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26/12/2017

Grand écran: *Momo", tragi-comédie laborieuse avec Catherine Frot et Christian Clavier

momo3.jpgMonsieur et Madame Prioux, un couple de quinquas bourgeois, découvrent avec stupeur un soir en rentrant à la maison qu’un homme s’y est installé. Il s'agit d'un certain Patrick, trentenaire, censé avoir été abandonné à la naissance et déterminé à renouer les liens.

Mais à leur connaissance, les Prioux n’ont jamais eu d’enfant. Inutile de dire qu’ils tombent des nues, d’autant que tout semble prouver que cet étrange garçon est bien leur fils. Alors Patrick serait-il mytho, où Madame Prioux en mal d’enfants’décide-t-elle de s'en inventer un? Mystère...

Sebastien Thiéry, connu pour son goût de la provocation qui l’avait poussé à une prestation dénudée à la cérémonie des Molière en 2015, face à Fleur Pellerin alors ministre de la Culture, pour défendre le régime des intermittents, a co-réalisé la chose avec Vincent Lobelle.

Dans ses interviews, il aime à répéter qu’il débute sur grand écran. Et malheureusement pour lui, ça se voit beaucoup dans ce film adapté de sa pièce à succès, où les comédiens d’origine Muriel Robin et François Berléand ont été remplacés par Catherine Frot et Christian Clavier.

Lui-même joue le rôle de Patrick, un garçon qu’au départ on croit handicapé mental. En réalité il est sourd, ce qui n’empêche pas l’auteur de le comparer à une sorte de crétin inadapté social total. Dans la foulée, on ajoutera que l’intéressé veut présenter aux Prioux sa fiancée aveugle, tout aussi maltraitée dans le genre cinoque et incarnée par Pascale Arbillot.

Si Catherine Frot donne ce qu’elle peut, on n’en dira pas autant de Christian Clavier qui, comme depuis trop de  films, fait du Clavier à  outrance. Pour résumer, Momo se voulant une tragi-comédie grinçante, acide et politiquement non correcte en surfant sur la maternité et la filiation, se révèle aussi laborieuse que lourdingue et paresseuse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 décembre.

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Grand écran: "Maria by Callas" dévoile la face cachée de l'icône planétaire

183565-c1-maria-callas-remastered.jpgLa diva est morte d’une crise cardiaque le 16 septembre 1977. Elle avait 53 ans. Quarante ans après sa disparition, Tom Volf, 31 ans, réalisateur, producteur, photographe de mode, auteur, acteur, lui consacre un film, Maria by Callas. De Manhattan où elle est née de parents grecs, à Paris où elle est décédée, l’homme qui ne connaissait rien de l’art lyrique et de sa prodigieuse interprète il y a quatre ans, montre aujourd’hui la femme derrière la légende

Durant toute sa vie, celle dont la mère, lui découvrant un don pour le chant en avait fait une enfant prodige en sacrifiant son enfance, cette âme tourmentée à la personnalité double, parfois antagoniste, s’est toujours sentie incomprise et aspirait à être entendue par ses propres mots.

Comme elle le disait elle-même, il y avait deux personnes en elle: Maria, femme passionnée, amoureuse, drôle, vulnérable, impétueuse, farouchement indépendante et La Callas, la Voix du siècle, artiste en quête d’absolu restée immortelle, icône planétaire squattant les couvertures des magazines. 

Tom Volf a joué au détective, parcourant le monde à la rencontre des proches, amis, confidents de son héroïne,  qu’il s’agisse de célébrités, de son majordome Feruccio ou de sa femme de chambre Bruna, pour réunir ces deux facettes. Tout en se livrant à un gros travail de restauration, il donne l'occasion à la dernière des divas de se raconter pour la première fois à la première personne à travers des documents inédits.

La célébrissime tord le cou aux clichés

Des films Super 8 personnels, des témoignages, interviews (plus particulièrement celle réalisée en 1970 par le journaliste américain David Frost), des enregistrements live, des images d’archives exclusives ou télévisées de vie, de spectacles, composent ce film, ainsi que des lettres intimes lues par Fanny Ardant dans la version frnaçaise et par Isabelle Rossellini dans la version anglaise. La plupart sont celles envoyées à Elvira de Hidalgo, son professeur de chant rencontrée à Athènes dans ses jeunes années, et qui l’a suivie toute sa vie.

Insistant sur les trois périodes marquantes de son existence correspondant aux décennies 50, 60 et 70, Tom Volf donne ainsi une vision nouvelle et émouvante de la célébrissime cantatrice qui se dévoile incroyablement, tordant le cou au cliché de la diva scandaleuse et capricieuse, rétablissant également la vérité sur sa relation avec Onassis, une grande histoire d’amour qui a tant fait jaser. 

Mais surtout, entre souvenirs et confessions, le réalisateur laisse l’artiste transcendant les générations, les cultures et les styles, chanter les morceaux mythiques de son répertoire. Et là, il n’y a plus qu’à fermer les yeux et écouter cette voix sublime qui vaut toutes les images du monde.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 décembre.

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20/12/2017

Grand écran: "The Florida Project" ou l'envers du rêve américain. Une réussite

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaflorida.jpgAprès Tangerine, un film sur des prostituées afro-américaines transgenres tourné sur iPhone et Prix du Jury à Deauville en 2015, Sean Baker, réalisateur newyorkais indépendant, revient avec The Florida Project.

Un film à l’esthétique pop, comme le précédent, évoquant cette fois l’envers du rêve américain, où il dénonce la condition de nombreux laissés pour compte vivant dans des motels miteux, à l’ombre de la féérie Disney et au bord de la route.

Comme la charismatique Moonee, débrouillarde gamine de six ans et ses potes, livrés à eux-mêmes pendant les vacances d’été en marge des grands parcs d’attraction. Ils en profitent pour faire impunément les 400 coups, canailles insouciantes de la misère, de la dureté et de la crasse ambiantes.

Leurs frasques n’inquiètent pas trop les parents en situation précaire à l’image de Hally, la très jeune mère de Moonee, qui imagine des plans destinés à assurer un quotidien sans perspective. Pour veiller sur ce petit monde, il y a Bobby, bienveillant gérant du motel, très proche de ses locataires et prêt à les défendre dans cet univers impitoyable.

Filmant presque entièrement à hauteur d’enfants, Sean Baker peinturlure les choses dans un style lumineux très coloré, rose, violet, vert, jaune. Se penchant plus particulièrement sur les aventures cocasses de son insolente gamine et de son attachante petite bande exubérante et mal élevée, il insuffle un côté comique à un sujet dramatique et déchirant.

Formidables acteurs

Evitant tout pathos, complaisance, concession ou jugement, émotionnellement forte, et d’une grande humanité, cette chronique sociale est une vraie réussite qui tient par ailleurs énormément aux personnages extrêmement bien dirigés. A commencer par cette incroyable, impressionnante, pétulante et désinvolte fillette dans le rôle de Moonee, Brooklynn Prince. Originaire de Floride, elle a répondu à une annonce.

Tout aussi formidable Bria Vinaite (Hally, trouvée sur Instagram), en mère tatouée, les cheveux roses et verts, immature, irresponsable, débordée. Sa relation fusionnelle avec Moonee, plutôt celle de deux sœurs refusant de baisser les bras, est au centre du film. On adore pareillement le paternel, doux, gauche et attendrissant Willem Dafoe, s’essayant à l’autorité pour diriger au mieux son motel.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabaker.jpgSean Baker, 46 ans et l'air d'en avoir dix de moins, a tourné The Florida Project en 35 mm. «Je voulais que les spectateurs passent l’été avec les enfants, plongent dans leur environnement, dans l’atmosphère de la Floride, sentent la chaleur, perçoivent le chaos de la route, retournent à leur propre enfance. Seule la pellicule pouvait amener à ce résultat», nous explique-t-il lors d’une rencontre à Genève.

Il évoque en outre sa volonté de travailler sur des thèmes universels. «Je recherche des histoires qui parlent aux publics du monde entier, mais indirectement, de façon détournée pour donner matière à réflexion».

Quelle est la genèse du film?

L’idée vient de mon coscénariste et producteur Chris Berdoch qui a découvert ces motels en aidant sa mère à déménager. Nous avons fait de nombreuses recherches en nous rendant sur place à plusieurs reprises pendant trois ans. Nous avons rencontré des résidents, leur avons demandé de nous parler de leur vie, de nous raconter leurs histoires.

Ont-ils vu le film?

Oui. Ils ont très bien réagi. Ils ont trouvé que c’était une bonne représentation de leur existence.

Les comédiens sont excellents et pratiquement tous non professionnels. Vous avez par exemple casté Bria Vinaite sur Instagram.

Il me fallait une inconnue. Je ne voyais pas vraiment une star richissime dans ce rôle de mère luttant pour nouer les deux bouts…. Trop déconcertant pour le spectateur,

Et en ce qui concerne Willem Dafoe? Il est pourtant célèbre et il se retrouve gérant d’un motel miteux.

C’est différent. Il avait vu mes films et était très intéressé. Je dirais que c’est plutôt lui qui m’a choisi que le contraire. Il s’est beaucoup impliqué et a pris le temps de devenir Bobby.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 décembre.

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13/12/2017

Grand écran: "Les derniers Jedi" divise et traînasse entre action, humour et drame.

Star-Wars-ce-qui-fait-la-force-de-l-episode-VIII-Les-derniers-Jedi.jpg«C’est comme cela qu’on gagne. Non pas en détruisant ce qu’on déteste, mais en sauvant ce qu’on aime...» Belle profession de foi entendue au détour d’une scène dramatique dans Les derniers Jedi, le huitième volet de la célèbre saga Star Wars. Evidemment à nouveau espéré comme le messie.

DIsons-le tout de suite, que le réalisateur Rian Johnson se soit ou non inspiré de cette maxime philosophique pour tenter de remporter le morceau, la chose divise. Autant chez les critiques que chez les fans. Cela va de fantastique, captivant, intense, impressionnant, époustouflant, le meilleur depuis L’Empire contre-attaque, à bourratif, peu enthousiasmant, trop long, se traînant au milieu, peinant dans la narration. Bref, tout simplement décevant. 

L'heure est grave

La Résistance étant sur le point d’être éliminée, l’heure est grave dans ce nouvel épisode interprété par les acteurs de la trilogie, Daisy Ridley (image), John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver et Kelly Marie Tran, une nouvelle venue. Ainsi que par Mark Hamill et Carrie Fisher reprenant les rôles de Luke Skywalker et de sa soeur jumelle Leia Organa.

Daisy Ridley incarne Rey, une femme solitaire sensible à la Force, qui fait  équipe avec un ancien soldat du Premier Ordre, Finn (John Boyega). Tous les deux sont alliés du pilote Poe Dameron (Oscar Isaac) dans leur lutte contre le Premier Ordre et Kylo Ren (Adam Driver).

Le film reprend exactement là où le précédent s’était achevé (une première dans la mesure où une ou plusieurs années séparaient chacun des autres), avec la jeune Rey qui donne son sabre laser à Luke Skywalker sur une île aux confins de la galaxie. Elle s’en remet alors à lui pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs, tout en tentant de le convaincre de reprendre du service. 

La générale Leia, qui compte notamment dans ses rangs Poe et Finn, s’efforce de diriger les Rebelles d’une main de fer. C’est la dernière de Carrie Fisher, décédée il y a un an et à qui le film rend hommage. De son côté, Kylo Ren, qui a basculé du côté obscur de la Force, se retourne vers le Leader suprême, l'affreux Snoke.

Les femmes aux commandes et au cœur de l’action

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaajedi.jpgRian Johnson fait la part belle aux personnages féminins, aux commandes et au coeur du combat dans cet épisode entre la lente déconstruction et le renouvellement du mythe mêlant action, humour, drame, émotion. Par ailleurs les effets spéciaux sont réussis tout comme la photographie. On aime également les bestioles bizarroïdes (image) et le petit robot BB-8 est toujours aussi irrésistible.

Mais en dépit de ses qualités, ce huitième métrage qui se veut un space opera ambitieux, audacieux, misant sur la réflexion, manque de rythme et pêche par un scénario fouillis en multipliant les redites, les batailles à la longue soûlantes entre vaisseaux spatiaux et duels au sabre. Sans oublier une prolifération de protagonistes et d’ intrigues parallèles inutiles car sous-exploitées. Comme la relation trouble entre Rey et Kylo Ren aussi enragé que torturé. Ou entre Finn et Rose l'un des nouveaux personnages. Et surtout, c’est interminable!

A l'affiche dans les salles de Suisse  dès mercredi 13 décembre

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05/12/2017

Grand écran: "Jeune femme" raconte les galères d'une trentenaire excessive, larguée par son mari

jeune-femme.jpgLéonor Serraille, 31 ans, dont le premier long métrage Jeune femme a gagné la Caméra d’0r en mai à Cannes, brosse le portrait complexe de Paula, une fille de son âge au caractère impossible et au tempérament excessif. Elle est interprétée avec talent par une volcanique Laetitia Dosch, de tous les plans.

Le mari de Paula vient de la plaquer alors qu’ils rentraient du Mexique pour venir vivre à Paris. Elle était tout pour cet artiste devenu célèbre en la photographiant, et soudain elle n’est plus rien. De surcroît il a tout, vit dans un grand appartement parce que sa famille est riche, tandis qu’elle se retrouve à la rue, sans rien, à part son gros chat angora, confesse-t-elle, furibarde.

Nonobstant son immense colère et son intense frustration, Paula est bien décidée à remonter la pente en poursuivant celui qui l’a abandonnée. Elle est prête à tout pour le récupérer, quitte à se battre farouchement contre la cruauté d'un monde qui la rejette. Et sans s'apitoyer sur son sort.

On suit donc cette fille singulière, farfelue, fêlée, excentrique, hors normes, différente, insaisissable, exaspérante, parfois attendrissante, dans sa descente assumée de l’échelle sociale, passant d'un d’hôtel miteux à une misérable chambre de bonne. Au cours de ses migrations urbaines, du métro au centre commercial, elle rencontre une lesbienne qui la prend pour une autre, une mère célibataire et sa fillette, un vigile diplômé en sciences économiques.

Un regard dur de la réalisatrice sur l'errance de son héroïne 

Autant de personnages secondaires permettant à l’auteure dans cette comédie à la fois désenchantée et baroque, d’évoquer le rapport au travail, à l’argent, tout en posant un regard dur sur l’errance de son héroïne en crise et à la dérive dans un Paris hostille, où elle n’a pas d’amis, ne connaît personne. Même sa mère ne veut pas la voir.

Elle la laisse tomber, la place face à la solitude, à la faim, mais l’autorise à rebondir. Car même SDF en puissance, Paula n’est pas du genre à sombrer dans la misère. Elle déniche d’ailleurs un job dans un bar à culottes de la Tour Montparnasse, tout en faisant du baby-sitting.

Largement plébiscité par la majorité de la presse française, encensant par ailleurs sans réserve Laetitia Dorsch en gros qualifiée d'exceptionnellement génialissime, Jeune femme est certes un film curieux, iconoclaste, plutôt original et humoristique, mais qui finit par lasser à force d’exagérer le côté épuisant, hystérique, voire cliché de sa principale protagoniste.

C'est aussi un film de femme. Autour de Léonor Serraille, enceinte à l’époque du tournage, il n’y avait qu’elles, de l’ingénieure du son à la chef opératrice en passant par la productrice et la monteuse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 décembre.

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Grand écran_dans "Suburbicon", George Clooney se moque du rêve américain. Avec Matt Damon et Julianne Moore

9f481b85d02397b69139a9cdb71dfa59.jpgPaisible banlieue résidentielle blanche créée après la guerre, Suburbicon est un petit paradis aux maisons rutilantes et aux pelouses verdoyantes bichonnées. Mais au cours de l’été 1959, sa sérénité est troublée par l’arrivée d’une famille noire, bientôt accusée de tous les maux. Mais alors que les passions racistes se déchaînent, une affaire encore plus grave se trame dans le pavillon voisin.

Faute de pouvoir payer ses dettes, l’employé de bureau Gardner Lodge, père de famille rigide et guindé est pris en otage par des gangsters, avec sa femme Margaret, sa belle-sœur Rose et son fils de dix ans, Nicky. Margaret est assassinée et Gardner se transforme en justicier sanguinaire, tandis que Nicky s’interroge sur le comportement étrange de son père et de sa tante venue s’installer chez eux.

Pour son sixième film en tant que réalisateur George Clooney, se moquant copieusement au début du rêve américain avec cette banlieue éprouvette à l’harmonie factice, nous fait découvrir la face cachée d’une Amérique idyllique où le mal n’est pas, comme veulent le voir les résidents le fait d’une minorité innocente, mais bien derrière les murs de ces pavillons, dissimulant une réalité faite de mensonge, de duperie, de cupidité et de violence.

Au départ, l’intrigue s’inspire de l’ostracisme véritablement subi par une famille à Levittown, en Pennsylvanie en. 1957. Faute de trouver véritablement son bonheur, le beau George s’est replié sur un scénario des Coen vieux de 20 ans, que les frères avaient fini par abandonner. Clooney a alors greffé sa réflexion politico-sociale sur une comédie noire bien barrée du fameux tandem, avec arnaque, héros branques et tueurs bas de plafond.

Ces deux niveaux de lecture produisent une histoire un peu bancale,vue à travers les yeux de Nicky, qui observe avec crainte la violence des adultes. A la fois à l’extérieur avec celle des racistes criant leur haine et celle qui règne dans sa propre maison avec des parents sanguinaires, pathétiquement minables, égoîstes et sidérants de bêtise.

Une actualité hélas toujous brûlante

C’est un Matt Damon plutôt massif, qui a enfilé le costume du père. A l’image du film qui privilégie la caricature facile à la satire féroce et à l’humour mordant, il se révèle décevant avec son air constamment abruti. A ses côtés Julianne Moore semble beaucoup s’amuser dans son inquiétant double rôle de jumelle, comme Oscar Isaac en détective moustachu, tout droit sorti des films noirs de l’époque.

On se demande certes ce qu’aurait été Suburbicon réalisé par les Coen face à la farce macabre inaboutie de Clooney, notamment dans la sous-exploitation de l’histoire de cette famille noire installée dans un quartier (trop) blanc et menant à des émeutes. Reste que l’égérie de Nespresso ne fait pas moins passer un salutaire message politique anti-Trump en rappelant que plus de soixante ans après, les éruptions de violence raciale demeurent hélas d’une actualité brûlante.

A l'affiiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 décembre.

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Grand écran: avec "Les gardiennes", Xavier Beauvois rend hommage aux femmes et révèle une actrice

425602_0.jpgRares sont les films qui ont évoqué le rôle primordial des femmes qui, restées à l'arrière pendant la Première Guerre mondiale, ont continué à faire tourner l’économie française alors que les hommes étaient partis au  front, en assurant le fonctionnement des exploitations agricoles et des usines.

C’est à ces héroïnes que rend hommage Xavier Beauvois, dans son septième long-métrage Les gardiennes, très librement adapté d’un roman oublié d’Ernest Pérochon publié en 1924.

Le film, qui s’inscrit dans la lignée de Des hommes et des dieux, débute en 1915 à la ferme du Paridier, dans le Limousin. Mère de trois enfants, Solange, Constant et Georges, Hortense, travailleuse acharnée, a pris la relève des hommes réquisitionnés, dont ses deux fils et Clovis, le mari de Solange, lui-même père de Marguerite, née d’un premier mariage.

Mais les tâches s’accumulent et Hortense fait de plus en plus difficilement face d’autant que Solange rechigne à l’ouvrage. Elle embauche alors Francine, 20 ans, qui vient de l’assistance publique. Aussi infatigable qu’Hortense, la jeune femme sait tout faire, labourer la terre, moissonner, traire les vaches, s’occuper du potager et du ménage. Très vite, naissent entre elles de l’affection, de la confiance et du respect.

Leur vie est rythmée par les rudes labeurs et le retour des hommes en permission, oubliant pendant quelques jours l'atrocité des combats. A l’image de Georges, dont Marguerite est follement amoureuse. Mais c’est avec Francine qu’il va échanger des lettres, de plus en plus passionnées. Xavier Beauvois, qui s’était beaucoup focalisé dans une première partie sur la dure routine quotidienne aux champs et à la ferme, donne alors à l’histoire une dimension plus romanesque, plus intime, où se mêlent jalousie, injustice et manipulation. Le drame familial couve.

Xavier Beauvois prend le temps d’installer son récit et de laisser exister ses personnages dans ce film de guerre où on ne voit pas la guerre sinon dans les cauchemars des permissionnaires, le nom des morts égrenés à l’église, la disparition d’un fils, d’un mari, sobrement annoncé par le maire du village à une mère qui s’effondre, la présence de soldats américains qui serrent d’un peu trop près les jolies campagnardes…

 aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaairis.jpgPorté par d’excellents comédiens

De bonne facture classique, proposant une mise en scène et une photographie soignées ce portrait sensible de vaillantes résistantes, gardiennes d’un bout de patrimoine, est porté par d’excellents comédiens.

Vieillie, dure à la tâche, stricte et sévère dans son comportement, son allure (on regrette toutefois une redoutable perruque grise comme plaquée à la hâte !), Nathalie Baye se révèle très convaincante. Elle rencontre pour la première fois sur grand écran sa fille Laura Smet, avec qui elle avait déjà joué dans la série Dix pour cent.

Mais la révélation, c’est la lumineuse Iris Bry, magnifique dans le rôle parfaitement incarné, de cette jeune femme courageuse, sacrifiée au nom de l’honneur familial. Elle a sans surprise été présélectionnée pour le César du meilleur espoir féminin. A signaler également la belle présence de Cyril Descours, Nicolas Giraud et Olivier Rabourdin.

A l'affiche dans les salles de Suisse rmande dès mercredi 6 décembre.

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04/12/2017

Grand écran: "Ultimos Dias" en La Habana: tragi-comédie dans un Cuba suspendu entre présent et futur

Últimos-días-en-La-Habana-2-850x500.jpgMiguel et Diego, la quarantaine avancée, vivent ensemble dans un appartement délabré au centre de la Havane, une ville sur le point de connaître de grands changements. Plongeur dans un restaurant, le taciturne et morose Miguel (Patricio Wood), déçu d’un régime plein de contradictions, n’espère rien de la révolution. Il rêve de fuir aux Etats-Unis et se prépare à l’aventure en regardant une carte de son eldorado épinglée au mur de la cuisine, tentant également d’apprendre chaque jour quelques mots d’anglais.

Dans l’attente impatiente de son visa, il prend soin de Diego (Jorge Martinez) cloué au lit, le nourrit et veille à satisfaire ses désirs. En phase terminale du sida, ce dernier garde paradoxalement une incroyable vitalité, un sens aigu de l’humour et de la dérision. Continuant à affirmer haut et fort une homosexualité qualifiée de perversion par le gouvernement et qui lui a valu le rejet de sa famille, il veut jouir le plus possible d’une existence qu’il a tant aimée. Ces deux hommes que tout semble séparer, sont pourtant liés par une amitié profonde, indéfectible.

Solidarité dans un pays miné par la crise

Tandis qu’on suit son agonie, on assiste à une sorte de valse des habitants de l’immeuble décrépit, un vieux bonhomme, un coiffeur, une prostituée, une voisine pratiquant la Santeria, qui viennent rendre visite au malade, proposant leur aide. Ils manifestent une solidarité que l’on retrouve ailleurs dans la capitale, au sein d’une population hétéroclite. Affrontant son lot quotidien de difficultés, elle se débrouille avec les moyens du bord, plus ou moins catholiques, pour les surmonter dans un pays miné par la crise économique, celle du logement et la corruption.

Certains partent d’autres restent dans cette île qui n’est plus ce qu’elle était, mais ignore ce qu’elle deviendra. Avec Ultimos Dias en La Habana, (Derniers jours à La Havane) tragi-comédie pleine de finesse et de subtilité, Fernando Pérez, documentariste à ses débuts, nous offre l’instantané contrasté d’un Cuba comme suspendu entre présent et futur. Celui-ci est représenté par la jeune nièce de Diego, une adolescente fugueuse à la langue bien pendue qui veut camper chez son oncle pour échapper à sa mère.

Le réalisateur semble envisager cet avenir avec un certain optimisme. D’où ce film en forme de leçon d’humanité, à la fois triste, drôle, émouvant. Dénué de pathos et de misérabilisme, il montre l’amour que son auteur éprouve pour la ville, ses compatriotes et la culture cubaine. –

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 décembre.

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29/11/2017

Grand écran: "Le musée des merveilles" manque de magie

maxresdefault.jpgDeux ans après Carol, Todd Haynes revient avec Wonderstruck (Le musée des merveilles), une fable s’ouvrant sur une allégorie d’Oscar Wilde: «Nous sommes tous dans le caniveau mais certains d’entre nous regardent vers les étoiles».C’est la phrase clé de son dernier-né adapté d’un roman graphique de Brian Selznick, l’auteur d’Hugo Cabret.

L'intrigue se divise en deux parties, deux époques, deux styles, du noir et blanc, de la couleur. En 1977, Ben, 14 ans, un jeune orphelin revenu sourd après avoir été frappé par la foudre un soir d’orage, décide de partir pour New York à la recherche d’un père qu’il n‘a jamais connu.

De son côté Rose, 12 ans, sourde et muette de naissance, vivant dans une vaste maison du New Jersey avec un père distant et autoritaire, fugue elle aussi à New York en 1927. Elle veut rencontrer son idole, une actrice hollywoodienne dont elle archive les articles de presse. Ben et Rose vont se retrouver par hasard cinquante ans plus tard à Manhattan.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamusée.jpgPour interpréter les enfants, Todd Haynes a choisi Oakes Fegley et Millicent Simmonds. Ils portent ce film sur la quête des origines, les liens familiaux et la transmission, thèmes chers au réalisateur, au côté de Juliane Moore tenant deux rôles, celui de Rose grand-mère et de la star du muet que la gamine adulait.

Manque de rythme

Vu le titre, on espérait être émerveillé par cette fable qui se veut magique, faite de rêves, de découverte, d’émancipation. A être ému par la quête de ces deux gosses  solitaires tentant de résoudre le mystère qui entoure leur vie, par cette ode à la différence, par cet hommage au cinéma muet.

Eh bien pas autant qu’on le souhaitait. Même s’il est visuellement réussi, à l’image de cette superbe et spectaculaire maquette géante de New York tapissant le sol du musée, ce conte dégoulinant de bons sentiments manque de rythme et traîne inutilement en longueur.

On est loin du magnifique Carol, évoquant la relation amoureuse entre deux femmes qui bravaient les interdits de l’Amérique puritaine des années cinquante.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 novembre.

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Grand écran: avec *M", Sara Forestier raconte une histoire d'amour entre deux écorchés vifs complexés

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaforsara.jpgLila est bègue. Complexée, maladivement timide, cible des moqueries de ses camarades de classe, elle perd même tous ses moyens face à des inconnus. Un jour Mo, un gros dur trentenaire aux allures de loubard casse-cou, qui participe à des courses de voitures clandestines lui demande son chemin. C’est le coup de foudre et le bad boy sexy et charismatique va prendre sous son aile la fille enfermée dans son mutisme. 

Lila veut sans cesse communiquer avec lui en écrivant dans son carnet, mais le problème, c’est que Mo est analphabète. Pour lui c’est une honte et comme il ne veut surtout pas que Lila découvre son handicap, il se débat pour éviter les pièges qui lui sont tendus, du texto au courrier en passant par une carte de restaurant.

Sara Forestier, 31 ans, passée pour la première fois derrière la caméra, n’a pas choisi a facilité en imaginant une grande histoire d’amour fou entre deux écorchés vifs, une jeune fille qui a du mal à dire les mots face à un homme qui ne sait pas les lire. Avec M, drame aux accents kechichiens, le réalisateur qui l’a révélée à l’écran avec L’Esquive en 2004, elle insiste à la fois sur les sentiments qui vous transforment, sur l’importance de la langue pour s’élever socialement et le blocage que provoque son absence de maîtrise.

Tendu, sincère, émouvant

Si le scénario est confus et que l’idylle un rien improbable vire au pathos, le film touche par sa sincérité, sa tension, son énergie et l’interprétation des personnages. A côté d’une Sara Forestier carrément habitée, Redouanne Harjane (photo ci-dessous) venu du stand up, s’est donné à fond, parfois excessivement d’ailleurs, pour mériter le choix de la réalisatrice. Après avoir vu plus de 600 prétendants au rôle, elle a détecté chez lui une faille intérieure, une souffrance similaire à celle de Mo.

M a été un long voyage pour Sara Forestier qui ressemble à son oeuvre, exaltée, tendue, un peu difficile à suivre, à canaliser... «Un film doit être une obsession. J’ai mis sept ans à l’écrire, mais je l’ai en moi depuis seize ans. J’étais alors en couple avec un garçon qui ne savait pas lire. Mais je ne l’ai appris qu'après l'avoir quitté. J’ai trouvé que c’était un bon sujet. Quand un sens vous est ôté, on est un étranger dans la société.»

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaredouanne.jpgCette rencontre entre une bègue et un illettré est assez singulière.

Non, ce sont des personnes pures, inadaptées, mues par une nécessité absolue de rencontrer quelqu’un comme eux. Ils étaient dans  un besoin de reconnaissance de pureté, une quête de vérité. Et c’est là qu’ils commencent à vivre. Grâce à l’amour. Mais l’amour peut vous sauver et vous détruire. Les névroses ressortent, les peurs, les défauts, tout ce qui vous constitue. Dans le film, tout vient de leurs émotions. Rien n'arrive de l'extérieur

Adèle Exarchopoulos devait jouer le rôle. Finalement c’est vous. Pourquoi ce choix?

J’ai d’abord casté de jeunes bègues, mais je n’ai pas trouvé. Puis j’ai pensé à Adèle Exarchopoulos. Mais elle n’a pas pu pour des questions d’agenda. Du coup, j’ai décidé de jouer moi-même. C’était dur, ça demande beaucoup. Bégayer est un travail de titan. Avant de tourner les scènes je m’exerçais au point que j’avais peur de devenir réellement bègue.

Dans votre vie, vous prônez le naturel, la simplicité.

J’aime parler des êtres humains qui sont vrais, qui recherchent la vérité. La société est terrible. Elle me rebute avec son excès de consommation. J’aime que la vie m’apporte des choses. Je n’achète jamais de fringues, de montre de portable. e dors sur un simple matelas. Consommer n’est pas ma vie. Ma vie c’est le bordel, rencontrer des gens, le voyage. La vraie vie c’est manger boire dormir faire l’amour, avoir des enfants.

Et le cinéma dans tout ça?

C’est mon travail, ma balise. Mais j’en ai de moins en moins envie. Quand j’aurai fondé une famille, j’arrêterai. A côté, un film ce n’est rien. Même si je suis actuellement dans un autre projet, Alpha, sur la féminité. Ce sera plus fougueux.

A propos de féminité, on rappelle que Sara Forestier a refusé d’être coiffée et maquillée pour l’émission Stupéfiant! de Léa Salamé, où elle en a notamment profité pour défendre la place des femmes dans le cinéma.

«J’adore le maquillage, j’adore la féminité, j’aime les nus, mais j’ai un problème avec l’injonction. Il y a cette injonction à être toujours sexy, glamour. Or, une femme ce n’est pas que ça.» Ajoutant: «Mon métier, ce n’est pas d’être sexy, ce n’est pas d’être glamour, mon métier c’est de créer de l’émotion.»

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 novembre.

17:21 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |