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16/05/2017

Grand écran: "In Between", la soif d'émancipation de trois Palestiniennes à Tel-Aviv

aaaaanour.jpgLayla, Salma et Nour, trois jeunes femmes palestiniennes, partagent un appartement à Tel Aviv et aspirent à la liberté. Mais le chemin pour y parvenir n’est pas simple.

Les deux premières sont délurées  et frondeuses, tandis que la troisième se révèle bien sage. Mais chacune est à son tour victime de l’intolérance de ses proches. Belle avocate fêtarde à ses heures, Layla décide de quitter son copain qui, malgré un passage dans le cinéma à New York, demeure très rétrograde. Salma, elle aussi amatrice de fumette et ne crachant pas sur l'alcool, se heurte à l’hypocrisie de sa famille chrétienne, cherchant absolument à la marier parce qu’elle est lesbienne.

Contrairement à Layla et Salma, Nour, originaire d’un bastion musulman en Israël, est voilée et très pieuse, Etudiante en informatique à l’université, elle va pourtant également se débarrasser de son fiancé, un gros nul macho et violeur, voulant convoler au plus vite pour la cantonner dans le rôle immuable d’épouse et mère au foyer.

Premier film de la Palestinienne Maysaloun Hamoud, In Between (Je danserai  si je veux) est une œuvre politique, militante, drôle, émouvante, qui lui a valu une fatwa. Son «crime»: montrer le quotidien de ces trois jeunes femmes et leur difficulté à mener leur vie comme elles l’entendent. Mais qui ne plient pas, cherchant farouchement à s’émanciper dans une société patriarcale, où les tabous et les traditions ont la vie dure. Du coup, les hommes en prennent pour leur grade!

Courageuses et attachantes héroïnes

La charge est certes appuyée, l’échantillonnage féminin assez stéréotypé et les situations pas très originales. La réalisatrice ne nous laisse pas moins découvrir de courageuses héroïnes face à l’obscurantisme, à la discrimination, au sexisme, ainsi qu’à la violence qu’elles provoquent par leur soif d’émancipation.

En colère, attachantes, pleines de vie, d’énergie et d’humour, elles sont de surcroît portées par des comédiennes charismatiques et convaincantes. Carrément impliquées dans une impérative transgression. Car comme chantait Cookie Dingler en 1984, être une femme libérée tu sais, ce n‘est pas si facile. Malheureusement ça le reste!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 mai.

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14/05/2017

Grand écran: "L'éclipse du bonheur", un mélo pour retrouver l'espoir

aaaaaagluck.jpgAppelée dans la nuit à se rendre au chevet d’Yves, la psychologue pour enfants Eliane Hess s’attache à ce garçon de huit ans rescapé d’un terrible accident de voiture où toute sa famille a péri.

Bouleversée, elle veut absolument aider ce petit être détruit, pour l’aider à retrouver l’espoir et affronter son destin. Mais elle ne tarde pas à perdre sa distance professionnelle...

Parallèlement les choses se compliquent dans sa propre famille: deuil, non-dits autour d'un adultère, révolte adolescente, crise de couple, sans oublier l’importance de la peinture, en contrepoint mystique et esthétique de la condition humaine. La multiplication des thèmes ne contribue pas franchement à la fluidité du récit, bien que ce mélo en forme de parabole sur la vie soit propre à faire sangloter dans les chaumières.

Tiré d’un roman de Lukas Hartmann, L‘éclipse du bonheur (Finsteres Glück) est signé Stefan Haupt. Né en 1961 à Zurich, il devient instituteur, mais il ne lui faut que deux jours pour savoir que ce n’est pas sa voie. Aujourd’hui cinéaste, scénariste et producteur, cet auteur de documentaires et de fictions, s’est notamment fait connaitre avec Der Kreis (Le Cercle), quartz du meilleur film suisse en 2015. Un film sur l’apogée et le déclin d’un magazine helvétique gay, internationalement distribué, pionnier de l’émancipation homosexuelle.

aaaastef.jpgLe réalisateur énormément touché par l’histoire

Lorsque Lukas Hartmann lui a envoyé son livre en 2010, Stefan Haupt, qui n’avait jusqu’ici jamais adapté de roman, ne se voyait pas vraiment en faire un film. «Mais en le lisant, j’en ai eu très envie, même si je m’y suis attaqué après Sagrada et en parallèle avec Le Cercle. Cet enfant perdu, jeté dans le monde avec une telle difficulté à vivre son deuil et que la psy doit aider à surmonter son traumatisme, m’a énormément touché», nous dit-il.

Il a été également très ému par l’histoire de cette femme mère de deux filles, qui a elle aussi subi la perte d’un être cher et dont la relation ne marche pas. «Elle doit serrer les dents. A Zurich, j’en ai rencontré de ces femmes modernes, autonomes, seules avec des enfants. Elles ont raison d’aspirer à la liberté. En même temps, toujours lutter pour la conserver, c’est lourd».

Côté comédiens, c’est la femme de Stefan Haupt, Eleni, qui joue la psy. Elle obtient pour la première fois un rôle principal dans un film de son mari. Quant au jeune Yves, il est interprété par Noé Ricklin. «Nous avons vu une cinquantaine de garçons, mais il s’est imposé très vite. Comme il s’agit d’une partition délicate, nous avons parlé avec les parents. Nous avons tout fait pour que Noé se sente à l’aise et en sorte indemne. Mais en réalité, il n’a jamais été aussi équilibré que pendant le tournage».

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis le mercredi 10 mai.

 

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13/05/2017

Grand écran: "A German Life" pour lutter encore et toujours contre l'oubli

aaaaaagerman.jpgMorte à 106 ans le 27 janvier dernier à Munich, Brunhilde Pomsel a travaillé de 1942 à la fin de la guerre comme sténographe au service du ministre de la propagande Joseph Goebbels. Ce dernier témoin de la machine du pouvoir nazi vue de l’intérieur livre ses ultimes confidences dans A German Life (Une vie allemande), un documentaire autrichien réalisé par Christian Krönes, Florian Weigensamer, Roland Schrotthofer et Olaf S. Müller

On est impressionné, fasciné, par cette femme filmée en gros plan. Le visage parcheminé, à la peau de crocodile, le regard vif et clair, elle nous place face à l’histoire, nous renvoie à nous-mêmes en nous forçant à nous poser des questions sur ce que nous aurions fait. "Je ne suis pas le genre qui résiste. Je n’osais pas, je fais partie des lâches".

Comme nombre d'Allemands de sa génération, elle affirme n'avoir rien su des crimes nazis, en particulier des camps de concentration et d'extermination au coeur du génocide juif. "Tout le monde pense que nous savions tout. Nous ne savions rien, tout était gardé secret. Nous étions nous-mêmes dans un gigantesque camp de concentration", dit-elle en référence à la répression et à l'omnipotence de la police politique.

Un constat plus qu’un aveu de faiblesse de la part de Brunhilde Pomsel, éduquée à la dure, incarnant la majeure partie de ses compatriotes qui cherchaient simplement à mener leur vie. Pour qui la propagande était un boulot comme un autre. A 31 ans, elle a accepté le poste parce qu’elle était bien payée. "Je ne faisais que taper à la machine dans le bureau de Goebbels", Un homme qu’elle décrit comme "petit, mais qui se tenait bien et qui était gentil avec elle".

Ce film à quatre mains qui vous prend aux tripes est entrecoupé par des ’images d’archives reconstituant le discours de l’époque, mais également par les hésitations, les silences, les moments de réflexion de sa protagoniste, qui garde à son âge avancé une extraordinaire facilité à s’exprimer, à s'analyser. Elle ne cherche pas à se justifier, ni à se cacher, mais rappelle qu’il est facile de juger et de s’imaginer en résistant a posteriori.

On peut évoquer une autojustification tardive. Mais l’essentiel est ailleurs. Lutter encore et toujours contre l’oubli. Et c’est ce que voulait Brunhilde Pomsel. Dans un entretien en juin 2016 à l’AFP, elle assurait "avoir la conscience tranquille et s’être prêtée à ce documentaire pour informer la nouvelle génération de toutes ces choses comme il y a de moins en moins de témoins".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 10 mai.

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10/05/2017

Grand écran. "Un profil pour deux", pathétique trio amoureux. Avec Pierre Richard

aaaaaaprofil.jpgLe réalisateur Stéphane Robelin surfe façon numérique sur le thème de Cyrano dans Un profil pour deux, où Pierre, veuf et retraité se terrant dans son logis, découvre les joies et les plaisirs d'internet grâce au jeune Alex, loser patenté.

Sur un site de rencontre, Pierre fait alors la connaissance de la ravissante Flora qui, séduite par sa poésie, lui propose un rendez-vous. Tombé amoureux, le vieux charmeur revit. Mais sur son profil il a mis une photo d’Alex, qu’il doit persuader de voir Flora à sa place.

Une comédie romantique qui se veut drôle tendre, attachante mais, en dépit d’une ide de base de base originale. se révéla aussi convenue et pathétique que laborieuse et poussive, en multipliant les vieux quiproquos vaudevillesques,

Côté comédiens, ce n’est guère plus engageant. En roue libre pour son retour, Pierre Richard peine à nous arracher quelques sourires. Peut-être aura-t-il quand même la chance de plaire à ses fans. 

Rien à sauver en revanche chez Yaniss Lespert. Le frère de Jalil est d’une telle mollesse qu’on se demande ce qui a bien pu convaincre Stéphane Robelin de lui confier le rôle d’amoureux de substitution. En l’occurrence, une huître aurait eu plus de charisme…

A l'affiche dans le salles de Suisse romande dès mercredi 10 mai. 

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Grand écran: "Court" dénonce le système judiciaire indien. Un constat édifiant

aaaaaacourt.JPGUn ouvrier du traitement des eaux est retrouvé mort dans un égout. Narayan Kamble, un chanteur sexagénaire contestataire, dont les textes appellent à se lever, à connaître son ennemi, évoquent la crise et fustigent la suprématie de l’argent, est arrêté alors qu’il se produit sur scène.

On l’accuse d’avoir poussé l’homme au suicide par le biais d’une de ses compositions. Commence alors un interminable procès qui s’enlise dans l’absurde.

Pour son premier film situé à Bombay dans les années 90, Chaitanya Tamhane, réalisateur indien de 27 ans dénonce les dérives judiciaires, décrivant en détail un système qu’une police harceleuse et les lenteurs extrêmes de la procédure font tourner en rond,

Le cas de l’ouvrier décédé sert de fil rouge. D’autres se succèdent, soulignant les limites entre le droit, la morale et la religion. Suivant le juge, l’avocat et la procureure lors des audiences et dans leur vie privée, le réalisateur propose un constat édifiant sinon effrayant entre documentaire et fiction, drame social et film à procès sous tension, traversé par un constant sentiment d’injustice.

Une radiographie subtile

Impeccablement mis en scène, Court inspiré d'histoire vraies, pointe les arrestations arbitraires, le manque de preuves, le développement d’arguments fallacieux, les explications farfelues, ubuesques, les pressions sur les témoins. Par exemple celle d’un témoin oculaire "habituel", dans la mesure où il est présenté à la barre dans quatre autres affaires, sur lesquelles enquêtent les mêmes policiers... 

Chahitanya Tamhane livre ainsi une radiographie subtile de la société indienne. Il en analyse la complexité, la violence latente, la proscription de la liberté d’expression ou de l’engagement politique.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 mai.

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Grand écran: "Alien:Covenant", un sixième épisode sans suspense. Décevant

aaaaaaliencon.jpgL’intrigue se déroule dix ans après les événements de Prometheus, préquel de l’Alien de 1979. Dans cette suite nous sommes en 2104, à bord du vaisseau spatial Covenant, transportant plus de 2000 terriens cryogénisés et de nombreux embryons vers une lointaine galaxie. Comme d’habitude, l’ équipage est alerté par un mystérieux signal…

En dépit d’une belle séquence d’ouverture où David (Michael Fassbender) méprisant rejeton bio-mécanique rencontre son créateur dans un lieu très esthétisant, du retour à l’origine de la saga avec un début prometteur, ou d’un monstrueux Alien dégoûtant, ce sixième épisode de la saga, troisième de Ridley Scott et premier volet d’une trilogie, se révèle assez décevant.

Le principal problème, c’est qu’il n’y a plus de suspense dans cet Alien:Covenant. Dès l’instant où l’équipage en route vers Origae-6 décide de modifier sa trajectoire et de se poser sur le lac d’une autre planète offrant a priori d'intéressantes similitudes avec la terre... c’est la galère. Non seulement attendue, mais déjà vue. Il suffit que de petites bactéries se faufilent dans l’oreille et le nez de deux membres d’équipage pour que tout soit dit ou presque.

Comme dans Life en somme, très décrié mais que dans le fond je préfère presque. Alors certes le réalisateur développe un univers contemplatif et cérébral, les décors sont soignés, les paysages magnifiques, les vaisseaux réalistes, tout comme l’équipement high tech.

Mais le scénario se révèle inutilement compliqué pour ne pas dire carrément bordélique, les dialogues pédants, bourrés de références à Milton, Shelley, le mythe de Prométhée rejoignant celui de Frankenstein sur fond d’Entrée wagnérienne des dieux dans le Valhalla. L’auteur convie les mythes, multiplie les thématiques (la création, l’intelligence artificielle, la conscience, l'origine), sans pour autant donner plus de chair et de corps à son récit.

aaaaaalien.jpgManque d’incarnation des personnages

De leur côté, les personnages pas du tout incarnés se révèlent du coup sans grand intérêt, Juste des êtres sacrificiels, soumis  à la voracité meurtrière des affreux et impitoyables Aliens, dont un Ridley Scott sans état d’âme se débarrasse dans des mares d’hémoglobine. Histoire de nous donner des cauchemars en nous glaçant le sang.

C’est plus ou moins réussi, si on admet un petit sursaut à la première apparition horrifique. A l’image de la performance des acteurs peu convaincants. Katherine Waterston nous fait amèrement regretter Sigourney Weaver et pas seulement à cause de ses envies quasi helvétiques de chalet au bord du lac dans sa nouvelle vie…

Véritable héros du film le beau Michael Fassbender est meilleur en androïde mais n’échappe pas au ridicule quand Ridley Scott l’affuble sadiquement d’une moumoute à la Brice de Nice ou le force à enseigner la flûte à bec à son double...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 mai.

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01/05/2017

Grand écran: "Et les mistrals gagnants", formidable et poignante leçon de vie d'enfants malades.

aaaaamistrals.jpgIls sont cinq, entre six et neuf ans: Ambre, Camille, Charles, Imad et Tugdual. Ils sont malades mais ils ne se plaignent pas. Au contraire, leur état ne les empêche pas de nous donner une formidable leçon de vie.

Filmé à leur hauteur, Et les mistrals gagnants est signé Anne-Dauphine Julliand Personnellement concernée par le sujet, elle a perdu sa petite fille, emportée par une maladie génétique orpheline. Une expérience douloureuse dont elle a fait un livre, Deux petits pas sur le sable mouillé.

Du coup, on pouvait craindre d’être pris en otages, tant le thème est dur, difficilement critiquable. Un écueil qu’évite pourtant constamment la réalisatrice, dont le but est avant tout de montrer l’insouciance, l’innocence, la maturité, la lucidité, l’exceptionnelle endurance de ces gosses injustement confrontés à la maladie, mais déterminés à profiter du temps qui leur reste.

Avec une énergie et un humour incroyables, l’indéfectible optimisme de l’enfance, leur façon de voir le bon côté des choses, ces êtres courageux, irrésistibles et magnifiques nous entraînent dans leur monde, nous laissant partager leurs jeux, leurs joies, leurs rires, leurs rêves. Un peu de leur souffrance aussi. Si peu pourtant que nos petits soucis nous font honte.

Un documentaire étonnant, sans pathos, plein de pudeur et de respect mais abordé frontalement. Sensible, bouleversant, à la fois drôle et déchirant, il vous arrache le cœur. Et quelques larmes, à l’écoute de Mistral gagnant, la chanson de Renaud qui a sans doute rarement provoqué autant d’émotion.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 mai.

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Grand écran: "Les initiés", illusoire apprentissage de la virilité en Afrique du Sud

aaaaaini.jpgXolani est un jeune ouvrier. Taciturne, morose, solitaire, il vit à Queenstown en Afrique du Sud et, chaque année, s’en va dans les montagnes du Cap Oriental. Avec d’autres hommes, il participe, en temps qu’instructeur, à l’ukwaluka, rituel d’initiation commençant par la cérémonie de circoncision imposée aux adolescents. Ils leur sont confiés pour devenir des hommes, de vrais mâles, selon les anciens, capables de perpétuer le nom de la famille.

Passé par là quelques années plus tôt, Xolani, jugé différent, était mis à l’écart. Issu d’un milieu aisé de Johannesburg, son initié, le capricieux Kwanda lui ressemble. Et ne tarde pas à découvrir un secret inavouable. «Je sais ce que tu es, mais tu ne peux pas l’admettre », lui dit-il…En effet, si Xolani revient dans ces campements isolés, c’est pour revoir son ami Javi, un grand gaillard athlétique qui en impose. Sauf que ce modèle de virilité cache sa vraie nature sous ses muscles. Comme Xolani, qui se sent du coup menacé par les éventuelles révélations de Kwanda

Sur fond de rite ancestral, d’illusoire apprentissage de la virilité, le Sud-Africain Jonh Trengove analyse les rapports de force, conflictuels, entre initiateurs et initiés, mais raconte surtout une violente et tragique histoire d’amour gay. L’illustrant notamment par des ébats à la fois furtifs et brutaux, il n’en brosse pas moins un portrait émouvant de deux hommes, l’un amoureux fou l’autre davantage soumis à ses pulsions, mais tous deux forcés de se cacher.

Le titre original The Wound (la blessure) traduit d’ailleurs mieux que son intitulé français, Les initiés, la double souffrance qu’induit le récit. Celle physique de la circoncision et celle psychologique du lourd secret d’une relation interdite dans une société restée attachée à des traditions archaïques. Un premier long métrage courageux, ambitieux, auquel on reprochera toutefois un manque de rythme, des longueurs, et l’ajout de de quelques scènes nuisant à la dramaturgie.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 mai.

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26/04/2017

Grand écran: "Django" raconte un moment méconnu de la carrière du guitariste. Avec Reda Kateb

aaaaadjango.jpgAvec son titre Django, on s’attendait à une biographie détaillée du célèbre guitariste. Mais pour son premier long métrage, Etienne Comar laisse de côté des épisodes majeurs du parcours de l’artiste pour se concentrer longuement sur deux ans méconnus de sa carrière.

En 1943, pendant l’Occupation, Django Rheinhardt, génie au sommet de son art, fait vibrer chaque soir le tout Paris aux Folies Bergères alors que ses frères tziganes sont pourchassés et tués en Europe.

Même s’ils détestent cette musique "dégnérée", Django plaît aux occupants et la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts. Non seulement la star n’a pas envie de se plier aux exigences ( pas d'impro de plus de cinq secondes et pas de swing) mais, sentant le danger, décide de s’évader en Suisse sur les conseils de sa maîtresse, Louise de Klerk.

Il se rend à Thonon avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. L'opération se révélant plus compliquée que prévue, Django et ses proches, bloqués pendant trois mois, se retrouvent plongés dans la guerre…

On peine à adhérer à cet opus un peu bancal, au récit linéaire, à la réalisation paresseuse et au scénario à ellipses semant la confusion, prenant par ailleurs des libertés avec la réalité. A l’image de ces scènes démonstratives devant un aréopage de nazis sous le charme, coïncidant avec l’assassinat d’un vieux chanteur gitan en pleine forêt. Ou, pour le côté romanesque, l’invention de la belle Louise de Klerk interprétée par Cécile de France, héroïne tragique de la Résistance façon femme fatale des films noirs des années 50, et finalement jetée en pâture à l’ennemi.

Et puis il y a l'importance finale d’un Requiem composé pendant la guerre pour les Roms massacrés, joué une seule fois en 1945 et dont la partition s’est perdue… Des fausses notes en somme, ne rendant pas service à Reda Kateb (photo), qui sauve pourtant les meubles en s'investissant totalement dans le rôle de Django. De chaque plan, il campe un personnage à la fois secret, complexe,dédaigneux, infidèle, joueur.

Reste enfin, la musique de ce géant du jazz, obsédé par la perfection. Electrisante, elle vaut à elle seule le détour.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 avril.

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Grand écran: "Le procès du siècle", un sujet passionnant porté par de brillants acteurs

aaaaaaproces.jpgEn 2000, après cinq ans de procédure, l ‘Américaine Deborah Lipstadt, professeure d’histoire et de littérature juives modernes à l’université d’Atlanta, auteure de Denying The Holocaust (La négation de l’Holocauste) sorti en 1993, se voit confrontée au Britannique David Irving. Cet universitaire extrémiste, historien amateur, écrivain à succès sur la seconde Guerre mondiale et avocat de thèses controversées sur le régime nazi, a sombré dans le révisionnisme.

Discrédité par Deborah Lipstadt, il la poursuit ainsi que son éditeur Penguin Books, pour diffamation et l’assigne en justice. Comme le veut la loi anglaise, c’est à l’accusé de démontrer son innocence et l’historienne se retrouve dans la situation incroyablement absurde de devoir prouver, à la Cour royale de Londres, l’existence de la Shoah dont elle a toujours farouchement défendu la mémoire. 

Le réalisateur Mick Jackson (auteur de Bodyguard en 1992) a coécrit Le procès du siècle (Denial) avec David Hare. Scénariste de The Reader (2009) de Stephan Daldry, autre film de prétoire sur l’après-guerre, ce dernier a épluché les archives officielles du procès et scrupuleusement retranscrit les échanges tenus.

Bien documentée et donc respectueuse dans sa reconstitution des faits réels, l’oeuvre classiquement mise en scène est par ailleurs portée par des comédiens très convaincants. Rachel Weisz (photo) tient le rôle de l’historienne pugnace, obligée de contrôler ses émotions, Tom Wilkinson celui de l’avocat faussement bonhomme mais vraiment retors de Penguin, tandis que Timothy Spall (meilleur acteur à Cannes en 2014 pour Mr Turner de Mike Leigh) enfile celui du négationniste aussi nauséabond que pervers, prêt au pire pour parvenir à ses fins.

On vous laisse découvrir l’issue de ce long métrage au sujet passionnant, auquel Deborah Lipstadt, aujourd'hui âgée de 69 ans et enseignant toujours, a collaboré en participant activement à la production.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 avril.

 

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