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15/05/2018

Festival de Cannes: retour mordant de Spike Lee dans un pamphlet férocement militant

thumb_59326_media_image_x584.jpgSpike Lee revient à Cannes 27 ans après Jungle Fever avec BlacKkKlansman, une charge cinglante contre le racisme, l'extrême droite et le président Donald Trump. D’un humour férocement militant, jubilatoire, le film est basé sur la folle et véridique histoire de Ron Stallworth.

Ce policier afro-américain de Colorado Springs (John David Washington, le fils de Denzel ) avait infiltré le Ku Klux Klan avec un collègue juif Flip Zimmermann (Adam Driver) au début des années 70. Les deux compères (photo) font merveille dans cet opus entre polar, comédie et politique.

Il se termine par la dénonciation des événements de Charlottesville, cette ville de Virginie secouée par des violences de groupuscules d'extrême droite le 12 août 2017. Il montre ce moment tragique où la voiture d'un suprémaciste blanc percute volontairement des militants antiracistes, provoquant la mort d'Heather Heyer, 32 ans.

Coiffé d’un béret noir, Spike Lee qui ne se gêne pas dans son film pour dresser un parallèle entre David Duke et Donald Trump, lorsque le leader du Klan dit vouloir rendre sa grandeur à l’Amérique…, s'est de surcroît livré à une attaque en règle contre le président américain lors de sa conférence de presse.

Réveiller les consciences, secouer les gens

«La mort de Heather Heyer est un meurtre. Et nous avons un type à la Maison Blanche, je ne prononcerai même pas son nom, qui n'a pas osé dénoncer le Klan et ces salopards de nazis. On parle de démocratie, mais c’est de la foutaise dans un pays bâti sur l’esclavage. Et ces conneries ne se passent pas seulement aux Etats-Unis c’est partout dans le monde. On ne peut rester silencieux. J'appelle les gens à se réveiller. On a tendance à rester passif, Le monde va à l’envers, on marche sur les mains. Ce type à la Maison Blanche possède le code nucléaire. Il peut déclencher une guerre atomique… »

«Il faut réécrire l’histoire avec ce film. Je suis porteur d’espoir» dit encore Spike Lee. «J’espère qu’il sera distribué dans le monde entier, dans des pays où sévit l’extrême-droite. J’espère éveiller les consciences, secouer les gens, créer une discussion autour du racisme».

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07/05/2018

Festival de Cannes: 21 films pour une Palme d'or. Du renouvellement et des valeurs sûres

festival_de_cannes_2018___cate_blanchett_sera_pr__sidente_du_jury_5537.jpeg_north_1200x_white.jpgStars devant et derrière la caméra, glamour et paillettes pour la 71e édition de la grand-messe de la pellicule qui débute le 8 mai. 21 films seront soumis au verdict du jury composé de quatre hommes et cinq femmes, dont la présidente Cate Blanchett, Léa Seydoux et Kristen Stewart.

Ce cru 2018 mise sur le renouvellement générationnel, Godard et l’Asie. Place donc d’abord au changement avec l’Américain David Robert Mitchell (Under The Silver Lake), la Libanaise Nadine Labaki (Capharnaüm), l’Egyptien A. B. Shawki (Yomeddine), le Polonais Pawel Pawlikowski (Zimna Wojna), le Français Yann Gonzalez  (Un couteau dans le cœur) thriller érotique avec Vanessa Paradis et sa compatriote Eva Husson (Les filles du soleil),

Cela n'empêche pas de grands noms de figurer parmi les prétendants à la Palme d'or qui sera décernée le 19 mai: l'inoxydable Jean-Luc Godard (Le livre d'images) pour la dixième fois sur la Croisette, Spike Lee (BlacKkKklansman), ou Ashgar Farhadi pour Everybody Knows, avec Penelope Cruz et Javier Bardem, qui ouvrira les festivités. L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, devrait faire la fermeture.

Mais le réalisateur américain voit la diffusion de son film au festival et sa sortie en salles menacées. C'est une affaire de droits d'auteur qui empoisonne l'ancien membre des Monty Python. On saura mercredi s’il pourra être montré a annoncé le juge qui a examiné lundi, à Paris, la demande du producteur Paulo Branco d'en interdire la projection.

