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20/05/2018

Festival de Cannes: Palme d'or au Japonais Kore-eda. Une autre, spéciale, a été créée pour Godard

Festival-de-Cannes-2018-la-Palme-d-Or-remise-a-Hirokazu-Kore-eda-pour-Une-affaire-de-famille.jpgAu terme d'une cérémonie de clôture emmenée par Edouard Baer, le jury présidé par Cate Blanchett a rendu un verdict mêlant le banal au curieux. La Palme d’or de cette 71e édition féministo-politico-sociale a ainsi été remise à Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda, qui n'atteint franchement pas des sommets dans l'oeuvre du Japonais. Le film raconte l’histoire d’une famille vivotant en volant dans les magasins et recueillant une fillette maltraitée. 

Saluant "un artiste qui fait avancer le cinéma, qui a repoussé les limites, qui cherche sans arrêt à définir et redéfinir le cinéma", Cate Blanchett vêtue d’une spectaculaire robe noire avec un grand nœud rouge dans le dos, a par ailleurs décerné une Palme d’or aussi spéciale que surprenante à Jean-Luc Godard pour Le livre d’image, un montage fascinant d’archives, d’extraits de films, de photos, de reportages télévisés, de fragments textuels ou musicaux.

Le Grand prix du jury est allé, un vrai plaisir, à Spike Lee, auteur du décoiffant BlaKkKlansman, charge cinglante d’un humour férocement militant contre le racisme, l'extrême droite et le président Donald Trump. Le film est basé sur l’histoire véridique d’un policier afro-américain de Colorado Springs qui avait infiltré le Ku Klux Klan avec un collègue juif au début des années 70. John David Washington et Adam Driver se révèlent irrésistibles. 

Contrairement à ce qui se profilait comme une Palme annoncée, la Libanaise Nadine Labaki a dû se contenter, tant mieux, du prix du jury pour Capharnaüm, mélo tire-larmes brassant toutes les thématiques du moment, enfance maltraitée, sans-papiers, migrants en suivant un gamin des faubourgs de Beyrouth, génialement interprété au demeurant.

Le choc Asia Argento et le show Benigni 

Avant de donner le prix d’interprétation féminine, l’actrice italienne s'est lancée dans une déclaration véhémente. «En 1997, j’ai été violée par Harvey Weinstein Ce festival était sa chasse gardée. (...) Il ne sera plus le bienvenu  à Cannes ». La suite est inexplicable. C’est en effet la gémissante et fade Kazakhe Samal Yeslyamova qui a été sacrée meilleure actrice dans Ayka du Russe Sergey Dvortsevoy, le film le plus assommant de la compétition.

Quant à Roberto Benigni, il a refait le show d’il y a 20 ans, où il avait serré dans ses bras Martin Scorsese après avoir remporté le Grand Prix pour La vie est belle. Il a ensuite remis celui d’interprétation masculine à Marcello Fonte, très convaincant lui en revanche, pour son rôle de toiletteur pour chiens concoctant une vengeance féroce dans Dogman, de l'Italien Matteo Garrone.

Le Polonais Pawel Pawlikowski a décroché le prix de la mise en scène pour Cold War tandis que celui du scénario récompensait ex-aequo à Alice Rohrwacher pour l'attachant Heureux comme Lazzare et à Jafar Panahi pour le fastidieux 3 visages. Cate Blanchett a rendu hommage à l’Iranien interdit de Croisette, ainsi qu'au Russe Kirill Serebrennikov, dont le film Leto, plébiscité par la critique, n’a toutefois pas plu au jury. 

C’est l’occasion de regretter l’absence au palmarès de notre préféré, Burning, du Sud -Coréen Lee Chang-dong. Ce superbe thriller lent et contemplatif explore des sentiments passionnels et pervers sur fond de jalousie, de rivalité et de différences de classe. Quant aux Français, ils ont tous été ignorés. Logique pour le calamiteux métrage d’Eva Husson Les filles du soleil. Mais dommage, en ce qui concerne Stéphane Brizé évoquant dans En guerre le combat des ouvriers pour sauver leur usine et pour Christophe Honoré qui nous a bouleversé avec Plaire, aimer et courir vite, poignante romance gay.

000_14v2v7.jpgLa caméra d’or à Girl

Girl de Lukas Dhont, déjà lauréat de la Queer Palm, a raflé la Caméra d'or distinguant le meilleur premier long-métrage. Un excellent choix du jury présidé par la Suissesse Ursula Meir pour cette œuvre sensible, subtile, pleine de grâce et d’émotion sur un garçon transgenre qui veut devenir ballerine. Et qui se lance à la fois dans l’apprentissage de la danse, art d’une rare exigence et le parcours hors norme du changement de sexe. Formidable, son acteur Victor Polster (photo), est de son côté reparti avec le prix d’interprétation dans Un Certain Regard.

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16/05/2018

Festival de Cannes: "En guerre", avec un formidable Vincent Lindon prétendant à un nouveau sacre

en_guerre_a.jpg«Je ne pense pas être assez bon pour composer un personnage. Je me demande simplement: si moi j’étais lui, qu’est-ce que je ferais ? Et j’incarne. C’est ce qui m’intéresse. Je ne sais pas interpréter des caractères trop loin de moi », explique Vincent Lindon, héros d’ «En guerre», le dernier Stéphane Brizé aligné en compétition.

Plus qu’incarner, le comédien « est » Laurent Amédéo, porte-parole d’une intersyndicale luttant contre la fermeture brutale de son usine. Il nous emporte et nous bouleverse par son engagement, sa conviction, sa pugnacité, son sens de la morale, son plaidoyer poignant pour la justice et le respect dans ce très grand film qui a eu droit à une ovation de 15 minutes lors de sa présentation publique.

Si on devrait pour le moins le retrouver au palmarès, Vincent Lindon peut largement prétendre à un deuxième prix d’interprétation, après une performance aussi remarquable, sinon davantage que celle qui l’a sacré meilleur acteur il y a trois ans pour « La loi du marché » du même Stéphane Brizé. On ne change pas une équipe qui gagne.

La dimension humaine face à la dimension économique

Une fois de plus, le réalisateur se penche sur un drame économique social en explorant, à travers le combat des employés, les mécanismes économiques qui mènent à des fermetures d’usine. Elles deviennent très conflictuelles dans la mesure où la colère des victimes désespérées se nourrit de l’humiliation et de l’injustice subies. Car en l’occurrence il ne s'agit pas de se débarrasser d’une affaire en déficit mais d’une usine rentable qui ne correspond pas aux visées des actionnaires en voulant toujours plus. Une situation loin d’être rare

Opposant la dimension humaine à la dimension économique en nous montrant la disproportion colossale des forces en présence, Stéphane Brizé nous plonge immédiatement dans le bain avec l’annonce de la liquidation du site français devenu la filiale d’un groupe allemand. Et décrit le désespoir des 1100 salariés qui en feront les frais, alors qu’ils étaient en train de négocier pour sauver l’entreprise.

«La réalité nourrit ma fiction»

Laurent Amédéo dénonce violemment le mensonge des patrons, l’accord bafoué, les promesses non tenues. La grève est décidée, le ton monte, le conflit s’amplifie, les ouvriers crient toujours plus fort, sans arriver à se faire entendre du pouvoir qui les ignore, nie leur souffrance. Ou les divise pour mieux régner. C’est la guerre. Et comme toutes les guerres, celle-ci engendre des tragédies.

Pour Stéphane Brizé, le désir de son film, «politique dans le sens étymologique du terme, je ne suis le porte-parole d’aucun parti, d’aucun syndicat», vient notamment de la fameuse affaire de la chemise déchirée du DRH d’Air France en 2016. « La réalité nourrit ma fiction qui vient à son tour éclairer le réel, en donner une idée. Le cinéma le permet, contrairement aux reportages télévisés, qui n’ont pas le temps de la nuance et ne peuvent que rapporter les faits avec quelques images, auxquelles on fait dire ce qu’on veut, un commentaire et des bouts d’interviews ».

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 mai.

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15/05/2018

Festival de Cannes: retour mordant de Spike Lee dans un pamphlet férocement militant

thumb_59326_media_image_x584.jpgSpike Lee revient à Cannes 27 ans après Jungle Fever avec BlacKkKlansman, une charge cinglante contre le racisme, l'extrême droite et le président Donald Trump. D’un humour férocement militant, jubilatoire, le film est basé sur la folle et véridique histoire de Ron Stallworth.

Ce policier afro-américain de Colorado Springs (John David Washington, le fils de Denzel ) avait infiltré le Ku Klux Klan avec un collègue juif Flip Zimmermann (Adam Driver) au début des années 70. Les deux compères (photo) font merveille dans cet opus entre polar, comédie et politique.

Il se termine par la dénonciation des événements de Charlottesville, cette ville de Virginie secouée par des violences de groupuscules d'extrême droite le 12 août 2017. Il montre ce moment tragique où la voiture d'un suprémaciste blanc percute volontairement des militants antiracistes, provoquant la mort d'Heather Heyer, 32 ans.

Coiffé d’un béret noir, Spike Lee qui ne se gêne pas dans son film pour dresser un parallèle entre David Duke et Donald Trump, lorsque le leader du Klan dit vouloir rendre sa grandeur à l’Amérique…, s'est de surcroît livré à une attaque en règle contre le président américain lors de sa conférence de presse.

Réveiller les consciences, secouer les gens

«La mort de Heather Heyer est un meurtre. Et nous avons un type à la Maison Blanche, je ne prononcerai même pas son nom, qui n'a pas osé dénoncer le Klan et ces salopards de nazis. On parle de démocratie, mais c’est de la foutaise dans un pays bâti sur l’esclavage. Et ces conneries ne se passent pas seulement aux Etats-Unis c’est partout dans le monde. On ne peut rester silencieux. J'appelle les gens à se réveiller. On a tendance à rester passif, Le monde va à l’envers, on marche sur les mains. Ce type à la Maison Blanche possède le code nucléaire. Il peut déclencher une guerre atomique… »

«Il faut réécrire l’histoire avec ce film. Je suis porteur d’espoir» dit encore Spike Lee. «J’espère qu’il sera distribué dans le monde entier, dans des pays où sévit l’extrême-droite. J’espère éveiller les consciences, secouer les gens, créer une discussion autour du racisme».

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07/05/2018

Festival de Cannes: 21 films pour une Palme d'or. Du renouvellement et des valeurs sûres

festival_de_cannes_2018___cate_blanchett_sera_pr__sidente_du_jury_5537.jpeg_north_1200x_white.jpgStars devant et derrière la caméra, glamour et paillettes pour la 71e édition de la grand-messe de la pellicule qui débute le 8 mai. 21 films seront soumis au verdict du jury composé de quatre hommes et cinq femmes, dont la présidente Cate Blanchett, Léa Seydoux et Kristen Stewart.

Ce cru 2018 mise sur le renouvellement générationnel, Godard et l’Asie. Place donc d’abord au changement avec l’Américain David Robert Mitchell (Under The Silver Lake), la Libanaise Nadine Labaki (Capharnaüm), l’Egyptien A. B. Shawki (Yomeddine), le Polonais Pawel Pawlikowski (Zimna Wojna), le Français Yann Gonzalez  (Un couteau dans le cœur) thriller érotique avec Vanessa Paradis et sa compatriote Eva Husson (Les filles du soleil),

Cela n'empêche pas de grands noms de figurer parmi les prétendants à la Palme d'or qui sera décernée le 19 mai: l'inoxydable Jean-Luc Godard (Le livre d'images) pour la dixième fois sur la Croisette, Spike Lee (BlacKkKklansman), ou Ashgar Farhadi pour Everybody Knows, avec Penelope Cruz et Javier Bardem, qui ouvrira les festivités. L'homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, devrait faire la fermeture.

Mais le réalisateur américain voit la diffusion de son film au festival et sa sortie en salles menacées. C'est une affaire de droits d'auteur qui empoisonne l'ancien membre des Monty Python. On saura mercredi s’il pourra être montré a annoncé le juge qui a examiné lundi, à Paris, la demande du producteur Paulo Branco d'en interdire la projection.

1496998750858_0570x0400_1496998769197.jpgLes Asiatiques débarquent en force avec les Japonais Hirokazu Kore-Eda, (Shoplifters) et Ryusuke Hamaguchi (Netemo Sametemo), le Chinois Jia Zhang-Ke (Ash is purest white), le Sud-Coréen Lee Chang-Dong (Burning). Stéphane Brizé (En guerre) et Christophe Honoré (Plaire, aimer et courir vite, (photo) complètent la sélection française, tandis que Mateo Garrone (Dogman) et Alice Rohrwacher (Lazzaro Felice) représenteront l’Italie.

Le cinéaste dissident iranien Jafar Panahi (Three Faces) et le metteur en scène russe assigné à résidence à Moscou Kirill Serebrennikov (Leto) ont été invités à venir présenter leurs films. Mais ce dernier ne pourra pas faire le voyage. En ce qui concerne Panahi, il y aurait également peu d’espoir qu’il soit autorisé à quitter le territoire. 

Les femmes très minoritaires 

Contrairement au jury, les femmes restent très minoritaires. Trois seulement en lice pour 15 hommes, alors qu’on aurait pu en attendre davantage suite à l’affaire Weinstein. Refusant d’appliquer des quotas, le délégué général s’en est expliqué. "Il y a une différence entre les femmes cinéastes et la question #MeToo. il n'y aura jamais de discrimination positive pour elles."

Star Wars et retour de Lars Von Trier

La sélection officielle comporte divers volets. Hors compétition, on découvrira Solo: A star Wars Story qui revient sur la jeunesse de Han Solo. Déclaré persona non grata en 2011, Lars Von Trier réapparaît avec The House That Jack Built. En séance spéciale, Romain Goupil et Daniel Cohn-Bendit présentent La Traversée, une observation du quotidien des Français 50 ans après Mai 68.

Un Certain Regard

Complément de la compétition, Un Certain regard projettera une quinzaine de longs métrages, parmi lesquels le premier film syrien Mon tissu préféré de Gaya Jiji, évoquant une jeune célibataire issue d’une banlieue de Damas et rêvant d’une vie meilleure. On citera aussi A genoux les gars d’Antoine Desrosières, un opus cocréé avec ses actrices qui ont écrit le scénario et les dialogues. De la soumission vers l’émancipation, il raconte le voyage initiatique d’une ado musulmane.

Des mesures qui font grincer quelques dents

Les journalistes ne pourront plus voir les films en avant-première, mais en même temps que le public lors des projections officielles. Cela dans le but de redonner leur éclat aux soirées de gala, selon le délégué général Thierry Frémaux. Et non pas, a-t-il répété lors de sa conférence de presse cannoise, d'une mesure contre la presse. Par ailleurs après la polémique de l’an dernier, Netflix ne sera pas du raout. Terminés enfin les selfies sur tapis rouge. On est là pour voir des stars, pas pour imaginer en être...

La dernière Quinzaine d’Edouard Waintrop

waintrop-dscf7611_0.jpgIndépendante du festival, créée après les événements de Mai 68, la Quinzaine des réalisateurs fête ses 50 ans en compagnie d’un prestigieux invité, Martin Scorsese. Découvert avec Mean Streets en 1974, il se verra remettre un Carrosse d’or. Pour ce cru particulier, le délégué général Edouard Waintrop n’a pas lésiné en programmant 20 films. Avec toujours la volonté et l’audace de révéler des talents d’horizons divers.

Cette année, les Sud-Américains sont à l’honneur mais ce sont les Français qui se taillent la part du lion, Six sont sélectionnés, dont le provocateur Gaspard Noé, avec l’énigmatique Climax. Deux comédies figurent par ailleurs au menu. En liberté! de Pierre Salvadori réunit Adèle Haenel dans la peau d’une inspectrice de police et Pio Marmaï dans celle d’un ex-bagnard. Pour leur part Isabelle Adjani et Vincent Cassel se retrouvent à l’affiche du polar Le monde est à toi, signé Romain Gavras.

Rappelons que cette édition est la dernière d’Edouard Waintrop, en poste depuis 2012 et qui sera remplacé l’an prochain par l’Italien Paolo Moretti. « La direction de la Société des réalisateurs de films (SRF) m’a imposé sa décision et au début j’étais furax», nous dit-il. « Aujourd’hui je trouve ça très sain. Sept ans ça suffit. Avec tous les films français que j’ai refussés, je n’ai pas loin d’un millier d’ennemis ! Blague à part, j’ai toujours pu faire ce dont j’avais envie. C’est le plus important ».

Edouard Waintrop reste directeur des Cinémas du Grütli, ce qui permettra aux Genevois de voir les films de la Quinzaine du 30 mai au 5 juin.
 
La Semaine de la critique

Née en 1962 et dédiée à une première ou deuxième oeuvre, la Semaine de la critique est la section parallèle la plus ancienne de Cannes. Elle propose une sélection de sept films en compétition. Parmi ceux-ci Paul Dano signe en ouverture avec Wildlife son premier film, une adaptation du roman éponyme de Richard Ford par sa compagne Zoe Kazan et lui-même. Il raconte l'histoire de Joe, un adolescent de 14 ans dans les années 1960, qui assiste impuissant à la lente dégradation des rapports entre son père et sa mère

De son côté, la cinéaste suisse Anja Kofmel débute sur la Croisette derrière la caméra, avec Chris The Swiss. Entre documentaire en prises de vues réelles et narration animée en noir et blanc, elle nous emmène dans les années 90, au cœur d'une Croatie déchirée par le conflit yougoslave, sur les traces de son cousin Chris, jeune journaliste retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances. 

Le duo Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt met lui le ballon rond à l'honneur dans Diamantino. Ce premier long métrage portugais  imagine un célèbre footballeur qui devient l’objet de toutes les convoitises.

Cannes, du 7 au 19 mai.

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12/04/2018

Festival de Cannes: la 71e édition mise sur le renouvellement, l'Asie et Godard

5911279.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgDix-huit films seront soumis en mai prochain au verdict du jury cannois présidé par l’Australienne. Cate Blanchett. Cette 71e édition mise plus particulièrement sur le renouvellement et l’Asie, a-t-on appris lors de la conférence de presse du délégué général Thierry Frémeaux.

Mais cela n’empêche pas quelques grands noms de figurer parmi les candidats à la Palme d’or. Dont l’inoxydable Jean-Luc Godard (Le livre d’images), Spike Lee (BlackKKKlansman), ou encore Ashgar Farhadi, pour Everbody Knows, avec Penelope Cruz et Javier Bardem (photo), qui ouvrira par ailleurs les festivités. En revanche, sous réserve d’ajouts de dernière minute, on n’y verra pas les abonnés Jacques Audiard, Paolo Sorrentino, Mike Leigh ou autres Lars Von Trier.

Les auteurs du renouveau

Place donc aux petits nouveaux: la Libanaise Nadine Labaki (Caphanaüm), l’Egyptien A. B. Shawki (Yomeddine) la Française Eva Husson (Les filles du soleil), l’Américain David Robert Mitchell (Under The Silver Lake), le Polonais Pawel Pawlikowski (Zimna Wojna),

De leur côté les Asiatiques débarquent en force avec les Japonais Hirokazu Kore-Eda, (Shoplifters) et Ryusuke Hamaguchi (Netemo Sametemo), le Chinois Jia Zhang-Ke (Ash is purest white), le Sud-Coréen Lee Chang-Dong (Burning).

Avec Eva Husson, Stéphane Brizé (En guerre) et Christophe Honoré (Plaire, aimer et courir vite) complètent la sélection française, tandis que Mateo Garrone (Dogman) et Alice Rohrwacher (Lazzaro Felice) représenteront l’Italie.

Lettre aux autorités iraniennes

Le cinéaste dissident iranien Jafar Panahi (Three Faces) et le metteur en scène russe assigné à résidence à Moscou Kirill Serebrennikov (Leto) ont été invités à venir montrer leurs films en compétition. "Les autorités iraniennes recevront une lettre de notre part et des autorités françaises pour autoriser Jafar Panahi à quitter le territoire, à présenter son travail et pouvoir rentrer dans son pays", a annoncé Thierry Frémaux.

Les femmes très minoritaires 

A noter que seules trois femmes sur 15 hommes seront en lice pour la médaille tant convoitée, alors qu’on aurait pu en attendre davantage suite à l’affaire Weinstein. Refusant d’appliquer des quotas, le délégué général s’en est expliqué. "Il y a une différence entre les femmes cinéastes et la question #MeToo. il n'y aura jamais de sélection en discrimination positive pour des femmes"

Rappelons enfin que Jean-Paul Belmondo et Anna Karina sont à l'honneur sur l'affiche du Festival de Cannes 2018, une photo de Pierrot le fou de Godard ayant été utilisée pour l’occasion.

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29/05/2017

Festival de Cannes: "The Square" du Suédois Ruben Östlund décroche la Palme d'or. Le jury rate la cible

aaaaaapalme.jpgLe jury a joué la surprise en décernant une Palme d’or peu attendue. Elle récompense The Square, l’histoire d’un directeur de musée soutenant de grandes causes humanitaires et incitant les visiteurs à l'altruisme. Jusqu’au jour où il se fait voler son portefeuille et son téléphone portable.

Un film dont l’ironie grinçante à l'égard du monde de l'art et des nantis culmine dans une scène hallucinante avec un être monstrueux effrayant le bourgeois. Mais qui se délite au cours d'une intrigue qui traîne en longueur.

« C’est un film formidable et une équipe formidable. J’espère que nous pourrons travailler encore ensemble », a déclaré le cinéaste en recevant la récompense suprême des mains de l’actrice Juliette Binoche. Il a fait pousser un cri de bonheur à l’assistance selon une tradition suédoise.

A notre avis pourtant le jury a raté la cible, la Palme devant revenir à 120 battements par minute du Français Robin Campillo, un film choral fort, bouleversant, évoquant la lutte contre le sida dans les années 90. Une œuvre rare s‘adressant autant au cœur qu’à l’intelligence, unanimement plébiscitée sur la Croisette. Son auteur doit toutefois se contenter du Grand prix .

Pedro Almodovar et ses complices ont par ailleurs sous-estimé Faute d’amour du Russe Andrey Zvyagintsev en ne lui attribuant "que" le Prix du jury. Il méritait d’être tout en haut du palmarès avec sa critique d'une société déshumanisée, à travers la disparition de l'enfant d'un couple moscovite. Un film coup de poing, brutal, implacable, glaçant, servi par une superbe mise en scène.

Le prix spécial du 70e anniversaire du Festival de Cannes est allé à Nicole Kidman (absente), deux fois en compétition, Mise à mort du cerf sacré et les Proies. La réalisatrice de ce dernier, Sofia Coppola, (pas là non plus) décroche injustement le Prix de la mise en scène avec le remake inutile, bien trop lisse et d’un intérêt mineur, du roman éponyme de Thomas Cullinan. Don Siegel l'avait déjà adapté en 1971. Mais on ne retrouve rien du côté équivoque, dérangeant, vénéneux de l’original dans la version édulcorée de l'Américaine.  

aaaaaaaaaadk.jpgDiane Kruger est sacrée meilleure actrice pour son rôle dans In the Fade, de Fatih Akin. Elle se glisse avec talent dans la peau d'une mère dévastée par la mort de son fils et de son mari dans un attentat à la bombe. C'est sa première partition dans sa langue natale, l'allemand. C'est aussi l'une des deux seules comédiennes à porter un film de bout en bout.

Bon lui aussi, Joaquin Phoenix rafle le Prix d’interprétation masculine. Dans You Were Never Really Here, de la Britannique Lynne Ramsay, Imposant, barbu, il joue un personnage au mental fracassé par une série de traumas remontant à son enfance.

L'opus permet également à son auteure de remporter le Prix du scénario. Evoquant le voyage au bout des ténèbres d’un ex-soldat et agent du FBI engagé pour sauver une mineure du milieu de la prostitution, le métrage secoue mais on lui reprochera une trop grande complaisance dans de terrifiants éclats de violence.

En revanche avec Mise à mort du cerf sacré le Grec Yorgos Lanthimos usurpe complètement ce même prix ex-aequo. Il met en scène un chirurgien marié et père de deux enfants s’occupant d’un ado à problèmes. Un thriller bien barré en forme de comédie macabre.

Une compétition assez décevante

Pedro Almodovar doit être satisfait de ses jurés. Les deux films Netflix, Okja du Sud-Coréen Bong Jong-Ho et The Meyerewitz Stories de l’Américain Noah Baumbach, que la plateforme n’envisage pas de montrer en salle même en cas de Palme d’or, sont repartis bredouilles. Logiquement d’ailleurs, à l’image d’autres concurrents dans une compétition globalement assez décevante.

En-dehors de quelques grands moments, on ne peut en effet pas prétendre que cette 70e édition dont on attendait énormément, laissera un souvenir impérissable. Pourtant on était parti sur les chapeaux de roue avec Faute d’amour d'Andrey Zvyagintsev et 120 battements par minute de Robin Campillo.

La compétition s'est ensuite poursuivie en dents de scie, sans émerveillement. A l'image du palmé The Square, (on oubliera Les proies et le ridicule Mise à mort du cerf sacré), on trouvait Jupiter’s Moon du Hongrois Kornel Mandruczo. Un film fantastico-mystique où un jeune migrant blessé par balles se découvre un étrange pouvoir de lé vitation.

aaaaaaaaaaagarrel.jpgDans le ventre mou du concours, on a en revanche apprécié Le Redoutable de Michel Hazanavicius. Il a eu l’audace de s’attaquer au mythe Godard, légende vivante de la Nouvelle Vague, en crise existentialiste et cinématographique pendant et après Mai 68, suite à la mauvaise réception de La Chinoise. Une comédie jubilatoire et un Louis Garrel absolument irrésistible en JLG. Il n’a hélas pas convaincu le jury.

On aime bien également L'amant double de François Ozon, thriller érotique qui explore les tréfonds noirs et pervers de l'âme humaine, en mettant à nu Marine Vacth et Jérémie Renier. 

Good Time de Josh et Benny Safdie se situe dans une honnête moyenne. Un homme cherche à faire sortir de prison son frère arrêté au cours d’un braquage qui a mal tourné. Avec Robert Pattinson méconnaissable.

Il y a aussi Rodin de Jacques Doillon qui nous enferme pour un processus de création dans l’atelier du génial sculpteur. Une mise en scène plombante dans une ambiance pesante d’où ne ressort aucune passion. Bien que Vincent Lindon s’investisse corps et âme dans son rôle.

Mais la plus grande déception vient de Michael Haneke, candidat à une troisième Palme d’or avec Happy End. Il se livre à une sorte de recyclage de son œuvre, centrée sur le manque de communication entre les gens et leur indifférence au monde. Avec des comédiens quasiment en roue libre.

aaaaaaaaabinoche.jpgDe petites perles dans les sections parallèles

Bien qu’elle en constitue la colonne vertébrale, le Festival ne se limite pas à la compétition. A retenir trois films qui nous ont beaucoup plu. Dont deux dans la section Un Certain Regard: Barbara de Mathieu Amalric, qui veut ressusciter la célèbre chanteuse formidablement incarnée par Jeanne Balibar. Ainsi que L’atelier de Laurent Cantet

Le cinéaste propose l’histoire d’un groupe d’adolescents sélectionnés pour participer le temps d’un été à l’atelier d’un écrivain, Olivia, romancière à succès. Pour ces jeunes, l’objectif est d‘écrire un récit basé sur leurs propres vies et leur quotidien.Certains jouent le jeu d’autres moins.,

A La Quinzaine des Réalisateurs, Claire Denis séduit avec Un beau soleil intérieur, un scénario coécrit avec Christine Angot, qui signe également les dialogues. La réalisatrice se penche sur les affres d’Isabelle, peintre quinquagénaire divorcée et mère d’une petite fille, en quête désespérée du véritable amour. Juliette Binoche y est particulièrement belle et sexy. 

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26/05/2017

Festival de Cannes: «L'amant double», le thriller érotique de François Ozon

aaaaaaamant.jpgUne coupe de cheveux, une visite gynécologique, une plongée dans un vagin qui palpite… Le ton est donné pour L’amant double de François Ozon. Auteur prolixe, ce grand habitué de la Croisette, qui s'alignait une troisième fois dans la course à la Palme d'or, est encore reparti bredouille. Le jury est resté insensible au charme de la belle Marine Vacth. Quatre ans après Jeune et jolie, elle interprète Chloé, une femme fragile et dépressive. Tourmentée par des maux de ventre, elle décide d’entreprendre une psychothérapie et ne tarde pas à tomber amoureuse de son psy Paul, incarné par l'acteur belge Jérémie Renier.

Quelques mois plus tard les amants s'installent ensemble. En rangeant des cartons, Chloé met par hasard la main sur un passeport dont la photo ressemble furieusement à Paul et pense qu’il lui cache des choses. Le voyant parler avec une femme, elle imagine qu’il la trompe jusqu’àu moment où elle découvre qu’il a un frère jumeau, Louis, également psychiatre avec qui il est brouillé depuis dix ans…

Prenant rendez-vous avec lui sous un faux nom, elle devient sa maîtresse. Pensant à l’un lorsqu’elle est avec l’autre au cours de scènes torrides, elle est déchirée entre deux personnages physiquement identiques aux personnalités antagonistes.

L’auteur met ses protagonistes à nu

François Ozon n’hésite pas à mettre ses protagonistes à nu, au propre et au figuré dans son vingtième long métrage, un thriller érotique stylisé, à l’image clinique presque chirurgicale, construit de manière architecturale avec des effets de miroirs. Explorant les tréfonds noirs et pervers de l’âme humaine à travers des personnages redoutablement névrosés, ce fan de Hitchcock, s’est inspiré d’un polar noir paru en 1987, de Joyce Carol Oates, alias Rosamond Smith, The Lives of The Twins (L’amour en double en français).

«J’étais d’autant plus séduit par l’intrigue qu’elle avait utilisé un pseudonyme pour l’écrire. Il y a déjà là l’idée du double », déclare l’auteur. «J’en ai toutefois réalisé une adaptation assez libre, en inventant par exemple une fin inexistante dans le livre, en changeant la profession de la fille qui passe de mannequin à gardienne de musée chez moi. Et bien sûr je l’ai transposé en France».

Pourquoi cette folie du double dans un thriller à tendance gore?

Nous sommes tous différents selon qui nous fait face, nous avons des identités multiples. Cela contribue à la richesse d’une personnalité Dans mes goûts je suis très éclectique. Ce qui m’intéresse dans un film c’et la narration et la façon de lui trouver une forme adéquate. J’adapte mon récit au sujet que je traite. Par exemple dans Frantz, mon film précédent, je suis beaucoup plus classique. Là j’avais envie de jouer avec le film d’horreur et ses codes. Evoquer le suspense, la manipulation. Créer une tension permanente, un effroi, un malaise. J’ai essayé de retrouver cette angoisse qu’on aime. C‘est une sorte de catharsis. On se fait peur, comme les enfants.

Vous allez loin dans les fantasmes de votre héroïne

Cette histoire m’y pousse. Elle a des rêves de meurtre. Les fantasmes et les rêves révèlent la vérité des gens. Cela permet de mieux les cerner. On pense que le mal vient de l’extérieur En réalité il est en nous.

Vous avez choisi de retravailler avec Marine Vacht. Votre nouvelle muse?

Je me suis très bien entendu avec elle. Pour Jeune et jolie, je l’ai filmée un peu comme dans un documentaire. Depuis elle est devenue une vraie comédienne. En quatre ans, je l’ai vu grandir avec d’autres cinéastes. Dans L’amant double, elle montre ses talents d’actrice. C’est une fille très équilibrée, très mûre pour son âge.

En ce qui concerne Jérémie Renier, c’est la troisième fois que vous collaborez après Potiche et Les amants criminels. Était-ce difficile pour lui d’endosser ce rôle délicat de personnalités identiques et antagonistes.

Oui, c’est compliqué, mais tous les acteurs rêvent de jouer des jumeaux. Jérémie état ravi, mais également anxieux de savoir s’il serait aussi bon dans les deux caractères. Sa nature le porte en effet plutôt vers le personnage de Paul, l’élément gentil que vers celui de Louis, son exact contraire. En même temps, il a sa part d’ombre. Comme tout le monde.

Et qu’en est-il de la vôtre? Où la dissimulez-vous?

Dans mes films. La gémellité, c’est fascinant, mais c’est également angoissant d’être face à un miroir. Je me supporte déjà difficilement en simple exemplaire. Alors en double, vous imaginez...

  1. A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 mai.

 

 

 

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18/05/2017

Festival de Cannes: pour Pedro Almodovar, la Palme d'or doit sortir en salles

aaaaaapedro.jpgAlors qu’Emmanuel Macron et Donald Trump font leur possible pour lui voler la vedette, le Festival de Cannes déroule imperturbablement son tapis rouge où se bousculaient déjà les stars à l’ouverture de cette 70e édition.

A commencer par le président du jury Pedro Almodovar et ses huit camarades, à qui échoit la redoutable tâche de décerner la Palme d’or à l’un des dix-neuf concurrents. Invité à dire ce que représente pour lui le festival en conférence de presse, le bouillant Espagnol n’a pas tardé à annoncer la couleur.

Après avoir rappelé qu’il fréquentait la grand-messe cannoise depuis 1982 «une fête et une célébration du cinéma d’auteur», il a déclaré, en référence à la polémique Netflix, ne pas concevoir qu’une Palme d’or ou un autre prix soient remis à un film ne pouvant être vu en salles. Alors que la plateforme américaine prévoit le contraire en ce qui concerne The Meyerowitz Stories de l’Américain Noah Baumbach et Okja du Sud-Coréen Bong-Joon-Ho.

«Cela ne signifie pas que je ne sois pas ouvert aux nouvelles technologies ou à ce qu’elles apportent », a-t-il ajouté. «Mais ce qui est déterminant quand on voit un film pour la première fois, c’est la taille de l’écran. Elle ne soit pas être plus petite que votre chaise».

Pour le reste, Pedro Almodovar a insisté sur sa chance unique d’avoir été choisi. A l’image de ses co-jurés, les Américains Jessica Chastain et Will Smith, la Chinoise Fan Bingbing, le Sud-Coréen Park Chang-Wook, l’Allemande Maren Ade, l’Italien Paolo Sorrentino, les Français Agnès Jaoui et Gabriel Yared.

En revanche ils ne partagent pas forcément la position radicale de leur président à propos de Netflix, plus particulièrement Agnès Jaoui, relativement nuancée toutefois, et Will Smith qui a lui complètement pris la défense du géant du streaming. Ce qui n'est pas très étonnant, dans la mesure où il produira son prochain film. 

Mais ils se retrouvent tous pour se réjouir de voir des films qui leur ouvriront l’esprit et le coeur, de vivre une extraordinaire expérience, d’apprendre, de juger sans idée préconçue, de découvrir le cinéma de demain. Will Smith, encore lui, s’est montré d’humeur comiquement batailleuse dans l’interview précédent la conférence de presse. «J’atttends de pouvoir taper sur la table et affirmer que je ne suis pas d’accord. Faire un scandale au cours des débats… »

aaaaaaafantomes.jpgUn casting cinq étoiles pour Les fantômes d’Ismaël

Des stars, il y en avait aussi dans Les fantômes d’Ismaël, le film d’ouverture du Français Arnaud Despleschin réunissant Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, Alice Rohrwacher, Mathieu Amalric, Louis Garrel (le cheveu rasé, nuisant un poil si j’ose dire en l’occurrence à son charme) et Hippolyte Girardot.

Une histoire assez folle où le réalisateur, ne cachant pas non plus son bonheur, sa gratitude, son émotion d’en être, de surcroît sans le stress du verdict final, balade le spectateur dans les méandres d’intrigues sur fond d’espionnage.

Tandis qu’un diplomate traverse le monde sans rien y comprendre, un réalisateur traverse son existence sans rien y piger non plus. Despleschin fracasse des fragments d’histoires pour faire naître de ces éclats une femme aimée, le souvenir d’une femme aimée revenue d’entre les morts et une diablotine. Un film dont le message, pour son auteur, tient avant tout dans l’avant- dernière réplique de Charlotte Gainsbourg. «La vie m’est arrivée».

C’est aussi la première rencontre cinématographique entre cette dernière et Marion Cotillard. Elle s’est révélée évidente et simple sur le plateau. Cette collaboration correspond par ailleurs au souhait de Marion. «J’ai eu la chance de tourner avec de grands acteurs, mais j’adorerais jouer davantage avec des femmes. J’ai une passion pour les actrices et c’est merveilleux de partager cette expérience avec Charlotte ».

Une double satisfaction pour le cinéaste qui avait envie de travailler avec Charlotte depuis «L’effrontée», tout en admirant la capacité de Marion à créer du mythe et à s’en débarrasser.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 17 mai.

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14/04/2017

Festival de Cannes: Une 70e édition avec des records pour Michael Haneke et Nicole Kidman

aaaacannnes.jpgLe voile est levé sur la 70e édition du Festival de Cannes. Un cru 2017 moins dominé que d’ordinaire par les valeurs sûres. Un millésime à coloration politique par ailleurs, un «moment suspendu» entre la présidentielle et les législatives, comme l’a rappelé le président Pierre Lescure lors de la conférence de presse, avant que le délégué général Thierry Frémeaux déroule la liste des films retenus.

Le comité de sélection en a visionné 1930 pour en choisir 49. En compétition, 18 seront soumis au jugement du président Pedro Almodovar et de ses futurs complices. 16 figurent dans Un certain regard, les autres se répartissant hors compétition, dans les séances spéciales et de minuit.

On compte en tout 29 pays, 9 premiers films et 12 réalisatrices dont trois, l’Américaine Sofia Coppola (Les Proies), la Japonaise Naomi Kawase (Radiance) et la Britannique Lynne Ramsay (You Were Never Really Here) prétendent à la Palme d’or. A cet égard, l’Autrichien Michael Haneke, qui détient le record de sept sélections, tentera d’en établir un autre en remportant un troisième trophée avec Happy End. Au générique de quatre productions, Nicole Kidman rafle celui de l’ubicuité…

Les Français très bien lotis

Alors qu’Arnaud Depleschin assurera l’ouverture avec Les fantômes d’Ismaël Les Français sont particulièrement bien représentés dans la course à la médaille avec François Ozon et son thriller L’amant double, Jacques Doillon (Rodin), Michel Hazanavicius (Le redoutable, autour de Jean-Luc Godard) et le petit nouveau Robin Campillo (120 battements par minutes, chronique du sida à travers l’organisation ActUp).

Du sang neuf également chez les Américains avec Noah Baumbach (The Meyerowitz Stories), les frères Benny et Josh Safdie (Good Time). Ils feront face au vétéran Todd Haynes (Wonderstruck). En concours pour la première fois aussi le Coréen Bong Joon-ho (Okja), tandis que son compatriote Hong Sangsoo propose The Day after.

On trouve ensuite deux Russes, Serguei Loznitsa (A Gentle Creature) et Andreï Zviagintsev (Loveless), le Grec Yorgos Lanthimos (Mise à mort du cerf sacré), le Hongrois Kornel Mundruczo (Jupiter’s Moon), le turco-allemand Fatih Akin (In The Fade).

Les stars devant la caméra

Du beau monde derrière, mais aussi devant la caméra. On citera pêle-mêle Robert Pattinson chez les frères Safdie, Joaquin Phoenix chez Lynne Ramsey, Isabelle Huppert chez Haneke, Vincent Lindon chez Doillon, Louis Garrel chez Hazanavicius, Jérémie Renier chez Ozon.

Sans oublier Nicole Kidman, déjà citée ci-dessus. On la retrouve en concours chez Sofia Coppola et Lanthimos, hors compétition chez John Cameron (How to Talk to Gilrs at Parties) et dans la deuxième saison de Top of The Lake la série télévisée de Jane Campion dans son intégralité. De son côté, David Lynch débarquera avec deux épisodes de la saison 3 de Twin Peaks. Des projections en séances spéciales. 

Dans cette section on pourra en outre découvrir des documentaires engagés. A l’image de Napalm de Claude Lanzman, An Inconvenient Sequel de Bonni Cohen et Jon Shenk, ou encore 12 jours de Raymond Depardon. Un mot sur Kristen Stewart qui montre son premier court métrage (come Swim) et Chair et sable d’Alejandro Inarritu, un film en réalité virtuelle de 7 minutes, proposé pour la première fois.

On aura l'occasion de parler plus tard de La quinzaine des réalisateurs et de La semaine de la critique, deux volets importants de cette 70è édition, où Monica Bellucci jouera la maîtresse de cérémonie pour l'ouverture et la clôture du festival, qui se terminera par la projection de la Palme d'or.

Festival de Cannes du 17 au 28 mai.

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23/05/2016

Festival de Cannes: le militant Ken Loach remporte la Palme d'or avec "Moi, Daniel Blake"

akenloach.jpgAlors que la critique unanime plébiscitait Toni Erdman, sa réalisatrice allemande Maren Ade est repartie les mains vides. Le jury présidé par George Miller a décerné la Palme d’or à Ken Loach pour Moi, Daniel Blake. Une deuxième après celle obtenue avec Le vent se lève en 2006.

Un choix convenu qui n’étonne pas pour ce film militant. Beau, émouvant mais peu novateur, il se penche à son habitude sur la misère sociale, en suivant un menuisier chômeur et son parcours kafkaïen dans les arcanes de l’administration, pour obtenir l’aide sociale. Un choix politique qui se retrouve dans d’autres films primés.

Dans son discours de remerciement, le réalisateur qui va fêter ses 80 printemps a notamment dit: "Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse.  Nous sommes à l‘orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe". Un autre monde est possible et même nécesssaire, a ajouté le cinéaste en mettant en garde contre le retour de l'extrême-droite.


dolan.jpgLes larmes de Xavier Dolan

Le Grand prix du jury est lui revenu à Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce, mort du sida en 1995. Un jeune auteur à succès revient dans sa famille après 12 ans d’absence pour annoncer à ses proches qu’il va mourir.

Aussi ému qu’il y a deux ans, l’enfant chéri de Cannes qui espérait sans doute toucher cette fois le Graal s’est laissé aller à verser quelques larmes. "Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé, pour être accepté. Toute ma vie je tournerai des films, aimé ou  non", a-il déclaré.

Des prix d’interprétation dans le ton de la Palme

Oubliant les Kristen Stewart, Isabelle Huppert, Marion Cotillard ou autres stars, le jury, restant dans le ton de la Palme, a choisi de donner son prix d’interprétation féminine à la Philippine Jaclin Jose, héroïne de Ma’Rosa de Brillante Mendoza. Mère de quatre enfants dans un quartier pauvre, elle est arrêtée par des policiers corrompus pour la revente de narcotiques divers.

bhosseini.jpgPareil en ce qui concerne les garçons, alors qu'on imaginait Fabrice Luchini, Gaspard Ulliel, Shia LaBeouf, voire Adam Driver dans le rôle du meilleur acteur. Eh  bien c’est l’Iranien Shabah Hosseini qui a décroché la timbale dans Le client. Et son réalisateur a fait coup double en raflant le prix du scénario, en montrant un couple qui tente de retrouver une vie normale, après une agression subie par la jeune femme.

Le prix du jury est allé à la Britannique Andrea Arnold pour l’électrique American Honey, brillant mais qui aurait gagné à être raccourci. Star, une adolescente quitte sa famille et rejoint une équipe qui fait du porte à porte en vendant des magazines.

Enfin deux cinéastes se partagent ex-aequo le prix de la mise en sène , le Français Olivier Assayas avec Personal Shopper et le Roumain Cristian Mungiu avec Baccalauréat. Chez le premier Kristen Stewart fait les courses pour une vedette en attendant que se manifeste l’esprit de son frère récemment décédé. Le second se penche sur la corruption en Roumanie à travers les petites magouilles d’un médecin pour aider sa fille.

Une excellente édition 2016

Les  choix du jury sont évidemment déjà encensés ou décriés à mort.  Les réseaux sociaux s’en donnent en tout cas à  cœur joie dans un sens ou dans l’autre. Reste que dans cette compétition d’un excellent niveau, nettement plus élevé que celle de l’an dernier, il était difficile de dégager une incontestable Palme d’or, comme ce fut par exemple le cas il  a trois ans avec La vie d’Adèle.

Prouvant une vitalité du cinéma qui s’est manifestée dans les sections parallèles, de nombreux concurrents pouvaient ainsi y prétendre. Outre Toni Erdmann, de Maren Ade, on pense à Elle de Paul Verhoeven, au sensuel Mademoiselle de Park Chan-Wook,  à l’irrésistible Ma Loute de Bruno Dumont , au radical Rester vertical d’Alain Guiraudie, à Paterson de Jim Jarmush. Et si Pedro Allmodovar (Julieta) ou Les frères Dardenne (La fille inconnue) étaient un poil en-dessous, il  n’y a eu qu’un seul véritable couac, le grotesque The Last Face de Sean Penn unanimement considéré comme le pire film du festival.

acamdiv.jpgDivines remporte la caméra d’or

Ce prix réservé à un premier film toutes sections confondues est allé à Divines de la Franco-Marocaine Houda Benyamina proposé à la Quinzaine des réalisateurs. Ce qui a poussé son auteur survolté à se lancer dans un show féministe peu banal, tout en remerciant le délégué général de la Quinzaine Edouard Waintrop qui l’a sélectionnée d’un "Je te dis Waintrop, t’as du clito!"

Jean-Pierre Léaud à l'honneur

On gardera pour la fin la Palme d'or d'honneur décernée à Jean-Pierre Léaud "né à Cannes en 1959", où il était venu pour la première fois avec Les quatre cents coups de François Truffaut. Cet acteur qui a tout donné au cinéma et à qui le public a réservé une longue standing ovation, était cette année à l'affiche de La Mort de Louis XIV. Un remarquable opus présenté hors compétition, mais qui aurait dû y être.

 

 

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