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13/10/2017

Grand écran: "La passion Van Gogh" donne vie à l'oeuvre du maître. Une prouesse

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaavvang.jpgLe peintre, son œuvre et sa vie n’ont cessé d’inspirer les cinéastes, de Minnelli à Altman en passant par Pialat et on en oublie. Ils sont aujourd’hui l’objet du premier film d’animation peint à la main, La passion Van Gogh, réalisé par la Polonaise Dorota Kobiela et le Britannique Hugh Welchman. Un couple fasciné par cet homme qui n’a commencé à peindre qu’à 28 ans et qui, mort à 37 ans, a signé quelque 800 toiles et révolutionné l’histoire de l’art en seulement neuf ans.

Tout est parti de l'idée d'un court de sept minutes de Dorota Kobiela il y a sept ans, où elle voulait mêler ses deux passions de peintre et de cinéaste. Un rêve qui a débouché sur un long-métrage à la suite de sa rencontre avec le producteur Hugh Welchman, devenu son mari. Leur pari osé mais formidablement réussi: donner vie aux tableaux et à leurs personnages.

C’est ainsi que 120 toiles du maître se mettent en mouvement sur grand écran pour retracer ses dix dernières semaines, dans ce film entièrement animé à la manière du grand Vincent. Plus précisément chacun des 62.450 plans a d’abord été tourné avec de vrais acteurs puis repeint à l'huile et à la main. C’est impressionnant. Un travail de titan pour un choc esthétique, une prouesse technique aussi inédite qu’extraordinaire. Alors que cinq cents artistes venus de vingt pays ont été auditionnés, une centaine d’entre eux ont été retenus pour participer à ce projet fou, exaltant.

Entre fiction et faits historiques, le film, dont l’intrigue repose sur plus de 800 lettres de Van Gogh à ses amis, à sa famille et surtout à son frère Theo, fonctionne donc comme un immense tableau mais est également une enquête. Il commence un an après la  mort de Vincent, le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise où il s'est tranché l'oreille pour mettre ensuite fin à son existence selon la version officielle. 

Enquête sur une fin énigmatique

L’histoire vire au polar avec l’arrivée d’Armand Roulin, le fils de Joseph, facteur d’Arles et meilleur ami du peintre, Il veut savoir si celui-ci s’est réellement suicidé où s’il a été assassiné, une nouvelle thèse américaine faisant état de cette possibilité. Au cours de ses investigations, il va rencontrer les témoins des derniers jours de Vincent, dont le docteur Gachet et sa fille, le père Tanguy, l’aubergiste Ravoux….

De passage à Genève, Hugh Welchman nous parle de cette double volonté de voyager dans  l‘œuvre de Van Gogh en la faisant bouger. Tout en se demandant ce qui avait pu se passer par le biais de l’enquête du jeune détective influencé par les rumeurs au village. «Le film est nourri par ses interrogations et ses doutes sur le côté énigmatique de son décès».

L’auteur souligne également l’intérêt porté à l’homme, dont l'opus brosse le portrait. «C’était un taiseux, qui acceptait d’être tourmenté, d'avoir des problèmes. Il communiquait magnifiquement à travers ses tableaux et ses lettres mais, peu sociable, éprouvait de la difficulté dans ses relations avec ses semblables. Pourtant il aimait les gens. Il avait voulu devenir prêtre».

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 11 octobre.

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10/10/2017

Grand écran: "Detroit", nuit d'horreur à l'Algiers Motel. Kathryn Bigelow implacable

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabigr.jpgAprès Démineurs, évoquant l’addiction à l’adrénaline d’un GI ( qui lui a valu l’Oscar du meilleur réalisateur en 2010), et Zéro Dark Thirty sur la longue traque de Ben Laden par la CIA) Kathryn Bigelow, toujours aussi impressionnante, confronte à nouveau l’Amérique à ses démons. Avec une redoutable immersion au cœur des émeutes qui ont secoué Detroit au cours de l’été 1967.

Des émeutes parrni les plus importantes des Etats-Unis, derrière celles des Draft Riots de New York (1863) et  de Los Angeles (1992. S’étant déroulées sur cinq jours, elles ont causé la mort de 43 personnes et en ont blessé 467 autres.

Detroit, film choral construit en trois parties, marque la troisième collaboration entre l’auteure et le scénariste Mark Boal, ancien journaliste, Après une plongée dans le chaos, avec les tanks de la Garde nationale pénétrant dans le ghetto black transformé en zone de guerre et l’introduction des protagonistes, la réalisatrice se concentre sur la reconstitution d’un épisode particulièrement tragique qui a eu lieu la nuit du 25 juillet.

En compagnie de deux filles blanches de l’Ohio rencontrées par hasard, Larry Reed (Algee Smith), un chanteur noir prometteur dont le spectacle a été annulé en raison de la situation insurrectionnelle, se retrouve à l’Algiers avec ses copains pour faire la bringue. Jusqu’au moment où l’un des fêtards s’amuse à tirer avec un faux pistolet. Alertés par les détonations et croyant à un sniper, des flics débarquent rapidement au motel, font évacuer les clients, sauf la joyeuse bande de noceurs.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadetroit.jpgEmmenés par le jeune Krauss (Will Poulter parfait dans le rôle ingrat de ce raciste fou de la gâchette contaminé par le virus de la haine, révulsé à la simple idée d’une relation mixte), ils vont, pendant des heures, rechercher un coupable et une arme. Sans les trouver. Dans le même temps, bafouant toute procédure, faisant preuve d’une rare cruauté physique et psychologique, ils violentent et torturent les «suspects», à majorité black, pour leur extorquer des aveux, finissant par en tuer trois à bout portant.

Un gardien de sécurité en uniforme (John Boyega) tente de s’interposer, mais il est noir et ne pourra pas faire grand-chose pour éviter le pire face à ces chiens enragés. Tout comme des soldats postés à l’extérieur, s’illustrant par leur lâcheté.

Folie raciste et dérapages meurtriers

Avec un remarquable souci d’authenticité, de justesse, de précision, de réalisme frisant parfois l’excès, Kathryn Bigelow animée d’un intense sentiment d’injustice et de rage, s’attarde longuement sur cette nuit d’horreur, infernale. Pour en montrer, dans les moindres détails et jusqu’à l’insoutenable, la folie raciste, les pulsions criminelles incontrôlées, les dérapages meurtriers.

Mêlant le documentaire au thriller pour virer au huis-clos anxyogène, étouffant, sous haute tension, Detroit, métrage coup de poing à la mise en scène virtuose est le portrait implacable d’une société alors minée par un racisme institutionnel. Mais faisant écho à l’actualité 50 ans plus tard, à l’heure où s’affrontent suprémacistes blancs et militants antiracisme. Un film cru, brutal, sans l’ambiguïte politique des deux précédents, allant droit au but, incroyablement puissant dans sa dénonciation. Et qui, dans un dernier acte un peu moins intense mais tout aussi terrible, montrera lors d’un procès que justice n’a pas été rendue aux victimes.

La légitimité de Kathryn Bigelow à traiter un tel sujet a été contestée dans plusieurs articles et tribunes aux Etats-Unis parce qu’elle est blanche. Déclarant dans Variety qu’elle n’était sans doute pas la mieux placée, elle a toutefois remarqué qu’elle "avait pu le faire alors que cette histoire attendait d’être racontée depuis 50 ans". De quoi donner de l'urticaire à Donald Trump...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 octobre.

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04/10/2017

Grand écran: "Le sens de la fête" pour un mariage qui part en vrille...

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasensfete.jpgIncontournable sur le front de la comédie populaire après le triomphe d’Intouchables et le succès de Nos jours heureux, le tandem Eric Toledano et OIivier Nakache (également auteur mais moins heureux de Samba) revient avec Le sens de la fête. Un film choral autour d’un somptueux mariage dans un château du 17e siècle, vu des coulisses, à travers le regard de ceux qui travaillent.

Son organisateur c’est Max (Jean-Pierre Bacri), traiteur depuis trente ans. C’est dire s’il en a vu des mariages… Comme d’habitude, il s’occupe de la logistique supervisant les serveurs, les cuisiniers, la décoration florale l’orchestre, le DJ, le photographe. Comptant sur la discipline et la rigueur de ses troupes pour rendre l’événement inoubliable.

Mais voilà, tout se met à aller de travers pour le malheureux maître de cérémonie, du coup stressé et complètement dépassé par une situation chaotique qu’il ne contrôle plus. Une soirée partie en vrille, un peu à l’image de ce long-métrage qui se veut une métaphore d‘une société en proie au fiasco socio-culturel, mais qui stagne, faute d’inspiration et d'invention dans les dialogues, les gags, les vannes, les gaffes.

A l’exception de quelques moments de grâce, tout est forcé, exagéré, laborieux. Et du coup ça pêche aussi hélas du côté des comédiens. Certes Jean-Pierre Bacri , portant le film, se montre parfois irrésistible, mais toujours aussi irascible et victime de son mal-être, il ne peut s’empêcher de tomber dans sa propre caricature. A l’image de Gilles Lellouche (animateur ringard), Jean-Paul Rouve (photographe bas de plafond bouliique) ou Vincent Macaigne (ex-prof dépressif reconverti en serveur draguant la mariée).

Cela n'empêche pas une partie de la critique française emballée de prédire aux auteurs un nouveau véritable carton et un César à Bacri. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 octobre.

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Grand écran: "Blade Runner 2049", défi bien relevé par Denis Villeneuve. Ryan Gosling est parfait

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarunner.jpgDébarqué dans les salles trente-cinq ans après celui de Ridley Scott, d’abord méprisé aux Etats-Unis puis devenu universellement culte, Blade Runner 2049 était le film de science-fiction le plus attendu de l’année. Entre progrès technologique et dérèglement climatique, il nous emmène pour une nouvelle balade dans un Los Angeles à la fois futuriste et crépusculaire.

En 2049, la société toujours plus rigide et austère, est fragilisée par les  tensions entre les humains et les réplicants dociles traités comme des esclaves. L’officier K (Ryan Gosling), un Blade Runner appartenant à une force d’intervention d’élite, est chargé de trouver et de «retirer» (un euphémisme pour tuer) ceux qui n’obéissent pas aux ordres.

Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de tout changer, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Le seul espoir de K est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner (Harrison Ford qui reprend donc son rôle) disparu depuis des décennies.

Ce deuxième volet est signé du Québécois Denis Villeneuve, (notamment auteur du remarquable Prisoners), mais surtout légitimé à relever le défi par sa magistrale et romanesque incursion dans le genre avec Premier contact (Arrival).

Pour cette délicate cohabitation entre l’homme et la machine, oü il se réapproprie la mythologie du romancier Philip K.Dick, Denis Villeneuve comme Ridley Scott, s’appuie autant sur la splendeur visuelle et technique que sur le ressenti et la réflexion qu'il privilégie à l'action.

Ce qui confère au blockbuster, en dépit du gigantisme des décors et des effets spéciaux, un côté hors norme, auteuriste, contemplatif, subtil, intimiste, métaphysique. Une oeuvre mélancolique, dépressive, voire désespérée, au questionnement existentiel et politique sur l'avenir du monde.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaablade.jpgEt cela à l’image de son protagoniste principal, l’officier K, en quête d’identité, de ses origines, s’interrogeant sur son enfance, incertain de la nature exacte de son existence. Un héros triste et fataliste se raccrochant à la statuette d’un cheval en bois, incarné par un Ryan Gosling si parfait qu’il y a de l’Oscar dans l’air.

Des scènes d'anthologie

Dans une ambiance envoûtante, oppressante, certaines scènes font déjà date. Dont la scène d’amour d’une rare originalité entre K et Joi, son ravissant hologramme sexy fusionné avec une réplicante prostituée. Prétexte à de sidérantes synchronisations et désynchronisations.

Ou cette rencontre musclée entre K et Deckard, dans un casino déglingué de Las Vegas, sur fond holographique d’Elvis Presley chantant Can’t Help Falling In Love tandis que Sinatra fait son crooner sous une cloche de verre.

Quasi unanimes des deux côtés de l’Atlantique, les critiques crient au chef d’œuvre, évoquant parfois même sa supériorité sur l’original. Sans aller jusque là, Blade Runner 2049, s'inscrivant bien dans la lignée de son prédécesseur, est une incontestable réussite. On lui reprochera pourtant sa longueur et les lenteurs d’une intrigue à résonance biblico-freudienne parfois inutilement tarabiscotée.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 octobre.

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03/10/2017

Grand écran: Juliette Binoche en quête d'amour chez Claire Denis

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabinoche.jpgQuatre ans après Les salauds, Claire Denis se penche avec tendresse, malice et cruauté sur les affres d’Isabelle dans Un beau soleil intérieur. Une comédie librement adaptée de Fragments d’un discours amoureux du philosophe français Roland Barthes et un scénario co-écrit avec Christine Angot, qui signe également les dialogues.

 Artiste peintre divorcée, mère d’une petite fille de dix ans, une très séduisante quinquagénaire un peu perdue veut profiter de  la seconde partie de sa vie. Comme une adolescente, Isabelle est persuadée que l’amour, le vrai, l’absolu, existe et le cherche désespérément. Mais la communication passe mal avec l’élu potentiel, ses liaisons sont chaotiques et elle va de déception en déception.

Tocards, médiocres et cons

Passant d’un amant à l’autre, elle ne tombe que sur des hommes plus ou moins veules et ridicules, petits salauds tocards médiocres et cons. A l’image d’un  banquier marié d’une rare goujaterie qui ne quittera pas sa femme et qui débarque fleurs à la main avec juste « une folle envie de la niquer » (elle lui demande d’ailleurs de jouir vite), d’un galeriste méprisant, d’un acteur torturé, d’un ex-mec manipulateur. Sans oublier le voisin falot et empressé qui, sans illusions, tente platement sa chance à la poissonnerie du coin.

Une liste non exhaustive des expériences auxquelles se livre une Juliette Binoche que tous poursuivent. Ce qui n’a rien d’étonnant. Elle n’a jamais été aussi belle, rayonnante, sexy, dans ce film de femmes où les hommes, de Xavier Beauvois à Nicolas Duvauchelle en passant par Bruno Podalydès et Philippe Katerine, n’ont décidément pas le beau rôle. En revanche, ils sont tous excellents, se prêtant gracieusement au portrait rosse que fait d’eux une Claire Denis déconcertante dont le cinéma évolue là vers une forme de légèreté plutôt surprenante. 

 Gérard Depardieu irrésistible

La réussite d’Un beau soleil intérieur tient également au texte de Christine Angot. La romancière prend apparemment un malin plaisir à multiplier  les clichés du moment, les lieux communs, les platitudes, les poncifs, les phrases toutes faites au service d’une psychologie de bazar. Une œuvre singulière, d’une drôlerie vacharde qui s’achève avec une scène où Isabelle va consulter un radiesthésiste. Un face à face d’anthologie où le grand et doux Gérard Depardieu se montre irrésistible, alignant les banalités dans l’air du temps et jouant les messies en  en lui annonçant la venue d’une nouvelle personne...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 octobre.

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26/09/2017

Grand écran: "Romans d'adultes", l'affranchissement après une saga d'ados plébiscitée

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarachel.jpgEn 2010, on découvrait dans Romans d’ados Xavier, Mélanie, Jordann, Rachel, Thys, Virginie et Aurélie au cours de quatre films plébiscités par le public et la critique. De leurs douze ans à leur majorité, ils racontaient face caméra leurs émotions, leurs questionnements, leurs doutes, leurs peurs, leurs rêves.

Sept ans après cette fresque sociologique sur l’adolescence de Suisse romande symbolisée par les sept jeunes Yverdonnois, on retrouve les cinq premiers cités (Virginie et Aurélie ayant renoncé à poursuivre l’aventure) dans Romans d’adultes. Constitués grâce à un crowdfunding, les deux volumes sont coréalisés par Béatrice et Nasser Bakhti, qui ont suivi leurs héros pendant une année.

Ils ont maintenant  26 ans et, comme l’indique le sous-titre Sur le chemin de l’indépendance, ils ont tous coupé le cordon pour prouver leur capacité à s’assumer, trouver leur voie et mener leur vie à leur façon, en dépit des difficultés rencontrées. Romans d’adultes évoque leurs choix opérant un retour sur leur quotidien, l’évolution de leurs relations familiales, leurs ambitions, leurs amours.

Destins divers

Rachel (photo), alors en échec scolaire, est devenue bibliothécaire, tandis que Mélanie s’investit à fond dans son métier de conseillère professionnelle. Toutes deux établies dans la banlieue yverdonnoise, elles ont chacune mis fin à une tumultueuse relation amoureuse.

Tourmenté par l’absence de son père, Jordann s’est longuement réfugié dans la drogue avant d’intégrer un programme de désintoxication en Valais. Thys, toujours un peu mal dans sa peau, s’est affirmé en faisant son coming out. Il a quitté Yverdon pour Lausanne où il habite avec son compagnon plus âgé, ignorant les remarques que la situation provoque parfois.

De son côté Xavier, angoissé à l’idée de rentrer dans le moule, a renoncé à changer le monde. Il est ingénieur à Vevey où, bien que stressé par son travail, il dit vivre une petite vie tranquille avec sa compagne.

A l’image de Romans d’ados, Romans d’adultes prétend à l'étude sociologique. Force est pourtant de reconnaître que les deux derniers chapitres, certes intéressants, très bien documentés et menés, n’ont pas la puissance, l’intensité, le charme, la fascination, le tragique des quatre premiers. C’est logique, le passage de l’enfance à la maturité se révélant à l’évidence plus prenant, plus bouleversant,plus drôle que l’installation des protagonistes dans l‘âge adulte.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 septembre.

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Grand écran: "Demain et tous les autres jours", avec Noémie Lvovsky glissant dans la folie

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalvovsky.jpgDécidément Noémie Lvovsky aime écrire, diriger et se donner le premier rôle. Après Camille redouble, où elle revenait à ses 15 ans suite à sa propulsion dans une faille spatio-temporelle, la réalisatrice récidive avec Demain et tous les autres jours. Explorant la relation fusionnelle entre une fillette et sa mère qu’elle incarne elle-même.

Cette femme fantasque, un euphémisme, avouant qu’elle n’est pas une bonne maman, se laisse aller à des caprices qu’elle regrette ensuite. Elle traîne ainsi toute une nuit dans les rues sous la pluie en robe de mariée, prend un train jusqu’au terminus un soir de Noël ou, après avoir brusquement décidé de déménager, débarque chez des inconnus avec la ferme intention d’y rester, prétextant qu’ils occupent son nouvel appartement.

Au fil de l’histoire, elle s’enfonce dans la folie tandis que Mathilde, 9 ans, se livrant certes elle aussi à quelques entreprises bizarroïdes, mais psvchologiquement plus adulte, essaie de la protéger. La gamine que ses petites camarades de classe traitent de sorcière, est aidée dans sa difficile tâche par une étonnante chouette parlante, qui devient sa confidente…

Avec cette fable plutôt singulière autour du rapport inversé mère-fille, Noémie Lvovsky nous entraîne, entre rêve et réalité, dans un univers intimiste et secret saupoudré de surnaturel. Et d’un brin de noirceur Dommage qu’elle ait trop tendance à nous perdre en route. On soulignera toutefois la prestation de la réalisatrice et de sa jeune partenaire Luce Rodriguez, qui révèle ici un vrai talent.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 septembre.

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20/09/2017

Grand écran: un enfant négligé disparaît dans "Faute d'amour". Drame coup de poing

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamour.jpgTrois ans après Leviathan, prix du scénario à Cannes, critique féroce contre la corruption gangrénant le système politique, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev se penche, dans Faute d’amour (prix du jury en mai dernier), sur une crise familiale qu’il dissèque avec la même dureté.

En instance de divorce, Boris et Genia, la quarantaine, ayant chacun une liaison, se déchirent sous les yeux de leur fils Aliocha, 12 ans, dont aucun ne souhaite la garde dans sa nouvelle vie. Sans se préoccuper des dégâts qu’ils peuvent causer à l’enfant en dramatique manque d’affection. Comprenant qu’il va être envoyé à l’orphelinat, Aliocha disparaît, provoquant le rapprochement contraint de ses parents.

La police ayant déclaré forfait, les recherches sont confiées à une association spécialisée. Les disputes du couple se poursuivent dans une deuxième partie en forme d’enquête, où Zviaguintsev se livre à une charge contre une société impitoyable, glaciale, entre désespoir et frustration. S'élevant contre les travers de ses membres obsédés par les écrans, accrochés au portable, se focalisant sur l’égoïsme des adultes ne pensant qu’à leur bonheur. Un film coup de poing, terrible, brutal, implacable,  Il est servi par de formidables acteurs, dont le petit Matveï Nvikov (photo), et une superbe mise en scène.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaandzvia.jpgIl voulait être acteur

Né à Novosibirsk, troisième ville de Russie, Andreï Zviaguintsev, de passage récemment à Genève, nous raconte qu’il a d’abord voulu être acteur. Au bout de quatre ans où il a obtenu de grands rôles, il ne se sent pas à la hauteur en découvrant Al Pacino. Du coup il part à l’armée pendant deux ans, puis intègre l’Académie des arts du théâtre à Moscou. A nouveau pendant quatre ans.

Pourtant, en voyant L’avventura d’Antonioni, c’est du cinéma qu’il tombe amoureux. Il cherche alors à visionner tout ce qui est possible chez les géants de la pellicule et décide de s’y consacrer. En 2003, il réalise Le retour, Lion d’or à Venise. Son succès ne s’est pas démenti depuis.

Andreï Zviaguintsev assure ne pas choisir ses thèmes. «Les histoires viennent d’elles-mêmes. C’est la thématique qui me choisit. Pour Faute d’amour, c’est en surfant sur internet que j’ai trouvé une info sur Liza Alert, une organisation de bénévoles vouée à la recherche des disparus».

L’enfant, tel un catalyseur, va alors donner une nouvelle vision du couple qui se déchire.

Exactement. Son absence accentue l’importance de la séparation. Ils sont haineux, ne voulaient plus se parler, plus rien avoir en commun et voilà qu’ils sont obligés d’être ensemble pour rechercher leur fils. Ce qui attise leur discorde.

Vous montrez que le bonheur des enfants passe après l’épanouissement des enfants.

C’est vrai. Mais les gens qui voient ce film en Russie disent que cela n’existe pas. C’est quand même fou de vivre dans ce pays et de ne pas s’en rendre compte.

Votre film est à la fois une charge contre une société, notamment obnubilée par les écrans, une métaphore non seulement russe mais universelle.

C’est une charge contre la nature humaine, et non contre ces objets si pratiques qu’on se demande comment on faisait sans avant, mais qui ne sont qu’un révélateur de l’égoïsme. Et j’espère viser à l’universel, en dénonçant l’absence d’empathie, pire de conscience, qui fait de l’être humain un hamster dans une roue, oubliant l’autre.

L’épreuve a-t-elle changé le couple?

Non. Ils restent déespérément au même point dans le film. Mais qui sait ? J’aime bien citer Pic de la Mirandole évoquant Dieu qui a décidé d’attribuer une place aux animaux et à toute chose. Et qui, arrivé à l’homme, lui dit : « toi, ta place, tu la chercheras sans cesse ». C’est une chance pour lui de se transformer, de faire des choix tant qu’il est vivant.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 septembre. 

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13/09/2017

Grand écran: "Barry Seal: American Traffic" , avec Tom Cruise en pilote arnaqueur, narcotrafiquant et agent de la CIA

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaacruise.jpgTout en s’éloignant du biopic classique, le film est tiré d'une histoire vraie, qui s'est déroulée de la fin des années 1970 au milieu des années 1980. Celle de Barry Seal, un pilote de ligne américain casse-cou, arnaqueur et roi du double jeu, prêt à tout pour s’enrichir. Recruté de manière inattendue par la CIA, il va exécuter l’une des plus grosses opérations secrètes de l’histoire des Etats-Unis.

A savoir photographier les communistes au Nicaragua et ailleurs en Amérique centrale, puis livrer des armes aux guérilleros nicaraguayens, Parallèlement, il a offert ses services au cartel de Pablo Escobar pour transporter de la cocaïne et détourner les armes.

Doug Liman, réalisateur entre autres de La mémoire dans la peau et Edge Of Tomorrow propose une épopée tragi-comique au rythme échevelé, commentée par la voix-off du héros ou plutôt de l’anti-héros, donnant dans l’autodérision.

Un rôle taillé pour Tom Cruise qui cool et tête brûlée, abuse toutefois de son charme qu'il veut intemporel pour se glisser dans la peau de ce pilote fantasque, agent de la CIA et narcotrafiquant mais sans jamais toucher au produit (dans le film du moins...), se sortant de situations invraisemblables. Par ailleurs mari fidèle (en l’occurrence de la jolie Sara Wright) et père aimant, il n’hésite pas à montrer ses fesses pour amuser sa femme et ses enfants avant de monter à bord de son avion... 

De péripéties en retournements rocambolesques, ce film d’aventures griffé vintage pour le grain de l’image, les couleurs, les costumes, se révèle certes assez efficace et divertissant. Mais trop superficiel et lisse, sans grande tension, en réalité pas à la hauteur d’une histoire aussi extraordinaire et d’un personnage aussi incroyable, il finit, en dépit de la richesse de sa thématique, par tourner en rond en s’enlisant dans le déjà vu.

Sans compter que son auteur, négligeant la complexité historique de son sujet, évite la critique à l’égard du gouvernement américain de l’époque, se contentant d’en rapporter les dérives mafieuses pour justifier sa lutte contre la menace communiste en Amérique latine.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 septembre

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11/09/2017

Grand écran: "Le Redoutable", avec Louis Garrel dans la peau de Godard. Plus vrai que nature...

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaredoutable.jpgIl a eu l’audace, l’impudence plutôt relèvent quelques esprits chagrins outragés, de s’attaquer à la légende vivante de la Nouvelle Vague en crise existentielle et cinématographique pendant et après Mai 68. Une démystification fantaisiste de celui qui désacralisait tout. Avec un formidable Louis Garrel, plus Godard que nature….

Irrésistiblement drôle dans la peau du mythe, il en emprunte à la perfection le talent, le look, la démarche, l’accent traînant, la cruauté, la vanité, le discours outrancier, l’autodérision. Atout maître de cette comédie jouissive signée Michel Hazanavicius, l’acteur méritait le Prix d’interprétation lors du dernier Cannes, où le film concourait pour la Palme d’or. Le jury En a hélas décidé autrement

On est à Paris en 1967. Le soulèvement menace. Star de sa génération, universellement plébiscité pour ses films de l’époque, Jean-Luc Godard tourne La Chinoise avec Anne Wiazemsky, la petite-fille de François Mauriac (Stacy Martin, plus ravissante que charismmatique), de 16 ans sa cadette. Il en est follement amoureux et vice-versa. Mais le film est incompris, sinon vilipendé à sa sortie. Obsessionnellement préoccupé par sa propre révolution, Godard se remet alors en question, reniant son cinéma qui, à son avis, ne vaut plus rien comparé au tsunami de Mai 68.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaastacy.jpgS’inspirant de deux livres d’Anne Wiazemsky, Une année studieuse et Un an après qu’elle consacra à sa relation avec le génie de la pellicule, le réalisateur de The Artist et OSS 117 s’intéresse davantage au personnage et à l’homme qu’au cinéaste.

Il nous le montre au quotidien avec Anne, militant au côté des manifestants de Mai, pérorant à la Sorbonne, passant quelques jours à pester et à lire des polars sur les hauteurs de Cannes, où il a contribué à l’annulation du festival, contaminé par la fièvre contestataire.

Intellectuel condescendant et provocateur, odieux avec ses amis, mufle avec sa femme  bien-aimée qui se détache de son pygmalion et qu’en macho jaloux et intransigeant il ne saura retenir, l’image qu’en donne Hazanavicius est certes a priori peu flatteuse.

Sans jamais oublier l'humour

Sauf que tout réside dans la façon tellement comique de la représenter, de l’exalter. Un humour à la Godard, avec un gag récurrent où l’icône en mal de regard nouveau ne cesse de casser ses lunettes, une scène inénarrable de dispute homérique à six dans une voiture, ou des blagues et des jeux de mots aussi bêtes que rigolos, Sans compter qu’il en fait un bon amant et le dote d’un physique assez avantageux

Du coup on se demande où certains critiques vont chercher une « démonstration empreinte d’un fiel sarcastique extrêmement amer… » C’est le contraire qui émane de ce portrait où, sous l’ironie faussement féroce, perce l’admiration. Voire la tendresse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 13 septembre

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