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18/04/2017

Grand écran: "Life" recycle les meilleurs films de l'espace sans convaincre

aaaaalife.jpgUne touche d’Alien, un poil de Gravity, un rien d’Interstellar, un soupçon d’Odyssée 2001. Autant dire que Life s’inspire du meilleur dans le genre pour son huis-clos multiculturel en apesanteur. Malheureusement, à force d’emprunts tous azimuts, ce film de science-fiction saupoudré de gore signé Daniel Espinosa, qui ne posséde pas la virtuosité de ses prédécesseurs, trouve difficilement sa propre identité.

Il promettait cependant beaucoup en nous dévoilant l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité. A savoir la première preuve d’une vie sur Mars, résultat des recherches des six membres d’équipage voyageant à bord de la Station Spatiale internationale. Mais alors qu’ils approfondissent leurs expériences, celles-ci vont avoir des conséquences inattendues, la minuscule chose inconnue se révélant bien plus intelligente que son côté informe ne le laissait supposer.

Voilà qui nous donne une première partie haletante, où on suit avec angoisse le développement de cette bestiole, surnommée Calvin, qui a pourtant l’air plutôt inoffensive au début. Certes moche, elle n’apparaît en outre pas si extraterrestre quand lui poussent une tête, des pattes et une queue! 

Un look peu imaginatif pour une suite téléphonée. Dès l’instant où on découvre les instincts meurtriers de la créature dévastatrice, le film est pour ainsi dire terminé. Toute la deuxième partie consiste en une resucée lassante de ses attaques de plus en plus mortelles. Ultra-rapide, Calvin ne cesse de se développer méchamment, évitant les pires ripostes des humains pris au piège et luttant pour leur survie. Pour finir par s'offrir en sacrifice. 

Dommage par ailleurs que l'action l'emporte le plus souvent sur les personnages, dont les rôles a priori intéressants sont trop peu exploités. A l'image de celui de Jake Gyllenhaal, astronaute mélancolique et un rien contemplatif, de son contraire Ryan Reynolds ou encore de Rebecca Ferguson, qui fait l’effet d’une Ripley au rabais. Restent la magie de l’espace, les effets spéciaux et une magnifique photographie. Cela ne suffit pas à emporter le moreau.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 avril.

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14/04/2017

Festival de Cannes: Une 70e édition avec des records pour Michael Haneke et Nicole Kidman

aaaacannnes.jpgLe voile est levé sur la 70e édition du Festival de Cannes. Un cru 2017 moins dominé que d’ordinaire par les valeurs sûres. Un millésime à coloration politique par ailleurs, un «moment suspendu» entre la présidentielle et les législatives, comme l’a rappelé le président Pierre Lescure lors de la conférence de presse, avant que le délégué général Thierry Frémeaux déroule la liste des films retenus.

Le comité de sélection en a visionné 1930 pour en choisir 49. En compétition, 18 seront soumis au jugement du président Pedro Almodovar et de ses futurs complices. 16 figurent dans Un certain regard, les autres se répartissant hors compétition, dans les séances spéciales et de minuit.

On compte en tout 29 pays, 9 premiers films et 12 réalisatrices dont trois, l’Américaine Sofia Coppola (Les Proies), la Japonaise Naomi Kawase (Radiance) et la Britannique Lynne Ramsay (You Were Never Really Here) prétendent à la Palme d’or. A cet égard, l’Autrichien Michael Haneke, qui détient le record de sept sélections, tentera d’en établir un autre en remportant un troisième trophée avec Happy End. Au générique de quatre productions, Nicole Kidman rafle celui de l’ubicuité…

Les Français très bien lotis

Alors qu’Arnaud Depleschin assurera l’ouverture avec Les fantômes d’Ismaël Les Français sont particulièrement bien représentés dans la course à la médaille avec François Ozon et son thriller L’amant double, Jacques Doillon (Rodin), Michel Hazanavicius (Le redoutable, autour de Jean-Luc Godard) et le petit nouveau Robin Campillo (120 battements par minutes, chronique du sida à travers l’organisation ActUp).

Du sang neuf également chez les Américains avec Noah Baumbach (The Meyerowitz Stories), les frères Benny et Josh Safdie (Good Time). Ils feront face au vétéran Todd Haynes (Wonderstruck). En concours pour la première fois aussi le Coréen Bong Joon-ho (Okja), tandis que son compatriote Hong Sangsoo propose The Day after.

On trouve ensuite deux Russes, Serguei Loznitsa (A Gentle Creature) et Andreï Zviagintsev (Loveless), le Grec Yorgos Lanthimos (Mise à mort du cerf sacré), le Hongrois Kornel Mundruczo (Jupiter’s Moon), le turco-allemand Fatih Akin (In The Fade).

Les stars devant la caméra

Du beau monde derrière, mais aussi devant la caméra. On citera pêle-mêle Robert Pattinson chez les frères Safdie, Joaquin Phoenix chez Lynne Ramsey, Isabelle Huppert chez Haneke, Vincent Lindon chez Doillon, Louis Garrel chez Hazanavicius, Jérémie Renier chez Ozon.

Sans oublier Nicole Kidman, déjà citée ci-dessus. On la retrouve en concours chez Sofia Coppola et Lanthimos, hors compétition chez John Cameron (How to Talk to Gilrs at Parties) et dans la deuxième saison de Top of The Lake la série télévisée de Jane Campion dans son intégralité. De son côté, David Lynch débarquera avec deux épisodes de la saison 3 de Twin Peaks. Des projections en séances spéciales. 

Dans cette section on pourra en outre découvrir des documentaires engagés. A l’image de Napalm de Claude Lanzman, An Inconvenient Sequel de Bonni Cohen et Jon Shenk, ou encore 12 jours de Raymond Depardon. Un mot sur Kristen Stewart qui montre son premier court métrage (come Swim) et Chair et sable d’Alejandro Inarritu, un film en réalité virtuelle de 7 minutes, proposé pour la première fois.

On aura l'occasion de parler plus tard de La quinzaine des réalisateurs et de La semaine de la critique, deux volets importants de cette 70è édition, où Monica Bellucci jouera la maîtresse de cérémonie pour l'ouverture et la clôture du festival, qui se terminera par la projection de la Palme d'or.

Festival de Cannes du 17 au 28 mai.

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12/04/2017

Grand écran: "L'Opéra de Paris", immersion passionnante de Jean-Stéphane Bron

aaaaopera.jpgIl ne connaissait rien de son nouveau sujet avant de se lancer dans l’aventure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Stéphane Bron apprend vite. Après Maïs im Bundeshaus (Le génie helvétique), où il nous entraînait dans les arcanes du pouvoir, Cleveland contre Wall Street consacré à la crise des subprimes et L’Expérience Blocher où il suivait le tribun suisse, le réalisateur vaudois opère une immersion passionnante de dix-huit mois, de janvier 2015 à juillet 2016 à l’Opéra de Paris.

Une réussite en effet que ce voyage dans le temple de l’art lyrique et de la danse, commençant avec l’arrivée de son nouveau directeur Stéphane Lissner, accompagné du chef Philippe Jordan et du responsable du ballet Benjamin Millepied (il démissionnera de son poste un an plus tard). Quel que soit le thème de ses films, Jean-Stéphane Bron nous bluffe par sa manière de regarder et de raconter.

Sans souci de chronologie, d’analyse ou de critique, mais avec un sens aigu de l'observation et de jolies touches d’humour, il nous laisse visiter cet imposant navire aux 80 métiers, aux 1000 collaborateurs fourmillant de jour et de nuit, métaphore d’une société.

Entre préparation de la conférence de presse inaugurale, visite de François Hollande, auditions, répétitions, engagements, présence spectaculaire d’un taureau sur les planches, conflits parfois violents, discussions syndicales, prix des billets, remplacement in extremis d‘une vedette malade, démission de Millepied, l’auteur nous fait saisir dans son documentaire les gros enjeux de la prestigieuse institution, la complexité de son fonctionnement dans ses aspects politiques, sociaux, techniques.

Des bureaux à la scène, des coulisses aux ateliers, on découvre ainsi ceux qui, marins ou commandant, oeuvrent sans relâche à l’excellence des spectacles annuels, dont Bron ne montre toutefois que peu d’extraits. Il se focalise davantage sur les passions humaines, des tranches de vie, des personnes. Deux régisseuses qui chantent une partition, une danseuse qui s'effondre après sa performance, des maquilleuses.

Et surtout le talentueux jeune baryton-basse Mikhaïl Timoshenko, fraîchement débarqué de son Oural natal. Joyeux, reconnaissant, ébloui par le lieu, avide d’apprendre le français, le prodige en formation est aussi irrésistible que désarmant de naturel.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 mai.

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05/04/2017

Grand écran: "Double peine" explore les liens entre les mères incarcérées et leurs enfants

aaaaapeine.jpgQu’elle choisisse la fiction ou le documentaire les femmes se retrouvent généralement au cœur des films de la Suissesse Léa Pool qui milite pour leur émancipation et rend hommage à leur force de caractère. Avec Double peine, cette cinéaste engagée (à qui l’on doit La passion d’Augustine, La demoiselle sauvage , Emporte-moi), nous emmène dans des prisons pour femmes, en Bolivie, au Népal, à New York et à Montréal.

La plupart des détenues sont des mères et leur incarcération représente en effet une double condamnation dans la mesure où les enfants, qui peuvent rester avec elles, doivent également la subir, parfois jusqu’à l’adolescence. Suivant la vie quotidienne de certains gosses, elle adopte leur point de vue et donne la parole à ces laissés pour compte, invisibles derrière les barreaux .

Tout en dénonçant cette peine et surtout désireuse de savoir comment tant de victimes innocentes la vivent, Léa Pool nous laisse découvrir des enfants étonnants de maturité, qui se comportent en véritables adultes.

A l’image de cette irrésistible fillette québécoise de neuf ans, rencontrée par l’intermédiaire d’un médecin, et évoquant l’impossibilité pour sa mère de s’empêcher de voler. «Elle se retrouve souvent en prison. Cela fait une trentaine de fois depuis que je suis toute petite. Je lui dis d’arrêter, mais elle recommence. Je suis fâchée mais c’est vraiment une personne gentille», explique-t-elle en substance.

Un moment fort accompagné d'autres qui vont droit au coeur, dans un documentaire par ailleurs très instructif, plein de sensibilité mais ne cédant jamais à la facilité pour émouvoir.

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 avril.

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Grand écran: l'amour est... aveugle dans "La prunelle de mes yeux"

aaaaprunelle.jpgIls habitent le même immeuble à Paris. Theo et Leandro deux frères au chômage d’origine grecque jouent du rebetiko, le traditionnel blues hellène et animent des soirées dans un restaurant pour gagner leur vie. Ce qui ne leur réussit pas franchement, étant donné leur absence de talent. Ils sont virés et, en colère, ont besoin de passer leurs nerfs sur quelqu’un.

Par exemple sur les deux sœurs vivant à l’étage au-dessus, Elise, qui aime aussi la musique mais pas la même et Marina, accro à la drogue. Le quatuor ne cesse de se croiser dans l’ascenseur et la première rencontre entre Theo (Bastien Bouillon) et Elise (Mélanie Bernier) les principaux protagonistes (photo), tourne immédiatement à l’aigre.

Les choses ne s’arrangent pas et le ton monte, sur fond d’insultes quotidiennes. Mais surtout, Elise est aveugle et Théo non. Par provocation et bêtise, il feint de l’être aussi. Cette blague idiote les fait se détester encore davantage. On le sait pourtant, de la haine à l’amour, qui en plus est… aveugle, il n’y a qu’un pas. La réalisatrice française Axelle Ropert (livrant ici son troisième long-métrage après un drame familial et un mélo) ne manque évidemment pas de le franchir.

