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27/11/2012

Sortie cinéma: "The Artist Is Present", époustouflante performance

20320370.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDeux simples chaises face à face au milieu d’une vaste pièce. Sur l’une une femme, immobile, silencieuse, sur l’autre une personne du public en relayant une autre, puis une autre et encore une autre se regardent sans parler. Au début aussi longtemps qu'elles le souhaitent. Ou le supportent. Plus brièvement ensuite, en raison de l'allongement des files et du nombre des candidats...

Drôle d'idée, pas très affriolante a priori. Et pourtant, 750.000 visiteurs se sont rués au MoMA de mars à fin mai 2010, pour participer à l’incroyable performance imaginée par la reine du genre, Marina Abramovic (photo). C’était le sujet principal de la rétrospective, occupoant plusieurs étages, qui lui était consacrée par le célèbre musée newyorkais. 

Certains ont attendu toute la nuit, d’autres plus de dix heures. Se précipitant dès l’ouverture des portes, pour dénicher un ticket, précieux sésame qui leur permettrait d’occuper la chaise vide tant convoitée et d’engager un échange muet, les yeux dans les yeux, avec l’artiste. 

Trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour

Inimaginable en sachant que la majorité des gens passent rarement plus de 30 secondes devant un tableau, aussi célèbre soit-il. Plus incroyable l’exploit physique et mental de l’artiste, 63 ans alors, vêtue d’une très longue robe rouge sang ou blanche comme neige, restée assise sous le feu des projecteurs et de la foule sans boire, manger, ou bouger pendant trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour.

L’oeuvre et l’artiste, 63 ans alors, figurent au centre de The Artist Is Present, un premier film signé Matthew Akers. Après s’être documenté pendant dix mois sur les moindres faits et gestes de l'existence de Marina Abramovic, il dresse un portrait intimiste et inédit. L'accompagnant avant, pendant et après la rétrospective, s’appuyant sur des entretiens avec elle, ses collaborateurs, ses amis et ses fans, il nous laisse découvrir une icône glamour venue de Belgrade.

Provocante, séduisante, produisant un travail hors norme depuis quarante ans, elle est connue pour utiliser sans limite son propre corps comme moyen d’expression et se livrer à des mises en scène audacieuses, voire choquantes, où domine la nudité. Très controversée, qualifiée d’alternative, elle rejette cette étiquette et veut que la performance soit une véritable forme artistique.

Extraordinaire, sinon concluante, celle menée au MoMA s’est pour le moins révélée surprenante en regard de l'étonnant nivellement social qu’elle a provoqué, mêlant des gens de tous genres, de tous âges, de tous milieux et de toutes origines.

Radical, hynotique, dérangeant, ce "dialogue direct des énergies" a par ailleurs déclenché des émotions rares chez beaucoup des vis-à-vis de Marina Abramovic, allant du sourire lumineux aux larmes, tout en passant par d'autres manifestations de sldération, de souffrance, de bonheur, de plaisir, d’apaisement. Montrant par là que le public était partie intégrante de l’accomplissement d'une oeuvre qui ne se distingue pas de sa vie.  

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le 28 novembre.

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Sortie cinéma: "Au-delà des collines" laisse entrer le diable au couvent...

28c669c4-3303-11e2-8b8c-bebc0bbc3090-493x328[1].jpgEn 2007 Cristian Mungiu décrochait la Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En mai dernier, il revenait sur la Croisette avec Au-delà des collines pour nous plonger, pendant 2h30, dans le rude quotidien d’un couvent orthodoxe. Séduisant à nouveau le jury, il  remportait le prix du scénario, tandis que ses deux héroïnes principales, Cosmina Stratan (à droite sur la photo) et Cristina Flutur étaient sacrées meilleures actrices.
 
Alina, une jeune Roumaine de 25 ans, vient voir Voichita, son amie d'enfance avec qui elle a eu une petite relation amoureuse à l'orphelinat. Elle la supplie de rentrer avec elle en Allemagne. Mais la vie de Voichita a bifurqué sous l’influence d’un pope hirsute, ultra rigoriste, aux méthodes d’un autre âge. Depuis leur séparation, c’est à Dieu qu’elle s’est donnée. Un rival de taille. Alina décide quand même de rester un peu, dans  l’espoir de convaincre son amie de changer d’avis. En vain. 

Entre prières et corvées domestiques, la jeune femme a du mal à se plier aux règles dans ce monde clos, silencieux, sans électricité, perdu dans un paysage hivernal, désolé, désert.

De plus en plus minée par le désespoir, la frustration et la rage, Alina profane le mausolée, jette l’icone par terre, critique violemment le rituel. Des comportements violents qui laissent penser au prêtre qu’elle est possédée par le diable. Il s’agit dès lors de protéger la communauté. Sous le regard impuissant d’une Alina désemparée et la complicité servile des autres membres, l’intruse est séquestrée, bâillonnée, attachée à une croix…

L’histoire, brutale, se base sur des faits authentiques qui s’étaient déroulés en Moldavie en 2005 et où une jeune nonne schizophrène fut retrouvée morte suite à un exorcisme. Cristian Mungiu dépasse ce fait divers tragique pour parler de la pratique de la religion, d’amour, de libre arbitre, et de tous ces éléments qui déterminent notre destin, comme l’endroit où l’on est né, le milieu où on évolue, l’éducation qu’on a reçue.

Avec ce film magnifiquement porté par Cosmina Stratan et Cristina Fultur, le cinéaste roumain livre une œuvre dense, originale, sous tension, à la mise en scène à la fois simple, sobre et puissante.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 28 novembre.

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20/11/2012

Sortie cinéma: "War Witch" se penche sur les enfants soldats

AFP_120218_u15qv_nguyen-mwanza-rebelle_sn635[1].jpgParticulièrement éclectique, le cinéma québécois continue à se bien porter et à surprendre. Après des films aussi différents que Monsieur Lazhar ou Laurence Anyways, War Witch s'intéresse aux enfants soldats. Jeune Africaine de 14 ans, Komona raconte sa vie à l’enfant, produit d’un viol, qu’elle porte depuis son enlèvement par une armée rebelle qui l’a obligée à faire la guerre. Le seul qui l’aide, la protège et l’écoute est le Magicien, un albinos de 15 ans qui veut l’épouser. Bravant leurs redoutables chefs, Komona et lui s’évadent pour essayer de vivre leur passion.

Film sur la résilience, la rédemption et la quête de la lumière, War Witch ou Rebelle illustre jusqu’à l’horreur la terrible existence des enfants soldats. Au départ, le premier réflexe du réalisateur Kim Nguyen fut d'ailleurs de dénoncer cette situation. Mais tout en se nourrissant de faits réels, le jeune cinéaste québécois s’en est détaché pour proposer une histoire d’amour entre deux jeunes gens pris dans un monde de violence.

Mais cette fable humaniste, mélange également de lyrisme, de poésie et d'apparition de fantômes, ne se veut jamais misérabiliste. Elle montre une adolescente qui, à l’image de ses petits camarades, manifeste une incroyable force et ne cesse de vouloir s’en sortir.

Lors d'un récent passage à Genève, Kim Nguyen a évoqué son quatrième long-métrage, qui va représenter le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars.

Vous le portez en vous depuis une dizaine d’années. Pourquoi une si longue gestation?

Pour plusieurs raisons, la plus simple étant qu’écrire prend du temps! Mais revenons à la base où il y a de vrais témoignages et  surtout l’histoire de ce gamin de neuf ans, en Birmanie, qui s’est réveillé un beau matin en déclarant qu’il était la réincarnation de Dieu. Suivez mes enseignements, disait-il aux soldats et vous ne mourrez pas.

Et que leur est-il arrivé?

Rien, ainsi qu'il l’avait affirmé. Pendant six semaines. J’ai alors fait des recherches sur les enfants soldats et décidé de situer le récit en Afrique subsaharienne. En plaçant au centre une adolescente, Komona, dont j'ai adopté le point de vue. Il s'agit d'une non-professionnelle, à l'image des autres  protagonistes, ce qui pour moi est un avantage. Ils évitent l’autoanalyse…

Le rôle de Komona est joué par Rachel Mwanza (photo avec son réalisateur), qui a décroché l’Ours d’argent de l’interprétation à la dernière Berlinale. C’est une actrice née. Comment l’avez-vous trouvée?

Dans la rue à Kinshasa. Pour les besoins d’un documentaire, un millier d’enfants avaient été auditionnés et quelques-uns sélectionnés, dont Rachel. Elle avait 13 ans et habitait chez un caïd qui la contraignait à voler. Du coup elle est devenue une grande bagarreuse. Et comme vous dites une actrice née. Elle a un talent fou, un naturel incroyable, n’a pas peur de la caméra. Elle est aussi d’une rare nonchalence. Elle ne se prépare pas. C’est une instinctive. Elle a transcendé le scénario.

Vous avez choisi de tourner au Congo, où vous avez passé plus de quatre mois. Un sacré défi.

Il est vrai que Kinshasa est une des villes les plus dangereuses du monde et nous avons souvent eu très peur. Mais ce n’était pas pour jouer les kamikazes.  Cela m’a permis de remettre nos problèmes occidentaux en perspective et de réaliser à quel point nous dépendons des ressources du tiers-monde. En l’occurrence du coltan, dont 80% proviennent du Congo. C'est un métal rare qu’exploitent les compagnies minières et qui entre dans la fabrication de nos portables. Nous sommes donc en partie responsables des conflits dans la région.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 novembre.

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Sortie cinéma: "Thérèse Desqueroux", le dernier défi de Claude Miller

20183107.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgSpécialiste de l’adaptation littéraire, Claude Miller, mort le 5 avril dernier, avait décidé pour son dernier film de porter à l'écran Thérèse Desqueroux, le chef d’œuvre de François Mauriac. Publié en 1927, le roman avait déjà tenté Georges Franju et avait valu à Emmanuelle Riva le prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 1962.

Un double défi à relever pour Claude Miller, qui a fait appel à Audrey Tautou pour incarner la fascinante Thérèse. Personne ne remplacera Emmanuelle Riva, mais le choix se révèle plutôt judicieux, la comédienne se montrant convaincante dans le rôle de cette avant-gardiste de l'époque à l'allure un peu austère, de cette intello qui a lu quelques livres, élevée par un père radical, exaltée mais froide, mère indifférente, pleine d‘idées folles mais décidée à les refouler et croyant vraiment que le mariage allait la rendre heureuse. 

Avide de liberté, elle ne tarde pourtant pas à étouffer sous le poids des conventions bourgeoises dans l’environnement de ces Landes où on arrange les mariages pour unir les terres et allier les familles. Elle tente, sans le haïr vraiment, d’empoisonner son mari Bernard à l’arsenic. Pour éviter l’éclatement du scandale et alors que tous la savent coupable, Bernard, de connivence avec son beau-père et l'avocat, la disculpe devant le tribunal qui prononce un non-lieu.

Le roman commence tandis que le procès se termine. Puis, le narrateur opère un retour en arrière pour évoquer le parcours de Thérèse, suggérant ce qui l’a poussée à cette tentative de meurtre. La jeune femme se rappelle alors son adolescence joyeuse avec la jeune Anne, le mariage avec  son demi-frère, sa déception sentimentale en se voyant réduite à la maternité, sa cruelle intervention pour détruire l’amour qu’Anne voue à un bel étudiant juif bordelais en vacances, la naissance de sa fille…
 
Et surtout le jour où elle surprend son mari, stressé par un gros incendie menaçant leur maison, à avaler deux fois la dose d’un médicament à base d’arsenic. Ces doses qu’elle augmentera chaque jour, jusqu’au moment où le médecin découvre une ordonnance falsifiée et porte plainte.…
 
Hostile au flash back, Claude Miller a lui complètement renversé la structure, estimant que l’histoire était parfaitement racontable d’une façon linéaire. Qu’elle en prenait même de la force et permettait de se sentir plus proche de Thérèse. Il a pris d’autres libertés avec le livre, à commencer par le personnage de Bernard, qu’il rend moins brutal, moins rustre, moins dur, moins moche.

Alors que le rôle était tenu par Philippe Noiret il y a cinquante ans, c’est Gilles Lellouche qui s’y colle. Il surprend par une bonne interprétation, presque à contre-emploi, de ce mari hypocondriaque, attaché aux valeurs familiales, qui dans le fond semble aimer sa femme et préfèrera le faux-témoignage à la souillure de son nom.

Ce remake de Thérèse Desqueroux, d’une facture très académique, n’est pas le meilleur de Claude Miller. Mais tout acquis à Thérèse, il porte un éclairage et un regard intéressants sur la condition féminine dans les années 20. Donnant aussi très envie de (re)lire le roman de Mauriac et de (re)voir l’adaptation de Franju.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le mercredi 21 novembre.

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13/11/2012

Sortie cinéma: Gad Elmaleh, requin de la finance dans "Le Capital" de Costa-Gavras

20283496.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDocumentaires et fictions se multiplient depuis le début de la crise sur l’univers impitoyable de la finance. Toujours prompt à mettre le doigt là où ça fait mal, à s’enflammer contre les dérives  de la dictature grecque (Z), du communisme (L’aveu) ou  de  l’Eglise (Amen), Gosta-Gavras le rebelle ne pouvait laisser passer l’occasion de  nous livrer à son tour son brûlot contre les excès désastreux du capitalisme sauvage. Un sujet qu’il avait d’ailleurs déjà abordé dans Le couperet.

Adaptant le roman éponyme de Stéphane Osmont, le réalisateur évoque ainsi,dans Le Capital, l’ascension de Marc Tourneuil, un valet de banque aux dents longues, prêt à tout pour grimper  les échelons quatre à quatre. Il n’en aura pas franchement besoin, puisqu’il est soudainement propulsé au sommet d’un des plus grands établissements européens par son patron tombé gravement malade. Du coup, évoluant dans une nasse aux forts relents mafieux, il devient la cible privilégiée des autres requins avides de se débarrasser de lui au plus vite.  

Pour le rôle de cette petite ordure uniquement motivée par le pouvoir et la jouissance que lui procurent l’argent, mais curieusement censée forcer la sympathie, Costa-Gavras a choisi Gad Elmaleh, acteur comique à contre-emploi donc, que tout le monde ou presque s’accorde à trouver excellent, sinon carrément génial. Ce n’est pas vraiment le cas dans la mesure où, se muant en espion façon James Bond dans les réunions des pontes, il paraît souvent à côté de son sujet. Et il ne lui suffit pas non plus de prendre un air sérieux pour se montrer convaincant.

Comme les femmes, pièces rapportées dont l’auteur offre une vision outrancièrement caricaturale. A l’image de Natacha Régnier en improbable épouse sujette à une vague culpabilité face aux licenciements massifs opérés par son homme, ou de Liya Kebede, top model style pute de luxe marchant à la coke, et extorquant de substantiels cadeaux aux hommes qu’elle excite pour mieux se refuser à eux.  

Par ailleurs, outre le fait qu’on peine un peu à se passionner pour l’aspect assez ennuyeux du milieu bancaire et le traitement compliqué de ce Wall Street à la française, Costa-Gavras rechigne à se décider entre la satire féroce, le thriller financier faussement vitriolé et la grosse farce. Pour preuve cette scène de fin où Gad Elmaleh s’écrie: "Je suis votre Robin des Bois moderne. Continuons à prendre aux pauvres pour donner aux riches!"

Formidable de clairvoyance et de cynisme ce Tourneuil! D’autant que les actionnaires s’esclaffent, pleinement conscients du mal qu’ils font, croit-on. Mais non. Il s’agit d’une simple saillie, un bon mot pour amuser une brochette de vilains méchants, banalement ramenés à une bande de potaches turbulents et joueurs. Dommage. Même s'il se prend pour l'un d'eux en l'occurrence, le cinéaste nous a habitués à mieux.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 14 novembre.

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Sortie cinéma: Avec "Après Mai", Olivier Assayas revisite les années 70

200full-[1].jpgL’un des bons films de la semaine, Après Mai revient avec un peu de nostalgie et de mélancolie sur l’effervescence politique,  le bouillonnement des idées d’il y a quarante ans. Situé en région parisienne, il commence en 1971 avec une manifestation  réelle interdite et violemment réprimée par les CRS, en faveur des leaders de la gauche prolétarienne emprisonnés.

Il nous emmène ensuite dans un cours de philo, puis s’attache à suivre, de France en Italie en passant par Londres, le destin de quelques lycéens utopistes, anticapitalistes. Désireux d’emboîter le pas aux  étudiants de  68, d’être aussi bien qu’eux et de se faire eux aussi entendre, ils militent à coups de tracts, d’affiches, de slogans révolutionnaires importés de Chine ou de Cuba.

A l’image de Gilles, dont l’engagement s’oppose à ses aspirations artistiques, vouloir écrire ou peindre étant alors considéré comme petit bourgeois, tous cherchent à tracer leur route entre premières amours, premières manifs, études et choix d’un métier. De quoi permettre à Olivier Assayas d’explorer les combats, les rêves et les désillusions d’une jeunesse fervente qui fut aussi la sienne.

Un film né de plusieurs désirs

Rencontré récemment à Genève, le cinéaste nous explique qu’Après Mai  est né de plusieurs désirs. Dont celui de donner une sorte de prolongement à L’eau froide, œuvre très personnelle tournée en 1994, où il parlait déjà, mais d’une façon plus poétique, de sa génération. "Ce film a beaucoup compté pour moi, mais il m’était toujours resté comme un sentiment d’inachevé. Après Mai complète  sa dimension autobiographique ou celle, politique, de la décennie 70 telle que je l’ai vécue".

En 2010, vous avez  réalisé "Carlos", excellent opus en trois parties sur le célèbre terroriste de ces années-là. Y a-t-il un rapport avec votre volonté de revisiter cette époque sous un prisme différent ?

Effectivement, j’ai eu beaucoup du plaisir à reconstituer cette période. En plus, avec Carlos, j’ai appris de nouvelles manières de filmer, de regarder. Je les ai donc appliquées à un cinéma plus intime. Mais je précise que mes souvenirs sont fatalement subjectifs, chacun ayant vécu Mai 68 à sa manière.

Il y a une part autobiographique dans "Après Mai". La revendiquez-vous?

Je ne crois pas trop à l’autobiographie au cinéma. Mais disons que je me reconnais dans ces jeunes gens. Plutôt dans Gilles que dans les autres.

Vos héros paraissent assez naïfs, prêtent même parfois à sourire. Ils fantasment sur une alliance avec les ouvriers, les paysans, prônent l’aventure et la liberté. Ils vilipendent  la bourgeoisie alors qu’ils apparaissent comme des fils et des filles à papa.

Je n’aime pas du tout entendre la dernière partie de votre phrase. Je parle d’un lycée de banlieue où on trouvait toutes les classes sociales. Je me fiche de savoir d’où viennent mes protagonistes. Ils ont une  détestation de la consommation, un rapport très modeste au monde matériel. Aujourd’hui les gens sont beaucoup plus riches. Contrairement à hier ils sont obsédés par leur carrière, la construction d’une famille bourgeoise.

Votre film est donc porté par l’élan d’une époque.

Oui car il évoque un moment où le monde change, où certes l’idéologie est confuse, mais où il  y a une foi dans la révolution. Contrairement à ce qui se passe maintenant avec une génération qui vit dans un présent amorphe. Avant Mai 68 personne n’imaginait qu’un tel événement puisse se produire. C’était une révolution contre le mode de vie et les valeurs de l’époque. L’irruption du réel dans un monde rigide et qui ne voulait pas en voir la transformation.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 14 novembre.

 

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Sortie cinéma: Twilight-Chapitre 5: Révélation 2 sonne la fin de la saga

61322784[1].jpgPour les fans de la saga, il y a un avant et un aprèsTwilight. Comme pour ces milliers de gens, ados hystériques ou mères de famille ensorcelées accourus à Los Angeles, venus des Etats-Unis bien sûr, mais aussi de Grande-Bretagne, du Vénézuela, du Brésil, de France, d’Espagne, d’Australie, du Canada. Et qui, selon l’agence AFP, ont campé pendant des jours près du théâtre Nokia, au centre de la Cité des Anges, une salle qui accueille traditionnellement chaque mois de novembre les premières mondiales de la franchise.

Les tentes s’étalent à perte de vue, car cette fois le phénomène touche à sa fin. C'est en tout cas ce qui se dit pour l’instant. Il paraît que si le cinquième chapitre signé Bill Condon cartonne un max lors de sa sortie planétaire, il n’est pas exclu qu’il y en ait un sixième. D’autant que cette Révélation 2e partie contient tout ce qu’il faut pour une resucée.

