Google Analytics

29/11/2016

Grand écran: "Le confessioni", thriller financier en forme de parabole noire et ludique

aconfessioni.jpgA sa grande surprise, le moine chartreux Salus (Toni Servillo) est invité par le directeur du FMI, le Français Pascal Rogé, à participer en compagnie des dirigeants politiques à une réunion du G8, dans un hôtel allemand en bord de mer. Sont aussi présents deux stars, un chanteur et une romancière pour ados.

Alors que les responsables des huit principales puissances économiques mondiales vont prendre une décision secrète, lourde de conséquences pour l’avenir de l’humanité, le directeur du FMI atteint d’un cancer veut se confesser. Le lendemain matin, il est retrouvé mort dans sa chambre. Apparemment, c’est un suicide. Mais peut-être a-t-il été assassiné.

Si oui, le coupable pourrait alors se trouver parmi la dizaine de participants du sommet qui, se méfiant les uns des autres, vont dès lors s’espionner et se soupçonner. Casting international pour tenter de résoudre l‘affaire avant d’annoncer le décès au monde. Autour du remarquable Toni Servillo portant impeccablement la robe monacale, il y a Daniel Auteuil (directeur du FMI), Connie Nielson, Marie-Josée Croze, Maurice Bleibtreu, Stéphane Freis, Lambert Wilson.

Un certain état du monde

Avec Le confessioni le réalisateur italien Roberto Ando, notamment auteur de Viva la liberta en 2013, dépeint un certain état du monde, évoquant un déséquilibre croissant entre la richesse et la pauvreté. Dans une mise en scène assez lyrique, l livre une critique du néolibéralisme au moyen d’un thriller économico-financier en forme de parabole noire et ludique, saupoudrée d’un zeste d'Agatha Christie. Et cela sous le regard du moine qui, tel un Saint François d’Assises moderne, se promène dans la nature en enregistrant les chants des oiseaux.

aando.jpgRoberto Ando s’est évidemment beaucoup documenté pour dominer son sujet en étudiant notamment l’économie des années 2000. Il est par ailleurs allé aux Etats-Unis et a lu l’interview de la femme d’un directeur du FMI mort du cancer, qui ne pouvait parler de sa maladie au risque de perturber le marché. 

"L’idée, c’était de travailler sur le pouvoir, de l’épier à travers un personnage qui a un langage différent et a choisi le silence, ainsi que la relation entre lui et des puissants au comportement opposé", nous explique-t-il.

"C’était aussi le désir de savoir ce qui se passe derrière certaines portes, avec des gens déconnectés, isolés dans le secret. Le pouvoir a toujours utilisé le secret, le moine en est le gardien et, partant, les huit ministres sont convaincus qu’il sait des choses. Surtout en le voyant déambuler avec son enregistreur". 

Son regard relève-t-il de la morale et de la religion ?

En l’occurrence, il apparaît comme un être humain, non un représentant de l’Eglise. Dans les derniers vingt ans, l’économie a correspondu à une théologie. Depuis 2008, ce monde s’est divisé et la théologie a été mise en doute. Le film montre des hommes et des femmes qui doutent. Et c’est le moine les fait mettre en cause l’omnipotence des marchés financiers. Pour autant ce n’est pas un essai sur l’’économie. Je pars de la réalité pour n’égarer ailleurs. Il s’agit avant tout d’un film montrant des gens de pouvoir face à la mort, quelque chose qu’ils ne peuvent pas contrôler. 

Deux mots encore sur Toni Servillo, formidable en moine chartreux.

Je suis à l’aise avec lui. Nous avons une relation forte. Pour moi c’était l’interprète idéal. Il a énormément travaillé son personnage, qui n’est pas facile et l’a incarné à un point incroyable. Je lui ai d’ailleurs dit que dans une autre vie il devait être moine. Il pense que oui…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30  novembre.

21:59 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

23/11/2016

Grand écran : "Tour de France" réunit un jeune rappeur et un vieux raciste. Avec Gérard Depardieu

adepardieu.jpgFar-hook, un jeune rappeur prometteur obligé de quitter Paris suite à un règlement de comptes et Serge, un vieux maçon raciste et râleur, partent faire le tour des ports de France sur les traces du peintre Joseph Vernet. Un attelage improbable que tout oppose. Mais sans surprise, ils vont devenir amis, malgré le choc des cultures et des générations.

Road-movie sur fond de quête picturale, Tour de France met face à face Gérard Depardieu qui fait ce qu’il veut et Sadek, également rappeur dans la vie, qui fait ce qu’il peut. Il est signé Rachid Djaïdani. Après son très réussi Rengaine, il peine à convaincre avec cette comédie humaniste en forme de plaidoyer pour la tolérance et le vivre ensemble.

Réconcilier en douceur la France raciste et celle des quartiers, en montrant deux caractères aux antipodes qui finissent par s'écouter  l'un l'autre, paraît en effet aussi naïf que cliché. Pour Rachid imperturbable, cela dépend du regard qu’on pose. "Le cliché, par exemple, c’est intéressant. On t’y ramène quoi que tu fasses. Prenez ma vie et imaginez que je la raconte telle qu'elle est devenue alors que j’étais parti sur une voie de garage! Au cinéma, ce serait à pleurer..."

Rien de tel pour Tour de France qu'il considère comme un film d'amour.  "La haine on en vient et je trouve qu’il faut aller vers les bons sentiments. En ce qui me concerne, j’alimente ma lumière au quotidien". Né en 1974 d’un père algérien polisseur chez Peugeot et d’une mère soudanaise, quatrième d’une famille de onze enfants dont neuf filles, l'homme a un parcours peu banal. "Je n’ai pas fait d’études. J’ai passé deux CAP de maçon et de plâtrier-plaquiste. Mon rêve était de devenir ouvrier et de posséder une camionnette".

La découverte du cinéma grâce à la boxe

A 14 ans déjà, il découvre la boxe. Une passion qui le conduit six ans plus tard sur le plateau de La haine de Mathieu Kassovitz, où il est engagé comme agent de sécurité. "Je découvre le cinéma et je décide de devenir acteur. Mais à part jouer un flic à la télévision dans Police District, on ne m’offre que des rôles de racaille. J’en ai eu marre et j’ai écrit un scénario, qui est devenu un roman, Boumkoeur. Il est publié au Seuil en 1999 et, par l’intermédiaire d’un ami, je me retrouve chez Pivot…"

Les choses s’enchaînent- Il est présenté à Peter Brook, part en tournée. "Je joue Hamlet et le théâtre occupe mon existence".  Il revient à la pellicule pour tourner son premier documentaire en 2007, suivi de quelques autres. En 2012, il est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs pour son premier long-métrage Rengaine, qui obtient un gros succès... Mais il ne faut pas lui dire qu’il a eu de la chance. « Tout ce que j’ai obtenu, j’ai lutté dur pour le gagner ».

Depuis longtemps, Rachid pensait à un film où il ferait cohabiter deux personnages antagonistes. En attendant, il rencontre de jeunes rappeurs qui lui demandent de leur écrire un texte. Ils venaient de Lyon et avaient installé un studio mobile. Je les ai suivis dans leurs pérégrinations autour du pays et cela m’a donné une idée. J’avais d’abord songé à un tour de France des quartiers qui est devenu celui des ports ».

Rencontre "indélébile" avec Depardieu

Ce deuxième opus, c’est l’occasion pour Rachid Djaïdani de rencontrer Gérard Depardieu, "tonton"comme il l’appelle. Il en a encore des étoiles dans les yeux. "C’était bouleversant, indélébile. Je l’ai vu chez lui, un palais serti d’œuvres d’art. La porte d’ouvre sur un open space et il est là, torse nu, en short, une cigarette à la main, en train de lire un scénario. Je vais vers lui, il lève la tête, me regarde en me disant: c’est toi Rachid ? Assieds-toi et raconte-moi ton histoire…"

Inutile de préciser que si l’auteur a proposé le rôle du rappeur à Sadek, un artiste qu’il connaissait bien avant, les choses ne se sont pas passées de la même manière avec le grand Gégé. "C’est lui qui te choisit. Qui te porte, te supporte, te mets les gants. C’est le Mohamed Ali du septième art".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

 

19:21 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

22/11/2016

Grand écran: dans "Louise en hiver", une irrésistible grand-mère joue les Robinson...

alouise.jpgDepuis Gwen,le livre de sable réalisé en 1984, Jean-François Laguionie, 77 ans, est devenu un des meilleurs spécialistes de l’animation française. Quatre ans après Le tableau, il revient avec Louise en hiver, son cinquième long-métrage plein de charme, de grâce et de sensibilité sur la solitude et la "vieillitude". Il raconte l’histoire d'une irrésistible grand-mère qui, à la fin des vacances dl’été, voit le dernier train partir sans elle.

Elle est ainsi abandonnée dans la station balnéaire désertée de Billigen-sur-Mer, que l'auteur a voulue fictive pour donner un caractère intemporel au récit en mélangeant les époques. La météo ne tarde pas à se montrer redoutablement capricieuse. En raison des grandes marées d’équinoxe, il n’y a plus ni électricité, ni moyens de communication.

Comment Louise va-t-elle survire à la rudesse de l’hiver ? Eh bien, déterminée à lutter, elle considère sa solitude comme un pari à gagner et se met à apprivoiser les éléments. C’est ainsi qu’on la voit évoluer dans un séduisant et délicat décor pastel, se laissant volontiers aller, quand elle ne s'active pas résolument, à des monologues pleins de poésie sur la vie qui s’écoule. En y mêlant des tas de souvenirs d’enfance, des choses vécues juste après la Seconde Guerre mondiale. Pour la voix, le réalisateur a choisi celle, énergique, forte, parfaite en l’occurrence de Dominique Frot, qui apporte à la fois à l'oeuvre du corps et des nuances étranges.

"Tout est né d’un petit texte assez fantastique que j’avais écrit quand j’avais trente ans, sur une vieille dame découvrant un vaccin pour lutter contre les ravages du temps", nous dit Jean-François Laguionie lors d'ne rencontre à Genève. "En 2009, j’ai eu envie de le reprendre, de le développer autrement et de l’animer en numérique sur grand écran. Ce dont j’ai toujours rêvé, c’est de tourner comme on écrit, comme on peint. J’ai dessiné dans des carnets, sans scénario précis. C’était une sorte de journal de bord".

Louise en hiver est le film le plus intime du cinéaste. Il a pensé à sa mère pour le personnage, mais également à lui. "Je m’y suis identifié en raison de mon âge. Et la solitude je la ressens aujourd’hui plus facilement. Encore qu’en réalité, si Louise est isolée, elle n'est pas vraiment seule. Au bord de la mer, la vie est partout avec les oiseaux, le vent, le ciel qui change sans cesse Et puis elle se trouve un compagnon, le chien Pépère, à qui elle peut raconter les événements marquants de son existence.

En dehors de ses rêveries, ce Robinson d’un nouveau genre se révèle courageux, devenant autonome, réussissant à se nourrir, construisant une cabane. "Je voulais éviter que Louise devienne trop fragile par rapport au déchaînement de la nature. En outre, quand on est dans son cas, on découvre peu à peu la liberté. J'agirais sans doute comme elle. Si je fais des films, c’est également pour savoir comment je me débrouillerais dans des situations difficiles, inédites".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

19:52 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: avec "Une vie", Stéphane Brizé revisite Maupassant

aaabrize.jpgNous sommes en Normandie, en 1819. Après ses études au couvent, Jeanne Le Perthuis des Vauds, revient dans le château familial avec des rêves plein la tête. Insouciante elle passe ses journées à lire ou à s'occuper du jardin en compagnie de son père, rousseauiste à l'esprit libre et ouvert, tout comme sa mère.

Mais le baron et la baronne sont aussi très protecteurs. Jeanne, réticente à quitter l’enfance, n’est donc guère préparée à une existence d’adulte quand elle tombe amoureuse de Julien Lamare, le beau vicomte du coin, qui semble partager ses sentiments.

Hélas, après une nuit de noces désastreuse, le prince charmant ne tarde pas à révéler sa vraie personnalité. Impénitent coureur de jupons, ce vil séducteur est aussi avare, brutal et vaniteux. Les illusions de la jeune femme bafouée, incapable de faire face à la réalité, laissent peu à peu place à la souffrance qui l'envahit. Elle se cloître dans la solitude... 

