Google Analytics

Le blog d'Edmée - Page 5

  • Festival de Locarno: Tarantino revisite l'âge d'or du cinéma. Avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio au top

    Imprimer

    3228a6a88a3b99970589f684c67ca982-dans-once-upon-time-hollywood-de-tarantino-le-portrait-fait-de-bruce-lee-provoque-la-colere-de-sa.jpgLa Piazza Grande après la Croisette où, en mai dernier, Quentin Tarantino était carrément attendu comme le Messie. Malheureusement pour lui, Once Upon A Time… In Hollywood, événement le plus médiatique et le plus populaire du Festival de Cannes, ne lui avait pas permis de toucher au miracle, vingt-cinq ans après Pulp Fiction qui lui avait valu la Palme d’or.

    Le réalisateur revisite une période mythique, en rendant un vibrant hommage à l’âge d’or de la pellicule. Il aborde cette époque révolue en compagnie de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), cow-boy star de la télévision qui a du mal à trouver sa place avec la nouvelle ère qui s'ouvre dans la Mecque du cinéma, et de sa doublure de toujours, le cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), qui lui sert aussi d’homme à tout faire.

    Perdu, déprimé dans un monde qui change et annonce son déclin, le premier lutte pour avoir un rôle de plus, mais doit se contenter de partitions secondaires, tandis que le second, cool, qui vit à ses crochets, affiche une belle décontraction et se sent en paix avec lui-même. Au top, les deux comédiens ont eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble, comme ils l’avaient d’ailleurs déclaré lors de la conférence de presse, Pitt le séducteur s’amusant à voler la vedette à DiCaprio.

    Fasciné par l’assassinat de Sharon Tate

    Ce l(trop) long film (2h45), ambitieux, triste, drôle, entre lettre d'amour, voyage nostalgique, western, comédie et analyse sommaire, voire paresseuse, de la prise de pouvoir du petit écran sur le grand, réserve des moments éblouissants mais aussi de grands tunnels, d'où son côté un peu décevant.

    L’intrigue se déroule en 1969, l'année de la mort de Sharon Tate (Margot Robbie), starlette montante et femme enceinte de Roman Polanski, assassinée par la secte Manson, dont Tarantino esquisse la vie avec une visite au ranch de la famille maudite.

    Ce fait divers tragique, marquant pour toute une génération et qui constitue la deuxième partie de l’opus, fascine Quentin Tarantino, qui nous emmène jusqu’à cette nuit fatale. «J'ai entrepris beaucoup de recherches. Mais plus on en lit sur le sujet, moins on comprend comment un tel acte a pu se produire. D'où mon attirance.», explique-t-il. On n'en reste pas moins dubitatif, sinon plus, en ce qui concerne le final, climax explosif cher à Tarantino, qui néglige la véracité du drame.

    La version cinéma ne serait toutefois pas la vision finale de l’auteur. Il proposerait un montage plus long, comprenant des scènes coupées. Le tout diffusé en épisodes sur Netflix.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse dès mercredi 14 août.

    Lien permanent Catégories : La griffe du léopard 0 commentaire
  • Festival de Locarno: la Piazza Grande entre enfance, procès et catastrophe aérienne

    Imprimer

    magar-francesca-fago.jpgAnnoncée, la pluie menaçait de gâcher les projections sur la très convoitée Piazza Grande, Mais suite à des débordements torrentiels, le ciel se faisait plus clément et permettait mercredi soir, l’ouverture du festival sous les étoiles avec Magari, premier long-métrage de la réalisatrice italienne Ginevra Elkann.

    Une présentation entre les gouttes qui avait de quoi combler la nouvelle directrice Lili Hinstin à la tête de la 72e édition, qui a privilégié sa propre approche sur la fameuse place en laissant se succéder cinéma d’auteur et grand public.

    Ginevra Elkann, petite-fille du grand Gianni Agnelli, retrace l’enfance, dans les années 80, de deux frères et une sœur, enfants de parents divorcés qui vivent à Paris avec leur mère (Céline Sallette). Fatiguée par une quatrième grossesse, elle les envoie passer Noël en Italie chez leur père Carlo (Riccardo Scamario), un séducteur qui remanie inlassablement son scénario dont le producteur ne veut pas, en compagnie de son amie du moment Benedetta (Alba Rohrwacher)

    Alma, 9 ans, jean, 12 ans et Sebastien 14 ans, unis par le même désir d’être une famille, débarquent ainsi à Rome en tenue de ski. Mais au lieu de les emmener à la neige comme prévu Carlo, plutôt fauché, les embarque dans une villa au bord de mer. Et voici la smala partie pour une bien étrange semaine de vacances, où les tensions remontent.

    Entre non-dits et futur incertain idéalisé

    Avec ses comédiens rompus au jeu qui se confrontent à trois débutants, la réalisatrice analyse des non-dits, une difficulté à communiquer, un futur incertain idéalisé. Tout en observant avec finesse les états d’âme de ses protagonistes, elle livre une oeuvre pleine de grâce, de douceur, d’émotion et de poésie où se mêlent les différences de langues, de culture, de religion.

    En fait partie le titre Magari (Si seulement en français), illustrant l’espoir que les parents redeviennent un couple. Un mot très éloquent qui n’existe qu’en italien, évoquant à la fois le bonheur, la mélancolie, le désir.

    maxresdefault.jpgLa fille au bracelet

    Le Français Stéphane Demoustier a lui aussi profité de la bienveillance céleste pour La fille au bracelet. Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d'avoir son bac. Mais depuis deux ans, elle porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie. Le film s’inspire du scénario d’Acusada un film dramatique argentin de Gonzalo Tobal réalisé à partir d’un fait divers, en compétition à la dernière Mostra et sorti en 2018. 

    La comparaison s’arrête là. Au spectaculaire et aux effets de manches, Stephane Demoustier privilégie l’épure, les joutes verbales en forme de duels, tout en faisant du spectateur un juré. Par ailleurs, contrairement à son collègue sud-américain, il adopte le point de vue de ceux qui entourent l’accusé et ses proches. Dans ce film à procès, en gros celui de la jeunesse et du fossé des générations où la vie secrète de Lise est dévoilée, on tente de discerner ou non la révélation d’une vérité.

    En dépit de quelques incohérences scénaristiques, les comédiens portent bien le film. Pour incarner l’adolescente, Stéphane Demoustier a choisi la jeune Mélissa Guers, à la fois intense, mystérieuse et mutique. Ses parents sont incarnés par Roschdy Zem (qui ne cesse de se bonifier) et Chiara Mastroianni. La sœur du réalisateur, Anaïs Demoustier, au jeu un rien raide, a elle enfilé le costume de l’avocat général.

    7500, tous dans le cockpit

    L’Allemand Patrick Vollrath, à son tour béni des cieux, a tenté la catastrophe dans 7500, son premier long métrage et nous enferme, claustrophobes s’abstenir, dans l'étroit cockpit d’un Airbus A319 avec le copilote Tobias Ellis, alias Joseph Gordon-Levitt.

    Menacé par un groupe de terroristes, il va tenter de faire atterrir l’appareil détourné en sauvant un maximum de passagers dont certains sont sauvagement assassinés par les attaquants. Le comédien séduit, le suspense s’amorce, mais ne dure malheureusement pas, le métrage ne tardant pas à se traîner pour virer dangereusement au ridicule. Et comme on sait, il tue.

    Pour terminer, un petit mot de la compétition qui promet d’intéressantes découvertes. Mais on aura l’occasion d’en reparler.

    Lien permanent Catégories : La griffe du léopard 0 commentaire
  • Festival de Locarno: c'est parti pour le cru 2019 de Lili Hinstin, sa nouvelle directrice

    Imprimer

    Locarno, un festival mondial qui s’autorise de gros risques, qui secoue, surprend, dérange, interroge... Un festival où, après avoir été découverts, les artistes entament régulièrement une carrière internationale... Un festival hors norme avec l’écran géant de la Piazza Grande, la liberté de sa programmation, le mélange de stars, de grands auteurs et de jeunes cinéastes assumant avec détermination son rôle de phare et de tête chercheuse…

    C’est par ces mots que la nouvelle directrice, la Française Lili Hinstin, successeure de Carlo Chatrian parti s’occuper de la Berlinale, a présenté la 72 édition locarnaise. Elle est dédiée à Freddy Buache, le cofondateur de la Cinémathèque suisse disparu en mai dernier, avec notamment la projection .du court-métrage Lettre à Freddy Buache (1981) de Jean-Luc Godard.

    Magari de la réalisatrice italienne Ginevra Elkann (photo ci-dessus) ouvrira les feux mercredi 7 août sur la Piazza Grande, l’un des piliers de la manifestation tessinoise. Elle se terminera le 17, toujours sous les étoiles, avec To The End Of The Earth du Japonais Kiyoshi Kurisawa. Entre les deux se succèderont action, thriller, comédie romantique, dont deux films de Cannes, Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino avec Leonardo DiCaprio et Brad Pitt au top, ainsi que le passionnant documentaire d’Asif Kapadia, Diego Maradona.

    Innovation sur la célèbre place avec Crazy Midnight, une sélection d’une demi-douzaine de films montrés en deuxième partie de soirée. En fait partie Die Fruchtbaren Jahre sind vorbei, une comédie absurde de la Suissesse Natasha Beller.

    Compétition et rétrospective

    Deuxième point fort de ce cru 2019, la compétition comptant 17 longs métrages en provenance du Brésil, de Syrie, d’Allemagne, de France, des Etats-Unis, d’Islande, d’Italie, d’Espagne, de Suisse... Ils se disputeront le Léopard d’or sous l’oeil du jury présidé par la réalisatrice Catherine Breillat. Le concours, qui marque le retour du Portugais Pedro Costa, verra comme d’habitude alterner réalisateurs confirmés et débutants.

    Importantes aussi les autres sections du festival, dont Cinéastes du présent. Moving Ahead (volet expérimental), Léopards de demain, Histoire(s) du cinéma, Open Doors Screenings. Sans oublier bien sûr la traditionnelle rétrospective. Intitulée Black Light, elle reflète le cinéma noir international du XXe siècle, tout en allant au-delà des frontières déjà connues et dépassant le problème identitaire ou social.

    Touchant l’Europe, l’Amérique du Nord, du Sud ou les Caraïbes, elle se compose de 47 métrages réalisés par Zozimo Bulbul, Sidney Poitier, Ousmane Sembene, Med Hondo… Premier rendez-vous le 6 juillet avec Do The Right Thing de Spike Lee à l’occasion de la soirée pré-festival. 

    Artistes à l’honneur

    Le Léopard d’honneur sera décerné à John Waters, auteur de Pink Flamingos, Hairspray, Cry Baby, Serial Mother, mais surtout de Polyester que les spectateurs auront l’occasion de (re)découvrir. Ainsi que Female Trouble et Dirty Shame, dernière fiction en date du cinéaste de Baltimore.

    Hilary Swank, grande invitée de la soirée du vendredi 9 août sur la Piazza Grande recevra elle le Leopard Club Award. L'hommage sera accompagné de la projection de Boys don't Cry de Kimberly Peirce (1999) et de Million Dollar Baby de Clint Eastwood (2004). Deux films qui lui ont valu l’Oscar de la meilleure actrice,

    Egalement honorés Fredi M. Murer, réalisateur, scénariste, photographe, dessinateur suisse, avec le Pardo alla carriera, et son compatriote l'acteur l’acteur Bruno Ganz décédé en février dernier.

    Locarno du 7 au 17 août.

    Lien permanent Catégories : La griffe du léopard 0 commentaire
  • Grand écran: Quentin Dupieux filme un fou dans "Le daim". Avec un excellent Jean Dujardin

    Imprimer

    jean-dujardin-le-daim-1.jpgDans ce film de fêlés, le Français Quentin Dupieux, qui inaugurait en mai dernier avec succès la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, fait à nouveau d’un objet banal un personnage de cinéma. Après le pneu tueur de Rubber, on découvre un blouson diabolique que déniche Georges (Jean Dujardin). Au bout du rouleau, ce quadra dépressif a tout plaqué du jour au lendemain pour l’acquérir et se retrouve dans un bled de montagne qui fout les boules….

    L’achat vire à l’obsession. Tout tourne désormais autour de ce ridicule blouson moche à franges trop court 100% daim, sous l’emprise duquel Georges ne tarde pas à tomber. Il est non seulement possédé par l’esprit de ce vêtement avec qui il dialogue, mais ils ont chacun un rêve. Le blouson d’être seul au monde et Georges la seule personne au monde à en porter un. Cela finit par le plonger dans un délire criminel.

    «Le dialogue entre les deux est très écrit. Je suis assez rigide sur le texte, l’impro est réservée à l’interprétation», explique Quentin Dupieux, qui précise par ailleurs avoir eu envie de filmer un fou plutôt que de faire un film dingue. «Je ne m’étais jamais vraiment confronté à un personnage qui débloque. C’est donc mon premier film réaliste».

    Réaliste peut-être, mais surtout un métrage absurde et jubilatoire à l’humour noir. Il repose presque intégralement sur la performance de Jean Dujardin. Il excelle dans son rôle (l’un de ses meilleurs) de sociopathe fétichiste autodestructeur, se prétendant metteur en scène, le vendeur du blouson lui ayant par la même occasion refilé une caméscope.

    Chacun y a mis ses névroses et ils sont tous givrés, à l’image d’Adèle Haenel en serveuse de bar cinéphile, qui a exigé d’être au moins aussi folle que son partenaire, manipulateur... manipulé. Objectif atteint!

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 juillet

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: avec "Parasite", le Sud-Coréen Bong Joon-ho revisite la lutte des classes. Brillant

    Imprimer

    cinema_-_coree_du_sud_-_parasite_-_bong_joon-ho_-_2019.jpgLe cinéma asiatique continue à atteindre les sommets. L’an dernier, le Japonais HIrokazu décrochait la Palme d’or avec Une affaire de famille qui évoquait des laissés pour compte, vivotant de petites arnaques. En mai dernier, le jury la remettait à Bong Joon-ho pour Parasite, où le Sud-Coréen traite du même sujet en se penchant sur le sort des oubliés de la société capitaliste.

    Il suit un couple de chômeurs habitant un sous-sol sordide à Séoul avec ses deux enfants recalés à l’examen d’entrée à l’université. Jusqu’au jour où le fils décroche un boulot chez des bourgeois nageant dans le luxe en donnant des cours d’anglais à leur fille aînée.

    Violence des rapports sociaux

    A coups de subterfuges, il fait embaucher sa sœur pour apprendre le dessin au petit dernier, puis son père et sa mère comme chauffeur et gouvernante. Alors que le quatuor squatte les lieux en l'absence des propriétaires (photo), les choses ne vont pas tarder à se gâter…

    Avec cette satire féroce et grinçante où il revisite la lutte des classes entre maîtres nigauds et valets finauds, le réalisateur continue à condamner la violence des rapports sociaux dans son pays, en brossant le portrait d’un monde d’injustices et d’inégalités. Un monde où les pauvres n’ont d’autre choix que de voler les riches pour subsister.

    Une mise en scène virtuose 

    Il s’y prend de telle façon que non seulement on s’attache a ses arnaqueurs sans scrupule, mais qu’ils nous gagnent carrément à leur cause. Car les parasites ne sont évidemment pas seulement ceux qu’on écrase négligemment, mais aussi ceux qui les exploitent sans se rendre compte de leur indécence. Une constatation sans le moindre propos moralisateur, tous les protagonistes, remarquables, se voyant pris dans un engrenage dont ils ne sortiront pas indemnes.

    Le réalisateur de Memories Of Murder, The Host ou Snowpierce les y entraîne à l’aide d’une mise en scène virtuose et d’un récit qui l’est tout autant. Oscillant, le tout étant parfaitement maîtrisé, entre la satire, la comédie noire, le drame, le polar, le thriller cruel qui confine à l’horreur, Bong Joon-ho propose un film à la fois drôle, sombre, burlesque, brutal, inquiétant, complexe. C’est brillant.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 juin.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: Isabelle Huppert en prédatrice manipulatrice dans "Greta"

    Imprimer

    featured_greta-1050x700.jpgLa jeune Frances (Chloé Grace Moretz) a quitté Boston pour New York et habite avec une amie de fac. Serveuse dans un restaurant classe pour arrondir les fins de mois, elle trouve dans le métro, en rentrant chez elle, un sac à main sur un siège. A l’intérieur elle découvre un portefeuille avec une adresse et un nom : Greta Hedig.

    En fille honnête, contre l’avis de sa copine, Frances trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. Et c’est ainsi qu’elle rencontre ladite Greta (Isabelle Huppert) une veuve solitaire a priori charmante, qui la remercie très chaleureusement et lui offre un café.

    Pianiste hongroise, se prétendant Française, excentrique et mystérieuse, Greta a une fille habitant Paris et ne demande qu’à sympathiser avec Frances. Affaiblie par la mort récente de sa mère, cette dernière est ravie de combler un manque. Sans se méfier, elle accepte de revoir Greta. Et c’est là que le cauchemar commence…

    Sur une idée pas follement originale, le réalisateur irlandais Neil Jordan, à qui l’on doit notamment La compagnie des loups et Entretien avec un vampire signe un film à suspense en forme de huis-clos d’horreur où il cherche à faire monter la tension. En mettant en scène Greta, une veuve névrosée, inquiétante, paranoïaque et maléfique. Omniprésente, surgissant à tous les coins de rue mais restant dans la légalité ce qui empêche la police d’intervenir, elle ne cesse de harceler la malheureuse Frances. Et finit par lui faire vivre un véritable enfer.

    Neil Jordan doit la réussite relative de Greta, thriller mineur dans sa carrière à ses deux comédiennes, l’innocente, fragile Chloë Grace Moretz et la méchante prédatrice Isabelle Huppert qui prend un plaisir évident, un peu trop d’ailleurs au point de friser l’absurde, à jouer la psychopathe manipulatrice, animée par un délire de persécution.

    C’est au niveau du scénario, dont on regrette les incohérences et la fin prévisible que cela pèche. Du coup on y rentre à condition d’admettre qu’un sac à main façon Hermès, laissé bien en vue sur un siège de métro newyorkais, y reste plus de trois secondes avant de retourner, avec un portefeuille bien garni, à sa propriétaire. Et de trouver normal que Frances se laisse aussi facilement piéger. Naïve d’accord, mais à ce point…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 juin.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: deux fanfares s'affrontent "Tambour battant" dans le Valais de 1970

    Imprimer

    battantanbour.jpgEn ce printemps 1970, le petit village valaisan de Monchoux est en pleine ébullition. On pourrait croire que c’est à cause du scrutin sur le vote féminin. Ou de celui sur l’initiative xénophobe Schwarzenbach. Rien de tout cela. Ce qui met les habitants en émoi, c’est la lutte acharnée que se livrent deux fanfares pour avoir l’honneur de représenter leur commune au grand festival du genre.

    Cette opposition féroce est incarnée par leur chef respectif. D’un côté Aloys, un vigneron obtus aux valeurs de droite qui dirige une fanfare des plus traditionnelle, de l’autre une formation jazz emmenée par Pierre, un musicien pop chevelu qui s’est fait un petit nom à Paris dans la mouvance de Mai 68. Cette rivalité musicale n’est pas nouvelle au cinéma, le Français Georges Combret en ayant déjà fait un film en 1953, sur fond d’amourette.

    C’est aussi le cas dans la comédie de François-Christophe Marzal, sauf que la fille d’Aloys fréquente un jeune immigré italien. Le réalisateur ajoute ainsi une dimension socio-politique à son métrage, non seulement avec l‘affaire du renvoi des travailleurs étrangers, mais également avec le droit de vote local que les hommes s’apprêtent donner aux femmes avant son acceptation sur le plan fédéral.

    Tout cela nous vaut quelques scènes qui se veulent drôles, loufoques et enlevées .Mais si les comédiens (dont Jean-Luc Bideau) se révèlent convaincants, l’ensemble reste plutôt laborieux, avec des dialogues peu soignés, des situations et des personnages qui virent à la caricature. Sans oublier ce surf approximatif sur plusieurs thèmes, dont celui de l’émancipation féminine, qui fait inévitablement penser à L’ordre divin, autrement plus abouti et réussi sur le sujet.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 12 juin.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 4 commentaires
  • Grand écran: "Roxane", l'agriculture à travers la culture pour évoquer le désespoir paysan

    Imprimer

    5cfbb7cc52eb3ade378b4612.jpgRaymond est un personnage peu commun. Un rêveur et un idéaliste. Amoureux des mots, il pense que la littérature est capable de changer le monde. Un secret que cet agriculteur à l’éducation sommaire n’avoue qu’à ses poules. Tous les matins, flanqué de sa favorite Roxane (photo), il réunit les galinacés pour leur lire Cyrano de Bergerac, L'avare...

    Raymond est très heureux, les volailles aussi, jusqu’au jour où il se retrouve dos au mur. En effet la coopérative ne veut plus des petits producteurs. Menacé de faillite, il a alors une idée folle: se mettre en scène avec ses poules, dont la fameuse Roxane évidement, dans des vidéos cultes pour créer le buzz sur les réseaux sociaux et sauver ainsi sa ferme, sa famille et son couple. Inutile de dire que dans le village, on a du mal à croire à sa réussite flamboyante dans ce domaine. Mais Raymond, inébranlable, se laisse emporter par sa passion du théâtre…

    Emmené par un Guillaume de Tonquédec lunaire, touchant  dans son rôle de paysan taiseux, n’exprimant ses émotions et ses sentiments qu’à travers de grands textes classiques de Rostand à Guitry en passant par Molière, Roxane est le premier film de Mélanie Auffret.

    Tout en racontant les histoires d’amour de Raymond avec les mots et avec sa poule, sa relation avec sa femme, ironie du sort employée de banque (Léa Drucker), elle se livre à l’observation d’un monde rural en crise. Sachant de quoi elle parle, étant issue elle-même du milieu agricole, elle brosse avec modestie un portrait d’une actualité brûlante de ses membres qui luttent avec l’énergie du désespoir pour sauvegarder leurs bien face à la brutalité économique ambiante.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 juin.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Festival de Cannes: la Palme d'or à "Parasite" du Sud-Coréen Bong Joon-ho, l'un des favoris

    Imprimer

    661_afp-news_0a4_be4_f8efd4fba78b40d674d5676998_cannes-parasite-du-sud-coreen-bong-joon-ho-remporte-la-palme-d-or_000_1GX29P-highDef.jpgExcellente cuvée que ce cru 2019, où un bon tiers des 21 longs métrages sélectionnés pouvait prétendre à la Palme d’or. Certains ont la chance de se retrouver au palmarès, comme on le verra ci-dessous, d’autres pas. A commencer par Douleur et gloire de Pedro Almodovar, pour qui c’est encore raté, Une vie cachée de Terrence Malik, Roubaix, une lumière, Le traître de Marco Bellochio.

    Nous avons agi comme des amoureux du cinéma et nos récompenses ne reflètent que l’avis de neuf personnes dans le monde, a déclaré le président du jury Alejandro Gonzalez Inarritu. A l’unanimité et sans surprise,  ses camarades et lui ont donc décerné le trophée si convoité au brillant Parasite du Sud-Coréen Bong Joon-ho, l’un des grands favoris de la critique.  

    Dans une veine intimiste le réalisateur met en scène la violence des rapports sociaux, en racontant l’histoire d’une famille habitant un sous-sol sordide, jusqu’au jour où le fils décroche un travail de prof d’anglais chez des bourgeois nageant dans le luxe. A coups de subterfuges, il fait embaucher sa sœur, puis son père et sa mère comme chauffeur et gouvernante. Mais les choses se gâtent pour les arnaqueurs dans ce drame pimenté de thriller.

    Beaucoup moins évident, au point qu’il a étonné jusqu’à sa réalisatrice, le Grand prix du jury est allé à Atlantique, premier long métrage, entre hantise et envoûtement, de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop. Son héroîne, Ada, adolescente de Dakar, est amoureuse de Souleymane, un ouvrir parti en mer à la recherche d'un avenir meilleur. 

    100315837_99191202_640554_5518890.jpgPrix d’interprétation pour Antonio Banderas et Emily Beecham

    Antonio Banderas, petite consolation pour Pedro Almodovar (!), est en revanche logiquement sacré meilleur acteur pour son interprétation magistrale dans Douleur et gloire, où il incarne le double fictionnel du maestro espagnol suivant un réalisateur en crise. Côté féminin, c’est assez birzarrement la comédienne britannique Emily Beecham qui gagne le prix, pour son rôle dans Little Joe de l’Autrichienne Jessica Hausner. Elle campe une phytogénéticienne, conceptrice d’une fleur particulière qui rend son propriétaire heureux. Mais elle n’est peut-être pas aussi inoffensive qu’elle l’imagine.

    Deux œuvres se partagent ex-aequo le prix du Prix du jury. Bien vu pour Les Misérables du Français Ladj Ly, qui a lui aussi conquis la Croisette avec son brûlot social sur la banlieue, traitant des rapports tendus entre les habitants et les policiers de la brigade anticriminalité. Un jour c’est la bavure…Autre lauréat, moins convaincant, Bacurau, une coréalisation des Brésiliens Kleber Mendonza Filho et Juliano  Dornelles. Ce film de genre, à mi-chemin entre western et fantastique, raconte l'histoire d'un village imaginaire, frappé par des phénomènes étranges. .

    De leur côté, les inoxydables habitués de Cannes Jean-Pierre et Luc Dardenne qu’on pensait plus ou moins voir repartir les mains vides, remportent le Prix de la mise en scène avec Le jeune Ahmed, un garçon de 13 ans endoctriné par un imam fondamentaliste . « C’est un appel à la vie alors que le populisme identitaire et les crispations religieuses montent », ont déclaré les frères belges.

    Céline Sciamma, qui semblait assez déçue, a raflé le Prix du scénario pour son magnifique Portrait de la jeune fille en feu. Porté par Adèle Haenel et Noémie Merlant, un superbe duo d’actrices, il évoque la naissance d’une passion interdite sur une île bretonne en 1770. La réalisatrice a également reçu la veille la Queer Palm, récompensant un métrage évoquant les thématiques LGTBQ dans les différentes sections du festival.

    Enfin, une mention spéciale a été donnée à It Must Be Heaven, conte burlesque du Palestinien Elia Suleiman à la recherche d’une terre d’accueil.

    La caméra d’or à César Diaz pour Nuestras Madres

    Primé à la Semaine de la critique, le réalisateur guatémaltèque nous emmène en 2018 dans son pays qui vit au rythme des procès des militaires à l’origine de la guerre civile .Jeune anthropologue, Ernesto travaille à l‘identification des disparus. Un jour, à travers le témoignage d’une vieille dame il croit tomber sur une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père…

    Quelques perles hors concours

    A Cannes, il n’y a pas que la compétition. Comme d’habitude, on a découvert quelques perles dans les sections parallèles  A la Quinzaine des réalisateurs, on a beaucoup aimé Le daim de Quentin Dupieux où Jean Dujardin à son meilleur parle à son blouson de cuir à franges. A signaler également The Lighthouse de Robert Eggers, que nous n’avons pas vu voir en raison de l’extraordinaire engouement qu’il a provoqué. Expérience de cinéma en noir et blanc, il est décrit comme hypnotisant et hallucinant. Avec Robert Pattinson méconnaissable.

    A noter toutefois que c’est Une fille facile de la Française Rebecca Zlotowski, mettant en scène l’ex-escort girl Zahia Dehar, qui a été primée à la Quinzaine en compagnie d’Alice et le maire de son compatriote Nicolas Pariser.

     

    Dans Un certain Regard, Port Authority de l’Américaine Danielle Lessovitz a séduit avec une immersion queer newyorkaise où un beau garçon tombe amoureux d’une jolie trans. Tout comme Nina Wu. Dans ce thriller thaïwanais de Midi Z, inspiré de l’affaire Weinstein, une actrice doit coucher pour obtenir un rôle.

    Et on n’oubliera pas Rocketman de Dexter Fletcher qui nous en a mis plein les yeux et les oreilles en retraçant la carrière hors du commun de Reginald pianiste provincial prodige devenu Elton John la superstar planétaire. Sortie le 29 mai.

  • Festival de Cannes. Kechiche choque et divise avec son très crû "Mektoub My Love: Intermezzo"

    Imprimer

    mektoub_my_love_kechiche_male_gaze.jpgIl fallait bien une polémique pour compenser l’événement le plus médiatique et le plus populaire créé par Quentin Tarantino. Six ans après la triple Palme d’or pour « La vie d’Adèle » et la controverse qui a suivi, Abdellatif Kechiche, en compétition avec le deuxième volet de Mektoub my Love: intermezzo, a provoqué le scandale sur la Croisette.

    Comme s’il ne s’y attendait pas, avec sa manière provocante de filmer les corps féminins, les objétisant en s’attardant longuement sur les seins les fesses. Sans oublier un cunilingus de 13 minutes dans les toilettes d’une boîte de nuit.

    Après une demi-heure sur la plage où Amin et ses amis rencontrent Marie, une étudiante parisienne, c’est dans cette discothèque que le cinéaste nous immerge pendant trois heures. On papote, on se trémousse, on picole, entre sexe, danse et musique jusqu’à l’overdose Ce qui a poussé certains spectateurs à partir pendant la projection officielle.

    Ophélie Bau, l’une des comédiennes principales, active participante à la scène très crue de sexe oral, s’est elle-même éclipsée après la montée des marches. A la fin du film, le sulfureux réalisateur a quant à lui rapidement quitté le Grand Théâtre Lumière, s’excusant au micro auprès du public de l’avoir retenu sans le prévenir…

    Lors de la conférence de presse, pas de très bonne humeur, il a expliqué avoir voulu célébrer l’amour, le désir, le corps. « Mon film est avant tout une expérience esthétique où je tente d’autres formes de narration. En brisant les codes. J’essaye de décrire la position de l’artiste, du peintre ».

    Je montre ce qui me fait vibrer

    Il ne considère pas comme un échec la fuite d’une partie du public. « Non, cela ne me dérange pas. Tout le monde n’est pas ouvert, sensible à la nouveauté, à mon regard, à celui que je porte sur les autres. J’essaye de montrer ce qui me fait vibrer, des corps des ventres. De décrire le mouvement. Celui, exceptionnel, des danseuses. Certaines personnes ne peuvent pas ressentir mon désir de les magnifier. De leur côté elles n’ont pas peur de franchir les barrières, de sortir des sentiers battus ».

    En revanche, Kechiche a refusé de répondre aux questions concernant sa façon de travailler et a ajouté avoir demandé à ses comédiens de ne rien dire sur le sujet. Hafsia Herzi, découverte dans « La graine et le mulet », a juste déclaré son plaisir de tourner avec lui.

    Par ailleurs, il s’est carrément fâché quand un journaliste l’a interrogé sur l'enquête ouverte en octobre dernier par le parquet de Paris après une plainte d’une femme contre lui pour agression sexuelle « Votre question est déplacée, imbécile et malsaine. Cannes est la fête du cinéma et on y parle cinéma. Je ne suis au courant d’aucune enquêté et j’ai la conscience tranquille ».