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Sorties de la Semaine - Page 60

  • Cinéma: "Philomena", avec Judi Dench en émouvante mère courage

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    Philomena_1[1].jpgDans son dernier film basé sur une histoire vraie, Stephen Frears évoque le cruel destin de filles-mères prises en charge par des religieuses irlandaises, à travers l’histoire tragique de Philomena. 

    En 1952, encore adolescente, elle tombe enceinte suite à une brève amourette et, rejetée par ses parents, est envoyée au couvent de Rosecrea où elle donne naissance à un garçon, Anthony. Mais astreinte à de durs travaux ménagers, elle n’a le droit de voir son bébé  qu’une heure par jour. A l’instar des autres jeunes pensionnaires.

    Trois ans plus tard, c’est le drame que toutes redoutent. Anthony lui est brutalement enlevé pour être vendu à une famille américaine dans le cadre des adoptions organisées par l’institution religieuse. Après s’être acharnée vainement à le retrouver, Philomena rencontre par hasard, cinquante ans plus tard, Martin, un journaliste de la BBC fraîchement licencié à qui elle raconte son histoire. Opportuniste, il voit là un moyen de prendre sa revanche et la persuade de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

    S’ils vont découvrir le parcours extraordinaire de ce dernier, leur voyage permet surtout au réalisateur de réunir deux personnages que tout sépare, mais qui s’apprivoisent  l’un l’autre au fil de leur enquête.  Avec  d’un côté la naîve, modeste et généreuse  Philomena, de l’autre le désabusé Martin, qui finit par être charmé et ému par cette anti-héroïne à la force de caractère peu commune.

    Une œuvre atypique et un sujet casse-gueule qui avait tout pour tomber dans le pathos écoeurant. Un piège que contourne avec finesse Stephen Frears grâce à une mise en face simple, efficace, tout évitant de jouer les juges ou les moralistes face aux dérives de l'Eglise catholique. 

    Sans oublier évidemment de s'entourer de deux excellents comédiens. Judi Dench se révèle particulièrement convaincante dans son rôle de mère courage toujours rongée par le chagrin et la culpabilité, mais digne et prête à affronter les situations les plus délicates. Elle donne la réplique à un Steve Coogan cynique, qui se bonifie logiquement au contact de cette femme à la foi inébranlable.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 8 janvier.

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  • Cinéma: "The Lunchbox", une comédie épistolaire épicée à l'indienne

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    images[6].jpgDécidément le grand écran nous gâte pour Noël. Avec Le Loup de Wall Street, Tel père, tel fils, voici encore The Lunchbox, épicé à l’indienne.

    Signée de Ritesh Batra, cette comédie raconte l’histoire d’amour improbable entre Ila, délaissée par son mari et Saajan, un veuf solitaire et grognon proche de la retraite. A son grand étonnement il commence à recevoir chaque jour de savoureux repas par le truchement d’un gigantesque service de livraison de Bombay.

    Ils sont amoureusement préparés par la jeune femme dans l’espoir de reconquérir son homme. En retour, elle attend des compliments qui ne viennent pas. Et pour cause, puisque ses menus atterrissent sur le bureau de Saajan! Comprenant qu’une erreur d'acheminement s’est produite, Ila glisse dans la lunchbox un petit mot destiné à éclaircir le mystère. Aussi perplexe qu'intrigué, Saajan répond et c’est ainsi que naît une charmante intrigue romantico–culino-épistolaire.

    Mais pas que. Tout en nous initiant à la préparation de plats nous mettant l’eau à la bouche, le réalisateur incarnant la nouvelle vague indienne, en profite pour se livrer à une réflexion sociale en nous montrant le quotidien des représentants de la classe moyenne de Bombay, au travail et chez eux.

    Loin de la traditionnelle sauce bollywoodienne, il nous invite à goûter à un opus très prometteur, joliment sentimental, plein d'humanité, de saveur, d’humour, de sensibilité et de mélancolie.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 décembre.

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  • Cinéma: "Tel père, tel fils", une perle venue du Japon

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    imagesCA1KCDII.jpgDeux bébés échangés à leur naissance, le sujet n’est pas nouveau. Mais c’est le traitement intelligent, subtil et sensible du cinéaste Hirokazu Kore-eda, ajouté à une excellente interprétation, qui en fait l’originalité, la force et la séduction.

    Et cela sans basculer dans le mélodrame psychologique, ni occulter la souffrance de parents effondrés et de gosses déboussolés en apprenant la nouvelle six ans après,

    Dans Un long fleuve tranquille par exemple, Etienne Chatiliez cherchant avant tout l’effet comique, avait choisi deux milieux radicalement opposés pour compliquer au maximum la situation des protagonistes. Avec Tel père, tel fils, le talentueux réalisateur japonais évite lui la caricature, en mettant face à face deux familles d’un niveau social simplement un peu différent.

    Dans l’une Ryota, un père très sérieux, avare de sourires, beau gosse, obsédé par la réussite professionnelle, gagne bien sa vie. Il n’a que peu de temps à consacrer à son fils unique à qui il tente surtout d’inculquer sa mentalité de gagneur.

    Dans l’autre, on découvre un papa moins gâté par la nature, bohème déjà nanti de deux enfants. Gai, joueur, adroit de ses mains, il fait la joie de sa progéniture en réparant tous les jouets. Tenant une petite boutique, il se contente d’un revenu assez modeste que pourraient éventuellement agrémenter quelques indemnités pour le tort subi.

    Au début quand les familles se rencontrent, la tension est palpable entre les deux hommes, se regardant un peu en chiens de fusil. Surtout Ryota, le plus choqué par la révélation soudaine de l'échange et qui va jusqu’à proposer d’élever les deux enfants, mettant en avant des moyens financiers plus importants. Il reviendra aux femmes de jouer l’apaisement.

    Mais Hirokazu Kore compte surtout sur l’aptitude au bonheur des enfants pour tenter de trouver une issue heureuse à un problème apparemment insoluble. Il propose ainsi un film formidable et plein d’émotion sur la paternité, la prédominance ou non des liens du sang sur ceux du cœur. Cette perle à ne manquer sous aucun prétexte avait décroché logiquement le Prix du jury au dernier Festival de Cannes.

    Film à l’affiche dans les  salles de Suisse romande dès le 25 décembre.

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  • Cinéma: "Le Loup de Wall Street", money, sex and drug pour un film déjà culte

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    le-loup-de-wall-street-nombreuses-nouvelles-images-une-631x250[1].jpgPour sa cinquième collaboration avec Leonardo DiCaprio, son acteur fétiche, Martin Scorsese opère une immersion délirante dans le monde de la finance et de ses excès.

    Odyssée épique déjà culte et sans doute en route pour quelques Oscars, Le loup de Wall Street est adapté du roman éponyme de Jordan Belfort, sorti en 2005. Courtier en bourse à New York à la fin des années 80, il raconte son ascension spectaculaire et sa chute vertigineuse.

    Flambeur milliardaire, fornicateur invétéré, cocaïnomane, ce fondateur de la firme de courtage Stratton Oakmont arrêté en 1998, a joué les repentis après 22 mois derrière les barreaux pour avoir refusé de collaborer avec les autorités dans une vaste affaire de corruption à Wall Street.

    D’entrée de jeu Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio) nous raconte face caméra à quel point il est riche, accro à la drogue et au sexe. Avant d’expliquer l’origine de sa fortune colossale à vingt ans et des poussières qui lui a valu le surnom de "Loup de Wall Street" et de nous entraîner dans une aventure démente avec sa meute de requins qui en veulent toujours davantage.   

    32531[1].jpgMoney, sex and drug, des thèmes en or pour Martin Scorsese en forme olympique. A l’évidence fasciné par son sujet, il livre un film brillant sous adrénaline, dense, dynamique, nous immergeant frénétiquement dans une orgie de cul et de fric sur fond d'écoeurants lancers de nains et de partouzes entre traders hystériques des années 90.