Une vie, mélodrame subtil adapté du premier roman de Guy de Maupassant, est signé Stéphane Brizé qui, avec La loi du marché avait permis à Vincent Lindon d’être sacré meilleur acteur à Cannes l’an dernier. Présenté en format carré pour mieux traduire l’enfermement de son héroïne, il a été tourné sur plusieurs saisons.

Il montre la métamorphose de la nature et le vieillissement des corps, donnant ainsi une sensation plus forte du temps, constitutif du roman et auquel le réalisateur se confronte. Il utilise également beaucoup l’ellipse, pour traduire un présent continuellement habité, nourri par le passé.

abrize.jpgRencontré à Genève, Stéphane Brizé avoue que son désir de faire le film datait de plus de 20 ans. "Je relisais régulièrement le livre, en me disant parfois qu’il ne fallait pas satisfaire mes fantasmes". Jusqu’en 2012 où, à l’issue de Quelques heures de printemps évoquant le choix de mettre fin à ses jours, il s’attaque avec audace à ce monument de la littérature française. Avec l’impression que Maupassant le défiait. "Tu voulais faire le malin, regarde comme c’est dur…"

Le difficile deuil du paradis de l'enfance

Le cinéaste avoue une attirance particulière pour le personnage de Jeanne dans la mesure où, à son image, il a éprouvé du mal à faire le deuil du paradis de l’enfance. "Elle y reste attachée, comme à son rapport simple au monde. L'idée trop idéale qu’elle en a ne peut cohabiter avec la tragédie. De plus il y a quelque chose de perturbant dans son immense foi en l’homme, ressemblant à celle qu’elle éprouve envers la nature".

Pour l’incarner, Stéphane Brizé a choisi la lumineuse Judith Chemla. "Je voulais un être intense croyant à la beauté, à la vérité, à la pureté". Elle est notamment entourée de Jean-Pierre Darroussin et Yolande Moreau, a priori peu évidents en baron et baronne. A priori seulement, car selon Stéphane Brizé ils portent en eux un raffinement bien qu’issus de milieux modestes. "Ils forment certes là un couple singulier, mais cohérent et en avance sur son époque".

A l’affiche sans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

07:00 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

11/11/2016

Grand écran:"The Man Who Knew Infinity" se penche sur la courte vie d'un génie des maths

ainfinity.jpgLes mathématiques inspirent décidément les cinéastes. Après Une merveilleuse histoire du temps consacré à Stephen Hawking et Imitation Game évoquant Alan Turing, The Man Who Knew Infinity se penche sur la courte vie d’un génie autodidacte en la matière, Srinivasa Ramanujan, issu d’un milieu pauvre de Madras.

A 25 ans, incompris dans son pays, sans travail et sans argent en dépit de ses théories révolutionnaires, il attire grâce à une lettre l’attention de Godfrey Harold Hardy, mathématicien de haut vol et professeur à Cambridge qui tombe sur ses calculs avant-gardistes. D’abord sceptique puis impressionné, il invite Ramanujan à le rejoindre en Angleterre pour y poursuivre ses travaux.

Sacrifiant tout, sa famille et sa culture à son amour des nombres, celui-ci  s’embarque pour le Vieux Continent et y pose le pied alors qu’éclate la Première Guerre mondiale. Il est à la fois victime du racisme de la société anglaise de l’époque et du manque total d'empathie de G.H. Hardy. Athée corseté, ce dernier exige constamment des preuves du fonctionnement de ses formules, tandis que Ramanujan affirme tenir son inspiration de Dieu.

A force d’acharnement et de persévérance, Ramanujan deviendra un des plus grands mathématiciens de notre temps, une légende qui sera enfin saluée par ses pairs. Tombé malade, il mourra hélas à 32 ans, après avoir regagné l’Inde en 1919.

The Man Who Knew Infinity, signé du cinéaste britannique Matt Brown, s'inspire de la biographie éponyme de Robert Kanigel. Il est remarquablement interprété par ses deux comédiens principaux. Découvert dans Slumdog Millionaire, Dev Patel (photo), à la fois enfantin, exalté et fiévreux, se révèle parfait dans le rôle du fascinant scientifique. A l’image de Jeremy Irons, dans celui du mentor froid, cérébral et distant. Mais qui finira par laisser percer son humanité sous son flegme british. 

Tous deux contribuent fortement, un petit exploit, à intéresser à une histoire extraordinaire le pékin ordinaire. Peinant un tantinet à intégrer la substantifique moelle des notions complexes exposées, même vulgarisées selon ceux qui en possèdent de solides dans le domaine, le commun des mortels succombe en effet le plus souvent à l’émotion que dégage le film.

Quelques bémols toutefois. D’abord en ce qui concerne une mise en scène hyper classique et convenue. Par ailleurs, on regrette une part trop longue laissée aux scènes indiennes mièvres, inutilement mélodramatiques, et du coup loin d’être à la hauteur de ce qui se passe à Cambridge, lieu semé d’embûches pour un héros avide de reconnaissance.

A l’affiche à Genève, Ciné 17, depuis mercredi 9 novembre.

17:32 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

10/11/2016

Grand écran: "Creative Control", plongée dans la réalité virtuelle.

acreativecontrol.jpgComment rendre la réalité plus réelle? C’est la question à laquelle tente de répondre d’une façon qui se veut humoristique et critique le cinéaste indépendant américain Benjamin Dickinson dans son second long-métrage Creative Control. En nous plongeant dans la réalité...virtuelle

Nous sommes à New York, dans un futur proche. David, jeune cadre dynamique, hipster drogué et mégaconnecté, (joué par l’auteur lui-même) travaille dans une prestigieuse agence de pub. Il prépare le lancement d’Augmenta, des lunettes révolutionnaires permettant, grâce à une commande intégrée dans la paume de la main, de vivre une expérience unique de réalité augmentée.

Le publicitaire doit ainsi gérer la production de ces lunettes, capables de créer d’innombrables choses dont un avatar. Pour tester leur efficacité, il décide de les essayer.. Lors de cette épuisante période test, il va rencontrer plein d’obstacles compliquant singulièrement sa vie professionnelle, privée et sentimentale et imaginaire.

Se confrontant à ses fantasmes grâce aux images captées par les lunettes, il façonne à partir de la fiancée de son meilleur ami, un personnage virtuel qu’il est le seul à voir et avec qui il couche. Tandis que sa petite amie Juliette, prof de yoga, le trompe avec un vrai gourou barbu…

Sur des musiques de Mozart, Bach ou Schubert pour faire plus raffiné, cet exercice de style en noir et blanc où l’auteur met le spectateur à la place du vendeur du produit, séduit par son inventivité, son architecture postmoderne, l’esthétique épurée de son univers sophistiqué, éthéré, lisse, désincarné, peuplé d'objets transparents.

Son auteur agace aussi avec son côté poseur, ses références kubrickiennes pour mieux étaler sa culture. Se piquant par ailleurs d’éthique et de morale, il dénonce platement, sur fond de comédie sentimentale convenue avec couples infidèles qui se quittent et se réconcilient, les dangers pervers de la virtualité. Conduisant fatalement à la solitude, à la frustration sexuelle, à l’absence de communication entre gens accros à une technologie de plus en plus envahissante. Question satire, voilà qui manque de punch et, question réflexion, de nouveauté. Mais le film se laisse voir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 9 novembre.

20:59 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |

09/11/2016

Grand écran: "Le client", drame domestique iranien entre culpabilité, vengeance et rédemption

aclient.jpgEn raison d’importants travaux dans l'immeuble, Emad et sa femme Rana sont obligés de quitter leur appartement du centre de Téhéran. Ils emménagent dans un autre logement, dont l’ancienne propriétaire était une prostituée. Tandis qu'elle prend une douche, Rana est agressée par un client. La vie du couple est bouleversée. 

Le mari, professeur de lettres et acteur de théâtre, décide alors de mener l’enquête à la place de la police pour re chercher le triste individu qui a décidé de se venger en attaquant sa femme pour l’humilier. Une démarche qui fait penser à celle qu’entreprend l’héroïne de La fille inconnue des frères Dardenne pour découvrir l’identité d’une jeune femme retrouvée morte après qu’elle a négligé, vu l‘heure tardive, de lui ouvrir la porte de son cabinet.

Culpabilité et rédemption sont également au centre de ce drame domestique aux allures de thriller psychologique, mais la comparaison s’arrête là. Tout en observant les relations humaines et sociales de personnages de la classe moyenne et les rapports inégaux hommes-femmes, le réalisateur iranien Asghar Farhadi, se livre à une réflexion à la fois moralisatrice et plutôt pesante sur une réalité plus complexe que ses apparences.

En outre, si les comédiens sont bien dirigés, à commencer par les deux principaux Shahab Hosseini et Taraneh Alidousti (photo), la mise en scène est inutilement alourdie par une pièce imbriquée dans le récit et que les protagonistes jouent le soir.

Sélectionné en compétition à Cannes en mai dernier, Asghar Farhadi, précédemment auteur des excellents Une séparation et Le passé n’a pas moins obtenu deux prix. Celui du scénario et celui de l‘interprétation masculine remporté par Shahab Hosseini.  

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 novembre.

19:42 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

01/11/2016

Grand écran: "Snowden", l'homme par qui le scandale est arrivé

asnowden.jpgAprès s’être livré, dans les années 80-90, à une radiographie de la société américaine à travers d’excellents films, de Platoon à Nixon en passant par Wall Street, Né un 4 juillet, JFK  ou Tueurs nés, Oliver Stone connaissait une baisse de régime depuis 2000.

Mais le voici de retour avec Snowden. Il y trace le parcours d’un jeune ingénieur en informatique, patriote idéaliste fier de servir son pays en ralliant la CIA et la NSA (Agence nationale de sécurité américaine). Et qui, taraudé par sa conscience en se rendant compte de ce qu’il découvre au fil de son travail, est devenu l'un des lanceurs d’alerte le plus célèbre de la planète.

Une décision extraordinaire qui lui fera tout perdre et un sujet sur mesure pour le réalisateur engagé, qui aime se livrer à la critique sans concession la puissance économique et politique de son pays. Ainsi qu’une question cruciale. Faut–il sacrifier la liberté au profit d’une sécurité aléatoire?

C’est ce que se demande le protagoniste qui, en juin 2013, finit par rencontrer un groupe de journalistes dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Et leur fournit un maximum d'informations qu'il a collectées avant de quitter la NSA, sur ses méthodes de renseignements pour s’introduire dans la vie privée des citoyens. Le rendez–vous est tiré d’un épisode magistralement relaté dans Citizenfour de Laura Poitras, Oscar du meilleur documentaire l’an dernier.

Suit un long flash back où Edward Snowden, incarné par un Joseph Gordon-Levitt hallucinant de ressemblance, raconte la façon dont il a été initié au secret et amené à trahir sa hiérarchie. Des révélations qui, après analyse des preuves pour leur publication, seront au centre du plus grand scandale d’espionnage des Etats-Unis.

Une vertigineuse montagne de données

Le monde apprend en effet que sous prétexte de lutte contre le terrorisme, il est sous gigantesque surveillance. La NSA ne s’est pas contentée de mettre sur écoute d’importants dirigeants ou autres personnalités, mais ont dirigé leurs grandes oreilles partout, interceptant des milliards d’échanges téléphoniques, de mails, de SMS, de conversations sur les réseaux sociaux.

On peut reprocher au réalisateur de manquer de nuances, de verser dans l’hagiographie. Ou encore de proposer une pâle copie de Citizenfour dans sa démonstration minutieuse et sa dénonciation des conséquences néfastes d’une obsession du contrôle.

Mais pour qui n’a pas vu le documentaire et ne se souvient que du tsunami provoqué par le grand déballage de Snowden, le thriller politique d’Oliver Stone ne permet pas moins de découvrir, derrière le crack informatique qui a perdu son innocence, sa vie privée et son histoire d’amour avec Lindsay Mills (Shailene Woodley). Même si elle est traitée de façon plutôt banale.

