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Cinéfil

  • Grand écran: "La fameuse invasion des ours en Sicile", une perle graphique pleine de magie et de poésie

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    Projection-Lorenzo-Mattoti.pngTonio, le fils de Léonce, le roi des ours, est enlevé par des chasseurs dans les montagnes siciliennes et vit désormais chez les humains. Alors que la rigueur de l'hiver menace son peuple de famine, Léonce part à sa recherche et décide d’envahir le territoire des hommes. Avec l’aide de son armée et d’un magicien, il réussit à vaincre et finit par retrouver Tonio. Mais tout n'est pas gagné pour autant. 

    Ce film très personnel, qui ne doit rien à  l’animation américaine ou japonaise, est signé par le génial illustrateur italien Lorenzo Mattoti. Coécrit avec Jean-Luc Fromental et Thomas Bidegain, il est tiré de La fameuse invasion des ours en Sicile de Dino Buzzati, un roman pour enfants publié en 1945. Le réalisateur livre une  perle graphique, pleine de naïveté, de magie, de poésie, de féérie, sublimée par  de flamboyantes couleurs.

    Dans cette fable écologique et métaphorique, un peu pessimiste, racontée par une petite fille et un ménestrel et où il s’est fait plaisir en interprétant un ogre, Lorenzo Mattoti évoque à la fois l’obsession du pouvoir, la corruption politique, la relation père-fils, l’adaptation à une autre culture, l’acceptation de l’autre et de la différence. Pour un ours, voir son fils grandir comme un homme n’est pas facile…

    Un gros défi

    Grand admirateur de Dino Buzzati, un auteur phare qui l’a toujours influencé dans ses dessins, Lorenzo Mattoti s’est lancé un gros défi pour son premier long-métrage, en adaptant l’œuvre réputée inadaptable de l’écrivain. Il l’évoque dans l’entretien qu’il nous a accordé lors de son passage à Genève.

    «Le livre est  compliqué, particulièrement riche. Il y a une foule de personnages étranges, des fantômes des dragons. Plein de petits poèmes aussi. C’était difficile de respecter la structure, car l’histoire est illogique, part dans tous les sens. On a dû inventer des situations pour la justifier, nettoyer un peu, sacrifier des idées. Le rythme est également singulièrement différent entre la lecture et le cinéma. Comme par exemple la danse des ours qu’il a fallu transposer. Ce n’était pas une mince affaire.»

    Vous aviez envie d’introduire un personnage féminin. Pourquoi ?

    Parce qu’aujourd’hui on ne peut plus raconter une histoire sans femmes! Mais surtout cette petite fille est tellement attachante. Très active de surctoît, elle constitue un lien et rend le récit plus fluide. C'était indispensable.

    Il y a un mélange d’aventure et de commedia dell’arte

    On a travaillé avec des masques. J’ai toujours pensé au théâtre dans la mise en scène.

    L’esthétique est originale, en 2 et 3 D. Cela vous a-t-il posé des problèmes ?

    Non je viens d’un monde d’images. Pour moi, le plus ardu a été le traitement, le découpage. J’y ai passé cinq à six ans. Mais cela valait la peine parce que je désirais réaliser un film à grand spectacle pour les jeunes, tout en provoquant une réflexion, en leur parlant de la complexité des choses. Sans les cacher, mais en les disant de manière poétique.

    La langue originale est française. Pour quelle raison?

    Parce que les producteurs et toute l’équipe sont français. En Italie, cela aurait été beaucoup plus dur. Principalement en raison de l'absence de bonnes écoles et donc de grand savoir-faire dans le domaine -

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 octobre.

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  • Grand écran: "Joker", un grand film porté par un Joaquin Phoenix magistral

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    maxresdefault.jpgApprenti comédien dans les années 80, Arthur Fleck veut faire du stand up. Au début du film on le voit se maquiller en clown. Devant le miroir, il étire de ses doigts les coins de la bouche, se plaquant sur le visage un sourire forcé. Avant d’affronter la violence de la rue où, pour attirer l’attention, il se tient avec sa pancarte.

    Une bande de jeunes décide alors de la lui voler et le jette à terre, s’acharnant sur lui et le rouant de coups. Le début du basculement dans la folie pour Fleck qui, de plus en plus méprisé, humilié, bafoué de tous devient le Joker, un dangereux tueur psychopathe.

    Avec ce récit des origines du personnage culte, ennemi juré de Batman le plus dingue des super vilains de Gotham City, Todd Phillips, justement récompensé par le Lion d’Or à Venise signe une grande œuvre, très loin des codes des films de super-héros classiques. L’histoire, implacable, brutale, est servie par une réalisation stylée, froide, précise, sans effets inutilement spectaculaires, en dépit de scènes barbares.

    Arthur Fleck vit avec sa mère (qui le surnomme Happy) dans un vieil appartement d’une ville au bord du chaos, malgré les promesses de Thomas Wayne, candidat à la mairie. Todd Phillips décrit une situation où les pauvres, traités comme des parias, sont écrasés par les riches dans un système pourri, cautionné par des médias se cantonnant dans le divertissement futile.

    Todd Phillips évoque l’impunité dans laquelle se croient les puissants face aux faibles. Jusqu’à l’inévitable révolte. Socialement très actuel à l’heure où le fossé s’agrandit entre le peuple et les élites, le propos est manifestement destiné à favoriser l’empathie du spectateur pour ce clown triste, personnage hors norme.

    Une prestation flippante et poignante

    Le réalisateur nous invite à une plongée dérangeante dans l’âme tourmentée et torturée d’Arthur Fleck. Même s’il le dépeint comme un psychopathe auteur de crimes affreux, il en fait aussi une icône, un homme attachant, touchant, séduisant, charismatique, glorifiant carrément ses actions abominables, dont le meurtre d’une mère maltraitante. Nous le montrant comme le sauveur de la classe ouvrière de Gotham City, il nous pousse à plaindre cet être immoral.

    Joker est porté de bout en bout par un Joaquin Phoenix magistral, à la fois sinistre, effrayant, humain, monstrueux, provoquant. Indéniablement sur la route de l’Oscar, faute de ne pas avoir pu être sacré meilleur comédien à la Mostra, l'opus ayant déjà reçu la médaille suprême.

    Grimaçant, mentalement dérangé, décharné, la peau sur les os (il a perdu 25 kilos), sujet à des crises de folie et un rire incontrôlable, symbolique de son mal-être provoqué par une lésion cérébrale, il livre une prestation hallucinante, démente, flippante, perturbante, bluffante, déchirante.

    Sa performance extraordinaire a tendance à occulter celle des autres protagonistes. A commencer par celle, pourtant excellente, de Robert De Niro. Sobre, il offre le contrepied parfait à la folle interprétation de Joaquin Phoenix, dans le rôle de Murray Franklin célèbre animateur de talk show, magnat du petit écran proche du personnage incarné par Jerry Lewis dans La valse des pantins de Martin Scorsese.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 octobre.

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  • FIFF de Namur: polar remarquable, "Roubaix, une lumière" décroche le Bayard d'Or

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    B9720745537Z.1_20190831172657_000+G26EBP3PU.1-0.jpgIl avait été  ignoré par le jury cannois en mai dernier. Sous la présidence d’André Téchiné, celui du FIFF (Festival international du film francophone) dont la 34e édition vient de se tenir à Namur, a réparé cette incompréhensible oubli. Il a en effet décerné on ne peut plus logiquement son Bayard d’Or du meilleur long-métrage en compétition officielle à Roubaix, une lumière, d’Arnaud Desplechin.

    C’est la première fois que le fer de lance du cinéma d’auteur français s’attaque au polar. Il livre avec Roubaix, une lumière, un film noir, métaphysique, singulier, sublimé par le face-à-face entre Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier. Les trois se révèlent impressionnants dans cette affaire à la Simenon, à la fois sinistre et banale. Plus particulièrement Roshdy Zem, qui  compose un policier taiseux tenant à la fois du prêtre, de l’assistant social et du psychanalyste. (Voir aussi notre critique du 20 août dernier)

    Le Bayard de la meilleure interprétation est revenu à Fantine Harduin et Thomas Gioria pour leurs rôles dans le film Adoration de Fabrice Du Welz, qui avait eu en août dernier les honneurs de la célèbre Piazza Grande tessinoise. Paul, un jeune garçon solitaire, rencontre Gloria, la nouvelle patiente de la clinique psychiatrique où travaille sa mère. Tombé amoureux fou Paul va s’enfuir avec elle, loin du monde des adultes.

    camille-ffa2019-film-boris-lojkine.jpgLe Prix du meilleur scénario a été attribué à Boris Lojkine et Bojina. Panayotova pour Camille. Cette histoire vraie évoque avec émotion le destin de Camille Lepage (Nina Meurisse, photo), jeune photojournaliste partie en Centrafrique couvrir la guerre civile qui se prépare. Egalement projeté à Locarno, il avait remporté le prix du public.

    Virginie Surdej a décroché le prix de la meilleure photographie pour By the Name of Tania de Bénédicte Liénard et Mary Jiménez. Qui se penchent sur les horreurs vécues par une adolescente péruvienne, forcée de devenir une esclave sexuelle. Cet opus a été également récompensé d’un prix spécial, tandis que la Québécoise Myriam Verreault a reçu une mention spéciale pour Kuessipan. Elle propose une vision réalistico-poétique, aussi originale qu’intéressante, de la jeunesse innue d’Uashat, une réserve de la Côte-Nord.

    Dans la compétition Première oeuvre de fiction, on est moins séduit par le choix du jury Emile Cantillon (composé de cinq étudiants en cinéma âgés de 18 à 25 ans) qui a récompensé Perdrix, une comédie loufoque d’Erwan Le Duc. En revanche Mamadou Dia mérite bien à notre avis le Prix découverte pour son premier long métrage Le père de Nafi. Il imagine une petite ville du Nord du Sénégal qui tombe peu à peu dans l’extrémisme religieux.

    lola.jpgOn signalera encore parmi les nombreux autres prix, Lola vers la mer du Belge Laurent Micheli, qui livre un film bouleversant sur la transidentité à travers l’affrontement douloureux d’une adolescente et d’un père brisé par la mort de sa femme.

    S’obstinant à l’appeler Lionel, son nom de garçon, il la rejette, n’acceptant ni ne comprenant la transition. L'auteur crée ainsi une situation familiale diamétralement opposée à celle du fameux Girl de Lukas Dhont. 

    Le rôle principal de Lola est interprété par la jeune transgenre Mya Bollaers (photo), une révélation. Elle donne la réplique à un très convaincant Benoît Magimel, qu’on retrouve avec un vrai plaisir.

    Avec sa programmation variée de 139 longs et de courts métrages, beaucoup d’œuvres à sujet reflétant la vie et ses problèmes, d’opus engagés, inédits, poétiques, drôles, inédits ou vus dans d'autres festivals, le FIFF a rempli sa mission dans ce cru 2019, en présence de 250 invités et de 340 journalistes: rendre compte une nouvelle fois de la diversité du cinéma.

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  • Grand écran: "Alice et le maire", une brillante fable politique portée par les excellents Fabrice Luchini et Anaïs Demoustier

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    vf_alice_et_le_maire_4838.jpeg_north_1323x718_transparent.jpgAprès trente ans d’engagement politique Paul Théraneau (Fabrice Luchini) le maire socialiste de Lyon, a le cerveau à plat. Inquiète,son équipe décide de lui adjoindre Alice Heimann (Anaïs Demoustier), une jeune et brillante philosophe ultra diplômée, pour lui redonner un second souffle en lui insufflant les idées, le dynamisme et l’énergie dont il est pour l’heure complètement dépourvu. Un dialogue s’instaure, ébranlant leurs certitudes réciproques.

    A quelques mois des élections municipales en France, Nicolas Pariser livre, avec Alice et le maire, une comédie politique décalée sur le désenchantement d’un monde, la vanité, la médiocrité du pouvoir et de ceux qui gravitent autour, en posant intelligemment, sans cynisme mais avec un mordant teinté d’une certaine férocité, la question du rapport entre la pensée et la pratique, la théorie et l’action.

    De facture classique, exigeante, au propos à la fois léger et grave, cette fable politique divertissante et pleine d’humour, se moquant des ors de la République, est portée de bout en bout par un excellent duo d’acteurs parfaitement dirigés. L’auteur nous laisse ainsi voir un Fabrice Luchini généreux, étonnamment sobre et une vibrante Anaïs Demoustier, avec qui le cinéaste a décidé très vite de travailler. Ils se complètent à merveille au fil de ce récit dont les mots constituent le moteur. Les dialogues sont importants et situations où on ne parle pas sont rares.

    Il existe assez peu de fictions du genre en France, les réalisateurs s’intéressant très moyennement au monde politique. C’est l’inverse pour l’auteur d’Alice et le maire qui se passionne pour le sujet depuis l’école primaire et suit de près ce qui se passe. C’est par ailleurs un fan de la célèbre série The West Wing ( A la Maison Blanche) d’Aaron Sorkin). Il nous le confirme à l’occasion d’un passage à Genève.

    "J’éprouve un intérêt particulier pour un milieu qui me semble très riche. J’ai envie de le traiter sans vulgariser. Je suis parti du postulat d’un maire qui a perdu la flamme, qui n’a plus d’idées et d'une femme qui en regorge mais ne sait pas trop qu’en faire. J’évoque leur intériorité, la relation humaine et professionnelle  qui se noue, la confrontation de générations, mais sur un pied d’égalité. Alice est franche, elle a du répondant, elle ne s’écrase jamais devant le pouvoir". D’où l’ombre qu’elle fait aux proches du maire en prenant du galon.

    Nicolas Pariser s’amuse aussi à peindre un tableau critique sur fond de concepts marketing creux, frôlant l’absurde. "Les lieux de discours sont contaminés par le vocabulaire de la com’, ce qui devient un élément comique. Cela dit, j’ai surtout voulu que l’univers que je décris, avec les ambitions et les égos s’y manifestant, ne soit ni trop noir, ni trop angélique".

    Pour autant, Nicolas Pariser n’a pas de message à délivrer. "Je veux juste conserver l’impression que le film peut toucher beaucoup de monde. Mon rêve, c’est qu’on en discute quand on en sort". Enfin, bien qu'il se déroule à Lyon, toute ressemblance avec une personne existante ne serait que pure coïncidence. "Je me suis inspiré de petits bouts d’histoire. Il y a un peu de Delanoë, de Hollande. En revanche, il n’y a rien de Gérard Collomb".

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 2 octobre.

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  • Grand écran: "Atlantique" évoque l'émigration entre réalité, onirisme et fantastique

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    atlantique.jpgLe film ouvre sur le chantier d’une tour en construction à Dakar, avec de jeunes ouvriers en colère qui n’ont pas été payés depuis trois mois et qui réclament en vain leur salaire. Parrni eux Souleiman, amoureux de la jolie Ada (Mama Sané, photo). Elle l’aime aussi mais, forcée par sa famille, est sur le point d’épouser Omar, un riche Sénégalais expatrié qui ne lui inspire que du dégoût.

    Dans l’espoir d’une vie meilleure, Souleiman et ses collègues décident de partir une nuit pour l’Espagne, sur une barque dont on ne tarde pas à apprendre qu’elle a sombré dans une tempête. Complètement déprimée, Ada attend le mariage avec Dior et Fanta qui, elles, ne cracheraient pas sur la vie confortable promise à leur amie.

    Mais celle-ci découvre que Souleiman, porté disparu avec les autres en mer, lui envoie des messages. Et puis le soir des noces, un incendie dévaste la maison de la fête et le lit nuptial. Alors que la police enquête, de jeunes femmes et le flic du quartier sont victimes d’étranges fièvres. Avant que surviennent d’autres phénomènes surnaturels. Par ailleurs certains auraient vu Souleiman s’enfuir. Serait-il de retour d’entre les morts pour se venger des vivants ?

    Atlantique est le premier long métrage de la Franco-Sénégalaise Mati Diop, 36 ans. Partant d'une réalité quotidienne, elle évoque l’émigration tout en se focalisant sur les fiancées, épouses, mères et sœurs qui restent après le départ des hommes pour l’Europe. Entre hantise et envoûtement, elle tente l’onirisme, la poésie et la métaphore dans une chronique sociale virant au thriller fantastique malheureusement trop dépourvu de tension et de suspense pour véritablement convaincre. Cela ne l’a pas empêché d’être très généreusement récompensé du Grand prix du jury au dernier Festival de Cannes.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 25 septembre.

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  • Grand écran: "Ad Astra", la folle odyssée spatiale de James Gray. Avec un impeccable Brad Pitt

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    bradpitt2.jpgUn astronaute tombe d’une immense échelle qui s’élève de la Terre jusqu’au-delà de la stratosphère. Une chute qui manque de lui coûter la vie, mais il parvient miraculeusement à en réchapper, même avec son parachute troué. Cela ne l’empêche pas de rester d’une rare placidité. De marbre, il maîtrise son rythme cardiaque qui ne bouge pas d’un battement…

    Cet homme à la force tranquille, c’est Roy McBride (Brad Pitt), qui va voguer jusqu’aux confins de l’univers. Il a pour mission de participer au sauvetage d’un vaisseau qui s’est abîmé sur Neptune bien des années auparavant. Selon un signal émis de la planète en question, un naufragé est vivant. Il n’est autre que le père de Roy, obnubilé par l’inlassable recherche de preuves d’une vie extraterrestre. Ses tentatives scientifiques provoquent des explosions radioactives entraînant des surcharges électriques aux dangereuses conséquences pour les terriens.

    Sur les traces du père

    Après le succès de The Lost City Of Z (2016), le réalisateur américain James Gray se lance à son tour, avec Ad Astra, dans une folle odyssée spatiale aux décors somptueux, sur fond de drame intime, en envoyant Roy dans un voyage initiatique, sur les traces d’un père qui l’a abandonné jeune. Tout comme son géniteur a été absent dans sa vie, Roy se sent seul au monde, lui aussi obsédé par un travail qui le conduit à délaisser les siens.

    Aller se balader à l’autre bout de la galaxie est donc une façon de résoudre son conflit intérieur. Il est parfaitement incarné par Brad Pitt, modèle de l’homme américain, que le réalisateur a exprès choisi pour casser le stéréotype de la masculinité, en créant un anti-héros, un personnage qui tire sa force de sa vulnérabilité, de ses failles, de ses faiblesses et de ses échecs.

    Cette exploration des liens familiaux, du rapport au père doublé d’une quête de soi et d’une réflexion existentielle sur la solitude dans un thriller hypnotique, n’empêchent pas les scènes d’action spectaculaires, dont une course poursuite démente sur la Lune où Roy a fait escale. Et son incroyable infiltration à bord d’une fusée sur la rampe de lancement.

    A cet égard, James Gray en fait d’ailleurs un peu beaucoup, nous poussant à nous poser des questions trivialement terrestres sur la faisabilité des exploits physiques et autres performances, qui viennent fâcheusement parasiter une volonté de lâcher prise pour une envolée sereine vers les étoiles. C’est un peu dommage.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 septembre.

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  • Grand écran: Woody Allen charme avec "A Rainy Day In New York", une comédie pétillante au ton délicieusement désuet

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    9e9915ca-bffb-11e9-8f25-9b5536624008_image_hires_033732.jpgRejeté par les Etats-Unis à la suite de la tornade Me Too et par Amazon Studios qui a rompu le contrat qui le liait au réalisateur, lequel a lancé une procédure juridique en réclamant 68 millions de dollars, le dernier film de Woody Allen A Rainy Day In New York (Jour de pluie à New York), a trouvé refuge en Europe. Ce cinquantième opus devrait, nonobstant (ou grâce à) la polémique, faire comme d’habitude un joli parcours sur le Vieux Continent.

    Il le mérite. On craque devant cette pétillante comédie romantique, pimentée d'une légère satire du Manhattan cossu, où le cinéaste renoue avec sa veine légendaire. Elle réunit Timothée Chalamet (qui s’est désolidarisé du projet avec Rebecca Hall, les deux reversant leur salaire à une association venant en aide aux victimes d’abus sexuels) Elle Fanning, Selena Gomez, Jude Law (qui a défendu l’auteur), Diego Luna et Liev Schreiber.

    Deux étudiants, Gatsby (Chalamet) et Ashleigh (Fanning, photo), envisagent de passer un week-end en amoureux dans Big Apple. Ashleigh Enright (allusion au célèbre architecte?) qui écrit pour le journal de son université de province, rêve de faire carrière dans le journalisme et ne tient plus en place à l’idée d’interviewer l’un de ses réalisateurs favoris. Quant à Gatsby Welles (référence bien sûr au héros de Scott Fitzgerald et au grand cinéaste) il veut lui faire découvrir le jazz et la peinture.

    Mais la pluie s'en mêle. Séparés, ils enchaînent bientôt, chacun de leur côté, les quiproquos, les rencontres fortuites et les situations insolites. Ce qui donne un film particulièrement divertissant, gracieusement porté par Timothée Chalamet et Elle Fanning (vraiment excellente). L'oeuvre se révèle à la fois charmante, piquante, frivole, loufoque, émouvante, jubilatoire. Délicieusement désuète et anachronique aussi avec ses dialogues ciselés, Woody Allen se projetant à l’évidence dans le rôle masculin principal.

    A signaler que la rupture du contrat avec Amazon n’a pas empêché le prolifique artiste de trouver d’autres partenaires. Il a même déjà tourné son prochain film en Espagne avec un casting majoritairement européen, dont Christoph Waltz, Louis Garrel et Sergi Lopez.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 septembre.

     

     

     

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  • Grand écran: "Portrait de la jeune fille en feu", envoûtant récit d'un amour interdit

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    portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-critique.jpgAprès Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles, Céline Sciamma livre son quatrième long métrage Portrait de la jeune fille en feu, qui avait...enflammé Cannes et valu à son auteur le prix du scénario en mai dernier. ainsi que la Queer Palm. Spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, elle change de temps et de décor. Et explore, dans ce film fascinant sur le regard, les sentiments et le désir, l'idylle impossible entre deux femmes, la brune Marianne (Noémie Merlant) et la blonde Héloïse (Adèle Haenel). Un superbe duo d'actrices.

    On est en 1770. Artiste peintre farouchement indépendante, la première débarque  sur une île bretonne isolée à l’appel  d’une riche propriétaire qui lui a commandé le portrait de mariage de la seconde, à peine sortie du couvent. Mais Héloïse résiste à cette union forcée en refusant de poser. Jouant la dame de compagnie sur commande, Marianne, l’observant pour mieux mémoriser sa beauté, sa gestuelle, va la peindre en secret. D’abord hiératique, distante et rétive, Héloïse succombe bientôt à son charme.

    Des dialogues ciselés

    Entre beauté et douceur, Céline Sciamma filme avec sensualité, finesse, pudeur et sobriété l’éveil de l’amour conduisant à une éphémère relation passionnée. Excellentes, les deux comédiennes évoluent en parfaite harmonie, contournant audacieusement la loi des hommes à une époque où la liberté des femmes était des plus limitées. Comme pour mieux s’affirmer et s’affranchir, elles se livrent à des joutes verbales de haut vol  grâce à des dialogues ciselés, qui subliment cet envoûtant et fiévreux récit d’un amour interdit, où peinture et cinéma se rejoignent dans un acte de création.
     

    «Le film a été construit pour Adèle, en pensant à ses possibles, à ce que je sais d’elle, avec le projet d’une artiste neuve. Je voulais chroniquer la naissance d’un désir, l’amplitude d’une histoire d’amour, ce que c’est de tomber amoureux, d’aimer», explique Céline Sciamma. «Il s’agit aussi d’une réflexion sur le regard, le fruit d’une somme d’entre eux, de l’abandon et de la confiance dans celui de l’autre.»

    « On voit Héloïse et Marianne penser en direct »

    Elle évoque l’analogie évidente entre la peinture et le cinéma. «Je me sers de l’une pour parler de l’autre. Notre travail est fait de couches. J’aurais pu m’inspirer d’artistes célèbres. Mais pour montrer le travail, il fallait se détacher du biopic. C’est mon film le plus dialogué, avec des échanges intellectuels. On voit Marianne et Héloïse penser en direct. Il y a là quelque chose de l’ordre de l’humour, du plaisir.»

    «Avec Céline, j’ai une complicité intellectuelle et artistique. Je l’accompagne dans la mise en scène. Ça me plaît vachement d’explorer tous les jeux», raconte de son côté Adèle Haenel. «Comme de construire un personnage Picasso en trois phases. La phase Japon (avec une sorte de masque), la phase dégel (le masque se craquèle) et la phase vraiment chaude. Elle ajoute: «Le film dit aussi ce qu’on fait d’une histoire d’amour au passé qui continue à nous habiter...»

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 septembre.

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  • Grand écran: "Deux Moi", ou la solitude de l'humain moderne vue par Cédric Klapisch

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    5929562.jpgAprès un tour dans les vignes avec Ce qui nous lie, Cédric Klapisch retrouve Paris et son effervescence pour Deux Moi, son treizième long métrage. Trentenaires, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) sont voisins sans le savoir et se croisent ainsi quasi quotidiennement sans se connaître. Chercheuse, solitaire et timide, peinant à se remettre d'une ancienne histoire d'amour, elle est toujours fatiguée, dort beaucoup et multiplie les rencards ratés sur les réseaux sociaux. Esseulé lui aussi, introverti, bluesy, angoissé, travaillant pour une hot-line, il a du mal à trouver le sommeil et à rencontrer une fille.

    Ce sont ces deux personnes isolées dans leur vie affective et sociale, traînant leur déprime, leur vide et leur mal-être dans l’anonymat de la capitale française, que l’humaniste Cédric Klapisch filme en parallèle chez eux, dans la rue, au travail et chez le psy que chacun va consulter pour comprendre son problème. Deux personnes qui ont des fêlures, des blessures à soigner et qui doivent d’abord régler leurs difficultés, apprendre à s’aimer elles-mêmes avant de pouvoir aimer autrui.

    C’est ainsi, comme l’indique le titre Deux Moi, que l’individu prime sur le couple, loin de l’utopie communautaire et de ses vertus. Par ailleurs, contrairement à ce qu’il a développé dans sa trilogie L’Auberge espagnole, Les poupées russes et Casse-tête chinois, le cinéaste ne se penche pas sur le premier rendez-vous entre un garçon et une fille avec ce qu’il va entraîner entre séduction, crise et passion, mais à ce qui se passe avant une éventuelle histoire d’amour. Et du coup, bien qu'on s'y attende, termine son film là où en principe tout commence dans une comédie romantique classique.

    Ana Girardot et François Civil, déjà frère et sœur dans Ce qui nous lie, fonctionnent bien chacun de leur côté dans ce récit à deux voies où le réalisateur, évitant de trop dramatiser, laisse parfois place à un humour qui ne fait pas toujours mouche. Dommage toutefois que l’intrigue soit parasitée par des sujets secondaires balancés à la va vite, comme les secrets familiaux menant à la psychanalyse, palliatif à l’extrême solitude de nos sociétés hyper connectées, faussement propices aux relations sociales ou amoureuses.

    Enfin, cela donne l’occasion à Cédric Klapisch de se moquer de deux praticiens ridicules interprétés par François Berléand et Camille Cottin. et de leur manière plutôt particulière de concevoir leur métier. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: dans "Blinded By The Light", Bruce Springsteen transforme la vie d'un jeune Anglais

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    Film_web_081519.jpgNous replonger dans la musique du Boss à travers la passion d’un adolescent, une belle idée de la cinéaste britannique Gurinder Chadha, qui s’était perdue en route après le succès, en 2002, de Bend It Like Beckham (Joue-la comme Beckham). Pour Blinded By The Light, elle s’est inspirée de l'autobiographie Greetings From Bury Park: Race, Religion and Rock n’Roll, écrite en 2007 par le journaliste Sarfaz Manzoor, qui a collaboré au scénario.

    Nous sommes en 1987, dans une Angleterre en pleine crise économique, sous le joug de Margaret Thatcher.  L’austérité et le chômage le disputent aux tensions raciales, une discrimination qui vise souvent Javed Khan (Viveik Kaira, à droite sur la photo) un jeune Anglais d’origine pakistanaise, dont les parents ont émigré avant sa naissance. Il est traité de Paki, chassé d’un café par des élèves de son école, menacé de se faire arranger le portrait par un groupe de punks.

    Timide, mal dans sa peau, Javed cherche sa voie, écrit des poèmes, des paroles de chansons, des textes pour le cours de littérature. Il rêve de quitter la morosité de sa ville de Luton et surtout d’éviter le chemin tracé pour lui par son père, un immigrant sévère et rigide, d’une rare intransigeance. Peu impressionné par ses talents littéraires, il veut voir son rejeton suivre de grandes études pour ramener des sous à la maison. .

    Et puis un jour la vie de Javed va être définitivement transformée par la découverte de l’œuvre de Bruce Springsteen, grâce aux cassettes que lui donne son ami Roofs. Galvanisé par les paroles de l’artiste qui semble s’adresser directement à lui, encouragé par son professeur, il décide de devenir lui aussi un poète et un écrivain, défiant ainsi les racistes, l’autorité parentale et osant enfin sortir avec la jolie Eliza. Dès lors tout le film s’articule autour des plus grands tubes du chanteur, de Dancing In The Dark à Thunder Road, en passant par Born To Run et The Promised Land. Une parfaite combinaison entre les textes et les images.

    Prévisible, ce récit d’apprentissage qui fait écho à notre actualité, n’est forcément pas d’une folle originalité. En dépit de son rythme, de l’émotion de la vitalité et de l’humanité qu’il dégage, on peut lui reprocher son côté guimauve et tire-larmes. Sans parler du portrait caricatural du père de Javed. Il n’empêche qu’on marche et qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Grâce évidemment à la puissance des chansons de Bruce Springsteen, qui a donné son accord à la réalisation de l’œuvre. Mais également aux comédiens toniques comme la révélation Viveik Kaira, qui s’éclatent visiblement dans cette comédie sociale, dont l’aspiration à la liberté constitue l'un des moteurs.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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