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Le blog d'Edmée - Page 9

  • Grand écran: "Chris The Swiss", passionnante enquête entre animation et documentaire

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    4c6d2cbf33c3734955816c9f1b484bf9_XL.jpgPetite, Anja Kofmel admirait son ténébreux cousin Chris, correspondant de guerre. Sa mort mystérieuse en Croatie, en janvier 1992, d’abord imputée à une balle, puis à un étranglement suite à deux autopsies, l’occupe encore aujourd’hui, Car au moment de son décès, le journaliste suisse de 27 ans portait un l’uniforme d’un groupe international de mercenaires. Pourquoi ?

    Devenue adulte, Anja décide de suivre son histoire. Et, avec Chris The Swiss, nous emmène à Zagreb, pour saisir la véritable implication du jeune homme dans un conflit manipulé par divers intérêts inavoués. Qui était-il vraiment? Un reporter infiltré, un aventurier fasciné par le danger, un individu ambigu engagé dans une milice pro-croate d’extrême droite ayant perpétré d’affreux crimes ?

    Une passionnante enquête

    Mêlant documentaire, images d'archives et dessins animés en noir et blanc d’une beauté sépulcrale touchant au cauchemar sublime, la réalisatrice se livre à une enquête passionnante doublée d’une réflexion sur les abominations de la guerre. Elle construit un film particulièrement original, personnel, d'une portée universelle.

    En partant d'un deuil familial, elle élargit son propos au drame d'un conflit civil. Un voyage initiatique au cours duquel, équipée des carnets de son cousin rapatriés avec son corps, elle tente à la fois de percer les secrets de Christian Würtemberg et de reconstituer le quotidien dangereux des journalistes plongés dans un véritable bourbier. Donnant ainsi un éclairage inédit sur un profond traumatisme européen.

    Pour quelles raisons avez-vous choisi un style hybride? L’animation est si prenante qu’on aurait souhaité les voir constituer l’œuvre entière.

    J’aurais également bien voulu. Je viens de l’animation. Depuis que je suis enfant, je dessine. Tout le temps. C’est mon mode d’expression naturel. Mais ce n’était pas possible. D’une part pour une question d’argent et d’autre part, si l’animation peut beaucoup, elle ne peut pas tout quand on en vient aux dialogues, aux sentiments des personnes placées dans une certaine situation..

    Quand avez-vous décidé de consacrer un film au parcours de votre cousin?

    A peu près à l’âge où il est mort. Un peu plus tard. «J’ai commencé à comparer sa vie et la mienne. Nos réalités étaient si éloignées. J’étais intéressée, mais plus du tout admirative. Il a fait des choses très moches, tabous. Toutefois, en lisant son journal, je me suis rendu compte qu’il ne se voyait pas comme un mercenaire mais comme un journaliste. Pourtant il portait un uniforme et une arme.

    A votre avis, pourquoi s’était-il engagé?

    Ma théorie, c’est qu’il, s’est perdu lui-même à un certain moment, Il a notamment écrit ceci. "Je veux entendre, sentir, comprendre, survivre". Cela m’a beaucoup émue. Il ne savait plus comment s’en sortir. Pouvait-il redevenir à une vie normale ?

    Pour autant, votre but n’est pas de le réhabiliter.

    Pas du tout. Ses actes sont condamnables. Mais, sans l'excuser, peut-être lui ai-je donné une voix. Pour moi c’était très important de comprendre. Je me demande aussi pourquoi on n’arrive pas à se sortir de ces guerres, pourquoi on n’apprend jamais de l’histoire. Je sais que c’est naïf, mais je n’accepte pas cette fatalité de l’éternel recommencement. Même si je me sens impuissante

    La complexité de votre sujet vous a sans doute obligée à d’innombrables recherches.

    En effet. Ce fut un long processus. Je me suis énormément documentée, j’ai beaucoup lu et je me suis entourée de deux historiens, un Croate et un Suisse qui m’ont donné des conseils pour prouver que ce que je dis est vrai. Même dans l’animation, je parle de personnes qui existent et je dois être crédible. C’est le cas, selon des journalistes, des avocats, des soldats alors en guerre et qui me l’ont confirmé quand j’ai présenté le film à Sarajevo. C’est ma plus grande fierté.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 septembre.

     

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  • Grand écran: Jacques Audiard s'attaque au western avec "Les Frères Sisters"

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    The-Sisters-Brothers-Film-4.jpgAdepte du film d’auteur et de genre ( Sur mes lèvres, Un Prophète, De rouille et d’os, Dheepan, Palme d’or en 2015), Jacques Audiard change de registre. S’éloignant du drame intimiste contemporain, il s’attaque au western, avec une impitoyable chevauchée sanglante dans les grands espaces au temps de la ruée vers l'or.

    Pour son huitième long métrage, Les Frères Sisters, adapté du roman éponyme de Patrick DeWitt et tourné en Espagne dans les décors de Sergio Leone, il convoque toute la mythologie de l’Ouest. Respectant les codes du genre, cavalcades, duels, fusillades dans la nuit, il livre un opus crépusculaire en anglais, interprété par une brochette de stars américaines.

    Nous sommes dans les années 1850. Charlie et Elie Sisters (Joaquin Phoenix et John C. Reilly) n’ont jamais connu que la brutalité. Tueurs à gage, ils évoluent dans un monde sauvage et hostile, éliminant sans état d’âme criminels ou innocents. C’est leur boulot. Engagés par le Commodore, un sénateur véreux, ils se lancent, entre l’Oregon et la Californie, dans la traque implacable d’un chimiste (Jake Gyllenhaal), détenteur d’une mystérieuse formule pour dénicher de l’or.

    Un portrait de l'Amérique

    A travers la relation des frères, êtres frustes sur le chemin de la rédemption, leurs discussions, la vision de leur existence, Jacques Audiard brosse un portrait personnel de l’Amérique d'hier et d'aujourd'hui dans ce film à la fois psychologique, philosophique, violent, cruel. Non dénué d’émotion par ailleurs (Elie pleurant la mort de son cheval borgne) ou d’humour à la faveur de certaines scènes, une coupe de cheveux, la découverte de la brosse à dents, de la poudre dentifrice mentholée, des toilettes.

    On relèvera une mise en scène soignée qui a valu à son auteur le Lion d’argent à la Mostra de Venise, des comédiens convaincants, une belle photographie et de beaux paysages. La moindre des choses pour un cinéaste dont le talent n’est plus à prouver. Mais d’ci à prétendre qu’il transcende et renouvelle le western il y a un pas. Franchi allègrement et sans surprise par une presse française éperdue d’admiration, évoquant en gros la sublime pépite miraculeuse d’un Audiard en état de grâce, touchant au génie. Un rien excessif…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 septembre.

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  • Grand écran: "Le vent tourne" avec Mélanie Thierry et Pierre Deladonchamps

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    daily-movies-Le-vent-tourne-8.jpgAvec son compagnon Alex, écolo radical, Pauline a construit une vie autosuffisante en accord avec la nature, dans une ferme isolée du Jura. Liés par leur travail, leur amour et leur idéal, ils veulent, pour parachever leur autonomie, produire leur propre électricité. C’est alors que débarque Samuel, ingénieur insouciant, venu équiper la propriété d’une éolienne, le grand projet de Pierre. Pauline est immédiatement attirée par lui. Sa vie de couple et sa vision du monde vont s’en trouver chamboulées,

    Notamment auteure de la comédie à succès Les mamies ne font pas dans la dentelle (2006), Bettina Oberli, qui s’est entourée de la jolie Mélanie Thierry et du séduisant Pierre Deladonchamps, coqueluche du cinéma français, veut traiter à la fois d’émancipation féminine, d’amour, de séparation, d’écologie, notamment à travers une prise de position mitigée face aux éoliennes. Avec en ligne de mire la fragilité de la vie, de la nature, des sentiments et des relations.

    Posant des questions philosophico-existentielles sur la façon de mener sa vie en sachant qu’on va vers l’Apocalypse, l’histoire est vue à travers le regard de Pauline. «Ce qui m’intéressait, nous dit la réalisatrice, c’était sa volonté de s’affranchir d’une situation qui au départ n’est pas mauvaise, au contraire. Elle est amoureuse d’Alex, elle est d’accord avec ses choix, partage ses idées, mais pourtant quelque chose ne va pas. En fait ils sont écologiquement compatibles jusqu’à l’arrivée de Samuel. Elle est séduite par ce personnage à l’opposé de ce qu’elle vit. Il est léger, content, ne demande rien, voyage beaucoup».

    Le contraire d’Alex en somme: «En effet. Personnage central, il est censé amener l’indépendance, mais il a aussi un côté destructeur. J’admire les gens qui croient, qui ont des convictions. Trop radical pourtant, il perd sa compagne. Si on veut sauver la planète, le meilleur chemin n’est sans doute pas de s’enfermer dans son lopin de terre, à l’écart des autres».

    Avec Le vent tourne, son  premier film en français, la réalisatrice se sentait comme une page blanche. Elle avait une grande envie d’ouvrir son horizon, de quitter sa zone de confort. Malheureusement, ce drame sentimental rural manque singulièrement d’intensité dans la mesure où Bettina Oberli en reste trop aux intentions sur le fond. Par ailleurs, ses personnages  peinent à exister, même si Pierre Deladonchamps vient d’une famille de paysans et que le rôle de Pauline a été écrit pour Mélanie Thierry. Restent quelques beaux paysages montagneux…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 19 septembre.

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  • Grand écran: Avec "Climax", Gaspar Noé succombe à sa passion pour le chaos

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    big_1526372034_image.jpgQuand Noé paraît à Cannes c’est le déluge sur la Toile et la galère pour monter dans l’Arche! Ainsi se bousculait-on sur la Croisette en mai dernier pour voir le dernier film du clivant Franco-Argentin, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Qui lui a décerné un prix pour ce premier opus en français depuis Irréversible.

    Climax, un titre idoine pour cette chronique du chaos qu’affectionne l’auteur. Le début nous montre une femme en sang dans la neige. C’est bien parti pour un film d’horreur. Mais on bifurque sur un casting de jeunes gens de différents milieux, origines et couleurs, prêts à tout raconter d'eux, dans l’espoir d’intégrer un spectacle.

    Une  troupe multiculturelle de danseurs hip-hop, métaphore d’une France mixte, investit ensuite un hangar isolé. Ils fêtent la fin des répétitions avant de partir en tournée aux Etats-Unis, discutent, draguent, boivent de la sangria en dansant sur Supernature, le tube disco de Cerrone.

    Gaspar Noé nous entraîne alors dans une première partie à l’ambiance joyeuse, survoltée. Et filme magistralement une performance virtuose, génialement chorégraphiée. Et puis les danseurs en transes, découvrent qu’ils ont été drogués à leur insu, quelque chose ayant été mis dans la sangria.

    A partir de ce moment, les choses dérapent. A l’image en quelque sorte du film qui sombre petit à petit dans la folie, le macabre, le sexe et la violence au cours d’une interminable séquence sous acide. Tournant rapidement à vide, elle s’apparente toutefois à une descente aux enfers orgiaque où, sous l'emprise d'une substance destructrice,  les corps titubent, s’agitent, se heurtent, s’accouplent, se volatilisent dans une lumière rouge.

    Un discours banal et des dialogues plats

    Cela pousse les inconditionnels à relever que le spectateur ne sort pas indemne de ce «Dancing vraiment dirty», huis-clos étouffant extrême et traumatisant. Des qualificatifs exagérés pour ce trip hallucinogène peu terrifiant, en forme d’expérience sensorielle, mystique et hypnotique. Le réalisateur se veut tellement subversif qu’il a tendance à rater son coup. A l’instar de Love, porno de luxe esthétisant à outrance, bien trop léché pour faire bander l’amateur.

    Par ailleurs, le problème avec Gaspar Noé, c’est qu’il n’a pas grand-chose à dire et qu’il l’exprime trivialement, livrant du coup un discours banal à travers les dialogues d’une rare platitude de ses protagonistes. Tout en nous assénant quelques maximes dont il a le secret et qu’il doit imaginer choc du genre: «Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre est un plaisir fugitif… »

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le 19 septembre.

     

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  • Grand écran: "Figlia Mia", émouvant duel de mères sous le soleil de Sardaigne

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    4-format43.jpgVittoria, une gracile et timide rouquine de dix ans, vit avec ses parents dans un petit bled reculé de Sardaigne. L’amour débordant de sa maman Tina (Valeria Golino)  la console d’être souvent rejetée par les autres enfants à cause de sa chevelure flamboyante.

    A l'occasion d'une fête, Vittoria (Sara Casu) rencontre Angelica (Alba Rohrwacher). Elle est fascinée par cette blonde fantasque au teint diaphane, une allumeuse provocante à l’esprit libre et au tempérament explosif. Le contraire de sa mère ultra protectrice, conservatrice, responsable et posée. Elle lui rend de plus en plus fréquemment visite dans sa ferme, à quelques kilomètres du village, provoquant l’inquiétude et la jalousie de Tina.

    Le malaise s’installe et Vittoria comprend assez vite qu’un secret liant les deux femmes est à l’origine de leur affrontement croissant. Elle n’est pas la fille de la sage Tina, à qui l’irresponsable Angelica, accumulant les dettes et les hommes, incapable d’élever une enfant, l’avait confiée. Tout en arbitrant ce combat entre la madone et la putain, la fillette, d’abord choquée et ne sachant à quel modèle se vouer, va courageusement finir par trouver sa propre identité.

    Figlia Mia, mélodrame émouvant en forme de chronique féminine avec références à la tragédie grecque, porté par trois comédiennes très convaincantes, est signé de l’Italienne Laura Bispuri. Elle avait séduit avec Vierge sous serment, où Alba Rohrwacher jouait déjà le rôle-titre. Amatrice de contrastes, la réalisatrice a choisi, après le froid de l’Albanie où se déroulait son premier long métrage, la chaleur et la lumière de la Sardaigne, évitant toutefois soigneusement le côté carte postale.

    bispuri.jpgLa complexité de la maternité

    Auteur d’un cinéma physique, elle a longuement sillonné l'’ìle pour découvrir des lieux qui s’accordent avec ses protagonistes. "La Sardaigne a une très forte identité et les paysages fonctionnent comme un miroir des personnages", nous dit-elle lors d’une rencontre à Genève. "Et j’avais besoin de cette lumière chaude pour créer l’atmosphère".

    Laura Bispuri évoque la maternité à travers le duel que se livrent mère adoptive et mère biologique, si radicalement opposées que cela peut paraître caricatural. "Il ne s’agit pas seulement de cela. D’autant qu’en fait, chacune a son côté noir et blanc. La madone n’est pas un ange et la vamp n’est pas qu’un démon. En plus elles se rapprochent au fur et à mesure du développement du récit".

    Par ailleurs, ce dont elle parle surtout, c’est de la complexité de la maternité, en posant la question de la vraie mère. "Moi, je les place au même niveau. Pendant le film, Vittoria apprend quelque chose d’important à propos d’Angelica, qui elle comprend que sa fille peut l’aimer autant que Tina".

    Un cordon ombilical entre les personnages

    Laura Bispuri a corsé les choses en écrivant trois partitions égales. "C’est très difficile pour tout, le scénario, la mise en scène, l’action. Mais je voulais qu’il y ait un mouvement émotionnel, un cordon ombilical entre mes comédiennes et c’était le seul moyen".

    Si le choix d’Alba Rohrwacher et de Valeria Golino semblait évident, il n’en allait pas de même de Sara Casu.«J’ai mis huit mois à la trouver, en cherchant notamment dans les écoles. Je dois avoir vu un millier de gamines. Je la trouve extraordinaire. Elle n’avait jamais joué, ne serait-ce qu’un minuscule rôle dans un spectacle de fin d’année. Et là, elle se révèle. C’est la plus forte des trois. Au début elle est perçue comme une porcelaine fragile et à la fin, c’est une super héroïne… »

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 12 septembre

     

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  • Grand écran: "McQueen", portrait passionnant du fascinant génie britannique de la mode

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    McQueen_ImageArticle02.jpgJe fais défiler les horreurs de mon âme sur les podiums…. Une phrase choc mais qui n’étonne guère de la part d’Alexander McQueen, le célèbre, fascinant et provoquant couturier britannique gay, descendu en flammes, haï ou adulé, mort à 40 ans il y a huit ans. Un visionnaire à qui le Genevois Ian Bonhôte et Peter Ettedgui ont consacré un passionnant et émouvant portrait.

    Il débute au Saint-Martin’s College Of Art And Design, pépinière de talents où il est repéré  par la journaliste de  mode Isabella Blow. Elle va le propulser vers les sommets. L’ascension est même fulgurante pour ce bad boy avant-gardiste, né dans un milieu modeste, d’un père chauffeur de taxi et d’une mère enseignante qu’il vénérait.

    260px-Alexander_McQueen_by_FashionWirePress.jpgSans un sou en poche, le «hooligan» de la fringue débarque à Paris et intègre la maison Givenchy dont il devient le directeur artistique. Le contraste avec son monde et son approche de la mode est saisissant. Mais il garde son propre label où il donne libre cours à sa créativité, son inventivité au sein d’un univers trouble, glauque, puisant son inspiration dans l’histoire, la danse, la peinture, la musique, la littérature et le cinéma.

    Défilés extravagants destinés à choquer

    Amoureux du drame et du scandale, désireux de choquer, le concepteur de vêtements déments imagine des défilés extravagants où il déploie son sens du spectacle, de la théâtralité, de la chorégraphie. A l’image de sa collection Le viol de l’Ecosse en 1995, proposant des  habits déchirés, lacérés au niveau des seins, avec des traces d’urine à l’entrejambe…  La presse se déchaîne.

    Toujours sulfureuses, ses collections avaient un thème, comme son utilisation de robots qui aspergeaient de peinture un mannequin en robe blanche, son  époustouflant hologramme de Kate Moss, son hommage à Hitchcock, sa mise en scène dans un asile psychiatrique, sa  dénonciation de la société de consommation dans Horn Of Plenty, ou sa dernière présentation, Plato’s Atlantis, filmée par des drones. Elle raconte un monde sous-marin hostile, avec des robes-méduses, des corps recouverts d’écailles, de corail…

    Images d'archives, vidéos et témoignages 

    Le documentaire tente ainsi de percer la personnalité complexe d’Alexander McQueen, homosexuel déclaré, abusé dans son enfance, grassouillet avant de se faire poser un anneau gastrique. Entre les shows extraordinaires, les réalisateurs proposent des images d’archives, de surprenantes vidéos intimes et inédites.

    Tous ces témoignages, dont ceux (un peu trop nombreux et répétitifs) des siens et de son entourage, évoquent l’excessif artiste de génie en symbiose avec la nature, mais aussi un homme obsessionnel, triste, torturé, miné par la drogue et l’alcool. Séropositif, il s’est pendu le 11 février 2010, la veille de l’enterrement de sa mère.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 septembre.

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  • Grand écran: avec "De chaque instant", Nicolas Philibert suit le difficile parcours de stagiaires infirmiers

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    de-chaque-instant.jpgTrès intéressé par l’apprentissage, l’auteur du célèbre Etre et avoir (2002), tourné dans une école à classe unique en milieu rural, Nicolas Philibert propose De chaque instant. Le réalisateur français a décidé de suivre, sur trois ans, les élèves d’un institut de formation en soins infirmiers.

    Filles (une grande majorité) et garçons vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours difficile et intense qui leur permettra d’acquérir un grand nombre de connaissances, de maîtriser les gestes cruciaux, tout en se préparant à endosser de lourdes responsabilités.

    Souvent très jeunes, ils sont confrontés tôt à la fragilité humaine, aux fêlures des corps et des âmes, à la souffrance, à la maladie, à la mort. C’est ce que retrace l’opus divisé en trois parties. Chacune d’entre elles a une tonalité différente, la troisième rassemblant les témoignages des stagiaires qui expriment leur ressenti aux formateurs.

    Un film instructif, émouvant, non dénué d'un certain humour, qui vous laisse découvrir, en même temps que les protagonistes, le stress, les tensions, la réalité économique, la multiplication des tâches, l’obligation du rendement.

    Nicolas Philibert pensait traiter ce sujet depuis quelque temps. «Et puis j’ai fait une embolie en 2016, qui m’a expédié aux urgences et aux soins intensifs. Ce fut le déclic et ma volonté de rendre hommage à ce métier discrédité, déconsidéré, méprisé, mal payé, à des jeunes ou moins jeunes engagés, mobilisés. Un besoin de dire qu’il y a un savoir infirmier comme il y a un savoir médical. Et que ce n’est pas le même». Voir l’entier de l’article avec l’interview de Nicolas Philibert réalisé lors du Festival de Locarno dans notre note du 4 août dernier.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 août.

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  • Grand écran: "Le poirier sauvage", une nouvelle fresque monumentale signée Nuri Bilge Ceylan

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    poirier_sauvage.jpgPalme d'or à Cannes en 2014 avec Winter Sleep, le Turc Nuri Bilge Ceylan, auteur d’un cinéma monumentaliste, propose sa nouvelle œuvre, une fresque familiale tournée dans Dardanelles, d’où il est originaire. Elle n'a cette fois pas eu l'heure de plaire au jury.

    Son héros Sinan (Ahmet Rifat), 20 ans, vient de terminer ses études à Istanbul. Il n’a pas encore de travail et revient vivre auprès de sa famille à Canakkale, site archéologique de l'antique Troie. Passionné de littérature, il a écrit un premier roman qu'il compte faire publier, Le poirier sauvage, titre qui est aussi celui du film. Mais son livre décrivant la culture populaire n'intéresse personne. Impuissant à récolter l’argent nécessaire, il se voit bon pour le service militaire.

    En attendant, c’est le temps des retrouvailles. Sinan revisite les lieux de son enfance, la ferme familiale, s’installe dans son ancienne chambre et retrouve des connaissances. Avec elles, il échange longuement autour d’une table, lors de promenades, ou d’une conversation sous un arbre avec un probable amour de jeunesse, une fille autrefois audacieuse et aujourd’hui prête à épouser un vieillard riche, quitte à être malheureuse. .

    Arrogant, dédaigneux, provocateur

    Suite à ce beau moment baigné de lumière, où la jeune femme ôte son foulard à l’abri des regards, Sinan s’attaque à un romancier célèbre, philosophe avec un intellectuel, croise le fer avec deux imams. Cette dernière rencontre donne lieu à un débat interminable entre un traditionnaliste et un réformiste sur l’évolution de la religion.

    Arrogant, dédaigneux, insolent, impatient, sûr de lui, se fâchant sans cesse, Sinan aime provoquer ses interlocuteurs, pour lui des abrutis provinciaux qu’il prend de haut. Dont son père, qu'il doit réapprendre à connaître. un instituteur proche de la retraite, moustachu à la fois charmeur, ricanant et progressiste, que les villageois ne respectent pas.

    Accro au jeu, couvert de dettes, il s’obstine à creuser un puits dans une terre sans eau. Son destin, auquel il est pourtant inexorablement lié, paraît misérable à son fils, à l’opposé de ses ambitions. Mais ce petit coq ingrat et peu sympathique, qui sera finalement ramené d’où il vient, ressemble déjà à ce géniteur qu'il méprise. 

    Profond, romanesque, mélancolique, tchékovien, visuellement magnifique, prenant quelques virages fantasmatiques et oniriques comme le plan de ce visage de bébé couvert de fourmis, Le poirier sauvage séduit évidemment aussi par son élégante mise en scène contemplative.

    Ce récit d’apprentissage désabusé est toutefois très bavard et on sent passer les 188 minutes. Si Nuri Bilge Ceylan livre, entre ironie et dérision, quelques ellipses fulgurantes, le service militaire de son héros est ainsi résumé en quelques secondes, il prend son temps pour nous raconter cette histoire d’initiation, de filiation et de réconciliation entre les générations. Le tout sur fond de solitude, de malaise, d’espoir perdu dans une Turquie soumise à une dérive autoritaire.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 août.

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  • Grand écran: "The Meg" veut renouer avec la peur des profondeurs. Raté pour la montée d'adrénaline

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    the-meg.jpgEn explorant une faille très profonde dans le Pacifique, le sous-marin d’une équipe d’océanographes américano-chinoise est attaqué par une créature gigantesque qu’on croyait disparue, le Megalodon, un requin préhistorique de 23 mètres de long.

    Jonas (Jason Statham, ancien champion de natation en Angleterre) va alors risquer sa vie pour sauver les prisonniers du submersible et affronter le prédateur le plus terrible de tous les temps, une machine à tuer capable, avec ses redoutables mâchoires d’acier, de broyer et d’avaler n’importe quoi.

    Si le squale n'est pas près de disparaître des écrans, Steven Spielberg n’a en revanche pas de souci à se faire, Jaws ne risquant pas d’être détrôné 43 ans après par The Meg (En eaux troubles). A part côté budget, qui se monte à 150 millions de dollars, soit le film de requin le plus cher. Dommage que le résultat soit inversement proportionnel au paquet de dollars investis.

    Il est vrai que The Meg est signé John Turtletaub. Ce besogneux de la réalisation (Phénomènes, Rasta Rockett, L’amour à tout prix…). avait annoncé du surprenant et du gore pour «le deuxième meilleur film du genre». On est loin du compte avec ce blockbuster estival qui tente laborieusement de renouer de façon ludique et kitsch avec l’angoisse des profondeurs.

    Cela dit, Turtletaub sort requinqué de l’affaire, cette énième variation ramollo sur le thème des Dents de la mer coproduite avec la Chine et navigant entre action et science-fiction, cartonne au box office. En dépit d’un scénario plat et sans surprise, de sous-histoires insignifiantes, de protagonistes caricaturaux et inconsistants, à commencer par Jason Statham, insipide casse-cou en principe rongé par le remord pour avoir précédemment  perdu deux hommes. .

    Et surtout, c’est un comble, le monstre se révèle finalement peu menaçant, sinon amorphe. Et parfaitement inoffensif entre deux crises de colère sous formes d'attaques certes parfois spectaculaires, mais qui ne font peur à personne. Bref, c’est raté pour la montée d’adrénaline, tant les situations se voulant paroxystiques manquent de tension.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 août.

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  • Grand écran: "Alpha", l'amitié entre un humain et un chien-loup il y a... 20.000 ans

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    hero_Alpha-2018.jpgEn Europe, il y a 20 000 ans, le chef d’une tribu n’en peut plus d’attendre que son fils Keda devienne un homme. Mais la chose arrive et le garçon pourra enfin prouver de quoi il est capable lors de la saison de la chasse.

    Mais trop émotif, Keda ne parvient pas à tuer un animal. Et puis c’est le drame. Bien peu reconnaissant, un redoutable bison l’envoie valser par-dessus une falaise. Propulsé dans un ravin, il perd connaissance et est laissé pour mort par les siens inconsolables mais obligés de rentrer avant la glaciation de la région.

    Revenant à lui, Kedal devra s’armer de tout son courage pour retrouver le chemin de sa tribu. En bravant une nature inhospitalière et sa faune pour le moins redoutable. Face aux dangers, aux intempéries, à la faim, son seul allié sera Alpha, un loup blessé et abandonné (comme lui en somme) par sa meute et qu’il va apprivoiser.

    Une ixième resucée initiatique sans intérêt, truffée de rebondissements improbables. Ce qu’on se demande, c’est pourquoi il était nécessaire de situer il y a 20.000 ans, cette histoire qui se résume en somme à illustrer l’amitié entre un joli garçon, par ailleurs fringué Fashion Week du Paléolitique supérieur, et une bête sauvage!

    Pour info, le chien-loup utilisé est tchécoslovaque et il paraît que cinq bisons d’Amérique du nord ont été trucidés pendant le tournage. Du coup une association a appelé au boycott du film. Au cas où elle arriverait à ses fins, ce ne serait pas franchement un drame…


    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 août.

     

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