Snowden, l'itinéraire d'un homme hors norme réfugié à Moscou. Considéré, c’est selon, comme un traître ou un héros. A noter qu’il est toujours recherché par les autorités américaines, accusé d’espionnage et de vols de secrets d’Etat.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 novembre.

19:36 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

26/10/2016

Grand écran: "Doctor Strange" décoiffe avec des effets spéciaux époustouflants

aastrange.jpgPour le 14e film de l’univers Marvel, le réalisateur Scott Derrickson se penche sur l’histoire du Docteur Stephen Strange, un neurochirurgien très talentueux, charismatique, opérant en musique, mais dont l’arrogance le dispute à un ego surdimensionné. Après un tragique accident de voiture, il perd le précieux usage de ses mains et va devoir changer de vie. Il se rend alors au Népal pour s’initier aux secrets d'un monde caché, et découvrir des superpouvoirs chez des sorciers qui défendent la Terre des menaces pesant sur elle.

Et cela sous la houlette d’un Ancien magique féminin, incarné par une étonnante Tilda Swinton, éthérée et mystérieuse au look androgyne. Portant Doctor Strange, Benedict Cumberbatch se révèle aussi convaincant en toubib cynique, prétentieux et non sans humour, transformé aussi sec en superhéros altruiste, apprenant à ouvrir son esprit et se baladant avec sa cape dans des dimensions parallèles surréalistes.

Pas de surprise du côté d'un récit à la trame narrative classique. Visuellement en revanche, c'est époustouflant. C’est même la principale raison d’aller voir ce blockbuster mystico-fantastique. On est littéralement soufflé par des effets spéciaux bluffants d’inventivité et atteignant des records en jouant avec la gravité et la perspective. On voit notamment des villes qui se tordent, s’enroulent sur elles-mêmes, des immeubles qui se déstructurent et se restructurent comme si on était sous psychotropes.

Du tout grand spectacle. Et une bonne nouvelle pour les amateurs d’une nouvelle consultation : l’avenir de Doctor Strange est garanti.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 octobre.

 

22:44 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: "Tamara", la revanche poussive d'une ado ronde pas si grosse que ça!

atamara.pngLes adaptations cinématographiques de bandes dessinées ne sont en général pas des réussites. C’est le cas en ce qui concerne Tamara, inspiré des albums à succès du même nom, signés Zidrou et Darasse. Mettant en scène une adolescente en surpoids vivant dans un appartement avec sa mère et son beau-père brésilien, Amandine et Chico, tous deux musiciens, ainsi qu'avec Yoli la fille de Chico, toujours là pour donner des conseils de drague à sa "grande sœur".

Alexandre Castagnetti a donc décidé de porter ses aventures à l’écran, avec deux débutants dans les rôles principaux, Héloïse Martin et Rayane Bensetti, la nouvelle coqueluche des minettes. Et nous voici partis pour une année scolaire censée être aussi mouvementée que mémorable. Le film démarre par un clip genre Beyoncé ou Rihanna, avec une Tamara certes complexée par ses rondeurs, mais conquérante et décidée à se débarrasser de son étiquette de grosse qui lui colle aux hanches.

Pour échapper aux méchancetés des filles et aux moqueries des garçons, elle fait le pari, avec sa meilleure amie, de sortir avec le premier mec qui passera la porte de sa classe de seconde. Pas de chance, c’est Diego, le plus beau gosse du lycée. Et on se retrouve avec une ixième comédie poussive et bancale sur l’adolescence, alignant les clichés et les gags éculés sur fond de romance improbable à l’eau de rose.

Sans compter que le film bafoue complètement l’esprit jubilatoire de la BD. Raison pour laquelle ses fans, pensant enfin voir une vraie grosse au premier plan hurlent à la trahison, face à la disparition des bourrelets de Tamara. Il suffit en effet de regarder l’affiche du film et la couverture des albums (photo) pour réaliser qu’il y a un monde entre l’imposante créature imaginée par le duo franco-belge et la jolie héroïne de l’opus avouant juste une petite douzaine de kilos en trop. Et de nous répter à l'envi qu'elle est rondouillarde ou lui faire porter un large pull rose pour dissimuler un embonpoint relatif n'y change rien.  

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 octobre

19:09 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |