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Le blog d'Edmée - Page 5

  • Grand écran: "L'adieu à la nuit" réunit Catherine Deneuve et Kacey Mottet Klein. Poignant

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    deneuve.jpgAprès Les cowboys de Thomas Bidegain ou Le ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar, André Téchiné s’empare à son tour du sujet brûlant du djihadisme  L’adieu à la Nuit, son 26ème long-métrage, où il réunit son égérie Catherine Deneuve (Muriel) qui a tourné huit fois avec lui et le jeune Vaudois Kacey Mottet Klein (Alex), qu’il avait déjà casté dans Quand on a 17 ans.

    On est au printemps 2015. Il y a du soleil. Muriel, qui tient un centre équestre avec son ami Youssef est ravie de la visite d’Alex qui vient passer quelques jours chez elle avant de partir pour le Canada. Mais très vite, elle est intriguée par le comportement de son petit-fils, découvre qu’il lui ment et se prépare à une autre vie.

    Le film ne tarde d’ailleurs pas à révéler de quoi il s’agit quand Alex retrouve Lila, son amie d’enfance (Oulaya Amamara). Comme d’autres jeunes en peine d’idéaux, ils mijotent le funeste voyage en Syrie pour aller se battre aux côtés du djihad. Face à cette réalité inimaginable, Muriel bouleversée va tout faire pour empêcher Alex de partir vers la mort.

    Deux univers, deux générations, deux tragédies

    Sans jugement, compatissant, porté par le désir de comprendre, André Téchiné traite son sujet avec délicatesse, sensibilité, subtilité et une rare justesse. Suivant un jeune homme manipulable, en manque de repères, cherchant une place qu’il croit enfin trouver, et une grand-mère désespérant de pouvoir sauver ce petit-fils en proie à un mal-être existentiel, le réalisateur oppose deux univers, deux générations. Ainsi que eux tragédies, l’une familiale, l’autre sociétale.

    Ce récit poignant est porté par deux comédiens formidables, la grande Catherine, bien sûr, mais aussi dont Kacey Mottet Klein, 20 ans, garçon un peu fragile, un peu timide, révélé par Ursula Meier en 2008 dans Home. Depuis, on l'a beaucoup vu sur les écrans dans notamment Gainsbourg (Vie héroïque), L'enfant d'en-haut, Keeper.

    0397035.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgLe cinéma est devenu sa vie

    Récemment rencontré à Genève, il parle de son dernier film, évoquant l’extraordinaire honneur que lui a fait André Téchiné de le rappeler, et raconte son rapport au cinéma. "Il m’a offert des choses que je n’aurais pas dû recevoir et privé de certaines autres. Il m’a enlevé ma liberté d’enfant, mais en même temps m’a permis de me responsabiliser plus vite, de rencontrer l’amour, d‘avoir des amis, un cheval, de voyager… "

    Lorsqu’on lui propose un rôle, d’un côté ça le réjouit de participer à une nouvelle expérience. Mais il faut qu’il soit touché émotionnellement. De l’autre ça lui fait peur. "Je me demande si je vais être à la hauteur. Par ailleurs, je suis angoissé à l’idée qu’on ne me propose rien. Parce que le cinéma est devenu ma vie. Mais peut-être aurais-je besoin de divaguer. Je devrais peut-être changer. Devenir pompier. Je ne sais pas, Quelque chose de rationnel, de pragmatique. Qui aide vraiment les gens". 

    "Les jeunes s’approprient la violence sans émotion"

    Ce qui a plu à Kacey dans le personnage d’Alex, c’est qu’il soit sauvable, qu’il puisse être sensible. "C’est un être obstiné, qui veut être considéré comme un mec. Mais aussi un enfant innocent. Il n’a pas commis de crimes. Il est paumé comme tant d’autres jeunes, attiré par les islamistes qui à leurs yeux représentent quelque chose de fort. J’aurais pu être comme lui".

    Il ne cache pas qu’à 14 ans, il s’est converti à l’Islam et réalisé au bout de deux jours que c’était incompatible avec le mode de vie dont il avait envie. Fumer, boire, faire des trucs d’ado. Il dit aborder cette religion avec des pincettes. "Ce que je sais c’est que la base est moderne, a permis la liberté des femmes, la liberté d’expression".

    "Actuellement elle n’est plus adaptée. Je suis complètement athée, mais cet ailleurs mortifère qui peut tant séduire m’interpelle. Avec Internet il faut faire attention. On vit dans une ère très violente. Mais la violence est acceptée. Les jeunes se l’approprient sans émotion".

    Les rôles d’enfant terrible ont tendance à se répéter. S’y sent-il enfermé ? "On me pose souvent la question, mais je n’y pense jamais. Je me laisse emporter. C’est vrai que j’aimerais quelque chose de plus conventionnel, un médecin, un flic. Surtout je souhaite interpréter la grâce, l’élégance, la beauté".

    Généreuse Catherine Deneuve

    Se retrouver face à Catherine Deneuve, a été une vraie chance. "Elle sait tellement qui elle est. Elle ne pense pas à elle, mais aux autres. Elle est généreuse, laisse de l’espace à ses partenaires. En plus, elle se permet de fumer n’importe où. Du coup, on peut en griller une en toute impunité".

    S’il panique à l’idée qu’on l’oublie, ce n’est pas encore pour demain. Alors qu’il a terminé il y a cinq mois Just Kids, un road trip dramatique de Christophe Blanc, Kacey Mottet Klein va entreprendre en août le tournage d’un film d’Audrey Diwan qui se déroule dans les années 60 et où Il est amoureux d’une femme enceinte qui veut avorter.

    L'adieu à la nuit à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 avril.

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  • Grand écran: pour Denis Rabaglia, c'est votre ennemi qui vous veut du bien!

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    Un-nemico-che-ti-vuole-bene-2000x1000.jpgDenis Rabaglia est le seul réalisateur romand à n’avoir jamais tourné de long métrage de fiction dans sa langue maternelle. Après Grossesse nerveuse, Azzuro, Marcello, Marcello, le Valaisan revient avec Un nemico che ti vuole bene (Un ennemi qui te veut du bien), qui avait eu l’honneur d’être programmé sur la célèbre Piazza grande locarnaise en août dernier.

    Il s’agit d’une comédie noire ou plutôt grinçante sur fond de thriller, avec un scénario genre Agatha Christie à l’envers, dont les quinze premières minutes renvoient à une histoire vraie.

    Par une nuit d’orage, le professeur d’astrophysique Enzo Stefanelli (Diego Abatantuono, à droite sur la photo) sauve la vie d’un jeune homme blessé par balle (Antonio Folletto) et qui s’avère être lui-même un tueur à gages. Pour remercier cet homme providentiel, le garçon lui fait une étonnante proposition: éliminer son ennemi potentiel.

    Du coup, il se met alors en quête de ce dernier, créant par la même occasion le chaos dans la vie de Stefanelli. Qui, se montrant tout d’abord sceptique, commence à ouvrir les yeux et à s’interroger sur sa famille et ses proches…

    Denis Rabaglia pose deux questions essentielles. Le professeur sera-t-il capable d’identifier ce fameux ennemi? Et par ailleurs, chacun de nous en a-t-il vraiment un à identifier ?

    Sans aller jusque là, le cinéaste avoue avoir dû «revisiter» une relation qu’il avait pensé être un ami et qui en réalité n’en était pas un… Nous livrant du coup un bout d'autobiographie dans cette oeuvre construite autour de préoccupations personnelles et qui se laisse plaisamment voir. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 avril.

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  • Grand écran: Edouard Baer et Leïla Bekhti tiraillés dans "La lutte des classes"

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    2326340.jpgSofia et Paul emménagent dans une petite maison de banlieue. Elle, brillante avocate d’origine magrébine (Leïla Bekhti), a grandi dans une cité proche. Lui, batteur punk-rock et anar dans l’âme (Edouard Baer), est un loser qui cultive farouchement le manque d’ambition. Ce qui ne l’empêche pas, comme elle, de vouloir le meilleur pour leur fils Corentin, élève à Jean Jaurès, l’école primaire du quartier. 

    Malheureusement, les copains de Corentin quittent l’école publique pour une institution catholique privée. Face au désarroi et à la soudaine solitude de Corentin, il devient difficile pour le couple bobo de rester fidèle à ses valeurs de gauche et donc à l’école républicaine dont il est le grand défenseur.

    La lutte des classes (titre à double sens on l’a compris) est le cinquième long métrage de Michel Leclerc à qui l’on doit notamment le film à succès Le nom des gens. Le réalisateur revient ici avec une comédie politique cocasse aux allures fantaisistes qui se veut décapante, tout en traitant avec légèreté et humour de sujets graves.

    A travers l’école publique et privée servant de révélateur de la fracture nationale, il se penche ainsi sur la mixité scolaire et le vivre ensemble en banlieue. Se moquant aussi bien de la gauche bien pensante, que des communautarismes et des préjugés en tous genres. Sans tabou, sans excès, sans moralisme, mais sans éviter les clichés et la caricature.

    Cela dit, on s’amuse beaucoup pendant une heure. Ensuite l’histoire commence à patiner l’auteur peinant à faire évoluer son sujet. Heureusement que le toujours lunaire Edouard Baer, émouvant de surcroît avec ses angoisses gaucho-parentales, et sa partenaire Leïla Bekhti contribuent à enlever le morceau.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 avril.

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  • Grand écran: "Duelles", thriller psychologique féministe

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    duelles_0hero-h_2018.jpgLa blonde Alice (Veerle Baetens) et la brune Céline (Anne Coesens) sont les meilleures amies du monde. Très complices, elles habitent la banlieue de Bruxelles, vivant dans deux maisons parfaitement symétriques avec leur mari et leur fils respectif de huit ans, deux enfants élevés comme des frères.

    Et puis un jour une tragédie  bouleverse cette harmonie. Maxime, le fils de Céline, meurt accidentellement sous les yeux d’une Alice impuissante. Mais Céline, aveuglée par la souffrance, l’accuse de n’avoir pas su le protéger.  

    Du coup tout se lézarde face à l’impossible deuil et la belle relation entre les deux mères change radicalement. A l’amitié fait place à la culpabilité, la paranoïa, la peur, le soupçon, la manipulation, des sentiments mêlés d’une volonté de recréer le lien d’avant le drame, dans le but d’entretenir le suspense jusqu’à la confrontation finale. 

    Duelles, thriller psychologique féministe où les hommes, pères à peu près inexistants sont sacrifiés, est signé du Belge Olivier Masset-Depasse. Clairement influencé par Hitchcock et Sirk, il est librement inspiré de Derrière la haine, roman à succès de sa compatriote Barbara Abel.

    Mais alors que le livre se déroule au présent, le réalisateur, dans un hommage hollywoodien, a placé son film dans les années soixante. Il propose une intrigue classique un rien encombrée de ses illustres références. Mais qui se laisse voir avec plaisir, jusqu'à un détail fatal qui vous gâche le suspense. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 avril.

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  • Grand écran: "Les Eternels", une passion contrariée pour illustrer la Chine d'aujourd'hui

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    eternels.jpgCinéaste du temps et des mutations dans sa Chine natale, Jia Zhangke déroule à nouveau ses thèmes préférés dans Les Eternels. A la fois fresque politique, polar noir, mélodrame mafieux et romance sociale, son douzième long métrage se déroule en trois chapitres, pour illustrer des changements d’époque.

    En 2001, la jeune Qiao, jolie danseuse venue de la campagne tombe follement amoureuse de Bin, petit parrain de la pègre locale de Datong, dans la province du Shanxi. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale de jeunes avides de pouvoir, Qiao, prête à se sacrifier pour lui, prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. Bin l’abandonne lâchement.

    A sa sortie, Qiao, dont l’amour pour Bin dure envers et contre tout, traverse le pays à sa  recherche et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard Qiao, toujours célibataire, a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs du gang. De son côté Bin, usé par les épreuves, revient penaud pour la retrouver. Un dernier volet illustré par une sorte de retournement féministe des rapports de force.

    La romance contrariée entre les deux protagonistes sert de prétexte à Jia Zhangke pour opposer symboliquement deux sociétés dans une Chine tourmentée, l’une traditionnelle incarnée par Qiao et l’autre, néolibérale représentée par Bin. 

    Entre passion indestructible, trahison, sacrifice et résilience, passant de la fermeture des mines du coin à la modernisation radicale de l’économie, le réalisateur brosse ainsi le portrait d’une amoureuse déçue et celui d’une Chine en pleine mutation économique, gagnée par le capitalisme. Un beau film émouvant, ambitieux et un rien longuet, qui vaut surtout par la magnifique prestation de la lumineuse  Zhao Tao, épouse et égérie du cinéaste.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 avril.

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  • Grand écran: "Boy Erased": on va te soigner mon fils! Un réquisitoire édifiant

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    boyerased.jpgFils de pasteur, Jared, 19 ans, vit dans une petite ville américaine de l’Arkansas. Alors que ses parents découvrent son homosexualité, il se trouve face à un terrible dilemme. Soit il suit un programme de thérapie de conversion, soit il sera rejeté par sa famille, ses amis et sa communauté religieuse.

    Cette histoire vraie est celle du courageux combat d’un garçon pour se construire, alors qu’on remet en question ce qu’il est. Garrard Conley s’en est emparé pour un roman autobiographique. En l’adaptant, le réalisateur Joe Edgerton dénonce et condamne à son tour ces pseudo-thérapies, revenant sur ces traitements aliénants imposés aux ados gay pour les remettre dans "le droit chemin".

    Lavage de cerveau

    Le sujet pourrait aujourd’hui sembler anachronique. Pourtant cette volonté de réorientation sexuelle reste relativement répandue, non seulement aux Etats-Unis, mais notamment au Canada et en Europe. Pour rester chez l’oncle Sam, trente-six états permettent de laver le cerveau d’enfants ne correspondant pas au modèle d’une prétendue normalité.

    Certaines familles continuent donc à envoyer leur progéniture «déviante» dans ces redoutables centres pour un temps indéterminé, dans le but de soigner ce qu’ils persistent à considérer au mieux comme une maladie, au pire comme une abominable perversion. Avec cette idée qu’on ne naît pas homosexuel mais qu’on le devient, de trop nombreux jeunes gens sont ainsi cruellement forcés de nier leur véritable identité.

    Après The Gift, évoquant la vie d’un couple chamboulée par un mystérieux cadeau, Joe Edgerton nous emmène, avec Boy Erased, dans l’un de ces lieux qui ont tout d’une prison. Et où sévissent brutalement des thérapeutes douteux d’une bêtise crasse, usant de méthodes indignes à l’égard de jeunes gens complètement déboussolés, dont en l’occurrence l’un d’eux n’y survivra pas.

    Excellents acteurs

    L’intrigue est portée de bout en bout par Lucas Hedges (récemment vu dans Lady Bird, Les panneaux de la vengeance et Ben Is Back). Il est excellent dans le rôle de cet adolescent tourmenté entre son désir de conformité, son affection pour ses parents et ses pulsions homosexuelles.

    Le réalisateur nous brosse aussi le portrait de parents (Russel Crowe et Nicole Kidman également parfaits) tiraillés entre leur amour pour leur Jared et leur aveuglement religieux, perdus face à une situation qui les dépasse. Enfin on n’oubliera pas, dans ce constat édifiant et dénué de caricature d’une société d'une rare bigoterie, le personnage de l'affreux directeur du centre, incarné par Joel Edgerton lui-même. Il nous réserve une surprise à la fois de taille, mais qui finalement ne nous surprend pas.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 mars

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  • Grand écran: dans "Le mystère Henri Pick", Fabrice Luchini joue au fin limier littéraire avec Camille Cottin

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    5719309.jpgAu cœur de la Bretagne se niche une bibliothèque bretonne unique en son genre dans la mesure où elle ne recueille que des ouvrages refusés par les éditeurs. Delphine (Alice Isaaz), une jeune éditrice en visite chez ses parents en compagnie de son ami écrivain en quête de reconnaissance, y découvre un manuscrit extraordinaire qu'elle décide aussitôt de publier. Le texte, intitulé Les dernières heures d’une histoire d’amour, fait immédiatement le buzz.

    Ce nouveau phénomène littéraire emballe le milieu d’autant qu’il est signé d’Henri Pick, le pizzaïolo local, décédé deux ans plus tôt. Or, selon sa veuve, il n’aurait jamais écrit autre chose que ses listes de courses. Pourtant, elle décide d’y croire. Trouvant l’histoire trop belle, un célèbre critique (Fabrice Luchini), se montre au contraire très sceptique lors d’une émission. Persuadé envers et contre tous qu'il s'agit d'une imposture, il décide de mener l'enquête, avec l'aide inattendue de la propre fille  de l'énigmatique Henri Pick.

    A l'évidence Luchini s'amuse à jouer les fins limiers littéraires avec Camille Cottin. Le tandem fonctionne bien dans cette légère et divertissante comédie policière qui multiplie sans prétention les situations cocasses. Le mystère Henri Pick est librement adapté du livre éponyme de David Foenkinos par Rémi Besanzon. A l’image du romancier, le réalisateur égratigne gentiment le monde littéraire. Il en dénonce les petites magouilles tout en se moquant de la facilité avec laquelle il se laisse berner et tombe dans le piège du marketing.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: "Destroyer" avec Nicole Kidman, méconnaissable en policière détruite

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    maxresdefault.jpgErin Bell, jeune détective au Los Angeles Police Department infiltre un gang de braqueurs dans le désert californien, mais sa mission se termine tragiquement. Des années plus tard, détruite, elle tente sans succès de renouer le contact avec sa fille qu’elle a trop longtemps délaissée et qui la rejette à son tour. Lorsque le chef de la bande réapparaît, elle reprend l’enquête pour comprendre ce qui est arrivé, se défaire de ses démons et enfin régler ses comptes.

    Ce polar noir signé de la réalisatrice Karyn Kusama se veut à la fois insoutenable, finchien, friedkienien, voire ellroyien. Il n’offre en réalité qu’une intrigue criminelle plus molle que glauque, plus confuse qu’énigmatique avec ses allers et retours entre passé et présent. On se trouve face à du déjà vu fade et sans intérêt en l’absence de vrais enjeux.

    Le film se distingue par l'omniprésence de Nicole Kidman. Si elle n’avait pas pris une ride en plus de vingt ans dans Aquaman, changement physique radical dans Destroyer, où elle apparaît méconnaissable en policière déchue, ravagée épar le chagrin et assoiffée de vengeance. Enlaidie, cassée, cafardeuse, désabusée, maigre, le cheveu gris et terne, elle déambule lourdement, la démarche chancelante.

    Malheureusement, elle en rajoute inutilement en mater dolorosa ratée et alcoolique, dont la vie est partie en lambeaux. Une performance exagérée, logiquement boudée par l’Académie des Oscars, pourtant friande de transformations époustouflantes.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: "Stan & Ollie" fait revivre le duo comique iconique. Tendre et touchant

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    stan-ollie-still-2.jpegAvec Buster Keaton et Charlie Chaplin, le duo iconique Stan Laurel et Oliver Hardy, comptant plus d’une centaine de films en 25 ans de carrière, ont incarné l’âge d’or du cinéma muet, mais également les débuts du parlant, devenant des vedettes mondiales dans les années trente.

    John S. Baird, premier cinéaste à s’attaquer au tandem, rend hommage, avec Stan & Ollie, à ces deux mythes qui ont raccroché leurs fameux melons noirs il y a 60 ans. Il n’évoque toutefois pas les monstres sacrés au sommet de la gloire mais se concentre, dans ce dernier tour de piste tragicomique, sur leur relation exceptionnelle, leur amitié indéfectible en dépit d’une brouille passagère, et une fin de carrière tristounette.

    Nous sommes en 1953. En ce qui concerne Laurel et Hardy, Hollywood les a mis au rancart depuis quelques années. Mais les deux partenaires s’accrochent et décident de se lancer dans une tournée à travers l’Angleterre. Vieillis, fatigués et oubliés des jeunes, nos sexagénaires peinent au début à remplir les salles. Mais leur capacité à se réinventer leur permettra de renouer avec le succès. Et surtout de réaliser à quel point ils comptaient l’un pour l’autre.

    Affectueux, tendre, John S., Baird pose un regard mélancolique et drôle sur ces deux légendes et leur univers à travers un biopic de facture certes classique mais très réussi, où il multiplie les gags et les trouvailles. Il est tellement soigné qu’avec un peu d’imagination, on se croirait dans un vrai Laurel et Hardy.

    Il faut dire que le film, qui évoque également le temps qui passe et la condition de l’artiste, est remarquablement servi par l’étonnante interprétation des comédiens. John C. Reilly est hallucinant de ressemblance avec Oliver, dont il emprunte le physique ingrat et le côté bonhomme.

    De son côté, le bluffant Steve Coogan incarne le petit et candide Laurel, cerveau britannique artistique du couple sans cesse bousculé par son gros compagnon américain. Qui sait pourtant se montrer d’une rare légèreté lorsqu’il se met à danser.

    Tous deux font ainsi revivre à la perfection, mais presque trop brièvement, l’inénarrable duo sur scène et dans la vie. A cet égard, on saluera la prestation de Shirley Hendersen et Nina Arianda, irrésistibles dans le rôle des épouses acariâtres surveillant de près nos deux compères.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: Juliette Binoche, excellente, triche sur Facebook dans "Celle que vous croyez"

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    celle_que_vous_croyez_photo_2diaphana_films-1-1600x844.jpgProfesseur de littérature comparée à l’université, l’érudite Claire Millaud (Juliette Binoche), la cinquantaine, est quittée par son mari pour une plus jeune. Humiliée, désabusée et triste, elle prend un amant, Ludo. Pour l’épier, elle crée un faux profil sur Facebook, où, sans se préoccuper des conséquences de cette supercherie, elle s’imagine dans la peau d’une superbe Clara de 24 ans qui ne tarde pas à séduire un garçon de son âge, Alex (François Civil), l’ami de Ludo.

    Non seulement Claire retrouve la joie de vivre, mais tombe véritablement et follement amoureuse de lui. Problème, il insiste pour la rencontrer en chair et en os. Un film bien dans l’air du temps, adapté par Safy Nebbou du roman éponyme de Camille Laurens. Le réalisateur français construit un film gigogne à la manière d’une poupée russe, proposant un récit à la fois éclaté et très structuré mêlant de façon assez vertigineuse le réel et le virtuel. Superposant ainsi plusieurs thèmes.

    Tout en illustrant, dans un dispositif narratif astucieux et efficace, les tentations et les addictions qui se jouent sur les réseaux sociaux dont il analyse le pouvoir d’imposture, il évoque la barrière de l’âge et du langage, la place de femmes qui deviennent invisibles dans une société où règne le jeunisme. L’ensemble complété par le face à face, sorte de fil conducteur entre Claire et une psy (Nicole Garcia)

    Safy Nebbou nous balade ainsi entre mensonge et vérité, fantasme et passion, culpabilité et désir, peur de l’abandon et obsession, dans un film qui oscille entre le thriller aux rebondissements inattendus, la chronique sociale et la romance. Juliette Binoche est formidable en quinqua qui se met à nu et en danger, sans maquillage, complexe, multiple, amoureuse, meurtrie, paumée.

    Tour à tour exaltée et dépressive, manipulatrice au bord du précipice, elle est obligée de tricher en plus en plus au fur et à mesure que l’intrigue avance. Très crédible de l’autre côté du divan, Nicole Garcia séduit tout autant en thérapeute à la fois empathique, intriguée et émue par les confessions de sa patiente.

    nebbou_safy.jpg«J’ai tout de suite vu un film dans le roman»

    Safy Nebbou, pas spécialement accro aux réseaux sociaux mais reconnaissant qu’ils peuvent rapidement devenir chronophages, a d’abord été interloqué en découvrant le pitch du roman de Camille Laurens. Puis carrément emballé en le lisant. «J’ai adoré. Il est très intelligemment construit. Tellement d’ailleurs, que nous avons simplement suivi sa logique».

    Il a immédiatement vu un film dans cette relation basée sur le mensonge. «Une histoire terrible et dysfonctionnelle, une spirale où s’enferme une femme, mais qui paradoxalement la libère. Du point de vue structurel, tout est dans le dosage. Il faut emporter le spectateur, le projeter dans la spirale en évitant les pièges».

    L’auteur connaissait un peu Juliette Binoche. «On s’est rencontré dans un jury et on a sympathisé. Je l’admire énormément. C’est une de nos plus grandes actrices. Il y en a peu qui auraient accepté de se mettre ainsi à nu, en danger. En abîme pour tout dire. Après Dans les forêts de Sibérie, je tenais de surcroît à faire un film avec une héroïne. Juliette était parfaite».

    S’il se montre fidèle à Camille Laurens, Safy Nebbou avoue une petite trahison. «Dans le livre, le psy est un homme. Mais en choisissant une femme, j’avais envie d’un effet miroir. Nicole Garcia est une excellente comédienne. Je la trouve très crédible dans la fonction. Les deux n’avaient jamais tourné ensemble, mais le duo s’est formé tout naturellement, dans la délicatesse».

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mars.

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