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10/11/2016

Grand écran: "Creative Control", plongée dans la réalité virtuelle.

acreativecontrol.jpgComment rendre la réalité plus réelle? C’est la question à laquelle tente de répondre d’une façon qui se veut humoristique et critique le cinéaste indépendant américain Benjamin Dickinson dans son second long-métrage Creative Control. En nous plongeant dans la réalité...virtuelle

Nous sommes à New York, dans un futur proche. David, jeune cadre dynamique, hipster drogué et mégaconnecté, (joué par l’auteur lui-même) travaille dans une prestigieuse agence de pub. Il prépare le lancement d’Augmenta, des lunettes révolutionnaires permettant, grâce à une commande intégrée dans la paume de la main, de vivre une expérience unique de réalité augmentée.

Le publicitaire doit ainsi gérer la production de ces lunettes, capables de créer d’innombrables choses dont un avatar. Pour tester leur efficacité, il décide de les essayer.. Lors de cette épuisante période test, il va rencontrer plein d’obstacles compliquant singulièrement sa vie professionnelle, privée et sentimentale et imaginaire.

Se confrontant à ses fantasmes grâce aux images captées par les lunettes, il façonne à partir de la fiancée de son meilleur ami, un personnage virtuel qu’il est le seul à voir et avec qui il couche. Tandis que sa petite amie Juliette, prof de yoga, le trompe avec un vrai gourou barbu…

Sur des musiques de Mozart, Bach ou Schubert pour faire plus raffiné, cet exercice de style en noir et blanc où l’auteur met le spectateur à la place du vendeur du produit, séduit par son inventivité, son architecture postmoderne, l’esthétique épurée de son univers sophistiqué, éthéré, lisse, désincarné, peuplé d'objets transparents.

Son auteur agace aussi avec son côté poseur, ses références kubrickiennes pour mieux étaler sa culture. Se piquant par ailleurs d’éthique et de morale, il dénonce platement, sur fond de comédie sentimentale convenue avec couples infidèles qui se quittent et se réconcilient, les dangers pervers de la virtualité. Conduisant fatalement à la solitude, à la frustration sexuelle, à l’absence de communication entre gens accros à une technologie de plus en plus envahissante. Question satire, voilà qui manque de punch et, question réflexion, de nouveauté. Mais le film se laisse voir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 9 novembre.

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09/11/2016

Grand écran: "Le client", drame domestique iranien entre culpabilité, vengeance et rédemption

aclient.jpgEn raison d’importants travaux dans l'immeuble, Emad et sa femme Rana sont obligés de quitter leur appartement du centre de Téhéran. Ils emménagent dans un autre logement, dont l’ancienne propriétaire était une prostituée. Tandis qu'elle prend une douche, Rana est agressée par un client. La vie du couple est bouleversée. 

Le mari, professeur de lettres et acteur de théâtre, décide alors de mener l’enquête à la place de la police pour re chercher le triste individu qui a décidé de se venger en attaquant sa femme pour l’humilier. Une démarche qui fait penser à celle qu’entreprend l’héroïne de La fille inconnue des frères Dardenne pour découvrir l’identité d’une jeune femme retrouvée morte après qu’elle a négligé, vu l‘heure tardive, de lui ouvrir la porte de son cabinet.

Culpabilité et rédemption sont également au centre de ce drame domestique aux allures de thriller psychologique, mais la comparaison s’arrête là. Tout en observant les relations humaines et sociales de personnages de la classe moyenne et les rapports inégaux hommes-femmes, le réalisateur iranien Asghar Farhadi, se livre à une réflexion à la fois moralisatrice et plutôt pesante sur une réalité plus complexe que ses apparences.

En outre, si les comédiens sont bien dirigés, à commencer par les deux principaux Shahab Hosseini et Taraneh Alidousti (photo), la mise en scène est inutilement alourdie par une pièce imbriquée dans le récit et que les protagonistes jouent le soir.

Sélectionné en compétition à Cannes en mai dernier, Asghar Farhadi, précédemment auteur des excellents Une séparation et Le passé n’a pas moins obtenu deux prix. Celui du scénario et celui de l‘interprétation masculine remporté par Shahab Hosseini.  

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 novembre.

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05/11/2016

Bercy: au tapis, Djokovic détrôné par Murray. Mais que fait donc Pepe le gourou?

adjoko.jpgUn rien aveuglée par sa facile victoire contre le second couteau luxembourgeois Gilles Muller à Bercy, je crois m’être trop avancée dans mon précédent billet en imaginant que Djokovic s'était enfin remis de son terrible burn-out.

En effet il a non seulement frisé le code face à Dimitrov en huitièmes, mais il a été ensuite cueilli comme un fruit mûr, sinon blet, par le valeureux Croate Cilic, désespérant a priori de le battre après quatorze cuisantes et humiliantes défaites.

En plus Dracula a paumé sa couronne au profit de Murray, monté de surcroît sur le trône, sans avoir dû combattre, vu le forfait inespéré de son adversaire Raonic en demi-finale pour cause de déchirure du quadriceps. Une blessure mettant par ailleurs en cause la présence du Canadien au Tournoi des Maîtres.

Entre nous, voilà qui a dû faire grincer quelques dents hexagonales, le bombardier s’étant la veille débarrassé de Tsonga en deux sets, privant ainsi douloureusement le Tricolore et ses fans en folie d’une qualification in extremis pour Londres en cas de victoire à Paris.

Mais bref. Pour en revenir à nos moutons, il apparaît donc que Djokovic n’est toujours pas dans son assiette sans gluten. D’où la question qui me taraude: que fait donc Pepe le gourou? Pas mieux en tout cas que Boris Becker et Marian Vajda momentanément écartés par Novak, et qui doivent frénétiquement se ronger les ongles en constatant le désastre.

Du coup je me demande si le Djoker n’a pas choisi la mauvaise carte en misant sur son pote le sorcier. Certes, à l'image de Federer et de Nadal en situation d'échec, il la joue méthode Coué, histoire de positiver ses contre-performances.

M’est avis pourtant que si le vampire de Belgrade se laisse également ratatiner chez Sa Majesté, il ne devrait pas tarder à abandonner la devise "Amour et paix" du Pepe, pour se retrouver tel Attila sur le sentier de la guerre, animé de cette haine viscérale de la défaite qui l’a plus sûrement mené au sommet. Et surtout permis de s’y maintenir pendant quatre ans!

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04/11/2016

Festival Tous Ecrans: une 22e édition riche, innovante et pimentée d'érotisme

aiggy.pngEntre les huit longs-métrages de son invité d’honneur le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, Palme d’or à en 2010 pour Uncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) et un hommage à la 3D à travers une rétrospective de trente films, Festival Tous Ecrans, propose une édition riche, variée, originale et innovante. Une fête pour les yeux, les oreilles et... le corps dans tous ses états. Le leitmotiv de cette année selon le directeur général et artistique Emmanuel Cuénod, qui nous l'annonce lascif, abandonné, résistant, libre mais aussi bien en chair.  

Ce cru 2016 pimenté donc d’érotisme et de sensualité comprend en tout 169 œuvres dont 70 en compétition, 8 premières mondiales, 9 premières internationales, 5 premières européennes et 71 premières suisses. Il s’ouvre dès ce soir avec Gimme Danger, portrait de l’iguane punk Iggy Pop, signé Jim Jarmush (photo). Et se terminera avec Yourself And Yours du Sud-Coréen Hong Sang-soo, une variation ironique sur le thème du double.

astewart.jpgImpossible évidemment de tout citer dans ce festival qui mêle cinéma, télévision et production digitale. On retiendra ainsi quelques points forts. Dans la section Highlight Screenings, on verra en première romande Bacalaureat de Cristian Mungiu prix de la mise en scène à Cannes et, en première suisse, son ex-aequo Personal Shopper d'Olivier Assayas avec Kristen Stewart (photo), Ma’Rosa de Brillante Mendoza, avec Jaclyn Rose, sacrée meilleure actrice, Les beaux jours d’Aranjuaez de Wim Wenders ou encore La mort de Louis XIV d'Albert Serra.

Compétition internationale et séries TV

La compétition internationale de longs métrages propose quant à elle dix œuvres qui se veulent audacieuses, libres et singulières. Plus particulièrement portées par de jeunes talents, elles viennent d’Argentine, des Philippines, de Chine, du Danemark, d’Egypte, de France, de Grèce et d’Iran.

Pas de Festival Tous Ecrans sans les séries TV, également au nombre de dix. Outre l’arrivée en force des anciens pays de l’Est, on notera l’islandaise Prisoners, mettant en scène un très réaliste univers carcéral féminin et The Girlfriend Expérience de Lodge Kerrigan évoquant une jeune étudiante en droit qui devient escort girl la nuit. A découvrir aussi, lors du Serial Day& Night, rendez-vous entièrement consacré à la série TV et à sa soeurette du Web, The Young Pope de Paolo Sorrentino avec Jude Law ou ou encore Splitting Up Together, une palpitante nouveauté danoise.

Dans le corps d’un (e) autre…

A signaler enfin une compétition internationale d’œuvres en réalité virtuelle. Une première en Suisse avec notamment Mars 2030 qui vous met dans la peau de scientifiques devant établir une présence humaine sur la Planète rouge. Dans le volet hors concours, à ne pas rater The Machine To Be Another. Cette création du collectif BeAnotherLab offre une expérience vertigineuse, en permettant à des duos homme-femme de se retrouver, grâce à une installation numérique unique en son genre, dans le corps de l’autre.

Festival Tous Ecrans, Salle communale de Plainpalais, rue de Carouge 52, du 4 au 12 novembre. Pour plus de renseignements, tél 022 809 69 20

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02/11/2016

Bercy: fini le blues du tennisman pour Djokovic, flanqué de Pepe le gourou!

agourou.jpgDepuis Roland Garros qu’il nous bassinait avec son spleen, le Djoko! Résultat, une vertigineuse montagne d’articles pour se pencher sur les problèmes du saigneur des courts, se plaignant d’être tellement mal dans sa tête qu’il ne prenait plus aucun plaisir à jouer.

Un drame cosmique que ce manque crasse d’envie! Car l’inaccessible, l‘irrésistible, l’inoxydable, le surhumain Djoker, la machine de guerre écoeurant pratiquement tous ses adversaires depuis 2011 à quelques coups de mou près, se mettait subitement à enchaîner les contre-performances.

Du pain béni pour les victimes du bourreau comme Federer et Nadal en délicatesse avec leur corps martyrisé, et principalement pour Murray qui lui collait désormais aux baskets. La belette alors en retard de 3000 points et des poussières, se retrouvait à quelques centaines seulement à l’entame du Masters de Bercy. De quoi donner des ailes au dauphin, pas loin de se voir sur le trône à la fin de la saison. Peut-être avant s'il rafle le titre et que le roi s'arrête dans le dernier carré. 

C'est toutefois compter sans les expédients que trouve toujours Djokovic pour se remonter le moral. Après le caisson à oxygène façon œuf magique et le régime sans gluten qui lui ont permis de devenir numéro un mondial, voici le gourou grâce auquel il va tenter de se maintenir au sommet.

aagurou.jpgNovak s’est en effet dégoté un ancien joueur, Pepe Imaz, donnant dans le spiritualisme et fondateur d’une académie basant son enseignement tennistique sur «l’Amour et la Paix». Un sacré programme.

L’Espagnol de 42 ans, qui chuchote aussi à l’oreille de comédiens, de chanteurs ou de politiciens, est d'ailleurs allé jusqu'à remplacer à Paris les deux coachs Marian Vajda et Boris Becker, momentanément mis en réserve par le champion.

Et Pepe ne lâche pas son élève d'une semelle, que ce soit aux conférences de presse ou à l'entraînement. Apparemment, ça marche. Fini le blues du tennisman pour Dracula qui se sent à nouveau bien et travaille moins du chapeau. La preuve, il vient d’opérer un retour gagnant pour son premier match.

Certes, il ne s’est débarrassé que du modeste Luxembourgeois Gilles Muller. Il n'empêche que l’Ecossais a du souci à se faire si le Serbe suit à la lettre les préceptes philosophico-mystiques de son pote sorcier. Ils lui permettent en effet de se regarder de l’intérieur et d’établir la connexion avec une lumière divine. Redoutable, non? Enfin pour ne rien vous cacher, je me pince un peu quand même…

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01/11/2016

Grand écran: "Snowden", l'homme par qui le scandale est arrivé

asnowden.jpgAprès s’être livré, dans les années 80-90, à une radiographie de la société américaine à travers d’excellents films, de Platoon à Nixon en passant par Wall Street, Né un 4 juillet, JFK  ou Tueurs nés, Oliver Stone connaissait une baisse de régime depuis 2000.

Mais le voici de retour avec Snowden. Il y trace le parcours d’un jeune ingénieur en informatique, patriote idéaliste fier de servir son pays en ralliant la CIA et la NSA (Agence nationale de sécurité américaine). Et qui, taraudé par sa conscience en se rendant compte de ce qu’il découvre au fil de son travail, est devenu l'un des lanceurs d’alerte le plus célèbre de la planète.

Une décision extraordinaire qui lui fera tout perdre et un sujet sur mesure pour le réalisateur engagé, qui aime se livrer à la critique sans concession la puissance économique et politique de son pays. Ainsi qu’une question cruciale. Faut–il sacrifier la liberté au profit d’une sécurité aléatoire?

C’est ce que se demande le protagoniste qui, en juin 2013, finit par rencontrer un groupe de journalistes dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Et leur fournit un maximum d'informations qu'il a collectées avant de quitter la NSA, sur ses méthodes de renseignements pour s’introduire dans la vie privée des citoyens. Le rendez–vous est tiré d’un épisode magistralement relaté dans Citizenfour de Laura Poitras, Oscar du meilleur documentaire l’an dernier.

Suit un long flash back où Edward Snowden, incarné par un Joseph Gordon-Levitt hallucinant de ressemblance, raconte la façon dont il a été initié au secret et amené à trahir sa hiérarchie. Des révélations qui, après analyse des preuves pour leur publication, seront au centre du plus grand scandale d’espionnage des Etats-Unis.

Une vertigineuse montagne de données

Le monde apprend en effet que sous prétexte de lutte contre le terrorisme, il est sous gigantesque surveillance. La NSA ne s’est pas contentée de mettre sur écoute d’importants dirigeants ou autres personnalités, mais ont dirigé leurs grandes oreilles partout, interceptant des milliards d’échanges téléphoniques, de mails, de SMS, de conversations sur les réseaux sociaux.

On peut reprocher au réalisateur de manquer de nuances, de verser dans l’hagiographie. Ou encore de proposer une pâle copie de Citizenfour dans sa démonstration minutieuse et sa dénonciation des conséquences néfastes d’une obsession du contrôle.

Mais pour qui n’a pas vu le documentaire et ne se souvient que du tsunami provoqué par le grand déballage de Snowden, le thriller politique d’Oliver Stone ne permet pas moins de découvrir, derrière le crack informatique qui a perdu son innocence, sa vie privée et son histoire d’amour avec Lindsay Mills (Shailene Woodley). Même si elle est traitée de façon plutôt banale.

Snowden, l'itinéraire d'un homme hors norme réfugié à Moscou. Considéré, c’est selon, comme un traître ou un héros. A noter qu’il est toujours recherché par les autorités américaines, accusé d’espionnage et de vols de secrets d’Etat.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 novembre.

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26/10/2016

Grand écran: "Doctor Strange" décoiffe avec des effets spéciaux époustouflants

aastrange.jpgPour le 14e film de l’univers Marvel, le réalisateur Scott Derrickson se penche sur l’histoire du Docteur Stephen Strange, un neurochirurgien très talentueux, charismatique, opérant en musique, mais dont l’arrogance le dispute à un ego surdimensionné. Après un tragique accident de voiture, il perd le précieux usage de ses mains et va devoir changer de vie. Il se rend alors au Népal pour s’initier aux secrets d'un monde caché, et découvrir des superpouvoirs chez des sorciers qui défendent la Terre des menaces pesant sur elle.

Et cela sous la houlette d’un Ancien magique féminin, incarné par une étonnante Tilda Swinton, éthérée et mystérieuse au look androgyne. Portant Doctor Strange, Benedict Cumberbatch se révèle aussi convaincant en toubib cynique, prétentieux et non sans humour, transformé aussi sec en superhéros altruiste, apprenant à ouvrir son esprit et se baladant avec sa cape dans des dimensions parallèles surréalistes.

Pas de surprise du côté d'un récit à la trame narrative classique. Visuellement en revanche, c'est époustouflant. C’est même la principale raison d’aller voir ce blockbuster mystico-fantastique. On est littéralement soufflé par des effets spéciaux bluffants d’inventivité et atteignant des records en jouant avec la gravité et la perspective. On voit notamment des villes qui se tordent, s’enroulent sur elles-mêmes, des immeubles qui se déstructurent et se restructurent comme si on était sous psychotropes.

Du tout grand spectacle. Et une bonne nouvelle pour les amateurs d’une nouvelle consultation : l’avenir de Doctor Strange est garanti.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 octobre.

 

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Grand écran: "Tamara", la revanche poussive d'une ado ronde pas si grosse que ça!

atamara.pngLes adaptations cinématographiques de bandes dessinées ne sont en général pas des réussites. C’est le cas en ce qui concerne Tamara, inspiré des albums à succès du même nom, signés Zidrou et Darasse. Mettant en scène une adolescente en surpoids vivant dans un appartement avec sa mère et son beau-père brésilien, Amandine et Chico, tous deux musiciens, ainsi qu'avec Yoli la fille de Chico, toujours là pour donner des conseils de drague à sa "grande sœur".

Alexandre Castagnetti a donc décidé de porter ses aventures à l’écran, avec deux débutants dans les rôles principaux, Héloïse Martin et Rayane Bensetti, la nouvelle coqueluche des minettes. Et nous voici partis pour une année scolaire censée être aussi mouvementée que mémorable. Le film démarre par un clip genre Beyoncé ou Rihanna, avec une Tamara certes complexée par ses rondeurs, mais conquérante et décidée à se débarrasser de son étiquette de grosse qui lui colle aux hanches.

Pour échapper aux méchancetés des filles et aux moqueries des garçons, elle fait le pari, avec sa meilleure amie, de sortir avec le premier mec qui passera la porte de sa classe de seconde. Pas de chance, c’est Diego, le plus beau gosse du lycée. Et on se retrouve avec une ixième comédie poussive et bancale sur l’adolescence, alignant les clichés et les gags éculés sur fond de romance improbable à l’eau de rose.

Sans compter que le film bafoue complètement l’esprit jubilatoire de la BD. Raison pour laquelle ses fans, pensant enfin voir une vraie grosse au premier plan hurlent à la trahison, face à la disparition des bourrelets de Tamara. Il suffit en effet de regarder l’affiche du film et la couverture des albums (photo) pour réaliser qu’il y a un monde entre l’imposante créature imaginée par le duo franco-belge et la jolie héroïne de l’opus avouant juste une petite douzaine de kilos en trop. Et de nous répter à l'envi qu'elle est rondouillarde ou lui faire porter un large pull rose pour dissimuler un embonpoint relatif n'y change rien.  

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 octobre

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25/10/2016

Grand écran: Ken Loach crie sa colère dans "Moi Daniel Blake"

aaablake.jpgEn mai dernier à Cannes, dix ans après Le vent se lève, Ken Loach, 80 ans, décrochait sa deuxième Palme d’or, avec Moi, Daniel Blake, Un choix politique convenu pour ce film militant, émouvant, mais peu novateur et trop manichéen avec tous les bons ouvriers d’un côté et pratiquement tous les vilains fonctionnaires de l’autre.

Même si ce n’est pas le meilleur de l’infatigable Britannique, il n'en demeure pas moins efficace. A son habitude, Ken Loach filme les opprimés, les exclus, les démunis, les laissés-pour-compte. Et, au-delà d’une critique sociale acérée, pousse un véritable cri de rage en suivant en suivant Daniel (Dave Johns), un menuisier veuf de 59 ans.

Mis en arrêt maladie par son médecin après un infarctus, le malheureux est pourtant contraint par l’assurance chômage de chercher un travail sous peine de sanctions. Il entame alors un parcours aussi humiliant que kafkaïen dans les dédales de l’administration anglaise pour obtenir de l’aide.  

Entre les masses de formulaires à remplir constamment incomplets, les interminables appels téléphoniques pour rien, les rendez-vous inutiles à Pôle Emploi, Daniel Blake est pris dans un piège bureaucratique cauchemardesque, où les portes se ferment devant les plus vulnérables, où on vous coupe arbitrairement les subsides.

Il y croise Rachel (Hayley Squires), une jeune femme également au chômage élevant seule ses deux enfants. Ecrasés par un système qui les traite comme des chiens alors qu’il est censé venir à leur secours, ils vont se révolter et s’allier pour mieux se soutenir.

Le réalisateur a sillonné le pays, commençant dans les Midlands et finissant à Newcastle une ville à forte tradition de lutte ouvrière. "Partout, tous les jours, des centaines de milliers de familles ne peuvent manger sans le recours aux banques alimentaires. C’est insupportable, intolérable. Et pourtant, on détourne les yeux" déclarait-il notamment lors d’une conférence de presse à Locarno où le film, ovationné sur la Piazza Grande, avait reçu le Prix du public. (Voir aussi ma note du 12 août dernier),

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 octobre

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19/10/2016

Grand écran: Nicole Garcia raconte une quête d'amour fou dans "Mal de pierres". Avec Marion Cotillard

Inspiréacotillard.jpg du roman de l’Italienne Milena Agus, ce mélodrame qui réunit pour la première fois à l’écran Marion Cotillard et Louis Garrel, suit le parcours de Gabrielle. Elle a grandi dans la petite bourgeoisie rurale de la Provence des années 50. où sa passion, sa rage et ses rêves d’absolu la font passer pour folle. 

Menacée de l’asile psychiatrique, elle épouse José, un maçon espagnol taiseux auquel sa mère l’a quasiment vendue. Elle ne l‘aime pas, lui oui. Mais il ne dit rien, accepte tout d’elle, fait tout pour elle. Il l‘envoie dans un sanatorium pour soigner ses calculs rénaux, son «mal de pierres», où elle rencontre un séduisant lieutenant blessé dans la guerre d’Indochine. Sa soif d’amour fou se réveille…

Nicole Garcia propose un bon film élégant à l’ancienne à la mise en scène classique. Trop illustratif et controlé dans le traitement de ce sujet fort, il manque de profondeur et de tripes dans la mesure où son auteur brosse le portrait d’une jeune femme exaltée, excessivement romantique, possédée, fiévreuse, incarnée par Marion Cotillard, qui est de tous les plans.

Un personnage libre intense, émouvant, mystérieux, à la fois sombre et illuminé, qui va bien à la comédienne. Sans aller jusqu’à l’incandescence que certains critiques lui prêtent, elle séduit dans sa quête éperdue d’un amour impossible, fantasmatique, sinon fantomatique… A ses côtés on trouve Louis Garrel, sobre dans le rôle du bel officier militaire à la santé fragile et Alex Brendemühl dans celui, plus ingrat mais tenu, du mari délaissé.

anicole.jpg"Gabrielle m'a beaucoup touchée"

En lisant le livre, Nicole Garcia a eu envie de l’adapter. «Cette femme m’a beaucoup touchée dans sa quête d’absolu. Elle va jusqu’au bout, contournant toutes les soumissions normatives de la société où elle vit", expliquait-elle lors d’une conférence de presse à Cannes où le film avait été sélectionné en compétition. " Il y a chez Gabrielle quelque chose de sauvage et de sexué. Elle n’est pas une pauvre folle s’attachant à quelqu’un qui ne veut pas d’elle. Sa maladie est une sorte de symptôme. Tout son corps participe". 

Les choses ne se sont pourtant pas déroulées sans mal. Non seulement l’adaptation s’est révélée complexe, mais Nicole Garcia a attendu son héroïne, Marion Cotillard, pendant un an. "Je la voulais elle et pas une autre. J’aime sa sensualité. Son corps parle tout le temps.»

"J’espérais que le scénario ne me plairait pas"

Si la comédienne a mis aussi longtemps à se décider, c’est qu’elle avait enchaîné des films intenses et terminait un tournage. "J’avais envie de prendre du temps pour moi. J’ai lu le scénario en espérant qu’il ne me plaise pas. Mais après trois pages, j’ai réalisé que j’allais l’aimer. Ensuite j’ai mis deux mois à dire oui". 

Marion Cotillard est attirée par des personnages qu’elle n’a pas explorés. A l’instar de celui de Gabrielle. "Elle est enfermée dans un milieu où on ne respecte pas son désir, sa fièvre, ce qui risque de mener à une sorte de folie. Priver une personne de sa liberté peut la rendre malade".

Quand elle accepte de collaborer à un film, il y a un processus qui s’enclenche malgré elle. "Comme quand on tombe amoureux. Mais je n’ai pas de méthode particulière pour travailler. Les choses se font de manière différente selon les réalisateurs. Il y a aussi ce qu’on se raconte du caractère pour lui donner une âme, de la chair. Gabrielle devait vivre au-delà des mots. Selon les personnages que j’incarne, je dois connaître leurs goûts musicaux, comment ils se déplacent ce qu’ils ont vécu dans leur enfance. Je me laisse aller à la rencontre des histoires. Je m’ouvre à quelqu’un. Encore une fois, cela ressemble à une histoire d’amour. C’est un peu mystérieux".

A l'affiche dans les salles de Susse romande dès mercredi 19 octobre.

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18/10/2016

Grand écran: "Heimatland" tente laborieusement de clouer la Suisse au pilori

aheimat.jpgll fait froid, c'est l'automne. Un mystérieux et menaçant nuage déroutant tous les experts météo s’entend sur la Suisse centrale et ne cesse de croître pour recouvrir le pays en s’arrêtant aux frontières. Il est annonciateur d’une tempête dévastatrice qui sème la panique parmi les habitants.

Cet effondrement aussi imminent qu'inimaginable suscite chez eux différents comportements. Certains se barricadent dans leur maison, fêtent la fin du monde, tandis que d’autres dévalisent les supermarchés ou cassent des vitrines de petites boutiques.

A cet égard, on apprend qu’il est très moche de vandaliser l’échoppe de l’indien du coin et plutôt recommandé de s’attaquer à Globus et à la Coop… Mais finalement plus d’un million d’Helvètes angoissés quittent les abris, se jetant sur les routes pour fuir "l’amère" patrie et tenter de gagner le pays voisin. En vain. Mais ne craignez rien, on va éviter une comparaison gratuite...

Certains codes du film catastrophe

Poursuivant dans la tradition du film suisse critique envers la société, ne se limitant toutefois pas au blâme et à la condamnation dans la mesure où ils font partie du problème, ils se sont réunis à dix jeunes réalisateurs alémaniques et romands (pas de Tessinois) pour observer de près cette petite nation alpine (verrue, dixit en son temps San Antonio..) qui s’obstine à se replier sur elle-même.

Ils ont commencé par rédiger un script, avec la volonté de créer des personnages d'ici. Chacun a exécuté son morceau et ils ont essayé de les mettre ensemble. Leur opus se veut à la fois choral et politique, tout en empruntant certains codes du film catastrophe, utilisés simplement comme un moyen. Le méchant nuage n’a donc pas la vedette et aucun héros à l’américaine ne volera au secours du peuple plongé dans le chaos.

Un gros défi à relever pour un résultat inégal et simpliste

Collaborer avec autant de monde est logiquement générateur de tensions et de conflits. C’est un gros défi à relever que de concocter une œuvre collective sans compromis. Du coup, Sa construction confuse donne un résultat forcément inégal. Mais surtout, à part quelques rares bons moments, Heimatland se perd dans une approche lourdingue sinon laborieuse, simpliste et premier degré.

A l‘image par exemple de ces scènes où l’Union européenne s’interroge sur la procédure à suivre pour accueillir ces réfugiés inédits qui, parvenus aux frontières, sont refoulés et condamnés à rentrer au bercail. Un juste retour des choses en forme de cliché moralisant, notamment illustré par un caméo de Jean Ziegler à la télévision, pour fustiger ces Suisses parfois ignobles qui méritent d’expier leurs péchés.

Lors de la présentation du film en compétition à Locarno l'an dernier,  les auteurs avaient affirmé assumer pleinement ce premier degré, l'un d'eux reconnaissant même "le côté grotesque de quelques histoires se déroulant dans des situations étonnantes par rapport à ce qui existe".

L’isolement, thème essentiel

Ils ont par ailleurs insisté sur le caractère essentiel du métrage, à savoir l’isolement du pays. Mais pour eux il ne s’agit pas à proprement parler d’une réponse à la politique blochérienne de quotas d’étrangers, qui a provoqué le référendum du 9 février 2014. "Nous avons débuté l'écriture il y a quatre ans et nous ne pouvions pas prévoir ce qui est arrivé. Nous avons été rattrapés par la réalité et nous avons élaboré les thèmes au fur et à mesure ».

Ils espéraient provoquer une réflexion chez le spectateur, l’amener à se poser des questions. "Nous ne parlons pas seulement de l’isolement de la Suisse, mais de l’isolement personnel, cette faculté perdue de nouer des liens avec les autres. A force de s’isoler, on va droit dans le mur. On suffoque et on a peur d’être enterré vivant".

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 octobre.

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Grand écran: "Brice 3", l'éloge calamiteux de la vacuité cérébrale

aaabrice.jpgPlus de dix ans après, Brice revient. Le monde a changé, mais pas lui, éternel ado végétant misérablement sur sa plage entre fartage et cassage, servant d’attraction aux touristes asiatiques. Jusqu’au jour où les autorités locales lui démolissent sa baraque.

Aussi n’hésite-il pas à répondre à l’appel au secours de son meilleur ami Marius, et s’embarque pour une grande aventure parsemée de hauts faits. Le tout est raconté par un vieux Brice chenu à des gamins dont il se moque abondamment..

Voici qui n’augurait rien de bon, ni de drôle. La confirmation de la chose ne s’est pas fait attendre. Disons-le tout de suite, la seule idée un peu rigolote de l’histoire, c’est d’avoir cassé Brice 2 pour passer directement à Brice 3 signé James Huth. En ce qui concerne le reste, bonjour les dégâts. Un scénario famélique, une mise en scène pataude, un montage hystérique, des scènes éculées remplaçant l’absurde et l’incongru par le ridicule, des gags aussi bêtes que puérils et répétitifs.

En résumé une comédie calamiteuse, indigeste, indigente, désolante de médiocrité qui veut lutter contre la pensée unique à coups de répliques prétendument cassantes et politiquement incorrectes. Mais le pire, c‘est quand même le pauvre Dujardin. Le comédien, à qui Clovis Cornillac vole en plus la vedette, s’incarne tellement dans ce débile analphabète asexué, qu’il a tendance à devenir à la ville le personnage dont il ne cesse de louer la vacuité cérébrale.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 octobre

 

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Grand écran: "Ma vie de courgette" cartonne partout où il passe


acourgette.jpgAprès avoir fait pleurer la Croisette en mai dernier lors de sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs, Ma vie de courgette a raflé des prix aux festivals d'Annecy, d’Angoulême, de San Sebastian, de Zurich. Il représente également la Suisse dans la course aux Oscars de la meilleure animation et du meilleur film étranger.

Bref un petit phénomène. Tout le monde craque en découvrant les touchantes aventures de Courgette. Un curieux nom de légume sous lequel se cache Icare, un garçon courageux de 9 ans qui, depuis que son père est parti avec une "poule", vit seul avec sa mère alcoolique. Elle lui flanque régulièrement de sacrées raclées. Un jour il la tue accidentellement pour échapper aux coups. Alors Raymond, le sympathique et compatissant policier qui s’occupe de son cas, l’emmène dans un foyer.

Réalisé par le Valaisan Claude Barras sur un scénario de Céline Sciamma, Ma Vie de courgette est inspiré d’Autobiographie d'une courgette, un roman de Gilles Paris, qui a lui-même connu le sort de son petit héros, Il raconte ainsi la vie d’Icare qu’il faudra désormais appeler Courgette, le sobriquet auquel il s’accroche, sa mère le lui ayant donné. .

A l’orphelinat ressemblant à une colonie de vacances, le gamin qui se croit seul au monde rencontre la petite bande de Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice. Ils ont chacun leur histoire. Toutes sont aussi tristes que celles de Courgette. Et pourraient être réelles.

aacougette.jpgDécouverte de l'amitié et de la solidarité

Au début, ce n’est pas simple de se faire accepter. Mais peu à peu ils vont s’apprivoiser et réussiront ensemble à retrouver une joie de vivre en découvrant l’amitié, la générosité, la solidarité. Surtout avec l’arrivée de l’adorable Camille, dont Courgette tombe amoureux et qu’il sauvera des griffes de sa sorcière de tante.

Claude Barras a déclaré avoir eu un coup de foudre en lisant le livre de Gilles Paris, qui lui a rappelé ses premiers émois de spectateur devant des films comme Rémi sans famille, Belle et Sébastien, Heidi ou Bambi. Ce film est surtout pour lui un hommage à tous les enfants maltraités qui tentent de survivre à leurs blessures.

Si l’émotion domine à l’évocation de sujets douloureux, on rit également dans ce film en stop-motion qui ne tombe jamais dans le pathos, le larmoyant, les bons sentiments à la louche qu’on aurait pu craindre avec un tel sujet. Et on admire les prouesses techniques. Les personnages qui parlent avec de vraies voix d’enfants, sont des figurines aux grands yeux ronds animées image par image. Le film a ainsi nécessité dix-huit mois de tournage, une centaine de techniciens et un budget de six millions d’euros.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 octobre.

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12/10/2016

Grand écran: "L'Odyssée" évoque la légende Cousteau, star narcissique et militant écolo

aodyssee.jpgEn ces temps difficiles, la France a besoin de héros. Le cinéma lui en offre un sur mesure avec le commandant Jacques-Yves Cousteau, iconique aventurier au bonnet rouge, du moins pour les plus de vingt-trente ans, à qui Jerôme Salle rend hommage dans L’Odyssée. Un biopic incarné par Lambert Wilson, Pierre Niney et Audrey Tautou, porté aux nues par la quasi-totalité de la presse hexagonale.

 Vivant au sud de la France dans une maison surplombant la Méditerranée avec sa femme Simone, ses deux fils Jean-Michel et Philippe "JYC" ne rêve que d’aventures. En 1949, il invente un scaphandre autonome et découvre un nouveau monde dont il n’a alors de cesse de sonder les profondeurs à bord de la Calypso, fameux navire et futur symbole de son œuvre.

Grand admirateur du lauréat d'une discutable Palme d’or cannoise en 1954 pour Le monde du silence, Jerôme Salle se penche sur sa personnalité complexe et contradictoire. Un portrait qui se veut sans fard, dévoilant les zones d’ombre d'un homme sec, dur et autoritaire, n'hésitant pas, à ses débuts d'explorateur, à capturer des otaries pour les étudier ou à jeter sans scrupule des tas d’ordures à la mer. Et qui surtout, touchant à la célébrité, se transforme en star narcissique, âpre au gain et impénitent coureur de jupons,

Parallèlement à cette course effrénée à la reconnaissance et aux contrats, le réalisateur construit sa dramaturgie à travers les relations conflictuelles que ce père dominateur entretenait avec son second fils Philippe, casse-cou avide de son amour et de son admiration, mort dans un accident d’hydravion en 1979. C’est d’ailleurs avec cette tragédie que le film commence.

Jerôme Salle évoque également les rapports acrimonieux avec sa femme Simone, épouse trompée et délaissée, rongée par les infidélités de son mari et noyant sa jalousie dans l’alcool à bord de la Calypso, dont elle avait fait sa maison après l’avoir payée en vendant des bijoux hérités de sa mère.

Mais, comme débarrassé de l’hagiographie en stigmatisant l’égoïsme du séducteur dévoré d’ambition dans sa
première partie, le film s’emploie à son rachat tout au long de la seconde. En insistant longuement sur la conversion de l’infidèle paternel écrasant à l’égo surdimensionné en ardent défenseur des océans, grâce à Philippe qui lui avait opportunément ouvert les yeux sur l’importance de la chose.

C’est ainsi qu’en dépit de bons acteurs, à commencer par Lambert Wilson (photo) en Cousteau plutôt bluffant et souvent plus vrai que nature, de superbes images de fonds marins, de spectaculaires ballets de requins et de baleine, ce biopic reste finalement ce qu’il prétend ne pas être: un film essentiellement à la gloire du commandant, précurseur sur le tard pourtant de l’écologie moderne.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 octobre.

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11/10/2016

Grand écran: médecin et détective, Adèle Haenel porte "La fille inconnue" des Dardenne

afilleinc.jpgMédecin à Liège.Jenny Davin refuse d’ouvrir la porte de son cabinet à une patiente, l’heure de fermeture étant passée. La retardataire, une jeune fille, est retrouvée morte sur une berge le lendemain matin, à deux pas de là. Rongée par le remord, apprenant de surcroît que la police ignore son identité, Jenny se transforme en détective et va tenter de la sortir de l’anonymat pour lui permettre d’être dignement enterrée.

D’abord centrée sur les gestes et le quotidien d’une généraliste, l’intrigue bifurque ainsi vers une enquête menée avec les moyens de la médecine, au cours de laquelle Jenny découvre à la fois l’identité de la morte et le coupable.

Mais l’essentiel n’est pas vraiment là. Livrant une réflexion sur la culpabilité et la responsabilité, le film évoque, par le biais de la quête expiatoire de Jenny, une rédemption possible. En montrant par ailleurs que chacun, à son échelle, a la possibilité d’améliorer les choses face à la souffrance et à la misère.

Intéressante radiographie de notre société avec un petit côté christique, ce dernier opus des Dardenne laisse toutefois un peu sur sa faim. Eux qui visaient une troisième Palme d’or à Cannes sont repartis bredouilles avec La fille inconnue, bien que porté par une convaincante Adèle Haenel. Sorte de sainte laîque, elle enlève le morceau par sa combativité, son énergie, son obstination, son jeu simple, sobre, naturel et intense.

Les deux frères planchent sur ce film depuis 2008, tout en en réalisant d’autres. De passage à Genève, ils nous racontent qu’au départ ils l’avaient imaginé avec un médecin qui se sent coupable de la mort de quelqu’un. Mais un médecin plus âgé qu’Adèle Haenel. Il y a deux ans, ils voient la jeune femme à une soirée, lui trouvent un côté naïf qui leur plaît et sa présence s’impose. "On a pensé que son inexpérience pourrait pousser les gens à davantage se dévoiler. Sans calcul. On a alors retravaillé tout le scénario".  

Peut-on parler d’une photographie de la société à travers le travail de ce médecin confronté à la souffrance ?

En partie. Par exemple, cette fille découverte au bord de l’eau symbolise les migrants qui meurent et qu’on retrouve sur les plages. Et on s’en fout.

Mais pas Jenny. Elle refuse l’endormissement, de dire qu'on ne peut rien faire, que rien ne changera jamais. Et que donc elle s’en lave les mains.

Bien que rien ne puisse être retenu contre elle, Elle refuse en effet de ne pas se sentir coupable, elle essaye de réparer, elle change de vie. Ce n’est plus la même femme. Ce sont les plus faibles qui vont vers elle., ce qu’elle ne voulait pas au début. Elle avait l’intention de faire carrière, de s’élever vers quelque chose de mieux.

En somme le docteur remet les choses à l’endroit dans un monde qui va à l’envers.

Le film porte une forme d’optimisme. Pas dans le sens d’aimer l’humanité mais un autre individu. En même temps on n’est pas dans les bons sentiments. Jenny ne va pas s’épancher. On ne se sert pas d’elle pour dire que la rédemption est possible. On s’intéresse à un personnage sans qu’il soit un porte-parole.

Comment Adèle Haenel a-t-elle préparé son rôle?

Elle est allée pendant deux semaines chez une femme médecin qu’on connaissait pour voir comment les choses se passaient, apprendre les gestes, les prises de sang, pour que cela devienne automatique. Pour nous c’est important.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 octobre. 

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05/10/2016

Grand écran: "Aquarius" dénonce un Brésil gangrené à travers un somptueux portrait de femme

aquarius.jpgSélectionné surprise en compétition au dernier Festival de Cannes, Aquarius, le deuxième long-métrage de Kleber Mendonça Filho avait été plébiscité, à l’image de Maren Ade et son Toni Erdmann. Mais, tout comme l’Allemande, le Brésilien était reparti les mains vides. L’équipe du film n’en n’avait pas moins profité de la fameuse montée des marches et son écho international pour brandir des pancartes, protestant contre la destitution de l’ex-présidente Dilma Roussef et comparant cet acte à un coup d’Etat.

Dans Aquarius, le réalisateur se penche sur le quotidien de Clara, issue de la classe moyenne aisée, et qui fut une critique musicale réputée à Recife, au cours des années 60 et 70. Aujourd’hui cette veuve sexagénaire et mère de trois enfants, possède le dernier appartement d’un immeuble qui n’a pas été racheté par un promoteur voyou. Mais il commence à la harceler pour l’obliger à vendre.

La combative obstinée et orgueilleuse Clara, une vraie résistante qui a notamment survécu à un cancer du sein et qui continue à jouir de l’existence comme bon lui semble, ne se laisse pourtant pas facilement déstabiliser. Elle est bien décidée à rester dans un leu désormais désert, mais qui contient toute sa vie entre ses souvenirs, sa collection de vinyles et ses livres. S’il est subtil et intelligent, le portrait que brosse le cinéaste n’est pas toujours flatteur, dévoilant un personnage impérial et digne, qui peut à l'occasion se révéler égoïste, sinon odieux.

Un pays miné par la crise, la spéculation, la corruption

Plus important, à travers la lutte de cette femme forte incarnée par la grande, magnifique, sensuelle et solaire Sonia Braga, le cinéaste livre une sorte de radiographie du Brésil. Evoquant plus largement un pays gangrené par un libéralisme agressif, il dénonce un capitalisme sauvage se traduisant par la crise, la spéculation, la corruption, les persistantes inégalités sociales.

En raison de son sujet et de la petite manifestation cannoise, Aquarius, fable fleuve en forme de chronique politique, avait été d’abord interdit aux moins de dix-huit ans, un âge qui a finalement été abaissé à 16 ans. Il a par ailleurs fait un véritable carton au Brésil et décroché deux prix au Festival Biarritz Amérique latine. Mais voilà qui ne lui a pas suffi pour représenter son pays dans la course aux Oscars.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 octobre.

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Grand écran: "Une vie entre deux océans", trop tire-larmes pour émouvoir vraiment

auneviie.jpgAu lendemain de la première Guerre ondiale. Tom Sherbourne, ancien soldat encore traumatisé par le conflit, aspire à l’isolement pour tenter d'oublier ses horreurs. Il pense le trouver en se proposant comme gardien de phare sur la petite île inhabitée de Janus, en Australie. Il y vit en solitaire, avant de tomber sous le charme d’Isabel, la fille d’un dignitaire du port le plus proche. Elle le supplie de l’épouser et de l’emmener avec lui sur cette terre austère, belle et sauvage. 

Tous deux s’aiment d’un amour fusionnel que vient de surcroît bénir la promesse d’un enfant. Que demander de plus dans l’existence? Hélas Isabel fait deux fausses couches et doit se résoudre à la pensée qu’elle n’aura plus jamais d’enfant. C’est pourtant là que le destin s’en mêle. Une barque s’échoue sur la plage, avec à l’intérieur un homme mort et un nouveau-né miraculeusement indemne. Tom et Isabel commettent alors la folie d’enterrer secrètement le corps et de garder le nourrisson, une petite fille, en laissant croire qu’il s’agit de la leur…

Réalisé par Derek Clanfrance, interprété par Michael Fassbender, Alicia Vikander (photo) et Rachel Weisz,  Une vie entre deux océans est tiré du best-seller éponyme de M.L. Stedman. Surfant entre folle passion, désir obsessionnel de maternité, secret, mensonge, culpabilité et abnégation, l’auteur défie le spectateur de rester indifférent au drame vécu par ses héros.

C’est pourtant le cas face à ce mélo, bien que porté par des acteurs de talent et ne lésinant pas sur la somptuosité des paysages. Mais il est tellement calibré pour faire pleurer dans les chaumières qu’il peine à émouvoir vraiment.

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 octobre.

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04/10/2016

Grand écran: "Le ciel attendra" montre des jeunes filles piégées par Daech. Bouleversant et indispensable

aciel.jpgComment et pourquoi une jeune fllle, aujourd’hui, peut avoir envie de partir en Syrie? C’est ce qu'explique Le ciel attendra en mettant en scène deux d'entre elles. Mélanie et Sonia. Mélanie a 16 ans. Elle vit avec sa mère Sylvie, aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Mais l'irréparable se profile lorsqu’elle rencontre son "prince" sur internet, en tombe amoureuse et se fait petit à petit prendre dans les filets de Daech. Un piège qui a aussi failli se refermer sur Sonia, 17 ans, pour "garantir à sa famille une place au paradis".

Un film intelligent, lucide, indispensable, analysant ce moment où les ados sont contre tout ce qui représente l'autorité, explorant parallèlement l’intimité et la psychologie de deux filles qui ont basculé, ou vont le faire, dans le fanatisme. L’opus montre aussi la façon dont les proies sont repérées grâce aux réseaux sociaux, après avoir posté des messages avec des mots-clés qui permettent d'établir le contact. Il y a enfin la douleur, la colère, le courage de parents qui tentent de comprendre et se sentent coupables de n'avoir rien vu venir.

Le ciel attendra est signé de la réalisatrice scénariste et productrice française Marie-Castille Mention-Schaar. "Partie de questions que je me posais, j’ai commencé à rencontrer des journalistes couvrant le sujet, un frère parti sur les traces de sa sœur. Ensuite j'ai fait beaucoup de recherches, vu des reportages, lu des articles, regardé des heures de vidéo de propagande dont certaines sont juste insoutenables, pour mieux saisir l'emprise des rabatteurs".

Grâce aux contacts de Dounia Bouzar

Toutefois, le plus important pour Marie-Castille Mention Schaar était d’entrer en contact avec des adolescentes qui ont été, sont encore dans la radicalisation. Et cela grâce à Dounia Bouzar, anthropologue française qui a fondé en 2014 le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam.

"Elle a accepté que je la suive pendant trois mois avec son équipe partout en France. Et j’ai découvert la réalité du processus d’embrigadement en parlant notamment avec une jeune fille passée par là. Avec leur soif d’absolu, de pureté, de romantisme, leur besoin d’être utiles, elles succombent plus facilement. Les prédateurs les ciblent en leur assurant que leur existence va avoir un autre sens que dans cette société pourrie, dépourvue de spiritualité, uniquement attirée par la consommation, le succès. Ce qu’on leur promet, c’est la vie après la vie, un monde où il n’y a pas d’injustice, de pauvreté et où tout est beau".

Clotilde Courau particulièrement impliquée

Ce long-métrage est porté par quatre comédiennes très convaincantes. Outre Noémie Merlant et Naomi Amarger qui incarnent parfaitement les deux filles, la réalisatrice a fait appel à Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau. "Sandrine devait mais n’a pas pu jouer dans Les Héritiers, mon précédent film. Suite à ce rendez-vous manqué, j’étais contente de la retrouver car elle me paraissait évidente dans le rôle de l’une des mères. En ce qui concerne Clotilde Courau, l’autre maman, c’est son agent qui m’en a parlé. J’ai regardé L'ombre des femmes de Philippe Garrel et j'ai été séduite par sa volonté d'implication dans l'histoire".

"Quand Marie-Castille m’a proposé de participer à l’aventure, j’ai été frappée par l’intelligence du propos", nous dit Clotlide. "J’avais eu l’occasion d’aller à Tunis lors de l’explosion au Musée national du Bardo et je me sentais concernée. J’ai.écouté des témoignages, lu des ouvrages sur Daech, qui applique le même principe que les sectes. Isoler les gens, les couper de leur famille, de leurs émotions. Et bien sûr, je me suis plongée dans les problématiques de l’adolescence".

Evoquant son rôle, Clotilde Courau relève à quel point elle l’a trouvé bouleversant. "Incarner ce genre de personnage c’est m’interroger sur cette femme qui se retrouve dans une solitude absolue, à laquelle s’ajoute une terrible culpabilité, c’est questionner mon identité de parent qui veut comprendre, mais n’a rien vu venir. Pour le jouer, j’ai surtout pensé à toutes les mères qui ont vécu ce drame. En espérant être à la hauteur»

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 octobre.

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28/09/2016

Grand écran: "Fuocoammare", l'autre regard de Gianfranco Rosi sur les migrants à Lampedusa

afuoccoammare.jpgImmergé pendant un an dans l’île aujourd'hui tristement célèbre de Lampedusa, point européen le plus proche de l’Afrique, port d’accueil d’un flux continu de gens débarqués, quand ils ont de la chance, de bateaux de fortune, Gianfranco Rosi a tiré de son séjour Fuocoammare, un documentaire souvent glaçant de deux heures. 

A l’exception d’un assistant, il tourne seul avec sa caméra pour mieux s’approcher des personnages et gagner leur confiance. Sans mise en scène, sans autre voix que celle des différents protagonistes, il confronte au terrible quotidien des migrants, celui des habitants menant une vie en quelque sorte parallèle. S’il suit plus particulièrement Samuel, un fils de pêcheur de 12 ans qui chasse les oiseaux au lance-pierres, il s’invite chez une grand-mère préparant le repas en écoutant la radio, où un animateur compatissant livre le compte quotidien des arrivées et des morts entre un morceau de jazz ou une vieille rengaine italienne.

Rosi rencontre aussi Bartolo, un médecin qui ne parvient pas à s’habituer aux cadavres tout en montrant des hommes en combinaisons blanches pris dans un cycle aussi infernal qu’ininterrompu de recherches en mer, d’abordages, de sauvetages, d’identifications des victimes.

Portant un autre regard sur la crise, confronté à la souffrance, à la survie, à la mort, Rosi, tout en évitant de délivrer un message, crée une prise de conscience par des images fortes, dérangeantes, ne cachant rien, évoquant la gigantesque tombe qu’est devenue la Méditerranée en quinze ans, avec ses 20.000 corps gisant par le fond. Un témoignage indispensable auquel le jury de la Berlinale a été sensible, puisqu’elle a décerné l’Ours d’or au cinéaste italien.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 septembre.

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Grand écran: le tourbillon Soko éclipse Lily-Rose Depp dans "La danseuse"

adanseuse.jpgRien ne destine Loïe Fuller, fille de ferme originaire de l’Ouest américain, de devenir l’icône de la belle Epoque admirée par Mallarmé, Rodin ou Lautrec, et de se produire à l'Opéra de Paris. Dans son premier film La danseuse, la réalisatrice française Stéphanie Di Giusto se penche sur le destin de celle qui subjugua le public avec sa "danse serpentine", devint une star avant de tomber dans l’oubli et d’être beaucoup plus tard redécouverte comme l’une des pionnières de la danse contemporaine.

Enveloppée dans des mètres et des mètres de soie blanche, les bras prolongés par de longues et lourdes baguettes de bois, la silhouette sculptée par les faisceaux de dizaines de projecteurs, elle créait de magnifiques et virevoltantes formes lumineuses, en tournoyant sur un carré de verre éclairé par-dessous. Un numéro qui lui brise le dos, lui abîme les yeux, qu’elle perfectionne chaque jour dans la douleur, mais qui tient d’abord de la performance.

C’est là sa faiblesse fatale. Loïe Fuller, esprit libre et conceptrice visionnaire n’est pas une danseuse dans son acception académique. A l’inverse d’Isadora Duncan, mythique prodige américain avide de gloire, qui la fascine et dont elle tombe amoureuse pour son malheur. Alors qu’elle est au sommet de son art, sa rivale précipite sa chute en la détruisant dans sa propre compagnie.

Véritable boule d’énergie, Soko lancée à corps perdu dans un rôle qui lui colle à la peau (photo), se révèle particulièrement convaincante en Loïe Fuller aux côtés de Lily-Rose Depp. En mai dernier à Cannes, l’idée de découvrir la fille de Johnny Depp et de Vanessa Paradis avait suffi à faire le buzz. Mais la jeune actrice ne s’est pas franchement montrée à la hauteur de l’énorme intérêt suscité par sa présence dans La danseuse

Le film au casting cinq étoiles emporte l’adhésion dans la mise en scène inspirée des chorégraphies et la sublimation de leur beauté. En revanche, il déçoit dans l’affrontement quelconque entre les deux femmes et le curieux escamotage, développé par Mediapart, de l’homosexualité de Loïe Fuller. Réduisant sa préférence à un baiser donné à Isadora suivi d’une scène humiliante, ainsi qu’à des regards furtifs et des soupirs de sa compagne Gabrielle Bloch (Mélanie Thierry) avec qui elle vivait ouvertement, mais devenue sa collaboratrice chez Stéphanie Di Giusto. Qui propose en outre une relation hétérosexuelle fantasmée entre Fuller et un personnage inventė, interprété par Gaspard Ulliel.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 septembre.

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21/09/2016

Grand écran: des couples racontent leur amour dans "Loves Me, Loves Me Not"

aabramovich.jpgAprès Dieu sait quoi en 2004, où elle interrogeait des retraités sur le sens de la vie dans un grand parc parisien, Liens de sang en 2008 où elle explorait les rapports parents-enfants dans l’immeuble genevois des Stroumpfs, Fabienne Abramovich propose un nouveau documentaire, Loves Me, Loves Me Not.

On est à Paris. La nuit est tombée et des centaines de gens se rassemblent le long du canal de l’Ourcq. Jeunes ou un peu moins, ils viennent s’asseoir au bord de l'eau, se mêlent, se passent le pain, tissent des liens informels, se retrouvent le lendemain. Pour parler quasi exclusivement d’amour.

Fabienne Abramovich livre ainsi un métrage qui se veut un peu rohmérien, teinté de marivaudage, en filmant des couples qui racontent leur façon d'aimer, d'une ou de toutes sortes de manières. Une oeuvre intemporelle, singulière, hors mode black, sexe et banlieue. Un sujet casse-gueule où il fallait éviter les clichés, comme l'auteure le dit elle même, à l’occasion d’une rencontre où elle explique sa démarche.

Elle a débuté  en 2010. L’écriture, essentielle, lui a pris deux ans et le tournage quatre. "Je ne pouvais filmer qu’en été, en majeure partie la nuit entre 21h30 et au mieux deux ou trois heures du matin. En tout quatre fois trois semaines". Elle a commencé des entretiens avec des jeunes gens et, petit à petit, a testé un dispositif extrêmement sommaire et précis. "J’ai travaillé presque seule, en choisissant, c'était primordial un temps et un lieu donné, à Paris. Et il me fallait l'eau pour le travail de l'image. J’ai compris que tous ces individus sur les berges représentaient mon Woodstock à moi".

Comment avez-vous trouvé vos protagonistes ?

Jalovesme.jpge faisais des repérages en me promenant avec une charrette, vêtue d’un habit de pêcheur et coiffée d’une casquette. Je voyais des gens, on buvait un verre, j’expliquais ce que je voulais. L’idée, c’était de les laisser échanger entre eux, en étant eux-mêmes, dans l’instant.

Ils ont une incroyable facilité d’élocution. Quelle est la part de l’improvisation ?

Ce n’est que de l’impro. Evidemment, comme ils se répétaient, j’ai beaucoup coupé. Je n’ai rien changé à leurs mots, à leurs phrases, mais j’ai construit les séquences, restructuré les conversations pour qu’elles soient audibles. J’ai écouté, tamisé, cadré. Un gros travail. C’est la raison pour laquelle je n’ai filmé qu’un couple à la fois, chacun d’eux me prenant environ quatre heures.

Il y a une chose qui surprend, ces couples middle class, jeunes pour la plupart et qui évoquent leur amour,  sont pratiquement tous blancs. Ce qui ne paraît pas représentatif de la société actuelle.

Il ne s’agissait pas de faire du Benetton… En même temps, pour moi, le multiculturalisme est présent à travers notamment quatre jeunes Beurs qui certes sortent un peu du cadre, mais libèrent très vivement et assez crûment la parole, avec des Arabes passant en djellabah, avec la musique syrienne, des Blacks qui chantent. Ces derniers ne vont pas d'ailleurs pas volontiers s’asseoir au bord de l’eau. Ce n’est pas leur culture.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 septembre. 

 

 

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20/09/2016

Grand écran: la guerre des sexes dans "L'économie du couple". Lafossse tape juste!

akahnbejo.jpgIl y a des films qui vous attrapent dès la première image. Comme L’économie du couple, Il suffit de voir Marie rentrer à la maison et y découvrir, très contrariée, Boris qui ne devait pas s’y trouver ce jour-là, pour savoir que le réalisateur belge Joachim Lafosse ne nous lâchera plus. Tant il a tapé juste tout au long de son étude de comportement aussi intelligente que subtile.

Après 15 ans de vie commune, c’est le désamour. Marie et Boris ont décidé de se séparer. Problème, c’est elle qui a payé la maison et lui qui l’a rénovée. Dans l’impossibilité de se loger ailleurs faute de moyens financiers, Boris est obligé de cohabiter avec son ex-compagne et leurs jumelles. Mais Marie ne le supporte plus et veut qu’il parte. Elle déteste tout chez lui et se demande comment elle a pu l’aimer.

Sous les yeux des deux fillettes qui évidemment en souffrent, c’est alors l’heure des reproches acrimonieux, des engueulades monstres et des règlements de compte impitoyables. Tout tourne autour de l’argent, de qui a amené quoi, payé quoi.
Pour Joachim Lafosse, reconnaissant le côté autobiographique de l’œuvre où il parle aussi de sa génération, celle des quadras, l’argent dans un couple c’est souvent plus un symptôme qu’une cause permettant et justifiant la dispute. Un symptôme qui cache aussi des choses émouvantes, tristes, la manière dont on est reconnu ou pas pour ce qu’on a fait ou pas.

L’économie du couple  est une vraie réussite à laquelle les acteurs, étonnants de sobriété et de réalisme contribuent largement. Dans cette guerre des sexes où Lafosse joue à la fois au psy et à l’ethnologue, Cédric Kahn, généralement plus connu comme cinéaste et scénariste, se révèle formidable. A l‘image de la lumineuse Bérénice Bejo (photo).

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 septembre.

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Grand écran: Xavier Dolan bouleverse, fascine et exaspère dans "Juste la fin du monde"

axavierd.jpgPour son septième film, qui a décroché le Grand Prix du jury en mai dernier à Cannes, le réalisateur québecois a choisi d’adapter une pièce de Jean-Luc Lagarce, dont il apprécie la beauté du texte et de la langue. Jeune auteur à succès, homosexuel intello plein de douceur, Louis n’a pas revu sa mère, sa sœur et son frère depuis 12 ans. Gravement malade, il revient chez les siens pour leur annoncer sa mort prochaine. Et ne cessera de chercher le bon moment pour le faire. Mais très sensible à l’extrême tension que sa visite provoque, il recule à chaque fois face à ces gens qui le noient sous les reproches, l’accablent de leur amertume et de leur rancœur. De leur amour aussi.

Juste la fin du monde est un huis-clos théâtral familial asphyxiant, à la fois bouleversant et exaspérant, où tout le monde a envie de déballer ce qu’il a sur le cœur, mais où chacun crie, pleure, s’engueule, balance des vannes, ment, pour éviter, dans une fuite en avant logorrhéique, de parler de l’essentiel. A savoir de la raison du retour de Louis qui les tourmente.

Xavier Dolan propose une mise en scène virtuose privilégiant les gros plans pour se rapprocher des visages de manière à en saisir les expressions les plus révélatrices. L’histoire passe en effet aussi par les silences, les regards, le moindre mouvement d’une bouche exprimant les non-dits. Les comédiens sont ainsi placés sous une sorte de microscope, la caméra jouant avec eux dans une tentative de capter le moindre souffle.

Gaspard Ulliel se révèle excellent dans le rôle de Louis. L’opus est porté par quatre autres stars françaises aux prestations en revanche inégales. Nathalie Baye (la mère Martine), perruque noire et maquillage outrancier et Vincent Cassel (son frère Antoine) en font des tonnes dans une hystérie galopante. Lea Seydoux (sa sœur Suzanne qu’il n’a pas vu grandir) n’est pas moins irritante.

En revanche, à l'image d'Ulliel, Marion Cotillard (sa belle-sœur Catherine que Louis ne connaissait pas) séduit. Dans ses hésitations, son bégaiement, sa gentillesse et sa compassion à l’égard de Louis dont elle a tout de suite compris le secret, on l’a rarement vue aussi bonne et aussi différente.

"C'est mon meilleur film"

A l’issue de la projection cannoise pour les journalistes, Xavier Dolan s’était montré un peu blessé par les critiques négatives, mais disait son bonheur d'être sur la Croisette. "je suis fier de mon film. J’estime que c’est mon meilleur", avouait-t-il à la conférence de presse. De leur côté, ses comédiens ne tarissaient pas d’éloges sur leur réalisateur, s’accordant à évoquer une rencontre passionnante avec un homme hors norme, proche d’eux, les mettant sous un microscope, jouant avec eux, donnant tout, essayant de capter le moindre souffle.

Xavier Dolan aime la prolixité des personnages qui parlent de tout sauf de ce qu’ils savent. "Louis réagit à la nervosité, à l’ambiance. On s’évade à travers lui, grâce aux regards échangés avec Catherine. Il est en escapade perpétuelle dans une maison où sa famille le noie sous les reproches. Le plus attrayant, c’est son côté désagréable. Dans la vie on pleure, on explose, on ment. Je suis content d’avoir pu travailler avec des acteurs que j’admire pour exprimer cette imperfection humaine".

Le réalisateur s’explique aussi sur l’utilisation des gros plan quasi constants. "Pour moi, c’était une nécessité de me rapprocher des visages qui reflètent la tension. L’histoire passe par les silences, les regards, le moindre mouvement d’une bouche exprimant les non-dits".

A 'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 septembre.

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18/09/2016

Coupe Davis: les Suisses trouvent la clé, mais les Français la perdent. Alors, qui pour remplacer Noah?

asuisses.jpgPierre-Alain Dupuis, plus insupportable perruche que jamais n'a cessé de le claironner au cours de ce match de barrage, les Suisses avaient les clés. Mais le moins qu’on puisse remarquer, c’est qu’ils ont mis du temps à trouver la serrure pour ouvrir une porte ouzbek pourtant fermée avec un loquet branlant.

Enfin, l’essentiel est ce maintien dans l’élite mondiale, me rétorquerez-vous. En principe. Car si les Fedrinka s’obstinent à jouer les patriotes à la noix, voilà qui ne servira pas à grand-chose. Nos valeureux mais seconds couteaux n'auront pas une nouvelle chance insigne de batailler contre  
de besogneuses troisièmes lames.

A moins qu’ils tombent sur les…Français lors du tirage au sort! Parce que vu le cuisant revers des Bleus contre les Croates dans le dernier carré, cela laisse carrément un espoir pour les Rouges de les battre, même privés de leurs deux éminences starissimes.

abellier.jpgCertes, à l’instar des Helvètes qui ont dû se débrouiller avec Laaksonen, Bossel et Bellier, l'ultime sauveur (photos), les Tricolores ont dû évoluer sans leurs leaders Tsonga et Monfils qui, on se pince, s’était prétendument blessé à un genou… en rentrant à son hôtel!

Qu’à cela ne tienne cependant. Si la Monf’ a, c’est le cas de le dire, fait faux bond à la dernière minute, il y avait un mousquetaire de rab en la personne de Richard la Gasquouille, sans oublier Poupouille, l'étoile née à l'US Open. 

Filante, l'étoile en l'occurrence. Mais bref, au départ, il y avait de quoi rallier la finale en trois coups de cuillère à pot selon le prétentieux capitaine Noah, qui allait jusqu’à se féliciter de l’absence de Gaël et se réjouissait de se faire hurler dessus par un public hostile. J’adore relevait-il en substance. Cela va nous servir pour être plus motivé, pour avoir la rage. Et d’ajouter en substance, vendant sottement la peau de l'ours: on est tellement prêts… Qu’est-ce que ça va être bon dimanche quand on aura gagné…

anoah.jpgCaramba, les Français n’ont pas seulement perdu, mais ils se sont carrément laissé ratatiner par les Croates emmenés par un invincible Cilic, à l’image du malheureux Gasquet. En réalité ils n’étaient absolument pas "prêts", simplement "près". Eh oui hélas, si près, si loin les pauvres. En tout cas une chose est sûre, le pontifiant gourou a drôlement perdu de sa superbe. Le quotidien L’Equipe s’était d’ailleurs un peu méfié en titrant "Esprit Noah es-tu là ?"

Il y en a un qui doit ricaner sous cape, c’est Arnaud Clément, largué comme un malpropre suite à l’échec hexagonal à Lille en 2014. Au moins avait-il lui conduit ses troupes jusqu’en finale. Alors qui pour remplacer Noah touché au coeur? Bon, je ne vais pas lui mettre l’entier de cette mortifiante défaite sur le dos. Bien qu’il le clamât haut et fort, il ne disposait pas vraiment de la main d’œuvre idoine pour l’emporter. Comme dirait un chirurgien esthétique, on ne réussira jamais à transformer un buffet campagnard en commode Louis XV…

 

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14/09/2016

Grand écran: "Clash" évoque l'Egypte à travers un huis-clos étouffant en forme de thriller

aclash.jpgAu lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, deux ans après l’échec de la révolution égyptienne, de violentes émeutes éclatent au Caire. Un journaliste égypto-américain et son photographe, considérés comme des traîtres sont embarqués dans un fourgon de police.

Ils sont aussitôt suivis par des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses diverses. Des sympathisants des Frères musulmans, des modérés, un chrétien, des femmes sont ainsi forcés de cohabiter dans cet espace restreint et forcés de surmonter leurs divisions pour tenter de survivre. A la fin le fourgon est pris dans une grande manifestation chaotique, où il est difficile de définir le camp des protestataires.

Du coup, alors qu’ils luttent depuis le début pour sortir du fourgon se déplaçant dans une ville à feu et à sang, les prisonniers du panier à salade se rapprochent et veulent rester à l’intérieur, face à la folie meurtrière qui se déroule à l’extérieur. On ne sait pas dès lors ce qui va leur arriver. Tout en se doutant que l’issue ne devrait pas être des plus favorables.

Clash est signé du réalisateur Mohamed Diab, dont le travail pointe les problèmes de la société égyptienne et dont le premier long-métrage Les femmes du bus 678 évoquait le combat de trois femmes cairotes contre le machisme et le harcèlement sexuel. Il avait fortement déplu à la censure égyptienne. Cela n'a pas empêché son auteur de faire l’ouverture de la section cannoise Un certain regard, sans que son oeuvre ait été préalablement montrée à la dite censure.

Symbolique et centré sur l'humain

Durant l’entier de cet opus centré sur l’humain, on ne quitte pas la fourgonnette et ses occupants. Ce huis-clos dantesque mélangeant plusieurs visages, reflet des colères, des peurs, des angoisses, des incertitudes, des espoirs d’un peuple, est symbolique d’un pays sous la botte des militaires et s’enfonçant dans la répression de toute opposition islamiste et laïque.  

Eprouvant, étouffant, ce thriller parabolique se veut haletant, percutant, efficace. Mais au-delà d’une réussite technique, de quelques scènes impressionnantes, on retiendra surtout le courage politique de l’auteur, son honnêteté, sa volonté d‘impartialité et d’absence de manichéisme.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 septembre.

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