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04/04/2018

Grand écran: décevant "Gaston Lagaffe", avec Théo Fernandez en roi de la boulette.

ccf809ee1b6c489fba847e37b6a8d.jpegEt voilà à son tour Gaston Lagaffe sur pellicule. Hélas, bien que l'on retrouve le personnage lunaire, bricoleur et gaffeur de première, son chat, sa mouette, la vache, Prunelle, Mlle Jeanne, de Mesmeaker et ses improbables contrats, le film, signé Pierre-François Martin-Laval (alias Pef) et dont l’action se situe aujourd’hui dans une start up, se révèle bien décevant pour les fans de Franquin. A l’image, sans surprise, de la plupart des BD cultes portées sur grand écran.

Il n'est dès lors pas très étonnant qu’Isabelle, la fille du dessinateur ait violemment réagi. "J’assiste impuissante au désastre, en espérant de tout cœur que le public saura distinguer le bon grain de l’ivraie, si je puis dire…" a-t-elle déclaré au journal belge L'Avenir.

Uniquement détentrice, explique le quotidien, d’un droit moral sur l’oeuvre de son père, qui a fait l’objet d’une exposition au Centre Georges Pompidou l’an dernier pour son soixantième anniversaire, elle ne pouvait pas s'opposer à l'adaptation cinématographique. "Même si les acteurs sont mal dirigés, le scénario débile et le rythme des gags catastrophique…", accuse-t-elle sans ménagement.

Pef a certes du mal à traduire le charme et l'esprit de Franquin. On retiendra pourtant une ambiance, des éléments de décors, ainsi que quelques trouvailles carrément dignes de Gaston. A cet égard, dénicher celui qui allait avoir la lourde tâche de devenir le roi de la boulette fut un sacré challenge pour le réalisateur. Qui est finalement tombé, suite à un étonnant concours de circonstances, sur Théo Fernandez. Il l'avait pourtant recalé après avoir vu une vidéo où il apparaissait!

Incroyable mais vrai, il s'endort à l'accueil...

L’acteur de 19 ans, récemment rencontré à Genève, raconte que tout est en effet parti d’une gaffe. "J’étais venu chez UGC pour un film différent. Mais je me suis endormi à l’accueil en me disant qu’on viendrait me chercher. Mais en fait j’ai raté le casting et c’est alors que deux types sont venus me demander si cela m’intéressait d’en passer un autre. J’ai d’abord refusé avant qu’ils me précisent qu’il s’agissait du rôle de Gaston Lagaffe… "

Théo Fernandez connaissait la BD pour en avoir lu trois albums quand il avait 5 ans. "J’avais trouvé sympa, sans plus. Ensuite je me suis davantage intéressé à ce personnage complètement décalé de nature, à contre-courant. J’admire son altruisme, sa bienveillance, sa poésie, sa créativité. Je suis d'ailleurs presque aussi inventif que lui. Je bidouille les ordinateurs, j’ai voulu lancer ma marque de cigarettes électroniques. Je me passionne pour l’horlogerie, sa mécanique, ses milliers de pièces".

"Le plus dur était de tenir la position"

Incarner Gaston avec son pull vert tricoté main trop court et troué lui a demandé trois mois de préparation. Et chaque jour deux heures pour la coiffure façon pétard. "Pef m’a en outre montré beaucoup de choses. Sa manière de penser, d’incarner sa philosophie, sa gestuelle, sa posture. Il m’a fallu une fraction de seconde pour trouver la position. En revanche pour la tenir, quelle galère! J’avais mal au bassin, aux jambes. C’était aussi très difficile de rester Gaston dans différentes situations, par exemple quand il est agité, stressé".

 Théo Fernandez pensait devenir acteur à 4 ans déjà, "J’aimais jouer des choses". Au cinéma, on l’a déjà vu en Donald alias Coin Coin dans la série des Tuche et notamment dans Aux yeux des vivants, un film d’horreur ou encore dans Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Depleschin. Changer de registre lui plaît. Il adore également le théâtre, qu’il a pratiqué en amateur pendant sept ans. "J’ai très envie d’en faire en pro, mais pour l’instant, j’ai un grand projet de comédie.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 4 avril.

 

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02/04/2018

Grand écran: Joaquin Phoenix bluffant en fauteuil roulant chez Gus Van Sant

2911319.jpgEreinté par la critique au Festival de Cannes 2015 pour The Sea Of Trees, évoquant la rencontre entre deux hommes partis se suicider dans une forêt japonaise, Gus Van Sant revient avec son dix-septième long métrage Don’t Worry He Won’t Get Far On Foot (Ne vous inquiétez pas, il n’ira pas loin à pied). Il est basé sur l’autobiographie éponyme du caricaturiste américain controversé John Callahan, natif de Portland dans l’Oregon, qui est aussi la ville du cinéaste.

A la suite d’un grave accident de voiture lors d’une nuit de beuverie, le jeune homme de 21 ans, alcoolique depuis l’adolescence, restera paralysé. Même en fauteuil roulant, il n’a pas l’intention d’arrêter de boire. Il finit toutefois par décider de suivre une cure de désintoxication.

Soutenu par sa compagne Annu (Rooney Mara) et son mentor Donnie (Jonah Hill à la fois méconnaissable et irrésistible en animateur gay à l’allure christique), il se découvre un talent inattendu pour le dessin. Son humour noir, trash, féroce, cinglant, politiquement incorrect lui vaudra la notoriété et la publication aux Etats-Unis dans des journaux aussi célèbres que The New Yorker ou Playboy. Il est mort en 2010, à 59 ans.

Le film est porté de bout en bout par Joaquin Phoenix, qui retrouve le cinéaste vingt ans après Prête à tout. Sacré meilleur acteur à Cannes l’an dernier pour A Beautiful Day, il nous refait, en dépit d’une petite tendance au cabotinage, un grand numéro chez Gus Van Sant, se coulant de façon bluffante dans le rôle de ce provocateur à la sensibilité exacerbée, qui finit par accepter sa condition, en rire et s’en moquer.

Cartonniste iconoclaste méconnu en Europe

Cette force a fait de lui un cartooniste iconoclaste, n’hésitant pas à s’attaquer avec une rare insolence à de délicats sujets comme le racisme et le handicap. Gus Van Sant n’exploite pas assez cet aspect de la personnalité de son héros méconnu en Europe, préférant se concentrer sur la rédemption de l’alcoolique tétraplégique. Avec  une (trop) large place laissée aux réunions d’alcooliques anonymes et à la douloureuse enfance de l’artiste aux cheveux roux, marquée par l’abandon de sa mère. Un traumatisme en principe à l’origine de son addiction. «Tout ce que je me rappelle, c’est qu’elle était irlandaise, enseignante et ne voulait pas de moi», répète-t-il lors de thérapies de groupe.

On glisse ainsi au fil de l’histoire vers une forme de bien-pensance et de sentimentalisme dans ce biopic qui certes se laisse voir, mais où le réalisateur peine de nouveau à retrouver cette patte de touche-à-tout virtuose, aussi à l’aise dans le cinéma indépendant que dans les films hollywoodiens. A cet égard on citera outre l’excellent Prête à tout déjà mentionné ou My Own Private Idaho, les plus récents comme Harvey Milk, Elephant, Palme d’or en 2003, ou encore Gerry, une merveille devenue culte. Sans oublier le triomphe populaire de Will Hunting.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 avril.

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28/03/2018

Grand écran: "Hostiles", un western sous haute tension avec le remarquable Christian Bale

Hostiles.jpgPendant toute leur vie, ils se sont affrontés. En 1892, après des années de sang versé, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker (Christian Bale), ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est forcé contre son gré d’escorter Yellow Hawk( Wes Studi), célèbre chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales.

Peu après leur départ du Nouveau-Mexique vers le Montana, ils rencontrent Rosalee Quaid (Rosamund Pike), seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches. Traumatisée, la jeune femme se joint à eux.

Au cours de leur périlleux périple à travers une Amérique ou règnent vengeance impitoyable et cruauté, les deux hommes, qui n’ont pas épuisé leur réserve de colère et de méfiance, vont pourtant devoir oublier un passé de violence et de haine, lutter contre eux-mêmes et se montrer solidaires. Autrement dit tuer ensemble, pour survivre à l’environnement, aux redoutables tribus qu’ils rencontrent.

Avec Hostiles, Scott Cooper, à qui l’on doit Crazy Heart, Les brasiers de la colère et Strictly Criminal, nous propose un western en forme d’hommage au martyre des Amérindiens. Lent, sombre, sous haute tension, taiseux, brutal, grave, mélancolique, humaniste, lyrique, il se déroule dans des paysages d’une beauté sauvage. Récit de rédemption, il fait déjà figure de grand classique dans la lignée des Impitoyable, Little Big Man ou Danse avec les loups.

Une réussite que l’on doit aussi bien sûr aux comédiens. A commencer par le remarquable Christian Bale dans le rôle taillé pour lui de ce revenant amer, austère, meurtri. Un soldat usé par les batailles, hanté par ses actes. A ses côtés, Rosamund Pike et Wes Studi se montrent à la hauteur.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 mars.b

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Grand écran: "Ready Player One", l'hommage foisonnant de Spielberg à la culture pop

player.jpgDeux mois après son ode au journalisme d’investigation dans Pentagone Papers, Steven Spielberg, renouant avec la science-fiction, se déchaîne dans un hymne à la culture pop avec Ready Player One, adapté d’un best-seller d’Ernest Cline publié en 2011.

Nous sommes en 2045 dans une Amérique ravagée par la pollution, la surpopulation, la crise énergétique, les problèmes politiques. Un univers chaotique, misérable, dont s’échappent des millions de pauvres gens pour se réfugier dans l’OASIS, un gigantesque jeu de réalité virtuelle. Il a été inventé par feu l’excentrique milliardaire James Halliday, un génie de l’informatique incarné par Mark Rylance. Steven Spielberg dit beaucoup s’identifier à ce créateur, le considérant comme le plus proche de sa vie et de sa vérité.

Avant de mourir, le mogul iconoclaste a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique, dissimulé dans son jeu. C’est parti pour une chasse au trésor planétaire avec l’espoir, pour les candidats, de toucher le jackpot. Parmi eux le jeune joueur prolétaire Wade Watts et l’odieux magnat Nolan Sorrento, rêvant de posséder l’OASIS pour régner sur le monde.

Multipliant les effets spéciaux, mêlant le virtuel et le réel, l'inventif réalisateur propose un film de SF rétro  à grand spectacle, qui va surtout ravir les geeks et les fans de jeux vidéo. Rendant hommage à la culture des années 80, à ses objets, à ses fétiches, à sa musique et aux films qu’il aime, le cinéaste se livre à une débauche de clins d’œil et de références (la Delorean de Retour vers le futur, le Rubik’s Cube, Akira, King-Kong, Star Wars). Une surabondance qui culmine dans une séquence revisitée du célébrissime Shining de Stanley Kubrick.

Mais s’il est visuellement foisonnant et spectaculaire, le film pèche par son côté répétitif, son scénario sommaire, son discours politico-économique superficiel, son absence de vrai questionnement sur l’addiction au virtuel, dans la mesure où Spielberg tient à nous rappeler que le jeu c’est bien, mais que la réalité c’est mieux. Enfin, on lui reprochera de mettre en scène des personnages et leurs avatars peu attachants.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 mars.

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27/03/2018

Grand écran: Isabelle Huppert en feu dans "Madame Hyde"

hydet.jpgSerge Bozon propose une relecture très libre du célèbre roman de Robert Louis Stevenson, L’Etrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde. On en attendait beaucoup dans la mesure où sa Madame Hyde est porté de bout en bout par Isabelle Huppert, qu’il avait déjà dirigée dans Tip top en 1913.

Toujours excellente, la comédienne avait logiquement remporté le prix d’interprétation au dernier Festival de Locarno. Mais elle ne suffit pas à faire totalement décoller une histoire pourtant prometteuse où, sous couvert de dédoublement de personnalité, de fantastique, d’étrange, d’inquiétant mêlé de poésie, le réalisateur français nous parle de social, d’école, d’éducation, de connaissance, de la manière de la transmettre et de l’alimenter.

Fragile, timide, maladroite, peu sûre d’elle, au bord de la dépression nerveuse, Mrs Géquil enseigne la physique dans un lycée professionnel de banlieue. Parvenant difficilement à communiquer son savoir, elle est méprisée par ses collègues que son excentricité dérange et tourmentée par des élèves odieux.

Foudroyée en pleine expérience dans son laboratoire durant une nuit d’orage, Mrs Géquil s’évanouit. En revenant à elle le lendemain matin, elle se sent animée d’une énergie nouvelle qui la métamorphose complètement. Celle de la puissante, dangereuse et incandescente Madame Hyde, dont il lui faudra dès lors maîtriser la lumière et le feu. On retrouve à ses côtés Romain Duris assez irrésistible en proviseur farfelu et José Garcia à contre-emploi en homme au foyer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 mars.

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21/03/2018

Grand écran: avec "Mektoub my love:Uno canto", Kechiche veut célébrer la vie, l'amour, les corps

maxresdefault.jpgCinq ans après le triomphe cannois de La vie d’Adèle (trois Palmes d’or) et les polémiques qui ont suivi, Abdellatif Kechiche revient avec Mektoub my love: Uno canto. Comme son titre le précise, c’est le premier chapitre d’un tryptique très librement adapté, dans la mesure où il en modifie les personnages, les enjeux, le lieu et la date, d’un récit initiatique de François Bégaudau, La blessure, la vraie.

Dans un film sur la jeunesse baigné de lumière, sensuel, fiévreux, célébration selon l'auteur, de la vie, de l’amour, des corps, de l’avenir, Kechiche nous emmène à Sète, durant l’été 1994. Et, pendant trois heures, se focalise sur Amin, (Shaïn Boumédine, photo), sorte d’alter ego jeune, dont il est cinématographiquement tombé amoureux et qu’il veut suivre à la Truffaut, dans les prochains volets.

Jeunes gens en quête d’ivresse et de rencontres

Apprenti scénariste passionné de photo, cet intello beau comme un dieu installé à Paris est de retour dans sa ville natale pour les vacances. Timide, sensible, délicat et réservé, il retrouve sa famille, son cousin frimeur Tony (Salim Kechiouche), un mythomane extraverti qui couche avec tout ce qui bouge et notamment avec Ophélie, la plantureuse amie d’enfance d’Amin (Ophélie Bau), alors qu’elle est censée se marier avec Clément, un militaire pour l’heure en mission. Il renoue aussi avec des proches comme Camelia (Hafsia Herzi).

lou.jpgDésoeuvré, Amin passe son temps dans le noir à regarder des films de Dovjenko, ou dans le restaurant tunisien de ses parents, les bars, les boîtes où s’entassent de jeunes gens en quête d’ivresse et de rencontres, et la plage où bronzent les belles estivantes, dont Céline, la ravissante Lou Luttiau (photo)avec son sourire ravageur.

Une petite troupe se forme, l’alcool coule, les fêtes s’enchaînent entre drague, désirs brûlants, baises et danses frénétiques. Tout cela sous les yeux d’Amin qui, fasciné, préfère rester en retrait, matant les filles superbes de loin ou leur tournant autour sans les toucher, observant ces tentatrices affirmer voluptueusement leur pouvoir de séduction, quand il ne se mue pas en confident pour un cœur brisé.

Au plus près du postérieur des filles…

Il aime aussi prendre des photos. Insistante, la caméra d’Abdellatif Kechiche s’attarde alors lourdement sur les corps féminins, les fesses débordant généreusement de shorts ultra-courts de ses héroïnes éméchées qui se trémoussent sur la piste de danse. Une façon de filmer ses actrices non seulement sous toutes les coutures mais au plus près du postérieur, ce qui ne doit pas spécialement plaire au mouvement Me Too…

On peut regretter la pesanteur inutile de ces passages libidineux, même si le réalisateur dit avoir voulu retrouver une forme d’allégresse perdue, une liberté aujourd’hui disparue avec les attentats en France. Mais on ne peut que reconnaître, le talent de Kechiche à capter le bouillonnement de l’adolescence, la sève qui monte, le trouble amoureux, la grâce, les élans de jeunes gens impétueux.

Ils sont de surcroît interprétés par des comédiens pour la plupart débutants, qui se coulent à merveille dans cette proposition hédoniste où le réalisateur s’emploie à raconter l’insignifiant, à flirter avec le vide. Mais où on ne cesse de s’attendre à quelque chose, ce qui donne curieusement du suspense à l’histoire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 mars,

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20/03/2018

Grand écran: Le dissident chinois Ai WeiWei à la rencontre des migrants dans "Human Flow"

maxresdefault.jpgVisage de la dissidence chinoise, célèbre pour ses démêlés avec Pékin, star de l’art contemporain, Ai WeiWei se penche dans Human Flow sur l’ampleur catastrophique de la crise migratoire et ses terribles répercussions humanitaires.

Un documentaire choc sans commentaires tourné sur une année dans 23 pays avec l'objectif de provoquer un éveil des consciences devenu des plus urgent. Plus de 65 millions de personnes ont été forcées de partir de chez eux pour fuir la guerre, la famine et les bouleversements climatiques. Il s’agit du plus important flux migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans ce premier long métrage fleuve, l’artiste peintre, sculpteur et plasticien suit plusieurs trajectoires d’hommes et de femmes en détresse et en souffrance sur l’ensemble de la planète, de l’Europe (Italie, Grèce, Allemagne, France) à l’Afrique, en passant par le Bangla Desh, l’Afghanistan, l’Irak, Israël, le Mexique, la Turquie, la Birmanie.

Des gens qui, pratiquement sans espoir de retour, ont tout quitté dans une quête désespérée de paix, de justice et de sécurité, mais dont les droits à la dignité, à l’accueil et à la protection sont violés sans scrupule. Allant à la rencontre de ces migrants, dont il salue le courage, la résilience et la volonté d’intégration, Ai WeiWei recueille quelques témoignages évoquant les dangereuses traversées en mer, les longues marches épuisantes pour buter sur des barbelés, la rude errance dans les rues des capitales. Des images saisissantes, bouleversantes, jamais vues.

Il montre ainsi la situation dramatique des réfugiés vivant dans des camps surpeuplés, notamment au Kenya, le plus grand du monde, ou parqués dans un ancien aéroport berlinois. Il pointe le sort de la minorité musulmane des Rohingyas persécutée ou l’expulsion des réfugiés afghans du Pakistan.

Le tableau de l’état du monde dressé dans cette œuvre politique, humaniste, est accablant. Dans cette optique, on ne peut certes que rendre hommage à l’auteur engagé que d’en appeler à la compassion, à la tolérance, à l’ouverture envers l’autre, au vivre ensemble, au lieu de se replier sur soi.

Mais il veut aussi faire œuvre de création. Toutefois, avec son projet colossal consistant à embrasser toutes les problématiques, il finit par livrer un film désordonné, fourre-tout, où la mise en images conceptuelle l'emporte sur le regard du cinéaste.

Par ailleurs, on déplore de la part d’Ai WeiWei arguant de son lien naturel avec des réfugiés, lui-même se considérant comme tel, une volonté choquante sinon parfois indécente de se mettre en scène. Au lieu de s’effacer derrière son sujet absolument tragique.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 mars.

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14/03/2018

Grand écran: Dubosc drague Alexandra Lamy en fauteuil roulant dans "Tout le monde debout"

maxresdefault.jpgAprès Les Tuche et La Ch’tite famille, on pouvait craindre une nouvelle daube avec le premier passage de Frank Dubosc derrière la caméra pour Tout le monde debout. Pourtant l’un des humoristes préférés des Français parvient à nous surprendre avec une comédie plutôt bien écrite (par lui-même), où il évoque le handicap tout en surfant sur la romance.

Hésitant longuement à se donner le premier rôle, Dubosc a fini par endosser le costume de Jocelyn, puissant dirigeant d'une entreprise de sport. Crâneur, menteur, dragueur invétéré, il multiplie les conquêtes. Jusqu'au jour où il se retrouve par hasard à séduire Julie, une jeune et jolie auxiliaire de vie, en se faisant passer pour un handicapé.

Bientôt il est invité dans la famille de Julie, qui lui présente sa sœur Florence, vraiment paraplégique, dont il va tomber fou amoureux. Mais son faux handicap se retourne contre lui. Craignant de la perdre, Jocelyn ne sait pas trop comment lui avouer la vérité.

Le véritable handicapé n'est pas celui qu'on pense

A quelques exceptions près, Dubosc laisse de côté ses gros sabots et son humour beauf. Certes on ne va pas jusqu’aux escarpins vernis et à la standing ovation, mais il faut reconnaître de la délicatesse et de la pudeur dans le traitement du sujet au nouveau réalisateur. Jouant sur les sentiments, mêlant émotion et tendresse, il veut non seulement démontrer que le fauteuil n’est pas une barrière à l’amour, mais que finalement le véritable handicapé n’est pas celui qu’on pense...

Franck Dubosc est particulièrement bien entouré par les personnages féminins. Sa partenaire, la ravissante, gaie, rayonnante et lumineuse Alexandra Lamy, se montre juste et crédible en violoniste qui joue par ailleurs au tennis. Dans le rôle secondaire d’assistante de Jocelyn, Elsa Zylberstein se révèle incroyablement douce, sensible et authentique.

On n’en dira peut-être pas autant de Gérard Darmon et de Claude Brasseur qui viennent jouer les utilités dans un film sans prétention. Il aurait tout de même gagné à être plus court et on regrette une fin lourdingue. Mais on ne se refait pas…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

 

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Grand écran: Léa Pool explore l'univers d'une Lolita québécoise dans "Et au pire on se mariera"

une-premiere-bande-annonce-pour-le-tres-attendu-film-et-au-pire-se-mariera-433503.pngAïcha, 14 ans, vit avec sa mère Isabelle à qui elle ne pardonne pas d’avoir viré le beau-père algérien qui abusait d’elle mais qu’elle adorait. Elle espère toujours qu’il reviendra la chercher, Solitaire, vivant dans un autre monde, elle cherche son identité, n’a pas d’amis, sauf deux prostitués travestis de son quartier miteux du Centre-Sud de Montréal.

Un jour, dans un parc, elle rencontre Baz, un musicien nettement plus âgé qu'elle. C'est le coup de foudre. Elle s'y attache jusqu’à l’obsession. Baz tient à aider cette gamine, mais elle veut bien plus de lui et est prête à tout pour l’obtenir. Très vite elle s’empêtre dans ses mensonges, ses fantasmes, ses affabulations qui vont conduire au drame.

Treizième long métrage de Léa Pool, Et au pire, on se mariera est une chronique intimiste qui traite des amours adolescentes, interdites et de leurs conséquences. Après La passion d’Augustine, la cinéaste d’origine vaudoise qui a choisi de vivre et de travailler au Québec il y a 25 ans, retrouve ainsi un thème qui lui est cher. Basé sur le roman monologue de Sophie Bienvenu, coauteure du scénario, le film évoque une première passion violente où le bien et le mal ne se traduisent pas simplement par le noir et le blanc, mais comportent plusieurs nuances de gris…

Une actrice totalement investie

Les comédiens constituent le principal atout. A commencer par l’excellente Sophie Nélisse (photo), qui porte l’opus sur ses épaules. Elle s’investit totalement dans le personnage d’Aïcha, qu'elle est plus qu'elle ne l'incarne.  D’autant qu’elle a vécu la situation de la jeune fille, étant elle-même amoureuse d’un garçon plus âgé.

Avec Isabelle, la mère, Léa Pool retrouve Karine Vanasse qu’elle avait engagée il y a 20 ans pour Emporte-moi, son premier film. A signaler également Jean-Simon Leduc, très convaincant dans le rôle de Baz, qui semble ne pas bien comprendre ce que cherche Aïcha.

Léa Pool, récemment rencontrée à Genève a eu l’idée d’adapter le roman de Sophie Bienvenu grâce à sa fille. « Elle l’a lu et m’a encouragée, Cela tombait bien. J’avais envie d’aller dans une structure éclatée, où je pourrais me laisser aller à une plus grande liberté créatrice. Mais surtout j’ai été bouleversée par le personnage d’Aïcha

Qu’est-ce qui vous a tellement plu chez cette Lolita québécoise?

Sa complexité, sa maturité, sa philosophie de la vie, son expression, sa façon de parler, son vocabulaire particulier. Par ailleurs, on ne sait jamais si elle ment ou dit la vérité. Je voulais aller dans son univers, sa poésie, sa solitude, rentrer dans sa tête, mettre des images sur ce quelle raconte.  

Vous aimez également parler de la cellule familiale. Aïcha a des rapports très tendus avec sa mère.

Elle lui en veut beaucoup pour avoir mis son beau-père chéri à la porte. A ma connaissance, c’est la première fois qu’un enfant montre l’absence de choc dans une relation avec un adulte. C’est toutefois une situation très délicate. Il ne faut pas oublier que c’est une petite fille qui la vit. Le roman décrit des scènes très osées et la fille a 13 ans. Mais je ne me sentais pas à l’aise avec cela et je ne suis pas allée aussi loin.

Vos films donnent en général la parole aux femmes. De tous âges.

Il y a eu une statistique sur les films primés aux Oscars à propos du temps pendant lequel elles parlent: 15%, contre 85% pour les hommes. Edifiant, non? Chez moi, c'est l'inverse. Et parce que je suis une femme, je choisis des sujets qui m’interpellent. J’ai été amoureuse de mes profs, et je suis fascinée par les liaisons interdites, les amours impossibles. Il y a là quelque chose qui exalte le sentiment.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

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13/03/2018

Grand écran: "The Song Of Scorpions", une laborieuse histoire de vengeance. Avec la belle Golshifteh Faharani

the-song-of-scorpions-1.jpgEn mai 2016, la lumineuse Golshifteh Faharani subjuguait Cannes aux côtés d’Adam Driver dans Paterson de Jim Jarmush. Fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse, elle redécorait obsessionnellement en noir et blanc tout ce qui lui tombait sous la main

Changement radical de style dans The Song Of Scorpions. La belle comédienne se glisse dans la peau de Nooran, chanteuse, guérisseuse, sage-femme et médecin dans la communauté Sindhi du Rajasthan. En l’entendant Aadam, marchand de chameaux (interprété par le célèbre Irrfan Khan, découvert dans Slumdog Millionnaire),en tombe fou amoureux. Econduit, il ourdit une terrible vengeance.

Trop long, laborieux, sans rythme, l’opus, présenté à Locarno en août dernier, est signé par le réalisateur indien Anup Singh, installé depuis une quinzaine d’années à Genève. Pour son histoire d’amour tordu sur fond de traîtrise et de rédemption, il a décidé de travailler dans le désert. Un milieu dur, sec et aride à l’image du monde, selon lui, où se cache toutefois toujours une source d’eau. Il s'applique par ailleurs à dénoncer, même maladroitement, l’extrême violence notamment sexuelle, faite aux femmes en Inde.

Nooran en est victime dans The Song Of Scorpions. "En tant que femmes nous sommes violées partout. Notre existence, le fait d'être nées dans certains pays, nous impose de ne pas pouvoir choisir", relève Golshifteh Faharani. "Le viol est une attaque horrible, affreusement humiliante. Cette scène a été pour moi un véritable défi. Mais il ne s’agit pas que de cela dans le film. Il faut continuer à repousser les limites. La vie est remplie de choses non désirées. Allons-nous nous laisser empoisonner par ces malheurs? Dans les ruines, on peut trouver un trésor. Il faut le chercher. Nooran a la rage de vivre. Elle retrouve la lumière, qui l’amène vers le pardon".

L’autre défi pour elle, c’était la langue, l’une des choses les plus difficiles. *J’ai suivi six mois de cours pour parler de manière acceptable Cela ajoute de la pression, surtout quand on veut être authentique. Jusqu’à présent, j’ai joué en sept langues». Et il y en aura une huitième pour Golshifteh Faharani qu’on retrouvera bientôt dans Red Snake de Caroline Fourest et Le dossier Mona Lisa du réalisateur israélien Eran Riklis

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

 

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