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Le blog d'Edmée - Page 2

  • Grand écran: "Demain est à nous", l'édifiant combat de jeunes héros pour améliorer leur avenir

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    3H2NY47S4QJ63QI5F34XKWI5J4.jpgIls sont jeunes, très jeunes, comme José Alfonso, 7 ans, baptisé "le petit génie écologique" du Pérou et récompensé en Suède du prix  Children For Climate. Mais il n’est pas le seul. Il y a aussi Aïssatou, Heena, Arthur, Peter, Kevin et Jocelyn... Ils viennent de Bolivie, de Guinée, d’Inde, des Etats-Unis, de France et s’engagent sur tous les fronts.

    Jamais ils ne se sont dit qu’ils étaient trop petits pour agir. Au contraire, victimes ou témoins d’injustice, de violence, ils ont décidé de se battre contre, les inégalités, la pauvreté, la violence, l’exploitation d’êtres humains, les mariages forcés, la destruction de la planète. 

    Dans son documentaire Demain est à nous Gilles de Maistre, notamment auteur de Mia et le lion blanc, évoque les solutions que proposent ces gamins, animés d'une force de caractère ed'un courage peu communs pour améliorer leur avenir.

    Comme quoi il n’y a pas que Greta Thunberg au monde. Oubliant de crier aux dirigeants de la planète qu’on leur a volé leur enfance, ces héros miniatures pleins d’imagination et d’énergie, proposent de belles initiatives, originales, utiles, certaines plus ou moins convaincantes, voire parfois utopiques, mais toutes résolument destinées à redonner de l’espoir.

    Parti à la rencontre de ces héros miniatures particulièrement entreprenants, le réalisateur en brosse des portraits touchants. On peut regretter que la forme ne soit pas toujours à la hauteur du fond. Sa démarche pédagogique n’en est pas moins aussi positive que louable.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 novembre.

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  • Grand écran: "Les éblouis" montre l'embrigadement et les dérives sectaires. Intelligent, émouvant, pudique

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    les-éblouis-7-620x407.jpgCamille Lourmel, 12 ans (Céleste Brunnquell), passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille de quatre enfants. Un jour ses parents (Camille Cottin et Eric Caravaca), traversant une période difficile,  lui annoncent qu’ils vont intégrer une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité, menée par un prêtre surnommé "le berger" par ses membres.

    Ils s’y s’investissent au point que leur vie change radicalement.  A contrecœur, Camille est contrainte de se sacrifier, en acceptant un nouveau mode de vie remettant en cause ses projets, ses aspirations, ses envies.

    Privée de ses cours de cirque, cette activité étant incompatible avec la relation que ses fidèles doivent avoir avec le Christ selon le "berger", elle ne tarde pas à découvrir que la communauté en question est en réalité une secte.  

    La question du libre arbitre

    Dans un conflit de loyauté envers ses parents, l’adolescente va devoir lutter pour se retourner contre eux, affirmer sa liberté, protéger ses frères et sœur de leurs mauvais choix et les sauver seule d’une dérive à connotation sexuelle. La question du libre arbitre est ainsi au cœur du film.

    Coécrit avec le réalisateur Nicolas Silhol, Les éblouis, premier long métrage de Sarah Suco, est un film de combat intelligent, critique, émouvant, pudique. La cinéaste analyse parfaitement, à travers le regard d’une ado  forcée d'agir, les rouages des sectes, leurs techniques d’embrigadement, d’enfermement d'êtres souvent fragiles.

    B9721639057Z.1_20191119125712_000+GDMEU7HN5.1-0.jpgOn voit les Lourmel, parents vulnérables, manipulés, mettre en danger leurs enfants, prêts à suivre aveuglément ce "berger" avide de pouvoir et d'argent, brillamment interprété par un Jean-Pierre Darroussin colérique et faussement bienveillant.

    Les autres comédiens participent aussi largement à la réussite du film. A commencer par la jeune Céleste Brunnquell, saisissante dans le rôle de Camille. Eric Caravaca très convaincant en père aimant mais trop ébloui pour voir ce qui se passe, tout comme Camille Cottin, à contre-emploi en mère fragile et instable.

    Les éblouis, c’est l’histoire de Sarah Suco, actrice de théâtre et de cinéma née à Montpellier en 1981. Elle a vécu avec sa famille dans une communauté charismatique pendant dix ans et rappelle qu’il y a quelque 80.000 enfants victimes chaque année de dérives sectaires en France. Raconter cette expérience était devenu un besoin, comme elle nous le dit lors d’une interview.

    "Je voulais que le spectateur réalise ce que cela signifie que de tomber dans une secte. Mais en prenant de la distance, en transcendant le sujet. J’ai choisi de l’enrober dans du romanesque, en évitant le côté sensationnaliste, en montrant aussi que malgré les dérapages, tout n’est pas entièrement négatif. J’en ai même quelques bons souvenirs."

    Vous décrivez en effet une emprise qui se manifeste petit à petit, par étapes. Il y a une sorte de glissement.

    Oui. C’est d’ailleurs ce qui fait la complexité de la chose. On ne se rend pas compte de la dérive. Les sectes fonctionnent toutes de la même manière. Les règles deviennent de plus en plus strictes. Au début par exemple, les Lourmel sont déroutés par les rituels, mais ils s’y plient rapidement sans broncher. Sans voir la folie.

    La folie et le ridicule. On pense à ces scènes d’exorcisme, et surtout celles où les fidèles bêlent comme des agneaux pour appeler le berger. On a de la peine à y croire.

    Et pourtant c’est en-dessous de la réalité. A l’image de tout ce que je montre dans le film. Nous n’avions pas de radio, de télévision ou de portable. Je pourrais vous donner une foule d’autres exemples dont j’ai décidé de ne pas parler et qui n’empêchent pas les personnes de rester dans la communauté. On pourrait croire qu’ils sont stupides, ignorants. Ce n’est de loin pas le cas. La plupart sont cultivés, à l’image de mes parents, des gens brillants. Mais ils ont des fêlures et les responsables savent justement répondre à leurs manques, valoriser leurs compétences.

    Comment avez-vous choisi la jeune Céleste Brunnquell pour incarner votre héroïne?

    J’ai eu une immense chance de la trouver. J’ai auditionné quelques perles, mais elle était spéciale. Elle devait grandir de 12 à 15 ans et elle s'est révélée toujours juste. Elle a la grâce, l’intelligence, la force, l’écoute. Elle est à la fois enfantine et déjà femme, belle, étrange, mystérieuse et intuitive.

    Et en ce qui concerne ses parents et le "berger"?

    Pour le "berger", j’ai tout de suite pensé à Jean-Pierre Darroussin en écrivant. Il me fallait quelqu’un de charismatique et a priori sympathique. Eric Caravaca m’a tout simplement bouleversée et je l’imaginais bien en père gentil et affectueux, dont on espère qu’il va finir par ouvrir les yeux. Quant à Camille Cottin, on ne l’avait jamais vue dans ce genre de rôle, mais j’ai trouvé qu’elle était à la fois joyeuse, douce et délicate. Pourtant, quand elle a lu le scénario, elle disait qu'elle ne pourrait pas jouer cette femme car elle ne la comprenait pas. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 novembre.

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  • Grand écran: "Les Misérables", un brûlot social sur la banlieue qui vous scotche au fauteuil

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    2340883.jpgAvec Les Misérables, son premier long métrage coup de poing, véritable brûlot social, Ladj Ly qui avait logiquement décroché le prix du jury à Cannes en mai dernier, vous scotche au fauteuil. Il livre un film choc, impressionnant sur la forme et le fond évoquant les tensions dans les cités avec une population en colère. Un tour de force pour ce débutant, qui a déjà gagné ses galons de réalisateur confirmé.

    Né à Montfermeil, il avait créé à 17 ans le collectif Kourtrajmé avec notamment le soutien de Costa Gavras. Il a trouvé sa vocation en voyant La Haine de Mathieu Kassovitz. Les Misérables nous fait évidemment penser à ce film qui, en 1995, raflait le prix du jury, révélant par ailleurs un auteur, Mathieu Kassovitz et un acteur, Vincent Cassel.

    On souhaite le même bonheur à Ladj Ly, qui assume la comparaison. Mais si Kassovitz filmait les affrontements entre les jeunes de la banlieue parisienne et les policiers du point de vue des habitants, lui inverse les choses et montre la confrontation à travers le regard des policiers.

    Stéphane (Damien Bonnard), arrivé de Cherbourg, intègre la BAC (Brigade anti-criminalité) de Montfermeil, dans le 93e arrondissement parisien, au lendemain de la victoire des Bleus au Mondial, fédératrice d’une France réunie autour du drapeau et de la Marseillaise. Un état de grâce qui ne va pas durer

    Les tensions entre les différents groupes

    Pour Chris, flic assez naïf, c’est son premier jour et il fait connaissance de ses nouveaux coéquipiers expérimentés, Chris teigneux chef de brigade (Alexis Manenti) et Gwada (Djibril Didier Zonga). Pour le mettre tout de suite dans le bain, ils lui font faire le tour du propriétaire, se vantant de se faire respecter par la force et la peur. Disons-le tout de suite, ils sont excellents, même si le comportement macho-facho de Chris frise parfois la caricature.

    L’histoire se déroule sur une journée. Stéphane ne tarde pas à découvrir les tensions entre les différents groupes. Cela commence très mal entre les habitants et les Tziganes d’un cirque auxquels une petite frappe a volé un lionceau. Rapidement localisé, le gamin est gravement blessé lors d’un tir de LGB. C’est la bavure que Chris veut absolument étouffer, mais elle a été filmée par un drone… Au fil d’actions saisissantes, les choses vont alors crescendo dans un ghetto déjà au bord de l’explosion.

    19300535.jpgUne approche documentaire

    Ladj Ly développe un court métrage réalisé en 2017. Il garde une approche documentaire dans sa description très réaliste de l’univers corrompu de la cité, tout en évitant les clichés et le manichéisme, veillant aussi à ne pas tomber dans le misérabilisme Il ne montre pas de gentils jeunes contre de méchants flics ou l’inverse. Les deux sont des deux côtés

    Comme on le mentionnait plus haut, le cinéaste connaît bien Montfermeil. Il a grandi dans la cité des Bosquets et a réalisé plusieurs documentaires dont «365 jours à Clichy-Montfermeil» qui témoignait de la vie dans le département de la Seine-Saint-Denis confronté aux émeutes de 2005, dont les braises n’ont pas été éteintes quatorze ans après.

    «On se sent toujours abandonné, écarté»

    «Les choses n’ont pas vraiment évolué. J’habite la banlieue depuis trente-huit ans. On se sent toujours abandonné, écarté. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on essaye de nous mettre dans des cases. Cela fait plus de vingt ans qu’on est des gilets jaunes, qu’on se prend des coups de flashball et on a l’air de découvrir les violences policières» Il précise: «J’ai emprunté le titre à Victor Hugo, parce qu’une partie du roman se déroule à Montfermeil, mais aussi pour rappeler qu’un siècle plus tard, la violence est toujours présente sur le territoire.»

    «Les habitants sont en souffrance. Ils se cherchent sans cesse, avec de grandes gueules toujours avides d’en découdre, des flics qui font chier le monde quand ils veulent un peu d’action, des gamins sans perspective qui se révoltent contre toute forme d’autorité, le maire, les flics. Parce qu’ils en ont ras-le bol.»

    En conférence de presse sur la Croisette, Ladj Ly déclarait: «J’aimerais que le président voie le film. Je lui demande de nous entendre, de nous écouter. C’est un vrai message que je lui adresse. Je suis prêt à lui faire une projection à l’Elysée». Finalement, Emmanuel Macron l’a regardé en DVD. Il s’est dit «bouleversé». Mais on parle de récupération politique.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 novembre.

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  • Grand écran: Polanski livre un film puissant avec "J'accuse". Mais la polémique continue...

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    Capture d’écran 2019-10-09 à 19.16.20.pngLe ciel est menaçant au-dessus de cette cour de l’Ecole militaire où un soldat se voit retirer ses insignes d’officier. Dégradé, humilié, il ne baisse pas la tête… Cette scène fascinante ouvre J’accuse, qui tient à la fois du thriller, du film de procès et d’espionnage avec faux coupable et contre-enquête,

    Adapté du roman D de l’écrivain britannique Robert Harris, le long métrage raconte l'une des plus grandes erreurs judiciaires de la fin du 19e siècle, avec la condamnation pour trahison du capitaine Alfred Dreyfus. Un énorme scandale mêlant déni de justice et antisémitisme qui a provoqué un séisme planétaire pendant les douze ans (1894-1906) qu’elle dura.

    Démasquer les vrais coupables

    J'accuse n’est pas pour autant un biopic sur Dreyfus (Interprété par Louis Garrel). Polanski a choisi de raconter l'affaire du point de vue du colonel Marie-Georges Picquart (Jean Dujardin). Nommé en 1895 à la tête du contre-espionnage, il découvre que les preuves contre le capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées. Antisémite, comme beaucoup à l’époque, il n’aura pourtant de cesse de démasquer les vrais coupables.

    Picquart prévient en vain sa hiérarchie. Et c’est pour défendre Dreyfus que Zola, le 13 janvier 1898, publie dans  L’Aurore la lettre ouverte: "J’accuse… ". L’écrivain y dénonce les responsables, officiers, généraux, ministres..

    D’une actualité brûlante

    Le casting est brillant, à commencer par un saisissant Jean Dujardin moustachu, sobre et dépourvu d’empathie, qu’on n’attendait pas dans un tel rôle, un Louis Garrel apparemment tout aussi exempt d’émotion, une Emmanuelle Seigner charmeuse en maîtresse très moderne de Picquart, dans la seule partition féminine importante. On citera aussi Grégory Gadebois, Melvil Poupaud, Denis Podalydès, Vincent Pérez.

    Cette œuvre d’une actualité brûlante, très personnelle voire ambiguë, où Polanski apparaît lui-même en costume d’académicien dans un salon antidreyfusard via un caméo hitchcockien, impressionne par la manière dépassionnée, implacable, froide, dont l'auteur s’attaque à l’affaire.

    Par ailleurs, cet opus à la dramaturgie puissante, à la narration riche, magistralement mis en scène, nous laisse éprouver physiquement les choses, la moisissure et l’humidité de certains lieux, l’inconfort de bureaux sombres et poussiéreux, des couloirs qui sentent mauvais…

    20b19c38bcf0783c684c35d0922f7b74704ffcc4.jpgNouvelle accusation de viol

    Incontestablement, le cinéaste livre un grand film. Mais peut-on séparer l’homme de l’artiste ? Eternelle et difficile question. Lion d’argent à Venise, il avait déjà provoqué des remous.  Le cinéaste avait notamment établi un parallèle entre lui et le capitaine Dreyfus, dans un entretien figurant dans le dossier de presse en anglais du film. Cela n'a pas dû aider.

    Et J’accuse continue à provoquer la polémique, le réalisateur ayant été rattrapé par une nouvelle accusation de viol, à cinq jours de la sortie, de la part de Valentine Monnier, une photographe française de 62 ans.

    "En1975, j’ai été violée par Roman Polanski", a-t-elle déclaré au Parisien. Elle avait alors 18 ans. Les faits aujourd’hui prescrits se seraient déroulés dans le chalet du réalisateur à Gstaad. Ils n’ont jamais fait l’objet d’une plainte. Le cinéaste  les conteste et dit réfléchir à une riposte.

    Une promotion en partie annulée

    La promotion du film a été du coup en partie annulée en France. Jean Dujardin s’est décommandé pour le 20 heures de TF1. Emmanuelle Seigner, la femme de Polanski, n'est pas allée à l'émission Boomerang prévue  sur France Inter, tandis que Pop pop pop avec Louis Garrel, n’a pas été diffusée. France 5 a également zappé le C à vous, enregistré avec le même comédien.

    Mardi, plusieurs avant-premières devaient se tenir à Paris. Une quarantaine de militantes féministes, scandant "Polanski violeur, cinémas coupables", ont bloqué l'entrée du Champo, dans le Quartier latin. Mais la principale projection, organisée au cinéma UGC Normandie sur les Champs-Elysées, en présence d’acteurs et de journalistes, s’est déroulée sans heurts. Reste maintenant à savoir si le public suivra.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 novembre.

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  • Grand écran: "The Irishman", passionnante fresque mafieuse de Scorsese. Avec le trio De Niro, Pacino, Pesci

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    sciorsese.jpegAprès vingt-cinq ans, Robert de Niro opère un retour remarqué devant la caméra de Martin Scorsese, qui pour son vingt-cinquième long-métrage annoncé et attendu depuis dix ans, revient au film de mafieux. Le genre a fait sa légende, de Mean Streets à Gangs Of New York, en passant par Casino et Les infiltrés.

    Finalement produit par Netflix à hauteur de 175 millions de dollars, suite à d‘interminables difficultés financières, The Irishman est visible en exclusivité au Cinérama Empire de Genève, à raison de deux séances par jour, avant sa diffusion sur la célèbre plateforme de streaming le 27 novembre.

    Basé sur le livre de Charles Brandt I Heard You Paint Houses (titre en référence au meurtre de quelqu’un), le film se penche sur Franck Sheeran (Robert de Niro). Démobilisé en 1945, la vie de ce chauffeur de camion d’origine irlandaise change après une rencontre fortuite avec Russel Bufalino (Joe Pesci), un parrain de Pennsylvanie.

    Ce dernier l’introduit auprès de Jimmy Hoffa (Al Pacino, nouveau venu dans la famille Scorsese), pratiquement considéré à l’époque comme le deuxième homme le plus puissant du pays après le président. On le prétendait par ailleurs aussi populaire qu’Elvis Presley et les Beatles. Dirigeant corrompu des Teamsters, le syndicat des routiers, il avait mystérieusement disparu en 1975. Alors que Sheeran aurait avoué l’avoir tué avant sa mort en 2003, Scorsese règle la question.

    Petite histoire de la mafia et grande histoire de l'Amérique

    Cette fresque en forme de requiem étiquetée chef-d'oeuvre, ouvre sur le vieux Franck assis dans un fauteuil roulant. De son EMS, il évoque son ascension dans la pègre, faisant défiler une période de son existence s’étalant sur une trentaine d’années. Elle mêle la petite histoire de la mafia avec ses gangsters, ses vengeances sanglantes, ses meurtres au coin des rues, l’univers de Little Italy, à la grande histoire de l’Amérique, notamment celle de la famille Kennedy et de JFK, son illustre représentant, La baie des cochons et l’affaire du Watergate.

    Ce récit en flashback nous emmène parallèlement dans un road trip avec les couples Sheeran et Bufalino, qui se rendent au mariage de la fille de ce dernier. Le voyage est prétexte à quelques séquences comiques, un humour qui se retrouve dans une autre balade en voiture, dont l’abracadabrantesque, irrésistible et déjà culte scène du poisson...

    Entre action et méditation, mélancolie contemplative, souvenirs, regrets, exploration de thèmes inattendus en l’occurrence, universels, dépassant le milieu du crime organisé, le réalisateur livre un opus minutieusement structuré, méticuleux dans les détails, fluide dans son scénario et sa narration. Du scorsésien pur sucre où on retrouve le ton caustique de l’auteur, les incessants bavardages, le côté kitsch parfaitement assumé.

    Un rajeunissement numérique relativement réussi

    image.jpgCette fresque séduit et émeut aussi évidemment par son casting cinq étoiles. On salue la volonté de Scorsese de redonner un (ultime?) grand rôle à des acteurs dont certaines dernières apparitions à l’écran peinaient à convaincre. Ils nous touchent avec leurs gueules de truands, la retenue de De Niro le disputant aux explosions de Pacino (photo) et à la malignité de Joe Pesci. Sans oublier Harvey Keitel.

    Mais s’ils se révèlent au top, on a quelques réserves à propos de leur rajeunissement numérique. Un procédé très coûteux choisi par Martin Scorsese pour permettre à ses héros d’être crédibles en traversant les décennies. Le résultat est relativement réussi, à cause du décalage entre les visages déridés et les corps fatigués qui révèlent leur âge dans leur comportement et leur démarche.

    Dans la course aux Oscars

    Mais on finit par s’y habituer, et de toutes façons l’essentiel est qu’on ne s’ennuie pas une seconde pendant les 3 heures 28 d’un film où les intrigues s’enchaînent et se croisent tambour battant. Ce rythme d’enfer précipite tout droit The Irishman dans la course aux Oscars. Il fait déjà figure de favori dans les catégories de Meilleur film et Meilleur réalisateur. Pour autant que l’industrie hollywoodienne accepte de le récompenser! 

    De son côté De Niro pourrait rafler la statuette de l’acteur (attention tout de même à Joaquin Phoenix impérial dans Joker), tandis que Pacino et Pesci seraient en concurrence pour celle du second rôle. Au cas où, il s’agirait d’un nouveau triomphe pour Netflix, qui a déjà vu Roma d’Alfonso Cuaron remporter le Lion d’Or à la Mostra de Venise en 2018. Un nouveau pied de nez qui fait encore davantage frémir la profession.

    The Irishman, à l’affiche au Cinérama Empire dès mercredi 13 novembre et bientôt au Bellevaux à Lausanne. A noter que l’exploitant de la salle genevoise, Didier Zuchuat, montrera dans la foulée deux autres productions Netflix, "Marriage Story" de Noah Baumbach et "The Two Popes" de Fernando Meirelles.

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  • Grand écran: "Au nom de la terre" tire la sonnette d'alarme et fait un carton en France. Avec Guillaume Canet

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    maxresdefault.jpgAu début des années 80, Pierre Jarjeau, tout juste débarqué des Etats-Unis, hérite de la ferme familiale. Croulant bientôt sous le travail, endetté jusqu’au cou après s’être mis à l’élevage intensif de poulets, Pierre, à bout, tombe dans la dépression et finit par se suicider.

    Avec Au nom de la terre, son premier long métrage, le réalisateur Edouard Bergeon, 37 ans, rend compte de  sa vie, en racontant avec réalisme, émotion, sensibilité, mais sans pathos, l’histoire de Christian, son propre père, mort à 45 ans en ingérant des pesticides. Comme dans le film.

    La fin tragique de cet agriculteur, épuisé moralement et physiquement, dit toute la difficulté, les problèmes, les transformations, les contraintes et surtout la souffrance, la détresse d’un monde en grand danger. Celui des paysans français vulnérables, sous pression, broyés par le système. En 2019, chaque jour, l’un d’eux se suicide.

    Pour incarner ce père décédé il y a vingt ans, l'auteur a choisi Guillaume Canet, qui s’est jeté avec passion dans cette rude aventure aux accents loachiens et au petit parfum de western. Autour de lui, s'est construite une famille crédible, composée de l’actrice belge Veerle Baetens, du jeune Anthony Bajon et de Rufus dans les rôles respectifs de la femme de Pierre Jarjeau, (qui travaille à l’extérieur et s’occupe de la comptabilité de la ferme), de son fils et de son père. 

    5390602.jpg"Je fais bouger les lignes"

    Récemment rencontré à Genève, Edouard Bergeon (photo), journaliste dont la terre colle à ses baskets de Parisien, auteur de sujets de société à la TV, notamment sur le monde agricole, nous en dit plus sur la genèse de l’œuvre qui fait un carton en France.

    "En 2011, j’avais tourné un documentaire Les fils de la terre, où je racontais le terrible combat d’un éleveur, très proche de celui de mon père. Le producteur Christophe Rossignon le voit. Fils et frère de paysan lui-même, il est bouleversé et m’appelle. On se rencontre et il me propose une adaptation. J’ai sauté sur l’occasion et ensemble, on a décidé d’en faire un long métrage de fiction".

    C’est alors que rentre dans l’affaire Guillaume Canet, également très touché par le documentaire. "Lui aussi veut l’adapter mais le mien était déjà en préparation, Très déçu il demande alors qui va jouer. Il se voit très bien le faire. Il me parle de sa jeunesse, il aime les chevaux, faire les foins. Le scénario lui plaît. Il me pousse à aller plus loin dans l’autobiographie. Du coup, je me nourris de tout ce que je connais. Pour moi, c’est plus qu’un film. Je fais bouger les lignes. Il devient un outil, un phénomène".

    Pensez-vous qu’il y aura une prise de conscience?

    Je l’attends. J’ai tout donné en le faisant. J’ai participé à des dizaines de présentations-débats. Je l’ai montré à l’Assemblée nationale, à Emmanuel Macron et à sa femme. Je pense qu’il a été touché. Il a pris quelques engagements. Mais après, il faudra un débat, du soutien.

    En tout cas, le public adhère à fond. Côté entrées, c’est un triomphe.

    J’ai reçu une foule de messages qui me disent, c’est nous, c’est notre vie. Si le film plaît tellement, c’est parce que je ne suis ni dans le jugement ni dans l’accusation. Je travaille sur des choses que je connais, que j’ai vécues.

    Vous pensez aux générations suivantes.

    Au nom de la terre est un coup de poing dans la gueule, mais s’il est dur, il n’appelle que de l’optimisme. Je me bats effectivement pour les nouvelles générations. Pour moi, tout passe par l’éducation, la santé publique. Et l’alimentation. A cet égard la balle est principalement dans le camp des consommateurs qui peuvent changer les choses en achetant des produits de saison, en circuits de proximité. C’est un vrai débat de société.

    Pour Edouard Bergeon, Au nom de la terre n’est qu’un début. Il planche sur un thriller lié aux grands enjeux environnementaux et climatiques et un autre concernant l’alimentation. Il  y a fort à parier qu’on retrouvera Guillaume Canet dans les deux.

    A l’affiche dans les salles de cinéma romandes dès mercredi 6 novembre. 

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  • Festival: le GIFF célèbre ses 25 ans avec Xavier Dolan et une foule d'autres stars

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    cover_giff_2019_linkdin_4.jpgUn quart de siècle, ça se fête. Et le GIFF (Geneva International Film Festival), au carrefour des genres et des disciplines, lieu d’expériences autour de l’image, du son et des nouvelles formes de narration ne va pas s’en priver pour sa 25e édition. Le cru 2019 s’annonce passionnant, riche de 180 œuvres inédites, dont 60 digitales, réparties entre diverses sections convergentes, mêlant les trois formats.

    Au menu trois compétitions internationales, longs métrages, œuvres immersives et séries, s’alignant chacune pour un Reflet d’or, un cinéma VR à 360 degrés, des avant-premières, des courts métrages, des hommages, des nuits blanches. Le budget de cet incontournable rendez-vous genevois a été augmenté d’un million, sa durée passe de neuf à dix jours, au cours desquels on verra se presser une foule de prestigieux invités.

    A commencer par le Québécois Xavier Dolan, réalisateur scénariste, et acteur, auteur de huit films à 30 ans. C’est le grand invité du festival qui propose une rétrospective de son œuvre, de J’ai tué ma mère à Ma vie avec John.F Donovan (première suisse montrée en clôiure), en passant par Les amours imaginaires, Laurence Anyways ou Tom à la ferme. Le prodige animera une Masterclass le 9 novembre à l’Auditorium Arditi et recevra le Geneva Award, une toute nouvelle récompense maison.

    Cronenberg, Costa-Gavras, Dujardin et les autres

    Autre Canadien célèbre présent, David Cronenberg parlera de la version restaurée de Crash (1966) et recevra le Prix spécial de ce cru 2019. Le Film &Beyond Award qui salue depuis 2014 le travail d’un cinéaste explorant d’autres médiums sera lui décerné au Sud-Coréen Park Chan-wook, l’un des maîtres du nouveau cinéma de genre dans son pays. Les festivaliers pourront notamment revoir, dans des versions remontées, Thirst, ceci est mon sang (2009) et Mademoiselle (2016)

    De son côté le Grec Costa Gavras présentera son dernier long métrage Adults In The Room. Il tiendra conversation, tout comme le Palestinien Elia Suleiman qui montrera It Must Be Heaven. Clotilde Coureau, membre du jury, Albert Serra, Jean Dujardin, Hafzia Herzi ou Jan Kounen se prêteront eux aussi au dialogue.

    Des films très attendus

    Parmi les films très attendus, J’accuse, de Roman Polanski, Le traître de Marco Bellochio Motherless Brooklyn d’Edward Norton, la spectaculaire œuvre immersive The Deserted de Tsai Ming-liang ou encore Proxima d’Alice Winocour, avec notamment Eva Green et Matt Dillon, qui ouvrira le festival.

    Les amateurs seront enfin ravis de retrouver les deux humoristes Marina Rollman et Yvan Marguet qui après s’être attaqués à la poupée Chucky l’an passé, commenteront dans leur style décalé un monument du cinéma muet Le cuirassé Potemkine .

    A noter qu’en parallèle avec le festival, se tiendra du 4 au 8 novembre le Geneva Digital Market (GDM), désormais organisé en association avec Virtual Switzerland. Plus de 90 intervenants sont attendus pour des débats, des rencontres, des showcases ou des soirées de networking.

    GIFF du 1er au 10 novembre. Lieu central La Maison communale de Plainpalais. Pour plus de renseignements info@giff.ch

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  • Grand écran: "Matthias et Maxime", un baiser déroutant et un Xavier Dolan se disant transformé

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    matthiasmaxime_credit_photo_obligatoire_shayne_laverdire_1280.jpgAprès Ma vie avec John F. Donovan, première œuvre en anglais descendue par la critique américaine au Festival de Toronto, Xavier Dolan est revenu sur ses terres québécoises pour Matthias et Maxime.

    En compétition à Cannes en mai dernier, le huitième film du prodige n’a pas davantage plu au jury, contrairement à Juste la fin du monde en 2016 où il avait décroché le Grand Prix (à défaut de cette Palme d’or qu’il espère tant), et Mommy qui lui avait valu le prix du jury en 2014.

    Logique, l’œuvre se révélant mineure dans la filmographie de l’auteur. Même si elle démarre sur les chapeaux de roues dans un chalet, où s’éclate une bande de copains. Alors que les blagues douteuses, les charriages et les invectives  (en pur québécois, c’est redoutable) fusent entre deux joints, une étudiante en cinéma force Matthias et Maxime, deux amis d’enfance, à s’embrasser pour les besoins de son court métrage.

    Un grand trouble et un gros doute

    Ce baiser en apparence anodin les confronte soudain à leurs préférences sexuelles, provoquant chez eux un grand trouble et un gros doute. Matthias, en couple avec une femme, fait carrière dans la finance. De son côté Maxime (Xavier Dolan comme toujours excellent), garçon introverti et timide, barman dans un club, est sur le point d’émigrer en Australie. Vont-ils tout balancer au risque de bouleverser leur existence et l’équilibre de leur cercle social. 

    On retrouve dans ce drame à la fois romantique, hystérique et infantile, où il a engagé des potes avec qui il se sent bien, les figures et les sujets chers à Xavier Dolan comme la mère étouffante ou l’homosexualité. Pour autant il ne s’agit pas, selon lui, d’un métrage sur ce dernier thème. «Il ne traite pas de l’amour gay, mais de l’amour tout court. Et avant tout il s’agit d’amitié. L’amitié est-elle de l’amour? voilà la question essentielle.»

    Le réalisateur, qui refuse par ailleurs d’être catalogué auteur homosexuel, admet certes que le fameux baiser vient bouleverser l’ordre des choses chez les protagonistes. «Oui, ils luttent car cela remet en cause leurs certitudes d’être ce qu’on leur a toujours assuré qu’ils étaient. Matthias est effrayé. Il se demande s’il est possible d’aimer sans se poser de questions. Ce que ne fait plus la génération d’après nous, les trentenaires. Les plus jeunes abordent d’une manière nouvelle la sexualité, le genre.»

    Une œuvre de transition

    Pour Xavier Dolan, «Matthias et Maxime» où il se remet en scène avec une tache rouge de naissance très graphique sur une joue, est une œuvre de transition, un nouveau départ, une façon de réfléchir sur la vie, le cinéma, le langage qui creuse un fossé entre les ados et les plus âgés. «J’arrive à la fin d’une décennie avec toutes sortes de sentiments contradictoires. Cela m’a transformé. Ce film était l’occasion d’essayer autre chose, de montrer une part différente de moi-même, de naviguer dans certaines zones plus en demi-teinte, de boucler un chapitre personnel et cinématographique.»

    Signalons que le petit génie aujourd'hui trentenaire est le grand invité du Geneva International Film Festival (GIFF), qui lui consacre sa rétrospective. On aura l’occasion d’y revenir.

    "Matthias et Maxime" à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 octobre.

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  • Grand écran: dans "Mon nom est clitoris", deux réalisatrices se penchent sur cet organe dédié au plaisir. Interview

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    capture-d_rsquo_e__cran-2018-09-09-a__-10_32_55-copie.pngFaire du clitoris un personnage de cinéma voilà qui n’est pas banal. Mais il faut dire qu'il ne l’est pas non plus. Aussi grand en moyenne qu’un pénis, disposant de plus de 8000 terminaisons nerveuses qui le rendent extrêmement sensible, c’est le seul organe entièrement et uniquement destiné au plaisir. Et pourtant, il a été longtemps le grand oublié des études scientifiques et autres traités anatomiques. En fait ce n’est qu’en 1998 que son anatomie a été correctement décrite.

    Du coup, il s’agit de la partie la moins connue du corps féminin. Raison pour laquelle la Française Daphné Leblond et la Belge Lisa Billuart Monet se sont penchées sur ce fameux clitoris, qui ne se limite donc pas à sa tête qui dépasse, cachée sous deux grandes lèvres. Ce petit bouton n’est que la pointe de l’iceberg, vu qu’il se prolonge en profondeur d’environ onze centimètres.

    Dans Mon nom est clitoris, les deux réalisatrices, instaurant un dialogue autour de la sexualité, ont ainsi donné la parole à une douzaine de jeunes femmes de 20 à 25 ans, à orientations sexuelles différentes, qui partagent leurs histoires, leurs émois. Dans leur chambre, face caméra, elles racontent leur parcours depuis l’enfance, répondant avec humour, courage, une audace parfois teintée d’embarras, aux questions des deux cinéastes, dont le documentaire met le doigt où il faudrait qu’il soit davantage, comme on peut si justement le lire dans une critique...

    A la recherche d’une sexualité épanouissante

    Elles rient (et nous aussi) en se souvenant plus ou moins précisément de leurs premières sensations, de leurs explorations aussi tâtonnantes que frustrantes. Toutes sont à la recherche d’une sexualité épanouissante et égalitaire, où se masturber irait autant de soi que chez les hommes, au lieu d’en avoir honte et d’en parler avec gêne sous le manteau. La démarche des deux auteures s’inscrit à l’évidence dans la lutte pour le droit de la femme, celui d’exprimer ses préférences, de choisir son partenaire, de les multiplier, de faire du bien toute seule.

    Lors d’une rencontre à Genève, Daphné et Lisa précisent qu’elles ont décidé de tourner leur documentaire après une longue conversation où elles ont parlé de censure autour de la masturbation féminine et de leurs expériences personnelles. Se demandant par exemple ce qu’on fait du clitoris dans la pénétration hétérosexuelle. « On a appris sa taille, son emplacement, sa position dans le corps, son fonctionnement dans la mesure où la partie à l’intérieur réagit aussi. On souhaiterait remplacer l’orgasme vaginal par un orgasme clitoridien interne ».

    -Comment avez-vous choisi les jeunes femmes et les avez-vous amenées à se livrer à visage découvert sur un sujet aussi intime?

    -Nous aimerions bien nous attribuer le mérite de la persuasion. Mais en fait, nous nous sommes d’abord adressés à des amies et elles ont dit oui assez rapidement. Ce qui n’était dans le fond pas trop étonnant. Nous avons misé sur l’humour et adopté un ton naturel, nous formions une toute petite équipe, nous connaissions un tiers de protagonistes, nous nous débattions nous-mêmes avec le sujet et parfois elles en savaient plus que nous.

    -Reste que discuter du clitoris à bâtons rompus demeure souvent tabou en 2019.

    -En effet. Mais c’est notamment une question d’âge. Le jour où il faut causer de sexe un peu tard, cela devient difficile. Nous voulons que les femmes ne connaissent plus désormais les mêmes problèmes, que les choses s’améliorent pour les générations suivantes.

    -Votre message est politique. La femme doit disposer de son corps, délivrée des contraintes qui continuent à le gérer. Par exemple vous plaidez pour une masturbation égalitaire.

    -C'est vrai. 60% des femmes déclarent se masturber contre 90 % des hommes On parle aussi d’un fossé orgasmique, la jouissance étant atteinte à 95% chez les hommes et à 65 % chez les femmes dans les rapports hétérosexuels. Chez les lesbiennes le pourcentage augmente.

    Ce premier film où les deux militantes s’adressent à un maximum de gens leur a donné d’autres envies. Si elles ont procédé à un casting, il ne s’agit pas d’un panel suffisamment représentatif. Du coup, elles ont un projet web, avec de petites capsules vidéo où elles parleraient de toutes les minorités sexuelles.

    «Mon nom est clitoris» à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 octobre.

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  • Grand écran: "Madame" fait valser les tabous dans un émouvant double autoportrait

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    Madame_Stephane_Riethauser_outplayfilms_05.jpgElle lui offre une  caméra pour Noël et il se met à la filmer à l’occasion de son 90e anniversaire. Quinze ans après sa mort, en 2004, on plonge ainsi dans l’intimité d’une incroyable relation, belle, émouvante et cash entre Caroline, une grand-mère peu banale et son petit-fils Stéphane Riethauser, réalisateur de Madame, qui leur est consacré.

    Mis à nu dans un double autoportrait, les deux se confient sur le genre, la sexualité, la domination masculine,  la condition féminine. Elle était devenue une pestiférée, lui a craint de l’être. D’un côté, on découvre une fille d’immigrés italiens promise à une vie domestique dans les années 1920, qui parvient à sortir d’un mariage forcé pour s’imposer en femme d’affaires dans un univers d’hommes.

    De l’autre, on trouve un jeune homme formaté hétéro qui s’oblige, entre doutes et mensonges, à jouer la partition du sexe fort au sein d’une famille genevoise bourgeoise. Avant de dire non au comportement machiste, au discours homophobe de droite et de faire son coming out à 22 ans. Pour militer ensuite sans relâche pour la cause.

    Stéphane Riethauser, photographe, auteur de nombreux reportages et documentaires pour la Télévision romande,  réalisateur et producteur indépendant à Berlin où il vit depuis dix ans, explore ainsi  la transmission de l’identité de genre dans un monde patriarcal hostile à la différence. Il  imagine le dur combat féminin, à travers celui de sa Madame à lui pour mener sa barque à son idée. Particulièrement en son temps. D’où un dialogue à la fois réel et fictif remettant en question les tabous, entre cette charismatique vieille dame et le bouillant activiste gay.

    Une tonne d'archives

    Objet cinématographique singulier à la fibre tragicomique, Madame tire une part de son originalité d’une tonne d’archives privées s’étalant sur trois générations. Un trésor composé de photos, de westerns que le petit Stéphane tournait dans son jardin, de journaux intimes d’images  en noir et blanc d’un film en noir  et blanc tourné par son père qui voulait être cinéaste, mais  qui est devenu expert-comptable.

    S’il a documenté son enfance, Stéphane se considère comme le descendant spirituel de son excentrique aïeule. « A sa manière, elle s’immisçait dans ma vie. Elle n’était pas toujours facile. Elle m’a même boudé quand j’ai refusé de cacher mon homosexualité. Puis nous nous sommes encore mieux retrouvés. Parce que nos destins se rejoignent. Tous les deux, on a dû lutter pour être qui on était, au risque de se faire rejeter. Mais au-delà de la volonté de préserver la mémoire, j’utilise surtout mon parcours pour raconter quelque chose de plus large sur l’éducation des enfants en forme de lavage de cerveau à l’époque ».

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 octobre. Avant-première au Bio, Carouge, le 22 à 20h30.

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