    Avec sa charge satirique virtuose contre l’argent roi et ses adorateurs serviles, le réalisateur réussit l'exploit de vous scotcher au fauteuil pendant trois heures sans qu'on les sente passer.  

    Au service de cette comédie jubilatoire et sulfureuse où la morale n’a pas sa place, doublée d’une quête incessante et immorale du plaisir entre débauche, défonce et ivresse du pouvoir, on trouve un Leonardo DiCaprio magistral, éblouissant, charismatique, cynique jusqu’à la nausée. Obsédé par les dollars, il n’incarne pas, il est ce personnage à la fois charmeur et indécent au train de vie obscène. 

    Les autres comédiens sont à la hauteur à commencer par Jonah Hill, le valet en chef du maître mâtiné d'un fou furieux cocaïné à mort et Matthew McConaughey, parfait en mentor de DiCaprio, décrivant ce qu'est selon lui "le véritable métier de trader" dans un dîner d‘anthologie. Sans oublier la belle et sculpturale Margot Robbie en top model servant d’épouse au héros qui traite les femmes comme des marchandises. Une mini fausse note dans toute cette excellence en forme de cadeau de Noël, Jean Dujardin, trop folkloriquement français pour convaincre dans son rôle de banquier suisse véreux.

    Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 décembre.

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  • Cinéma: "Mandela:un long chemin vers la liberté", l'épopée d'une icône

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    Idris-Elba-as-Nelson-Mand-008[1].jpgDeux semaines à peine après la mort de Nelson Mandela, annoncée le soir même de la première à Londres, sort le film qui lui est consacré. Signé Justin Chadwick, il est adapté de l’autobiographie de l’icône du combat anti-apartheid et rappelle les grandes heures de "Madiba", de sa naissance à la campagne dans la famille royale des Thembu à son incroyable élection à la tête de la République sud-africaine,  le 9 mai 1994.

    Tout a été dit lors du décès du père de la nation arc-en-ciel. On rappellera en quelques lignes qu’il commence par  s’établir à Johannesburg, ouvre le premier cabinet d’avocats noirs et milite au sein de l’ANC (Congrès national  Africain) dont il est l’un des leaders.  D’abord adepte de la non-violence, il passe dans la clandestinité et prône la lutte armée en réaction aux massacres de la population dans les townships.

    Arrêté, il passe 27 ans en prison dont 18 dans l’inhumain pénitencier de Robben Island. De sa minuscule cellule, il poursuit sa révolte, soutenu par sa femme Winnie avant d’être libéré par le président De Klerk, d’accéder à son tour à la tête de l’Etat et d’entamer un processus de réconciliation  entre Blancs et Noirs.

    Révolutionnaire, prisonnier, président, c’est le parcours exceptionnel en forme d’épopée que nous propose Justin Chadwick dans Mandela: un long chemin vers la liberté. Un biopic honnête, respectueux, à vocation pédagogique louable, mais trop conventionnel et principalement dédié à l’édification du symbole. Bien que l’auteur ne fasse, il est vrai, pas un saint de son héros tutélaire. Reste qu’en dépit du portrait intime et émouvant qu’il en brosse, le réalisateur ne porte pas véritablement sur lui un regard  personnel.

    61e37e22a277bef2c49c3974bcc44194[1].jpgIl se contente par ailleurs d'effleurer ses rapports complexes avec Winnie (Naomie Harris photo), animée contrairement à Nelson d’un esprit de revanche, tout comme il survole la question de l’apartheid et escamote les relations honteuses entre l’Afrique du Sud ségrégationniste et nombtre de pays occidentaux.

    On salue en revanche la performance du charismatique acteur britannique Idris Elba, qui rentre complètement et avec ferveur dans la peau de son personnage, sans pour autant le singer. Particulièrement dans le Mandela jeune et jusqu’aux trois quarts du film.

    Son interprétation est toutefois un rien gâchée par un maquillage grossier lorsqu’il vieillit, lui faisant une sorte de masque de cire à cheveux blancs auquel  il faut s’habituer. Force est alors de constater que la prestation d'Idris Elba ne vaut pas, dans cette dernière partie, celle de Morgan Freeman dans l’Invictus de Clint Eastwood. 

    On ne  recommandera pas moins ce long-métrage sur le destin d’un homme exceptionnel, devenu l’âme de l’Afrique et la conscience du monde.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 décembre.


     

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  • Cinéma: "Suzanne", le destin extraordinaire d'une héroïne ordinaire

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    Suzanne11[1].jpgTrois ans après Un poison violent, premier long-métrage en partie autobiographique sur une adolescente mystique la Bretonne Katell Quillévéré raconte l’histoire d’une famille et d’un amour viscéral à travers le parcours chaotique de Suzanne, que l’on suit de l’enfance à l’âge adulte.

    Issue d’une famille modeste, elle perd sa mère très tôt. Un vide apparemment comblé par l’affection pudique et gauche d’un père routier et la complicité aimante de sa sœur Maria qu’elle adore. A 17 ans, elle se retrouve néanmoins enceinte et décide de garder le bébé. Pour tomber ensuite amoureuse d’un beau garçon destiné... à une belle carrière dans le banditisme.

    Folle de lui, elle n’hésite pas à abandonner son fils et à plaquer son boulot pour vivre une passion destructrice. Jusqu’ici omniprésente, Suzanne sort du tableau pour mieux y rentrer après un cheminement difficile fait d’errance et d’un détour par la case prison. 
     
    Beau portrait de femme

    Avec cette rebelle malgré elle, déterminée à tracer sa propre voie en échappant à l’existence terne et laborieuse qui lui était promise mais en même temps artisane de son propre malheur, Katell Quillévéré brosse avec talent le portrait d’une héroïne ordinaire prise dans un destin extraordinaire. Elle évoque également le déterminisme social sans pour autant se cantonner dans ce genre de cinéma. 

    Le résultat? Un mélo ambitieux s’étalant sur plus de 20 ans, plein de sentiments, de charme et d’émotion qui parle de la puissance du hasard, du mystère des rencontres, de la complexité des trajectoires humaines, de la résilience.

    Pour cette tranche de vie, où elle traverse les époques en les situant grâce à de petits détails significatifs, l’auteure s’est entourée d’excellents comédiens. A commencer par Sara Forestier (photo) à la fois fragile, paumée, passionnée, dans le rôle de Suzanne. Elle donne brillamment la réplique à Adèle Kaenel qui joue sa sœur et François Damiens, son père. 

    1142727_8713162-00quillevere-t114a[1].jpgRécemment de passage à Genève, la réalisatrice de 33 ans (photo)évoque cette deuxième fiction qui avait ouvert La Semaine de la Critique à Cannes en mai dernier et provoqué l’enthousiasme de la critique.

    "Le sujet m’a été inspiré par des lectures d’autobiographies de femmes tombées dans la délinquance en vivant avec des bandits. Leur itinéraire pose la question du destin et du hasard. J’ai donc imaginé le biopic d’une inconnue qui s’attache à un homme au point de tout lâcher pour lui. En même temps, je respecte un quotidien qui peut devenir spectaculaire, en travaillant les liens dans une famille avec une jeune femme en quête d’émancipation, mais qui y est ramenée".

    -Le film couvrant une très longue période, avez-vous rencontré des problèmes de mise en scène?

    -Pas tant de mise en scène  que de construction du récit organisé sur l’ellipse. L’originalité est dans le hors champ. Je fais beaucoup appel à l’intelligence du spectateur, à son vécu. Il s’agissait aussi de plonger le récit romanesque fictif au milieu du réel en montrant les gens dans leur environnement, leur milieu social. Le métier de routier du père me touche beaucoup. C’est la raison de la cabine du camion, quoi fonctionne telle une matrice.

    -Comment avez-vous choisi vos comédiens? 

    J’avais prévu de rencontrer peu d’actrices et j’ai eu un choc quand j’ai vu arriver Sara. Elle était tout simplement Suzanne. Cela s’est imposé comme une évidence, une sorte de coup de foudre. On était de plus sur la même longueur d’ondes, convaincues que le film allait être dur et poignant et qu’il y avait un gros risque de tomber dans le pathos. Il fallait donc que l’énergie et la luminosité de Sara soient canalisées, intériorisées. C’est une immense actrice qui peut tout exprimer, de la violence au deuil en passant par la passion et le bonheur de la maternité. Ce rôle est arrivé au moment de sa maturité.

    -Deux mots sur Adèle Kaenel et François Damiens.

    -Adèle, je l’avais vue dans Naissance des pieuvres et L’Apollonide. Elle dégage quelque chose de particulièrement solide. Physiquement plus grande, elle convenait parfaitement au côté protecteur qu’elle devait avoir envers Suzanne. Quant à François, j’adore son travail de caméra cachée. C’est un tellement grand comique qu’il peut être aussi bon dans le drame. Pour moi, c’est un Stradivariuus.

    Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 décembre. 

     

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  • Cinéma: The Immigrant", premier grand rôle américain pour Marion Cotillard

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    images[1].jpgNous sommes en 1921. A l‘image de millions d’autres immigrants, la jeune Ewa quitte sa Pologne natale pour New York. Elle débarque à Ellis Island avec sa sœur tuberculeuse, placée en quarantaine en attendant d’être expulsée.

    Mais l'eldorado se transforme en enfer. Prête à tous les sacrifices pour la sauver, Ewa tombe sous la coupe de Bruno, redoutable souteneur séducteur et sans scrupules (Joaquin Phoenix) qui n’hésite pas à la mettre sur le trottoir.

    Il l'oblige également à se produire dans des spectacles grivois avec ses autres filles. Le cousin du mac (Jeremy Renner), un magicien, tente de la tirer de cette pitoyable condition. 

    On attendait beaucoup de The Immigrant, signé du talentueux James Gray, notamment auteur du bouleversant Two Lovers et sélectionné en compétition lors du dernier festival de Cannes. Mais le réalisateur, qui a imaginé son intrigue en puisant dans l’histoire de sa famille d’origine ukrainienne, déçoit avec ce mélo couleur sépia peu ambitieux qui se traine, au scénario un rien bancal et à la mise en scène banale en dépit d'une assez belle reconstitution d'époque. Il est d’ailleurs logiquement reparti les mains vides.

    On a en effet du mal à croire à cette histoire en forme de fable sur la chute dramatique et l’inévitable rédemption. Avec en tête d’affiche l’incontournable Marion Cotillard, qui tient là son premier grand rôle américain. Pas le meilleur pourtant, dans celui d'une petite chose manipulée, qui avance en écarquillant les yeux et en abusant de son côté vulnérable. Mais ne nous y trompons pas. Sa fragilité cache une grande énergie… 

    C’est pour elle que James Gray a écrit la partition, trouvant qu’elle est peut-être la plus grande actrice mondiale du moment. Du moins le déclarait-il en mai sur la Croisette, vantant son visage incroyable, montrant autant d’intelligence, de sensibilité, de force, de volonté que de beauté.

    Pour l’intéressée, le plus grand défi fut de parler polonais pendant une partie du film. Modeste, elle s’est toutefois demandée si elle avait atteint la perfection. On dira non en ce qui concerne sa prestation en général...

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 décembre.

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  • Cinéma: "All Is Lost", un film intense avec un Robert Redford impressionnant

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    images[1].jpgAlors qu’li traverse l’Océan Indien en solitaire, un marin est réveillé par de l’eau qui se déverse dans  la cabine. Il découvre un énorme trou dans la coque de son voilier, percé par un container à la dérive.

    En dépit de son âge avancé pour ce genre d’exercice, il tente une réparation illusoire. Avant d’être pris dans une violente tempête qui réduit ses efforts à néant et balaie presque tout sur son passage.

    Privé de matériel et de radio, il doit déployer son canot de sauvetage, tandis que son bateau, Titanic de poche, s’enfonce inexorablement dans les flots. A l’aide d’un sextant et de quelques cartes marines sauvés in extremis du naufrage, il essaye en van de se repérer.

    Se  battant contre les éléments, le soleil brûlant, menacé par une bande de requins, voyant ses réserves de nourriture s’épuiser, ignoré par des immenses paquebots marchands de passage, il es finalement forcé de se rendre et de faire face à la mort.

    All Is Lost, un titre symbolique. A travers la lutte farouche d’un homme pour sa survie, le  réalisateur J.C.Chandor fait référence à nos sociétés, au capitalisme sauvage et destructeur qui les régit, à une humanité qui ne mérite pas forcément d’être sauvée, même s’il laisse une fin ouverte.

    Il livre ainsi un film d’un rare minimalisme,  intense, rigoureux, réaliste, sans pathos, sans dialogue.  Pratiquement sans parole, sinon un gigantesque "fuck" rageur et désespéré, lancé à la face du ciel aux deux tiers d’un opus dominé par un Robert Redford à l’impressionnante présence physique. Septuagénaire défiant les années, l’acteur au mieux de sa forme trouve là l’un de ses plus beaux rôles.

    Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le 11 décembre.



     

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  • Cinéma: "La jaula de oro", dramatique odyssée d'ados clandestins vers les Etats-Unis. Un film coup de poing

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    la-jaula-de-oro[1].jpgLes Etats-Unis c’est l’eldorado pour Juan, Sara et Samuel, 15 ans, qui décident de fuir leur Guatemala natal pour tenter de le rejoindre. Contre l’avis de l'égoïste Juan, mais avec l’approbation de la compatissante Sara, Chauk, un indien tzotzil qui ne parle pas espagnol, se joint à eux pour un dramatique voyage de 3000 kilomètres.  

    L’immigration clandestine des latino-américains juchés sur les toits des trains, n’est ni un thème inédit ni une image nouvelle. Mais pour son premier long-métrage, La jaula de oro, (Rêves d'or) le réalisateur espagnol Diego Quemada-Diez, 43 ans, fait preuve d’originalité en se concentrant sur ce passage obligé qu’est le Mexique, théâtre tout entier d’un vaste flux migratoire.

    Cette odyssée représente une épreuve presque insurmontable pour les migrants en provenance du Guatemala, du Nicaragua, du Salvador ou du Honduras. C’est ce que vont découvrir les quatre adolescents, très vite réduits à trois en traversant ce pays hostile, plein de pièges et de menaces, bien avant d’atteindre la frontière américaine.

    En évoquant le rêve qui se transforme en cauchemar, le danger permanent annonçant ce qui les attend aux Etats-Unis, le racisme et la violence dont ses jeunes héros sont l’objet, les terribles sacrifices auxquels ils doivent consentir, Diego Quemada-Diez aurait pu se contenter de faire pleurer dans les chaumières. Il livre au contraire un film coup de poing, qui nous immerge au cœur d’une situation extrême, proche de la guerre, sans pathos ni aucune complaisance. Certaines scènes, d'une rare brutalité, font même froid dans le dos. En même temps, cette épopée est teintée de poésie. 

    Cinéphile déjà au berceau!

    L'exploit n'est pas très étonnant pour le talentueux Diego, tombé dans la pellicule au berceau. "A six ans, j’étais déjà cinéphile", nous dit-il lors d’une rencontre à Genève. C’est à trente ans, à la mort de sa mère, qu’il  part pour les Etats-Unis.  Il suit une école de cinéma et réalise trois films courts. Assistant de pointures comme Ken Loach, Oliver Stone ou Spike Lee, il a attendu longtemps avant d’oser s’attaquer à un long-métrage. Par respect pour ses maîtres.

