dans son dernier opus anxiogène. Et qui le serait davantage s’il n’avait pas décidé de distiller l’angoisse dès les premières images. Du coup, on n’est jamais surpris par les agissements menaçants ou alarmants du père. Ni saisi par les visions de monstrueuses créatures du petit Tom, véritable héros de l'histoire. Doué de télépathie, il révélait en effet d’entrée à une pédopsychiatre qu’il avait un mauvais pressentiment à l’idée d’aller retrouver l’auteur de ses jours en Suède.

Dommage mais cela n'enlève rien à la prestation des comédiens. Jérémie Elkaïm dans le rôle du père, Timothé Vom Dorp (photo) et Théo Van de Voorde dans celui des enfants, se montrent tous les trois excellents. 

Cessez-le-feu avec Romain Duris en vedette

aduris.jpgUn autre film hexagonal a eu les honneurs de la Piazza de la Piazza, Cessez-le-feu d’Emmanuel Courcol. Quittant l’Afrique, où il menait une existence d’aventurier au début des années 20 pour tenter d’oublier les horreurs de la Première Guerre mondiale, Georges Laffont, ancien soldat, revient en France.

Il retrouve sa mère et son frère, Marcel. Invalide de guerre sourd-muet.suite à un traumatisme. Egalement très perturbé, Georges essaye de trouver sa place dans un pays où la vie a continué sans lui. Petit à petit, il va se reconstruire grâce à Hélène qui enseigne la langue des signes à Marcel et avec qui il entretient une relation houleuse. En dépit de quelques longueurs, le film se laisse voir, notamment grâce à ses têtes d’affiche Romain Duris, Céline Salette et Grégory Gadebois.

 

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Festival de Locarno: "Jason Bourne" déboule et ça déménage pendant deux heures!

abourne.jpgAprès La mort dans la peau (2004) et La vengeance dans la peau (2007) deuxième et troisième chapitre de la franchise Jason Bourne initiée par Doug Liman, Paul Greengrass revient pour revitaliser la saga avec un cinquième épisode où il retrouve Matt Damon.

Depuis près de dix ans, Jason Bourne qui a disparu de la circulation, assure son existence en participant à des combats de boxe. Jusqu’au jour où Nicky Parsons (Julia Stiles), qui a découvert un élément important du passé de l’agent amnésique, reprend contact avec lui.

Du côté de la CIA, l’analyste Heather Lee (Alicia Vikander) la repère, ainsi donc que Bourne. Elle est alors chargée par le directeur Robert Dewey (Tommy Lee Jones) de le traquer. En même temps l’agence a demandé à l’un de ses tireurs d’élite (Vincent Cassel) de l’assassiner.

On ajoute des enjeux informatiques majeurs pour un gouvernement américain hyper puissant étendant ses pouvoirs jusqu’en Islande, mais qui serait lui-même dans la ligne de mire d’une redoutable organisation avec instrumentalisation de la terreur grâce à internet et fomentation d’insurrections à la clé.

Un pur film d’action sans temps mort

Et c’est parti pour une resucée familière, on est en terrain plus que connu, mais toujours aussi efficace. Pour tout dire, ça a déménagé sec sur la Piazza Grande. Du pur film d’action mené tambour battant, ponctué de bastons sauvages et de folles poursuites entre Athènes et Las Vegas en passant par Londres. Sans le moindre temps mort, Jason Bourne tient le spectateur en haleine pendant près de deux heures.

Notamment grâce à Matt Damon, égal à lui-même. Il s’est énormément entraîné, a suivi un régime sévère et un sacré programme de musculation. Débarquant dans l’histoire, Vincent Cassel a la (sale) gueule de l’emploi. Pour mieux se glisser dans la peau du tueur impitoyable, il a dit s’être inspiré des requins dans la gestuelle, le regard et l’intention. C’est réussi.

Il pourrait, à l’image d’une autre petite nouvelle, la Suédoise d’Alicia Vikander, suivre Matt dans d’éventuels prochains volets, la fin du numéro 5 laissant augurer une suite. En revanche, plus raviné qu’un vieux parchemin, Tommy Lee Jones détone carrément dans l’affaire. Il n’y survivra pas…

Le flm sera à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 août.

Perle bulgare dans une compétition au démarrage par ailleurs mou 

aslava.jpgOn l’a dit, un vent nouveau souffle sur la compétition où, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, huit sont des femmes. Dont la Bulgare Kristina Grozeva qui, avec Peter Valchanov propose Slava (Glory). Cette tragi-comédie enlevée en forme de parabole, se moque d’un pays où tout le monde triche, dénonçant avec bonheur la corruption qui gangrène le système, la brutalité des politiques qui l’incarnent, le fossé existant entre la classe dirigeante et le peuple.

Et cela à travers la simple histoire d’un pauvre cheminot bègue, Tsanko Petrov. Trouvant une énorme somme d’agent sur lune voie ferré, il décide de la remettre à la police. S’ensuit une série de péripéties où le malheureux, promu dérisoire héros de la nation, est victime du cynisme d’une directrice des relations publiques, par ailleurs occupée à des séances de procréation assistée. Tsanko va alors entamer une dure bataille pour récupérer sa dignité bafouée, ainsi qu’un bien précieux, une montre, lui venant de son père. .

Pour le reste, le concours a démarré mollement que ce soit côté masculin ou féminin. A l’image de La prunelle de mes yeux, signé de la Française Axelle Ropert. Ses protagonistes habitent le même immeuble et se croisent sans cesse dans l’ascenseur. Elle est aveugle, lui non mais feint de l’être pour lui plaire. Une bague idiote, qui les fait se détester avant de s'aimer, à la mesure d’un mélo trop niais pour séduire.

 

 

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04/08/2016

Festival de Locarno: des Suisses attendus mais peu enthousiasmants

ajuif.jpgEn ouverture de cette 69e édition, le Genevois Jacob Berger présentait son film dont on attendait beaucoup, Un Juif pour l’exemple, adapté du roman éponyme de Jacques Chessex.

C’est l’histoire d’un meurtre immonde qui s’est déroulé à Payerne en 1942. Celui d’Arthur Bloch, un marchand de bétail juif sexagénaire, massacré par une bande de nazillons débiles sous l’influence du pasteur Lugrin et du «gauleiter» local, le minable garagiste Fernand Ischi.

Avec une vingtaine d’autres Payernois au front bas qui ont fait allégeance au parti nazi, il veut offrir un Juif mort en cadeau à Hitler, son idole dont on va bientôt fêter l’anniversaire.

Sous prétexte de vendre une vache à Bloch lors de la foire aux bestiaux, cinq d’entre eux l’attirent dans une grange l’assassinent, le dépècent comme un cochon, répartissent les morceaux dans des boilles qu’ils vont jeter au lac.

Enfant au moment des faits, Jacques Chessex était revenu en 2009 dans un livre sur cet événement tragique qui l’a marqué à jamais. Décrivant l’abomination en stigmatisant la ville de charcutiers «confite dans la vanité et le saindoux». La publication de l’ouvrage a déclenché une impressionnante levée de boucliers. Et une détestation dont l’auteur a beaucoup souffert. Il est pour ainsi dire mort sur scène cette année-là, vivement interpellé par un détracteur alors qu’il défendait Roman Polanski.

Un Juif pour l’exemple est un thème puissant, qui résonne avec ce qui se passe aujourd’hui, bien que Jacob Berger, dont on salue le travail de mémoire, ne cherche pas la dénonciation. Mais la grandeur du propos ne fait pas automatiquement la force d’un film et son auteur peine un peu à convaincre dans sa façon de réinventer Chessex. Il n’est pas toujours à la hauteur de son sujet dans sa réalisation, en dépit de scènes impressionnantes dans leur brutalité, heureusement contenue à l’image, comme l’effroyable équarrissage d’Arthur Bloch.

Le télescopage assumé des époques (voitures ou uniformes modernes, Chessex à la fois enfant et vieillard) n’est pas non plus dérangeant. En réalité ce qui cloche surtout, au point qu'on en souffre pour eux, c’est la mauvaise prestation des comédiens. A part peut-être André Wilms dans le rôle de l’écrivain. En tout cas n’est pas Bruno Ganz qui relève le niveau à cet égard.  

Emmanuelle Devos traque Nathalie Baye dans Moka

adevos.jpgAlors que Jacob Berger était programmé hors concours, ce qui a froissé certains, un autre Suisse, Frédéric Mermoud, a eu lui les honneurs de la Piazza Grande avec Moka, six ans après avoir été sélectionné en compétition pour Complices.

Le film qui ne m’a pas davantage emballée, met face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, réunies pour la première fois à l'écran. Emmanuelle joue Diane Kramer, une mère qui s’échappe d’une clinique lausannoise pour se rendre à Evian, munie de quelques affaires et d'un pistolet.

Ivre de vengeance, elle veut absolument retrouver le conducteur d’une Mercédès couleur moka qui a pris la fuite après avoir renversé et tué son fils. Elle va alors rencontrer et finalement traquer Marlène (Nathalie Baye), la soupçonnant d’avoir une responsabilité dans l’accident qui a bousillé sa vie. Mais les choses, on s'en doute, se révèlent plus sinueuses et compliquées qu’il n’y paraît.

Librement adapté d’un roman de Tatiana de Rosnay, Moka est un drame banalement traité, avec quelques belles images entre lac et montagne. Côté comédiens, en parka verte de chasseur, indépendante, énergique et quelque peu exaltée, Emmanuelle Devos, de tous les plans, fait bien le job.

Mieux que Nathalie Baye, blondissime et très quelconque patronne d'une parfumerie-salon de beauté. Difficile de voir la femme attachante et mystérieuse imaginée par l'auteur dans la compagne empruntée d'un homme de treize ans son cadet, maman par ailleurs d’une adolescente un rien trouble et rebelle rêvant de monter à Paris. 

L’attaque des zombies sur la Piazza

azombie.jpgEt puisqu’on en parle de la prestigieuse place à ciel ouvert, ce sont des zombies qui ont débarqué en premier. The Girl With All The Gifts, signé du Britannique Colm McCarthy met en scène un groupe d’enfants dont la petite Melanie, dotée d’un cerveau au-dessus de la moyenne. Ils sont immunisés contre le virus qui risque de détruire l’humanité.

Bien que se nourrissant de gens comme vous et moi, ils éprouvent encore quelques sentiments et sont donc essentiels aux recherches du docteur Caldwell pour trouver un vaccin salvateur. Mais hélas le camp est attaqué par les zombies.

A déconseiller à ceux que de vilaines créatures couvertes de pustules et boulottant sauvagement de l’humain dégoûtent. Les autres apprécieront sans doute. Surtout s’ils sont fans de Gemma Arterton et, pourquoi pas, de Glenn Close, même si elle promène là un look masculin des plus redoutables!

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01/08/2016

Festival de Locarno: un cru 2016 innovant, avec huit femmes sur les dix-sept prétendants au Léopard d'or

fifl-4[1].jpgMercredi s’ouvre la 69e édition du Festival de Locarno, dédiée à l’Américain Michael Cimino et à l’Iranien Abbas Kiarostami, deux grands du septième art récemment décédés. Une édition riche que le président Carlo Chatrian, dont le poste a été maintenu jusqu’en 2020, a qualifiée de «la plus variée, la plus libre et la plus surprenante, dans le choix des invités films comme dans celui des films». 
 
Un credo à vérifier sur pièces, comme ce parti-pris de retour aux sources d’un festival à contre-courant, qui a donné de la place à l’émergence de réalisateurs et de cinématographies. Ce qui n’empêchera pas la présence de nombreuses  stars  devant , derrière la caméra, ou distinguées par un prix.   
 
Ce cru 2016 met les femmes à l’honneur. Particulièrement au sein de la compétition internationale, section où elles sont généralement sous-représentées. On en découvre  huit, dont la Suissesse Milagros Mummenthaler avec  La idea de un lago, sur  les 17 prétendants au  Léopard d’or. Tous auteurs de premières mondiales, ils ou elles viennent d’Egypte, de Thaïlande, d’Allemagne, des Etats-Unis, du Japon, de  Bulgarie, du Portugal, de France, de Roumanie, d’Autriche, de Pologne, de Bulgarie.
 
akenloach.jpgCes films racontent le monde et questionnent l’actualité, comme dans la demi-douzaine de volets  du festival. A commencer par la Piazza Grande, proposant 16 longs-métrages entre blockbusters et films auteurs, aux 8000 spectateurs qui envahissent chaque soir la mythique place locarnaise. Avec en ouverture The Girl With All The Gifts du Britannique Colm McCarthy, évoquant, dans le futur, une partie de l’humanité détruite par un virus mortel. Autre représentant de Sa Majesté, Ken Loach, lauréat de la Palme d’or à Cannes en mai dernier, propose  Moi, Daniel Blake, parcours kafkaïen d’un chômeur en recherche d’emploi.
 
Des femmes encore sous les étoiles. Avec Le ciel attendra, la Française Marie-Castille Mention Schaar se penche sur le sujet ô combien brûlant de la radicalisation islamique, tandis que Maria Schrader retrace, dans Stefan Zweig, adieu l’Europe,  les dernières années de la vie de l’écrivain juif autrichien à New York et en Amérique du Sud.
 
Belle présence des Suisses
 
Outre le retour en concours de Milagros Mummenthaler (Léopard d’or en 2011 avec Abrir puertas y ventanas), à signaler celui de Frédéric Mermoud sur la Piazza. Son film Moka, mettant face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, montre une mère qui veut absolument retrouver le conducteur d’une voiture qui a renversé son fils et se confronte à une autre femme, très mystérieuse.
 
Hors concours, Nicolas Wadimoff présente L’optimisme de la volonté, un documentaire sur Jean Ziegler et Jacob Berger une adaptation du roman de Jacques Chessex, Un juif pour l’exemple, avec Bruo Ganz en vedette. On trouve encore La femme et le TGV de Timo Von Gunten, court métrage en compétition dans le concours national des Léopards de demain et Calabria de Pierre-François Sauter dans Panorama suisse.
 
abirkin.jpgRétrospective,  hommages et récompenses
 
La volonté de sortir des sentiers battus se manifeste par la grande rétrospective consacrée aux productions de la jeune République fédérale d’Allemagne de 1949 à 1963. Partie peu connue de l’histoire du cinéma et forte de quelque 75 films, elle a été conçue par le tandem Olaf Möller-Roberto Turigliatto, et notamment réalisée en collaboration avec la Cinémathèque suisse.
 
On reste dans le même état d’esprit avec le Léopard d’honneur attribué à Alejandro Jodorowsky, un artiste qui donne un ton particulier à cette édition. L’excellence Award  récompense de son côté Bill Pullman, un comédien éclectique naviguant entre grosses machines, opus auteuristes, comédies et séries télé.
 
Harvey Keitel recevra un Léopard d’or pour l’ensemble de sa carrière et l’actrice Stefania Sandrelli le Leopard Club Award. Profitant de sa présence dans La femme et le TGV de Timo Von Gunten, le festival rendra aussi hommage à Jane Birkin. Il sera complété par la projection de son film Boxes (2006) et de La fille prodigue de Jacques Doillon, sorti en 1981.

Locarno, du 3 au 13 août.

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15/08/2015

Festival de Locarno: le Léopard d'or au Sud-Coréen Hong Sangsoo pour "Right Now, Wrong Then"

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L’Asie triomphe en cette 68e édition locarnaise. Alors que Tikkun faisait figure de favori, du moins à mon avis et celui d’une grande partie de la critique, c’est Right Now, Wrong Then de Hong Sangsoo, le seul que je n’aie pas mentionné dans mes pronostics, qui repart évidemment avec le Léopard d’or!

Une petite déception, mais un choix qui certes se justifie, voire bien davantage pour les fans du cinéaste sud-coréen, estimant qu’il est le seul à avoir produit un enchantement total.

Toutefois, en dépit d’une forme originale, le film étant dédoublé pour raconter deux versions de la même histoire à quelques détails près, le fond, se limitant peu ou prou aux galipettes amoureuses d’un réalisateur et d’une jeune peintre, ne contribue pas véritablement à mon éblouissement personnel.

3463187_7_c4ce_une-image-de-sunhi-de-hong-sang-soo_2ef554b6f376589e458d95f0e2b1e85c[1].jpgLes meilleurs interprètes

Reste que le vainqueur Sangsoo déjà récompensé d’un léopard d’argent en 2013, fait même coup double, puisque son principal protagoniste Jung Jae-You (photo) est sacré meilleur acteur. Du coup question comédiens, je peux aussi remballer mes prévisions, aucun de mes préférés des deux sexes n’ayant réussi à séduire le jury.

Le Prix d’interprétation féminine est allé aux quatre filles de Happy Hour,  Tanaka Sachie, Kikuchi Hazuki, Mihara Maiko, Kawamura Rira, pour leur prestation dans le conte fleuve (5h17) du Japonais Ryusuke Hamaguchi.

get.do__0[1].jpgSuffisant pour donner une allure très asiatique à ce palmarès, le Nippon, l’un de mes papables, obtenant par ailleurs une mention spéciale pour son scénario.

TIkkun doit se contenter du Prix du jury

Pas de précieux métal donc pour Tikkun, dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler dans mes deux notes précédentes. L’Israélien Avishai Sivan se console avec le Prix du jury, deuxième récompense la plus importante, ainsi qu’une mention spéciale pour la photographie de Shai Goldman.

Enfin Cosmos d’Andrzej Zulawski, autre habitué des lieux, décroche le Prix de la réalisation. Assez logique, même si certains s'en étonnent, jugeant injustement à mon sens sa mise en scène à la limite du clownesque. 

Quelques bons films sur la Piazza grande

Si la compétition de ce cru 2015 s’est révélée plus convaincante que par le passé, il en allait de même pour les films proposés sur la Piazza Grande. Outre des classiques, E la nave va de Federico Fellini, Pat Garrett & Billy The Kid de Sam Peckinpah  (présentés en préfestival) et The Deer Hunter de Michael Cimino, on retiendra quelques nouveautés, dont en tête l’excellent La belle saison de la Française Catherine Corsini.

fritz-bauer-burkhart-klaussner[1].jpgMais on s’est aussi diverti avec Ricki And the Flash de Jonathan Demme, Southpaw d’Anton Fukua,  Guibord s’en va-t-en guerre du Québécois Philippe Faladeau, Der Staat gegen Fritz Bauer (photo) de l’Allemand Lars Kraume, qui a obtenu le Prix du public. Sans oublier La vanité du Vaudois Lionel Baier où un vieil architecte las de la vie s’adresse à une association d’aide au suicide. Avec Patrick et Carmen Maura.

En revanche on a touché le fond avec deux comédies américaines Trainwreck de Judd Apatow sur un scénario d’Amy Schumer, l’étoile montante du rire outre-Atlantique et surtout en compagnie  de Me And Earl And The Dying Girl d’Alfonso Gomez-Rejon, une calamité tire-larmes où rien ne nous a été épargné.

Reprise de la rétrospective Peckinpah

Et bien sûr les amoureux du cinéma de Peckinpah, rebelle et hors-la-loi hollywoodien, représentant phare d’un Far-West en train de disparaître, se sont régalés de l’intégrale du réalisateur présentée en collaboration avec la Cinémathèque suisse.

On aura l’occasion d’en reparler, ainsi que de l’ouvrage qui lui a été consacré, sobrement intitulé Sam Peckinpah. De nombreuses institutions suisses, européennes, ou américaines reprendront en effet tout ou partie de cette rétrospective dont Les Cinémas du Grutli à Genève, du 19 août au 1er septembre.

En ce qui concerne la fréquentation, elle semble relativement constante. En l’absence de chiffres précis pour l’instant, les organisateurs notent une légère hausse du public le soir sous les étoiles et une petite baisse dans les salles durant la journée principalement due au beau temps. Trop beau pour aller s’enfermer dans l’obscurité…. 

 

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14/08/2015

Festival de Locarno: à qui le Léopard d'or? Le mot de la fin au jury

get[1].jpgLe grand jour arrive pour les dix-huit chasseurs du fauve. Au sein d’une compétition plus relevée que d’ordinaire, mes favoris demeurent ceux  mentionnés nnés dans ma précédente note. Avec toujours en tête  de la course Tikkun de l’Israélien Avishai Sivan évoquant les souffrances d’un brillant étudiant ultra-orthodoxe d’une yeshiva (école religieuse), tourmenté par les démons de la chair.

Viennent ensuite James White de l’Américain Josh Mond, explorant une forte relation entre une mère atteinte du cancer et de son fils perturbé, qui renonce à s’étourdir dans une entreprise d’autodestruction pour s’occuper d’elle. Sans oublier Cosmos du revenant Andrzej Zulawski, qui nous emmène dans son univers foldingue peuplé de gens brindezingues.

On ajoutera les deux derniers films vus en compétition. A commencer par Suite Armoricaine de la Française Pascale Breton, qui a séduit avec son film dense, construit autour du temps. Et de son héroïne dont le monde n’existe plus et qu’elle doit apprendre à réhabiter. La réalisatrice française livre ainsi une sorte de mini-comédie humaine avec beaucoup de personnages. En s’engageant sur les différents territoires de la mémoire, de l’inconscient, de la transmission.  

get.do__0[1].jpgHappy Hour du Japonais Riyusuke Hamaguchi faisait office de petit événement avec ses 5h17. Il n'a toutefois pas la force et la puissance de What is Before du Philippin Lav Diaz (5h38) lauréat du Léopard d'or l'an dernier. Mais il pourrait éventuellement figurer au palmarès

Ce conte fleuve qui aurait aussi pu s’appeler Paroles de femmes, raconte la trajectoire de quatre amies dans leur fin de trentaine, la génération du réalisateur, déçues de leur vie professionnelle, familiale, maritale, sentimentale.

L’ensemble se déroule sur fond de malaise et de mal-être de la société nippone en général. On s'y est beaucoup moins ennuyé que dans des métrages infiniment plus courts, mais l'auteur aurait quand même pu conclure nettement plus vite...

D’autres opus ont les faveurs de la critique, comme Schneider vs. Bax du Hollandais Alex van Wanmerdam comédie macabre mettant en scène un tueur à gages éprouvant les pires difficultés à abattre sa cible, Bella e perduta, avec un homme et un animal entreprenant un long et vain périple dans.. un beau pays perdu.

get[1].jpgOu encore Ma dar Behesht (Paradise), de l’Iranien Sina Ataeian Dena, premier chapitre d’une trilogie sur la violence et sa reproduction par les victimes. Un film donnant le rôle principal à la superbe Dorna Dibaj (photo) qui débute au cinéma, mais son auteur, s’intéressant plus particulièrement à l’humain, réfute toute volonté de se pencher sur la condition féminine.

Côté interprétation, Je plébiscite Aharon Traitel dans Tikkun ou Christopher Abbott dans James White.  Et chez les femmes Cynthia Nixon, également dans James White et Dorna Dibaj dans Ma dar Behesht. Voire Valérie Dréville dans Suite Armoricaine

Mais évidemment, ces vœux ne sont que pieux. Comme on dit dans ces cas-là et au risque de me répéter, le journaliste propose, le jury dispose. J’espère qu’il ne jettera pas son dévolu sur l’affreux et très limite Bart Dejan du Serbe Bakur Bakuradze. Mais à Locarno tout est hélas possible. Verdict demain.

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13/08/2015

Festival de Locarno: mes préférés dans une compétition en dents de scie

get[2].jpgA deux jours de la fin de ce cru locarnais 2015, un point sur la compétition, forte de 18 films. Après avoir plutôt bien démarré, elle s’est poursuivie en dents de scie, connaissant quelques hauts et de très gros bas.

Entre les deux de l’honorable ou du méritant souvent sans grand intérêt. Mais il reste encore trois films à découvrir dont deux très gros morceaux, du moins sur le plan de la longueur, avec Suite Armoricaine de la Française Pascale Breton et le maousse Happy Hour (plus de cinq heures) du Japonais Ryusuke Hamaguchi, 

A ce stade,  mes préférences vont à quatre films qui devraient (pourraient ?) se retrouver au palmarès. A commencer par Tikkun de l’Israélien Avihsai Sivan évoquant les tourments charnels d’un brillant élève juif ultra-orthodoxe. S’imposant un jeune drastique, Haim-Aaron perd connaissance. Il est déclaré mort par les secours mais son père s'acharne à tenter l'impossible et le ramène miraculeusement à la vie.

Dès lors son comportement évolue davantage vers ce qui l’a toujours tracassé. Indifférent à ses études, il ne l’est pas à ses sens. Constatant ces changements, son père craint  d’avoir offensé Dieu en le réanimant. Tourné dans un superbe noir et blanc, le film séduit jusqu’à la fascination par le coté sobre, épuré du récit et de la mise en scène. Mais l'auteur évite l'écueil de l'austérité, en gardant une sensualité sous-jacente.

get[1].jpgProfonde relation mère-fils dans "James White"

Je me suis également laissé beaucoup séduire par James White, un Newyorkais d’une vingtaine d’années, lui aussi très perturbé. Mal remis de la mort de son père il mène une vie dissolue, qui le conduit jusqu’au Mexique.

Et puis un jour, recevant un coup de fil de sa mère qui se bat contre un cancer en phse terminale, il décide de rentrer pour s’occuper d’elle.

A partir de là, le film prend une toute autre dimension, le réalisateur Josh Mond explorant la relation profonde entre une mère et son fils. James White devra faire la cruelle expérience de la perte pour cesser de s’autodétruire dans ce drame intimiste émouvant, où Christopher Abbott et Cynthia Nixon nous offrent un excellent numéro d’acteurs.

 XVMce3a5e6a-2b17-11e5-8e49-6dc21babd670-805x453[1].jpgAndrzej Zulawski revient avec "Cosmos"

La compétition mettant désormais face à face des auteurs plus ou moins débutants et des cinéastes chevronnés, on y retrouve Andrzej Zulawski avec Cosmos, d’après  le roman du Polonais Witold Gombrowicz.

L’intrigue se déroule dans une curieuse pension tenue par une famille non moins étrange, dont les membres sont atteints de troubles de comportement et de langage divers et où il se passe des événements très extraordinaires. Sans oublier une servante un rien dérangée et défigurée par un vilain surplus de peau à la lèvre supérieure.

C’est ce que découvrent  l’élégant mais assez pitoyable Witold, qui a raté son examen de droit et le plus rustique Fuchs viré d’une société de mode parisienne. Avec notamment la complicité de Sabine Azéma et de Jean-François Balmer, Zulawski, de retour après quinze ans d’absence, nous emmène dans son univers braque.

On pouvait craindre le pire. Mais surprise, bien qu’on frise parfois l’insupportable, le cinéaste a décidé de freiner sur l’hystérie et l’excessif si caractéristiques de sa période Sophie Marceau, leur préférant avec bonheur un humour jubilatoire. Tout en gardant quand même un gros grain de folie dans cette comédie dramatique surréaliste en forme de thrilller.

imagesXEHIIXRF.jpgComédie noire à la sauce hollandaise

Un cran en-dessous  on trouve Schneider vs, Bax (en français La peau d Bax) du Hollandais Alex van Warmerdam. Le matin de son anniversaire, Schneider, tueur à gages et père de famille dévoué, a reçu pour mission d’abattre Bax.

Écrivain solitaire vivant au milieu des marécages, c’est une cible facile. Schneider accepte, d'autant qu'il il sera rentré assez tôt pour le dîner. Mais sa tâche se révèle nettement plus compliquée que prévue.

Un film de genre façon comédie noire plutôt bien ficelé. Même si le scénario n’est pas d’une originalité folle, on  ne s’ennuie pas. Mieux on s’amuse, ce qui à Locarno n’est pas si fréquent. Alors on ne va pas bouder son plaisir.

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11/08/2015

Festival de Locarno: le Québécois Philippe Falardeau nous amuse en jouant avec la politique

images[10].jpgLe Québécois Phlippe Falardeau était de retour à Locarno avec Guibord s’en va-t-en guerre, après y avoir présenté en 2011 Monsieur Lazhar, lauréat du Prix du public.
 
Comédie politique divertissante, sans prétention, elle met en scène le député indépendant Guibord, ancienne star du hockey aujourd’hui représentant fédéral d'une immense circonscription dans le nord du Québec. Il se trouve dans une position particulièrement inconfortable, sa voix se révélant cruciale lors du vote au parlement qui doit décider de l’entrée en guerre ou non du Canada.

Répugnant à choisir son camp, Guibord sillonne les lieux pour consulter ses électeurs avec sa femme qui est pour, sa fille qui est contre et Souverain Pascal, un stagiaire haïtien idéaliste venu parfaire des connaissances essentiellement livresques, notamment acquises avec Jean-Jacques Rousseau. Mais le député devra bien finir par se déterminer.

Le sujet de la guerre est un thème prétexte polarisant, qui permet aussi bien d’évoquer les différences au sein des partis, les conflits entre les citoyens et les lobbyistes de tout poil et ceux qui règnent à l’intérieur de la famille du politicien indécis.

Philipe Falardeau, rencontré quelques heures avant la projection sur la Piazza Grande 0ù il avait vécu "une expérience magique" il y a quatre ans, se montrait particulièrement fébrile à l’idée d’une nouvelle occasion, extraordinaire pour lui, de se confronter à un large public. A noter que son film devait également être montré six heures plus tard en plein air à Montréal.

"Vous savez, mes producteurs se retrouvent pour la quatrième fois à Locarno, qui devient particulièrement connu au Québec.En ce qui me concerne, j’ai juste hâte de voir si mon humour trouve une certaine résonance", espérait l'auteur. "Mais j’ai confiance. S’il y a des gens placés pour comprendre ma démarche politique, ce sont bien vous les Suisses, avec votre système complexe. De plus, figurez-vous que cette année, les élections fédérales se tiendront le même week-end du 18 et 19 octobfre chez vous et  chez nous!"

Mais la différence, c’est la taille énorme du pays. "On peut mettre 241 fois la Suisse dans le Canada. Il est  impossible de concilier les intérêts d’une aussi vaste région. Pour nous la démocratie c’est compliqué. Sinon carrément le bordel. On vote de moins en moins et on cultive un cynisme malsain.

images[1].jpgC’est la raison pour laquelle Philippe Falardeau a introduit un personnage très cultivé mais aussi très naïf venu de Haïti et pour qui la démocratie est un système pur.

"En outre la culture orale chez lui rend le débat public facile. Enfin, nous avons un rapport assez intime avec Haïti dans la mesure où il existe ici une forte communauté".

Souverain Pascal, alias Irdens Exantus souvent irrésistible avec son sourire contagieux, va ainsi suivre Guibord dans ses tribulations de campagne. C’est à Patrick Huard, humoriste, comédien et réalisateur que Philippe Falardeau a confié le rôle du député.

"Il a plusieurs films à son crédit et pouvait comprendre l’humanité du personnage. Je cherchais un homme à la fois proche des gens sur le terrain ainsi qu'aux prises avec sa femme et sa fille. Je l’ai trouvé et j'estime qu'il forme un bon tandem avec Irdens Exantus (photo). Ils s’apprivoisent, s’apportent beaucoup l’un à l’autre et à la fin, ils changent tous les deux pour le mieux".

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10/08/2015

Festival de Locarno: "Heimatland" veut clouer la Suisse au pilori. Laborieux

imagesBGTBH5D3.jpgIl fait froid, c'est l'automne. Un mystérieux et menaçant nuage déroutant tous les experts météo s’entend sur la Suisse centrale et ne cesse de croître pour recouvrir le pays en s’arrêtant aux frontières. Il est annonciateur d’une tempête dévastatrice qui sème la panique parmi les habitants.

Cet effondrement aussi imminent qu'inimaginable suscite chez eux différents comportements. Certains se barricadent dans leur maison, fêtent la fin du monde, tandis que d’autres dévalisent les supermarchés ou cassent des vitrines de petites boutiques.

A cet égard, on apprend qu’il est très moche de vandaliser l’échoppe de l’indien du coin et plutôt recommandé de s’attaquer à Globus et à la Coop… Mais finalement plus d’un million d’Helvètes angoissés quittent les abris, se jetant sur les routes pour fuir l’amère patrie et tenter de gagner le pays voisin. En vain.

Certains codes du film catastrophe

Poursuivant dans la tradition du film suisse critique envers la société, ne se limitant toutefois pas au blâme et à la condamnation dans la mesure où ils font partie du problème, ils se sont réunis à dix jeunes réalisateurs alémaniques et romands (pas de Tessinois) pour observer de près cette petite nation alpine qui s’obstine à se replier sur elle-même.

Ils ont commencé par rédiger un script, avec la volonté de créer des personnages d'ici. Chacun a exécuté son morceau et ils ont essayé de les mettre ensemble. Leur opus se veut à la fois choral et politique, tout en empruntant certains codes du film catastrophe, utilisés simplement comme un moyen. Le méchant nuage n’a donc pas la vedette et aucun héros à l’américaine ne volera au secours du peuple plongé dans le chaos.

Un gros défi à relever pour un résultat inégal et simpliste

Collaborer avec autant de monde est logiquement générateur de tensions et de conflits. C’est un gros défi à relever que de concocter une œuvre collective sans compromis. Du coup, Sa construction confuse donne un résultat forcément inégal. Mais surtout, à part quelques rares bons moments, Heimatland, unique représentant helvétique en compétition, pèche par son approche lourdingue sinon laborieuse, simpliste et premier degré.

imagesGSN0UV1O.jpgA l‘image par exemple de ces scènes où l’Union européenne s’interroge sur la procédure à suivre pour accueillir ces réfugiés inédits qui, parvenus aux frontières, sont refoulés et condamnés à rentrer au bercail.

Un juste retour des choses en forme de cliché moralisant, notamment illustré par un caméo de Jean Ziegler à la télévision, pour fustiger ces Suisses parfois ignobles qui méritent d’expier leurs péchés.

Ce premier degré, les auteurs affirment l’assumer pleinement. Lors de la conférence de presse, l’un d’eux reconnaissait "le côté grotesque de quelques histoires se déroulant dans des situations étonnantes par rapport à ce qui existe"

L’isolement, thème essentiel

Ils ont par ailleurs insisté sur le caractère essentiel du métrage, à savoir l’isolement du pays. Mais pour eux il ne s’agit pas à proprement parler d’une réponse à la politique blochérienne de quotas d’étrangers, qui a provoqué le référendum du 9 février 2014. "Nous avons débuté l'écriture il y a quatre ans et nous ne pouvions pas prévoir ce qui est arrivé. Nous avons été rattrapés par la réalité et nous avons élaboré les thèmes au fur et à mesure ».

Ils espèrent ainsi provoquer une réflexion chez le spectateur, l’amener à se poser des questions. "Nous ne parlons pas seulement de l’isolement de la Suisse, mais de l’isolement personnel, cette faculté perdue de nouer des liens avec les autres. A force de s’isoler, on va droit dans le mur. On suffoque et on a peur d’être enterré vivant".

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09/08/2015

Festival de Locarno: "Trainwreck", la comédie à succès calamiteuse de Judd Apatow

 

hqdefault[1].jpgDébuts plutôt réussis sur la Piazza Grande, entre Ricki And The Flash de Jonathan Demme, La belle saison de Catherine Corsini, Southpaw d’Antoine Juqua, avec un Jake Gyllenhaal convaincant en boxeur qui touche le fond et entame le plus dur combat de sa vie pour se relever.

Et puis, c’était couru, le gros couac de Judd Apatow et son Trainwreck, en français "un cas désespéré". On ne saurait mieux dire! 

Labellisé roi de la comédie américaine (de quoi faire se retourner dans sa tombe un maître comme Billy Wilder) Judd  Apatow qui enchaîne les succès depuis 40 ans et toujours puceau, s’est penché cette fois sur les femmes et leurs relations avec les hommes. D'après un scénario, une grande première, d’Amy Schumer qui est aussi la protagoniste principale.

Elle a concocté une histoire proche de sa vie personnelle où, suivant les conseils de son père selon lequel la monogamie n’est pas réaliste, l’héroïne devenue journaliste collectionne les mecs en évitant de s’engager. Une consommation frénétique prétexte à quelques scènes en-dessous de la ceinture, assaisonnées sans surprise d’un humour extra-gras.

Jusqu’à l’inévitable jour où Amy craque, la honte, pour le sujet de son article, un brillant médecin du sport qui répare les bobos des célébrités. Il avoue même s’occuper d’un certain… Roger Federer, tandis que la star du basket James LeBron joue son propre rôle.

Déjà qu’il n’y avait pas grand-chose à voir avant, à partir de là, il n’y a vraiment plus rien. Trainwreck qui se veut dans l’air du temps, irrévérencieux, choquant sinon trash, révélateur d’une société hypocrite,  sombre dans un rare ennui entre convenu laborieux et conservatisme calamiteux.  

Quand on pense qu’Amy Schumer est une figure  montante du rire américain, il y a du souci à se faire pour le genre. Quoique…On sait que plus c’est nul et mieux ça marche. La preuve en est encore faite avec le triomphe au box office du film sorti aux Etats-Unis le 18 juillet.

 

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08/08/2015

Festival de Locarno: lesbienne dans "La belle saison", Cécile de France fière de servir la cause gay

dafa558e26447adfc1517768a30423f9[1].jpgInstants de grâce sur la Piazza Grande avec La belle saison de Catherine Corsini, que portent magnifiquement Cécile de France et Izïa Higelin. Une histoire d’amour homosexuelle bouleversante, joyeuse, sombre et mélodramatique entre Delphine, une jeune paysanne de 23 ans rêvant d’avoir sa ferme et Carole, une Parisienne de 35 ans alors en couple avec un homme et très investie dans le combat féministe des seventies.

Cette plongée dans ces années permet notamment à la réalisatrice de rendre hommage aux femmes engagées à la tête de la lutte pour l’égalité et l’émancipation, souvent dénigrées, insultées, traitées de mal baisées ou autres grossièretés du genre. Nombre d’entre elles étaient homosexuelles, ont pu se faire entendre et contribuer ainsi largement à faire avancer les choses sur les problématiques à la fois politiques et intimes.

Catherine Corsini s’est documentée grâce à des interviews et en visionnant l’œuvre de la vidéaste suisse Carole Roussopoulos. Une pionnière, qu’’il s’agisse de filmer les luttes féministes ou le premier défilé homosexuel en marge du 1er Mai 1970. Elle était très amie avec Delphine Seyrig, avec qui elle a réalisé quelques métrages militants d’anthologie. C'est en hommage à ces deux femmes exceptionnelles que es héroïnes de La belle saison s'appellent Carole et Delphine.  

Mais on aura l’occasion de reparler de cet opus très réussi qu’il s’agisse de la mise en scène, du traitement de la photographie et de l’excellent jeu des comédiennes lors de sa sortie en Suisse romande le 19 août. 

imagesKPS8QS7L.jpgEn attendant, on a eu le bonheur de rencontrer la ravissante lumineuse et solaire Cécile de France, alias Carole, débarquée à Locarno en compagnie de sa réalisatrice.  La comédienne qui dit choisir ses rôles avec le cœur, avoue n’avoir pas été partante au départ.

"J‘avais déjà joué une lesbienne dans cinq films et je souhaitais garder la liberté de la diversité. Catherine était très triste. Mais en lisant le scénario, j’ai adoré cette histoire qui m’a aussi beaucoup émue et j’ai finalement dit oui".

Vous vous dites fière d’être la "lesbienne du cinéma français", le porte-drapeau en quelque sorte de la cause gay, tout en craignant d’être enfermée dans le rôle.

En effet. Pour les réalisateurs, je veux rester une page blanche, mais pour le public c’est autre chose. Si cela peut aider les gens à assumer leur différence, tant mieux.

Etes-vous une militante?

Si vous entendez par là descendre dans la rue pour manifester et faire bouger les lignes, non. Je ne suis que comédienne. Mais je m’engage à mettre toute mon énergie dans les films. Et surtout je dis merci à celles qui se sont tant battues pour sortir les femmes de leur enfermement social 

Quand vous avez décidé d’accepter la proposition de Catherine Corsini, saviez-vous qui serait votre partenaire? Et aviez-vous des préférences?

Je l’ignorais et ce n’était pas à moi de décider. Mais Catherine Corsini me faisait part de ses doutes quant au choix de la fille en question et me faisait participer.

Vous avez pas mal de scènes de nu. Etait-ce un problème pour vous? Et comment cela s’est-il passé entre vous et Izïa Higelin

En ce qui concerne la première partie de la question, je n’étais pas gênée dans la mesure où les scènes d’amour ont été tournées avec beaucoup de délicatesse, de pudeur. J’avais presque l’impression de faire partie d’une œuvre d’art, de poser pour un peintre. Et avec Izïa, c’était comme dans les douches de filles, Plutôt décontracté.

Est-ce pareil  d’être filmée par une femme  ou un homme pour ce genre de rôle?

Pas vraiment en l’occurrence  car "La belle saison" est basé sur la vie de Catherine Corsini, elle-même homosexuelle. Ce qui en fait une œuvre sincère et pleine d’amour. Mais sinon quand je suis concentrée dans l’action, je ne pense pas spécialement à la personne derrière la caméra.

Vous parliez de page blanche par rapport ä  un cinéaste. Mais y a-t-il des personnages que vous aimeriez particulièrement  interpréter ?

Je n’aime pas penser comme ça. Je ne me dis pas ah, j’aimerais trop travailler avec David Lynch. J’ai des projets, de belles propositions. Et notamment une fiction, The Young Pope avec Ludivine Sagnier et Jude Law qui se déroulera sur huit épisodes  (Réd : elle est réalisés par l’Italien Paolo Sorrentino, récemment oscarisé pour La Grande Bellezza et qui était de retour à Cannes en mai dernier avec Youth.

Dites-nous encore deux mots sur votre expérience avec Clint Eastwood? Etait-ce différent de tourner en France ou aux Etats-Unis ?

La différence c’est Eastwood. Il a une manière de travailler qui n’est pas liée à sa nationalité. Avec lui tout va très vite, il ne fait qu’une prise, il délègue beaucoup. Il est détendu, zen, se révèle très détendu, zen, gentil. En d’autres termes aussi génial qu’on l‘imagine.

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07/08/2015

Festival de Locarno: Edward Norton, un créatif qui aime prendre des risques

edward-norton-locarno-2015[1].jpg

Foule des grands jours et applaudissements frénétiques évidemment au Spazio Cinema pour accueillir Edward Norton. Acteur culte, réalisateur et producteur, féru d’art dramatique et d’écriture, couronné sur la Piazza Grande d’un Excellence Award pour l’ensemble de sa carrière, il s’est prêté au hit locarnais, soit la traditionnelle conversation des stars avec le public.

Enfin conversation est un grand mot dans la mesure où le pékin de base n’a pas trop le loisir de papoter avec l’élu, l’exercice étant principalement réservé au meneur de jeu. En l’occurrence c'était aussi bien Edward Norton, 45 ans, n’est pas toujours des plus commodes. Quelques photographes indisciplinés, mouchés par l’intéressé pour leur compétence relative en ont fait les frais...

Comédien, Edward Norton l’est devenu après s’être nourri de Disney et de Guerre des étoiles. Puis il tombe sous le charme de Woody Allen, de sa façon si personnelle de raconter des histoires et avec qui tournera en 1996 Everybody Says I love You.

Mais c’est avec Peur primale de Gregory Hoblit, où il incarne un schizophrène bègue à personnalité multiple aux côtés de Richard Gere qu’il gagnera cette année-là une célébrité mondiale. Ainsi qu’une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Il prétend ensuite à l’Oscar pour American History X, puis se trouve à nouveau récemment en lice pour une deuxième meilleure prestation dans Birdman  de Gonzalès Inarritu. Il ne sera jamais sacré.

Apparemment il n’en a cure. «Je n'ai pas choisi d'être comédien pour gagner des prix, mais pour m’engager dans des projets, relever des défis, pendre des risques. "J’ai parfois la sensation que je ne suis pas la personne idéale, mais c’est justement là qu’il faut que je le fasse. C’est ce sentiment d’insécurité qui me pousse à m’investir dans des rôles".

1291_4bc91193017a3c57fe00677b_1293130964[1].jpgEt c’est ainsi que la vedette de Peur primale (photo) se voit confier des personnages fascinants, dealer chez Spike Lee dans La 25e Heure, néonazi violé et repenti dans American History X de Tony Kaye, roi épreux dans Kingdom Of Heaven de Ridley Scott, méchant dsns The Bourne Legacy de Tony Gilroy. Ou encore narrateur expert en assurances, cherchant une façon de s'évader de son existence monotone.dans Fight Club de David Fincher. Un homme dont il est fan et pour qui il aurait fait n’importe quoi.

Cet intello de la pellicule habitué des rôles à plusieurs facettes mais privilégiant une grande variété et les métrages sollicitant l'intelligence, prône l’entente avec le réalisateur. "Elle est primordiale. C’est un exercice de coopération qui contribue largement à la valeur d’un film. Il faut connaître son œuvre, son langage, son style, sa tonalité. Le contraire est irresponsable". 

Avec Spike Lee par exemple dont il avait tellement aimé Do The Right Thing qu’il s’était racheté un billet à la sortie pour le revoir immédiatement, il y avait une telle complicité que La 25e Heure s'est faite en 28 jours. "Lorsque la confiance fonctionne on est plus disponible". Concernant Wes Anderson (Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel), c’est plus facile. "Il envoie des séquences animées en faisant  les dialogues. Nous sommes des marionnettes entre ses mains ".

4031582056_The_Score_edward_norton_147559_1024_768_answer_1_xlarge[1].jpgEdward Norton raconte aussi ses collaborations avec des monstres sacrés, dont Robert De Niro. "On les admire tellement que cela peut devenir un piège. Dans The Score, je ne regardais pas son jeu sur le moment. J’attendais quelque chose avec une idée en tête, qui n'est bien sûr pas venu, et cela m’a dérouté. ll faut être présent".

Le comédien évoque enfin sa propre expérience de metteur en scène, qu’il a menée en 2000 avec Au  nom d’Anna. "Je n’étais pas prêt à diriger. J'ai compris le travail, le temps, l‘attention que cela exige. Mais ma carrière est basée sur l’envie d’être un créatif et j’y ai pris beaucoup de plaisir".
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06/08/2015

Festival de Locarno: Meryl Streep se déchaîne en rockeuse fauchée et déjantée

streepbar640[1].jpgL’an dernier Luc Besson, fasciné par le pouvoir infini de nos petites cellules grises, avait malencontreusement négligé de se servir des siennes et nous fourguait du grand n’importe quoi avec Lucy. Et ce n’était pas la première fois que Locarno ratait le départ. La, le festival a réussi son ouverture grâce à Ricki And The Flash signé Jonathan Demme.

De bon augure en vue de la suite? Un peu tôt pour le dire, même si la compétition a elle aussi plutôt bien démarré avec le film de Josh Mond James White, explorant la perte à travers une très forte entre une mère et son fils.

Mais revenons à Ricki And The Flash où on retrouve une Meryl Streep au mieux de sa forme. Un rien braque et maman indigne, elle a abandonné son mari, ses enfants, sa belle maison pour vivre son rêve de devenir une rock star. Elle se produit dans les bars de Los Angeles et, fauchée, travaille comme caissière de supermarché pour arrondir ses fins de mois.

Un jour, téléphone de son ex (Kevin Kline), qui a trouvé une autre femme pour s’occuper de lui et de ses trois gosses. A sa demande, elle revient au bercail avec mission d’aider sa fille (en l’occurrence la sienne propre Mamie Gummer) qui traverse une période difficile. Evidemment, tout n’ira pas comme sur des roulettes. A l'image de la deuxième partie du film en quelque sorte. Avant de se terminer heureusement sur une jubilatoire scène de mariage propre à la réconciliation familiale, c’est en effet à partir du retour de Ricki que les choses péclotent un peu.

Mais qu’importe. En hard rockeuse vieillissante, émotive, fantasque, désarmante avec son look cuir aussi toc que ses bijoux, l'actrice assure comme une bête aux côtés du chanteur australien Rick Springfield, Contrairement à l’avis du New York Post estimant qu'elle perd son talent dans un opus plus ou moins à la limite du calamiteux, Meryl Streep, aussi déjantée que déchaînée, prouve une fois encore qu’elle peut tout faire.

Quant à Jonathan Demme, il a concocté un musical qui, tout en misant principalement sur le divertissement, se révèle plus profond qu’il n’y paraît. Entre un brin de cynisme et un fond de satire, il donne une image joyeusement critique d’une société américaine bourgeoise, ridiculement corsetée dans son moralisme et ses principes. A voir en Suisse romande dès le 2 septembre..

 

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04/08/2015

Festival de Locarno: en route pour une 68e édition, avec la maison pour fil rouge

fifl-4[1].jpg

Alors que le festival misait plus particulièrement l’an dernier sur la superposition, l’échange et le partage, le fil rouge de cette 68e édition sera la maison. Un fil rouge traité de différentes manières selon son directeur artistique Carlo Chatrian, avec des projections qui mettront en scène le foyer. Coup d’envoi demain du millésime tessinois 2015 qui, comme d’habitude, s’annonce sur le papier plutôt riche et éclectique. 

A commencer par les seize longs métrages de la fameuse Piazza Grande. C’est Jonathan Demme qui fera l’ouverture sur l’écran géant, l‘un des plus grands d’Europe, avec Ricki And The Flash. Il raconte  l’histoire d’une mère avide d’indépendance, qui quitte sa luxueuse villa pour un appartement modeste et y revient pour faire face à une situation de crise.

Parmi les films projetés sous les étoiles, on trouve trois autres opus américains  dont Southpaw d’Antoine Fuqua avec Jake Gyllenhaal et The Deer Hunter de Michael Cimino, ainsi que trois français, dont La belle saison de Catherine Corsini avec Cécile de France et Floride de Philippe Leguay avec Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain.

Deux productions franco-suisses sont par ailleurs attendues:  Amnesia de Barbet Schroeder avec Marthe Keller, La vanité de Lionel Baier avec Patrick Lapp et Carmen Maura. Sans oublier Erlkönig de Geoges Switzgebel. En clôture de festival, le Brésilien Sergio Machado propose Heliopolis où on constate que la musique adoucit  véritablement les moeurs…

Les films en compétition et les Suisses

Cette année 18 films s’alignent dans la chasse au Léopard d’or. Se présentant sous diverses formes, de la fiction traditionnelle au documentaire en passant par la biographie, ils viennent d’Iran, des Etats-Unis (deux premières œuvres) de Grèce, de Russie, d’Espagne, du Sri Lanka, de Corée du Sud, du Japon, d’Italie, de Belgique ou de France.

Toujours en concours, on découvre une co-production germano-suisse Heimatland. Cette œuvre collective rassemblant le meilleur de la nouvelle génération suisse devrait faire date d’après Carlo Chatrian.

Outre les sections Léopards de demain et Panorama Suisse dédiée à la création cinématographique helvétique actuelle, trois autres films du cru figurent dans d’autres sections du festival. Hors concours on pourra voir Fragments du paradis de Stéphane Goël, et Yes No Maybe de Kaspar Kasics. Quant au volet Cinéastes du présent, il montrera Keeper de Guillaume Senez, avec Kacey Mottet Klein, qu’on  avait notamment vu  dans Home et L’enfant d’en Haut d’Ursula Meier.

Pat-Garrett-Et-Billy-Le-Kid_3957_4ea6179d2c058837cb004535_1320373985[1].jpgRétrospective Sam Peckinpah

L’un des piliers de la manifestation locarnaise c‘est bien sûr la rétrospective. Réalisée par le programmateur et historien du cinéma Roberto Turigliatto, elle est  consacrée  cette année à Sam Peckinpah. Une intégrale composée de plusieurs œuvres restaurée, de séries TV, de collaborations et de films qu’il a interprétés.

Considéré comme le rebelle de Hollywood, le célèbre réalisateur américain mort en 1984 a laissé des oeuvres marquantes comme Pat Garrett& Billy The Kid, Major Dundee, La Horde sauvage, Guet-apens, le Convoi ou Les chiens de paille.

Récompenses, hommages et stars

Comme chaque année, il y aura distribution de Léopards d’honneur. Ils seront remis à l'Italien Marco Bellochio et à l’Américain Michael Cimino. Des prix seront également décernés à la Française Bulle Ogier pour l’ensemble de sa carrière (à l’image d’Anna Karina et de Jean-Pierre Léaud ces deux dernières années) ainsi qu’aux acteurs américains Andy Garcia et Edward Norton.

Outre les élus, seront notamment  présents à Locarno Chantal Akerman, Sabine Azéma, Lionel Baier, Clotilde Coureau, Cécile de France, Marthe Keller, Carmen Maura, Melvil Poupaud, Jerry Schatzberg, Barber Schroeder.

Locarno, du 5 au 15 août. A noter pour les amateurs, une  soirée gratuite sur la Piazza Grande avec la présentation ce soir 4 août dès 21h30 de E la nave va de Federico Fellini.

 

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16/08/2014

Festival de Locarno: Le Léopard d'Or au réalisateur philippin Lav Diaz

fullsizephoto99687[1].jpgA Locarno comme à Cannes en mai dernier, le plus long film de la compétition a produit sur le jury l’effet de la cape rouge sur le taureau…  Tandis que le Turc Nuri Bilge Ceylan remportait la Palme sur la Croisette avec Winter Sleep (3h16) le Philippin Lav Diaz (photo) a fait encore mieux, en raflant le Léopard d’Or avec Mula sa kung ano ang soon (5h38).

Une durée qui n’a pas rebuté le président Gianfranco Rosi et ses petits camarades, tant ils ont vécu avec ce «chef d’oeuvre», une «intense expérience de cinéma». Ils admettent toutefois s’être accordé une «pause pipi» avant de reprendre la cours de l’œuvre.

Filmée en noir et blanc, elle se déroule en 1972 dans un petit village isolé théâtre de mystérieux événements, avant que le président Ferdinand Marcos ne promulgue la loi martiale. Le début d’une période sanglante.

Dans le PardoLive, le journal du festival, Lav Diaz manifeste sa joie. «C’est incroyable, merci Locarno, je reste sans voix». L’auteur, qui part du particulier pour atteindre l’universel, explique que son film est basé sur ses propres souvenirs d’enfance, «tout est réel, j’ai juste changé les noms», deux ans avant «la période la plus noire de notre histoire »

Il dédie ce film historique à son père, un cinéphile fou qui lui a transmis le virus, au peuple philippin pour sa lutte et à tous les cinéastes sérieux de ce monde, notamment Pedro Costa, «mon frère dont j’adore le travail».

Pedro Costa meilleur réalisateur

Le Portugais figure  d’ailleurs aussi au palmarès. Il a reçu le prix du meilleur réalisateur pour son oppressant Cavalo Dinheiro dont le format carré ajoute encore à la sensation d’étouffement. On y suit Ventura, maçon de Lisbonne né au Cap Vert dans d’étranges souterrains, tandis que de jeunes capitaines mènent la révolution des Œillets dans la rue.

453389864[1].jpgCes deux choix convenus se justifient certes sur le plan cinématographique, même si je ne partage pas le fol enthousiasme du jury et des fans présents. Comme imaginé donc dans mon précédent billet, pas de Léopard d’Or pour Durak (Le fou) du Russe Yury Bykov, mon favori et celui d’une grande partie des critiques, 

Sa dénonciation de la corruption en Russie est toutefois un peu récompensée par l’attribution du prix masculin d’interprétation à son héros Artem  Bystrov (photo), excellent en plombier d’une rare intégrité, se lançant au péril de sa vie à l'assaut des bureaucrates pourris. Côté féminin, la Française Ariane Labed est sacrée meilleure actrice dans le médiocre Fidelio, l’odyssée d’Alice de sa compatriote Lucie  Borleteau. Plus pour ses charmes dont elle abuse en mer que pour son talent…

Le prix spécial du jury est allé au banal et verbeux Listen Up Philip de l’Américain Alex Ross Perry et une mention à Ventos de Agosto du Brésilien Gabriel Mascaro. Quant au Vaudois Fernand  Melgar, auteur de L’Abri, évoquant le quotidien sordide de SDF dans un centre d’hébergement d’urgence à Lausanne,  il est hélas à nouveau reparti les mains vides. Mais moins n’a-t-il pas été insulté comme pour Vol spécial par le président du cru 2011, Paulo Branco...

La Piazza Grande en chute libre

get[3].jpgS’il a fallu racler les fonds de tiroir pour dénicher six prix dans la grisaille d’un concours languissant réunissant dix-sept prétendants dont la majorité distillait un rare ennui, que dire de la programmation d’une Piazza Grande en chute libre... si l’on excepte les films vus et revus de Luchino Visconti ou Agnès Varda, La Vénus à la fourrure de Roman Polanski et Sils Maria d'Oliver Assayas (avec Juliette Binoche, photo), tous deux rescapés de Cannes

A sauver également Marie Heurtin de Jean Améris, l’histoire vraie d’une adolescente de 14 ans sourde muette et aveugle qu’une religieuse sort de son obscurité,  Dancing Arabs, d’Eran Riklis évoquant un garçon israélo-palestinien déchiré entre deux cultures. Un mot encore sur Pause du Lausannois Mathieu Urfer, un premier film prometteur dont on aura l’occasion de reparler lors de sa sortie en salles.

A part ça, ce n’était pas loin du petit musée des horreurs. Pêle-mêle on a vu le décervelé Lucy de Luc Besson, le calamiteux Love Island de Jasmila Zbanic, le laborieux Hundred-Foot Journey de Lasse Hallström ou encore l’écoeurant A la vie de Jean-Jacques Zielbermann. Moins navrant, ce n'était pas difficile, mais téléphoné en diable, Schweizer Helden lauréat du Prix du public.

Sauvé par les stars et la rétrospective

rocco-e-i-suoi-fratelli[1].jpgComme toujours le festival, un rien perturbé par la pluie qui a découragé quelques spectateurs et l’annulation de la visite de Roman Polanski mal vécue par ses admirateurs, a surtout été en partie par une pléiade de stars qui, de Melanie Griffith à Juliette Binoche en passant par Mia Farrow et Agnès Varda, se sont gracieusement pliées aux traditionnelles conversations au Spazio Cinema.

Il a surtout séduit par son excellente rétrospective, forte d’une cinquantaine d’œuvres, consacrée à la plus ancienne maison de production italienne Titanus fondée en  1904. Merci aux Fellini, Rossellini, Visconti, De Sica, Commencini, Monicelli, Lattuada, que les cinéphiles retrouveront aux Cinémas du Grütli à Genève du 20 août au 2  septembre et à la Cinémathèque suisse à Lausanne, du 28 août au 4 octobre.

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15/08/2014

Festival de Locarno: qui va capturer le Léopard d'Or 2014?

images[3].jpgLa 67e édition du festival de Locarno touche à sa fin. A la veille du palmarès, on ne peut hélas pas dire que ce cru 2014, par ailleurs perturbé par des événements extérieurs comme la pluie ou l’annulation de la Masterclass de Roman Polanski pour cause de polémique liée à sa visite, ait atteint des sommets.

Notamment en compétition où la majorité des dix-sept films en compétition s’est révélée d’une qualité très moyenne pour ne pas dire carrément médiocre. Une bonne nouvelle tout de même. L’an dernier, je vous racontais que si la décision ne tenait qu’à moi, j’aurais remballé le Léopard d’Or...

Bonne nouvelle, au moins en ai-je déniché un cette année dont je vous ai d’ailleurs déjà parlé. Il s’agit de Durak, du Russe Yury Bykov, qui évoque la corruption chez Sa Majesté le tsar Poutine. Le héros de l'histoire entame courageusement une course contre la montre, voire contre la mort, pour sauver des habitants suite à une explosion dans un vieil immeuble dont l’écroulement menace.

6038513[1].jpgPour les Léopards d'argent et de bronze, il y a L’Abri du Vaudois Fernand Melgar (photo), qui nous parle du sort tragique des SDF dans un hébergement d’urgence à Lausanne. Ou Mula sa kung ano ang du Philippin Lav Diaz, un très honorable opus de 5h38 qui nous emmène dans un village isolé en 1972, où se produisent d’étranges événements.

On peut aussi évoquer La sapienza d’Eugène Green. Parisien né aux Etats-Unis, cet habitué de Locarno met en scène un architecte d’origine suisse, Alexandre Schmidt, qui a derrière lui une carrière brillante, mais a perdu l’inspiration et veut retrouver ce qui l’a poussé à faire ce métier quand il était jeune. Sa femme Aliénor partage les mêmes inquiétudes en ce qui concerne sa profession et tous deux décident de partir, d'abord au Tessin puis à Rome. 

images[11].jpgPour le reste c’est la bouteille à encre, même si certains ne jurent que par Cavalo Dinheiro du Portugais Pedro Costa, un "chef- d'œuvre" ou Alive (3 heures) du Sud-Coréen Park Jungbum. Cure-The Life Of Another de la Suissesse Andrea Staka (photo) ou le bavard Listen Up Philip de l’Américain Alex Ross Perry ont également leurs fans.  

A oublier en tout cas Fidelio, l’odyssée d’Alice de la Française Lucie Borleteau, où son héroïne saute sur tout ce qui bouge dans un tanker, Dos Disparos évoquant un jeune homme qui se tire deux balles dans la peau, l’une ayant diparu et l'autre, restée dans son corps le faisant mal jouer de la flûte. Sans compter l’hystérique A Blast du Grec Syllas Tzoumerkas et le languissant Perfidia de l’Italien Bonifacio Angius.

 Comme d'habitude, il serait étonnant que le jury, présidé par le réalisateur Gianfranco Rosi, me donne raison. Mais sait-on jamais? Verdict demain.  



 

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12/08/2014

Locarno: Roman Polanski annule sa visite. Journée noire pour le festival

_VEN1093_RVB[1].jpgFace à la polémique que l’annonce de sa visite a suscitée, Roman Polanski, qui devait offrir le 15 août une Masterclass aux jeunes cinéastes de la Locarno Summer Academy ainsi qu’à tout le public, a décidé d’annuler son séjour au Tessin.

Le réalisateur franco-polonais, qui allait également présenter son dernier film La Vénus à la fourrure avec sa femme Emmanuelle Seigner (photo), a envoyé dans la nuit de lundi à mardi une lettre en italien à la direction du festival dont voici la teneur :

“Chers amis,
Après avoir constaté que ma présence au Festival de Locarno aurait pu provoquer des tensions et des controverses de la part de personnes qui s’y opposent, mais dont je respecte les opinions, je regrette de vous annoncer que j’ai renoncé à contrecœur d’y participer.
Ca me rend véritablement triste de décevoir vos attentes.
Roman Polanski”

Dans une vidéo sur le site du Festival, Carlo Chatrian s’est déclaré profondément attristé par cette décision qu’il ne peut toutefois que respecter... "Alors que le soleil brille à nouveau sur Locarno après quelques jours de pluie, c’est pour moi le jour le plus sombre depuis ma nomination au poste de directeur artistique. Je suis triste parce que les festivaliers sont privés d‘une rencontre avec un artiste extraordinaire, triste parce que le concept du festival comme place de débats et de rencontres subit un contrecoup.

"Des limites dépassées"

ky_Carlo_Chatrian_festival_film_locarno[1].jpgRevenant sur les critiques lancées contre la venue du cinéaste, Carlo Chatrian a affirmé les avoir entendues avec attention, mais estime que certaines positions ont dépassé les limites. "A travers une violence verbale et la manipulation de la réalité, elles se sont transformées en attaques personnelles inacceptables… "

De son côté le président Marco Solari parle aussi de tristesse. Et d'amertume. Tout en comprenant  la décision de Roman Polanski, il la regrette infiniment dans la mesure où elle empêche un rêve de se réaliser. 

"Mais nous opérons dans un contexte démocratique, Il faut que les opinions puissent s’exprimer. Nous avons informé Monsieur Polanski que les cinéphiles allaient l’accueillir à bras ouverts mais aussi que des personnes, et je ne les juge pas, s’opposaient à sa venue. Il a donc décidé de renoncer à sa venue".

"Le festival trouve sa raison d’être dans sa liberté d’expression et a toujours su affirmer ce principe fondamental en dépit des tentatives d’ingérence et de pression", ajoute Marco Solari. " Nous n’y cédons pas mais ne pouvons que nous incliner et accepter la situation avec énormément de regrets. C’est une journée noire pour le festival, mais il doit avancer".

Venu recevoir un prix à Zurich en 2009, le cinéaste avait, rappelons-le, été arrêté pour une vieille affaire de viol de mineure aux Etats-Unis. Il avait alors été assigné à résidence pendant sept mois dans son chalet de Gstaad. La Suisse avait finalement refusé de l’extrader.
 

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Robin Williams, la mort tragique d'un grand comique en proie ses démons

images[7].jpgRobin Williams est mort lundi 11 août à son domicile de Tiburon en Californie, après une longue bataille contre la dépression, l’alcoolisme et la drogue. Il avait 63 ans. La police suspecte un suicide, mais une enquête plus approfondie doit être menée pour aboutir à une conclusion définitive.

Le monde du cinéma est sous le choc et les hommages pleuvent de partout, de Washington à Locarno, depuis l’annonce de sa tragique disparition.

Venu du stand up tout en étudiant le théâtre à la Julliard School, le comédien, trois fois marié et père de trois enfants et dont les films appartiennent à la mémoire collective, s’était fait remarquer sur le petit écran dans les années 70, avant d’apparaître sur le grand en 1980.

Animateur survolté et subversif 

Sa carrière internationale débute derrière un micro, où il interprète l’animateur radio survolté et subversif de Good Morning Vietnam en 1987. Deux ans plus tard il conquiert la planète en incarnant le professeur de littérature rebelle (photo-ci-dessous) dans le Cercle des poètes disparus de Peter Weir.

imagesCAFCETOM.jpgPeter Pan chez Steven Spielbeg  dans Hook en 1991, puis marchand de jouets dans Toys, il fait à nouveau craquer le monde entier en se cachant sous les traits de Mrs Doubtfire de Chris Columbus en 1993. Dans la foulée, il rafle un Golben Globe. 

Parmi ses films les plus célèbres de cet acteur polyvalent et surprenant, oscillant entre le rire et les lames, la tendresse et la noirceur, on citera encore Jumanji, Fisher King et surtout son rôle de psychologue (photo ci-dessous) dans Will Hunting.

Ce long métrage écrit par Matt Damon et Ben Affleck lui a valu le seul Oscar de sa prolifique carrière, en 1998. On n’oubliera pas non plus le psychopathe d’Insomnia en 2002 ou de Photo Obsession, en compétition à Locarno la même année.

images[8].jpgRéactions de la Maison Blanche au Festival de Locarno

Barack Obama, le Tout Hollywood de Steven Spielberg à Morgan Freeman, les réseaux sociaux se sont vivement émus de son décès.

Le président américain résume bien le sentiment de chacun. "Il était un animateur radio un docteur, un aviateur, un génie, une nounou,  un professeur… Mais il était unique. Il est arrivé dans nos vies comme un étranger et a fini et avait fini par toucher chaque parcelle de l’âme humaine".

A Locarno, le directeur artistique Carlo Chatrian tient à s’associer aux hommages. "Tout homme de cinéma ne peut qu’éprouver de la tristesse face à la mort d’un acteur d’une telle envergure. La plupart de ses films sont dans la mémoire collective. Je ne l’ai pas rencontré, il n’est jamais venu à Locarno, mais j’ai été marqué par ses films, plus particulièrement par Le cercle des poètes disparus que j’ai découvert alors que j’étais au lycée. J’ai aimé son personnage, cette mélancolie qu’il avait en lui ».

Tandis que Connie Nielsen, membre du jury et partenaire de Robin Williams dans Photo Obsession était trop secouée en début de matinée pour réagir, le comédien Jonathan Pryce, tête d’affiche dans Listen up Phiilip d’Alex Ross Perry, en liche pour le Léopard d’Or a manifesté son émotion. Il avait rencontré Robin Williams sur le tournage de Les aventures du baron de Münchhausen de Terry Gilliam (1988). "Il était très amusant on a dîné, bavardé ensemble. J’ai beaucoup de respect pour lui et je suis très triste qu’il nous ait quitté".


 

 


 

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Festival de Locarno: lauréate d'un Léopard d'honneur, Agnès Varda se raconte

images[3].jpg"Tout cinéaste rêve d’être invité sur la Piazza Grande", déclarait dimanche soir la réalisatrice franco-belge Agnès Varda, deuxième femme après la Russe Kira Mouratova en 1994 à recevoir un Léopard d’honneur pour l'ensemble de son œuvre. Ajoutant qu’à 86 ans, elle avait réalisé son rêve. 

Le lendemain l’infatigable créatrice, surnommée la grand-mère de la Nouvelle Vague alors qu’elle n’avait que 27 ans lorsqu’elle a réalisé son premier film La pointe courte, monté par Alain Resnais, s’est entretenue au Spazio Cinema avec le public qui l’a chaleureusement accueillie. 

Une conversation où elle raconte son parcours, ses débuts de photographe, ses films. A leur évocation Agnès (née Arlette) demande aux auditeurs s’ils les ont vus. Et se réjouit de constater que c’est presque toujours le cas. Elle s’est notamment attardée sur le documentaire qui a beaucoup compté et dont 17 ont marqué sa carrière. Par exemple Les Glaneurs et la Glaneuse, sorti en 2000.

Partout en France, elle rencontre des ratisseurs de champs et des grappilleurs dans les arbres après la récolte, des ramasseurs de fruits et légumes jetés par les entreprises, des récupérateurs de nourriture et d’objets divers dans les poubelles, les rues. Par nécessité ou par choix, ils sont en contact avec les restes des autres. Deux ans plus tard, elle a retrouvé quelques-uns de ses protagonistes. "Ils étaient contents de me voir".

"Le documentaire est une école de vie"

«J’ai tellement appris en faisant ce film. Il m’a aidée à me situer en tant que documentariste. C’est une école de vie. Il y a la dimension du temps qui passe sur les gens, qui sont aussi pleins de surprises. Dans un court-métrage, j’avais essayé de montrer comment certains avaient caché des juifs au risque de leur vie dans la Drôme. Ils étaient formidables. C’est très intéressant de filmer de vraies personnes. Bien sûr j'aime la fiction et les acteurs qui m’impressionnent. Mais c’est différent".

A côté de la réalisation, Agnès Varda s’occupe de restauration d’œuvres. Des siennes et de celles de Jacques Demy, son mari rencontré en 1958 et mort en 1990. Apprend-elle de nouvelles choses en les revoyant? "Non sauf quand les critiques en parlent et se livrent à des analyses. Je découvre des raisons de faire qui m’avaient échappé. Il y a en nous des choses qu’on ne sait pas, qui se mettent en place à ces occasions. On doit en quelque sorte fragiliser l’acte de filmer pour qu’il se nourrisse… "

Si le cinéma a changé, cela ne la trouble pas. "Il ne faut pas être obstiné". Elle estime que les nouveaux outils correspondent mieux au documentaire qu’à la fiction et qu’à l’évidence selon la caméra utilisée on ne fait pas le même film. "Dans Les Glaneurs il n'était pas possible d'avoir une équipe pour approcher les personnes, donc j’allais d’abord avec une petite caméra. Après on pouvait prévoir des moyens plus importants.

Rappelons que le Festival de Locarno projette une sélection de ses longs-métrages, Cléo de 5 à 7 (1962) Les créatures (1966) Sans toit ni loi (1985) ou encore Les Plages d’Agnès (2008).

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