Google Analytics

Le blog d'Edmée - Page 4

  • festival de Cannes: Tarantino était espéré comme le Messie. On attend le miracle...

    Imprimer

    •  

    Lire la suite

  • Festival de Cannes: Terrence Malick, sérieux prétendant à la Palme d'or avec "Une vie cachée"

    Imprimer

    une-vie-cachee-photo-1083408.jpgObjecteur de conscience, Franz Jägerstätter, un paysan autrichien, refuse de prêter allégeance à Hitler et de se battre aux côtés des nazis. Coupable de trahison envers le régime, sa vie devient un véritable enfer. Il sera finalement exécuté en 1943.

    Porté par la foi inébranlable et son amour pour sa femme Fani, dont il peut compter sur l’indéfectible soutien, Franz (August Diehl, magnifique prétendant au prix d’interprétation), n’accepte pas ce qui est arrivé à son pays.

    Persuadé que la guerre est l’œuvre du mal et Hitler l’antéchrist, le fermier refuse de plier devant la brutalité de ceux qui s'ingénient à le faire changer d’avis. Malgré les souffrances endurées, il reste un homme libre.

    Huit ans après avoir décroché la Palme d’or pour The Tree Of Life, Terrence Malick, s’aligne donc à nouveau en compétition. Adulé puis rejeté par certains, il devrait pouvoir réconcilier ses détracteurs et ses fans avec Une vie cachée, qui s’annonce comme un sérieux candidat à la Palme d’or.

    Un chemin de croix

    Cinéaste aussi déroutant que secret, l’Américain s’est inspiré de faits historiques réels pour raconter une histoire qui rend hommage, à travers Franz résistant intransigeant, aux héros méconnus, dans un film intense, bouleversant, poétique, puissant et d’une grande spiritualité.

    Alternant la terrible survie de Franz en prison et les efforts parfois surhumains de Fani pour parvenir à tenir la ferme, l’auteur suit, dans cette fresque de trois heures très malickienne, le chemin de croix de ses deux protagonistes unis par une conviction profonde.

    Ils nous apparaissent comme deux saints luttant de toutes leurs forces pour préserver l’humanité en cette période de folie. Reconnu martyre en 2007 par Benoît XVI, Franz a d’ailleurs été béatifié par l’Eglise catholique.

  • Festival de Cannes: en panne de Palme d'or, Almodovar vaincra-t-il la malédiction avec "Douleur et gloire"?

    Imprimer

    2266158_douleur-et-gloire-almodovar-et-son-double-web-0601226291664_1000x300.jpgTrois ans après Julieta, racontant la perte, l’abandon, la culpabilité, Pedro Almodovar revient avec Douleur et gloire, son 21e long métrage envoûtant au titre évocateur, réunissant deux de ses acteurs fétiches, Antonio Banderas et Penelope Cruz. Sélectionné pour la sixième fois en compétition à Cannes, le réalisateur oscarisé et césarisé, récompensé sur la Croisette par un prix de la mise en scène, un prix du scénario, par le biais aussi d’un prix d’interprétation à Penelope Cruz pour Volver, mais en mal de Palme d’or en dépit de pronostics souvent unanimes de la critique. Le fougueux Espagnol qui se révèle à nouveau un très sérieux prétendant à la récompense suprême, vaincra-t-il la malédiction dans cette 72e édition? Réponse le 25 mai.

    Evitant à son habitude les excès du mélodrame en évoquant avec sobriété, retenue et pudeur l’amour, le deuil, la réconciliation, Almodovar suit Salvador Mallo, un réalisateur en crise autrefois adulé, formidablement incarné par Antonio Banderas, candidat plus que crédible au prix d’interprétation. Il se met émotionnellement et intensément à nu, mêlant «son côté le plus sombre aux moments les plus lumineux de son enfance», dans ce film mélancolique baigné de tristesse.

    Il s’agit là de la plus intime et de la plus introspective de ses œuvres, tournant autour de ses premières passions, celles qui sont suivi, la mère, la mort, les acteurs avec qui il y travaillé, les ruptures. Et les retrouvailles, dont l’une bouleverse avec le long baiser que son personnage mature échangé avec un ancien amant, avant que ce dernier parte retrouver sa femme et ses enfants.

    Déclaration d’amour au cinéma

    Entre émois, regrets, impossibilité de séparer l’art de la vie privée, ce cinéaste si doué qui se demande avec autodérision comment il peut avoir du succès dans un pays aussi différent de l’Espagne que l’Islande, déclare son amour au cinéma. La pellicule libératrice de cet enfant intelligent, sensible et malheureux, élevé au sein d’un milieu paysan et catholique, dans une caverne repeinte par un maçon. Et qui découvre soudain, avec sidération, son homosexualité. Même si l’auteur, mêlant réalité, fiction et fantasmes avoue, fait en soi insignifiant, ne pas être absolument fidèle à sa biographie.

    Le film est ainsi rythmé par des allers et retours entre les années 60, 80 et aujourd’hui. Pedro Almodovar brosse le portrait captivant d’un cinéaste se disant incompris, en panne d’inspiration, plongeant dans ses souvenirs. Un hypocondriaque tourmenté physiquement et psychiquement.

    En proie à toutes sortes de douleurs musculaires, des migraines, des acouphènes, un lancinant mal de dos, il souffre également de troubles de l’âme, de dépression. Un homme se shootant à l’héroïne, pour qui «la vie tourne autour de sa colonne vertébrale et  dégoûte comme un remède inutile». Mais il va finir par se remettre à écrire.

    shutterstock_7049585a.jpgDes comédiens au sommet

    Si Almodovar ne cesse de nous fasciner, ses comédiens évoluent comme des poissons dans l’eau dans un univers qu’ils connaissent sur le bout des doigts. A commencer par Antonio Banderas, qui a collaboré huit fois avec lui. Séduisant, attachant avec des fêlures et une vulnérabilité non feintes, il représente, sans pourtant l’imiter en dépit de sa coiffure ananas et de ses vêtements colorés, le double magistral du cinéaste torturé par les affres de la création. Et se terrant de préférence dans son appartement madrilène, où il nous invite à entrer.  

    De son côté la solaire Penelope Cruz, qui a travaillé à six reprises avec l’auteur, est parfaite dans le rôle de la mère jeune d’Almodovar, peu épargnée par les soucis et les difficultés, mais au sourire toujours au bord des lèvres. Dans celui de la mère âgée et adorée, on retrouve Julieta Serrano, apparue dans le tout premier métrage du maestro ibère, Pepi Luci Bom et autres filles du quartier en 1980.

    Cela nous vaut une séquence où elle lui parle de son enterrement, manifestant notamment la volonté d’être pieds nus dans son cercueil… Une respiration comique dans ce magnifique opus où la douleur l’emporte sur la gloire. On espère que l’inverse se produira pour le cinéaste plus inventif et créatif que jamais.

    A l’affiche dans les salles romandes depuis vendredi 17 mai

  • Grand écran: dans "Le coureur", le Suisse Baumgartner explore la spirale de la violence

    Imprimer

    1538064248_laeufer_filmstill2_1.jpgPour son premier long métrage, Le coureur, le Suisse Hannes Baumgartner, raconte l’histoire de Jonas Widmer (Mischa Ebner dans la vraie vie), sportif helvétique de haut niveau spécialisé dans le marathon militaire dont il a été lauréat, et devenu un criminel en série, alors qu'il s'apprêtait à s'aligner aux Jeux Olympiques.  A l’époque des faits survenus dans la région de Berne, en 2002, on l’appelait « le tueur de minuit ».

    Le jeune cinéaste en fait un athlète accompli, cuisinier de métier, bon citoyen, collègue agréable menant une vie apparemment sans histoire avec sa petite amie. Jonas incarné par un convainquant Max Hubacher, apparaît ainsi comme un personnage certes très méticuleux, mais tout de même normal. Sinon modèle à l'occasion.

    Et pourtant, grosse fêlure. Malgré d'immenses et constants efforts pour cacher, sous de folles courses d’endurance qui nous le montrent extrêmement tendu et contracté, la face obscure de sa personnalité, la rage qui l’anime, il va céder à ses démons. Démasqué par l’auteur qui l’observe de façon presque clinique, en scrutant son développement émotionnel pour tenter de trouver des raisons à l'inéluctable spirale de la violence. 

    En dépit de quelques maladresses et d’un scénario parfois confus où le réalisateur semble vouloir nous emmener sur de fausses pistes à l’image d’une relation ambiguë de son protagoniste avec son frère, le film, plutôt prometteur, se laisse voir.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mai.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Festival de Cannes: des valeurs sûres, huit nouveaux et quatre femmes en compétition

    Imprimer

    4615055-l-affiche-officielle-de-la-72e-edition-d-article_media_image-2.pngC’est parti pour la 72e édition de la grand-messe cannoise de la pellicule, sous l'oeil d'Agnès Varda (affiche). Entre romantisme et politique, privilégiant la diversité de styles et de genres, ce cru 2019 s’annonce particulièrement prometteur. Et tout d’abord en compétition, où on persiste évidemment à miser sur les valeurs sûres, mais où le vent du renouvellement continue à souffler pour le plus grand plaisir des cinéphiles avides de découvertes.

    Le jury présidé par le Mexicain Alejandro González Iñárritu  verra 21 concurrents de 11 pays s’aligner dans la course. L’Europe domine largement avec dix représentants dont quatre Français, un Espagnol, un Italien, un Anglais, un duo belge, un Roumain et une Autrichienne. Elle est suivie de cinq Américains, trois Asiatiques, un Latino-Américain et un Africain. Quatre femmes figurent dans le concours, qui met par ailleurs en valeur des thématiques LGBT dans sept films.

    Chez les habitués, on trouve cinq lauréats de la Palme d’or, dont deux l’ont déjà décrochée à deux reprises, le Britannique Ken Loach (2006 et 2016), qui revient pour sa quatorzième participation avec Sorry We Missed You, ainsi que les Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (1999 et 2005), présents pour leur huitième fois avec Le jeune Ahmed.

    Le Français Abdellatif Kechiche, dont La vie d’Adèle avait raflé en 2013, fait historique, trois Palmes d’or (le film et les deux actrices), propose Mektoub My Love : Intermezzo, la suite d’Uno Canto. De son côté Quentin Tarantino, palmé en 1994, fait déjà saliver la Croisette avec Once Upon A Time… in Hollywood, réunissant notamment Brad Pitt et Leonardo DiCaprio. Terrence Malick, décoré lui en 2011, débarque avec Une vie cachée.

    Face à ces monstres sacrés, huit petit nouveaux entrent dans la bataille : les Françaises Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu) et Justine Triet (Sibyl ), le Franco-Malien Ladj Ly (Les Misérables), la Franco-Sénégalaise Mati Diop (Atlantique), l’Autrichienne Jessica Hausner (Little Joe), le Roumain Corneliu Porumboiu (La Gomera), l’Américain Ira Sachs (Frankie), et le Chinois Diao Yinan (Le lac aux oies sauvages). Ce dernier fera-t-il aussi bien qu’à Berlin où il avait remporté l’Ours d’or en 2014 ?

    5063055.jpg-c_120_120_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgEn mal de trophée suprême

    Déjà récompensés directement ou par le biais de leurs interprètes mais en mal de trophée suprême, on trouve cinq fidèles parmi les fidèles qui piaffent d’impatience: l’Américain Jim Jarmush, huitième participation, qui fait l’ouverture avec The Dead Don’t Die, l’Espagnol Pedro Almodovar (Douleur et gloire,  photo), également là pour la huitième fois, le Français Arnaud Depleschin (Roubaix, une lumière) ,le Québécois Xavier Dolan (Matthias et Maxime), le Palestinien Elia Suleiman (It Must Be Heaven).

    Sont également de retour l’Italien Marco Bellochio (Le traître), le Sud-Coréen Bong Joon-Ho (Parasite) et le Brésilien Kleber Mendonça Filho (Bacurau), qui a coréalisé le film avec Juliano Dornelles, un débutant dans la chasse à la Palme.

    Hors-compétition Rocketman de Dexter Fletcher promet une ambiance rock'n'roll sur la Croisette avec la présentation, en première mondiale, du biopic consacré au chanteur Elton John. Le légendaire interprète sera présent sur les marches en compagnie du jeune comédien Taron Egerton, qui l'incarne à l’écran.

    A découvrir également Les plus belles années d’une vie du Français Claude Lelouch, La belle époque de son compatriote Nicolas Bedos, Diego Maradona du Britannique Asif Kapadia, Too Old To Die Young, la série télé du Danois Nicolas Winding Refn. Sans oublier Alain Cavalier, Abel Ferrara, Werner Herzog ou Pippa Bianco en séances spéciales et Gaspar Noé en séance de minuit avec Lux Aeterna.

    Un Certain Regard

    Volet parallèle, Un Certain Regard propose, sous la houlette de la Libanaise Nadine Labaki, quinze longs métrages, dont La femme de mon frère de la Québécoise Monia Chokri, qui fait l’ouverture. Les Français Bruno Dumont (Jeanne) Christophe Honorél (Chambre 212) et Zabou Breitman (Les hirondelles de Kaboul) s’alignent aux côtés notamment d’Olivier Laxe (Viendra le feu), représentant de la jeune génération espagnole et son compatriote, l'expérimenté Albert Serra (Liberté)

    La Semaine de la critique

    Consacrée à la découverte de nouveaux talents, cette autre section présidée par le Colombien Ciro Guerrane présente des premiers (huit cette année) et deuxièmes films. Sur les onze sélectionnés, sept sont en compétition et quatre en séance spéciale comme Les héros ne meurent jamais d’Aude Léa Rapin avec Adèle Haenel qui évoque la guerre en Bosnie par des voies détournées. .

    A retenir Tu mérites un amour, le premier long-métrage de l’actrice Hafsia Herzi qui explore des relations amoureuses de jeunes En clôture, on retrouvera le premier film du Chinois Gu Xiaogang (Dwelling in the Fuchun Mountains), début d’une trilogie qui évoque une saga familiale.

    Le jury remettra trois prix dont le Grand Prix Nespresso et un prix pour un acteur considéré comme une révélation.

    vf_alice_et_le_maire_4838.jpeg_north_1323x718_transparent.jpgLa Quinzaine des réalisateurs

    Petit festival dans le grand, la Quinzaine comme on l’appelle, c’est une des sections mythiques du Festival, née il y a cinquante ans et cultivant une tradition cinématographique visant à l’audace et à l’ouverture.

    Le nouveau délégué général Paolo Moretti a mis cette année au programme comprenant 24 longs métrages et dix courts métrages de cinéastes comme les Français Nicolas Pariser (Alice et le maire, photo), Bertrand Bonello et Quentin Dupieux, le Philippin Lav Diaz ou le Tunisien Ala Eddine Slim. Mais il a aussi privilégié la nouveauté avec la venue sur la Croisette de seize cinéastes qui font leurs premiers pas sur la Croisette.

    On aura l’occasion d’en reparler, comme de l’exposition-installation en réalité virtuelle conçue par la chanteuse et performeuse multimédia américaine Laurie Anderson.

    Cannes, du mardi 14 mai au samedi 25 mai.

  • Grand écran: "Dieu existe, son nom est Petrunya", un conte féministe qui se perd en route

    Imprimer

    0004984.jpgDiplômée universitaire en histoire, Petrunya, 32 ans, vit toujours chez ses parents dans la petite ville de Stip. En surpoids, sans emploi, elle est constamment rabaissée par une mère autoritaire. Se rendant à un nouvel entretien d’embauche raté dans une usine de textiles, elle en ressort de surcroît humiliée par un patron grossier qui lui dit qu’elle est moche et qu’il ne la baiserait même pas.

    On est le 19 janvier, jour de l’Epiphanie. En rentrant à la maison, Petrunya tombe sur la célébration annuelle exclusivement masculine, au cours de laquelle le pope jette une croix dans la rivière où les jeunes hommes du coin plongent pour l’attraper, le vainqueur étant assuré d’une année de bonheur et de prospérité

    Alors que les femmes n’ont évidemment pas le droit de participer à la chose, Petrunya, sur un coup de tête, se jette dans l’eau glacée et parvient à récupérer la croix sacrée, provoquant la furie des concurrents. Refusant de la rendre, elle s’enfuit, ignorant les menaces.

    Le pope fait alors appel à la police et Petrunya se retrouve au commissariat devant lequel se rassemble la foule en colère. La jeune femme ne cède pas, estimant avoir elle aussi droit à la chance, tandis qu’une journaliste de télévision se saisit de l’affaire pour dénoncer une société machiste qui, tout en se prétendant moderne, peine à remettre en cause des traditions d’un autre âge.

    La réalisatrice Teona Strugar Mitevska s’empare ainsi d’une histoire vraie pour suivre le combat de Petrunya (Zorica Nusheva, actrice plutôt inspirée en l’occurrence) confrontée à la misogynie d’une communauté patriarcale. De faible et inoffensive au départ, elle se révèle de plus en plus forte au fur et à mesure que l’histoire déroule. Malheureusement, si la première partie est enlevée, la seconde patine.

    En fait, le film se termine pratiquement dès que Petrunya est emmenée au commissariat. Du coup ce conte qui se veut un brûlot féministe, commence à tourner en rond. La réalisatrice semble ne plus avoir rien à dire ou à démontrer et nous sert alors une comédie manquant singulièrement de finesse, à l’image du personnage de la journaliste nous serinant sans trop y croire ses critiques maladroites à l’égard de la phallocratie ambiante.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 8 mai.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: "Jessica Forever", l'amour pour vaincre la violence. Audacieux, étrange et fascinant

    Imprimer

    jessica-forever-1024x554-4220981.jpgSaisissant, le début est d’une rare brutalité. Le jeune Kevin se jette contre la baie vitrée d’un pavillon de banlieue qui se brise, et s’écrase à l’intérieur de la pièce. Il est grièvement blessé. Surgissent alors une bande de garçons armés jusqu’aux dents sous la direction de Jessica, une divine guerrière aux yeux bleu-vert sublimes. Elle soigne ses blessures avant que ses petits soldats ne l’emportent, évitant de justesse un essaim de drones qui leur fonce dessus.

    On pourrait se croire dans une sorte de James Bond, mais Caroline Poggi et Jonathan Vinel, auteurs de ce premier long métrage plus que prometteur, vont très vite nous emmener ailleurs avec Jessica Forever..Dans un univers légèrement mais suffisamment futuriste pour qu’on y perde nos repères, où une frange de la population est impitoyablement traquée et tuée sans sommation par les dits drones.

    Les victimes sont les orphelins, des individus violents, dangereux qui auraient tous commis dans le passé, nous informe une voix off, des actes inavouables. Pour survivre. Une dizaine d’entre eux, à l’image de Kevin, ont eu la chance d’être recueillis par Jessica. Qui les a sauvés d’un destin tragique.

    Jeanne d’Arc vêtue de cuir, madone, sainte, grande sœur, mère, déesse, elle est incarnée par la troublante Tessinoise Aomi Muyock (photo), découverte en 2015 dans Love de Gaspar Noé. Magicienne à l’aura mystique, elle règne en douceur sur ses orphelins qui la vénèrent, leur offrant, pour les changer et leur redonner confiance en l’humanité, l’amour dont ils ont été privés dans une société qui les a rejetés et en a fait des monstres. 

    Plus ou moins asexués, un peu mutants, Michael, Lucas, Kevin, Dimitri et leurs potes sont comme des enfants, dont ils ont le vocabulaire. Ils aiment les gâteaux, les céréales, les glaces, les siestes collectives, jouer avec des chatons, tout en s’entraînant au combat, dans l’attente perpétuelle d’une attaque des redoutables forces spéciales.

    Une famille aussi bizarre qu'idéale

    Jessica subvient à leurs besoins, les protège. Ensemble ils forment une famille un monde dans lequel ils ont la possibilité et surtout le droit de vivre. C’est sur cette famille aussi bizarre qu’idéale que se concentre les deux réalisateurs, livrant un film hybride, inclassable, étrange, fascinant, envoûtant, hypnotique.

    Questionnement sur la violence actuelle, Jessica Forever est un objet cinématographique difficilement identifiable, qui peut séduire à la fois les ados et les cinéphiles. Déstabilisant, dépaysant, flirtant avec le jeu vidéo, l’action, la science-fiction, le fantastique, ce conte moderne à la frontière des genres n’appartient à aucun. Audacieux, radical, inventif, sensoriel, il invite au lâcher-prise. On s'abandonne à l’expérience avec plaisir.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mai.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: avec "Astrid", on découvre la mère de Fifi Brindacier. Joli portrait

    Imprimer

    becoming_astrid_-_image_-_01_758_426_81_s_c1.jpg"Astrid, comment fais-tu pour écrire si bien sur ce que c’est d’être un enfant, quand tu n’en as pas été un depuis si longtemps?" demande un petit garçon dans une lettre à une vieille dame qu’on voit de dos, face à une fenêtre, et qui ouvre un sac plein de courrier. On est en 1987. La dame en question, qui fête son anniversaire n’est autre que le personnage d’Astrid Lindgren, l’écrivaine suédoise, notamment créatrice de la fameuse Fifi Brindacier. Mais aussi de Ronya fille de brigands, ou encore de Zozo la tornade.

    Ce n’est pourtant pas à la mère de l’héroïne qui l’a rendue célèbre que s’intéresse au premier chef Pernille Fischer Christensen. Les questions des jeunes lecteurs poussent Astrid à se souvenir. La réalisatrice danoise remonte ainsi jusqu’en 1920 pour nous laisser découvrir une adolescente déjà rebelle, bien qu’élevée dans une ferme au sein d’une société austère et moralisatrice par une mère dévote. Mais aussi par un papa étonnamment compréhensif qui la laisse libre d’aller travailler dans un journal local alors qu’elle n’a que 16 ans.

    Pleine d’imagination, elle ne tarde pas à se distinguer par ses talents d’écriture, tombe amoureuse de son patron marié, et se retrouve enceinte de cet homme dont on découvrira la lâcheté. Obligée de se rendre au Danemark, plus ouvert et libéral, pour accoucher, Astrid met au monde un garçon, Lasse, qu’elle confie à une mère d’accueil, avant de devoir s’en occuper elle-même à la mort de cette dernière.

    Un début fondateur

    Alors qu’il est atteint d’une pneumonie, elle commence à lui raconter des histoires pour enfants, C’est le début, fondateur, de sa carrière. Suite à une longue série d’épreuves, la talentueuse jeune femme indépendante va révéler son tempérament frondeur. Libre, elle est déterminée à s’en sortir envers et contre tout. Et puisera dans ses souffrances et ses combats pour inventer des héroïnes à son image, aventureuses, énergiques et casse-cou.

    En choisissant l’angle particulier de la période jeune de sa protagoniste, la réalisatrice livre ainsi le joli portrait d’une femme dont on ne connaissait pas grand-chose, interprétée par l’excellente Alba August, la fille de Bille. Toutefois, en dépit d’une certaine magie, on regrette le déroulé assez languissant du film et le classicisme convenu de la mise en scène.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mai.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: en route pour les Gay Games avec "Les crevettes pailletées". Drôle, festif et émouvant

    Imprimer

    les-crevettes-pailletees-affiche-critique-avis-film-660x330.jpgUn papa tiraillé entre sa passion du sport et sa vie de famille, un mec qui ne pense qu’au cul, une transgenre de choc au caractère explosif qui ne cesse de se mettre en scène, un puceau transi, un quinqua, doyen de la bande, affolé par les années qui passent… Voici un échantillon des Crevettes pailletées, une fine équipe de water-polo gay, que Mathias Legoff, vice-champion de natation, est condamné à entraîner pendant trois mois après avoir tenu des propos homophobes.

    Les crevettes doivent se rendre en Croatie pour participer aux Gay Games, le plus grand rassemblement sportif homosexuel du monde. Problème, elles sont bien davantage motivées par la fiesta que par la compétition. De son côté Mathias ne se donne pas franchement à fond dans ce job imposé, où il doit composer avec des gens dont  l’univers est tellement loin du sien. Mais on s’en doute,  tous ses repères seront bientôt bousculés, ce qui lui permettra de voir les choses différemment.

    Cette comédie à l'ambiance délirante entre le voyage en bus touristique, les péripéties, les entraînements, est signée Maxime Govare et Cédric Le Gallo. Ce dernier qui évoluait dans la vraie équipe, celle des Shiny Shrimps, a réellement participé aux Gay Games dont la dernière édition s’est tenue à Paris en 2018.

    Déjanté, décalé, drôle, festif, tout en ménageant des moments forts, dramatiques, émouvants, ce feel good movie qui multiplie les chorégraphies tient à la fois de Priscilla folle du désert et de Full Monty aquatiques. Ainsi que du Grand bain auquel il fait évidemment immédiatement penser, mais en plus cynique et audacieux, à l’instar d’un final aussi irrévérencieux que grandiose. Sans compter que les acteurs, nettement moins déprimés, sont autrement sexy en maillots que les Canet, Anglade, Poelvoorde et compagnie...

    une-equipe-anti-homophobie.jpgCertes, les deux auteurs n’évitent ni les clichés ni la caricature avec des personnages stéréotypés, mais leur but est d’amuser, de revendiquer le droit à la différence et à l’outrance, en faisant passer un message de tolérance, d’ouverture, de lutte contre toute forme de discrimination. Même au sein de la communauté, où on peut se détester cordialement comme dans n’importe quel milieu.

    Mission accomplie alors qu’on assiste à une recrudescence de violences anti-LGBT, notamment en France. Pour confirmer d'ailleurs que le film a son importance et ne se limite pas à la gaudriole, un baiser entre deux hommes dans la piscine a dernièrement fait la Une de l’Equipe. Le magazine a en effet consacré un numéro spécial autour de la question de l’homophobie dans le monde du sport qui peine à briser le tabou.  

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mai. 

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire
  • Grand écran: "Raoul Taburin a un secret" avec le duo Poelvoorde-Baer. Une imposture gentillette

    Imprimer

    Raoul Taburin a un secret.jpgUn fou de la pédale, passionné par son métier de réparateur et de vendeur de vélos mais incapable de tenir sur une selle, voilà qui n’est pas banal. C’est pourtant le cas de Raoul Taburin (Benoît Poelvoorde), qui vit cette infortune comme une véritable malédiction. Mais il cache si bien la chose qu’il acquiert une incroyable réputation de casse-cou. Il finit hélas par se retrouver au pied du mur, face à un photographe (Edouard Baer) prêt à immortaliser ses exploits...

    Bien mince, sans enjeu, en mal d’idées fortes, cette petite histoire d’imposture adaptée d’un roman graphique à la poésie teintée d’absurde de Sempé, a du mal à tenir la longueur. Dans une réalisation à l’ancienne, Pierre Godeau livre une fable nostalgique d’une campagne française ensoleillée et rêvée, se déroulant au cœur d’un village qui l'est tout autant 

    Il y a de la douceur, de la candeur, de la tendresse, de la sensibilité, une certaine drôlerie dans Raoul Taburin a un secret. Mais en dépit de moments de grâce et d’émotion, l’ensemble se révèle trop gentillet et fade. Quant au duo Poelvoorde-Baer, il s’amuse à l’évidence beaucoup. Un peu trop pour convaincre.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er mai.

    Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 1 commentaire