    Son projet lui a bien pris dix ans.  "En 2003, je suis devenu copain avec un chauffeur de taxi à Mexico, qui habitait à juste à côté d’une voie ferrée. Les migrants descendaient des trains et  venaient chez lui pour demander à boire et à manger". Il découvre alors à quel point le sujet le passionne. "Tout en travaillant à côté, je me suis alors mis à interviewer des clandestins. Environ 6000".

    En 2007, il décide que cela suffit, décline toute proposition de collaboration qui le détournerait  de son objectif sur lequel il se fixe désormais. "Mais j’ai mis un temps fou à trouver de l’argent, car je voulais de vrais trains, des décors naturels et des acteurs non professionnels, capables d’improviser au fur et à mesure. Tout le monde pensait que j’étais cinglé".

    Des héros qui découvrent l’amitié et la solidarité

    Pour trouver ses protagonistes, Diego a auditionné 600 enfants guatémaltèques pendant sept mois. Amateurs, ils ne sont pas moins artistes. Brandon Lopez (Juan) est un danseur hip hop, Rodolfo  Dominguez (Chauk) un musicien et Karen Martinez (Sara) étudie l’art de la scène.

    Dans cet opus qu’il décrit lui-même comme un film politique d’aventure en forme de récit initiatique et de poème épique, l’auteur en fait certes des héros, mais surtout des êtres humains qui changent et mûrissent, à l’image de Juan, en découvrant  la force de l’amitié et de la solidarité. Tous excellents, ils avaient reçu le prix Un certain talent dans la section cannoise d’Un certain regard en mai dernier.

    Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 décembre.

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  • Cinéma: "Le cinquième pouvoir" montre ses limites...

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    images[3].jpgMarchant à l'ombre de The Social Network de David Fincher, Bill Condon nous balade dans les coulisses de WikiLeaks. Site, est-il utile de le rappeler, à l’origine de révélations, par son fondateur Julian Asssange et son ex-bras droit trahi Daniel Domscheit-Berg, d’informations ultrasecrètes qui ont fait trembler les puissances mondiales.

    Une histoire en soi passionnante. Sauf que le scénario et la mise en scène de l'opus, principalement adapté du livre de Berg, ne sont malheureusement pas à la hauteur.

    Tout en nous répétant à l’envi qu’internet a changé la planète sans nous en apporter la démonstration autrement qu’à travers un excès lassant de connections et de textes cryptés indigestes, le réalisateur peu inspiré tente de nous expliquer les raisons pour lesquelles Assange a décidé de rendre publics des documents confidentiels explosifs.

    Par ailleurs, comme ce n’est quand même pas follement excitant de voir des gens se défoncer sur des ordinateurs, Bill Condon ajoute quelques éléments extérieurs pour pimenter son intrigue, mais qui apparaissent comme autant de pièces rapportées sans grand intérêt. Et qui ne lui permettent donc pas de nous livrer l’essence du sujet. 
     
    Reste évidemment, au cœur du Cinquième pouvoir,  la personnalité de Julian Assange, toujours réfugié à l’ambassade équatorienne à Londres et craignant une extradition vers les Etats-Unis qui le condamnerait à une longue peine de prison. A travers le portrait qu’en dresse Bill Condon, on découvre un personnage élevé dans une secte, particulièrement antipathique, fade, égocentrique, doublé d’un sociopathe manipulateur et complètement paranoïaque, croisé avec un génie.

    Pour incarner son héros, l’auteur a choisi Benedict Cumberbatch, hallucinant de ressemblance (photo), mais dont la performance distille plus d’ennui que d’enthousiasme. A ses côtés, dans le rôle de Berg, Daniel Brühl, qu’on a le plus souvent connu meilleur, notamment en Niki Lauda dans le récent Rush.


    Film à l’affiche à Genève, au Ciné 17 dès mercredi 4 décembre.

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