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14/08/2018

Grand écran: "Woman At War", la drôle de croisade d'une singulière militante écolo islandaise

Screen-Shot-2018-05-15-at-10.01.37.pngHalla, professeure de chant en fin de quarantaine, est un personnage peu ordinaire dans un film pour le moins singulier, signé Benedikt Erlingsson. Tout en menant une vie bien réglée, elle a déclaré la guerre à l’industrie locale de l’aluminium qui défigure son pays, l’Islande, et prend tous les risques pour le protéger.

Woman At War repose sur les épaules de la talentueuse Halldora Geirhardsdottir (photo),transformée en mystérieuse guerrière façon Rambo, Au début on la voit, à l’évidence entraînée, déterminée, calme et précise, s’appliquer à faire sauter un pylône pour couper l’électricité dans une usine voisine. Avant de se couler tout aussi aisément dans sa routine quotidienne, en retrouvant la chorale qu'elle dirige le plus naturellement du monde.

Au cours du récit se déroulant dans de magnifiques paysages, les missions de la «femme de la montagne» sont  de plus en plus osées. Elles provoquent même l’annulation de négociations entre le gouvernement et une multinationale polluante. Désormais qualifiée de terroriste, Halla devient l’ennemi numéro 1.

Comédie d’action écolo-politico-poétique à l’irrésistible humour décalé, au cœur de laquelle le réalisateur, avouant un passé d’activiste, place la défense de belles et vierges étendues sauvages, vire ainsi à l’intrigue policière. Traquée par des drones et des hélicoptères, sa super héroïne sillonne audacieusement les collines, se dissimulant derrière des rochers, dans des fossés ou sous des peaux de bête pour leur échapper.

Un lointain cousin accepte de l’aider lorsque tombe la nouvelle qu’elle n’attendait plus. Une demande d’adoption faite quelques années plus tôt vient d’aboutir et elle apprend qu’une petite orpheline l’attend en Ukraine. Hella devra alors choisir entre sa lutte pour l’environnement et son rôle de mère.

Ce n’est pas le meilleur moment de cette croisade porteuse de message, en forme de fable loufoque. On n'est pas non plus très fan du gag lourdement répétitif de l’arrestation d’un jeune touriste étranger chaque fois soupçonné du pire. Ni des apparitions récurrentes et saugrenues d’un groupe de musiciens free jazz. Des réserves pourtant mineures.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 août.

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11/08/2018

Festival de Locarno: le Léopard d'Or au Singapourien Yeo Siew Hua pour "A Land Imagined". Sitôt vu, sitôt oublié...

20180811163807306.jpgComme d’habitude, le critique propose et le jury dispose… C’est ainsi que Le film A Land Imagined, du réalisateur singapourien Yeo Siew Hua, sitôt vu sitôt oublié étant donné son intérêt mineur, a reçu le Léopard d'or au 71e Festival de Locarno. Le film se déroule dans l'univers impitoyable des travailleurs immigrés trimant pour des clopinettes sur les gros chantiers de Singapour.

Après avoir noué une amitié virtuelle avec un mystérieux joueur, Wang, un maçon chinois est porté disparu. Un enquêteur doit découvrir la vérité pour le retrouver. On se perd rapidement et on s’ennuie aussi vite dans ce polar compliqué à l’intrigue inutilement tarabiscotée.

"M", documentaire choc primé

Heureusement, le jury a eu la bonne idée de donner un Prix spécial à M, le remarquable, bouleversant, nécessaire documentaire coup de poing de Yolande Zauberman, de retour sur grand écran. La réalisatrice française nous emmène dans un voyage en enfer en suivant un jeune homme violé dans son enfance par les rabbins et autres membres d’une communauté ultra-orthodoxe aux portes de Tel-Aviv.

Il a aussi daigné récompenser le réalisateur Sud-Coréen Hong Sang-soo par le biais du Prix d’interprétation à son acteur KI Joo bong for Gangbyun Hotel. (Voir nos notes élogieuses du 10 août pour ces deux films). Côté féminin Andra Guti, la comédienne d’Alice T. du Roumain Radu Muntean l’emporte pour un opus se penchant sur des relations mère-fille problématiques.

Le Prix de la mise en scène, a été décerné à la Chilienne Dominga Sotomayor pour Tarde para morir jueven , évoquant trois adolescents, leur premier amour et leur peur au cours de l’été 1990 au Chili. Contre toute attente La Flor, métrage fleuve de 14 heures de l’Argentin Mariano LLinas est reparti bredouille. Enfin le Prix du public est allé sans surprise à BlaKkKlansman de Spike Lee.

Succès pour Coincoin et la rétrospective McCarey

La dernière du directeur artistique Carlo Chatrian, en partance pour la Berlinale, n’a pas atteint des sommets, en euphémisme, en ce qui concerne la compétition et la programmation sur la Piazza Grande. A part ou deux films comme L’ordre des médecins de David Roux, Un nemico che ti vuole bene de Denis Rabaglia, on retiendra avant tout le plébiscité BlaKkKkansman venu de la Croisette et le magistral Seven de David Fincher datant de 1995. Ainsi que les aventures jubilatoires de Coincoin et les Z’inhumains signées Bruno Dumont, et dont la sortie annoncée en salles a malheureusement été annulée.

Cette mini-série a été bien suivie, à l'instar du point extrafort du Festival, la grande rétrospective Leo McCarey. Conçue par Roberto Turigliatto,  elle nous a permis de découvrir des joyaux dans les courts et longs métrages. Rappelons qu’elle sera accueillie en partie par la Cinémathèque suisse à Lausanne et les Cinémas du Grütli à Genève à la rentrée. A ne manquer sous aucun prétexte.

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10/08/2018

Festival de Locarno: avec "M", plongée noire et choc chez les ultra-orthodoxes, aux portes de Tel-Aviv

1147193-dr-dr-dr-dr-dr-dr.jpgSi la compétition ne s'est pas révélée follement emballante, on retiendra tout de même quelques œuvres. Nous en avons déjà cité trois: Gangbyun Hotel du Sud-Coréen Hong Sang-soo, Genèse, du Québecois Philippe Lesage, Sibel, cosigné par la Turque Cagla Zencirci et l’Italien Guillaume Giovanetti.

On ajoutera M, de la Française Yolande Zauberman, qui a opéré une plongée aussi noire que choc sur l’atrocité de la pédophilie à Bneï Brak, la capitale mondiale des Haredim, les ultra-orthodoxes juifs, en hébreu les "Craignant-Dieu".

C’est dans cette ville, fondée en 1920 par les Hassidiques que Menahem Lang, aujourd’hui trentenaire, a grandi, avant de la quitter à 20 ans. On le retrouve une nuit sur la plage, à Tel-Aviv où il s’est installé. Face caméra, il chante un air yiddish, avant de révéler un lourd secret.

Menahem est un homme fracassé, dont on découvre toute la souffrance au long de cet effroyable voyage dans l’indicible. Car il était un porno kid, destiné comme tant d’autres gamins au plaisir des hommes. Violé à 7 ans, dit-il, pour avouer ensuite douloureusement qu’il en avait en réalité quatre, par des membres de la communauté. Et cela à répétition, pendant des années.

Pour la réalisatrice, Menahem va faire un chemin initiatique en ouvrant la porte de sa ville natale, celle des hommes en manteaux noirs, chapeau et papillotes, celle d’une société rigide d’un autre âge, aussi hypocrite que pétrie de dogmes religieux.

Il retourne ainsi sur les lieux du crime, mais aussi sur les endroits qu’il a aimés, pour une sorte de réconciliation. Ce documentaire coup de poing d'une force incroyable contribuera peut-être à la libération d’une parole trop longtemps couverte par un silence coupable et condamnable.

Ces films se retrouveront-ils au palmarès? Réponse demain. On pourrait d'ailleurs y voir figurer sans grande surprise La Flor de l'Argentin Mariano Llinas. Rappelons que cet ovni cinématographique de 14 heures, réponse du cinéma aux séries, selon le directeur artistique Carlo Chatrian, est divisé en six épisodes, chacun correspondant à un genre. 

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Festival de Locarno: "Gangbyun Hotel" de Hong Sang-soo a un petit air de Léopard

image-w1280.jpgIl a déjà eu un Léopard d'argent pour Sunhi en 2013 et un d’or pour Un jour avec, un jour sans en 2015. Hong Sang-soo pourrait compléter sa collection de fauves avec Gangbuyn Hotel (Hotel By The River), son 23e long-métrage. Au casting, on retrouve notamment sa muse et compagne Kim Min-hee et un de ses fidèles Kwon Hae-hyo.

Après Grass qui avait enthousiasmé la Berlinale, le grand réalisateur sud-coréen a séduit Locarno en mettant en scène un poète entre deux âges et en bonne santé, sentant pourtant inexplicablement sa fin approcher. Logé gratuitement dans un hôtel au bord d’un fleuve par le propriétaire qui admire son travail, il fait venir ses deux fils qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Parallèlement l’hôtel abrite une jeune femme que son homme a trahie et qui a demandé à une amie de la rejoindre pour la réconforter. Les cinq personnages vont se rencontrer...

Gangbyun Hotel a été tourné en noir et blanc, sous la neige, du 29 janvier au 14 février. La marque de l’auteur qui privilégie les tournages légers et rapides. Poétique, épuré, minimaliste, singulier, non dénué d’humour à l’image de ses autres films, il se déroule sur 24 heures entre retrouvaille familiales, déception sentimentale, pensées profondes, marivaudage et rasades de soju...

HSS évoque aussi avec sérénité l’idée de la mort. «J’y pense fréquemment. Cela me rend calme et me donne une perspective sur la vie», déclare-t-il lors de sa conférence de presse. «Je n’ai pas de définition sur l’après. J’aime croire qu’il y a quelque chose qui ne doit pas m’effrayer. Il y a des éléments qui me font me sentir bien quand j’y pense. Je crois qu’il n’y aura pas beaucoup de différence entre ce qui se passe ici et ce qui arrivera quand je ne serai plus là».

Hong Sang-soo a tourné son film en noir et blanc sans trop savoir pourquoi. «Juste parce que je le souhaitais. Je le ressentais comme cela». La neige y prend une grande importance. «J’aime la neige Dans mes derniers films, elle tombe déjà. Au début j’ai lutté pour unir les deux groupes que j’avais séparés. Je ne voyais pas comment lier les hommes et les femmes. Et puis la neige est tombée en grande quantité un matin. C’était très beau, un vrai cadeau du ciel. Du coup je l’ai incorporée au scénario».

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08/08/2018

Festival de Locarno: avec "Blaze", Ethan Hawke fait revivre une légende méconnue de la Country

gettyimages-908919386.jpgLauréat d’un Excellence Award, Ethan Hawke (photo), acteur, réalisateur et écrivain présentait mercredi soir sur la Piazza son film Blaze, inspiré de la vie de Blaze Foley, légende méconnue du mouvement Outlaw Country texan des années 70-80.

Né Michael David Fuller en 1949 en Arkansas, il grandit au Texas, joue dans un groupe évangélique, The Fuller Family, avec sa mère et ses sœurs avant de se produire à Atlanta, Chicago, Houston et Austin Auteur de chansons douloureusement intimes, il est mort tragiquement, tué par balle 40 ans plus tard.

Le film mêle trois époques avec des versions réinventées du passé, du présent et du futur de Blaze. Tout en évoquant les hauts et les bas vertigineux de l’artiste, sorte d’étoile filante de la musique touchée par la grâce, ses addictions à la drogue et à l’alcool, les différents volets évoquent son histoire d’amour avec Sybil Rosen, sa dernière nuit sur terre, l’impact de ses chansons et de sa mort sur ses fans, ses proches, ses ennemis.

Dans le rôle de Blaze, on découvre le musicien Ben Dickey, acteur débutant, prix spécial d'interprétation à Sundance où l'opus a d'abord été présenté. Bien que prometteur en sortant du schéma traditionnel du biopic, il peine à séduire, son manque de rythme le rendant interminable.

"Nous avons tous une flamme à l'intérieur"

Ethan Hawke, qui a voulu tourner un film sur la musique alors qu’il travaillait son rôle de Chet Baker dans Born To Be Blue n’a pas moins attiré une foule de fans à sa conférence de presse. L’auteur a notamment évoqué sa co-scénariste Sybil Rosen. «C’est une partie de la magie. Je suis tombé sur le livre qu’elle a consacré à Blaze. Elle a décidé de me rejoindre. Comme elle tenait un journal, cela a facilité le scénario, en rendant tout réel, visible».

Il avoue se sentir très proche du film, profondément connecté. « J’ai par ailleurs été inspiré et influencé par beaucoup d’œuvres des années 70. On pourrait voir Ben Dickey chez Altman ». En revanche il n’est pas comme son héros qui ne voulait pas devenir une star mais une légende. «Ce qui m’intéresse c’est de vivre. Je n’avais pas l’intention de mythifier Blaze. Au contraire. Je pense que nous avons tous une flamme à l’intérieur ».

C’est à l’évidence le cas de Hawke, personnage aux multiples facettes du cinéma américain et international. rarement voire jamais là où on l’attend, quatre fois nominé aux Oscars, acteur engagé pour qui tout est politique. "Notre vie à tous l'est. Lorsque nous racontons notre vie dans un film, nous sommes automatiquement politiques'. C'est l'un des comédiens le  plus polyvalent de sa génération, comme l'écrit Carlo Chatrian, directeur artistique de Locarno. Il l'a prouvé avec son goût prononcé pour la diversité en trente ans d’une carrière passée devant et derrière la caméra.

"J'adore les collaborations"

Ethan Hawke débute à 14 ans dans le film Explorers (1985) et se fait connaître du grand public lors du triomphe de Dead Poets Society (Le Cercle des poètes disparus, 1989), de Peter Weir, en se glissant, au côté de Robin Williams, dans la peau de l’étudiant introverti Todd Anderson.

En 1995, il rencontre Richard Linklater, qui le choisit pour jouer Jesse dans Before Sunrise, premier chapitre d’une trilogie pour laquelle il sera aussi scénariste. Les deux hommes ont travaillé ensemble sur huit films. Parmi les réalisateurs avec lesquels Hawke a également souvent collaboré, figurent Andrew Niccol et Antoine Fuqua. "Plus je vieillis, plus j'aime les collaborations", remarque-t-il 

Avant Blaze, il était passé à la réalisation avec Chelsea Walls (2001). Ont suivi l’adaptation de son deuxième roman  The Hottest State (2006) et le documentaire Seymour: An Introduction (2014), programmé dans la section Histoire(s) du cinéma.

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07/08/2018

Festival de Locarno: Oberli, Rabaglia, Imbach, trois Suisses entre Piazza et compétition

maxresdefault.jpgBettina Oberli n’a pas eu de chance sur la Piazza avec Le vent tourne. Vraiment pas du bon côté hélas, des trombes d’eau s’étant abattues après les deux tiers de la projection. Un mauvais tour des éléments pour ce film où, avec son compagnon Alex, écolo radical, Pauline a construit une vie autosuffisante en accord avec la nature, dans une ferme isolée du Jura.

Liés par leur travail, leur amour et leur idéal, ils veulent, pour parachever leur autonomie, produire leur propre électricité. C’est alors que débarque Samuel, ingénieur insouciant, venu équiper la propriété d’une éolienne. Pauline est immédiatement attirée par lui. Sa vie de couple et sa vision du monde vont s’en trouver chamboulées,

Notamment auteure de la comédie à succès Les mamies ne font pas dans la dentelle (2006), Bettina Oberli, qui s’est entourée de la jolie Mélanie Thierry et du séduisant Pierre Deladonchamps, veut traiter à la fois d’émancipation féminine, d’amour, de séparation, d’écologie. Avec en ligne de mire la fragilité de la vie, de la nature, des sentiments et des relations.

Avec ce premier long-métrage en français la réalisatrice se sentait comme devant une page blanche, avec une grande envie d’ouvrir son horizon, de quitter sa zone de confort. Malheureusement, Le vent tourne en reste aux intentions à la fois sur la forme et le fond.

