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30/01/2018

Grand écran: "Sparring" avec Mathieu Kassovitz dans la peau d'un tâcheron du ring

maxresdefault.jpgLa boxe n’a cessé d’inspirer les cinéastes et on serait tenté de dire que n’est pas Martin Scorsese (Raging Bull) ou Clint Eastwood (Million Dollar Baby) qui veut. Mais en réalité là n’est pas le sujet. L’intention du comédien français Samuel Jouy n’est à l'évidence  pas de se mesurer aux tout grands pour son premier passage derrière la caméra. Loin de la saga prestigieuse, il joue sa propre partition avec modestie.

Il ne réinvente donc pas le genre dans Sparring, où il raconte l’histoire de Steve Landry (Mathieu Kassovitz). A 45 ans, il a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés, Avant de raccrocher définitivement les gants, il se voit offrir une dernière occasion de briller auprès de sa femme et de ses enfants, plus particulièrement de sa fille Aurore qui lui voue une admiration sans borne.

Elle représente également tout pour lui et, comme elle a l’air de se débrouiller au piano, sa passion, il veut lui en acheter un. C’est cher, mais quand on aime on ne compte pas. Pour le payer, il accepte de devenir le sparring partner de la vedette Tarek M’Bareck (interprété par l’ancien champion du monde des super-légers Souleymane M’Baye). Autrement dit, Steve, tâcheron du ring, boxeur de l’ombre comme il y en a tant, est engagé pour se faire copieusement casser la gueule.

Pourtant s’il déguste, il est dur au mal en dépit des marques laissées par ce sport violent dit noble art, comme en témoignent son visage amoché et son corps fatigué. Sans oublier les humiliations publiques, les souffrances autant psychologiques que physiques inhérentes à sa fonction de sac à frappes humain, souvent plus dangereuse qu’un vrai combat. Mais pour lui, l’essentiel est de tenir pour apporter ce qu’il peut de mieux aux siens.

Dès lors, plus que le portrait d’un sans-grade martyrisé et condamné à perdre dont il nous montre certes le quotidien, les entraînements, la solitude, les coulisses de son univers particulier, Samuel Jouy dresse celui d’un homme aimant, tendre, blagueur. Parallèlement à la redoutable brutalité des pugilats, il évoque des instants intimistes, la relation privilégiée père-fille, des scènes familiales joyeuses entre repas à la cuisine et courses au supermarché, où Steve triche avec la balance en pesant les fruits et légumes.

En forme pour ses cinquante ans, Mathieu Kassovitz qui s’est longuement entraîné et a pris de vrais coups, se révèle convaincant dans le costume de ce boxeur humble, tendu, plus ou moins dans les cordes, mais tenace, encore coriace. Un personnage aussi fier que cabossé auquel le comédien au regard triste donne une certaine grandeur. A ses côtés on découvre la touchante Billie Blain dans le rôle de sa fille et la chanteuse Olivia Merilahti du groupe The Do dans celui de sa femme. Toutes deux font leurs premiers pas sur grand écran.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 janvier.

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28/01/2018

Melbourne: et de 20 pour Federer! Historique, mais la moindre des choses pour un génie...

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaafed.jpgFantastique, fabuleux, génial, phénoménal, en un mot historique. Difficile de trouver des superlatifs originaux pour saluer le nouveau chapitre écrit à Melbourne par le maestro dans le but de peaufiner sa légende.

En même temps, comme dirait Macron, trop s’étonner de ce 20e sacre majeur serait faire injure à Federer, qui ne pouvait décemment pas le laisser lui passer sous le nez, vu la représentation mineure de vrais cadors dès le dernier carré. Sinon avant.

En fait il était tellement seul dans l’histoire que son plus dangereux ennemi était en somme… lui-même. D‘ailleurs il a réussi à me stresser un maximum en paumant étourdiment, et je respecte mon langage, la quatrième  manche. Vous me rétorquerez que j’exagère, dans la mesure où il y avait quand même Cilic en face, dont les spécialistes louaient le formidable talent, en nous rappelant sans cesse sa victoire sur notre gloire nationale à l’US Open en… 2014.

Un bail! Sans compter que Federer jouait moins bien qu’aujourd’hui et que c’était juste l’inverse pour le Croate, alors au sommet de son art. Il suffit pour s’en convaincre de repenser à son parcours australien. D’abord il s’est fait piquer des sets par des seconds couteaux, ensuite il a terrassé un Nadal carbonisé à la jambe folle, puis un Edmund dont l’élémentaire connaisseur se demande comment il a bien pu parvenir en demie.

Autrement posé et sans mégoter, ce que d’aucuns risquent de me reprocher, rien de plus normal pour Sa Grâce que de soulever à nouveau cette Coupe tant convoitée. Même si cette vingtième victoire lui a tiré plus de larmes que la première. Un grand sensible, le king. Qui reste en outre un modèle inaccessible pour les plus jeunes. Dimitrov en sait quelque chose, lui qui tente vainement de marcher sur ses traces depuis des années.

Une chose est sûre, il vaut mieux avoir Nadal comme idole. Ou Djokovic. C’est moins frustrant dans la mesure où ils sont plus faciles à battre. Surtout le Serbe, comme l’a démontré le Sud-Coréen Chung, la nouvelle merveille de la raquette. Selon les experts bien entendu, ne nous emballons pas. Ah oui, c’est vrai, l’ex-saigneur des courts avait encore le coude en capilotade. Ce n’est pourtant pas ce que les commentateurs français racontaient quand il a corrigé Monfils…

Les Bleus toujours à la ramasse

A ce propos, rien ne change chez les Tricolores, à nouveau débarqués en masse et repartis plus bredouilles que d’ordinaire. Imaginez un peu le tableau, douze garçons et six filles, tout cela pour voir Caroline Garcia, unique rescapée sur les dix-huit en huitièmes de finale, finir par boire elle aussi la tasse illico presto.

Cela n’a évidemment pas empêché la bande à Riton de se gargariser dans Avantage Leconte avec les victoires extraordinaires de leurs juniors en double et de celle, magistrale, de Kristina Mladenovic en double dames. Remarquez, on a les champions qu’on peut…

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24/01/2018

Grand écran:"The Post", plaidoyer captivant pour la liberté de la presse. Avec Meryl Streep et Tom Hanks

pentagon-papers-photo-steven-spielberg-1005784.jpgLes films sur le combat des journalistes américains pour la liberté de la presse sont passionnants, sinon fascinants. A l’image évidemment de Les hommes du président, référence en la matière, mais également, beaucoup plus récemment de Spotlight, de Tom McCarty qui a révélé un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique.

The Post (en français Pentagon Papers) 31e métrage de Steven Spielberg sur un scénario de Liz Hannah et de Josh Singer, se révèle lui aussi captivant en dénonçant la culture du mensonge à la Maison Blanche. Un plaidoyer politique et féministe sur un idéal de transparence plus que bienvenu à la redoutable ère Trump, à l’heure des médias écrits en crise, de la désinformation et des fake news.

Ce long métrage historique, qui réunit pour la première fois à l’écran Tom Hanks et Meryl Streep revient sur la publication des Pentagon Papers, rapport de quelque 7000 pages sur l’implication des Etats-Unis au Vietnam de 1945 à 1971, contrastant outrageusement avec la version officielle.

Daniel Ellsberg (Matthew Rhys), employé par une firme de recherche, la Rand Corporation, a participé à cette vaste étude gouvernementale et ne supporte plus d’entendre Robert McNamara, secrétaire à la Défense de Kennedy et Johnson, mentir aux media en assurant que la guerre peut être gagnée.

Lanceur d’alerte de l’époque, Ellsberg photocopie l’étude et en donne des extraits au journaliste Neil Sheehan du New York Times, qui publie l’histoire en Une. Le gouvernement Nixon entre en scène et un juge fédéral interdit au Times de poursuivre sur sa lancée. Le Washington Post, quotidien local qui rêve de devenir national, prend alors le relais à ses risques et périls.

Toute l’histoire est racontée du point de vue de Katharine Graham (Meryl Streep) qui s’est retrouvée à la tête du Post après le suicide de son mari, et de celui de son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks). Ce dernier ne cesse de pousser Katharine à publier de nouveaux éléments des fameux Papers, au mépris de leur carrière et de leur liberté. Bien qu’amie avec McNamara, elle finira par décider de dévoiler ce monumental scandale d’Etat concernant les manœuvres de quatre présidents pour cacher la vérité au public.

Meryl Streep e Bruce Greenwood The Post.jpgParallèlement à ce grand film militant pour le journalisme d’investigation et l’importance cruciale de son indépendance qui emprunte les codes du thriller, Spielberg évoque la place des femmes dans la société. En brossant le portrait de l’une d’elles dont il fait l’éloge. Victime du machisme ambiant et surtout pour être devenue la première directrice d’un grand journal, une entreprise familiale, par défaut, Katharine Graham va pourtant affirmer son pouvoir.

Aux côtés de Tom Hanks un rien excessif dans le rôle du rédacteur en chef passionné, exigeant sinon insupportable avec ses subordonnés, intraitable avec le pouvoir et les financiers, Meryl Streep exagère également un poil dans l’extrême douceur pour arriver à ses fins. Boss atypique, montrant une courtoisie mêlée de fermeté, d’hésitations, de doutes inhérents à sa condition de femme lâchée dans un monde d’hommes, elle fera preuve d’une soudaine intrépidité pour affronter et dénoncer l’establishment dont elle fait partie.

Impeccables en revanche la facture classique et la reconstitution des années 70, dont notamment des immersions dans la réalité d’une immense salle de rédaction d'alors où on chasse le scoop, on court contre la montre, sans oublier les machines à écrire crépitantes, les téléphones à cadran rotatif, les linotypes crachant du plomb, les typographes assemblant les lettres ou encore les grosses presses à imprimer le journal durant la nuit et sa sortie au petit matin. A ne pas manquer pour les amateurs du genre… et tous les autres.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 janvier.

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22/01/2018

Grand écran: "God's Own Country", passion gay dans une ferme du Yorkshire

Gods-Own-Country-1200x600-c-default.jpgPrix de la mise en scène à Sundance, le premier long métrage du Britannique Francis Lee met en scène Johnny, un jeune fermier gay du Yorkshire, mal dans sa peau, aigri, colérique et introverti. Remplaçant son père malade, il n’a pas de vie sociale et doit consacrer tout son temps à l’exploitation de la ferme familiale, perdue sur une terre aride. Il tente d’oublier ses frustrations dans l’alcool et de brefs accouplements occasionnels avec des inconnus, jusqu’au jour où débarque Gheorghe, un migrant roumain engagé pour l’aider.

Si ce conte romantico-réaliste évoque la difficulté à s’assumer dans ce milieu de petits paysans anglais dont le réalisateur s’emploie par ailleurs à décrire le quotidien, le vrai sujet réside dans l’empêchement, pour Johnny, de s’attacher à ceux qui l’attirent. C’est ce qui change avec Gheorghe, beau comme un dieu, pour qui il éprouvera des émotions jamais ressenties, après avoir affiché un certain mépris à son égard.

Une relation intense va alors naître entre eux, contrastant avec les baises brutales dans des lieux sordides. Avec la complicité des deux excellents comédiens Josh O’Connor et Alec Secareanu (photo), Francis Lee raconte ainsi l’apprentissage d’une autre virilité, la découverte des sentiments, de l’amour, de la tendresse, de la douceur. Tout en dépeignant des ébats passionnés sans fard, mais sans complaisance.

"Tomber amoureux a été la chose la plus difficile"

Garçon doux à la longue barbe, le cinéaste, 47 ans, habitant une maison isolée dans la lande, sans internet, est né comme son héros dans une ferme qu’il a quittée à vingt ans pour étudier l’art dramatique. Devenu acteur, il sent que ce n’est pas sa voie. Il a envie d’écrire ses propres histoires et de passer derrière la caméra. Il tourne deux courts métrages avant de s’attaquer, il y a six ans, à God’s Own Country (Seule la terre).

"Il s’agit d’un film très personnel, mais pas autobiographique", nous dit-il lors d’une rencontre à Genève, où il précise ses intentions. "Que Johnny soit gay ou non n’est pas important. Mon but n’était pas de faire un film sur un coming out, mais de m’intéresser aux réactions émotionnelles liées au fait d’aimer et d’être aimé. Tomber amoureux a été pour moi la chose la plus difficile, tant je craignais d’avoir le cœur brisé". 

"Très différent de Brokeback Mountain"

Beaucoup comparent God’s Own Country au fameux Brokeback Mountain d’Ang Lee. "Je suis flatté, c’est une oeuvre magnifique. Sauf qu’elle est complètement différente. Ce n’est pas le même monde, ni la même époque. Les deux protagonistes sont obligés de se cacher, contrairement à Johnny dont le principal problème est de s’ouvrir aux autres".

L'opus, traitant également de migration et de racisme, connaît un gros succès des deux côtés de l’Atlantique. Mais Francis Lee, qui adore sa vie, sa famille, ses amis, n’a pas l’intention de succomber aux sirènes de Hollywood. "Je reçois beaucoup de scénarios, mais je sais que je n’aurai pas le final cut. Et je veux rester maître à bord de mon prochain film. Quitte à prendre le risque qu’il ne soit pas aussi bien reçu que le premier".

A l'affiche sur les écrans de Suisse romande dès mercredi 24 janvier.

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18/01/2018

Festival: Black Movie met le cap sur les étoiles et l'accent sur "Mauvais genre"

taekwondo_outplay_international_marco_berger_04.jpgEngagé depuis ses débuts dans la défense d’une cinéphilie auteuriste, indépendante et internationale, le festival genevois revient pour sa 19è édition. Mettant le cap sur les étoiles il montre, jusqu’au 28 janvier, 121 films en provenance d’une vingtaine de pays, des Philippines à l’Inde, en passant par la France, le Japon, le Brésil, l’Argentine, la Russie.

Le programme en cinq sections s’articule autour de Mauvais genre, composée de deux volets, l’un actuel, l’autre proposant une rétrospective sélective de films queer diffusés au Black de 2001 à 2017. On y reverra des œuvres du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, du Brésilien Gabriel Mascaro, du Philippin Brillante Mendoza ou de l’Argentine Anahi Berneri.

Parmi les nouvelles productions, à découvrir Taekwondo (photo) des Argentins Marco Berger et Martin Farina. Cette chronique à forte tension sexuelle sur la naissance et le pouvoir du désir, décrit l’isolement possible d’un jeune gay dans un monde de mâles.

El diablo es magnífico du Chilien Nicolas Videla raconte, lui, l’histoire d’une immigrante trans de 33 ans. Après avoir vécu dix ans à Paris, Manu, fatiguée de l’hostilité à laquelle elle doit faire face, décide de rentrer au Chili.

Avec Those Long Haired Nights du Philippin Gerardo Calagui, on suit Tuesday, Amanda et Barbie. Ces trois femmes transgenres aux caractères opposés, passent une nuit chaotique sur le chemin de leurs rêves dans un quartier chaud de Manille.

De leur côté, les Brésiliens Marco Dutra et Juliana Rojas tâtent du fantastique dans As Boas Manieras. Clara, une jeune infirmière de la banlieue de São Paulo est engagée comme nounou du futur enfant de la mystérieuse Ana. Alors que les deux femmes se rapprochent, l’accouchement n’aura rien d’une délivrance…

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamaman.jpgLe voyage, complété par des tables rondes et conférences autour des différents thèmes (esthétique queer, violence faite aux femmes notamment), se poursuit à travers les autres sections Les Résistantes, Le salaire de la peur, Toi aussi mon fils, Sympathy For MrVengeance, dont Spoor de la Polonaise Agnieszka Holland.

Les derniers-nés de grands cinéastes se retrouvent également dans A suivre. Comme Le jour d’après du Sud-Coréen Hong Sang-soo, Avant que nous disparaissions du Japonais Kiyoshi Kurosawa, Une femme douce du Russe Sergei Loznitsa, Frost du Lituanien Sharunas Bartas, Mrs Fang du Chinois Wang Bing, Léopard d’or au dernier Festival de Locarno. A noter le retour du Congolais Dieudo Hamadi, invité en compagnie de nombreux autres réalisateurs, avec son film Maman colonelle (photo).

Le festival n’oublie pas les enfants, précieux spectateurs de demain. Le petit Black Movie déploie l’univers qui leur est dédié avec 44 films et ateliers.

Genève, du 19 au 28 janvier. Lieux principaux: Maison des Arts du Grütli, Cinéma Spoutnik, Cinélux, Alhambra. Lieu central: le Xanadu (Cercle des Bains). Informations pratiques blackmovie.ch

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10/01/2018

Grand écran: dans "Downsizing", l'homme rapetisse pour sauver la planète

downsizing.jpgLa surpopulation inspire les cinéastes ces temps. Après Seven Sisters de Tommy Wirkola sorti en août dernier, Alexander Payne a enfin accouché d’un projet vieux de dix ans sur le thème. Pour lutter contre ce fléau menaçant la planète, des scientifiques scandinaves ont trouvé la solution miracle, en mettant au point un processus révolutionnaire, le downsizing, permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 centimètres. 

Rétrécir n’est pas seulement bénéfique pour notre bonne vieille Terre qui étouffe sous le nombre de ses habitants. Cela leur permet également d’augmenter considérablement leur niveau de vie et leurs revenus, étant donné la petitesse extrême des objets et des choses du quotidien, de la rose à la villa, en passant par le pétard et la bouteille de vodka...  

L’idée séduit Paul (Matt Damon) et Audrey (Kristen Wiig) Safranek, un couple de quadras du Nebraska connaissant quelques problèmes financiers. Ils décident donc de partir pour Leisureland et de se lancer dans cette expérience irréversible. Sauf qu’au dernier moment, Madame renonce. On suivra donc Monsieur dans sa nouvelle vie, après avoir été ramassé à la pelle à la sortie du four à micro-ondes avec la nouvelle fournée de mini nains.

Entre science-fiction et satire sociale

Avec son scénario original, le septième long métrage d’Alexander Payne, oscillant entre science-fiction et satire sociale, s’annonçait des plus prometteurs en proposant une réflexion et un questionnement philosophico-politico-existentiels sur l’environnement, l’écologie, la surconsommation, la préservation et le devenir de l’humanité.

Contrat rempli dans une première partie très réussie, où on visite un nouveau monde avec des hommes à l’échelle d’un crayon, avant de suivre par le menu les diverses interventions médicales en vue de leur rapetissement volontaire.

Malheureusement l’auteur dérape, transformant trop rapidement cette fascinante aventure en une banale et bien trop longue comédie romantique. Un sentimentalisme niais qu’il privilégie dès lors à l’ironie et à la causticité de son passoinnant propos initial. Tentant vainement de se racheter à la fin en radotant notamment sur la trace que l’homme laissera dans l’Histoire.

Dommage quand même de gâcher un aussi bon sujet. D’autant que les comédiens tiennent la route, à l’image de Matt Damon dans le rôle du banlieusard paumé et idéaliste. On adore par ailleurs Christophe Waltz, ici dans la peau de Dusan, un richissime lilliputien débarqué des Balkans, fanfaron, festif, charmeur et consumériste à outrance dans cet univers méga réduit qui lui a permis d’amasser des milliards.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 janvier.

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09/01/2018

Grand écran: "The Death And Live Of Otto Bloom", une étonnante réflexion sur le temps

otto-review-shot.jpgSurgi de nulle part, Otto Bloom est un drôle de phénomène, né le jour de sa mort et décédé le jour de sa naissance! Du coup, il ne se souvient que du futur et n’a aucune mémoire du passé. Mais qui est donc cet homme extraordinaire, forcé de vivre à l’envers? Un visionnaire ou un imposteur? Un fou ou un génie  Un charlatan ou un messie?

Toujours est-il que ce personnage d’exception dont les travaux artistiques révolutionnaires sont exposés au Musée d’art moderne de New York devient une star planétaire, la coqueluche du monde scientifique, une icône de la culture pop.

A partir de cette trame fantastique, le jeune réalisateur australien Cris Jones propose, dans son premier et malheureusement dernier long-métrage (il est subitement décédé le 12 septembre 2017 alors qu’il travaillait sur le deuxième ), une singulière réflexion sur la relativité du temps qui ne serait qu’une illusion, en confrontant son héros vivant à rebours aux pékins en principe normaux. Ce qui ne simplifie pas les relations…

Pour cerner Otto Bloom, raconter son histoire, expliquer son parcours, ce jeu compliqué sur le temps prend la forme d’un faux documentaire biographique. Il est structuré autour d’interviews et de témoignages de cinq intervenants qui le connaissaient le mieux et l’ont fréquenté à différentes étapes de son existence. Dont celui, central, de la neurologiste Ada Fitzgerald, qui a examiné en premier Otto Bloom et qui est devenue son grand amour

Ces différentes séquences sont illustrées par une série d’images d’archives, de gros titres et d’articles tirés de quotidiens du monde entier, se posant tous la question (mais tentant vainement d’y répondre) de la vraie personnalité de ce fascinant individu qui se rappelle demain et attend de découvrir hier.

Du faux plus vrai que nature

Témoignages, archives et coupures de presse sont évidemment aussi faux les uns que les autres, mais tout est tellement bien fait qu’ils paraissent plus vrais que nature pour le spectateur, à la fois complètement bluffé et désorienté par l’étonnante maîtrise du réalisateur, la minutie de sa mise en scène et la qualité de sa documentation bidon.

Les comédiens sont aussi convaincants, à commencer par Xavier Samuel dans la peau d’Otto Bloom. Ada, quinquagénaire, nous émeut avec les souvenirs des moments heureux en compagnie de celui qui les oubliait à peine les avait-il vécus. C'et Rachel Ward qui interprète le personnage, tandis que sa propre fille Mathilda Brown l'incarne dans les images d'archives.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 janvier.

 

 

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02/01/2018

Grand écran: "Molly's Game", thriller psychologique d'après une histoire vraie. Avec Jessica Chastain

maxresdefault.jpgC’est une incroyable histoire vraie. Celle de Molly Bloom, entrepreneuse dans l’âme, une surdouée qui aime gagner. Comme au ski où elle intègre l’équipe américaine, avant de faire Sciences politiques à l’Université du Colorado. Puis elle débarque à Los Angeles en 2004, trouve de petits boulots et devient l’assistante d’un organisateur de parties clandestines hebdomadaires de poker.

Elle se fait remarquer par son intelligence, son atout majeur mis en avant tout au long de l’intrigue. Raison pour laquelle, virée sans ménagement par son patron, elle décide de monter son propre cercle avec une mise d’entrée de 250 000 dollars, très vite fréquenté par des stars, des millionnaires et de grands sportifs. Le succès est immédiat et la jeune femme règne bientôt sur l'empire du jeu clandestin à Hollywood. 

Elle organise des parties où certains peuvent perdre jusqu'à un million en une seule nuit. Pourtant, assez rapidement brouillée avec ses amis acteurs inquiets qu’elle ne les trahisse, elle recrée à New York ses parties de poker auxquelles se greffent certaines personnes liées au crime organisé. Elle est alors prise dans un engrenage infernal. Le FBI qui la surveille de près procède à une rafle et tout ce monde tombe dans ses filets. 

Le film, adapté du best seller de Molly Boom  Le grand jeu: Les mémoires d'une reine du poker déchue est signé Aaron Sorkin. Scénariste de Des hommes d’honneur, Steve Jobs ou The Social Network, il réalise ici son premier long-métrage. Il y raconte les choses du point de vue de Molly, battante dominatrice, revancharde et sexy brillamment incarnée par Jessica Chastain, dont il brosse un portrait plutôt flatteur.

Aaron Sorkin n’a pas dû trop  se forcer pour booster son scénario, l’histoire de sa protagoniste contenant tous les ingrédients qui font mouche, ascension, chute et rédemption sur fond de pouvoir, de sexe, d’argent, de mafia, de services secrets. On reprochera toutefois à ce thriller psychologique qui se déroule sur un rythme effréné, un côté extrêmement bavard qui nuit un peu à la fluidité du récit, tendant du coup à larguer les béotiens du poker.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 janvier.

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31/12/2017

Grand écran: mes films préférés de 2017

maxresdefault.jpgLes chefs d’œuvre n’ont pas couru les écrans cette année, contrairement aux navets qui ont parfois atteint des sommets, à l’image de trop nombreuses comédies françaises et américaines. En d’autres termes, 2017 ne fut pas le cru du siècle même s’il n’en est qu’à son début. Reste qu’on a heureusement vu quelques très bons films, voire excellents. Plus ou moins dans le désordre, voici mes préférés.

120 battements par minute, de Robin Campillo. Début des années 90. Alors que
le sida tue depuis une dizaine d’années, les activistes d’Act Up multiplient les méthodes coups de poing et les mises en scènes chocs pour lutter contre l’indifférence générale à la maladie. Au cœur de l’action, deux amants vont mener leur propre combat. Une oeuvre rare, captivante, sur la nécessité d’alerter, de bousculer, où alternent les scènes d’amour, d’action, de débats. A la fois pudique et triviale, elle mêle l’intime et le politique. Insistant sur la libération de la parole, Campillo réussit par ailleurs à éviter tout pathos en évoquant la mort qui ne cesse de rôder autour de ces jeunes gens animés d’une soif de vivre, mais sacrifiés pour avoir trop aimé.

Detroit, de Kathryn Bigelow. La réalisatrice confronte à nouveau l’Amérique à ses démons avec une redoutable immersion au cœur des émeutes raciales qui ont secoué Detroit au cours de l’été 1967, causant la mort de 43 personnes et en blessant 467 autres. Avec un remarquable souci d’authenticité, Bigelow s‘attarde longuement sur la nuit d’horreur du 25 juillet, pour en montrer dans les moindres détails jusqu’à l’insoutenable, la folie, les pulsions criminelles incontrôlées, les dérapages meurtriers de flics blancs avides de violenter et torturer des «suspects» à majorité noirs. Un thriller coup de poing, sous haute tension, et un portrait implacable d’une société alors minée par un racisme institutionnel, faisant écho à l’actualité 50 ans plus tard.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaastacy.jpgLe Redoutable, de Michel Hazanavicius. Les esprits chagrins s’offusquent de cette «impudence» à s‘attaquer à la légende vivante de la Nouvelle vague, en crise existentialiste et cinématographique pendant et après Mai 68. On adore au contraire cette démystification fantaisiste de Godard où, sous l’ironie apparemment féroce, perce l’admiration envers l’homme et le cinéaste. Il est interprété par un formidable Louis Garrel, irrésistiblement drôle dans la peau du mythe, dont il emprunte à la perfection le look, la démarche, l’accent traînant, la cruauté, le discours outrancier, l’autodérision.

The Battle Of Sexes, de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Emmené par les excellents Emma Stone et Steve Carrell, les auteurs reviennent avec talent, maîtrise et humour sur le combat de la joueuse de tennis américaine Billie Jean King, icône alors âgée de 29 ans, qui se démène pour que les femmes touchent des primes équivalentes à celle des hommes. En s’appuyant sur son incroyable duel avec Bobby Riggs, 55 ans, ancien numéro un mondial, persuadé de la battre en trois coups de raquette! Mais le macho en fut pour ses frais lors du match suivi en 1973 par 30.000 spectateurs et 50 millions de téléspectateurs à travers la planète. 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamalric.jpgBarbara, de Mathieu Amalric. Mise en abîme aux frontières de la réalité et de la fiction, l’opus propose entre poème et rêverie musicale un portrait complexe, émouvant, de la mythique, insolente, capricieuse, autoritaire, fantasque, mélancolique Barbara. L’excellente Jeanne Balibar se révèle impressionnante. Habitée, naturelle, elle travaille son personnage, les chansons, composant au piano, s’entraînant à imiter la voix, s’appropriant les gestes, les accessoires, les attitudes de son modèle. Mais sans chercher le mimétisme. La ressemblance n’en est pas moins troublante.

Faute d’amour, d’Andrey Zvyaguintsev. Surfant sur internet, le réalisateur russe trouve une info sur Liza Alert, une organisation de bénévoles vouée à la recherche de disparus. Voilà qui lui permet de disséquer une crise familiale. En instance de divorce, des parents se déchirent sous les yeux de leur fis de 12 ans, sans se préoccuper des dégâts qu’ils peuvent provoquer chez l’enfant en dramatique manque d’amour. Jusqu’au jour où il disparaît. La police ayant déclaré forfait, les investigations  sont confiées à une association spécialisée, Suit une deuxième partie en forme d’enquête où Zvyaguintsev se livre à une charge implacable contre une société impitoyable, égoïste, glaciale, entre désespoir et frustration.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamoon.jpgMoonlight, de Barry Jenkis. Enfant noir de Liberty City, quartier défavorisé de Miami, orphelin de père, vivant avec sa mère toxico, harcelé par ses camarades, Chiron n’a pas d’ami à part Juan, un caïd de la drogue qui le protège et devient un père de substitution. De surcroît, il doit assumer son homosexualité dans un environnement hostile. Avec ce scénario, on pouvait craindre le pire. C’est l’inverse. On découvre un film à contre-courant, privilégiant une approche poétique, empathique, sensuelle. Explorant avec finesse les rapports humains et les préférences sexuelles, le metteur en scène raconte, en trois périodes-clés, une quête d’identité faite de rejets, brimades et insultes, qui finiront par mener Chiron à s’accepter.

Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel. Deux rescapés des tranchées sortent traumatisès de la boucherie de la Première Guerre mondiale. L’un a perdu sa femme et son métier, l’autre y a laissé le bas de son visage. Pour se venger de l’Etat qui les ignore en dépit de leur sacrifice, ils montent une juteuse arnaque en vendant de faux monuments aux morts sur catalogue. Tout en recherchant l’immonde crapule qui les avait envoyés à l’abattoir après l’armistice. Un film brillamment adapté du roman éponyme de Pierre Lemaître, Goncourt 2013, où se mêlent humour trash, tragédie filiale, poésie, drame intime, cynisme, lutte des classes, lyrisme.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaflorida.jpgThe Florida Project, de Sean Baker. Ce film à l’esthétique pop évoque dans des tons roses, verts, violets et jaunes l’envers du rêve américain, dénonçant la condition des laissés pour compte qui vivent dans des motels miteux à l’ombre de la férie Disney. Comme la turbulente, charismatique Moonee, six ans, sa très jeune mère et ses potes. Une chronique sociale émotionnellement forte, mais évitant tout pathos, complaisance ou jugement. Parfaits, les protagonistes sont des nom-professionnels, à l’exception de Willem Dafoe, particulièrement convaincant en paternel, attendrissant et bienveillant gérant de motel.

Les gardiennes, de Xavier Beauvois. L’auteur rend hommage aux femmes qui, restées à l’arrière pendant la Première Guerre mondiale, ont continué à faire tourner l’économie française, alors que les hommes étaient partis au front, en assurant notamment le fonctionnement des exploitations agricoles. Mise en scène et photographie soignées pour le portrait de ces vaillantes résistantes trimant dur aux champs et à la ferme. Avec Nathalie Baye, sa fille Laura Smet et une révélation, la lumineuse Iris Bry.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabelle.jpgLa belle et la meute, de Kaouther Ben Hania. Luttant contre un système perverti dont elle démonte les rouages, l’auteure signe un singulier thriller politique féministe, en adaptant une histoire vraie qui s’était déroulée post Printemps arabe, en 2012. Celle de la jolie Mariam, violée par des policiers. Elle veut porter plainte mais, se heurtant aux dénégations, intimidations et menaces au sein du commissariat de ses agresseurs, elle va vivre une longue nuit cauchemardesque pour tenter de le prouver.

Get Out de Jordan Peele. Chris, jeune photographe noir et sa petite amie blanche Rose, très amoureux l’un de l’autre décident de rencontrer les parents de Rose. Bien accueilli, Chris est troublé par le comportement étrange du jardinier et de la gouvernante, tous les deux black. Originale, inventive et angoissante, cette farce grinçante, anxiogène, à la frontière de l’horreur et du fantastique, aborde le racisme ordinaire avec un humour très…noir. Et laisse monter la pression au fur et à mesure que le héros bascule dans le cauchemar.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaapaysan.jpgPetit paysan, d’Hubert Charuel. Alors qu’une épidémie de fièvre aphteuse se déclare en France, un éleveur de vaches laitières découvre avec horreur qu’une de ses bêtes est contaminée. Face à la menace de perdre son troupeau, il tue lui-même l’animal en cachette. Tombant dans l’illégalité, passible de prison, il est pris dans un engrenage infernal. Un premier long-métrage bien écrit, parfaitement documenté, mêlant thriller psychologique et réflexion sur les difficultés économiques et les tâches épuisantes des paysans.

Borg-McEnroe, de Janutz Metz Pedersen. Retour sur la rivalité exacerbée de deux géants de la petite balle jaune, qui en ont changé la face. Nous sommes à Wimbledon en 1980 et les hommes vont s’affronter dans une finale qui deviendra l’un des plus grands duels de l’histoire du sport. Une confrontation aux allures de thriller entre Borg, beau gosse suédois faussement insensible encensé par le public (Sverrir Gudnason bluffant de ressemblance) et McEnroe, le bad boy américain, rebelle, impulsif et colérique (Shia Labeouf). On s’y croirait…

Téhéran Tabou, d’Ali Soozandeh. Le réalisateur iranien réfugié en Allemagne, ouvertement militant, nous immerge au sein d’une société schizophrène et hypocrite, dans laquelle le sexe, la drogue et la corruption coexistent avec les interdits religieux, juridiques, traditionnels. A la fois poétique, politique et intime, cet audacieux métrage tourné en rotoscopie a valeur de témoignage avec sa peinture sociale dénonciatrice, dérangeante, provocante, sinon choquante.

 

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27/12/2017

Grand écran: "Menashé", plongée originale dans un quartier juif hassidique de New York

0469195.jpgAuteur américain de documentaires, Joshua Z Weinstein (heureusement pour lui sans parenté avec le tristement célèbre Harvey) opère, pour son premier long-métrage de fiction, Menashé" (Brooklyn Yiddish), qu’il a mis sept ans à réaliser, une plongée à Borough Park, quartier juif ultraorthodoxe de Brooklyn. En racontant le combat d’un père contre cette communauté cloîtrée, qui vit au rythme de la Torah.

Le modeste et brouillon Menashé travaille dans une supérette. Après la mort de sa femme, il veut absolument récupérer la garde de son fils de 10 ans, Ruben, ce que lui interdit la tradition hassidique avant qu’il ne soit remarié. Il rechigne pourtant à s'y soumettre. Le Grand Rabbin lui permet alors de passer une semaine avec son enfant. Menashé va tenter de prouver qu’il est la meilleure personne pour l’élever.

Le film tourné en yiddish est inspiré de l’histoire vécue du protagoniste principal Menashé Lustig, animateur de fêtes religieuses. Il joue ici impeccablement son propre rôle, à l’image des autres acteurs amateurs, dont le petit garçon. Pour la plupart, ils sont issus de cette branche très fermée du judaïsme.

Tout en brossant le portrait d’un jeune veuf attachant mais peu gâté par la nature, bedonnant, maladroit, peinant à nouer les deux bouts, désemparé, tiraillé entre sa foi et son amour paternel, l’auteur nous laisse découvrir le quotidien, les mœurs et les rites d’un monde parallèle peu connu, singulièrement fascinant.

Bienveillant, respectueux de son sujet qu’il traite avec une précision documentaire, observant sans juger, Joshua Z Weinstein livre ainsi une fable juive instructive sur les plans culturel et religieux. Pleine d’humanité, émouvante et originale, elle laisse aussi percer l’ironie sous l’austérité.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 décembre.

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