1496998750858_0570x0400_1496998769197.jpgLes Asiatiques débarquent en force avec les Japonais Hirokazu Kore-Eda, (Shoplifters) et Ryusuke Hamaguchi (Netemo Sametemo), le Chinois Jia Zhang-Ke (Ash is purest white), le Sud-Coréen Lee Chang-Dong (Burning). Stéphane Brizé (En guerre) et Christophe Honoré (Plaire, aimer et courir vite, (photo) complètent la sélection française, tandis que Mateo Garrone (Dogman) et Alice Rohrwacher (Lazzaro Felice) représenteront l’Italie.

Le cinéaste dissident iranien Jafar Panahi (Three Faces) et le metteur en scène russe assigné à résidence à Moscou Kirill Serebrennikov (Leto) ont été invités à venir présenter leurs films. Mais ce dernier ne pourra pas faire le voyage. En ce qui concerne Panahi, il y aurait également peu d’espoir qu’il soit autorisé à quitter le territoire. 

Les femmes très minoritaires 

Contrairement au jury, les femmes restent très minoritaires. Trois seulement en lice pour 15 hommes, alors qu’on aurait pu en attendre davantage suite à l’affaire Weinstein. Refusant d’appliquer des quotas, le délégué général s’en est expliqué. "Il y a une différence entre les femmes cinéastes et la question #MeToo. il n'y aura jamais de discrimination positive pour elles."

Star Wars et retour de Lars Von Trier

La sélection officielle comporte divers volets. Hors compétition, on découvrira Solo: A star Wars Story qui revient sur la jeunesse de Han Solo. Déclaré persona non grata en 2011, Lars Von Trier réapparaît avec The House That Jack Built. En séance spéciale, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit présentent La Traversée, une observation du quotidien des Français 50 ans après Mai 68.

Un Certain Regard

Complément de la compétition, Un Certain regard projettera une quinzaine de longs métrages, parmi lesquels le premier film syrien Mon tissu préféré de Gaya Jiji, évoquant une jeune célibataire issue d’une banlieue de Damas et rêvant d’une vie meilleure. On citera aussi A genoux les gars d’Antoine Desrosières, un opus cocréé avec ses actrices qui ont écrit le scénario et les dialogues. De la soumission vers l’émancipation, il raconte le voyage initiatique d’une ado musulmane.

Des mesures qui font grincer quelques dents

Les journalistes ne pourront plus voir les films en avant-première, mais en même temps que le public lors des projections officielles. Cela dans le but de redonner leur éclat aux soirées de gala, selon le délégué général Thierry Frémaux. Et non pas, a-t-il répété lors de sa conférence de presse cannoise, d'une mesure contre la presse. Par ailleurs après la polémique de l’an dernier, Netflix ne sera pas du raout. Terminés enfin les selfies sur tapis rouge. On est là pour voir des stars, pas pour imaginer en être...

La dernière Quinzaine d’Edouard Waintrop

waintrop-dscf7611_0.jpgIndépendante du festival, créée après les événements de Mai 68, la Quinzaine des réalisateurs fête ses 50 ans en compagnie d’un prestigieux invité, Martin Scorsese. Découvert avec Mean Streets en 1974, il se verra remettre un Carrosse d’or. Pour ce cru particulier, le délégué général Edouard Waintrop n’a pas lésiné en programmant 20 films. Avec toujours la volonté et l’audace de révéler des talents d’horizons divers.

Cette année, les Sud-Américains sont à l’honneur mais ce sont les Français qui se taillent la part du lion, Six sont sélectionnés, dont le provocateur Gaspard Noé, avec l’énigmatique Climax. Deux comédies figurent par ailleurs au menu. En liberté! de Pierre Salvadori réunit Adèle Haenel dans la peau d’une inspectrice de police et Pio Marmaï dans celle d’un ex-bagnard. Pour leur part Isabelle Adjani et Vincent Cassel se retrouvent à l’affiche du polar Le monde est à toi, signé Romain Gavras.

Rappelons que cette édition est la dernière d’Edouard Waintrop, en poste depuis 2012 et qui sera remplacé l’an prochain par l’Italien Paolo Moretti. « La direction de la Société des réalisateurs de films (SRF) m’a imposé sa décision et au début j’étais furax», nous dit-il. « Aujourd’hui je trouve ça très sain. Sept ans ça suffit. Avec tous les films français que j’ai refussés, je n’ai pas loin d’un millier d’ennemis ! Blague à part, j’ai toujours pu faire ce dont j’avais envie. C’est le plus important ».

Edouard Waintrop reste directeur des Cinémas du Grütli, ce qui permettra aux Genevois de voir les films de la Quinzaine du 30 mai au 5 juin.
 
La Semaine de la critique

Née en 1962 et dédiée à une première ou deuxième oeuvre, la Semaine de la critique est la section parallèle la plus ancienne de Cannes. Elle propose une sélection de sept films en compétition. Parmi ceux-ci Paul Dano signe en ouverture avec Wildlife son premier film, une adaptation du roman éponyme de Richard Ford par sa compagne Zoe Kazan et lui-même. Il raconte l'histoire de Joe, un adolescent de 14 ans dans les années 1960, qui assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère

De son côté, la cinéaste suisse Anja Kofmel débute sur la Croisette derrière la caméra, avec Chris The Swiss. Entre documentaire en prises de vues réelles et narration animée en noir et blanc, elle nous emmène dans les années 90, au cœur d'une Croatie déchirée par le conflit yougoslave, sur les traces de son cousin Chris, jeune journaliste retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. 

Le duo Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt met lui le ballon rond à l'honneur dans Diamantino. Ce premier long métrage portugais  imagine un célèbre footballeur qui devient l’objet de toutes les convoitises.

Cannes, du 7 au 19 mai.

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03/05/2018

Grand écran: "Abracadabra", farce espagnole brouillonne entre outrance et caricature

Abracadabra.jpgFemme au foyer, Carmen est mariée à Carlos, un grutier macho, fan de foot bas de plafond qui s’excite en beuglant devant un match Real-Barça, traitant sa femme et sa fille comme des esclaves à son service. Et puis un jour, suite à une séance d’hypnose dont il est le cobaye lors d’un mariage, Carlos devient l’époux parfait en sortant de sa transe.

Aux petits soins pour madame, il se met à préparer les repas, à passer l’aspirateur, à faire la vaisselle et aide sa fille pour ses devoirs de math et de chimie. Mais il est aussi inquiétant que mari et père idéal car habité par le mystérieux esprit d’un tueur en série, disparaissant la nuit pendant plusieurs heures sans s’en souvenir le lendemain.

Abracadabra, signé Pablo Berger, est l’exact contraire de Biancanieves (2012), son fascinant film muet tourné en noir et blanc et qui se déroulait à Séville en 1920. Là on est dans la banlieue de Madrid en 2010. Et l’auteur se laisse aller à une débauche de couleurs criardes des années 80 dans une comédie saupoudrée de drame, de thriller et de fantastique qui se veut exubérante, acide, grinçante et délirante. Tout en surfant notamment sur une improbable émancipation de la femme, la transformation du comportement de Carlos ravivant chez Carmen des fantasmes enfouis et des désirs oubliés.

En réalité, le film au scénario brouillon se limite à une farce indigeste, l’auteur se livrant à une surenchère dans l’invraisemblable, l’outrance, la caricature, le grossier et le vulgaire. Dommage pour les comédiens dont Antonio de la Torre et surtout Maribel Verdu, la méchante dominatrice dans Biancanieves, se retrouvant là en potiche souriante, aux robes aussi tapageuses et clinquantes que son maquillage. Mais en définitive évidemment, pas si faible qu’elle en a l’air….

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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02/05/2018

Grand écran: "Gaspard va au mariage", une comédie joyeusement zinzin, à l'image de ses comédiens

0778673.jpgAprès l’avoir fuie pendant des années, Gaspard (Félix Moati), 25 ans renoue avec sa famille à l’occasion du remariage de son père. Il est accompagné de la fantasque Laura (Laetitia Dosch) qu’il vient de rencontrer dans des circonstances loufoques augurant bien de la suite. Contre une modique rémunération, elle accepte de jouer sa petite amie le temps de la noce.

Gaspard retrouve donc le zoo paternel où il a grandi, entre une mère disparue trop tôt, un père cavaleur, sa sœur Coline (Christa Théret) dont il est amoureux. Et vice-versa, une relation ambiguë, qui ne paraît pas poser de problème. Sans oublier un frère (Guillaume Gouix) si sérieux et responsable qu’il en paraît lui aussi hors norme.

Antony Cordier propose un film barré découpé en quatre parties (La petite amie imaginaire, L’homme d’une seule femme, Celle qui mange des racines, Épilogue), permettant ainsi de donner à chacun des protagonistes principaux une partition égale, en évoquant les jours qui précèdent le mariage.

A commencer par Laura qui découvre ces curieux bipèdes évoluant parmi les animaux. A l’image de l’excentrique Coline recouverte d’une peau d’ours, et qui se fie avant tout à son odorat pour reconnaître celle sur le point de lui prendre son frère adoré.

Tout cela donne une comédie romantique chorale atypique, farfelue, fantaisiste, sensuelle mélancolique, joyeusement zinzin. A l’image des différents personnages extravagants qui composent cette famille au fonctionnement équivoque, bizarroïde.

Il nous vaut des scènes cocasses, dont l'une à vocation quasiment culte, où Max (Johan Heldenbergh), le père de famille, alias le roi des animaux, a une façon des plus singulières de soigner son eczéma prénuptial en s’immergeant tout nu dans un aquarium peuplé de petits poissons suceurs de peaux mortes…

Un univers tenant de la bulle magique

Antony Cordier nous brosse leur portrait à l’intérieur du zoo, un univers tenant de la bulle magique protégeant ses habitants de l'extérieur, qu’ils ne quittent pratiquement pas durant tout le film. Mais leur rêve finit par se heurter à une réalité financièrement dramatique, dans ce conte en forme de récit d’apprentissage qui raconte le temps qui passe, la fin d’un monde, l’arrachement à la famille, l’adieu au paradis perdu, à l’enfance.

Le film est porté par une brochette d’excellents acteurs déjà cités à laquelle on ajoutera Marina Fois en future éventuelle mariée... On regrettera juste un peu une Laetitia Dosch (trop) fidèle à elle-même en nous livrant presque un copié-collé de son rôle dans Jeune femme. Mais c’est une réserve mineure.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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Grand écran: "Otages à Entebbe", laborieux remake avec Rosamund Pike et Daniel Brühl

60cfec97da84ec3379815b1405169.jpgA l’époque l’affaire avait tenu la planète en haleine. On ne peut pas en dire autant de son adaptation à l’écran par le Brésilien José Padiha, spécialisé dans le cinéma d’action, Ours d’or à Berlin en 2007 pour Troupe d’élite et notamment auteur d’un remake de Robocop.

Le 27 juin 1976, un avion d’Air France devant relier Tel-Aviv à Paris est pris en otages avec ses 239 passagers dont 83 Israéliens par deux terroristes allemands, Brigitte Kuhlmann et Wilfried Böse et deux complices palestiniens voulant exposer leur lutte au monde.

L’appareil est d’abord détourné sur la Libye pour faire le plein de carburant, puis sur l’ancien terminal d’Entebbe en Ouganda. Les pirates sont de mèche avec le dictateur sanguinaire Idi Amine Dada, qui espère se refaire une beauté sur la scène internationale en cas d’une intervention d’urgence.

Les ravisseurs sont prêts à tuer pour récupérer des révolutionnaires et des prisonniers pro-palestiniens. Le gouvernement israélien présidé par Yitzak Rabin mais poussé par Shimon Peres ministre de la Défense, organise alors, dans la nuit du 3 au 4 juillet, la libération des otages encore retenus. Tous les ravisseurs sont tués dans ce qui deviendra Le Raid d’Entebbe aussi connu sous le nom d’Opération Tonnerre. Une prouesse de l’Etat hébreu  saluée par la plupart des pays occidentaux.

Il y a déjà eu quatre versions cinématographiques et télévisuelles à chaud, mettant en scène cette célèbre intervention. Même si le terrorisme est toujours d’actualité et que le conflit israélo-palestinien n’est toujours pas réglé, on ne voit guère l’intérêt de cette nouvelle reconstitution. Car à moins de vouloir éventuellement faire connaître la réalité de cet événement guerrier spectaculaire à ceux qui l’ignoreraient, le film pèche à tous les étages.