Du coup, si les acteurs s'en sortent plutôt bien, on n’en dira pas autant de cette comédie sentimentale en forme d’exercice de style. Ambitieuse, l’auteur la veut ludique, déroutante, piquante et légère tout en abordant sans tabou le délicat sujet de la cécité. A l’exception de quelques rares répliques ou situations amusantes, l’opus se révèle toutefois le plus souvent trop balourd et convenu pour séduire. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande 

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03/04/2017

Grand écran: "Corporate", plongée dans un univers impitoyable. Avec Céline Sallette et Lambert Wilson

aaaacorporate.jpgC’est la place de l’homme au sein de l’entreprise, un univers de plus en plus impitoyable, qu’a choisie Nicolas Silhol pour son premier long-métrage, Corporate, racontant l’histoire d’Emilie Tesson-Hanson. Jeune, brillante et implacable cadre des ressources humaines au sein d’un grand groupe agroalimentaire, elle est chargée du «dégraissage» en exécutant les ordres du PDG sous forme d’un plan de restructuration déguisé.

Une gestion par la peur, évitant le mot de licenciement mais poussant cyniquement les salariés indésirables à la démission. Ou pire. Un jour, l’un des employés du service d’Emilie dont elle voulait se débarrasser, se suicide en se jetant sous ses yeux dans la cour de l’immeuble du siège parisien et une enquête est ouverte par l’inspection du travail.

Emilie, engagée pour sa réputation de "killeuse", se rend compte de son rôle dans le drame. Elle n’est évidemment pas seule en cause, mais confrontée aux dénégations de la direction, qui lui met la pression en voyant en elle le fusible idéal, elle va s’employer à mouiller ses supérieurs en divulguant leur stratégie vicieuse visant à accroître les profits. A la fois une question d’humanité et de survie.

Dans ce polar social sous tension permanente, l'auteur nous emmène dans les arcanes de la firme et se livre en connaisseur à une étude sociologique en analysant froidement les méthodes modernes de management ainsi que leur impact déplorable sur les rapports humains dénués de tout sentiment.

Excellents comédiens

Intelligent dans son propos d’une actualité aussi sombre que brûlante, évitant de juger, sec et austère dans son traitement au service d’une mise en scène brute en accord avec un thème passionnant, symbolique d’un grave dysfonctionnement dans nos sociétés, l’opus révèle un auteur plus que prometteur. Une réussite à laquelle contribuent par ailleurs grandement les comédiens

A commencer par Céline Sallette, excellente en RRH antipathique, froide, distante et sans scrupule. Une prestation à contre-emploi pour cette actrice solaire, à la fois expressive, vive et bienveillante. Incarnant le déni mais dégageant une autorité naturelle, l’élégant Lambert Wilson en col roulé impeccable se montre parfait dans le rôle de son supérieur, tout comme Violaine Fumeau dans celui d’une inspectrice du travail se muant presque en assistante sociale.

aaaasilhol.jpgL’intérêt pour le monde du travail de Nicolas Silhol (photo), récemment rencontré à Genève, lui vient de son père, professeur de management dans une école de commerce et consultant en ressources humaines, avec qui il a souvent discuté de ces questions. Il a eu l’idée de Corporate suite à la terrible vague de suicides chez France Télécom en 2008 et 2009.

Comment avez-vous procédé?

En découvrant ce système de gestion par la terreur qui pouvait détruire des vies, j’ai abordé mon film sous l’angle de la responsabilité de ceux qui font le sale boulot. On connaît mal l’entreprise. Je désirais être le plus juste possible. J’ai rencontré plein de gens, des inspecteurs du travail en ce qui concerne les enjeux juridiques. Comment établit-on un lien entre la mort d’un individu et son rapport à son job? Mais j’ai aussi vu des responsables des RH, des sociologues.

Corporate est porté par une étonnante Céline Sallette à contre-emploi.

C’est une formidable actrice, forte et fragile, avec qui j'avais très envie de collaborer. Il s'agissait d'un vrai défi pour elle. L'’expérience et la possibilité de construire un rôle nouveau l'ont séduite. Sensible au sujet, elle a accepté tout de suite. Cette "killeuse" antipathique, opaque, coupée de ses émotions et qui va progressivement se reconnecter, provoquait chez elle un mélange de fascination et de répulsion.

Son personnage est inspiré par une vraie manageuse.

Effectivement. Elle m’a raconté la façon dont elle mettait la pression sur les salariés dans le but de les mettre dehors. Avant de finir par craquer elle-même. A la faveur de cette rupture, elle a décidé de changer de métier.

Quid du choix de Christophe Lambert dans la peau d’un DRH?

Il me fallait un comédien connu et charismatique, car je ne voulais pas juste un salaud, un grand méchant. Il était aussi important qu’il ait un lien fort avec Emilie. Ce qui choque avant tout chez lui, c’est sa façon d’être dans le refus total de responsabilité dans le drame, exprimé par ailleurs avec beaucoup de violence. 

Après cette plongée au sein de l’entreprise, Nicolas Silhol souhaite explorer d’autres sujets ancrés dans le réel et qui posent question. Toujours dans une même veine, en restant dans la fiction.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 avril.

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28/03/2017

Grand écran: "A United Kingdom", l'amour inébranlable d'un couple mixte qui va tout défier

aaaaaunited.jpgSeretse Khama, 27 ans, roi du Bechuanaland alors sous protectorat britannique et Ruth Williams, une dactylo londonienne de 24 ans tombent éperdument amoureux. Nous sommes en 1947 et la chose provoque un gros scandale. Tout s’oppose à ce mariage mixte, qu’il s’agisse de leurs familles et pays respectifs de l’Afrique du Sud en plein Apartheid. Mais les deux tourtereaux vont surmonter tous les obstacles.

Leur amour inébranlable a changé leur pays et inspiré le monde. L’Anglaise Amma Asante, fille d’immigrés ghanéens, à qui l’on doit également Belle et A Way Of Life, s’en est servie pour porter à l’écran le biopic A United Kingdom, adapté du livre Colour Bar de Susan Williams.

Entre Histoire, lutte politique, passion et romance, elle revient ainsi sur l’incroyable aventure du couple mixte discriminé, son combat ensuite pour l’indépendance du Bechuanaland devenu le Botswana et dont le démocrate Seretse Khama fut le père.

La première partie est centrée sur la relation impossible entre ces deux êtres, la seconde sur leur installation au Bechuanaland. Bien que leur union ait déclenché un vrai conflit diplomatique (les Britanniques ont retenu le jeune ménage jusqu’en 1956, notamment pour ne pas déplaire à l’Afrique du Sud), on reprochera à l’auteur une vision simpliste et très idéalisée dans son approche ultra sentimentale de la situation.

Mais en dépit de son côté excessivement lisse, le film se laisse voir à la fois pour cet important épisode historique que bien peu connaissent et la prestation convaincante des deux comédiens principaux David Oyelowo (Selma, Le Majordome) et Rosamund Pike vue dans Gone Girl ou encore Orgueil et préjugés.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 mars.

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21/03/2017

Grand écran: "Cahier africain" raconte l'enfer vécu en République centrafricaine

aaaacahier.jpgAu début il y a un cahier d‘écolier ordinaire. Sur les feuillets à petits carreaux des photos en forme de témoignages courageux de femmes, jeunes filles, garçons enfants de Centreafrique, dont les vies ont été brisées par la vague de meurtres et de viols commis par les 1500 hommes de la milice de Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de libération congolais entre octobre 2002 et mars 2003. Des traumatismes vécus par des familles entières.

Ce cahier, devenu un vrai personnage du documentaire et que les victimes ont-elles-mêmes fabriqué a été découvert par hasard en 2008 par la réalisatrice Heidi Specogna. Elle s’est alors embarquée pour un voyage cinématographique de sept ans qui lui a valu trois nominations au Prix du cinéma suisse. 

Au départ l’idée était de se focaliser sur un petit nombre de femmes violées essayant de se reconstruire. Toutefois elle a été rattrapée par la réalité en 2012, cinq ans après la guerre civile, quand les rebelles de la Séléka opposés au président François Bozizé ont repris les armes. Et que l’horreur recommençait nourrie par la rivalité entre chrétiens et musulmans. Un nouveau cauchemar pour les victimes d’atrocités, qui pensaient être enfin sorties de l’enfer.

On retiendra à cet égard la remarque désespérée d’un chef de village. «C’est comme si le diable avait choisi notre pays… » Une malédiction que la réalisatrice nous laisse ressentir en évoquant un pays où tout se répète, rien ne s’arrête dans un cycle de violence constamment renouvelé.

Hedi Specogna n’hésite pas à en montrer les terribles stigmates avec des images choc mais non voyeuristes dans son film divisé en trois chapitres. Il débute avec le procès de Bemba en 2011 (il a été condamné à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale) et se termine en 2015, sur une petite note d’espoir. Il raconte un peuple meurtri, dont les souffrances passent par le récit, le regard triste, douloureux et digne des protagonistes dont les visages sont souvent filmés en gros plans.

Un petit regret pourtant. Evoquant un pan de vie tragique, ce documentaire émouvant plein d'une humanité teintée de poésie, reste parfois difficile à suivre pour qui connaît mal ou pas du tout l'histoire des monstruosités commises et subies dans cette partie du monde.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 mars.

 

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Grand écran: " Sage-femme" réunit Deneuve et Frot, les deux grandes Catherine du cinéma français

aaaafemme.jpgClaire, sage-femme au sens propre et figuré, a voué son existence aux autres. Alors que la fermeture proche de la maternité où elle travaille la préoccupe, son quotidien est de surcroît chamboulée par l’irruption, au bout de 40 ans, de Béatrice, ancienne maîtresse passionnée de son père qu’elle a poussé au suicide après l’avoir quitté sans explication.

Dans Sage-femme, à la base un hommage à la sage-femme qui l’a sauvé à sa naissance en lui donnant son sang, Martin Provost met en scène des retrouvailles étonnantes entre deux femmes que tout sépare.

D’un côté le personnage interprété par Catherine Frot, raide, buté, rigoureux, cultivant son petit jardin au bord de l’eau entre deux accouchements, menant une existence dédiée à son fils étudiant en médecine et à son métier au point d’oublier de vivre. De l’autre Catherine Deneuve, alias Béatrice, flambeuse fantasque, excentrique, menteuse, tricheuse, égoïste, qui a brûlé la chandelle par les deux bouts.  

Sa réapparition brutale ravive les blessures du passé. Mais les rancoeurs, la désapprobation ou le mépris de l’une pour la vie de l’autre, s’effacent petit à petit entre celle qui a brûlé la chandelle par les deux bouts et son exact contraire pour laisser place à une relation quasi filiale. D’autant que Béatrice annonce à Claire qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau  

Fable rappelant celle de La cigale et la fourmi, comparaison qu’il assume totalement, ce film est à l’image de Martin Provost, à la fois joyeux et désespéré. Un film où il évoque la transmission tout en livrant une opposition constante entre la vie et la mort.

Pourtant, après ses magnifiques portraits, Séraphine en 2008 et Violette en 2013, le réalisateur déçoit un peu avec Sage-femme, un opus certes touchant mais où, dans une mise en scène illustrative, il privilégie une opposition finalement assez banale de deux caractères à la folie de ses héroïnes précédentes.

Et cela bien qu''il nous propose un duo inédit avec les deux grandes Catherine de la pellicule française. Un jeu de miroirs où Frot l’emporte sur Deneuve qui, manquant de naturel, se complaît trop dans ce rôle de dame indigne exubérante, aimant les hommes, l’alcool, et le tabac pour convaincre.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 mars.

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15/03/2017

Grand écran:"Monsieur et Madame Adelman", une réussite pour Nicolas Bedos et Doria Tillier

video-decouvrez-la-bande-annonce-de-mr-et-mme-adelman-le-film-de-nicolas-bedos-avec-doria-tillier (1).jpgEcrivain à succès, Victor Adelman vient de mourir. Lors de l’enterrement, sa veuve Sarah raconte à un journaliste 45 ans d’une vie commune, remplie d’amour, de passion, de trahisons, d’ambition, de chagrins et de secrets, depuis leur rencontre à l’occasion d’une soirée alcoolisée.

Devenue sa muse, elle se plonge dans le travail de son homme et l’épouse. Mais comment ont-il fait pour se supporter aussi longtemps? Qui était vraiment Sarah, vivant dans l’ombre de Victor? Pour son premier film, coécrit avec sa compagne Doria Tillier, ex-sulfureuse Miss Météo sur Canal, Nicolas Bedos nous entraîne dans une folle épopée conjugale. Démarrant dans les années 70, elle est aussi prétexte à une chronique socio-historique de la France de la deuxième moitié du siècle dernier.

"Le fils de..." est doué

Vu la personnalité du chroniqueur télé people, narcissique et tête à claques, c’est un peu à reculons qu’on allait découvrir Monsieur et Madame Adelman. Mais force est de constater qu’en dépit de quelques réserves, c’est la bonne surprise. Le film démontre un indéniable talent chez "le fils de…", qui livre une comédie à tiroirs ambitieuse mais bien maîtrisée, à la fois romantique, humoristique, acide, vacharde, cynique.

On aime le ton léger, désinvolte, les dialogues ciselés, les vannes, le jeu avec les codes des différentes époques les règlements de compte avec la famille, que servent par ailleurs d’excellents interprètes. Aussi bon comédien que réalisateur, Nicolas Bedos incarne parfaitement l’auteur en crise, égocentrique et à fleur de peau, aux côtés de personnages secondaires comme Denis Podalydès en psy désabusé ou de Pierre Arditi en vieux bourgeois réac odieux.

aaaadria.jpgIrrésistible Doria Tillier

Sans oublier l’irrésistible Doria Tillier, rencontrée à Genève. Formidable, c’est une vraie révélation dans son premier rôle au cinéma. Elle nous confie que Nicolas s’est montré très exigeant.

"C’est fatigant, parfois déstabilisant. Quand on connaît bien quelqu’un, on décrypte tout de suite ses moindres déceptions. Il y a eu des tensions sur le plateau, mais on avait la même vision du film. C’était l’essentiel. Il ne m’a jamais demandé de faire quelque chose d’incohérent".

Vous dites être plus à l’aise en Sarah âgée qu’en Sarah jeune.

Agée, elle est plus loin de moi. Je préfère les rôles de composition. Ils m’amusent davantage. La notion de plaisir est importante. Quand j’étais Miss Météo sur Canal, j’adorais me déguiser, me travestir. Me cacher dans le fond.

Il s’agit d’une fiction, mais en même temps le film parle aussi un peu de vous.

Oui, il y a quelque chose de nous qui nous échappe. Nos proches pourraient remarquer que cela nous ressemble. Sans qu’on le cherche. Il y a juste des points communs avec nos personnages respectifs. A commencer par le physique évidemment...

Vous surfez sur l’imposture tout au long de l'intrigue

Aujourd’hui les gens s’attachent à l’image qu’ils renvoient. Sarah se moque de la gloire. L’important c’est ce qu’elle fait, ce qu’elle vit et, j'y reviens, le plaisir qu’elle prend. Lui est pétri d’angoisse à l’idée d’être mal aimé. Il a besoin de reconnaissance. C’est l’imposture au détriment de la posture.

Parmi tous les thèmes que vous traitez, il y a celui, rare et très osé, de l’enfant qu’on n’aime pas.

J’adore être sur un fil et ça me plaisait d’en rire. Mais si le sujet est difficile, la chose existe. On l’avait observé chez des gens. Beaucoup nous disent aussi que ça fait du bien de reconnaître qu’un môme parfois ça vous saoûle. Et puis il y avait l’envie de se moquer de ce couple qui a tout et projette un gamin prix Nobel Eh bien non, on ne peut pas toujours avoir de la chance jusqu’au bout!

Nicolas Bedos avouait que pour lui, ce film était la fin de l’ego trip. Qu’en pensez-vous ?

C’est une façon de se défendre après avoir beaucoup joué à la télévision avec un personnage narcissique, égoïste et mégalo.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mars.

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