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  • Grand écran: "Deux Moi", ou la solitude de l'humain moderne vue par Cédric Klapisch

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    5929562.jpgAprès un tour dans les vignes avec Ce qui nous lie, Cédric Klapisch retrouve Paris et son effervescence pour Deux Moi, son treizième long métrage. Trentenaires, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) sont voisins sans le savoir et se croisent ainsi quasi quotidiennement sans se connaître. Chercheuse, solitaire et timide, peinant à se remettre d'une ancienne histoire d'amour, elle est toujours fatiguée, dort beaucoup et multiplie les rencards ratés sur les réseaux sociaux. Esseulé lui aussi, introverti, bluesy, angoissé, travaillant pour une hot-line, il a du mal à trouver le sommeil et à rencontrer une fille.

    Ce sont ces deux personnes isolées dans leur vie affective et sociale, traînant leur déprime, leur vide et leur mal-être dans l’anonymat de la capitale française, que l’humaniste Cédric Klapisch filme en parallèle chez eux, dans la rue, au travail et chez le psy que chacun va consulter pour comprendre son problème. Deux personnes qui ont des fêlures, des blessures à soigner et qui doivent d’abord régler leurs difficultés, apprendre à s’aimer elles-mêmes avant de pouvoir aimer autrui.

    C’est ainsi, comme l’indique le titre Deux Moi, que l’individu prime sur le couple, loin de l’utopie communautaire et de ses vertus. Par ailleurs, contrairement à ce qu’il a développé dans sa trilogie L’Auberge espagnole, Les poupées russes et Casse-tête chinois, le cinéaste ne se penche pas sur le premier rendez-vous entre un garçon et une fille avec ce qu’il va entraîner entre séduction, crise et passion, mais à ce qui se passe avant une éventuelle histoire d’amour. Et du coup, bien qu'on s'y attende, termine son film là où en principe tout commence dans une comédie romantique classique.

    Ana Girardot et François Civil, déjà frère et sœur dans Ce qui nous lie, fonctionnent bien chacun de leur côté dans ce récit à deux voies où le réalisateur, évitant de trop dramatiser, laisse parfois place à un humour qui ne fait pas toujours mouche. Dommage toutefois que l’intrigue soit parasitée par des sujets secondaires balancés à la va vite, comme les secrets familiaux menant à la psychanalyse, palliatif à l’extrême solitude de nos sociétés hyper connectées, faussement propices aux relations sociales ou amoureuses.

    Enfin, cela donne l’occasion à Cédric Klapisch de se moquer de deux praticiens ridicules interprétés par François Berléand et Camille Cottin. et de leur manière plutôt particulière de concevoir leur métier. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: dans "Blinded By The Light", Bruce Springsteen transforme la vie d'un jeune Anglais

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    Film_web_081519.jpgNous replonger dans la musique du Boss à travers la passion d’un adolescent, une belle idée de la cinéaste britannique Gurinder Chadha, qui s’était perdue en route après le succès, en 2002, de Bend It Like Beckham (Joue-la comme Beckham). Pour Blinded By The Light, elle s’est inspirée de l'autobiographie Greetings From Bury Park: Race, Religion and Rock n’Roll, écrite en 2007 par le journaliste Sarfaz Manzoor, qui a collaboré au scénario.

    Nous sommes en 1987, dans une Angleterre en pleine crise économique, sous le joug de Margaret Thatcher.  L’austérité et le chômage le disputent aux tensions raciales, une discrimination qui vise souvent Javed Khan (Viveik Kaira, à droite sur la photo) un jeune Anglais d’origine pakistanaise, dont les parents ont émigré avant sa naissance. Il est traité de Paki, chassé d’un café par des élèves de son école, menacé de se faire arranger le portrait par un groupe de punks.

    Timide, mal dans sa peau, Javed cherche sa voie, écrit des poèmes, des paroles de chansons, des textes pour le cours de littérature. Il rêve de quitter la morosité de sa ville de Luton et surtout d’éviter le chemin tracé pour lui par son père, un immigrant sévère et rigide, d’une rare intransigeance. Peu impressionné par ses talents littéraires, il veut voir son rejeton suivre de grandes études pour ramener des sous à la maison. .

    Et puis un jour la vie de Javed va être définitivement transformée par la découverte de l’œuvre de Bruce Springsteen, grâce aux cassettes que lui donne son ami Roofs. Galvanisé par les paroles de l’artiste qui semble s’adresser directement à lui, encouragé par son professeur, il décide de devenir lui aussi un poète et un écrivain, défiant ainsi les racistes, l’autorité parentale et osant enfin sortir avec la jolie Eliza. Dès lors tout le film s’articule autour des plus grands tubes du chanteur, de Dancing In The Dark à Thunder Road, en passant par Born To Run et The Promised Land. Une parfaite combinaison entre les textes et les images.

    Prévisible, ce récit d’apprentissage qui fait écho à notre actualité, n’est forcément pas d’une folle originalité. En dépit de son rythme, de l’émotion de la vitalité et de l’humanité qu’il dégage, on peut lui reprocher son côté guimauve et tire-larmes. Sans parler du portrait caricatural du père de Javed. Il n’empêche qu’on marche et qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Grâce évidemment à la puissance des chansons de Bruce Springsteen, qui a donné son accord à la réalisation de l’œuvre. Mais également aux comédiens toniques comme la révélation Viveik Kaira, qui s’éclatent visiblement dans cette comédie sociale, dont l’aspiration à la liberté constitue l'un des moteurs.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: "Mjölk, la guerre du lait", croisade d'une fermière islandaise contre une coopérative mafieuse

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    mjolk_photo1-1920x1280.jpgAprès Béliers, qui avait décroché le Prix d'Un Certain Regard à Cannes en 2015, le réalisateur islandais Grimur Hakonarson revient avec Mjölk, la guerre du lait. En habitué du milieu rural où il a grandi, attiré par les histoires qui s’y déroulent, il se penche à nouveau sur le dur quotidien de gens vivant dans des endroits isolés et dont la vie tourne autour de leur ferme et de leur bétail.

    Dans le premier il racontait l’histoire de deux frères ne se parlant plus depuis 40 ans, mais forcés de se réconcilier pour sauver leurs précieux moutons. Dans le second, il esquisse une réalité socio-politique en brossant le portrait d’une battante, Inga la fermière, courageuse quinquagénaire endettée jusqu’au cou, qui se dresse en justicière contre des corrompus.

    A la mort de son mari, Inga, qui fait immédiatement penser à l’héroïne de Woman At War sorti l’an dernier,  reprend seule leur exploitation laitière dans un petit village près de Reykjavik. Elle ne tarde pas à découvrir le monopole d’une coopérative omnipotente, mettant à genoux les agriculteurs locaux impuissants à lutter pour leur indépendance. A ses risques et périls, c'est David contre Goliath, elle déclare la guerre à ce système autrefois mutualiste, pour libérer ses semblables de sa désormais redoutable emprise mafieuse.

    Parallèlement à la croisade d’Inga contre le néolibéralisme, le capitalisme à tout crin qui plombe  la culture traditionnelle du pays, Grimur Hakonarson montre son parcours pour se frayer un chemin au sein d’une communauté dominée par les hommes. Une petite ode à la liberté et à l'égalité dans cette comédie sociale aux accents qui se veulent loachiens, où l’auteur qui charge un peu la mule, réserve des moments émouvants, drôle, voire poétiques.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: avec "Les particules", Blaise Harrison se penche à son tour sur les tourments de l'adolescence

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    les-4-acteurs-du-film-originaires-du-pays-de-gex-nicolas-marcant-leo-couilfort-salvatore-ferro-et-thomas-daloz-ce-dernier-interprete-le-heros-du-film-archives-le-dl-a-g-1556877853.jpgC’est l’histoire de P.A et de sa bande, des lycéens en classe terminale qui vivent dans le Pays de Gex, à proximité du LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant de la planète, qui provoque des collisions pour en détecter d’inconnues à ce jour. Alors que l’hiver s’installe, les jeunes, plus particulièrement P.A voient le monde changer autour d’eux. Ils observent des lueurs, des phénomènes bizarres, des modifications anormales dans l’environnement, le paysage. D’abord de façon imperceptible, avant que tout bascule…

    Proposition de cinéma singulière, originale, métaphorique que Les particules, premier long-métrage du Franco-Suisse Blaise Harrison, sélectionné en mai dernier à la Quinzaine cannoise des Réalisateurs. Il fait ressortir les tourments de l’adolescence, ce plein d’énergie, d’angoisse, de passion et se déroule entre rêve et réalité dans une ambiance trouble, menaçante, triste. Il flirte avec le fantastique, ce qui nous vaut quelques effets spéciaux pas trop voyants, notamment un modeste trip à la Kubrick inspiré, CERN oblige, par l’imagerie scientifique.

    Des électrons libres qui cherchent leur place

    L'opus est radical, sobrement mis en scène, prometteur en dépit de sa longueur et de sa lenteur censée montrer l'étrangeté et détourner le spectateur de la trame narrative. Il est parfaitement interprété par des acteurs non professionnels de la région, dont le charismatique Thomas Daloz, alias P.A. Blaise Harrison filme des ados pas trop rebelles, plutôt de bons gamins un peu à côté, dont la révolte passe par l’affranchissement. Ce sont des électrons libres qui cherchent leur place dans une société pour laquelle ils ne sont pas faits et dans laquelle ils cherchent leur place.

    Lors d’une rencontre, l'auteur nous en dit plus sur lui, un solitaire, ce film qui lui ressemble (le parcours de P.A est aussi le sien) et son envie de cinéma qui remonte à très loin. A son enfance passée dans le Pays de Gex, à la campagne, en-dehors de Divonne où il est né en 1980. Il a commencé à s’intéresser à la photo, avant que le cinéma prenne le dessus, à cause du son, lorsque ses parents lui offrent une caméra super 8.

    Il a d’abord voulu essayer des choses

    En allant au cinéma à Ferney-Voltaire et au Grütli, Blaise découvre Jarmush et Kaurismaki entre 1996 et 1998. Après le lycée, il étudie à l’ECAL, sachant que le septième art est décidément sa vocation. Les particules, il y pensait depuis toujours a toujours eu envie de le réaliser, voulant raconter cet âge-là dans un coin à la fois banal et plein de mystère.

    Mais avant, il a eu besoin d’essayer des choses, comme assistant caméra, ou auteur de documentaires pour ARTE, Armand, 15 ans, l’été, vu à la Quinzaine des Réalisateurs en 2011 puis L’Harmonie (il a joué lui-même du saxophone baryton dans une fanfare), sélectionné à Locarno deux ans plus tard.

    Avec ce titre, Les particules, on pourrait croire Harrison fasciné par le CERN. "Ce n’est pas vraiment le cas. du moins pas en écrivant le film. Je voulais surtout raconter une forme d’inquiétude lorsqu’on découvre le monde, la prise de conscience de l’évanescence. La physique quantique nous dit que tout est incertain. Je trouvais beau d’envisager l’univers comme un agglomérat de particules".

    «On a vu plus de 500 élèves»

    Ses acteurs sont tous des non-professionnels. "On a organisé un casting au lycée de Ferney sous forme de volontariat. On a vu plus de 500 élèves. Il fallait que mes protagonistes soient du coin. Qu’ils parlent avec leurs mots. Que le réel nourrisse la fiction et m’emmène ailleurs. Je les ai laissés tels qu’ils sont. Sauf Thomas Daloz, qui est beaucoup moins réservé et taciturne dans la vraie vie. Lui, je l’ai rencontré dans la cour. Sa façon de s’exprimer me plaisait. J'ai vraiment dû le convaincre. Il a démontré un grand talent d’acteur, se réappropriant les scènes. C’est le seul que j’ai dirigé".

    Blaise Harrison tourne des films qui lui correspondent, mais ne sait pas vraiment ce que sera le prochain. "Ce qui est sûr, c’est que j’userai de la même méthode de travail. Je pense à un personnage féminin, une adolescente. C’est un moment magnifique à filmer. Je ne vous en dirai pas davantage, mais il s’agira probablement d’une adaptation".

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 septembre.

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  • Grand écran: "Insoumises", avec Sylvie Testud parfaite en rebelle habillée en homme

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    csm_043af7b0d40a2bd6bb50b519d5dd0ced_c89d9f2d47.pngUne nonne seule, face à la mer, au sommet d’une falaise battue par les vagues. C’est ainsi que commence  Insoumises, un film coréalisé par Laura Cazador et Fernando Perez. Il raconte l’histoire incroyable mais vraie d’Henriette Faber, née à Lausanne, où elle demeure inconnue, en 1791, Comme tant d’autres c’est une figure oubliée de l’histoire. Mais elle est devenue l’icône de la communauté lesbienne, transgenre ou encore des militants anti-esclavagistes de Cuba, son île d’adoption.

    Mariée très jeune elle se retrouve veuve à 18 ans. Déguisée en homme, elle part à Paris pour étudier la médecine à la Sorbonne avant de débarquer à Cuba en 1819. A Baracoa, dans l’est du pays, elle devient Enrique Faber, ce chirurgien blanc qui intrigue la bonne société locale, soignant indifféremment les riches et les pauvres, tout en affirmant ses convictions anti-esclavagistes.

    Un procès aussi retentissant que scandaleux

    Tombée amoureuse de Juana de Leon, une superbe sauvageonne qu’elle a sauvée d’une méchante fièvre, rejetée pour avoir perdu sa virginité (alors qu’elle a été violée par un redoutable marchand d’esclaves), elle l’épouse. Un mariage célébré à l’église, qui rend pour un temps à Juana sa dignité flétrie. Mais la frêle silhouette et le comportement peu viril du médecin finissent par poser question.

    Quand la vérité éclate, tous se liguent pour dénoncer férocement Enrique(ta) qui, maltraitée et humiliée, se retrouve au cœur d’un procès retentissant, l’un des plus scandaleux de l’île. Elle sera condamnée à l’exil par la justice cubaine, et c’est cette fois sous l’habit de nonne, dans un couvent de la Nouvelle-Orléans, qu’elle a continué à soigner les déshérités jusqu’à sa mort.

    Un rôle sur mesure

    Le rôle d’Enrique Faber a été confié à Sylvie Testud, qui avait manifesté son intérêt et appris l’espagnol pour mieux investir son personnage. C’est du sur mesure. Avec son physique androgyne, elle incarne parfaitement cette insoumise habillée en homme, à la fois froide, énigmatique, inflexible et fragile,  à l’éthique sans failles. Insensible aux faveurs que les puissants du coin  tiennent à lui dispenser, elle ne craint pas de s’insurger contre la domination blanche et d’en dénoncer les préjugés.  

    Entre oppression coloniale, rebellions d’esclaves, catholicisme espagnol et religions africaines,  les auteurs se sont, de leur côté, attachés à comprendre le contexte de cette période décadente et contradictoire de l’histoire cubaine au prix d’un très long travail de recherches, de documentation et d’écriture. Ils parviennent ainsi  à restituer, entre moiteur et végétation luxuriante, deux l'atmosphère tropicale et glauque de Baracoa, où fleurissent le commerce d'esclaves et les terribles inégalités sociales. 

    A l’affiche à Genève dès le 27 août et ailleurs en Suisse romande dès le 28 août. 

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  • Grand écran: "Roubaix, une lumière", un polar brillant et troublant. Avec un trio de choc

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    Lea-Seydoux-Claude-Roschdy-Zem-commissaire-Daoud-Roubaix-lumiere-dArnaud-Desplechin_0_729_487.jpgUne nuit de Noël à Roubaix. La commune la plus pauvre de France confrontée à un chômage de masse, au délabrement et à la désespérance.  Insomniaque solitaire, le commissaire Daoud (Roshdy Zem) sillonne la ville. Véhicule incendié, bagarres, plaintes, interpellations, fouilles, tentatives inlassables de démêler le vrai du faux, les affaires courantes d’un quotidien policier laborieux sans cesse recommencé.

    Mais rapidement une enquête va prendre le dessus. En compagnie de Louis (Antoine Reinartz), un bleu qui vient de débarquer, féru de Levinas mais avide de faire ses preuves, le calme et chevronné Daoud va devoir résoudre le meurtre d’une vieille dame esseulée.

    Ses voisines Claude et Marie (Léa Seydoux et Sara Forestier), un couple de lesbiennes d’une trentaine d’années, sont rapidement suspectées. Alcooliques, toxicomanes et sans le sou, elles vont finir par avouer avoir tué Lucette, 83 ans, dans son lit. Un crime sordide pour un butin dérisoire, une télévision, des produits à vaisselle et de la nourriture pour chiens.

    Un changement de registre très réussi

    C’est la première fois qu’Arnaud Desplechin, adepte du romanesque, revenu pour l’occasion dans sa ville natale et désireux de filmer le réel, s’attaque au polar. Le changement de registre est très réussi, même s’il n’a pas convaincu le jury du dernier Festival de Cannes qui a laissé le réalisateur repartir les mains vides..

    Notamment inspiré par Hitchcock et Dostoïevsky, le fer de lance du cinéma d’auteur français livre avec Roubaix, une lumière, un polar noir, métaphysique, singulier, sans suspense, principalement centré sur l’investigation, les témoignages, les interrogatoires, les dépositions, la reconstitution du crime avec des versions passées au crible. C’est la force de ce film réaliste, basé sur une garde à vue authentique ayant déjà fait l’objet d’un documentaire en 2002, Roubaix, commissariat central.

    Entre le prêtre, l'assistant social et le psy

    Cette version fictionnelle, chronique de la misère ordinaire à la mise en scène stylisée qui sonde les profondeurs de l’âme des victimes et des coupables, est par ailleurs sublimée par le face à face entre Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier. Les trois se révèlent impressionnants dans cette affaire à la Simenon, à la fois sinistre et banale. Plus particulièrement Roshdy Zem, qui  compose un policier taiseux  façon Lino Ventura, empathique, tenant à la fois du prêtre, de l’assistant social et du psychanalyste.

    Daoud est une sorte de personnage utopique à la bonté absolue. Apparemment marqué par un passé douloureux, jamais dans le jugement, il veut comprendre, amener les deux femmes à la dérive à se confesser par le dialogue et la douceur. Il ne demande pas pourquoi, mais comment, cherchant ainsi à ramener Claude et Marie hébétées, perdues, sur le plan de l’humain. Brillant, troublant, émouvant.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 août.

    Sortie également de "Diego Maradona", passionnant documentaire d'Afsia Kapadia sur la gloire et la décadence du mythique footballeur, vénéré comme un dieu à Naples avant de devenir un pestiféré. Lire notre chronique du 15 août, à l'occasion de la projection au Festival de Locarno, sur la Piazza Grande. 

     

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  • Grand écran: Quentin Dupieux filme un fou dans "Le daim". Avec un excellent Jean Dujardin

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    jean-dujardin-le-daim-1.jpgDans ce film de fêlés, le Français Quentin Dupieux, qui inaugurait en mai dernier avec succès la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, fait à nouveau d’un objet banal un personnage de cinéma. Après le pneu tueur de Rubber, on découvre un blouson diabolique que déniche Georges (Jean Dujardin). Au bout du rouleau, ce quadra dépressif a tout plaqué du jour au lendemain pour l’acquérir et se retrouve dans un bled de montagne qui fout les boules….

    L’achat vire à l’obsession. Tout tourne désormais autour de ce ridicule blouson moche à franges trop court 100% daim, sous l’emprise duquel Georges ne tarde pas à tomber. Il est non seulement possédé par l’esprit de ce vêtement avec qui il dialogue, mais ils ont chacun un rêve. Le blouson d’être seul au monde et Georges la seule personne au monde à en porter un. Cela finit par le plonger dans un délire criminel.

    «Le dialogue entre les deux est très écrit. Je suis assez rigide sur le texte, l’impro est réservée à l’interprétation», explique Quentin Dupieux, qui précise par ailleurs avoir eu envie de filmer un fou plutôt que de faire un film dingue. «Je ne m’étais jamais vraiment confronté à un personnage qui débloque. C’est donc mon premier film réaliste».

    Réaliste peut-être, mais surtout un métrage absurde et jubilatoire à l’humour noir. Il repose presque intégralement sur la performance de Jean Dujardin. Il excelle dans son rôle (l’un de ses meilleurs) de sociopathe fétichiste autodestructeur, se prétendant metteur en scène, le vendeur du blouson lui ayant par la même occasion refilé une caméscope.

    Chacun y a mis ses névroses et ils sont tous givrés, à l’image d’Adèle Haenel en serveuse de bar cinéphile, qui a exigé d’être au moins aussi folle que son partenaire, manipulateur... manipulé. Objectif atteint!

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 juillet

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  • Grand écran: avec "Parasite", le Sud-Coréen Bong Joon-ho revisite la lutte des classes. Brillant

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    cinema_-_coree_du_sud_-_parasite_-_bong_joon-ho_-_2019.jpgLe cinéma asiatique continue à atteindre les sommets. L’an dernier, le Japonais HIrokazu décrochait la Palme d’or avec Une affaire de famille qui évoquait des laissés pour compte, vivotant de petites arnaques. En mai dernier, le jury la remettait à Bong Joon-ho pour Parasite, où le Sud-Coréen traite du même sujet en se penchant sur le sort des oubliés de la société capitaliste.

    Il suit un couple de chômeurs habitant un sous-sol sordide à Séoul avec ses deux enfants recalés à l’examen d’entrée à l’université. Jusqu’au jour où le fils décroche un boulot chez des bourgeois nageant dans le luxe en donnant des cours d’anglais à leur fille aînée.

    Violence des rapports sociaux

    A coups de subterfuges, il fait embaucher sa sœur pour apprendre le dessin au petit dernier, puis son père et sa mère comme chauffeur et gouvernante. Alors que le quatuor squatte les lieux en l'absence des propriétaires (photo), les choses ne vont pas tarder à se gâter…

    Avec cette satire féroce et grinçante où il revisite la lutte des classes entre maîtres nigauds et valets finauds, le réalisateur continue à condamner la violence des rapports sociaux dans son pays, en brossant le portrait d’un monde d’injustices et d’inégalités. Un monde où les pauvres n’ont d’autre choix que de voler les riches pour subsister.

    Une mise en scène virtuose 

    Il s’y prend de telle façon que non seulement on s’attache a ses arnaqueurs sans scrupule, mais qu’ils nous gagnent carrément à leur cause. Car les parasites ne sont évidemment pas seulement ceux qu’on écrase négligemment, mais aussi ceux qui les exploitent sans se rendre compte de leur indécence. Une constatation sans le moindre propos moralisateur, tous les protagonistes, remarquables, se voyant pris dans un engrenage dont ils ne sortiront pas indemnes.

    Le réalisateur de Memories Of Murder, The Host ou Snowpierce les y entraîne à l’aide d’une mise en scène virtuose et d’un récit qui l’est tout autant. Oscillant, le tout étant parfaitement maîtrisé, entre la satire, la comédie noire, le drame, le polar, le thriller cruel qui confine à l’horreur, Bong Joon-ho propose un film à la fois drôle, sombre, burlesque, brutal, inquiétant, complexe. C’est brillant.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 juin.

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  • Grand écran: Isabelle Huppert en prédatrice manipulatrice dans "Greta"

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    featured_greta-1050x700.jpgLa jeune Frances (Chloé Grace Moretz) a quitté Boston pour New York et habite avec une amie de fac. Serveuse dans un restaurant classe pour arrondir les fins de mois, elle trouve dans le métro, en rentrant chez elle, un sac à main sur un siège. A l’intérieur elle découvre un portefeuille avec une adresse et un nom : Greta Hedig.

    En fille honnête, contre l’avis de sa copine, Frances trouve naturel de le rapporter à sa propriétaire. Et c’est ainsi qu’elle rencontre ladite Greta (Isabelle Huppert) une veuve solitaire a priori charmante, qui la remercie très chaleureusement et lui offre un café.

    Pianiste hongroise, se prétendant Française, excentrique et mystérieuse, Greta a une fille habitant Paris et ne demande qu’à sympathiser avec Frances. Affaiblie par la mort récente de sa mère, cette dernière est ravie de combler un manque. Sans se méfier, elle accepte de revoir Greta. Et c’est là que le cauchemar commence…

    Sur une idée pas follement originale, le réalisateur irlandais Neil Jordan, à qui l’on doit notamment La compagnie des loups et Entretien avec un vampire signe un film à suspense en forme de huis-clos d’horreur où il cherche à faire monter la tension. En mettant en scène Greta, une veuve névrosée, inquiétante, paranoïaque et maléfique. Omniprésente, surgissant à tous les coins de rue mais restant dans la légalité ce qui empêche la police d’intervenir, elle ne cesse de harceler la malheureuse Frances. Et finit par lui faire vivre un véritable enfer.

    Neil Jordan doit la réussite relative de Greta, thriller mineur dans sa carrière à ses deux comédiennes, l’innocente, fragile Chloë Grace Moretz et la méchante prédatrice Isabelle Huppert qui prend un plaisir évident, un peu trop d’ailleurs au point de friser l’absurde, à jouer la psychopathe manipulatrice, animée par un délire de persécution.

    C’est au niveau du scénario, dont on regrette les incohérences et la fin prévisible que cela pèche. Du coup on y rentre à condition d’admettre qu’un sac à main façon Hermès, laissé bien en vue sur un siège de métro newyorkais, y reste plus de trois secondes avant de retourner, avec un portefeuille bien garni, à sa propriétaire. Et de trouver normal que Frances se laisse aussi facilement piéger. Naïve d’accord, mais à ce point…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 juin.

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  • Grand écran: deux fanfares s'affrontent "Tambour battant" dans le Valais de 1970

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    battantanbour.jpgEn ce printemps 1970, le petit village valaisan de Monchoux est en pleine ébullition. On pourrait croire que c’est à cause du scrutin sur le vote féminin. Ou de celui sur l’initiative xénophobe Schwarzenbach. Rien de tout cela. Ce qui met les habitants en émoi, c’est la lutte acharnée que se livrent deux fanfares pour avoir l’honneur de représenter leur commune au grand festival du genre.

    Cette opposition féroce est incarnée par leur chef respectif. D’un côté Aloys, un vigneron obtus aux valeurs de droite qui dirige une fanfare des plus traditionnelle, de l’autre une formation jazz emmenée par Pierre, un musicien pop chevelu qui s’est fait un petit nom à Paris dans la mouvance de Mai 68. Cette rivalité musicale n’est pas nouvelle au cinéma, le Français Georges Combret en ayant déjà fait un film en 1953, sur fond d’amourette.

    C’est aussi le cas dans la comédie de François-Christophe Marzal, sauf que la fille d’Aloys fréquente un jeune immigré italien. Le réalisateur ajoute ainsi une dimension socio-politique à son métrage, non seulement avec l‘affaire du renvoi des travailleurs étrangers, mais également avec le droit de vote local que les hommes s’apprêtent donner aux femmes avant son acceptation sur le plan fédéral.

    Tout cela nous vaut quelques scènes qui se veulent drôles, loufoques et enlevées .Mais si les comédiens (dont Jean-Luc Bideau) se révèlent convaincants, l’ensemble reste plutôt laborieux, avec des dialogues peu soignés, des situations et des personnages qui virent à la caricature. Sans oublier ce surf approximatif sur plusieurs thèmes, dont celui de l’émancipation féminine, qui fait inévitablement penser à L’ordre divin, autrement plus abouti et réussi sur le sujet.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 12 juin.

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