Avec Otages à Entebbe, Jose Padiha livre une réalisation plate, sans perspective, sans regard, sans innovation. Se penchant sur des cas de conscience et des états d’âmes des protagonistes, il se contente de relayer les faits dans une approche consensuelle de son sujet avec une vision schématique des terroristes et où on ne sent guère le poids de l’Histoire. Qu’il a de surcroît tendance à réécrire.

Des séquences de danse plombantes

Mais surtout, entre les demandes de rançon au sein du cabinet israélien, le débat entre Rabin et Peres, les scènes d’action, l’auteur a cru bon d’insérer une chorégraphie du fameux Ohad Naharin, sur laquelle s’ouvre d’ailleurs l’opus, et que ponctuent des extraits jusqu’au final. Un ajout artistique en forme de grand écart plombant, incongru et particulièrement malvenu, surtout lorsque des spectateurs applaudissent follement «la danse des chaises» au cours de l’assaut !

Restent les comédiens qui font ce qu’ils peuvent. Daniel Brühl (alias Böse qui mérite bien son nom...) ne s’en sort pas trop mal, mais on est moins convaincu par Rosamund Pike, sorte d’Ulrike Meinhof impitoyable made in England en l'occurrence. On passe sur les interprètes fadasses de Rabin et Peres. Quant à Nonso Anozie, il campe un Amin Dada d’opérette, sinon de BD, parfaitement ridicule. Enfin on préfère Denis Menochet en père inquiétant réclamant la garde de son fils, qu’en réconfortant et serein mécanicien de bord. Même doté d'un sang-froid et d'un courage à toute épreuve. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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01/05/2018

Grand écran: "Lean On Pete", l'errance d'un ado en quête hasardeuse d'un foyer. Emouvant

leononpete.jpg.jpgCharley Thompson (Charlie Plummer) est un garçon de quinze ans qui vit seul avec  un père inconstant, immature et négligent. Il a besoin d’argent,  trouve un petit boulot temporaire chez un vieil entraîneur de chevaux revêche et se  prend d’affection pour Lean On Pete, un pur-sang fourbu promis à l’abattoir. Comme il ne peut pas l’admettre, il l’enlève et s’enfuit avec lui à la recherche d’une tante dont il garde un assez lointain souvenir. 

S’aventurant hors des sentiers battus hollywoodiens, le cinéaste britannique Andrew Haigh filme avec sensibilité, justesse, délicatesse et sobriété l’errance d’un ado. Complètement livré à lui-même à la mort de son père, il est singulièrement déterminé dans la quête d’un nouveau foyer en compagnie de son cheval. Une quête hasardeuse dans la mesure où plane constamment sur eux la menace diffuse du danger. Rendant presque paradoxalement haletant cet opus lent et contemplatif. 

Fidèlement adaptée d’un roman, la balade se révèle aussi cruelle et mélancolique sur fonds de grands espaces. Un cheminement au cours duquel le jeune Charley rencontre des oubliés de l’Amérique, des laissés pour compte, des êtres en marge, des âmes perdues. Mais en évitant tout pathos,

En dépit de quelques petites incohérences dans ce récit initiatique à la Gus Van Sant,  Lean On Pete (La route sauvage en français) séduit par l’émotion, la poésie qui se dégage du portrait de ce doux adolescent à fleur de peau parfois sujet à la violence, et sur qui se concentre principalement l’auteur.

Oscillant entre l’attente et le découragement, l’optimisme et la douleur, il est formidablement interprété par le charismatique Charlie Plummer, 18 ans, qui nous communique son obstination à s’en sortir. Croisement entre Leonardo Di Caprio et River Phoenix, il avait logiquement reçu le prix du meilleur espoir à la Mostra de Venise

On signalera dans les rôles se secondaires Steve Buscemi, excellent en entraîneur ronchon, coriace, voire impitoyable. Et dans celui du jockey, Chloe Sevigny  aussi dure à cuire et ambiguë que le boss. Apparemment, du moins.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mai.

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26/04/2018

De retour sur l'ocre, l'ogre Nadal vire au cannibale. Inquiétant pour Federer!

nadal.jpgA en juger par les performances de Nadal depuis son retour aux affaires sur terre battue, il semblerait que la tâche de Federer soit plus rude que prévu pour récupérer sa place de numéro un mondial. Car  l’ogre de l’ocre se montre plus goinfre que jamais. Un véritable anthropophage! 

Pour ses adversaires, c’est en effet devenu l’horreur! Normalement, se faire breaker par Rafa signifiait pratiquement la perte du premier set, donc quasi inévitablement celle de la rencontre. Mais maintenant, paumer un seul point sur son service peut se révéler irrémédiable pour le pauvre gars en face du cannibale.

Je vous laisse imaginer le stress quand la chose se produit à l’entame de la partie. De quoi avoir envie de se faire porter pâle pour ne pas avoir à avaler la pilule! D’autant que depuis le Master de Monte-Carlo, le scénario est immuable. 6-0, 6-1, 6-2, 6-3... Le seul «revers» que le pitbull ait eu à subir en seize sets, c’est l’abandon de huit misérables jeux à son concurrent le plus «dangereux». On ajoutera éventuellement une manche un rien disputée jusqu’à 5-5 en quarts de finale, mais que le glouton a immanquablement fini par remporter pour évidemment se retrouver dans le dernier carré.

Alors certes, Rodgeur n’est qu’à cent points du Redoutable. Pourtant ce chiffre paraît abyssal. Un comble, quand on pense que l'ombrageux Ibère en a lui quelque 3400 à défendre jusqu’au terme de Roland Garros! Sauf qu’au train où il y va, à moins qu’il ait soudain une petite douleur à la cuisse, je ne vois actuellement personne qui puisse le battre sur sa surface de prédilection. J’espère juste que je suis en train de peindre le diable sur la muraille et que la suite va me donner tort. Mais je crains que ce ne soit pas demain la veille.

Du coup, les trois balles de match sottement ratées de notre gloire nationale contre Del Potro à Indian Wells pèsent une tonne. Alors que dans le cas contraire, le maestro pouvait attendre Wimbledon en se la coulant douce quelques semaines de plus au sommet de la hiérarchie, tandis que son rival se démenait (quand même un peu...) pour tenir la distance. D’un frustrant, je ne vous raconte pas!

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25/04/2018

Grand écran: "Amoureux de ma femme", un nouveau navet signé Daniel Auteuil

maxresdefault.jpgCertains apprennent de leurs échecs, d’autres pas. Comme Daniel Auteuil qui, après Fanny et César, ses deux bides de réalisateur, a décidé avec Amoureux de ma femme, de s'attaquer à la comédie sentimentale en adaptant L’envers du décor de Florian Zeller. Il avait mis la pièce en scène au théâtre en en 2016, interprétant déjà le rôle principal.

Daniel parvient à convaincre sa femme Isabelle (Sandrine Kiberlain) d’inviter à dîner leur vieil ami Patrick (Gérard Depardieu). Isabelle était hostile à cette idée, car Patrick vient de larguer sa meilleure amie. Mais ce dernier tient absolument à leur présenter Emma, sa nouvelle conquête deux fois plus jeune que lui (Adriana Ugarte), dont il est fou amoureux.

Travaillé lui aussi par le démon de midi, Daniel perd la tête au moment où la créature au corps de rêve entre dans la pièce. Durant tout le repas, le sexagénaire frustré va fantasmer sur Emma, s’imaginant en sa compagnie dans diverses situations qu'il veut érotiques, mais se complaisant surtout dans le voyeurisme et le machisme d'un autre âge. 

C’est ainsi qu’il en profite pour nous montrer le plus souvent la belle Espagnole en tenue légère, sinon toute nue. Ces incursions oniriques ne sont pas seulement d'une bêtise crasse et d'une rare lourdeur, elles relèvent d'une vulgaire indécence. On n'est pas loin du porc à balancer...

Mais voilà qui n'empêche pas Daniel Auteuil de squatter les plateaux télé et de se faire encenser par les animateurs sous le charme. Reste tout de même une question: pourquoi donc Sandrine Kiberlain et Gérard Depardieu sont-ils venus cautionner un tel navet?

A l’affiche dans les salles de Suisse romande mercredi 9 mai.

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19/04/2018

Grand écran: Valeria Golino joue une aveugle dans "Emma", romance fade de Silvio Soldini

il-colore-nascosto-delle-cose-696x418.jpgCréatif dans une agence de publicité romaine branchée, Téo ne cesse de fuir son passé, sa famille, refusant tout attachement sentimental. Charmant et séduisant quadra, il collectionne les aventures en attendant éventuellement de se mettre en ménage avec sa fiancée officielle. Un soir, il dîne dans un restaurant qui a la particularité de plonger les convives dans le noir. Du coup, ils sont concentrés sur la nourriture et la conversation. C’est là que Téo tombe amoureux de la voix sensuelle d’Emma.

A la sortie du repas, il découvre qu’elle est aveugle. Depuis l’âge de seize ans, lui dira la jeune femme ostéopathe quand il viendra se faire remettre quelques muscles en place. Contrairement à lui, Emma est une femme forte, débrouillarde, optimiste, au caractère passionné.

Elle sait ce qu’elle veut, aime son métier, gère parfaitement son quotidien et a beaucoup d’amis. Ce qui fait en quelque sorte sa normalité N’ayant jamais rencontré une telle personne, Téo est curieux, intrigué, attiré. Il a envie de faire un bout de chemin avec elle.

Emma de l’Italo-Suisse Silvio Soldini, dont la réalisation phare reste Pane e tulipani en 2000, tient avant tout sur ses deux acteurs, Adriano Gianini attachant célibataire dont la «personne» avec qui il cohabite le mieux est son robot aspirateur, mais surtout Valeria Golino, découverte dans Rain Man en 1988.

Elle se révèle convaincante, ne cherchant pas la performance, mais en se montrant naturelle et touchante. Elle était parfois tellement dans son rôle, dit-elle, qu’elle ne voyait plus. A noter qu’elle sera à Cannes pour la deuxième fois dans un Certain regard avec son film Euphoria, l’histoire de deux frères très différents qui se rencontrent et passent deux mois ensemble.

Pour le reste on a droit à une romance fade jouant sur des oppositions banales, où on cherche vainement le regard (sans jeu de mot) du réalisateur. Et qui dure près de deux heures. C’est bien long pour démontrer comment un coureur de jupons menant une existence d’une rare futilité va se remettre en question et découvrir l’amour, en fréquentant une femme handicapée...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 avril.

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Grand écran: du potache à la comédie noire, "Game Night"mise sur l'absurde et le grotesque

maxresdefault.jpgChaque semaine, pour tenter de pimenter leur vie de couple, Max et Annie animent des jeux de sociézté. Mais cela reste bien pantouflard. Alors cette fois ils ont la ferme intention de bousculer leur quotidien peu excitant et de réaliser quelques vieux fantasmes en organisant une soirée spéciale avec vrais faux malfrats ou autres agents fédéraux.

Et cela grâce à la présence de Brooks, le frère de Max, charismatique au point de donner à son cadet un lancinant complexe d’infériorité. Brooks a même prévu de se faire enlever, sauf qu’il semble avoir carrément disparu….

Ce jeu de rôles qui tourne au désastre se laisse voir, surtout dans sa première moitié. Avec des personnages plus ou moins débiles qui se lancent dans des situations particulièrement dangereuses en croyant avoir affaire à des acteurs et à des armes factices. Et qui, de plus en plus désorientés par la tournure rocambolesque sinon sanglante des événements, ne savent plus s’il s’agit encore d’un jeu...

Jouant la carte de l’absurde et du grotesque, passant du potache à la comédie noire décalée, Jonathan Goldstein et John Francis Daley empruntent à la fois les codes du thriller, du polar, du film d’action et s’amusent à brouiller les pistes entre réalité et fiction en installant de faux semblants permanents. 

jesse.jpgLe casting est assez réussi, le naïf Jason Bateman faisant couple avec la charmante Rachel McAdams De son côté Kyle Chandler se montre crédible en maître de ce périlleux divertissement. Les seconds couteaux ne sont en revanche que des faire-valoir. A l’exception de Jesse Plemons (photo), sorte de Matt Damon version moche, il est impayable dans des apparitions inquiétantes de voisin pot de colle sinistre et complètement dingue.

Le film a néanmoins du mal à tenir jusqu'au bout, tournant en rond, se perdant dans une volonté frénétique d’enchaîner les gags parfois très bas de gamme, et les rebondissements téléphonés. En dépit de quelques revirements surprenants qui parviennent à confondre les spectateurs, tout comme les protagonistes.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 avril.

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