Une troisième Piazza pour Denis Rabaglia

Diego-Abatantuono.jpgEgalement programmé sur la célàbre place, en revanche par beau temps, Denis Rabaglia, seul réalisateur romand à n’avoir jamais tourné de long métrage de fiction dans sa langue maternelle, marquait son retour à Locarno avec Un nemico che ti vuole bene (Un ennemi qui te veut du bien). Une comédie noire ou plutôt grinçante sur fond de thriller, avec un scénario genre Agatha Christie à l’envers, dont les quinze premières minutes renvoient à une histoire vraie.

Par une nuit d’orage, le professeur Enzo Stefanelli (Diego Abatantuono, photo) sauve la vie d’un jeune homme blessé par balle et qui s’avère être lui-même un tueur à gages. Pour remercier cet homme providentiel, le garçon lui promet d’éliminer son ennemi potentiel, en quête duquel il se met, créant par la même occasion le chaos dans la vie de Stefanelli. 

Question 1: le professeur sera-t-il capable d’identifier ce fameux ennemi ? Et question 2 : chacun de nous en a-t-il vraiment un à identifier ? Sans aller jusque là, Denis Rabaglia avoue avoir dû « revisiter » une relation qu’il avait pensé être un ami et qui en réalité n’en était pas un… Nous livrant un bout d'autobiographie dans cette oeuvre construite autour de préoccupations personnelles.

Glaubenberg de Thomas Imbach

glaubenberg-copia.jpgDe son côté, seul Helvète à la chasse au Léopard d’Or, Thomas Imbach signe Glaubenberg, une histoire inspirée à la fois de sa vie et des Métamorphoses d’Ovide, plus précisément le texte sur Byblis, amoureuse désespérée de son jumeau Caunus. Frère et soeur Lena, 16 ans (Zsofia Körös, photo) et Noah, 19 ans (Francis Meier) entretiennent depuis l’enfance une relation fusionnelle. Elle devient ambiguë à l’adolescence, Lena éprouvant pour Noah un désir ardent qui vire à l’obsession.

Agressive, jalouse, elle commence à vivre dans un monde imaginaire, se perdant dans des rêves érotiques. Elle finit par avouer son amour à Noah qui, choqué, la repousse et décide de partir sur un chantier archéologique en Turquie. Lena, n’arrivant pas à convaincre Noah de l'intensité de ses sentiments, part sur ses traces et sombre dans la folie, comme Byblis délaissée par Caunus effrayé, qui était partie le rechercher jusqu’en Asie mineure.

L’inceste est un thème tabou, difficile à traiter. Mais l’absence de tension couplée à des scènes improbables, surréalistes, ou sonnant particulièrement faux, font qu’on a beaucoup de mal à croire à cetimpossible amour interdit et à l’inconditionnalité avec laquelle Lena vit sa passion.

On reviendra plus en détails sur ces trois films et avec des interviews de Bettina Oberli et Denis Rabaglia lors de leur sortie en Suisse romande.

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05/08/2018

Festival de Locarno: d'un cinglant Spike Lee à une compétition poussive. Avec une exception québécoise

2239164.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgAprès avoir séduit le jury de Cannes qui lui a décerné son Grand Prix en mai dernier, Spike Lee a fait le bonheur de la Piazza à Locarno avec BlacKkKlansman, une charge cinglante contre le racisme, l'extrême droite et le président Trump. D’un humour férocement militant, jubilatoire, le film est basé sur la folle et véridique histoire de Ron Stallworth.

Premier policier afro-américain de Colorado Springs, Stallworth (John David Washington, le fils de Denzel) , avait infiltré le Ku Klux Klan avec un collègue juif Flip Zimmermann (Adam Driver) au début des années 70. Excellents, les deux compères (photo) enchantent dans cet opus entre polar, comédie et politique. On y reviendra lors de sa sortie sur les écrans romands le 22 août.

On ne boude pas non plus son plaisir devant les perles de la rétrospective McCarey, qu'il s'agisse d'irrésistibles courts ou longs métrages. Ce n'est pas le cas côté compétition... A mi-parcours, on peine en effet à s’enthousiasmer, récurrence locarnaise, pour les œuvres proposées en provenance jusqu’ici de Taïwan, du Brésil, des Etats-Unis, d’Italie ou de Roumanie.

1561826-genese-nouveau-long-metrage-philippe.jpgEn revanche, on a carrément aimé Genèse, du Québécois Philippe Lesage. Trois ans après Les démons évoquant les peurs d’un gamin de 10 ans imaginant sans cesse les pires catastrophes liées à la sexualité, le cinéaste s’intéresse aux premières passions adolescentes.

Dans un collège de garçons, Guillaume (photo) tombe amoureux de son meilleur ami, tandis que sa soeur Charlotte, terriblement déçue, se voit proposer une relation plus libre par son copain. Enfin le film nous emmène dans un camp de vacances pour un flirt entre Félix et Béatrice.

Philippe Lesage avoue avoir mis une partie de lui dans tous ses personnages avec l’idée de retourner dans un monde séparé de celui des adultes, dans une période où tout bouge, tout bouillonne avec la promesse de quelque chose, dans un moment où on aime sans peur et sans défense. Même lorsqu’on est parfois entouré de mauvaises personnes.

Un mot encore sur Sibel, film franco-germano-turc signé Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, notamment centré sur l'exclusion. Il suit une femme de 25 ans vivant avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Muette, s’exprimant dans l’ancestral langage sifflé de la région, elle est rejetée par les autres habitants en raison de son handicap.

Mais en même temps, il lui a permis d'être élevée plus librement et de vivre de manière plus indépendante que les autres femmes sous domination mâle. Elle achèvera en quelque sorte de s’affranchir en traquant un loup, objet de craintes et de fantasmes. On ajoutera que la beauté de l’interprète principale Damia Sönmez sert plutôt bien l’opus.

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Festival de Locarno: "Coincoin et les Z'inhumains", la mini-série déjantée et burlesque de Bruno Dumont:

lil-quiquin-coincoin-and-the-extra-humans-1200x520.jpgSuite au triomphe inattendu il y a quatre ans de P’tit Quinquin, mini- série extravagante et burlesque mettant en scène deux gendarmes improbables enquêtant sur d’étranges crimes aux abords d’un village en proie au mal, ainsi qu’une bande de jeunes canailles emmenés par Quinquin, Bruno Dumont a tourné une deuxième saison. Intitulée Coincoin et les Z’inhumains, elle a été projetée en première mondiale à Locarno. Par la même occasion, son auteur s’est vu décerner un Léopard d’honneur sur la Piazza Grande.

Pour cette deuxième mouture, il reprend les mêmes personnages nordistes au redoutable accent ch'ti- On ne change pas une équipe qui gagne. Quinquin (Alane Delhaye) a grandi et se fait désormais appeler Coincoin. Il découvre un jour une glu immonde et nauséabonde, sorte de merde extraterrestre, qui tombe sur les habitants, les pénètre et les dédouble…

Au centre des quatre nouveaux épisodes de 52 minutes, déambulent l’hirsute, survolté, boitillant commandant Roger Van der Weyden (Bernard Pruvost) qu’on découvre aussi raciste qu’homophobe et son impayable fidèle lieutenant Rudy Carpentier (Philippe Jore, photo), fondu de cascades automobiles. Ils sont revenus mener leur enquête sur la Côte d’Opale, pendant le carnaval, et se trouvent plongés en pleine apocalypse.

De son côté Coincoin, largué par sa voisine agricultrice, drague une jolie campeuse. Quand il ne colle pas des affiches pour l’extrême-droite ou roule sans permis à tombeau ouvert au nez et à la barbe des deux pandores. Parallèlement, ils croisent des migrants qui ont installé un camp dans la région.... Tout cela donne une saison 2 encore plus loufoque, décalée, grinçante, absurde, délirante, braque, cintrée que la une.

"L'art est un travail de purge"

"J’ai eu beaucoup de plaisir à tourner P’tit Quinquin", explique Bruno Dumont, ancien professeur de philosophie et réalisateur des remarquables Flandres, L’Humanité ou Ma Loute. "A la fin, j’ai demandé aux acteurs s’ils étaient partants pour une deuxième saison. Ils m’ont tous dit oui. Mais j’ai attendu quatre ans pour écrire la suite".

Ce qui plaisait au cinéaste, c’était l’idée de retrouver un Coincoin ado. Sans oublier tous les autres. "Au départ j’avais travaillé avec des chômeurs. Certains étaient intéressés d’autres pas. Par exemple, le commandant Van der Weyden était un second choix, alors qu’il s’est littéralement mué en génie burlesque. Tous amateurs, ils sont devenus pros, improvisent, jouent avec la caméra".

L’idée incroyable, abracadabrante, de cette mystification cosmique sous forme de bouse extraterrestre est venue de l’envie de Bruno Dumont de quitter la terre. "Cela a immédiatement propulsé l’histoire ailleurs, tout comme l’écriture, Il fallait aller plus loin, être encore plus baroque, saugrenu, dément. Le côté fou permet d’explorer des zones interdites, des inconvenances".

"Aujourd’hui il y a des choses qu’on n’ose plus dire", remarque le réalisateur. « Le cinéma l’autorise. Il n’est pas seulement là pour nous divertir. Il doit poser des questions graves, existentielles, philosophiques en riant. Il y a une nécessité cathartique d’affronter le mal, de le traiter par le mal. La proximité du comique et du tragique, c’est tout simplement la nature humaine. L’art est un travail de purge, Il faut nous libérer de notre méchanceté, s’occuper de la bête qui sommeille en nous".

Bruno Dumont aime les séries, plus particulièrement Game Of Thrones. "Elles ont réussi à aller là où le cinéma ne va pas. Avec des héros parfois épouvantables» Alors qu’il prépare un film sur le journalisme, il n’exclut pas de tourner une troisième saison. "Mais pas tout de suite. Peut-être dans cinq ans… "

*Coincoin et les Z'inhumains" à découvrir à Genève aux Cinémas du Grütli du 15 au 28 août. 

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04/08/2018

Festival de Locarno: Nicolas Philibert explore le monde infirmier en suivant des stagiaires

a0c37f657b45417b43f4a1299ea68de8b24d80dc.jpgMettre l’homme au centre de la 71 e édition. Mission accomplie en ce qui concerne le choix du nouveau documentaire du Français Nicolas Philibert, De chaque instant, présenté hors compétition. L’auteur du célèbre Etre et avoir (2002), tourné dans une école à classe unique en milieu rural, était de retour à Locarno 22 ans après La moindre des choses.

Le réalisateur a décidé de suivre, sur trois ans, les élèves d’un institut de formation en soins infirmiers. Filles (une grande majorité) et garçons vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours difficile et intense qui leur permettra d’acquérir un grand nombre de connaissances, de maîtriser les gestes cruciaux, tout en se préparant à endosser de lourdes responsabilités.

Souvent très jeunes, ils sont confrontés tôt à la fragilité humaine, aux fêlures des corps et des âmes, à la souffrance, à la maladie, à la mort. C’est ce que retrace l’opus divisé en trois parties. Chacune d’entre elles a une tonalité différente, la troisième rassemblant les témoignages des stagiaires qui expriment leur ressenti aux formateurs. Un film instructif, émouvant, non dénué d'un certain humour, qui vous laisse découvrir, en même temps que les protagonistes, le stress, les tensions, la réalité économique, la multiplication des tâches, l’obligation du rendement. 

Nicolas Philibert pensait traiter ce sujet depuis quelque temps. «Et puis j’ai fait une embolie en 2016, qui m’a expédié aux urgences et aux soins intensifs. Ce fut le déclic et ma volonté de rendre hommage à ce métier discrédité, déconsidéré, méprisé, mal payé, à des jeunes ou moins jeunes engagés, mobilisés. Un besoin de dire qu’il y a un savoir infirmier comme il y a un savoir médical. Et que ce n’est pas le même».

-Là encore, vous avez choisi de vous focaliser sur l’apprentissage.

-Effectivement. Les personnes en situation d’apprendre font un chemin vers l’inconnu. Du point de vue dramaturgique, cela donne des situations plus riches. Voir les élèves tâtonner, se tromper, recommencer provoque de l’émotion. Cela exige du courage de franchir les étapes, les obstacles, de se remotiver pour réussir. Avec ceux qui savent, on ne perçoit pas tout ce que les gestes exigent de pratique pour arriver à la précision, à la fluidité. Cela permet aussi de filmer le désir. Celui de s’élever, d’acquérir un savoir, de passer son diplôme.

-Vous prônez le collectif, le brassage.

-Le collectif est en effet très commun à mes films. J’aime le « nous ». Au début du projet, certains espéraient que je me cantonne à trois ou quatre étudiants. Mais comment aurais-je pu opérer une sélection, alors qu’ils étaient 270? C’était beaucoup trop restrictif et je n’ai pas voulu. Par ailleurs, la mixité était primordiale. J’avais envie de montrer une France contemporaine, métissée, hétérogène. Qu’il s’agisse de couleur de peau, de milieu social et d’âge. Je me sens aussi très concerné par le rapport aux autres. Ce qui nous conduit à penser, c’est l’altérité. L’identique nous empêche d’avancer.

-Avez-vous eu des difficultés à persuader les patients d’être filmés?

-Au contraire. Je leur ai expliqué le pourquoi de la chose et presque tous ont accepté. Je n’ai pas cherché à leur faire oublier la caméra. Mon but était d’être accepté. Du coup, ils sont complices. Ils jouent avec moi. Mais sans faire un numéro.

-Votre perception du métier, votre regard sur lui a-t-il changé ?

Un peu. Je ne pensais pas que cette profession exigeait autant de connaissances techniques, de responsabilités, sans oublier l'importance de la relation entre soignant et patient. Et pourtant cette dimension est malmenée, les hôpitaux devenant des usines à soins.

-Les élèves et les formateurs se sont-ils vus à l’écran? Comment ont-ils réagi?

Ils se sont reconnus, retrouvés à la fois dans leur parole et celle des autres. C’est un peu devenu leur film, derrière lequel le monde infirmier est en train de se mobiliser.

 

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01/08/2018

Grand écran: dans "Fallout", impossible n'est pas Tom Cruise, veut prouver la star...

film-review-mission-impossible-fallout_cd0b1524-9181-11e8-a4ad-b76a55df4e8b.jpgImpossible n’est décidément pas Tom Cruise, à en juger par le sixième opus de la saga à nouveau signé Christopher McQuarrie. Du haut de ses 56 ans, l’increvable star veut en tout cas le prouver dans Mission impossible:Fallout, suite directe du précédent Rogue Nation Après le terrible échec d’une opération, Ethan Hunt et son équipe, faisant face aux conséquences de leurs actes, sont lancés dans une course effrénée contre la montre…et la mort.

Nous voici alors partis pour un thriller d’aventure et d’action spectaculaire, fonctionnant à coup de folles courses en voiture ou à moto, moments de bravoure déments, prouesses acrobatiques dans les rues de Paris, combat dingue dans les toilettes du Grand Palais, poursuite effrénée en hélicoptère dans les montagnes du Cachemire, sans oublier un incroyable saut en apesanteur.

Surenchère, démesure, invraisemblances assumées... Niveau adrénaline difficile de faire mieux, du moins visuellement, pour séduire le spectateur friand du genre. Dans un film porté de surcroît par un Tom Cruise investi corps et âme, flanqué de Rebecca Ferguson, pendant féminin crédible et d’un charismatique Henry Cavill.

En revanche, côté scénario c’est nettement moins bien. Comme en réalité le film vaut surtout pour sa dernière demi-heure vertigineuse et haletante, il faut patienter deux heures en se perdant, entre deux cascades délirantes, dans une intrigue inutilement tarabiscotée et compliquée, sur fond de conspirations, trahisons, secrets gouvernementaux, le tout saupoudré d’amour et d’amitié et d’un zeste de morale.

A l’affiche dès mercredi 1er août.

13:15 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |