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30/07/2018

Festival de Locarno: l'homme au centre de la 71e édition, qui fera aussi place à l'humour

cq5dam.web.1280.1280.jpegProjections sous les étoiles et sur l’un des plus grands écrans du monde, Compétition internationale, Rétrospective McCarey, Cinéastes du présent, Léopards de demain, Semaine de la critique, Hommages... Dès mercredi 1er août, le Festival de Locarno propose à son habitude un menu copieux pour sa 71e édition, qui a mis l’homme en son centre. En collaboration avec les Nations-Unies, le cinéma célèbre en effet par ailleurs les 70 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

Lors de la soirée qui leur est dédiée, sera diffusé le dernier film de Spike Lee BlacKkKlansman. Cette charge cinglante et jubilatoire contre le racisme, l’extrême-droite et le président Trump, raconte l’histoire vraie d’un policier afro-américain qui avait infiltré le Ku Klux Klan au début des années 70, avec un collègue juif.

Selon le directeur artistique Carlo Chatrian, pour qui chaque homme est unique, précieux et irremplaçable, le programme de cette année est «une longue et extraordinaire galerie de visages singuliers, désarmants, même quand ils font semblant».

Du rire sur la Piazza Grande

BlacKkKlansman-first-look-image-600x400.jpgOutre avec l’irrésistible pamphlet de Spike Lee (photo), on ne va pas s’ennuyer sur la Piazza Grande, où on pourra voir 17 longs-métrages. Après Liberty, un court de McCarey avec Laurel et Hardy en ouverture, le Français Vianney Lebasque  propose Les beaux esprits, évoquant de vrais joueurs de basket qui prétendent être handicapés mentaux pour participer aux Jeux Paralympiques de Sydney.

Le Français Bruno Dumont, qui recevra un Léopard d’honneur, débarque avec sa nouvelle mini-série loufoque CoinCoin et les Z’inhumains. En clôture, son compatriote Benoît Delépine ne sera pas en reste avec I Feel Good, une comédie mettant en scène Jean Dujardin et Yolande Moreau.

La Néo-Zélandaise Jane Campion propose un thriller érotique, In The Cut, tandis que l’Américain Ethan Hawk, lauréat d’un Excellence Award signe un  portrait du musicien Blaze, qui est également le titre de l’opus.  Quant à la Suisse, elle est triplement représentée avec Le vent tourne de Bettina Oberli, Un nemico che ti vuole bene de Denis Rabaglia et L’Ospite de Duccio Chiarini.

Quinze films en compétition

Les quinze films en lice pour le Léopard d’Or, dont treize en première mondiale venus d’autant de pays et soumis au verdict du jury présidé par le Chinois Jia Zhangke, s’attachent plus particulièrement à des personnages qui ont eu le courage d’affronter les difficultés. Au lieu de se concentrer sur des conflits qui agitent la planète, Locarno met ainsi l’accent sur des histoires personnelles dont certaines font écho à l’actualité.

On retiendra par exemple Diane de l’Américain Kent Jones, Gangbyun Hotel du Sud-Coréen Hong Sangso, Genèse du Canadien Philippe Lesage, Glauberberg de Thomas Imbach, seul Helvète en concours. Mais le festival  lance surtout un défi de taille avec La Flor de l’Argentin Mariano Llinas. Il s’agit d’un film de 14 heures, composé de six épisodes dont chacun est un hommage à un style. L’objet a nécessité dix ans de travail.

affair_remember_hallway.jpgLa Rétrospective McCarey

C’est l’un des piliers du festival. Après des maîtres du genre, Lubitsch, Minelli, Cukor, c’est à Leo McCarey (1898-1969), lauréat de trois Oscars, que Locarno consacre sa Rétrospective riche de 109 films. Auteur et réalisateur formé dans les années 20, il a laissé sa marque sur la grande époque du burlesque et de la comédie (Laurel & Hardy, les Marx Brothers, Harold Lloyd, Cary Grant, Mae West ou Charles Laughton).

À la fin des années 1930 et après la guerre, McCarey s’oriente vers le mélodrame, tournant des comédies romantiques et des films religieux. Dans cette partie de sa carrière, il exalte le talent de stars, Ingrid Bergman, Paul Newman, Bing Crosby, Deborah Kerr, et retrouve son complice Cary Grant dans des films inoubliables comme Good Sam (1948) et An Affair to Remember (1957, photo). A noter également des chefs d’œuvre, Love Affair (1939), ou le préféré du réalisateur, bien qu’il fut un échec commercial, Make Way For Tomorrow (1937)

La Rétrospective, conçue par Roberto Turigliatto, est organisée en partenariat avec la Cinémathèque suisse (qui accueillera la Rétrospective à l’instar notamment des Cinémas du Grütli à Genève), la Cinémathèque française et avec la collaboration du Festival de Pordenone.

Rappelons enfin que Carlo Chatrian, en partance pour la direction artistique de la Berlinale, quittera ses fonctions au terme de cette édition. C’est alors seulement que sera dévoilé le nom de son successeur.

Festival International du Film de Locarno du 1er au 11 août.

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10/07/2018

Grand écran: l'Iranien Jafar Panahi brave la justice de son pays dans "Trois visages"

3_visages_b.jpgAlors qu’il avait tourné son film précédent Taxi Téhéran à l’abri de sa voiture, Jafar Panahi reprend le volant  pour un road movie rural et poétique dans les montagnes reculées du Nord-Ouest. Il y critique à nouveau avec subtilité et malice une société patriarcale liberticide. En se penchant plus particulièrement sur la condition des femmes tentant d’avancer malgré les obstacles.

Trois visages a obtenu le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes en l’absence du cinéaste iranien assigné à résidence. Il brave la justice de son pays avec une intrigue en forme de métaphore. Behnaz Jafari, une célèbre actrice qui joue son propre rôle reçoit sur son portable la vidéo d’une jeune femme, empêchée par son père de devenir comédienne. Reprochant à la star de ne pas avoir répondu à ses appels à l’aide, elle se pend.

Bouleversée mais imaginant une manipulation macabre, Behnaz Jafari demande à son ami Jafar Panahi de l’emmener enquêter sur le drame dans le village de l’inconnue,  au quotidien dicté par des traditions ancestrales archaïques. Et les voici partis pour un voyage semé d’embûches sur des routes de plus en plus étroites et sinueuses.

Tout en dénonçant l’obscurantisme, l’héritier du grand Abbas Kiarostami mort en 2016, dont il fut l'assistant et à qui il rend hommage, évoque un changement possible dans ce plaidoyer féministe où l'on croise trois générations. Il se manifeste à la faveur d’une dernière scène porteuse d’un message symbolique.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 juillet.

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25/06/2018

Grand écran: avec "Love, Simon", comédie romantique gay ado, Hollywood élargit son horizon

lovesimon.jpgPas facile de faire son coming out. Surtout lorsqu’on a dix-sept ans. Comme Simon (Nick Robinson) qui cache son secret à ses potes et à sa famille. Son seul confident c’est «Blue», un mystérieux camarade de classe avec qui il entretient une correspondance en ligne sous pseudonyme et dont il tombe amoureux. Mais un autre élève découvre leurs messages et fait chanter Simon, menaçant de révéler sa vraie orientation s’il ne l’aide pas à conquérir l’une de ses amies.

Signé Greg Berlanti, ouvertement homosexuel, marié et papa d’un petit garçon, Love, Simon est adapté du roman à succès de Becky Albertalli. Il s’agit de la première comédie romantique gay adolescente produite par un grand studio avec diffusion massive. Contrairement par exemple au récent Call Me By Your Name, destiné à un public de niche.

D’où son côté unique. Elargissant l’horizon hollywoodien, Love, Simon représente une étape aussi importante pour l’inclusion LGBT que l’a été Black Panther pour la diversité raciale. Xavier Dolan a dit tout le bien qu’il en pensait sur Instagram. Non pas tellement pour la qualité cinématographique de l’opus que pour son important message à l’égard des jeunes gays dans le monde, hésitant à se dévoiler.

Brassant les thèmes de l’amour, de l’amitié de la trahison, ce feel good movie attendrissant et amusant, avec notamment quelques caractères irrésistibles, reste ultra classique et consensuel dans sa forme. Mais c’est justement l’idée. Traiter cette histoire en banalisant l’homosexualité d’une manière presque subversive.

Contrairement à ce qui se passe dans d’autres films sur le sujet, Simon n’a pas à vivre des drames dans un milieu hostile. Il évolue au contraire dans un univers ouaté, idéalisé ,où non seulement la pluralité culturelle, religieuse, raciale, sexuelle va de soi, mais où tous les personnages lui manifestent une profonde sympathie.

Nick Robinson sidérant de naturel

Et pourtant l’adolescent a du mal à sortir du placard, sachant que son existence ne sera plus pareille après. En dépit de parents et d’amis compréhensifs, prêt à l’aider à en vivre une nouvelle. Cela montre que malgré l’évolution des mentalités, tous les combats pour l’égalité ne sont pas gagnés.

Certes l’auteur refuse à l’évidence de choquer, évoquant des sujets graves comme la peur du rejet, le chantage, l’intimidation en les édulcorant, gommant par ailleurs la violence homophobe. Du coup son film manque d’intensité et de piquant, mais il n’en fait pas moins œuvre utile. Et les interprètes sont excellents, à commencer par l’atout majeur, le joli et adorable Nick Robinson, sidérant de naturel.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 juin.

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20/06/2018

Grand écran: Bruno Podalydès fait revivre Bécassine dans une jolie fable burlesque

26275.jpegBécassine est née dans une ferme bretonne le jour où des bécasses survolaient son village. Devenue adulte, toujours vêtue de sa coiffe blanche assortie à son tablier et de sa robe verte, elle a gardé sa naïveté d’enfant et rêve d’aller à Paris. Prête à avaler les nombreux kilomètres qui la séparent de la capitale, elle se met joyeusement en route avec son baluchon, mais ne tarde pas à voir s’achever un périple à peine entamé.

L’ingénue voyageuse (Emeline Bayart) croise en effet la marquise de Grand-Air (Karin Viard) accompagnée de son ami Monsieur Proey-Minans (Denis Podalydès, frère du cinéaste). Elle lui propose de venir au château pour s’occuper de sa fille adoptive Louise-Charlotte dite Loulotte (Maya Compagnie), un amour de bébé dont Bécassine s’entiche d’emblée. C’est alors que débarque le tintinesque marionnettiste ambulant Rastaqueros (Bruno Podalydes, derrière et devant la caméra) à l’improbable sens des affaires et qui s’emploie à ruiner la marquise conquise par cet escroc charmeur. Mais Bécassine va veiller au grain…

Cette deuxième adaptation avec acteurs de la célèbre bande dessinée apparue en 1905 sous la plume de Jacqueline Rivière et le dessin d’ Émile-Joseph Pinchon,s’est attiré les foudres d’un collectif breton qui en a apparemment marre de Bécassine. Se disant indépendantiste, féministe écologique et internationaliste, il dénonce une caricature et une insulte à toutes les Bretonnes, appelant à un boycott du film, tout comme cela avait été le cas en 1939 pour celui de Pierre Carron avec Paulette Dubosc en 1939.

Bricoleuse pleine d'imagination

Une colère très minoritaire, selon l’auteur, mais surtout très étonnante en regard de l’oeuvre. Fidèle à la candeur de son héroïne, Bruno Podalydès est très loin de la prendre pour une sotte ou une paysanne mal dégourdie. Se libérant des clichés, Il en fait une créature au cœur pur, généreuse, mais surtout pleine d’imagination, ingénieuse, inventive, créative, dans cette jolie fable douce où le cinéaste propose quelques scènes désopilantes.

Comédienne de théâtre, Emeline Bayart, que Bruno Podalydès avait déjà dirigée dans Bancs publics. Adieu Berthe et L’enterrement de mémé se coule dans le costume de Bécassine, qui lui va comme un gant. Lumineuse elle séduit avec ses grands yeux bleus curieux, son côté bricoleuse, sa capacité d’émerveillement, sa générosité, sa façon irrésistible de marcher en se dandinant, fesses cambrées et buste en avant. Elle évolue idéalement dans l’univers burlesque, poétique, tendre, teinté de mélancolie du réalisateur foufou de Comme un avion.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 juin.

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17/06/2018

Coupe du monde: la Suisse tient tête au Brésil. Rien de plus normal!

mondial-2018-le-bresil-domine-la-suisse-sans-forcer-mi-temps.jpgLe Brésil est bon à prendre, psalmodiaient nos experts, manifestant une  confiance à toute épreuve. Un peu comme l’Allemagne par le Mexique en somme… Pourtant, en découvrant que Petkovic n’avait pas peur du prestigieux adversaire des siens, j’avoue que j’avais au contraire le trouillomètre proche de zéro. Qui a atteint moins dix en écoutant la perruche Pierre-Alain Dupuis et quelques autres y aller de leur pronostic audacieux, en donnant les Suisses gagnants. 

Certes j’aurais pu être un rien rassurée par la condescendance des Français qui, après avoir passé des heures et des heures à blablater sur la rencontre médiocre bien que gagnante de leur équipe, ont accordé quelques  minutes au duel entre la Seleçao et les Rouges sur les différentes chaînes. Histoire de balayer cavalièrement cette pauvre Nati, en déclarant en substance qu’il n’y avait pas photo face aux stars style Neymar looké décoiffant de surcroît, Coutinho et autres Miranda.

Impossible de leur donner entièrement tort. Mais il y a la manière de dire les choses, qualité dont nos chers voisins sont à l’évidence totalement dépourvus. Remarquez, sur TF1, ils ont rabattu un instant leur caquet face à la prestation des Rouges, les trouvant même admirables, pour recommencer très vite à bassiner le téléspectateur avec les Bleus.

C’est vrai qu’ils ont été plutôt costauds et courageux, les Helvètes. Mais si on en juge par la façon dont on a vanté, avant le match, leur grande expérience, leur bloc défensif, leur collectif béton, les fortes individualités comme Behrami et Lichsteiner, sans oublier l’excellence de Yann Sommer, la performance n’est finalement que très naturelle. D’autant que dans le fond, la Suisse aurait pu gagner... 

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16/06/2018

Coupe du monde: les Bleus à l'attaque de leur deuxième étoile. Une simple formalité...

image.jpgUne deuxième étoile pour les Bleus? Simple formalité à en croire la quasi totalité des spécialistes sur toutes les ondes de l’Hexagone, y compris Daniel Cohn-Bendit, y allant lui aussi de son coaching inspiré. En effet avant que la compétition démarre, les Tricolores l’avaient, selon eux, déjà gagnée. Alors vous pensez s’ils sont secrètement confortés dans leurs certitudes, après cette première victoire, même un rien étriquée, sur une vaillante Australie d’abord éblouie par le soleil, puis par son redoutable adversaire!

Un poil critiqués, je l'admets, au fil d’un duel moins flamboyant qu’espéré par les commentateurs légèrement déçus, les Bleus restent des génies du crampon pour les aficionados. Collectivement et individuellement. Un palmarès de Cannes à eux seuls. Toujours prêts à rafler non seulement la Palme d’or, mais le Grand prix du jury, celui du scénario, de la mise en scène et de l’interprétation. Sans oublier la caméra d’or pour les petits nouveaux.

Quid des Ronaldo, Neymar, Messi, Neuer, Costa, Salah? Certes ils ne sont pas mauvais. Voire bons. Mais pas autant que les Lloris, MBappé, Pogba, Kanté… enfin tous ou presque, à commencer bien sûr par Griezman, le chouchou de ses compatriotes en extase devant un tel talent. Lui-même se montre toutefois d’une incroyable modestie, déclarant qu’il n’est que l’un des trois meilleurs de la planète...

Ceci explique évidemment l’enthousiasme délirant des fans. Mais il y a une autre raison au triomphe final annoncé de nos chers voisins. C’est l’invention d’un nouveau langage. Car sur le terrain, l’important c’est de se causer entre potes. Mais pas n’importe comment. Et les Bleus l'ont compris. Figurez-vous que contrairement aux autres footeux, eux parlent… avec les pieds, a révélé un expert du ballon rond au début de la rencontre. Voilà qui devrait faire une sacrée différence!

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12/06/2018

Grand écran: "Desobedience", l'amour interdit face aux dogmes religieux

rachel-weisz-i-rachel-mcadams-w-filmie-o-lesbijskiej-milosci.jpegOurs d’argent l’an dernier à Berlin avec Una Mujer Fantastica, le Chilien Sebastian Lelio, qui prouve une nouvelle fois son intérêt pour les personnages féminins marginalisés en raison d’idées reçues, revient avec Desobedience (Désobéissance). C’est son sixième long métrage et le premier en anglais.

Adaptant le roman de la Britannique Naomi Alderman en l’épurant beaucoup, l’auteur opère une plongée dans la communauté juive orthodoxe de Londres en racontant la relation, en l’occurrence transgressive, entre deux jeunes femmes.

Le réalisateur, issu d’un milieu qui n'a rien à voir avec celui de son film, a dû se documenter sur cette société ultraconservatrice presque à la façon d’un anthropologue. Il met en scène Ronit Krusha (Rachel Weisz), une photographe vivant depuis plusieurs années à Manhattan, loin du milieu londonien où elle a grandi et dont elle avait été chassée. Mais elle y retourne pour assister aux obsèques de son père rabbin, subitement décédé à l’issue d’un sermon.

Sur place, elle doit affronter l’hostilité de tous, à l’exception de celle de son cousin Dovid (Alessandro Nicola), le fils spirituel de son père et son héritier, ravi de la revoir. A sa grande surprise, elle apprend qu’il est marié avec son amie d’enfance Esti (Rachel McAdams) dont elle était alors amoureuse.

A l'opposé l'une de l'autre

La prolongation de son séjour ravive une passion jamais éteinte entre les deux ex-amantes que l’on découvre diamétralement opposées. Ronit est extravertie, moderne, n’obéissant pas aux préceptes de la Torah. Une rebelle et un déshonneur pour son père aux yeux d’une congrégation pétrie de dogmes religieux et aux institutions rigides. Esti est au contraire timide, introvertie, désireuse de rester cachée, mais constamment en lutte contre elle-même, sa conscience et son identité.

Tout en voulant rester fidèle à son mari et à la communauté, elle brûle d’exprimer son homosexualité et teste les limites d’une certaine liberté que lui laisse Dovid, conjoint plutôt tolérant et progressiste en regard de son environnement particulièrement traditionnaliste.

Les trois comédiens se révèlent convaincants dans ce récit d’émancipation émouvant, original, fiévreux, sensuel à la faveur de très belles scènes d’amour, où l’auteur philosophe également sur le libre arbitre des hommes et des femmes et leur capacité à choisir. Mais on lui reprochera d’avancer à un rythme trop lent et de tarder à véritablement installer la tension entre les protagonistes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 juin.

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22/05/2018

Grand écran: Christophe Honoré bouleverse avec "Plaire, aimer et courir vite"

4745491.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgEn compétition récemment à Cannes, Christophe Honoré, à l’image de tous les concurrents français, est reparti les mains vides. Dommage pour le bouleversant Plaire, aimer et courir vite, porté par le craquant Vincent Lacoste. De tous les plans, le comédien est comme toujours formidable de naturel et de justesse dans un univers qu’il découvrait. A ses côtés, Pierre Deladonchamps (photo), se révèle pareillement convaincant.

S’il est beaucoup question de sexe, l’auteur privilégie à son habitude la pudeur, la délicatesse des sentiments dans cette belle et bouleversante romance gay, condamnée dans les années 90, mais pleine de grâce, de vitalité et de légèreté.

1993. Arthur (Vincent Lacoste), un étudiant de Rennes (comme le réalisateur avant lui) rêve de monter dans la capitale pour faire du cinéma. Il voit sa vie basculer lorsqu’il rencontre par hasard dans une salle obscure Jacques (Pierre Deladonchamps), un dramaturge parisien malade du sida. Les deux héros vont se plaire, s’aimer et courir vite. Les jours de Jacques sont comptés. Pour autant, il ne s’agit pas d’un coup de foudre. Les amants sont souvent séparés éloignés l’un de l’autre par d’autres histoires. De cœur ou de cul.

Une comparaison qui énerve le réalisateur

Comme le film évoque le sida ravageur des années 90, la tentation est forte de tirer un parallèle avec 120 battements par minute de Robin Campillo, Grand prix du jury l’an dernier. Christophe Honoré peut le comprendre, mais la raison l'agace.

«Ils ont l’air de se ressembler, mais en réalité ils sont opposés», relevait-il lors de la conférence de presse qu’il a donnée à Cannes. «Ce qui m’énerve c’est qu’on cherche à les rapprocher simplement parce qu’il y a de l’homosexualité dans l’air. Pourquoi ne pas relier par exemple Plaire, aimer et courir vite à Mektoub my Love qui se passe à la même période ? Pourquoi associer deux films à cause de l’identité sexuelle des protagonistes?»

Le plus important, c’est l’aspect très personnel revendiqué du film, où Christophe Honoré a tenté de retrouver une émotion propre à sa jeunesse, tout en rendant hommage à une génération d’artistes fauchés avant 40 ans par la maladie. Il avoue avoir mis beaucoup de lui dans le rôle du père homosexuel joué par Pierre Deladonchamps et dans celui du jeune étudiant provincial incarné par Vincent Lacoste, cherchant sa voie à la fois professionnelle et sexuelle.

«Cela fait un moment que je l’ai repéré et que je voulais l’inviter dans un de mes films. Je me souviens de cette phrase de Françoise Sagan : à force de parader on finit par avoir l’âme paradeuse. Je trouve que Vincent a l’âme paradeuse».

«Que puis-je dire après ça, s’amuse l’intéressé. «C’est simple. Je suis un acteur et très fan des films de Christophe Honoré. Alors évidemment, quand on a la chance de recevoir une telle proposition d’un tel cinéaste, on n’hésite pas ».

Auparavant, le comédien avait rappelé qu’il était justement venu au monde en 1993. «A part ma naissance, dont je me souviens très bien… je ne sais pas grand-chose de cette époque. Je n’ai pas d’images comme pour les hippies et les pattes d’éph’… »

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 mai.

 

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20/05/2018

Festival de Cannes: Palme d'or au Japonais Kore-eda. Une autre, spéciale, a été créée pour Godard

Festival-de-Cannes-2018-la-Palme-d-Or-remise-a-Hirokazu-Kore-eda-pour-Une-affaire-de-famille.jpgAu terme d'une cérémonie de clôture emmenée par Edouard Baer, le jury présidé par Cate Blanchett a rendu un verdict mêlant le banal au curieux. La Palme d’or de cette 71e édition féministo-politico-sociale a ainsi été remise à Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda, qui n'atteint franchement pas des sommets dans l'oeuvre du Japonais. Le film raconte l’histoire d’une famille vivotant en volant dans les magasins et recueillant une fillette maltraitée. 

Saluant "un artiste qui fait avancer le cinéma, qui a repoussé les limites, qui cherche sans arrêt à définir et redéfinir le cinéma", Cate Blanchett vêtue d’une spectaculaire robe noire avec un grand nœud rouge dans le dos, a par ailleurs décerné une Palme d’or aussi spéciale que surprenante à Jean-Luc Godard pour Le livre d’image, un montage fascinant d’archives, d’extraits de films, de photos, de reportages télévisés, de fragments textuels ou musicaux.

Le Grand prix du jury est allé, un vrai plaisir, à Spike Lee, auteur du décoiffant BlaKkKlansman, charge cinglante d’un humour férocement militant contre le racisme, l'extrême droite et le président Donald Trump. Le film est basé sur l’histoire véridique d’un policier afro-américain de Colorado Springs qui avait infiltré le Ku Klux Klan avec un collègue juif au début des années 70. John David Washington et Adam Driver se révèlent irrésistibles. 

Contrairement à ce qui se profilait comme une Palme annoncée, la Libanaise Nadine Labaki a dû se contenter, tant mieux, du prix du jury pour Capharnaüm, mélo tire-larmes brassant toutes les thématiques du moment, enfance maltraitée, sans-papiers, migrants en suivant un gamin des faubourgs de Beyrouth, génialement interprété au demeurant.

Le choc Asia Argento et le show Benigni 

Avant de donner le prix d’interprétation féminine, l’actrice italienne s'est lancée dans une déclaration véhémente. «En 1997, j’ai été violée par Harvey Weinstein Ce festival était sa chasse gardée. (...) Il ne sera plus le bienvenu  à Cannes ». La suite est inexplicable. C’est en effet la gémissante et fade Kazakhe Samal Yeslyamova qui a été sacrée meilleure actrice dans Ayka du Russe Sergey Dvortsevoy, le film le plus assommant de la compétition.

Quant à Roberto Benigni, il a refait le show d’il y a 20 ans, où il avait serré dans ses bras Martin Scorsese après avoir remporté le Grand Prix pour La vie est belle. Il a ensuite remis celui d’interprétation masculine à Marcello Fonte, très convaincant lui en revanche, pour son rôle de toiletteur pour chiens concoctant une vengeance féroce dans Dogman, de l'Italien Matteo Garrone.

Le Polonais Pawel Pawlikowski a décroché le prix de la mise en scène pour Cold War tandis que celui du scénario récompensait ex-aequo à Alice Rohrwacher pour l'attachant Heureux comme Lazzare et à Jafar Panahi pour le fastidieux 3 visages. Cate Blanchett a rendu hommage à l’Iranien interdit de Croisette, ainsi qu'au Russe Kirill Serebrennikov, dont le film Leto, plébiscité par la critique, n’a toutefois pas plu au jury. 

C’est l’occasion de regretter l’absence au palmarès de notre préféré, Burning, du Sud -Coréen Lee Chang-dong. Ce superbe thriller lent et contemplatif explore des sentiments passionnels et pervers sur fond de jalousie, de rivalité et de différences de classe. Quant aux Français, ils ont tous été ignorés. Logique pour le calamiteux métrage d’Eva Husson Les filles du soleil. Mais dommage, en ce qui concerne Stéphane Brizé évoquant dans En guerre le combat des ouvriers pour sauver leur usine et pour Christophe Honoré qui nous a bouleversé avec Plaire, aimer et courir vite, poignante romance gay.

000_14v2v7.jpgLa caméra d’or à Girl

Girl de Lukas Dhont, déjà lauréat de la Queer Palm, a raflé la Caméra d'or distinguant le meilleur premier long-métrage. Un excellent choix du jury présidé par la Suissesse Ursula Meir pour cette œuvre sensible, subtile, pleine de grâce et d’émotion sur un garçon transgenre qui veut devenir ballerine. Et qui se lance à la fois dans l’apprentissage de la danse, art d’une rare exigence et le parcours hors norme du changement de sexe. Formidable, son acteur Victor Polster (photo), est de son côté reparti avec le prix d’interprétation dans Un Certain Regard.

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16/05/2018

Festival de Cannes: "En guerre", avec un formidable Vincent Lindon prétendant à un nouveau sacre

en_guerre_a.jpg«Je ne pense pas être assez bon pour composer un personnage. Je me demande simplement: si moi j’étais lui, qu’est-ce que je ferais ? Et j’incarne. C’est ce qui m’intéresse. Je ne sais pas interpréter des caractères trop loin de moi », explique Vincent Lindon, héros d’ «En guerre», le dernier Stéphane Brizé aligné en compétition.

Plus qu’incarner, le comédien « est » Laurent Amédéo, porte-parole d’une intersyndicale luttant contre la fermeture brutale de son usine. Il nous emporte et nous bouleverse par son engagement, sa conviction, sa pugnacité, son sens de la morale, son plaidoyer poignant pour la justice et le respect dans ce très grand film qui a eu droit à une ovation de 15 minutes lors de sa présentation publique.

Si on devrait pour le moins le retrouver au palmarès, Vincent Lindon peut largement prétendre à un deuxième prix d’interprétation, après une performance aussi remarquable, sinon davantage que celle qui l’a sacré meilleur acteur il y a trois ans pour « La loi du marché » du même Stéphane Brizé. On ne change pas une équipe qui gagne.

La dimension humaine face à la dimension économique

Une fois de plus, le réalisateur se penche sur un drame économique social en explorant, à travers le combat des employés, les mécanismes économiques qui mènent à des fermetures d’usine. Elles deviennent très conflictuelles dans la mesure où la colère des victimes désespérées se nourrit de l’humiliation et de l’injustice subies. Car en l’occurrence il ne s'agit pas de se débarrasser d’une affaire en déficit mais d’une usine rentable qui ne correspond pas aux visées des actionnaires en voulant toujours plus. Une situation loin d’être rare

Opposant la dimension humaine à la dimension économique en nous montrant la disproportion colossale des forces en présence, Stéphane Brizé nous plonge immédiatement dans le bain avec l’annonce de la liquidation du site français devenu la filiale d’un groupe allemand. Et décrit le désespoir des 1100 salariés qui en feront les frais, alors qu’ils étaient en train de négocier pour sauver l’entreprise.

«La réalité nourrit ma fiction»

Laurent Amédéo dénonce violemment le mensonge des patrons, l’accord bafoué, les promesses non tenues. La grève est décidée, le ton monte, le conflit s’amplifie, les ouvriers crient toujours plus fort, sans arriver à se faire entendre du pouvoir qui les ignore, nie leur souffrance. Ou les divise pour mieux régner. C’est la guerre. Et comme toutes les guerres, celle-ci engendre des tragédies.

Pour Stéphane Brizé, le désir de son film, «politique dans le sens étymologique du terme, je ne suis le porte-parole d’aucun parti, d’aucun syndicat», vient notamment de la fameuse affaire de la chemise déchirée du DRH d’Air France en 2016. « La réalité nourrit ma fiction qui vient à son tour éclairer le réel, en donner une idée. Le cinéma le permet, contrairement aux reportages télévisés, qui n’ont pas le temps de la nuance et ne peuvent que rapporter les faits avec quelques images, auxquelles on fait dire ce qu’on veut, un commentaire et des bouts d’interviews ».

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 mai.

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