Avec le soutien de son cher Edward et après la naissance de sa fille Renesmée, Bella s’habitue petit à petit à sa nouvelle existence de vampire. Elle a même développé des forces insoupçonnées, qui vont lui servir pour en découdre avec les Volturi. Ceux-ci, sentant leur espèce menacée par la naissance d’une créature d’un genre inédit, déclarent en effet la guerre à la famille Cullen. De leur côté, les Cullen rassemblent leurs alliés pour tenter de repousser sinon détruire les Volturi, harangués par le redouble Argo, lors d’un ultime affrontement. Les têtes vont voler à grands coups d'effets spéciaux.

Après Fascination, TentationHésitation et Révélation première partie, l'eau de rose tente ainsi de faire place à l’action. Du moins au cours d’un spectaculaire  final d’une vingtaine de minutes. Laissant oublier le côté soap et soporifique de l’affaire, les trois héros Bella, Edward et Jacob se ruent au combat pour sauver la vie d’une petite fille, mi-mortelle par sa maman et mi-immortelle par son papa. A noter que d'après les connaisseurs, cet épisode a pris des libertés qualifiées de judicieuses par rapport au roman.

En gros la chose se laisse voir, sans plus. Mais inutile de préciser que les inconditionnels n’auront cure d'une quelconque réserve et que rien ne les détournera de leur envie dévorante de voir une fois encore le couple mythique Kristen Stewart/Robert Pattinson, flanqué d’un bébé à croissance hyper rapide et de Taylor Lautner, le loup-garou body-buildé au regard louche et au gros nez de la série.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 14 novembre 

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07/11/2012

Sorties cinéma: "Stars 80", un come-back en forme de gros coup de pub

325020-affiche-francaise-stars-80-150x200-2[1].jpgA la tête d’une petite société de sosies proche du dépôt de bilan, Vincent et Antoine, deux producteurs ratés fans des années 80, ont soudain une idée de génie pour éviter la faillite. Faire remonter sur scène les idoles de leur époque et organiser une série de concerts à travers la France.

Le projet est loin de rencontrer l’adhésion des grands de la profession. Mais obtenant un dernier crédit de leur banquier, les deux losers partent à la recherche des stars oubliées, dont la plupart se laisse tenter par l’aventure. Après des débuts peu encourageants, la troupe de ringards ne tarde pas à cartonner en province pour finir par triompher au Stade de France.

Imaginée par Frédéric Forestier et Thomas Langmann, cette comédie en forme de gros coup de pub qui exploite le culte nostalgique voué aux anciennes gloires du Top 50, surfe sur leur tournée réelle. On revoit avec plaisir les François Feldman, Cookie Dingler, Patrick Hernandez et autres Sabrina, Et réécouter leurs tubes met de bonne humeur.

Ces vedettes sur le retour n’hésitent pas en plus à faire preuve d’une bonne dose d’autodérision, à l’image de Peter et Sloane qui donnent dans les retrouvailles, ou de Jean-Luc Lahaye tout de cuir vêtu, qui se caricature à l’excès en mégalo dragueur de minettes.

C’est tout ce qu’on peut dire de ce documentaire musical. Pour le reste c’est particulièrement maigre, tant côté scénario qui se résume à une bande-son que côté mise en scène où les artistes ne font en gros que se produire à tour de rôle. Mais, outre leur jeu approximatif quand ils ne poussent pas la chansonnette, ce qui plombe ce divertissement potache, c’est la consternante prestation de Richard Anconina et Patrick Timsit, orchestrateurs pathétiques d’un laborieux come-back.

Nous York met le cap sur Big Apple

PHOTO-Nous-York-s-affiche-avec-Leila-Bekhti-Geraldine-Nakache-Manu-Payet_portrait_w532-copie1[1].jpgAprès Tout ce qui brille, où deux filles de la banlieue se connaissant depuis le berceau rêvaient ensemble d’une autre vie, Géraldine Nakache et Hervé Mimran ont décidé de lui donner en quelque sorte une suite en traversant l’Atlantique.

Trois trentenaires de Nanterre mettent le cap sur Big Apple pour fêter l’anniversaire de Samia, leur amie d’enfance. Une virée organisée par Gabrielle, partie avec Samia pour tenter de réaliser leur rêve américain. Avec pour slogan, si je peux réussir à New York, je peux réussir n’importe où. Samia a trouvé un job d’assistante d’une célèbre comédienne avec qui elle partage un somptueux appartement, tandis que Gabrielle travaille dans une maison de retraite…

Aux côtes de Géraldine Nakache, on retrouve Leïla Bekhti, Manu Payet, Nader Boussandel et un petit nouveau, Baptiste Lecaplain. En revanche on cherche en vain le côté pétillant, original, drôle et enlevé qui avait fait le succès de Tout ce qui brille.

A l'exception d'un très bon générique inédit, Nous York, comédie mélodramatique sur l’amitié qui mise sur l’humour, la tendresse et l’émotion, se révèle décevant. Suite à une ouverture des plus pénibles, les deux auteurs ne nous épargnent aucun cliché au cours des péripéties qui émaillent le séjour d’une bande de potes fans d'Obama (quand la fiction rencontre la réalité...), partis à la découverte de la ville culte, de son endroit mythique et de son envers moins gamour.

Films à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 7 novembre. 

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06/11/2012

Sorties cinéma: "A Royal Affair" nous emmène au Danemark

6378632,property=imageData,v=1,CmPart=com.arte-tv.www[1].jpgMeilleur film de la semaine, A Royal Affair ouvre une page aussi méconnue que capitale de l’histoire danoise. Passionnante, elle se déroule dans le dernier tiers du 18e siècle. Et passe par la passion secrète que voue la jeune reine Caroline Mathilde au médecin Johann Friedrich Struensee, comte d’origine allemande appelé au chevet du roi Christian VII. 

Cette liaison représente un danger pour les amants érudits. Cela n'empêche pas Struensee d'user de son autorité sur le monarque victime de troubles mentaux, multipliant les excès de sexe et d’alcool. Nommé conseiller d’Etat, il jouit d’un pouvoir quasi absolu. Il met alors  en route une série d’importantes réformes inspirées par les philosophes des Lumières dont évidemment Rousseau et Voltaire, comme l’abolition de l’esclavage, de la torture, de la prison pour dettes, l’ amélioration du réseau scolaire et du système de santé.

Mais ce libéral homme de science, mué en influent conseiller et confident du souverain, ne tarde pas à déranger. Au point de susciter l’hostilité, voire la haine de la noblesse conservatrice. Il paiera de sa vie ses idées novatrices en se faisant décapiter en 1772 sur la grand-place de Copenhague. De son côté la reine enceinte de ses oeuvres avait été répudiée et exilée avant l'éxécution chez son ancienne dame d’honneur, où elle mourra trois ans plus tard.  

Struensee n’en aura pas moins renversé l’ordre établi qui annoncera notamment la Révolution française. Un long métrage à la reconstiutution bluffante, magnifiquement mis en scène par son auteur Nikoloaj Arcel malgré un budget modeste. Il est de surcroît servi par d’excellents acteurs dont Mads Mikkelsen, Alicia Vikander (photo), ou encore Mikkel Boe Foisgaard, primé à Berlin pour sa formidable interprétation du roi Christian VII.

L'autre intérêt majeur de l'opus, c'est de nous parler d'aujourd'hui. A travers son contexte historico-politique, il évoque des acquis démocratiques menacés par l’obscurantisme, qu’il soit religieux ou social.

Trois courageuses blogueuses donnent de la voix

03[1].jpgL’obscurantisme, la censure, l’oppression, les menaces, c’est aussi le quotidien de trois femmes. Mais ces obstacles à la liberté ne font que renforcer leur détermination de dire, de dénoncer, bravant tous les dangers via internet et les réseaux sociaux pour faire avancer, chacune à sa façon, la démocratie dans leur pays.
 
Ces trois combattantes qui refusent de se taire, luttant sans relâche pour les droits de l’homme bafoués par des régimes dictatoriaux, utilisant les nouveaux modes de communication comme une arme, s’appellent Yoani Sanchez (photo), Farnaz Seifi, et Zeng Jinyan. Elles viennent respectivement de Cuba, d’Iran et de Chine.

La réalisatrice suisse Barbara Miller, se basant sur leurs témoignages, des extraits de leurs blogs, a réuni des images et des interviews de ces infatigables militantes pour livrer Forbidden Voices, un documentaire dont le contenu laisse souvent… sans voix.

Films à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 7 novembre.

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30/10/2012

Sorties cinéma: Sandrine Bonnaire invite William Hurt dans "J'enrage de son absence"

jenrage_de_son_absence_1_recadre[1].jpgSandrine Bonnaire, après un documentaire sur sa sœur autiste et un film court est passée derrière la caméra pour son premier long métrage de fiction. J’enrage de son absence est inspiré d’un vécu personnel, évoquant un homme lié à sa mère, qu’elle a connu dans son enfance avant qu’il disparaisse et qu’elle le recroise par hasard à 20 ans.

Là on assiste au retour des Etats-Unis, pour régler la succession de son père qui vient de mourir, de Jacques, ancien compagnon de Mado. Il resurgit ainsi après dix ans d’une absence due à la perte tragique d’un enfant. Mais alors qu’il paraît incapable de refaire sa vie, il n’en est pas de même pour Mado, mariée et mère d’un garçon de sept ans, Paul.

Jacques est sous le choc lorsqu’il le rencontre. En même temps, naît une complicité si étrange entre eux que Mado, perturbée, interdit à son fils de revoir Jacques. C’est compter sans la détermination de ce dernier. A l’insu des parents, il invente un stratagème pour rester en contact avec le gamin qui, à l’évidence, comble un vide chez lui. 

Le malaise ne tarde toutefois pas à s’installer dans ce thriller romanesque. Une angoisse amplifiée par l’attitude trouble, inquiétante, l’attirance folle et soudaine de cet homme en douloureuse quête de paternité. Mais si Sandrine Bonnaire s’en tire honorablement, on est pourtant davantage séduit par les comédiens que par le film. Principalement en raison du côté trop improbable de l’intrigue, peinant un peu entre le suspense et un brin de fantastique. 

La réalisatrice en herbe a fait appel à son ex-mari William Hurt, qui se montre convaincant dans le rôle de Jacques, à l’image de Jalil Mehenni dans celui de Paul et d’Alexandra Lamy dans celui de la mère.

Walk Away Renee

1689389_3_d036_une-scene-du-film-documentaire-franco-americain_699dc43b06558405be012d3086a8ca22[1].jpgDepuis l’âge de neuf ans, Jonathan Caouette se filme ainsi que sa famille, la caméra faisant en quelque sorte office de thérapie. Cela n’a rien de très étonnant pour ce garçon trimballé deça et delà dans son enfance et son adolescence. Notamment élevé par ses grands parents, il était maltraité dans des familles d’accueil, où il était placé en raison des troubles mentaux de sa mère Renee Leblanc, qui a passé une grande partie de son existence dans des hôpitaux psychiatriques.

Après Tarnation en 2004 où il utilisait son impressionnante collection d’images pour se raconter, il livre en quelque sorte une suite avec Walk Away Renee, récit autobiographique en forme de road movie, où le fils et la mère, jouant les premiers rôles se déplacent dans une grande camionnette de déménagement. Avec un gros problème à régler, le remplacement des médicaments égarés par Renee et qu’aucun médecin n'accepte de prescrire sans hospitaliser la malade.

Au long de ce périple où on navigue entre présent et passé, on est saisi par l'amour et la tendresse indéfectibles que voue le fils à sa mère (photo). D’une infinie patience, toujours à l’écoute, admiratif, respectueux, il n’est jamais rebuté par les crises violentes et les sautes d’humeur de cette schizophrène, parfois très méchante à l’égard de celui qui a en plus englouti ses économies pour l’aider et la protéger.
 
Un film sur lequel plane l’ombre de Gus Van Sant, a priori destiné aux cinéphiles purs et durs par son côté arty. Mais pas seulement. Rien de plus trivial par exemple que la pose d’un dentier… Raison pour laquelle Caouette fascine à coups d’images époustouflantes et bouleverse en recréant sa réalité, tout en imaginant l’univers spécial où sa mère évolue.

Films à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 31 octobre. 

15:31 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |