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23/05/2016

Festival de Cannes: le militant Ken Loach remporte la Palme d'or avec "Moi, Daniel Blake"

akenloach.jpgAlors que la critique unanime plébiscitait Toni Erdman, sa réalisatrice allemande Maren Ade est repartie les mains vides. Le jury présidé par George Miller a décerné la Palme d’or à Ken Loach pour Moi, Daniel Blake. Une deuxième après celle obtenue avec Le vent se lève en 2006.

Un choix convenu qui n’étonne pas pour ce film militant. Beau, émouvant mais peu novateur, il se penche à son habitude sur la misère sociale, en suivant un menuisier chômeur et son parcours kafkaïen dans les arcanes de l’administration, pour obtenir l’aide sociale. Un choix politique qui se retrouve dans d’autres films primés.

Dans son discours de remerciement, le réalisateur qui va fêter ses 80 printemps a notamment dit: "Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse.  Nous sommes à l‘orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe". Un autre monde est possible et même nécesssaire, a ajouté le cinéaste en mettant en garde contre le retour de l'extrême-droite.


dolan.jpgLes larmes de Xavier Dolan

Le Grand prix du jury est lui revenu à Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce, mort du sida en 1995. Un jeune auteur à succès revient dans sa famille après 12 ans d’absence pour annoncer à ses proches qu’il va mourir.

Aussi ému qu’il y a deux ans, l’enfant chéri de Cannes qui espérait sans doute toucher cette fois le Graal s’est laissé aller à verser quelques larmes. "Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé, pour être accepté. Toute ma vie je tournerai des films, aimé ou  non", a-il déclaré.

Des prix d’interprétation dans le ton de la Palme

Oubliant les Kristen Stewart, Isabelle Huppert, Marion Cotillard ou autres stars, le jury, restant dans le ton de la Palme, a choisi de donner son prix d’interprétation féminine à la Philippine Jaclin Jose, héroïne de Ma’Rosa de Brillante Mendoza. Mère de quatre enfants dans un quartier pauvre, elle est arrêtée par des policiers corrompus pour la revente de narcotiques divers.

bhosseini.jpgPareil en ce qui concerne les garçons, alors qu'on imaginait Fabrice Luchini, Gaspard Ulliel, Shia LaBeouf, voire Adam Driver dans le rôle du meilleur acteur. Eh  bien c’est l’Iranien Shabah Hosseini qui a décroché la timbale dans Le client. Et son réalisateur a fait coup double en raflant le prix du scénario, en montrant un couple qui tente de retrouver une vie normale, après une agression subie par la jeune femme.

Le prix du jury est allé à la Britannique Andrea Arnold pour l’électrique American Honey, brillant mais qui aurait gagné à être raccourci. Star, une adolescente quitte sa famille et rejoint une équipe qui fait du porte à porte en vendant des magazines.

Enfin deux cinéastes se partagent ex-aequo le prix de la mise en sène , le Français Olivier Assayas avec Personal Shopper et le Roumain Cristian Mungiu avec Baccalauréat. Chez le premier Kristen Stewart fait les courses pour une vedette en attendant que se manifeste l’esprit de son frère récemment décédé. Le second se penche sur la corruption en Roumanie à travers les petites magouilles d’un médecin pour aider sa fille.

Une excellente édition 2016

Les  choix du jury sont évidemment déjà encensés ou décriés à mort.  Les réseaux sociaux s’en donnent en tout cas à  cœur joie dans un sens ou dans l’autre. Reste que dans cette compétition d’un excellent niveau, nettement plus élevé que celle de l’an dernier, il était difficile de dégager une incontestable Palme d’or, comme ce fut par exemple le cas il  a trois ans avec La vie d’Adèle.

Prouvant une vitalité du cinéma qui s’est manifestée dans les sections parallèles, de nombreux concurrents pouvaient ainsi y prétendre. Outre Toni Erdmann, de Maren Ade, on pense à Elle de Paul Verhoeven, au sensuel Mademoiselle de Park Chan-Wook,  à l’irrésistible Ma Loute de Bruno Dumont , au radical Rester vertical d’Alain Guiraudie, à Paterson de Jim Jarmush. Et si Pedro Allmodovar (Julieta) ou Les frères Dardenne (La fille inconnue) étaient un poil en-dessous, il  n’y a eu qu’un seul véritable couac, le grotesque The Last Face de Sean Penn unanimement considéré comme le pire film du festival.

acamdiv.jpgDivines remporte la caméra d’or

Ce prix réservé à un premier film toutes sections confondues est allé à Divines de la Franco-Marocaine Houda Benyamina proposé à la Quinzaine des réalisateurs. Ce qui a poussé son auteur survolté à se lancer dans un show féministe peu banal, tout en remerciant le délégué général de la Quinzaine Edouard Waintrop qui l’a sélectionnée d’un "Je te dis Waintrop, t’as du clito!"

Jean-Pierre Léaud à l'honneur

On gardera pour la fin la Palme d'or d'honneur décernée à Jean-Pierre Léaud "né à Cannes en 1959", où il était venu pour la première fois avec Les quatre cents coups de François Truffaut. Cet acteur qui a tout donné au cinéma et à qui le public a réservé une longue standing ovation, était cette année à l'affiche de La Mort de Louis XIV. Un remarquable opus présenté hors compétition, mais qui aurait dû y être.

 

 

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22/05/2016

Festival de Cannes: "Toni Erdmann" de l'Allemande Maren Ade a fait craquer les critiques, tous pays confondus

erdmann.jpegDepuis sa projection, dans les premiers jours du festival, Toni Erdmann de l’Allemande Maren Ade est le grand favori de la critique, tous pays confondus. Et si sa réalisatrice gagnait la Palme d’or, pour cet opus formidablement interprété par Sandra Hüller et Peter Simonischek, ce serait la première fois qu’une femme la remporterait sans avoir à la partager.
 
Cette comédie évoque l’intrusion d’un père, le farceur Winfried, alias Toni Erdmann, dans la vie très réglée de sa fille Inès. Femme d’affaires psychorigide de 37 ans travaillant dans une grande société allemande basée à Bucarest, sacrifiant tout à son boulot, elle ne supporte pas le moindre désordre.
 
Autant dire que la working girl toujours impeccable dans ses tailleurs stricts, apprécie très moyennement la visite de ce paternel sexagénaire encombrant, adepte de coussins péteurs, prof de musique et clown dans des maisons de retraite. Et qui de surcroît déboule dans son univers de cols blancs affublé d’une horrible perruque et d’un dégoûtant dentier. Elle en a honte et le courant passe mal entre eux.  
 
Toni prétend alors repartir pour l’Allemagne, mais en réalité il s’incruste et squatte des cocktails où se rend sa fille. Se prétendant consultant, à tu et à toi avec les grands de ce petit monde capitaliste, il donne la mesure de ses talents de guignol en multipliant les blagues douteuses, lourdes et ringardes. Non seulement ça marche, mais il exerce une curieuse fascination sur ceux qu’il mystifie. 
 
Maren Ade se sert de ce bouffon déchaîné pour livrer une farce grinçante, très originale, mêlant à la satire sociale où elle se moque du pouvoir et de ses jeux vulgaires, un émouvant rapport père-fille. Elle imagine aussi des scènes irrésistibles. Dont celle déjà culte d’un brunch censé ressouder l’équipe d'Inès et où tout le monde doit arriver complètement nu. En dépit de toutes ses qualités faisant souffler un vent de renouveau sur le cinéma allemand  on reprochera à Maren Ade une tendance à la répétition, allongeant inutilement la durée de son film.  
 
 

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20/05/2016

Festival de Cannes: Xavier Dolan bouleverse et exaspère dans "Juste la fin du monde"

aulliel.jpgIl était espéré comme le Messie par des festivaliers agglutinés dans de monstrueuses files d'attente. Et pourtant, l'accueil fut relativement mitigé pour le réalisateur québecois qui, après avoir décroché il y a deux ans un prix du jury avec Mommy, revenait présenter en compétition Juste la fin du monde, adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce dont il apprécie la beauté du texte et de la langue. Jeune auteur à succès, homosexuel intello plein de douceur, Louis (Gaspard Ulliel excellent) n’a pas revu sa mère, sa sœur et son frère depuis 12 ans.

Malade, il revient chez les siens pour leur annoncer sa mort prochaine. Et ne cessera de chercher le bon moment pour le faire. Mais il recule à chaque fois devant l’extrême tension que sa visite provoque, face à ces gens qui l’accablent de leur amertume, de leur rancœur. De leur amour aussi

On reconnaît une mise en scène virtuose privilégiant abondamment les gros plans à ce huis-clos théâtral familial asphyxiant, à la fois bouleversant et exaspérant. Où tout le monde a envie de déballer ce qu’il a sur le cœur, mais où chacun crie, s’engueule, balance des vannes pour éviter, dans une fuite en avant logorrhéique, de parler de l’essentiel,. A savoir de la raison du retour de Louis qui les tourmente.

Outre Gaspard Ullliel, quatre autres stars françaises portent le film. Moins bien que lui toutefois. Nathalie Baye (sa mère Martine), perruque noire et maquillage outrancier et Vincent Cassel (son frère Antoine) en font des tonnes dans une hystérie galopante. Sa Lea Seydoux (sa sœur Suzanne qu’il n’a pas vu grandir) n’est pas moins irritante. Heureusement qu’il y a Marion Cotillard (sa belle-sœur Catherine que Louis ne connaissait pas). Dans ses hésitations, son bégaiement, sa gentillesse et sa compassion à l’égard de Louis dont elle a tout de suite compris le secret, on l’a rarement vue aussi bonne et aussi différente.

"C'est mon meilleur film"

Comment le jury va-t-il réagir? Mystère évidemment. Mais il devrait, sinon donner la palme à Xavier Dolan, au moins le faire figurer au palmarès, L’intéressé est un peu blessé par les critiques négatives, mais pour lui c’est le jeu et il n’est pas inquiet. "Je suis heureux d'être à Cannes, fier de mon fil. J’estime que c’est mon meilleur", avoue-t-il à la conférence de presse. De leur côté, ses comédiens ne tarissent pas d’éloges sur leur réalisateur, s’accordant à évoquer une rencontre passionnante avec un homme hors norme, proche d’eux, les mettant sous un microscope, jouant avec eux, donnant tout, essayant de capter le moindre souffle.

Xavier Dolan est très sensible à la prolixité des personnages qui parlent de tout sauf de ce qu’ils savent. "Louis réagit à la nervosité, à l’ambiance. On s’évade à travers lui, grâce aux regards échangés avec Catherine. Il est en escapade perpétuelle dans une maison où sa famille le noie sous les reproches. Le plus attrayant, c’est son côté désagréable. Dans la vie on pleure, on explose, on ment. Je suis content d’avoir pu travailler avec des acteurs que j’admire pour exprimer cette imperfection humaine".

Le réalisateur s’explique aussi sur l’utilisation es bros plan quasi constants. "Pour moi, c’était une nécessité de me rapprocher des visages qui reflètent la tension. L’histoire passe par les silences, les regards, le moindre mouvement d’une bouche exprimant tout ce qui n’est pas dit".

 

 

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18/05/2016

Festival de Cannes: Almodovar, Assayas et les Dardenne entre culpabilité et chagrin

almodov.jpgMalmené dans son pays pour son dernier film, Pedro Almodovar, par ailleurs empêtré dans le scandale de Panama Papers, est venu se rassurer Cannes, où Julieta a au contraire provoqué l’enthousiasme de la critique. De quoi espérer enfin une Palme d’or pour sa cinquième sélection en compétition, après avoir reçu en 1999 le prix de la mise en scène pour Tout sur ma mère et, en 2006, celui du scénario pour Volver, plus un prix collectif d'interprétation féminine? 

Pas sûr pourtant que cela suffise à convaincre le jury. Julieta reste en-deça des meilleurs films de l’Espagnol, même si on aime ce portrait de mère en souffrance, brisée par l’absence de sa fille Antia qu’elle n’a pas vue depuis des années. Alors qu’elle a décidé de quitter Madrid, Julieta (Emma Suarez), la belle cinquantaine, professeur de grec passionnée par la mythologie, tombe par hasard sur Bea, l’amie d’enfance d’Antia qui lui dit l’avoir croisée quelques jours auparavant

Sous le choc, la mère change ses projets et, dans l’espoir, l’obsession de retrouver Antia, lui écrit ce qu’elle a gardé secret depuis toujours. Dès lors Pedro Almodovar déroule son film en flash-back, avec une Julieta jeune (Adrina Ugarte) en butte à une série de catastrophes, dont la mort de l’homme qu’elle aime.

Excellentes, les deux comédiennes qui tournaient pour la première fois sous la direction de Pedro Almodovar, font la force du film évoquant l’inéluctabilité de la perte des êtres chers. Traversé par un fort sentiment de culpabilité, il allie thriller psychologique, mélodrame et roman-photo.

akristen.jpgOlivier Assayas hué

Si Pedro Almodovar a été bien applaudi lors de la projection de presse, ce n’est pas le cas d’Olivier Assayas, copieusement hué pour Personal Shopper, avec Kristen Stewart. Pourquoi tant de haine à l’égard de cette histoire de fantômes? On est certes un rien réservé, mais d’ici à parler de «naufrage embarrassant»!

D’autant que la jolie Américaine se révèle parfaite dans le rôle de Maureen. Installée à Paris, elle est chargée de la garde-robe d’une star, trop occupée pour faire des courses elle-même chez les bijoutiers et grands couturiers, prétexte à un petit défilé de arques…Par ailleurs medium, c’est le nœud de l’intrigue, Maureen cherche à communiquer avec Lewis, son frère jumeau décédé récemment d’une crise cardiaque. et dont elle dit sentir la présence

Olivier Assayas, surfant sur l’usage abusif du portable à coups de textos anonymes et nous emmenant dans des maisons hantées parle, à l’instar d’Almodovar, du chagrin éprouvé quand les êtres aimés nous quittent. Maureen est inconsolable dans ce thriller fantastique qui tient de l’exercice de style assumé mais un poil ennuyeux.

adelehae.jpgLes Dardenne mollement accueillis

Si une première palme n’est pas promise à Pedro Almodovar, ce n’est pas non plus dans la poche pour les frères Dardenne, qui eux visent le triplé avec La fille inconnue. Pas accueilli d’une façon aussi hostile que Personal Shopper, il n'a malgré tout eu droit qu'à des applaudissements mous. Accompagnés de quelques sifflets et de tweets peu charitables. Exaspérant, plat, fable trop prévisible, en demi-teinte…

Certes ce n’est pas du tout grand Dardenne, mais là encore le jugement est bien sévère pour l’histoire de Jenny, jeune médecin rongé par le remord pour avoir refusé d’ouvrir la porte de son cabinet à une jeune fille, retrouvée morte le lendemain matin. Apprenant de surcroît que la police ignore son identité, elle va tenter, toute seule, de la trouver.

Jusqu’alors centré sur les gestes et le quotidien d’un médecin généraliste chargé de former un stagiaire, le film qui livre, à l’instar de Pedro Almodovar une réflexion sur la culpabilité, bifurque vers une enquête policière qui n’est pas d’un intérêt majeur Reste que s’il laisse un peu sur sa faim, le dernier-né des Belges est porté par une Adèle Haenel remarquable enlevant le morceau par son jeu à la fois simple sobre, naturel et intense.

Julieta de Pedro Almodovar à l'affiche dans les salles de suisse romande dès mercredi 18 mai.

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16/05/2016

Festival de Cannes: "Ma vie de courgette" fait pleurer la Croisette

courgette.jpgA la Quinzaine des réalisateurs, on a sorti les mouchoirs en voyant les bouleversantes aventures de Courgette. Un curieux nom de légume sous lequel se cache Icare, un petit garçon de 9 ans qui, depuis que son père est parti avec une  "poule", vit seul avec sa mère alcoolique.

Elle lui flanque régulièrement de sacrées raclées. Un jour il la tue accidentellement pour échapper aux coups. Alors Raymond, le sympathique et compatissant policier qui s’occupe de son cas, l’emmène dans un foyer.

Réalisé par le Valaisan Claude Barras sur un scénario de Céline Sciamma, Ma Vie de courgette est inspiré du roman de Gilles Paris, Autobiographie d'une courgette. Il raconte donc la vie d’Icare qu’il faudra désormais appeler Courgette, le sobriquet auquel il s’accroche. C'est ce qui lui reste de sa mère qui le lui avait donné.

A l’orphelinat ressemblant à une colonie de vacances, le gamin qui se croit seul au monde rencontre la petite bande de Simon, Ahmed, Jujube, Alice et Béatrice. Ils ont chacun leur histoire. Toutes sont aussi tristes de Courgette. Et pourraient être réelles. 

Découverte de l'amitié et de la solidarité

Au début, ce n’est pas simple de se faire accepter. Mais peu à ils vont s’apprivoiser et réussiront ensemble à retrouver une joie de vivre en découvrant l’amitié et la solidarité. Surtout avec l’arrivée de l’adorable Camille, dont Courgette tombe amoureux et qu’il sauvera des griffes de sa sorcière de tante.

Claude Barras déclare avoir eu un coup de foudre en lisant le roman de Gilles Paris, qui lui a rappelé ses premiers émois de spectateurs devant des films comme Rémi sans famille, Belle et Sébastien, Heidi ou Bambi. Ce film est surtout pour lui un hommage à tous les enfants maltraités qui tentent de survivre à leurs blessures.

Si l’émotion domine, on rit également dans ce film en stop-motion qui ne tombe jamais dans le pathos, le larmoyant, les bons sentiments à la louche qu’on aurait pu craindre avec un tel sujet. Et on admire les prouesses techniques. Les personnages qui parlent avec de vraies voix d’enfants, sont des figurines aux grands yeux ronds animées image par image. Le film a ainsi nécessité dix-huit mois de tournage, une centaine de techniciens et un budget de six millions d’euros.

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Festival de Cannes "Mademoiselle" un thriller romantico-érotique titille la Croisette

amademoiselle.jpegIl avait fait une entrée tonitruante en compétition en 2004 avec Old Boy en raflant le Grand prix du jury. Cinq ans plus tard Thirst, ceci est mon sang lui permettait de remporter celui du jury. Pour la troisième fois, le Sud-Coren Park Chan-Wook vise la Palme d’or avec Mademoiselle. Une adaptation libre d’un roman britannique, transposé de l’Angleterre victorienne en Corée dans les années 30, pendant la colonisation nippone.

Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle érotomane et tyrannique. Mais Sookee dissimule la noirceur de son âme sous son visage d'ange. Aidée d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, elle concocte un autre plan pour Hideko, peut-être pas aussi ingénue et naïve qu’elle en a l’air…

Mise en scène, cadrages, photographie tout est magnifique dans ce drame en costumes. Sublimé par l’affolante beauté des deux comédiennes Kim Min-Hee et Kim Tae-Ri qui s’exposent dans leur somptueuse nudité lors d’une scène d’amour d’un raffinement extrême.

Trop sans doute pour les fans du Park Chan-Wook violent et transgressif, qui regretteront de le voir assagi, même s’il n'hésite pas à couper sadiquement quelques doigts. On peut également lui reprocher une volonté très démonstrative dans une deuxième partie frisant le didactisme à travers un autre point de vue, comme pour être certain qu’il s’est bien fait comprendre

Mais peu importe. On est emballé par ce thriller romantico-sensuelo-érotique à rebondissements surprenants, ce suspense d’inspiration hitchcockienne ne manquant par ailleurs pas d’humour, sur fond d’arnaqueurs arnaqués, de jeu de dupes, de manipulations, de faux semblants et autres identités trompeuses.

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15/05/2016

Festival de Cannes: "L'économie du couple", une pépite à la Quinzaine des réalisateurs

lafosse.jpgIl y a des films qui vous attrapent dès la première image. Comme  L’économie du couple, présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Il suffit que de voir Marie rentrer à la maison et y découvrir, très contrariée, Boris qui ne devait pas s’y trouver ce jour-là, pour savoir que le réalisateur Joachim Lafosse ne nous lâchera plus. Les longs applaudissements nourris qui ont salué la présence sur scène du talentueux Belge, accompagné de ses deux comédiens Bérénice Bejo et Cédric Kahn étaient là pour prouver à quel point il a tapé juste tout au long de son étude de comportement d’une subtilité à rendre un psy jaloux.

Après 15 ans de vie commune, c’est le désamour. Marie et Boris ont décidé de se séparer. Problème, c’est elle qui a payé la maison et lui qui l’a rénovée. Dans l’impossibilité de se loger ailleurs faute de moyens financiers, Boris est obligé de cohabiter avec son ex-compagne et leurs jumelles. Mais Marie ne le supporte plus et veut qu’il parte. Elle déteste tout chez lui et se demande comment elle a pu l’aimer.

Même si toute la suite du film tend en montrer la raison c’est, sous les yeux des deux fillettes qui évidemment en souffrent, l’heure des reproches, des engueulades monstres et des règlements de compte impitoyables. Tout tourne autour de l’argent, de qui a amené quoi, payé quoi. Pour Joachim Lafosse, reconnaissant le côté autobiographique de l’œuvre où il parle aussi de sa génération, celle des quadras, l’argent dans un couple c’est souvent plus un symptôme qu’une cause permettant et justifiant la dispute. Un symptôme qui cache aussi des choses émouvantes, tristes, la manière dont on est reconnu ou pas pour ce qu’on a fait ou pas.

L’économie du couple » est une vraie réussite à laquelle les acteurs, étonnants de sobriété et de réalisme contribuent largement. Cédric Kahn, généralement plus connu comme cinéaste et scénariste, se révèle formidable. A l’instar de l’excellentissime Bérénice Bejo. La lumineuse partenaire de Jean Dujardin dans The Artist en 2011, est également à l’affiche du romanesque et tragique Fais de beaux rêves de Marco Bellochio, qui a ouvert la Quinzaine. Et on ne manquera pas de signaler la présence de Marthe Keller, présidente en outre du jury de la section Un certain regard.

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13/05/2016

Festival de Cannes: "Victoria" a ouvert la Semaine de la critique avec la craquante Virginie Efira

avictoria.jpgIl y a trois ans, la réalisatrice faisait courir les festivaliers avec  La Bataille de Solférino, qui mettait en scène un couple hystérique lors de l’élection présidentielle de 2012. Dans Victoria, elle dévoile brillamment ses obsessions en évoquant les démêlés d’une avocate pénaliste mère de deux petites filles. La trentaine sexy, naviguant sur une corde raide avec un art consommé du cataclysme, elle est à la recherche d’un difficile équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie amoureuse.

Mais les choses ne vont pas s’arranger lorsqu’elle retrouve à un mariage son ami Vincent, accusé du meurtre de sa compagne. Il la supplie de le défendre. Très réticente, elle finit par accepter (ce qui lui vaudra plus tard six mois de suspension pour offense à l’éthique), tout en embauchant Sam, un ex-petit dealer qu’elle avait tiré d’affaire, comme baby-sitter. Il s’incruste sur son canapé, passant du colocataire à l’assistant, puis à l’amant.

Sous influence sexuelle

Cette comédie romantico-barjo sous influence sexuelle même si Justine Triet n’en montre pas beaucoup, se double d’une satire du couple, mêlant aussi enfants, justice, argent. Elle est portée de bout en bout par l’excellente Virginie Efira, désarmante de naturel. Belle, intelligente, en plein chaos sentimental, elle est en outre harcelée par son ex qui lui pourrit la vie dans son blog. Accumulant les boulettes avec une rare inconscience, elle tente d’analyser ses angoisses et ses névroses entre une voyante et ses deux psys.

Vincent Lacoste est lui aussi parfait en jeune homme charmeur à la grâce candide, un rien cynique avec une touche de virilité, tout comme Melvil Poupaud, dont l’innocence dissimule un irrésistible petit côté pervers.

A noter qu’on reverra Virginie Efira dans Elle de Paul Verhoeven, en lice pour la Palme d’or. Elle joue un petit rôle aux côtés d'Isabelle Huppert et de Vincent Lafitte, qui s'est fait beaucoup remarquer en maître de cérémonie lors de la soirée d'ouverture du festival. Notamment par Woody Allen qu'il n'a pas épargné.

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11/05/2016

Festival de Cannes: Pour Woody Allen, la compétition est un non-sens dans le domaine artistique

19421449.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgSans surprise, Woody Allen avait rameuté la grande foule de journalistes, battant longuement la semelle pour tenter d’assister à la conférence de presse du maestro. Qui n'a pas échappé à la question récurrente. Pourquoi refuse-t-il de s’aligner en compétition?

"C’est bien pour le sport, mais je n’y crois pas dans le domaine artistique. Là, on ne peut pas déterminer le mieux. Pour moi c’est le contraire du bon sens. Personnellement je serais incapable de juger l’oeuvre d’autres auteurs. Mais je suis content de passer quelques jours à France, de venir à Cannes, de parler des films, de voir des gens pour le business". 

Dans Café Society, dont il a écrit tous les dialogues "tout en laissant ses comédiens en faire ce qu’ils veulent", il est le narrateur. "Au départ le film devait avoir la structure d’un roman, être présenté sous forme d’un livre. J’ai donc décidé de faire la voix off. En plus, cela m’a coûté moins cher… "

Woody Allen a toujours pensé être un romantique. "J’ai voulu présenter New York de cette façon. Pour moi, Café Society est un film romantique" Pas seulement à en croire cette réplique: "La vie est une comédie écrite par un auteur sadique". Woody Allen explique : «La vie est amusante. Un mari trompe sa femme et va voir sa m?iitresse. On rit de cette situation drôle. Mais en fait on rit de quelque chose empreint de tristesse et de cruauté ».

On voit généralement Le jeune héros incarné par Jesse Eisenberg comme un alter ego d’un Woody jeune. Ce n’est pas l’avis du réalisateur. "Je ne crois pas qu’il parle comme moi Ce garçon ne me ressemble pas. Il n’a rien à voir avec moi. Je ne suis pas allé tenter ma chance à Hollywood. Sa vie n’est pas la mienne. Si elle la rappelle, c’est de très loin".

A propos de Hollywood, il dit qu’à l’époque les lieux étaient dominés par les studios avec des gens prêts à s’entretuer.  "Un vrai carnage pour arriver. Mais c’est aussi le cas à Wall Street et en politique. Sauf que cela se voit davantage à Hollywood où tout est médiatisé à l’échelle planétaire". 

Même s’il reconnaît avec humour avoir quelques problèmes d’audition et ne plus être très jeune, Woody Allen n'est pas près de se sentir vieux. Quand on lui parle de son âge, 81 ans, il n’y croit pas. "Je suis agile, je mange bien, je fais de l’exercice. Mes parents ont vécu presque jusqu’à cent ans... " Avec ses bons gènes, le pétulant octogénaire n’a pas fini de nous surprendre, s’il continue au rythme d’un film par an!

"Café Society" est à l'affiche depuis aujourd'hui 11 mai.

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Festival de Cannes: Woody Allen plonge dans les années 30 entre New York et Hollywood

akristen.jpgUn nouveau Woody Allen c’est toujours excitant, en principe. Et on en a un chaque année. C’est sa cadence. De plus, pour la troisième fois, il fait l’ouverture de Cannes. Avec Café Society, il nous plonge dans l’ambiance des années 30 pour nous raconter les aventures de Bobby (Jesse Eisenberg), un jeune New-Yorkais, doux rêveur gauche et timide, qui décide de tenter sa chance à Hollywood.

Presque un crime de lèse-majesté que de prendre la direction de la Côte Ouest pour l’adorateur de Big Apple! Il faut dire que Bobby commence à en avoir ras-le- bol de sa vie entre des parents qui ne cessent de s’engueuler même si c’est leur manière de s’aimer, un avenir bouché dans la modeste bijouterie paternelle du Bronx et un frère gangster.

Par chance, il est engagé comme coursier par son oncle Phil (Steve Carrell), qui fait un peu la pluie et le beau temps dans la Mecque du cinéma. Le tonton a une assistante, Vonnie, (Kristen Stewart), canon mais différente des sulfureuses créatures qui l’entourent. Ambitieuse, elle reste lucide sur la superficialité des lieux et du monde qu’elle fait découvrir à Bobby. Rien d’étonnant donc à ce qu’il en tombe amoureux. Mais ce n’est pas réciproque. Elle en aime un autre, qui l’aime aussi. Enfin peut-être, ou finalement non…

allenwoody.jpgGlamour californien et chic new-yorkais

En attendant Woody Allen, qui assure lui-même la voix off, nous promène dans un univers où on croise une foule de personnage, de la vedette au milliardaire, en passant par le séducteur, le magouilleur le mondain, la débutante, le bandit ou le politique. On navigue ainsi entre le glamour californien et le chic new-yorkais, en compagnie de Bobby qui a fait le chemin inverse pour devenir le roi de la nuit…

Ce portrait d’une époque, mêlé à une petite saga familiale, sert évidemment de prétexte à Woody Allen pour opposer deux villes. D’un côté Los Angeles et ses stars, de l’autre New York ses célébrités et ses clubs de jazz à la mode. Le réalisateur séduit certes par son ton et son style. Sauf qu’on l’aurait souhaité nettement plus aiguisé, plus cynique, plus mordant. Vachard en somme.

En résumé, moins excitant qu'espéré le dernier-né du maestro. où la forme l’emporte sur le fond. On reste sur notre faim en dépit de la mise en scène, de la bande-son et des comédiens qui assurent. A commencer par Kristen Stewart.

A l’affiche dès ce mercredi 11 mai.

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09/05/2016

Festival de Cannes. une 69e édition avec des valeurs sûres et une pléiade de stars

affiche.jpgUn homme monte les marches de la villa Malaparte face à la Méditerranée. Cette image en forme de symbole, tirée du Mépris sorti en 1963, c’est l’affiche de la 69e édition du Festival de Cannes. Un hommage à Jean-Luc Godard après celui rendu l’an dernier à Ingrid Bergman.

Quant au grimpeur Michel Piccoli, qui incarnait un couple à la dérive avec Brigitte Bardot dans le film, il sera le premier à fouler le tapis rouge, le 11 mai. Pour la troisième fois Woody Allen ouvrira les feux en présentant Café Society. Dans les rôles principaux, Kristen Stewart (l’une des reines de Cannes), Jesse Eisenberg et Steve Carell.

Après avoir visionné 1869 films, le comité de sélection en a retenu 53 en provenance de 28 pays, dont 21 en lice pour la Palme d’or, dix-huit dans la section Un Certain Regard, cinq hors compétition, trois en séance de minuit et six en séances spéciales. Sept sont des premières œuvres.

Côté concours, colonne vertébrale de la prestigieuse grand-messe de la pellicule, on a principalement misé sur des valeurs sûres, comme en témoigne la liste des élus, dont trois femmes. Leurs œuvres seront soumises au verdict du jury présidé par l’Australien George Miller, entouré des actrices Kirsten Dunst, Valeria Golino, Vanessa Paradis, de la productrice iranienne Katayoon Shahabi, des acteurs Arnaud Depleschin, Mads Mikkelsen et Donald Sutherland.

Les Français sont les plus représentés avec quatre cinéastes, Nicole Garcia (Mal de
pierres) Olivier Assayas (Personal Shopper) Buno Dumont (Ma Loute) Alain Giraudie (Rester vertical). Ils devancent trois Américains, Sean Penn (The Last Face) Jim Jarmush (Paterson) Jeff Nichols( (Loving) deux Roumains, Cristian Mungiu (Baccalauréat) Cristi Puiu (Sireranevada) et deux Britanniques, Ken Loach (I, Daniel Blake), Andrea Arnold (American Honey).

Suivent les frères Dardenne (Belgique) qui retentent le triplé avec La fille inconnue, l’Espagnol Pedro Almodovar (Julieta) le Québécois Xavier Dolan (Juste la fin du monde) le Philippin Brillante Mendoza (Ma’Rosa)le Danois Nicolas WindingRefn (The Neon Demon), le Hollandais Paul Verhoeven (Elle) le Brésilien Kleber Mendonça Filho (Aquarius), le Sud-Coréen Park Chan -Wook (Agassi), l’Iranien Ashgar Farhadi (The Salesman) et une nouvelle venue Maren Ade (Toni Erdmann) qui signe un retour attendu de l’Allemagne en concours. Grands absents en revanche, les Italiens, après une belle représentation en 2015.

akirsten.jpgDevant la caméra, ce qui a fait dire au délégué général Thierry Frémaux que «c’est plutôt un festival avec beaucoup de stars», on notera pêle-mêle, outre celle de Kristen Stewart (déjà citée et ici avec Jesse Eisenberg et Woody Allen), la présence de Charlize Theron, Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Isabelle Huppert, Marion Cotillard, Adèle Haenel, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi, Vincent Cassel, Ryan Gosling, Javier Bardem, Russel Crowe, Fabrice Luchini, ou encore Adam Driver.

Par ailleurs, le jury de la section Un certain regard sera présidé par Marthe Keller, celui de la section parallèle, La Semaine de la critique, par Valérie Donzelli. De son côté, le directeur de la Quinzaine des réalisateurs Edouard Waintrop annonce dix-huit longs-métrages, dont Ma vie de courgette, un film d’animation du Valaisan Claude Barras sur un scénario de Céline Sciamma.

Enfin pour succéder à Lambert Wilson le festival a choisi le comédien et humoriste Laurent Lafitte comme maître de cérémonie, Il animera l'ouverture le 11 mai et la clôture le 22 mai, où sera projetée la Palme d'or.

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28/05/2015

Cinéma: comblé, Vincent Lindon se confie après son sacre cannois

 

vincent-lindon-recoit-prix-3833-diaporama[1].jpgDire que Vincent Lindon est un homme heureux est un euphémisme. Depuis dimanche dernier et son prix de meilleur acteur au Festival de Cannes pour son rôle dans La loi du marché de Stéphane Brizé, il nage dans le bonheur.

Rencontré dans un grand hôtel genevois, le comédien évoque cette poussée d’adrénaline ressentie en entendant son nom sur la scène du Grand Théâtre Lumière. "C’était comme un choc, une détonation. A l’évidence la plus grosse émotion de ma carrière... mais pas de ma vie, sinon ce serait inquiétant".

-L'un des moments touchants lors de la cérémonie, ce furent ces mots à l’égard de votre réalisateur. "Il est à moi. Je vous le prête, mais il est à moi".

-C’était un raccourci, une manière de dire à tout le monde à quel point je l’aime. Stéphane est inouï. Un trésor. Il a une écoute incroyable des acteurs. Il adore être questionné, chahuté, remis en cause. S'il a certes énormément d’égo, il est bien placé. Mais j’ai tourné d’autres films entre les siens…

-Vous avez eu un véritable coup de foudre pour "La loi du marché". Quelle en a été la genèse?

-J’avais eu une idée en voyant un court-métrage qui m’avait beaucoup plu sur une dénonciation. J'en ai parlé à Stéphane qui a rebondi dessus. Puis il est parti dans l’écriture en réinventant tout et a créé le personnage pour moi.

-Avez-vous collaboré au scénario?

-Pas du tout. Bien sûr, comme nous sommes très liés, il m’arrivait de m'exprimer sur le plateau. Ou en dînant avec lui. On mange souvent ensemble.

-J’ai lu que pour vous il s’agissait d’un acte politique.

-Je ne le formulerais pas ainsi. Stéphane et moi faisons ce que nous pouvons, comme nous pouvons. C’est une manière de venir en renfort de la politique en espérant réveiller quelques consciences. Avec des films qui racontent un état du pays au moment où ils ont été tournés. En les voyant les gens se diront:  ça se passait comme ça. Ou hélas:  ça se passe toujours et encore comme ça...

-Une telle histoire peut-elle changer votre regard, votre comportement, votre façon de vivre ?

-La somme de plusieurs d’entre elles me laisse des choses, m’oblige à une certaine conduite. On m’a par exemple proposé de me ramener à Paris en jet privé. J’ai refusé. Non pas parce que j’avais honte, cela aurait signifié que j’en avais envie sans oser l’assumer, mais parce que ça m’aurait fait vomir de me voir dans cette situation. Je me fous de ces gens. C’est organique, ça ne me va pas. 

la-loi-du-marche-stephane-brize-le-lindon-de-la-force,M222694[1].jpg-Comment avez-vous abordé ce rôle de vigile contraint d’espionner à la fois les clients et les employés aux abois et tentés par le vol ?  En vous promenant dans les supermarchés ?

-Non, je ne me prépare pas en m’immergeant. Je chine, je rentre dans le fantasme. Je me demande comment je serais si j’étais lui. Stéphane me laisse prendre mon temps et j’essaye de vivre les choses comme dans la vraie vie.

-Vous êtes confronté à des non professionnels. Comment l’avez-vous ressenti? Ils sont plutôt bluffants.

-La question de pro et de non pro disparaît pour moi. J’ai toujours envie de dire qu’il s’agit de personnes jouant pour la première fois. Alors oui, en l’occurrence ils sont plutôt bluffants. Il n’empêche que je trouve cela réducteur. On ne cesse d’essayer d’être au plus près de l’existence des personnages qu’on incarne. Prétendre qu’ils nous bluffent signifie du coup qu’on n’y parvient pas.

-Une dernière question, Vincent Lindon. Vu ce que vous venez d’accomplir, cela ne risque pas d’arriver. Mais imaginons un instant que vous perdiez votre job. Jusqu’où accepteriez-vous d’aller pour le récupérer après vingt mois de galère?

-Si je le perdais ça n’aurait aucune espèce d’importance. Cela me manquerait sûrement un peu. Mais je ferais autre chose, du bien aux gens. J’adore fédérer, servir à quelque chose. Mon plaisir c’est de rassembler, plaider, convaincre. Evidemment, j’aurais envie d’un bon poste,  où les choses bougent...

"La loi du marché" à l'affiche dans les salles romandes depuis mercredi 27 mai. Voir ma note précédente.

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24/05/2015

Festival de Cannes: Palme d'Or convenue et décevante pour "Dheepan" de Jacques Audiard

ba0558c725abc380f9ec1eea7883d4364b0a9cb4[2].jpgJe suis déçue. Forcément. Ma Palme c’était Carol, Mais bon, ce n’est pas trop grave! Ce qui l’est davantage, c’est le choix absurde du jury. Il y a comme un défaut à décerner l’or à Jacques  Audiard (photo AFP) pour Dheepan et le Grand Prix à Lazslo Nemes pour Le fils de Saul. Alors qu’à l’évidence c’eût dû pour le moins être l'inverse.

Certes si les qualités de son film permettaient à Audiard de figurer dans un coin du palmarès, il y a un monde entre sa proposition convenue de chronique socio-politique virant au film de genre sur le parcours d’un émigré tamoul en compagnie de sa famille recomposée, et celle extraordinairement puissante, inédite, radicale, à l’esthétique sépulcrale du Hongrois Nemes qui nous plonge sans complaisance au cœur de l’enfer d’Auschwitz.

La part du lion pour le cinéma français

Absurde aussi cette décision de remettre un double prix d’interprétation féminine récompensant Emmanuelle Bercot, avocate éperdument amoureuse dans Mon roi, le film hystérique et bobo de Maïwenn, et Rooney Mara, la jeune vendeuse succombant au charme sulfureux de la sublime Cate Blanchett dans Carol. Pourquoi ne pas l’attribuer aux deux héroïnes de Todd Haynes ?

b3cea272d225152495ce2a951d012bf0-1432219232[1].jpgEn revanche je suis particulièrement heureuse de voir un très grand Vincent Lindon ému aux lames, sacré meilleur acteur pour son rôle de vigile dans La loi du marché de Stéphane Brizé. A noter qu’avec ces trois médailles majeures, la pellicule hexagonale se taille la part du lion dans ce palmarès. Vous avez dit bizarre?

Pour le reste, à part le prix du scénario curieusement attribué à Chronic du Mexicain Michel Franco, évoquant un aide-soignant qui noue des liens serrés avec ses patients en phase terminale, les autres sont logiques. Yorgos Lanthimos rafle justement celui du jury pour The Lobster et Hou Hsiao-Hsien celui de la mise en scène pour The Assassin.

Avec des célibataires menacés d’être changés en animaux faute de trouver l’âme sœur en 45 jours, le cjnéaste grec proposait le film le plus délirant de la compétition. Et son homologue chinois le plus magnifique visuellement. Mais quelque part, ce n’est pas très enthousiasmant.

Une édition un poil vilipendée

Quelques critiques n'hésitaient d’ailleurs pas à tirer à boulets rouges sur ce cru 2015, à la fois placé sous le signe de l'amour et du politico-social. Exagéré vu qu’il n’est pas très différent des autres années avec le nombre habituel de métrages sortant du lot. Différence peut-être, il y en avait davantage de médiocres sinon de mauvais que d’ordinaire. A commencer par Gus Van Van Sant et son Sea Of Trees.

Sans oublier les Tricolores. Sur les cinq en lice pour la Palme, trois ne le méritaient pas: Mon roi de Maïwenn, nonobstant le prix d’interprétation à Emmanuelle Bercot, Marguerite et Julien de Valérie Donzelli. Et surtout The Valley Of Love de Guillaume Nicloux sombrant carrément dans le grotesque avec ce rendez-vous d‘outre-tombe dans la vallée de la mort, sur fond de pliants et de parasols emmenés par les deux héros. 

Certains estiment pourtant que la simple réunion du tandem mythique Isabelle Huppert/Gérard Depardieu 35 ans après Loulou de Maurice Pialat était largement suffisante. Faux ne leur en déplaise, car elle a privé de sélection deux excellents représentants de la pellicule hexagonale Philippe Garrel avec L’ombre des femmes et Arnaud Depleschin, l’auteur de Trois souvenirs de ma jeunesse.  Pour les voir, il fallait courir à la Quinzaine des réalisateurs. Du coup, avec quelques œuvres du même tonneau, elle s’est révélée presque plus prestigieuse que le concours officie...

Retrouvez toutes mes chroniques du festival avec Cannes dans Chassé-Croisette. 

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23/05/2015

Festival de Cannes: à qui la Palme d'Or? Verdict dimanche soir

Jury2015_zpsqy2mvd0w[1].jpgEt voilà, les jeux sont faits pour cette 68e édition. Aux présidents Coen et à ses jurés (photo) de se mettre d’accord pour désigner la crème de la crème parmi les 19 films en compétition. Quelques mots sur les derniers proposés, dont Chronic du Mexicain Michel Franco qui suit David (Tim Roth), un aide-soignant bizarroïde, travaillant auprès de malades en phase terminale.

Le réalisateur ne cache rien des corps misérables de ces patients et des liens que David noue avec eux. Au point apparemment de franchir la limite. Franco nous avait bluffés avec Despuez, primé dans Un certain regard en 2012. Là, il nous flanque le cafard entre sida, cancer, attaque cérébrale et euthanasie.

Difficile de se remettre avec MacBeth, adaptation de la plus célèbre tragédie de Shakespeare, à laquelle s’est attaqué l’Australien Justin Kurzel après Orson Welles et Roman Polanski. L’obsession de devenir roi,  entretenue par sa femme encore plus ambitieuse que lui, va causer la perte d’un chef de guerre écossais. Marion Cotillard et Michael Fassbender se partagent l’affiche dans ce drame bruyant à la mise en scène ampoulée, que n’arrangent pas une musique pompeuse et un flot d’images rouges.

Chaque film ayant toutefois ses fans, ces deux-là vont-ils changer la donne chez les journalistes qui décernent chaque jour leurs étoiles, notamment dans Le Film français et Screen ? Mystère. Pour l’heure les Hexagonaux donnent leur préférence à Mia Madre de l’Italien Nanni Moretti. Suit leur compatriote Stéphane Brizé avec La loi du marché. Carol de l‘Américain Todd Haynes, Youth de l’Italien Paolo Sorrentino et Le fils de Saul du Hongrois Lazslo Nemes se retrouvent pratiquement à égalité sur la troisième marche.

images[5].jpg"Carol", ma Palme d’Or

Côté presse internationale, c’est Carol qui tient la corde devant Le fils de Saul et Mia Madre. Unanimité en revanche en ce qui concerne The Sea Of Trees de Gus Van Sant, considéré par les deux magazines comme le plus mauvais film de la compétition.

Je plébiscite également le superbe mélo à la Douglas Sirk de Todd Haynes et ses magnifiques interprètes Cate Blanchett et Rooney Mara. J’aimerais aussi beaucoup voir au palmarès mon autre coup de cœur Mountains May Depart de Jia Zhang-Ke,  The Assassin de Hou Hsiao-Hsien, Mia Madre de Nanni Moretti, Le Fils de Saul de Laszlo Nemes, The Lobster, de Yorgos Lanthumos ou encore La loi du marché de Stéphane Brizé.

Mais comme on ne cesse de le dire dans ces cas-là,  le critique propose, le jury dispose. Verdict dimanche soir dès 19h sur Canal +.

 

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22/05/2015

Festival de Cannes: "Dheepan" électrise les fans de Jacques Audiard

2048x1536-fit_dheepan-jacques-audiard[2].jpgA quelques bémols près, critiques enthousiastes et ovation publique pour Jacques Audiard, en compétition avec Dheepan, un sujet dans l’air du temps sur l'immigration mais qui "n’est pas une déclaration politique", selon son auteur. Un ancien soldat tamoul, une jeune femme et une fillette  de 9 ans qui ne se connaissent pas récupèrent les passeports de morts pour fuir la guerre civile au Sri Lanka et se font passer pour une famille dans l’espoir de gagner l’Europe.

Ils se retrouvent dans une cité sensible de la banlieue parisienne, au quotidien miné par le trafic de drogue. Ils tentent de se construire un foyer et Dheepan décroche un boulot de gardien. Mais il ne va pas tarder à connaître un autre conflit en se heurtant  violemment aux dealers dans cette zone de non droit où, laissant les gens s’entretuer, pas un seul flic ne met les pieds.

Pour interpréter son film, Jacques Audiard, à deux exceptions près, a convoqué des non professionnels pour les rôles principaux, Jesuthassan Anthonythasan, un ancien émigré tamoul en France, Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby. Les trois se révèlent excellents.

De quoi prétendre sérieusement à la Palme d’Or selon certains. Mais on ne criera pas avec les fans. Si ce drame oscillant entre histoire d'amour, chronique sociale et polar tient bien la route, ce n’est pas du tout grand Audiard. Il lui manque cette puissance, cette ampleur qui avaient tant séduit dans Un prophète. En cause notamment un dernier tiers ou Dheepan décide de rendre la justice lui-même et un épilogue à la fois fleur bleue et attendu.

Cannes-2015-Depardieu-et-Huppert-dans-la-premiere-bande-annonce-de-Valley-of-Love[1].jpgIsabelle Huppert et Gérard Depardieu dans "Valley Of Love"

Dheepan reste malgré ces réserves très au-dessus de  Valley Of Love, d’un autre Français en lice, Guillaume  Nicloux. Trente-cinq ans après Loulou de Maurice Pialat, il réunit Isabelle Huppert et l’énorme Gérard Depardieu pour un rendez-vous des plus bizarre. Un euphémisme... 
Autrefois mariés, ils sont aujourd’hui séparés. Mais ils vont réaliser le dernier voeu de leur fils Michael, qui s’est suicidé six mois auparavant. Dans une lettre il leur demande  d’être présents ensemble dans la Vallée de la Mort un jour précis, leur promettant qu’ils se reverront.

Le désert, la vie, le deuil impossible, un cancer, le tout sur fond de mysticisme, un sacré fatras. Même si le réalisateur nous appâte avec quelques beaux paysages, par ailleurs inratables, ce film n’a juste rien à faire en compétition. A l’image de The Sea Of Trees de Gus Van Sant, sélectionné pour la montée des marches de Naomi Watts et Matthew McConaughey, Valley Of Love permet d’avoir deux stars de plus, bien que pas au top, sur tapis rouge. Tout ça pour que Gégé nous raconte qu’il aime beaucoup Poutine…


Avec "The Assassin", Hou Hsiao-Hsien signe le plus beau film du festival

_17MD015_[1].jpgPour les images sublimes, on se tournera résolument vers The Assassin du Chinois Hou Hsiao-Hsien, auteur majeur  qui revient après huit ans d’absence. Visuellement, ce film d’arts martiaux pas comme les autres est indiscutablement le plus beau du concours.

Il se déroule dans la Chine du IXe siècle. Eduquée par une nonne et devenue une redoutable justicière dont la mission est d’éliminer les tyrans, Nie Yinniang (la superbe Shu Qi) est torturée entre le devoir d’éliminer son cousin, gouverneur dissident de la province militaire de Weibo et les sentiments qu’elle au eus pour lui. HHH nourrit cette trame principale de plusieurs intrigues secondaires peuplées de personnages fomentant d’énigmatiques complots auxquelles on ne comprend pas grand-chose sinon rien.

Mais peu importe. L’essentiel est de se laisser bercer par cet opus contemplatif, qui vous emporte ailleurs avec sa grâce, son élégance et sa splendeur.  

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21/05/2015

Festival de Cannes: Gaspar Noé veut choquer, mais rate son coup avec son porno sentimental

 

Cannes-2015-Les-affiches-classees-X-de-Gaspar-Noe-font-scandale[2].jpgL’an dernier c’était Welcome To New York qui devait bousculer la Croisette, cette année ce fut Love, annoncé comme l’événement sulfureux de ce cru 2015. Affiche libertine voire plus, pour ce film labellisé hot signé Gapar Noé, cinéaste dérangeant, déterminé à choquer. Il n’en fallait pas davantage pour créer l’excitation. Et rameuter le client en masse.

Résultat attendu avec cohue, longue file d’attente, spectateurs furieux refoulés lors de la projection de minuit à Lumière. Et resucée le lendemain à Bazin, petite salle de quelque 400 places. Sauf que cela n’a rien de très extraordinaire, la même chose se reproduisant inexorablement tous les jours pour les malheureux aux badges de la mauvaise couleur.

Pour résumer l’affaire, le pauvre Murphy au trente-sixième dessous se retrouve seul dans son appartement et se souvient douloureusement de la folle passion réciproque vécue avec Electra. Qui a mystérieusement disparu. Et nous voici partis pour une love story en 3D dégoulinante avec sperme et larmes, destinée donc à faire bander les mecs et pleurer les filles. Le moins qu’on puisse dire c’est que Gaspar Noé a raté son coup, vu les sifflets, sinon l’indifférence totale que la chose a suscités jeudi matin.

Et pour cause. Car ce qui dérange, ce n’est pas la profusion ennuyeuse de scènes de cul non simulées, mais esthétisantes façon porno de luxe. Au-delà de la forme, il y a hélas le fond, navrant. Par exemple le discours d'une rare banalité de Gaspar Noé et sa manière d’aligner sans complexes des platitudes comme " la vie c’est ce que tu en fais, elle n’est pas facile. en naissant on sait qu’on va mourir, je n’ai pas peur de mourir je ne veux pas souffrir…et autres lieux communs du genre.

Sans oublier surtout Murrphy, alias Karl Glusman, le héros de l’histoire. Un Américain plutôt belle gueule  mais fruste et bas de plafond, dont le vocabulaire se résume à "fucking" et "you are a piece of shit". Ce qui serait un moindre mal s’il n’était pas par ailleurs beaufissime, macho et homophobe…

 

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20/05/2015

Festival de Cannes: "Mountains May Depart", une pépite chinoise à l'assaut de la Palme

Pourquoi-Mountains-May-Depart-aura-la-Palme-d-or_article_landscape_pm_v8[1].jpg1999, c’est le Nouvel-An. Sur une entrainante musique électro, des jeunes s’éclatent dans une chorégraphie très enlevée. L’avenir est à eux à l’aube du 21e siècle. Au premier rang on découvre une pétillante jeune fille, Tao, qui adore chanter. On la retrouve ensuite entourée de deux garçons. Des amis d’enfance amoureux d’elle.

D’un côté Jinsheng (Zhang Yi) un garçon ambitieux en pleine ascension, de l’autre le souriant mineur Liangzi (Liang Jingdong). Les deux facettes de la Chine en somme. Pressée de choisir, Tao (Zhao Tao, la muse du réalisateur) opte pour l’entrepreneur tellement décidé à faire fortune qu’il n’hésitera pas à appeler son fils Dollar…. Soudain ravagé par cet abandon, Liangzi décide de partir pour ne plus revenir. La misère et la maladie en décideront autrement.

Avec Mountains May Depart, le Chinois Jia Zhang-ke, auteur de Still Life ou Touch Of Sin, propose un bouleversant et magnifique mélodrame dans une Chine traversée par les changements économiques, allant jusqu’à conduire pour une partie du pays, vivant à l’heure anglaise et où les nouveaux riches brassent des affaires à Shanghai, à l’oubli de ses racines.

Tout en racontant l’histoire du trio, se concentrant plus particulièrement sur Tao en la montrant à trois âges de sa vie, le film, s’étalant sur 26 ans est ainsi composé de trois parties, passé présent, futur, pour se terminer en Australie en 2015.

Une fine observation du comportement des gens, une subtile analyse de leurs sentiments, une mise en scène simple et efficace, des acteurs formidables, le tout assorti d’un regard critique font de Mountains May Depart une véritable pépite. Autrement dit et à notre avis, un concurrent des plus sérieux, tout comme Carol de Todd Haynes, pour la Palme d’Or.


Pourquoi-Youth-aura-la-Palme-d-or[1].jpg"Youth", l’hymne à la…vieillesse de Paolo Sorrentino
 
Deux ans après La Grande Bellezza, le réalisateur italien revient pour la sixième fois à Cannes avec Youth,  un hymne à la vieillesse à la fois applaudi et un peu hué lors de la projection de presse. Fred, un compositeur et chef d’orchestre célèbre à la retraite (Michael Caine) et Mick, un cinéaste qui s’obstine en vain à travailler sur son dernier film (Harvey Keitel), sont amis depuis des âges.

Octogénaires ils évoquent le temps qui passe et celui qui leur reste dans un hôtel chic des Alpes suisses. Avec thalasso luxueuse. On y croise Miss Univers ou un Maradona énorme sous oxygène. Très préoccupés de l’état de leur prostate, nos deux compères observent ce petit monde en se livrant à un bilan nostalgique nourri de quelques réflexions se voulant drôles et cyniques.

Michael Caine et Harvey Keitel partagent l’affiche avec Rachel Weisz et Paul Dano. Vers la fin de l’opus, Jane Fonda perruquée et furax vient faire son numéro, jetant Mick et son oeuvre pour un juteux contrat à la télévision. Parce que c’est l’avenir… Tout cela est assez laborieux, peu plaisant, mais pas franchement détestable. Sorrentino a même ses fans, avides de le retrouver tout en haut du palmarès... On ne veut pas y croire.   

 

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19/05/2015

Festival de Cannes: narco-thriller et inceste au menu compétition

sicario-movie[1].jpg

Intrigues, corruption, drogue, criminalité en hausse. Le lot d’une population terrifiée vivant dans la zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique, devenue un territoire de non droit. Où se situe Sicario (en français tueur à gage), l’histoire d’une opération des services secrets américains, qui balaie les lois pour abattre ceux qui ne les respectent pas. Et c'est parti pour des affrontements meurtriers.

En compétition, Denis Villeneuve s’attaque ainsi au film de genre en nous plongeant dans l’univers violent des cartels, un thème classique souvent traité au cinéma, mais où on retrouve la patte du cinéaste québécois dans une mise en scène plutôt brillante. On n’en dira pas autant du scénario, compliqué et tortueux.

En haut de l'affiche Josh Brolin, agent faussement décontracté du gouvernement, dirige le groupe d’intervention chargé de la lutte contre le trafic de drogue. Un combat mené par Benicio del Toro, consultant doublé d’un tueur avide de vengeance, mais doté d’une certaine sensibilité, Notamment à l’égard de Kate, jeune recrue idéaliste du FBI qui, enrôlée dans cette mission clandestine à haut risque, sera obligée de revoir ses convictions pour survivre. Interprété par Emily Blunt, c’est le personnage le plus intéressant du film.

Si on lui préfère l’excellent Prisoners, pour son auteur qui dénonce la manipulation dans les médias ou les mensonges des politiques, Sicario est une œuvre très moderne sur la société actuelle, la manière qu’a l’Occident, plus précisément l’Amérique en l’occurrence, de gérer ses problèmes. Il s’agit aussi à son avis de son film le plus ambitieux en terme de portée, et le plus accessible de sa carrière.

Il n’en redoute pas moins le verdict du jury. Les présidents Coen ainsi que les jurés Xavier Dolan et Jake Gyllenhaal sont des amis et le réalisateur estime que "ce n’est pas très bon pour lui… "

maxresdefault[1].jpgMarguerite et Julien, l'inceste façon Valérie Donzelli

Autre film en concours peu enthousiasmant mais dans un tout autre genre, Marguerite et Julien de Valérie Donzelli. Histoire vraie d’un inceste, inspirée d’un scénario que Jean Gruault (Jules et Jim, l’Histoire d’Adèle H) écrivit pour François Truffaut et qu’il n’a pas tourné, elle se déroule au début du 17e siècle.

Fils et fille du seigneur de Tourlaville, Marguerite et Julien de Ravalet s’aiment depuis eur naissance. Séparés à l'adolescence ils se retrouvent quelques années plus tard et leurs baisers enfantins évoluent vers une passion irrépressible. Rien ne pourra mettre un terme à cette fusion de deux âmes-sœurs. Sauf la hache du bourreau. Ils seront décapités le 2 décembre 1603.

Inutile de dire que le sujet a divisé les critiques. Parfois violemment. Ce qui ne doit pas forcément déplaire à son auteur. Evitant le piège de l’immoralité à outrance ou de son contraire. elle a choisi les codes du contes de fée pour aborder cet amour tabou. Cela lui permet tout, notamment de jongler avec les anachronismes dans sa mise en scène. On navigue ainsi entre l’hélicoptère et la calèche, en passant par la voiture, le cheval, le poste de radio et le tourne-disques.

Un mélange visuel de passé et de présent manifestement destiné à donner au film un côté intemporel. Sauf que l’inceste n’est pas vraiment traité, Valérie Donzelli se contentant de surfer sur ce sujet en l’illustrant par une petite romance interdite, où ses deux héros se livrent à quelques jeux érotiques. A la fois naïve et tragique, Anaïs Demoustier s’y montre plus convaincante que Jérémie Elkaïm, curieusement coincé dans son rôle d’amoureux fou…

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18/05/2015

Festival de Cannes: "Plus fort que les bombes", complexe et troublant

2048x1536-fit_isabelle-huppert-plus-fort-bombes-joachim-trier[1].jpgEn 2011, sélectionné dans Un Certain regard, Joachim Trier bluffait son monde avec Oslo, 31 août et sa remarquable évocation d’une errance existentielle. Quatre ans après, il débarque en compétition avec Plus fort que les bombes, qui se déroule trois ans après la mort inattendue d’une célèbre reporter de guerre (Isabelle Huppert) dans un accident de voiture.

Elle a ainsi plongé dans l’affliction un mari (Gabriel Byrne) et deux garçons, un jeune adulte qui vient d’être papa (Jesse Eisenberg) et un ado à fleur de peau de 14 ans féru de jeux vidéo violents (Devin Druid). A peine remis de leur chagrin, il est ravivé par la préparation d’une exposition à New York sur le travail de leur épouse et mère. Doublé d’un bouleversement avec la révélation d’un douloureux secret. Les trois se réunissent dans la maison familiale et Trier propose leurs différents points de vue sur le drame.

Rien de sentimental pourtant dans cette histoire racontant à la fois les nouvelles amours du père, la crise d’adolescence de son jeune fils et la paternité de l’aîné pas trop bien dans sa peau. Le plus intéressant, c’est la construction d’un récit à la fois hypnotique et troublant, morcelé entre rêves, flash-backs et regards différents reflétant la complexité de l’existence. Du coup on ne comprend pas tout, mais peu importe. 

Parfaitement interprété, Pus fort que les bombes est le premier opus en anglais de Joachim Trier, qui représente aussi pour la première fois la Norvège dans le prestigieux concours cannois. Il reste à lui souhaiter de souffler le jury…

 

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Festival de Cannes: la cruelle loi du marché selon Stéphane Brizé. Avec un grand Vincent Lindon

la-loi-du-marche-stephane-brize-le-lindon-de-la-force,M222694[1].jpgChômage, précarité, violence sociale, humiliations. On est loin des paillettes de la Croisette avec La loi du marché, ouvrant sur une longue séquence à Pôle Emploi où un homme, oscillant entre l’exaspération et  la désespérance, pousse un coup de gueule contre une bureaucratie inepte. Du Vincent Lindon pur sucre. Le ton est donné pour cette troisième collaboration, après Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps, entre le comédien et le réalisateur Stéphane Brizé. 

En lice pour la Palme d’Or, le cinéaste se fait le témoin des difficultés dans lesquelles se débattent nombre de ses contemporains. Thierry, quinqua sans emploi, marié et père d’un enfant handicapé, galère depuis vingt mois. Il finit par retrouver un travail dans un supermarché. D’abord comme vigile puis comme auxiliaire de sécurité, chargé d’espionner les clients chapardeurs potentiels de bricoles et ses malheureux collègues mal payés éventuellement tentés d’en faire autant.

Une façon de les licencier en toute bonne conscience, la confiance étant rompue… Thierry tente de jouer le jeu. Mais trop c’est trop et ce job le met rapidement face à un dilemme moral. Jusqu’où peut-il aller pour conserver son poste, même décroché grâce à un vrai parcours du combattant?

Dans cette fiction sociale au froid réalisme documentaire et au filmage particulier qui laisse par exemple une assez large place aux caméras de surveillance de l’établissement, Stéphane Brizé raconte l’histoire de la défaite programmée des exclus. En évoquant la brutalité du marché pour les pauvres qui deviennent toujours plus pauvres, face à l’indécence des gros qui ne cessent de s’engraisser sur leur dos.

Plongée dans un quotidien âpre

Opérant une plongée dans ce quotidien âpre. Il dissèque, entre rendez-vous stériles, entretiens d’embauche peu prometteurs voire inutiles, ou séances de formation plus ou moins dégradantes,  les dérives d’une société dépourvue de solidarité, où l’absence d’état d’âme et l’inhumanité le disputent à la mesquinerie et à la cruauté ordinaire de petits chefs avides de plaire au patron. 

Un rôle sur mesure, l’un des meilleurs, pour Vincent Lindon immédiatement accro à cette histoire simple, représentant quasiment un acte politique. Seul comédien professionnel ou presque face à des amateurs exerçant en principe leur propre métier, il se montre particulièrement convaincant en navigant dans leur univers avec une rare aisance.

Le film sortira dans les salles de Suisse romande le 27 mai.

 

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17/05/2015

Festival de Cannes: "Carol", un bijou de mélo lesbien signé Todd Haynes

images[5].jpgSi Gus Van Sant a énormément déçu avec son laborieux Sea of Trees d’un sentimentalisme larmoyant, son compatriote Todd Haynes, l’autre Américain en lice pour la Palme d’Or,  nous emporte avec l’un des meilleurs films vus jusqu’ici en compétition. Sinon le plus beau.

Adapté de The Price of Salt, roman que Patricia Highsmith publia en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan, Todd Haynes raconte, dans Carol, l’histoire d’un coup de foudre interdit dans l’Amérique puritaine des fifties.

Ouverture sur une scène montrant deux femmes discutant autour d’un verre dans un bar chic de Big Apple. Un homme vient interrompre leur conversation intime… Petit retour en arrière et on se retrouve à la veille des fêtes de Noël sur la Cinquième Avenue. Cherchant un cadeau pour sa fille, Carol (Cate Blanchett) une riche  bourgeoise newyorkaise mariée en manteau de fourrure, rencontre Thérèse (Rooney Mara) une jeune et charmante vendeuse qui emballe les paquets au comptoir d’un magasin de jouets.

Des regards et quelques mots suffisent

En pleine crise d’identité, timide et solitaire bien qu’elle ait un petit ami prêt à bâtir un avenir avec elle, Thérèse est subjuguée par la beauté, la liberté, la classe folle de cette femme plus âgée. Des regards, quelques mots et c’est l’étincelle. Une paire de gants oubliée leur servira de prétexte pour se revoir chez Carol, qui a toujours assumé ses relations lesbiennes, ce qui était alors loin d’être facile. Refusant le carcan familial frustrant, elle est sur le point de se séparer de son mari Harge, un banquier d’affaires dont elle a eu une petite fille.

Harge tente de la retenir mais se rend compte qu’il ne peut pas lutter contre l’attirance puissante que les deux éprouvent l’une pour l’autre. Pour punir celle qui détruit son univers, il utilisera ses préférences sexuelles pour obtenir seul la garde de l’enfant. 

Les menaces de Harge effraient Carol qui adore sa fille. Mais se retrouvant seule le soir de Noël et en attendant la bataille judiciaire qui se prépare, elle propose tout de même à Thérèse une virée en voiture vers l’Ouest. Elles tombent follement amoureuses.

Mise en scène brillante et comédiennes formidables

Avec la complicité de son chef opérateur Ed Lachman, à ses côtés pour Loin du paradis (2002) , évoquant déjà l’homosexualté et le racisme dans l’ambiance oppressante  des années 50, Todd Haynes signe là un bijou de mélo à la Douglas Sirk. Bousculant les normes d’une société corsetée, surfant sur les différences sociales et sexuelles, il propose une mise en scène brillante pour un film à l’esthétique raffinée et à la reconstitution de l’époque soignée aux petits oignons. 

Il est en plus servi par une superbe Cate Blanchett dans la lignée des sublimes Lana Turner, Joan Crawford, Barbara Stanwyck ou Rita Hayworth. Face à elle Rooney Mara achève de nous séduire avec son allure et son look délicats rappelant irrésistiblement la fragilité d’une Audrey Hepburn.

Mon roi de Maïwenn plébiscité par Manuel Valls...

Pourquoi-Mon-Roi-aura-la-Palme-d-or_article_landscape_pm_v8[1].jpgAux antipodes de Todd Haynes, Maïwenn, lauréate du prix du jury en 2011 pour Polisse, revient avec Mon roi. Un titre assez ridicule qui n’annonçait rien de bon. Ce fut le cas dans cette histoire d’amour se voulant passionnelle et tumulteuse, s’étalant sur une dizaine d’années, où un homme et une femme se complaisent à se déchirer et à se détruire.

Têtes d'affiche Emmanuelle Berot, auteur du film d'ouverture La tête haute dans le rôle de Tony l'amoureuse éperdue et Vincent Cassel dans celui du narcissique Giorgio, mari flambeur, macho, et coureur de jupons, mais qui ne peut vivre sans elle. Cette relation chaotique qui se prétend toxique est reconstituée à coups de souvenirs de Tony, qui se remet d’un grave accident de ski dans un centre de rééducation.

Un film fabriqué, artificiel où se multiplient des scènes plus ou moins hystériques avec excès de cris, de larmes, de rires. Et deux héros bobos particulièrement agaçants, entourés de personnages secondaires sans intérêt. On est presque triste pour Louis Garrel, réduit par la réalisatrice à un faire-valoir tentant vainement de passer pour un comique malgré lui.

Enfin, heureusement qu’il y avait le premier ministre Manuel Valls pour apprécier. "Difficile de ne pas sortir bouleversé après ce magnifique moment plein d’émotions que nous ont offert Vincent Cassel et Emmanuel Bercot", a -t-il déclaré. Maïwenn a dû être toute également toute retournée par la critique flatteuse d'un  aussi fin connaisseur du septième art...

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16/05/2015

Festival de Cannes: Lanthimos décoiffe avec "The Lobster", Moretti émeut et Gus Van Sant déçoit

the-lobster-photo-552faff39e28a[1].jpgAu quatrième jour de la compétition cannoise, un petit tour d’horizon s’impose. Avec quelques titres qui se dégagent déjà. Outre Le fils de Saul du Hongrois Lazslo Nemes, The Lobster appartient à cette catégorie de films qui font vivement réagir. 

Et pour cause en l’occurrence. Son auteur Yorgos Lanthimos, féru de l’étrange, primé en 2009 ans Un Certain Regard pour Canine, nous emmène à nouveau dans un monde bizarroïde, dystopique et décalé.

Dans un futur proche, tout célibataire est arrêté, transféré dans un hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Ce qui n’est pas simple, car il faut se ressembler, par exemple être tous les deux  myopes, boiter ou saigner du nez  pour avoir le droit de s’aimer. Passé ce délai, le célibataire sera transformé en l’animal de son choix. La plupart de ceux qui n’ont pas trouvé chaussure à leur pied optent pour le chien. Interrogé sur ses préférences par la réceptionniste, l’un des résidents se décide en faveur du homard.

Cet homme c’est David, que l'on va suivre pendant son séjour et qui, pour échapper à ce destin cruel suite à une douloureuse et infructueuse expérience, réussit à s’échapper. Il rejoint dans les bois un groupe de rebelles les Solitaires, chez il est interdit de tomber amoureux, sous peine de devoir creuser sa propre tombe. .

Avec cet ovni en forme de comédie noire bien barge sur fond de drame intimiste, le cinéaste grec se livre à la critique féroce d’une société deshumanisée, engoncée dans le conformisme et le puritanisme, bannissant la différence et en gros les marginaux. Un monde aveugle, illustré par une scène symbolique qui se déroule heureusement hors champ. 

Colin Farrell contribue largement à la réussite de ce film aussi original que grinçant et incongru. Moustachu à lunettes maladroit, introverti, peu à son avantage avec sa petite brioche, il livre l’une de ses meilleures performances. A ses côtés, on trouve notamment Léa Seydoux en chef de guerre.

Nanni Moretti très applaudi

2048x1536-fit_mia-madre-nanni-moretti[1].jpgAutre film qui a recueilli des applaudissements nourris à l’issue de la projection de presse, Mia Madre de Nanni Moretti, palme d’Or en 2001 pour La chambre du fils et sélectionné en concours pour la dixième fois.

Evitant tout pathos, jouant sur la sobriété et la simplicité, il a ému la Croisette en déclarant son amour à sa mère et au cinéma. Il brosse le portrait d’une réalisatrice pleine de doutes, qui tourne un film avec une star venue des Etats-Unis, tout en rendant visite à sa mère hospitalisée sur le point de mourir.

La cinéaste en proie à ses questionnements existentiels et artistiques n’est autre que l’alter ego de Moretti, qui joue ici le frère de son héroïne remarquablement incarnée par Margherita Buy. On est un peu moins fan de John Turturro qui certes détend l’atmosphère, mais en fait des tonnes dans le rôle de la vedette américaine mégalomane et survitaminée. Certains ne parlent pas moins déjà de récompense suprême.

Gus Van Sant copieusement hué

Grosse déception en revanche avec le dernier Gus Van Sant The Sea Of Trees L'un des deux seuls Américains en lice pour la Palme a raté son coup, avec l’histoire d’un homme venu se suicider comme tant d’autres avant lui dans la vaste forêt japonaise Aokighara,au pied du Mont Fuji.

Loin d’être à la hauteur de ses ambitions, Gus Van Sant livre curieusement une niaiserie sentimentale et tire-larmes au scénario laborieux, qui lui a valu de copieux sifflets. On a même rarement vu un film aussi mal reçu par la critique. Matthew McConaughey et Naomi Watts en prennent aussi pour leur grade.

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Festival de Cannes: Woody Allen séduit avec "L'homme irrationnel"

l_homme_irrationnel_6732.jpeg_north_780x_white[1].jpgAvec Woody Allen dans les parages, c’est le pilonnage d’orteils garanti. Règle respectée. La foule des grands jours se pressait pour assister à la conférence de presse du cinéaste culte, venu présenter hors compétition L’homme irrationnel en compagnie d’Emma Stone, mais sans Joaquin Phoenix, l’autre tête d’affiche.

A l’occasion du show bien rôdé du quasi octogénaire, on a ainsi appris que cet opus pourrait être le dernier. Sans doute une blague. Il a également déclaré que s’il pouvait refaire ses films il les referait tous, que son projet de série était beaucoup plus difficile qu’il ne le pensait, espérant du coup qu’il ne lui vaudra pas une honte cosmique. Enfin il avouait que jeune, il était péniblement ennuyeux. Rien de très nouveau sous le soleil, donc.

Aussi revenons-en plutôt à son dernier métrage, qui a séduit la Croisette. Et moi aussi. Abe Lucas, prof de philo moralement et physiquement à la ramasse, débarque sur le campus universitaire d’une petite ville américaine. Cet alcoolique désabusé et bedonnant entame une liaison avec une collègue en manque de sexe, Puis avec une brillante étudiante, irrésistiblement attirée par cet homme torturé qui a perdu foi en l’existence.

Joie de vivre retrouvée dans le crime

On a un peu de mal à y croire, lui aussi et d’ailleurs il ne nage pas pour autant dans le bonheur. Mais miracle, au hasard d’une conversation entendue dans un café mettant en cause un juge odieux, Abe retrouvera une raison et une joie de vivre dans le meurtre de ce vilain personnage. Histoire de ramener un rien de justice dans un monde corrompu.

On n’ira pas jusqu’à prétendre qu’il s’agit du meilleur film du maestro new-yorkais, mais on aime cette petite comédie qui vire au polar, divertissante, sans prétention, où il traite avec légèreté, spiritualité, ironie et un poil de cynisme du sens de la vie. En soulevant des questions existentielles et métaphysiques avec Kant, Hegel ou Sartre pour lui prêter main forte. Les comédiens font le reste. Emma Stone est charmante et Joaquin Phoenix, nouveau dans l’univers allénien, assume avec décontraction son imposant tour de taille et son penchant pour la bouteille.  

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15/05/2015

Festival de Cannes: film choc, "Le fils de Saul" secoue la Croisette

A Cannes on ne craint pas le grand écart, on le provoque. Entre la déferlante explosive de Mad Max et L'homme irrationnel, comédie de genre de Woody Allen, tous deux présentés hors compétition, le festival proposait en concours Le fils de Saul, premier film du Hongrois Laszlo Nemes qui évoque l’extermination des juifs d’Europe.

Octobre 1944, camp de la mort d’Auschwitz. Juif hongrois, Saul Ausländer est membre d’un des Sonderkommandos, formés de déportés plus costauds que les autres, recrutés par les nazis et forcés de les assister dans la macabre mise en œuvre de la solution finale. Avec d’autres prisonniers,  Saul  fait descendre les juifs des convois, les conduit jusqu’aux chambres à gaz où il les pousse après les avoir obligés à se déshabiller.

Il est en train de travailler dans un crématorium quand, au milieu d’innombrables cadavres, il croit reconnaître celui de son fils. Tandis que son Sonderkommando prépare une révolte, il est obsédé par l’idée de sauver l’enfant des flammes, de préserver son corps, et de trouver un rabbin pour lui offrir une vraie sépulture. Cette quête a apriori dérisoire en des circonstances aussi atroces représente pourtant un acte ultime de résistance dans cet enfer concentrationnaire. Une petite lueur d’humanité dans la nuit la plus noire.

Traitement radical pour un travail de mémoire

Nemes a choisi la fiction pour plonger le spectateur dans l’innommable quotidien de son héros, interprété par l’impressionnant Réza Röhrig (photo). Mais il prend soin d’éviter toute complaisance. S’arrêtant aux portes des chambres à gaz, il laisse l’horreur des exécutions massives hors champ ou la suggère par des images floues. D’un bout à l’autre, s'en tenant au point de vue de Saul et ne montrant que ce qu’il regarde, il s’applique à suivre les déplacements de cet homme évoluant tel un zombie entre les fours et les fosses communes, uniquement préoccupé par l’impossible mission qu’il s’est donnée.

Un travail de mémoire pour les générations futures que ce film choc au traitement radical, à l’esthétique sépulcrale. Et une immersion dans l’insoutenable qui vous secoue et vous laisse sonné à l’issue de la projection. On parle déjà de sa présence au palmarès.

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Festival de Cannes: "Mad Max:Fury Road", féministe et écolo...

mad-max-fury-road-charlize-theron[1].jpgDu bruit, de la violence, de la fureur, bref du convenu pour Mad Max:Fury Road, le quatrième volet de la fameuse saga qui était censé faire l’événement hors compétition à Cannes ce jeudi de l’Ascension comme sur tous les écrans du monde, en célébrant le retour du héros incarné dès 1979 par Mel Gibson. Si ce dernier a rendu les plaques, l’inoxydable Australien George Miller demeure en revanche aux commandes pour nous plonger dans un univers post-apocalyptique où il n’y a plus de loi, d’electricité et surtout d’eau potable. La nourriture se fait rare et l’air est gravement contamné. 

C’est ainsi qu’une poignée de survivants se lance dans une lutte échevelée contre Immortan Joe, un seigneur de guerre sanguinaire qui fait régner la terreur avec une bande de dégénérés sur cette terre aride. Résultat, un film d’action visuellement assez décoiffant avec une dose raisonnable d’effets spéciaux, mais une débauche d’explosions et de fusillades, ponctuant une interminable et épuisante course poursuite. Même pimenté de cascades spectaculaires, c’est d’un fatigant ce Mad Max!  

Musculeux et peu bavard, Tom Hardy se glisse laborieusement dans le perfecto usé du héros, ex-policier hanté par l’idée de n’avoir pas pu sauver les siens et devenu justicier du désert. A ses côtés une Charlize Theron, alias Furiosa, tout aussi taiseuse, méconnaissable en guerrière impitoyable, le crâne rasé et le visage plein d'huile de vidange, conductrice bien que manchote d'un redoutable d’un poids lourd façon blindé. 

Cette rebelle tient à gagner la Terre Verte et s’enfuit avec les cinq épouses reproductrices d’Immortan Joe, au grand dam de ce débile décidé à récupérer son bien. Furiosa fait d’ailleurs carrément la pige à Max question tête d’affiche. Si on ajoute la bataille pour l’eau à ce dernier volet, voilà qui lui donne carrément un coté féministe et écolo!
 

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