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08/11/2017

Grand écran: "Tout nous sépare", polar bancal avec Catherine Deneuve et le rappeur Nekfeu

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadeneuvesep.jpgPour son quatrième long métrage, le Français Thierry Klifa, amateur de films noirs américains des années 50, s’essaye au genre en opposant, comme l’indique le titre Tout nous sépare, une famille bourgeoise et des jeunes de banlieue. Le tout sur fond d’enquête policière, de disparition, de chantage, de castagne et de fusillades. Hélas, il ne suffit pas de se réclamer de célèbres modèles pour réussir son coup.

Le réalisateur propose en effet un polar sans intérêt au scénario bancal où tout sonne faux et où on ne croit forcément à rien. D'un côté le violent Rodolphe (Nicolas Duchauvelle) est poursuivi, avec sa bande de petits dealers, par de très vilains caïds. de l'autre Julia (Diane Kruger) jeune femme riche, handicapée à la suite d’un accident, est une droguée dépressive, masochiste et, sans surprise, amoureuse de cette racaille de Rodolphe.

Censée servie de trait d’union entre ces deux mondes, il y a Louise (Catherine Deneuve, troisième collaboration avec Klifa), la mère abusive et autoritaire de Julia. Femme forte dirigeant en principe sa société d’une main de fer, elle forme par ailleurs un couple improbable avec le rappeur Nekfeu pour sa première prestation cinématographique, quand le film bascule dans un semblant de mélodrame.

A commencer malheureusement par la grande Catherine figée, inexpressive, tous les comédiens sont aussi peu convaincants les uns que les autres, quand ils ne tombent pas dans la caricature. A l’image de l’intrigue qui atteint des sommets de grotesque.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

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Grand écran: "Borg/McEnroe" fait revivre le duel mythique entre deux icônes planétaires

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaborg.jpgPassion, suspense, émotions. Dans le sport comme au cinéma. Pas étonnant que les deux se rencontrent. Avec Borg/McEnroe, le Danois Janus Metz revient, pour le plaisir du profane et du connaisseur, sur la rivalité légendaire et exacerbée de deux icônes planétaires qui ont changé la face du tennis.

Nous sommes à Wimbledon en 1980. Les deux hommes vont s’affronter dans une finale dantesque, qui deviendra l’un des plus grands duels de l’histoire du sport en général et de celle de la raquette en particulier. Pour le Suédois Björn Borg, 24 ans, il s’agirait de la cinquième victoire dans le temple de la petite balle jaune. Mais pour la première fois de sa brève carrière, l’incontestable numéro un de l’époque est menacé par l’étoile montante américaine, le bouillant John McEnroe, 21 ans, prêt à tout pour le faire chuter.

S’aventurant au-delà du sport, l’histoire de cette confrontation sous pression a des allures de thriller. Avec une tension palpable dès l’entame, tandis que l’on suit la préparation des deux gladiateurs conduisant à leur rencontre mythique, aboutissement de l’intrigue.

La glace et le feu

Avant d’y arriver, le réalisateur, pour qui Borg/McEnroe est au tennis ce que Raging Bull de Martin Scorsese est à la boxe, audacieuse comparaison, s’intéresse à la psychologie de ces deux hommes aux tempéraments opposés. Borg est le Suédois beau gosse, apparemment insensible et froid, dissimulant ses sentiments, méthodique jusqu'à  l'obsession, héros mutique encensé par le public. McEnroe est le bad boy américain, rebelle impulsif et colérique au comportement provoquant sinon limite.

La glace et le feu, en somme. Sauf que le feu couve aussi sous la glace, comme le montre Janus Metz qui revient en parallèle sur la jeunesse des deux cadors à coup de flash-back. Scandinave, il s’attache plus particulièrement au parcours de Borg, nous laissant découvrir un adolescent plein d’une rage que ne renierait pas son rival, brisant violemment sa raquette quand il perdait. Il est joué par le propre fils du champion, Leo Borg, qui tente de suivre le chemin de papa.

L'effet Titanic

Bien que le film n’ait à l'évidence pas l’extraordinaire suspense et la folle intensité du vrai match, il produit l’effet Titanic. On a beau connaître l’issue de la rencontre, on est pris de bout en bout grâce à la qualité de la mise en scène de Janus Metz, sa manière de reconstituer les échanges, sans oublier l’excellence du casting.

D’un côté du filet Sverrir Gudnason (Borg), si bluffant de ressemblance non seulement physique mais dans son approche toute en intériorité et en concentration du personnage, qu’on le confond quasiment avec l’original. De l’autre Shia Labeouf (McEnroe), se révélant légèrement en-dessous de son partenaire, dans la mesure où le cinéaste a trop tendance à privilégier les fameuses crises qui faisaient monter son adrénaline. Dans les personnages secondaires, on salue la prestation du célèbre comédien suédois Stellan Skarsgard, dans le rôle de Lennart Berlin, l’entraîneur de Borg mort en 2008.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

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07/11/2017

Grand écran. "Hounds Of Love", thriller anxiogène au climat délétère

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahunds.jpgAustralie, été 1987, dans une banlieue de Perth.  Alors qu’elle désobéit à sa mère et sort par la fenêtre de sa chambre pour se rendre à une soirée, la jeune Vicki Maloney est abordée dans la rue par Evelyn et John White, des trentenaires qui l’invitent chez eux. Elle accepte, mais réalise rapidement qu’elle est tombée dans un piège cauchemardesque.

Séquestrée, ligotée, enchaînée aux montants du lit, bâillonnée, Vicki va pourtant trouver la force de résister. Si elle a agi par naïveté en se laissant embarquer par des inconnus, elle est également dotée d’un caractère bien trempé. Elle comprend que sa seule chance de survivre est d’exploiter les failles de ces deux psychopathes, opposant son intelligence et son ingéniosité à leur folie et leurs pulsions meurtrières.

Un premier film en forme de thriller pavillonnaire, révélant l’horreur derrière la tranquillité apparente d’une banlieue de classe moyenne. Un thriller à la David Lynch où le réalisateur Ben Young, s'inspirant de divers cas réels nous plonge tout de suite dans une atmosphère anxiogène. De sa voiture parquée près d’un terrain de sport, le couple de chasseurs pervers observe un groupe de jeunes filles. On l’imagine choisissant sadiquement ses futures proies, pour les torturer et les tuer.

Tout au long de ce Hounds Of Love (Love Hunters) où se succèdent des scènes de soumission, d’emprise, de viol, Ben Young se concentre sur le psychisme complexe des ravisseurs, explorant la part glauque d'une dangereuse relation fusionnelle. Nous laissant d’abord découvrir la situation terrifiante du point de vue de Vicki, puis de celui de la femme complice et amoureuse du taré dont elle partage la dépravation, en infligeant des sévices sexuels aux victimes.

Heureusement, l'auteur laisse le plus souvent la violence hors-champ. Car si le film confine au malsain, c’est bien davantage à travers ce qu’il suggère que par ce qu’il montre que Ben Young parvient  à créer la tension. A l’image d’une porte qui se ferme sur un terrible hurlement, moment infiniment plus glauque et effrayante que la plus gore des scènes.

Certes, cette incarnation du Mal a son origine. Mais si on découvre souffrance intense et humiliation sociale derrière ses protagonistes tueurs que leurs phobies et leurs traumatismes ont conduits à la négation pure et simple des autres, Ben Young n’excuse ni n’explique leur monstruosité et leur cruauté. Pas davantage qu’il n’évoque une quelconque rédemption.   

Tout en s’appuyant sur un bon trio d'acteurs (Ashleigh Cummings dans le rôle de Vicki, Emma Booth, l'héroïne zombie de la série australienne Glitch dans celui d’Evelyn et Stephen Curry dans celui de John) Ben Young livre ainsi un métrage efficace entre thriller au réalisme sordide, mélodrame conjugal malsain et huis-clos  étouffant. On lui reprochera pourtant un climat trop complaisamment délétère, des longueurs et un abus pénible de ralentis.

 de ralentis.

A l’affiche dans es salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

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31/10/2017

Grand écran: "Mise à mort du cerf sacré", jeu de massacre barge et malsain

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaakiling.jpgVariation pasolinienne macabre avec le thème de l’adolescent étrange qui s’immisce dans une famille bourgeoise. En l’occurrence celle, américaine, que forment le riche et brillant cardiologue Steven (Colin Farrell), son élégante femme Anna (Nicole Kidman), ophtalmologue réputée, leur fille Kim, 14 ans et leur fils Bob, 12 ans.

Une famille apparemment heureuse, sans histoire. Pourtant, en-dehors de la clinique, Steven voit régulièrement le jeune Martin (Barry Keoghan), ce qui laisse planer un soupçon de relation perverse, sinon d’enfant né hors mariage. Rien de tout cela. Martin, garçon dérangé à problèmes, issu d’un milieu modeste, est en fait le fils d’un patient décédé du célèbre chirurgien.

Toujours est-il qu’il est invité dans la belle maison du couple et sympathise avec les rejetons. Très vite pourtant il s’incruste de façon inquiétante. Plus menaçant de jour en jour, il finit par exiger de Steven, qui tente de mettre des limites à cette invasion, l’inconcevable sacrifice suprême.

Avec Mise à mort du cerf sacré (The Killing Of The Sacred Deer), débutant avec un plan fixe sur une opération à coeur ouvert, tout un programme,  le Grec Yorgos Lanthimos joue avec les codes du film d’horreur pour livrer un drame glaçant tendu, tordu et malsain empreint d’humour noir et d’une touche de fantastique. Il avait raflé le prix du scénario à Cannes en mai dernier.

L'auscultation d'une société malade

Se voulant à la fois provocateur, immoral, transgressif, un rien kubrickien, voire haneckien, l’auteur ne débordant pas de sympathie pour le genre humain, ausculte une société malade à travers le mode de vie des nantis. Engoncés dans leur conformisme, ils sont plus ou moins vus comme des zombies dans leur routine quotidienne, se manifestant jusque dans les jeux sexuels rituels des parents, où l’épouse simule… une anesthésie générale.

Avec des comédiens qui assurent, à l’image du terrifiant Barry Keoghan (photo), de la parfaite et robotique Nicole Kidman, du sinistrement passif Colin Farrell, cette fable cruelle en forme de cauchemar morbide eût pu être une vraie réussite. Dommage pourtant que Yorgos Lanthimos, privilégiant une rare complaisance dans l'atroce, à la violence sous-jacente bien plus perturbante et anxiogène des deux premiers tiers de l’opus, ne tienne pas la distance. Comme dans son long métrage précédent The Lobster, où il perdait le fil après une partie particulièrement originale.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er novembre.

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25/10/2017

Grand écran: avec "Au revoir là-haut", Albert Dupontel conjuge humour trash, justice sociale et drame intime

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaurevoir.jpgMaillard et Péricourt, rescapés des tranchées, sortent traumatisés physiquement et mentalement de la boucherie de la Première Guerre mondiale et ne se quittent plus. Albert (Albert Dupontel), qui a perdu sa femme et son métier s’occupe désormais d’Edouard (Nahuel Perez Biscayart), qui a laissé le bas de son visage en lui sauvant la vie.

Mais en dépit de leur sacrifice, personne n’en veut de ces vétérans de retour à la vie civile, découvrant la misère et le chômage. Le premier subsiste en homme-sandwich et le second, héritier rebelle défiguré d’un industriel impitoyable (Niels Arestrup), cache sa gueule cassée sous des masques sublimes de sa fabrication et pense en finir avec la vie.

Leur amitié indéfectible leur permet pourtant de relever la tête. Pour se refaire et se venger de l’Etat qui les ignore, ils montent une juteuse arnaque en vendant de faux monuments aux morts sur catalogue. Tout en cherchant à retrouver le sadique capitaine Pradelle (Laurent Laffite), inmonde crapule qui les a envoyés à l’abattoir après l’armistice.

Coïncidence, l’affreux Pradelle qui s’est recyclé dans le commerce de cercueils vides censés contenir les dépouilles des disparus, a épousé la sœur d’Edouard, tandis que son père, désireux de financer un mémorial, sollicite des artistes. Tous les personnages de cette farce macabre, s’inscrivant dans la lignée du cinéma voyou et politiquement incorrect d’Albert Dupontel, vont se croiser dans le Paris des années folles.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalà-haut.jpgAvec Au revoir là-haut, Le créatif auteur signe un long métrage ambitieux, brillamment adapté de l’excellent roman éponyme de Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013. Un film fourmillant de trouvailles visuelles dont les masques portés par Edouard, où se mêlent humour trash, tragédie filiale, poésie, cynisme, revanche. Un pamphlet politique traitant de lutte des classes, de justice sociale, de cupidité avide d’une minorité de dominants, sur fond de drame intime où le romanesque le lyrisme et l’émotion le disputent au baroque et à l’excentricité.

Dans une mise en scène virtuose, Albert Dupontel propose par ailleurs une reconstitution bluffante de l’époque, notamment avec la formidable scène inaugurale des tranchées. Quant au casting, il est parfait. Albert Dupontel campe un prolo téméraire et généreux, Laurent Laffite excelle à jouer les salauds, Niels Arestrup laisse percer des remords sous sa carapace de despote roublard. Enfin Nahuel Peres Biscayart, merveilleux et mystérieux homme sans visage, confirme le talent démontré dans 120 battements par minute de Robin Campillo.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 octobre.

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24/10/2017

Grand écran. "Logan Lucky", braquage jouissif sur fond de comédie déjantée et de satire sociale

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalogan.jpgSteven Soderberg, qui s’était reconverti dans la série télévisée The Knick après des adieux prématurés au cinéma il y a quatre ans, revient sur grand écran pour notre plus grand plaisir avec Logan Lucky. Optant pour un changement radical de catégorie sociale, il livre une sorte d’Ocean’s Eleven du plouc, abandonnant les gangsters pros en costume trois pièces et les palaces de Las Vegas pour les péquenauds de Virginie occidentale, fiel électoral de Donald Trump, et les installations d’une piste automobile.

Et c’est là qu’interviennent les deux frères Logan estimant être poursuivis depuis toujours par la malédiction. Comble de malchance, l’aîné Jimmy (Channing Tatum) a non seulement dû mettre un terme à une belle carrière de footballeur suite à une grave blessure au genou provoquant également son licenciement d’un chantier, tandis que son cadet Clyde (Adam Driver ) a perdu une main dans la guerre en Irak.

Voulant pour rune fois conjurer le mauvais sort, les frangins pas trop fute-fute décident de monter le casse du siècle en empochant les recettes de la plus importante course NASCAR de l’année via des tubes pneumatiques souterrains.

Toutefois, pour réussir l’affaire, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffres-forts du pays, Joe Bang. Problème, il faut faire sortir, pendant quelques heures, le criminel qui purge sa peine dans une prison où les détenus sont vêtus de combinaisons à grosses rayures blanches et noires, comme dans les vieilles BD ou rappelant la chemise d’Elvis Presley dans son clip du Jailhouse Rock.

Humanité, empathie et tendresse

Soderbergh prouve évidemment sa science du sujet avec une mise en scène spectaculaire et redoutablement efficace de l’évasion et du braquage, imaginant des situations hilarantes, prônant notamment la débrouillardise dans la composition d’un explosif à base de faux sel, de javel et de nounours en gélatine!

Mais au-delà de s’amuser du folklore des ruraux dans une comédie jouissive, déjantée et haletante à l’humour décalé façon frères Coen, l'auteur évite toute condescendance. Sur fond de satire sociale se moquant du capitalisme, il montre au contraire de l’humanité, de l’empathie voire de la tendresse à l’égard de ces prolos laissés-pour compte, mal-aimés de l’Amérique profonde qui se vengent et dont il brosse le portrait.

Le réalisateur réussit aussi son coup dans le choix des comédiens. A côté des handicapés Channing Tatum et Adam Driver (photo), écoeurés par le système, Daniel Craig le cheveu peroxydé virant au jaunâtre, casse son image de James Bond (il sera de retour dans le prochain) en s’illustrant dans un registre aussi drôle qu’inédit. A noter aussi la jeune et attachante Farrah McKenzie, Katie Holmes jouant l’ex de Tatum ou encore Hilary Swank, trop fugace hélas, en mystérieuse enquêtrice du FBI.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 octobre.

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23/10/2017

Grand écran: dans "L'atelier", Laurent Cantet donne à nouveau la parole aux jeunes

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatelier.jpgLaurent Cantet ne se lasse pas d’explorer la jeunesse française. Dans son dernier film, L'atelier, co-écrit avec son complice de 30 ans Robin Campillo, il reprend les codes d’Entre les murs (Palme d’or 2008) en réunissant une petite troupe multi-ethnique à la scolarité difficile. Durant un été à La Ciotat, elle suit un atelier d’écriture en vue de rédiger et de publier un roman noir. Il est dirigé par Olivia, une auteure connue.

Par le biais de l’art, ce travail vise à susciter le débat, permettant à chacun d’affirmer son identité et ses différences, surtout quand les participants entrent en conflit sur de grandes questions actuelles, terrorisme, radicalisation, chômage galopant, précarité, désindustrialisation à l’instar du chantier naval de La Ciotat fermé depuis 25 ans.

Bientôt pourtant, le film va se focaliser sur Antoine, garçon mutique et en retrait qui aime les armes, tenté par l’extrême-droite et les sensations fortes. Il va rapidement s’opposer au groupe et surtout à Olivia que sa violence inquiète, séduit, fascine.

S’engage alors dans ce film sous tension qui vire au thriller, un duel captivant entre le jeune homme et l’intellectuelle. Magnifiquement interprété par le débutant Mathieu Lucci et Marina Fois (photo), comme  d’ailleurs par tous les autres protagonistes. Excellent directeur d'acteurs, Laurent a en plus passé des mois sur le casting à la recherche de personnalités fortes.. 

"Comment avoir 20 ans dans une société aussi dure?"

Evoquant deux mondes qui se regardent, le réalisateur récemment de passage à Genève, explique avoir décidé, concernant Antoine, de créer un personnage assez inadmissible auquel cependant on s’attache. «Ce n’est pas un méchant mais un paumé qui va vers l’extrême-droite parce que cela pimente un peu sa vie. C’est une grenade dégoupillée avec un fort pouvoir de séduction et une grande intelligence, mais gaspillée».

«Il a dépassé le stade de pouvoir se prendre en main. Il y parviendra par la crise qu’il traverse avec Olivia, qui s’intéresse à lui parce qu’il lui fait peur, nonobstant une certaine attirance sexuelle et une envie de le sauver du pire. Par ailleurs, tout en servant de révélateur à Antoine, elle se remet elle aussi en question en tant que romancière».

Mais le plus important pour Laurent Cantet, au-delà de montrer la puissance de la parole permettant notamment à Antoine de mettre des mots sur son malaise, était de se demander comment avoir 20 ans dans un monde aussi dur socialement, où les jeunes enfermés dans des cases ne sont pas pris en compte, végètent dans de petits boulots avec peu de chance de se réaliser. Comment par ailleurs, vivre dans une société d’une violence aussi inédite. «J’ai commencé à écrire après Charlie et j’ai eu envie d’en rendre compte». 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 octobre.

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17/10/2017

Grand écran: "La belle et la meute", un thriller politique et féministe prenant

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabelle et.jpgUne  fête étudiante est organisée dans un hôtel tunisien du bord de mer. La jolie Mariam au visage rond enfantin, qui vient de troquer sa sage tenue noire pour une robe moulante et décolletée que lui a apportée une amie, s’amuse sur la piste de danse et croise le regard de Youssef. Ils se plaisent, bavardent un moment puis sortent faire une promenade sur la plage.

Changement radical d’ambiance dans le plan suivant, montrant la jeune femme en état de choc, courant dans la rue, hagarde, en larmes. Sa robe est froissée, ses cheveux défaits, son maquillage coule. Elle a été violée par des policiers. Elle veut porter plainte, mais va vivre une longue nuit cauchemardesque pour tenter de le prouver.

Journaliste militant, Youssef tente de l’aider et l’emmène à l’hôpital, mais une réceptionniste méprisante la juge trop sexy et refuse de lui donner le certificat nécessaire. Puis elle se heurte aux dénégations, intimidations, menaces au sein du commissariat de ses agresseurs, où elle se bat farouchement pour le respect de ses droits et de sa dignité. Car ils ne se gênent pas pour la déclarer coupable. Une coupable qui ose réclamer justice alors que la police ajoute au déni de viol, l’outrage aux mœurs.

Adaptation d'une histoire vraie

Luttant contre un système perverti dont elle démonte les rouages, la réalisatrice Kaouther Ben Hania, caméra au poing, signe avec La belle et la meute un singulier thriller politique féministe, en adaptant une histoire vraie qui s’était déroulée post Printemps arabe, en 2012. Et avait fait l’objet d’un livre Coupable d’avoir été violée. Une scène traumatisante laissée hors-champ mais que l'auteure nous fait ressentir plus brutalement en montrant l’angoisse, l’impuissance, la détresse d’une Mariam confrontée aux chiens enragés.

Le danger est croissant dans ce métrage sous tension permanente. Il est filmé en neuf plans séquences constituant une sorte de chemin de croix pour l’héroïne, contrainte de se défendre désormais seule (on l’a cruellement séparée de Youssef), et sur qui le piège se referme à chaque étape. Jusqu’au bout ou presque…

Au-delà d’un instantané critique de la société tunisienne, Kaouther Ben Hania brosse un magnifique portrait de femme dans ce drame (douloureux écho à une actualité brûlante) porté par la formidable et bouleversante Mariam El Ferjani. Elle incarne si bien son personnage qu’on pourrait imaginer la voir vivre sa propre histoire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 octobre.

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Grand écran: "The Square", Palme d'or à Cannes, une satire sociale plutôt pesante

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasquare.jpgCharismatique directeur d’un musée d’art contemporain, écologiste roulant en voiture électrique et soutenant de grandes causes humanitaires, Christian (Claes Bang) est aussi un père divorcé qui aime s’occuper de ses deux filles.

Pour l’heure, il prépare sa prochaine exposition expérimentale intitulée The Square, une installation de quatre mètres sur quatre sur une place de Stockholm encadrant un espace protégé, vision mentale d’un lieu incitant les visiteurs à l’altruisme, à l’égalité, à la bienveillance, à la solidarité, bref leur rappelant leurs devoirs envers leurs prochains.

Jusqu’au jour où Christian se fait voler son portefeuille et son téléphone portable par des pickpockets particulièrement habiles. Un acte qui remet ses valeurs en cause et inspire une réaction peu honorable à l’idéaliste au fond très égoïste, découvrant à ses dépens que la vie est une jungle et qu’on ne peut plus se fier à personne.

Une jungle qu’illustrent deux jeunes communicants travaillant pour le musée et trouvant le concept d’une rare niaiserie. Ils réalisent alors, pour faire le buzz, un clip inhumain sur l’inhumanité du monde à laquelle l’exposition du conservateur naïf, du coup complètement dépassé, voudrait laisser croire qu’on peut échapper.

The Square, satire sociale se voulant à portée philosophique, sombre, cynique, dérangeante, parfois drôle, plutôt lourdingue, est signée du Suédois Ruben Östlund, qui avait beaucoup séduit avec Snow Therapy. On en soulignera certes la belle écriture, la bonne interprétation, la mise en scène virtuose. Sans oublier l’ironie grinçante à l'égard du monde de l'art (le ton est donné d’entrée lors d’une interview burlesque du conservateur par une journaliste américaine), des élites culturelles, de la bonne conscience bobo, du politiquement correct et des nantis.

Cette ironie culmine dans une scène hallucinante lors d’un dîner de gala avec un être monstrueux effrayant le bourgeois. Une performance d'acteur dans la peau d’un homme-chimpanzé qui devient violent et rappelle Les Idiots de Lars Von Trier.

Un fidèle de la Croisette

Dommage pourtant que le réalisateur manque de constance. Après une première partie prometteuse aux allures de farce tragi-comique, The Square, trop démonstratif et répétitif, s’enlise et se délite dans un discours pesant sur la perte de confiance de la société occidentale, au cours d'une intrigue qui traîne en longueur. Voilà qui n’a pas empêché le jury cannois de jouer la surprise en décernant la Palme d’or en mai dernier à ce fidèle de la Croisette, passé par la Quinzaine des réalisateurs et Un certain regard.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 octobre.

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14/10/2017

Tennis: Federer a du souci à se faire pour sa légende!

2c824.jpgFederer n’a pas ajouté beaucoup d’amis à sa liste en déclarant qu’en France les médias voient leurs joueurs trop grands trop tôt. «Et ils deviennent, je n’ai pas envie de dire gâtés, mais un peu trop contents d’eux trop vite au lieu de terminer leur développement étape par étape».

Gazouillements divers sur la toile on s’en doute suite à ce tacle inattendu de la part du gendre idéal, certains étant d’accord avec lui, d’autres se demandant pour qui il se prend. Pourtant notre gloire nationale n’a fait qu’énoncer une banalité rare. N’ayant rien ou presque à se mettre sous la dent depuis la victoire de Yannick Noah à Roland Garros en…1983, normal que les experts tricolores portent aux nues le moindre succès de leurs compatriotes.

J’en veux pour preuve les commentaires délirants à propos de «l’immense» Caroline Garcia, qui a réussi le «monumental exploit» de se hisser à la huitième place de la race. Faute de grives, on mange du merle c’est bien connu.

Pour en revenir à Rodger, il s’est également montré un peu surpris de la forme extraordinaire de Nadal. Je dirais même plus. A ce propos il a du souci à se faire. Et beaucoup. Je ne fais évidemment pas allusion à sa place de numéro un, déjà très improbable, en dépit des espoirs déments des fans, suite à sa défaite face à Del Potro en quarts de finale de l’US Open.

Et quasi définitivement cuite malgré son remake, victorieux cette fois, en demi à Shanghai. D’autant qu’il faudra  encore battre l’Ibère en finale. Pas une mince affaire au vu des performances du pitbull, qui ne se démentent pas depuis New York, bien au contraire, hélas!

C’est justement ce qui m’inquiète. Plus redoutable que jamais, le boulimique ne cesse non seulement d’engranger des points qui risquent de le rendre inaccessible pour un bout de temps. Mais pire, s’il continue sur sa formidable lancée il fera de sacrés dégâts la saison prochaine. De quoi lui laisser miroiter plus tôt que prévu le titre enviable de meilleur joueur de tous les temps. 

Car du temps il en a, Rafa, contrairement à la légende qui va devoir cravacher drôlement ferme pour tenter de le maintenir à distance en ce qui concerne les Grands Chelems. Et elle risque hélas déjà de se réduire en janvier prochain à Melbourne…

16:58 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it! |