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06/11/2013

Cinéma: Martin Provost fait revivre Violette Leduc. Une réussite

5229c1058e3fb[1].jpgPendant la Deuxième Guerre mondiale, Violette Leduc fait du marché noir. Rien alors ne destinait cette femme, née bâtarde 35 ans auparavant et morte en 1972, à une carrière littéraire. Réfugiée en Basse-Normandie, elle vit avec l’écrivain homosexuel Maurice Sachs, qu’elle aime sans être payée de retour, et publie des articles dans les journaux. 

Sur ses conseils, elle commence à écrire ses souvenirs d’enfance et remet le manuscrit à Simone de Beauvoir, dont elle tombe immédiatement amoureuse. Une passion non partagée. Mais la célèbre philosophe et essayiste est convaincue, en dépit du flop initial de Violette Leduc avec L’Asphyxie, d’avoir découvert un écrivain hors norme chez celle qu’elle appelait la femme laide. Elle l’exhorte, sinon lui ordonne de continuer à travailler. Et l’aidera toute sa vie, préfaçant La bâtarde, son premier succès. 

C’est entre ces livres que se déroule le film. Très réussi, il évoque à la fois cette relation entre les deux femmes basée sur l’écriture et le combat que Violette Leduc, écorchée vive, souffrant d’avoir été reniée à sa venue au monde, mène contre elle-même pour s‘en sortir.

Magnifiquement interprété par Emmanuelle Devos (Violette) Sandrine Kiberlain ( Simone de Beauvoir) entourée d’une brochette d’excellents acteurs comme Catherine Hiegel, Olivier Goumet, Jaques Bonnaffé, Olivier Py, il est signé Matin Provost (photo), auteur il y a cinq ans de Séraphine. Il racontait l’histoire d’une peintre autodidacte visionnaire, femme de ménage chez un marchand d’art allemand et morte à 78 ans dans un asile psychiatrique. Le réalisateur a coécrit à la même période Violette, avec son biographe René de Ceccaty qui lui a fait découvrir la talentueuse romancière.

Martin+Provost+NhNQG1MVE6Km[1].jpgAprès ces deux portraits de femmes très à l’avant-garde dans leur époque, Martin Provost en imagine un troisième. "Peut-être une musicienne, je cherche encore", nous a-t-il confié lors d’un récent passage à Genève.

– Qu’est-ce qui vous fascine tant chez Séraphine de Senlis et Violette Leduc, héroïnes oubliées du grand public?

-Je ne suis pas vraiment fasciné. Je veux surtout montrer que des êtres humains en marge, des femmes, ont œuvré, même dans l’ombre,  pour évolution de l’art. Violette est la première à avoir pratiqué ce que l’on appelle aujourd’hui l’autofiction la première à s’exprimer ouvertement sur  l’homosexualité féminine, à décrire un pénis avec des mots extraordinaires.

-Vous semblez d’ailleurs parler de vous à travers Violette Leduc.

-C’est vrai. Comme j’ai traversé des années difficiles, il y a une identification forte. Je suis arrivé très jeune à Paris avec ma valise. J’ai vécu dans une chambre de bonne. J’aurais pu être délinquant. Mais j’ai eu de la chance. Je pense que la richesse de Violette, c’est d’avoir été bâtarde et rejetée. Je suis également quelqu’un de très féminin. J’ai été élevé par des femmes. Ce que je suis me vient de ma mère, dotée d’un formidable potentiel, mais une artiste frustrée. J’ai réalisé ce qu’elle n’a pas osé faire. A cause de mon père. C’est du moins ce qu’elle disait.

-Comment avez-vous choisi vos deux comédiennes principales?

-J’ai écrit le rôle de Violette pour Emmanuelle Devos comme j’avais destiné celui de Séraphine à Yolande Moreau. Emmanuelle a accepté de s’enlaidir, de mettre un nez postiche. C’est aussi elle qui m’a suggéré Sandrine Kiberlain pour jouer Simone de Beauvoir. Beaucoup d’actrices refusent de l’incarner par crainte de ne pas être à la hauteur. Pas Sandrine. Elle était déterminée et y est allée à fond.

Film à l'affiche dans les salles romandes, dès mercredi 6 octobre.

 

 

 

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05/11/2013

Cinéma: "Quai d'Orsay", dans les coulisses de la diplomatie fraçaise

b00889f2-5a50-11e2-922f-0c1a40f503f3-493x328[1].jpgTombé sous le charme de la BD éponyme de d’Abel Lanzac et Christophe et Blain, Bertrand Tavernier signe sa première satire politique avec Quai d’Orsay, adapté du premier tome. Le jeune Arthur Vlaminck est engagé au service du ministre des Affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms. Au contact de ce grand homme charmeur, survolté et virevoltant, il découvre, et nous avec lui, les coulisses de la diplomatie française.

Diplômé de l’ENA, Arthur, brillamment interprété par Raphaël Personnaz, doit donc écrire les discours du maître des lieux, jusqu’au plus célèbre d’entre eux, celui contre la guerre en Irak, applaudi aux Nations-Unies le 14 février 2003. 

La  tâche est dantesque dans la mesure où chaque mot est pesé dans des phrases remaniées à l'envi par le ministre jamais satisfait. Et où "la plume", humiliée plus souvent qu’à son tour doit on seulement remettre sans relâche son ouvrage méprisé sur le métier, mais également composer avec les susceptibilités, les hypocrisies, les coups fourrés et les ambitions de chacun, au sein d’une équipe constamment sous stress. 

Cette comédie du pouvoir est emmenée tambour battant par un bluffant Thierry Lhermitte, qui ne craint ni l’outrance ni l’exubérance en enfilant le costume de l’extravagant, théâtral, séduisant et agaçant maître des lieux, inspiré par de Dominique de Villepin. Evitant de tomber dans le piège de l'imitation, mais se délectant à l’évidence de son personnage aux tics de langage, citant Héraclite et vouant une passion immodérée au Stabilo Boss jaune, il s’amuse comme un petit fou.

Le contraste est saisissant entre son énergie débordante et la placidité de Niels Arestrup, excellent dans son rôle le de directeur de cabinet à la voix douce et traînante, tentant d’apaiser les tensions avec un détachement et calme qui confinent à l’apathie.

Un film intelligent, tourbillonnant, bien maîtrisé, en dépit de son côté un peu caricatural. On regrette par ailleurs quelques scènes débordant du cadre en nous emmenant dans l’intimité de la "plume".   Alourdissant l’intrigue, elles parasitent inutilement un univers dingue, dont les protagonistes dévoués corps et âme à leur fonction vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sont censés n’avoir aucune vie privée. (Photo: Bertrand Tavernier au centre entre Thierry Lhermitte et Raphaël Personnaz).

Film à l’affiche dans les salles romands dès mercredi 6 novembre.   

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Cinéma: "Inside Llewyn Davis", la virée folk des Coen à Greenwich Village

the-title-character-of-inside-llewyn-davis-mdash-and-the-cat-thats-not-actually-his[1].jpgAvec Inside Llewyn Davis, les frères Coen opèrent une plongée dans le New York musical des sixties, avant Bob Dylan, pour évoquer une semaine de la vie d’un jeune chanteur folk. Habité par sa passion et ses rêves, il débarqué guitare à la main dans Big Apple pour tenter sa chance. Aide de quelques amis, il survit en se produisant à Greenwich Village et en acceptant n’importe quel job.

Mais l’hiver est rude et les obstacles insurmontables pour le malheureux Llewyn, dont l’aventure commence par un douloureux passage à tabac. Galères, tribulations et désillusions se succédent pour notre loser errant de bars en clubs plus ou moins déserts, jusqu’à une improbable audition pour le géant de la musique Bud Grossman. Avant d’être rendu à son anonymat...

A travers le portrait de cet homme, prétexte à un hommage nostalgique, émouvant, un peu triste, un rien déjanté mais très drôle, les Coen portent un regard critique sur un monde mercantile imperméable à la créativité et au talent. Tout en déclarant leur flamme à la musique en particulier et à l’art en général.

Cette histoire originale, servie par une remarquable photographie, révèle par ailleurs un formidable acteur, Oscar Isaac, dans le rôle de ce musicien à la fois doué, pleurnichard, maladroit, insupportable par moments. Lui donnent la réplique Carey Mulligan et Justin Timberlake, qui a mis sa griffe musicale en retravaillant notamment quelques morceaux traditionnels. 

Un chat nommé Ulysse

A noter qu’à part eux, on trouve une autre star en la personne d’un chat roux nommé Ulysse qui ne cesse de s'enfuir, au grand dam de Llewyn qui s'escrime à le rechercher (photo). Un clin d’oeil joliment " homérique" pour cette odyssée américaine en forme de comédie burlesque, peuplée de personnages loufoques et aux dialogues souvent irrésistibles.

Le tout sur fond de gags, de chansons, d’humour noir, d’introspection et de quête existentielle  pour le protagoniste principal au comportement autodestructeur. Rappelons qu'Inside Llewyn Davis, en compétition à Cannes en mai dernier, avait décroché le Grand Prix du jury vingt ans après la Palme d’Or remportée par les deux frères pour Barton Fink.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 6 novembre.

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30/10/2013

Cinéma: "Blood Ties", l'aventure américaine de Guillaume Canet

blood-ties-clive-owen-mila-kunis-600x400[1].jpgDécidément, je me demanderai toujours pourquoi des réalisateurs s’obstinent à jouer les copistes. Après nombre de ses confrères, c’est Guillaume Canet qui s’y colle, reprenant Les liens du sang de Jacques Maillot pour concocter un remake tourné aux Etats-Unis, co-écrit avec James Gray et intitulé Blood Ties. Histoire, pour le cinéaste césarisé grâce à Ne le dis à personne de montrer qu’il peut faire son trou outre-Atlantique.

Nous sommes donc à New York en 1974. Après plusieurs années derrière les barreaux suite à un règlement de comptes sanglant, Chris la cinquantaine séduisante est libéré pour bonne conduite. Franck son jeune frère flic est venu le chercher. Espérant qu’il a changé, il veut lui donner une nouvelle chance, en dépit d’une rivalité nourrie par la préférence que leur père a toujours eue pour son aîné. 

Les choses semblent sur la bonne voie. Chris trouve du travail, renoue avec ses enfants et son ex-femme, en rencontre une autre…Mais hélas malfrat un jour, malfrat toujours. Son passé le rattrape et il replonge dans les eaux troubles de la pègre. Trahi dans sa confiance, Franck ne veut plus en entendre parler, quitte la police et s’installe avec l’ex-compagne d’un dangereux criminel. Mais c’était compter sans les indéfectibles liens du sang…

Guillaume Canet avoue avoir passé quatre ans de sa vie pour parvenir à réaliser Blood Ties. Dommage que le résultat ne vaille pas les efforts consentis. Dans sa tentative de livrer un thriller à la Scorsese le réalisateur propose un polar façon seventies, certes louable dans sa reconstitution de l’époque, mais laborieux, appliqué, convenu. Et interminable.

Côté casting, on a droit à Cive Owen, Mila Kunis (photo), Billy Crudup, James Caan, qui font ce qu’ils peuvent pour élever le niveau. Ce n’est pas le cas de l’inévitable Marion Cotillard. Mère de deux enfants, accro à la drogue et réduite à faire la pute, elle n’a sans doute jamais été aussi mauvaise.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 30 octobre. 

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29/10/2013

Cinéma: Valeria Bruni Tedeschi se raconte dans "Un château en Italie"

critique-un-chateau-en-italie-de-valeria-bruni-tedeschi,M110968[1].jpgAprès Il est plus facile pour un chameau...et Actrices, Valeria Bruni Tedeschi livre le troisième volet avec Un château en Italie, toujours largement imbibé de son histoire familiale. Seule femme prétendante à la Palme d'Or cannoise de mai dernier, elle avait été assez logiquement boudée au palmarès.

Fofolle, loufoque, volontairement choquante, limite hystérique parfois, Valeria alias Louise raconte la maison, le déracinement, sa mère avec qui elle entretient une relation tumultueuse, la perte de son frère adoré décédé du sida en 2006. Une maladie dont il lui a été longtemps pénible de parler.

Le tout se déroule sur fond à la fois fantaisiste, triste et burlesque d’un monde qui se termine et d’un amour qui commence avec Nathan. Un garçon qui a presque vingt ans de moins qu’elle et dont elle veut désespérément un enfant pour donner à la fois une réponse à l'angoisse de la mort et un sens à son existence.

Valeria a écrit le scénario avec ses deux complices de toujours Noémie Lvosky et Agnés de Sacy qui, à son image, s’inspirent de la réalité qui les entoure. Toutes trois mettent leur patte, leurs idées, leur imaginaire, leur vision des choses dans cette autopsie d’une famille en crise où se mélangent le réel et le faux, mais qui se veut un cri de vérité. 

Pas de Carla dans le tableau

Disons-le tout de suite, sa célèbre sœur Carla, ex-mannequin et chanteuse, n’apparaît pas dans le tableau. Pas de secrets révélés donc sur l’épouse de Nicolas Sarkozy. Ou l’ancien président. Pour la réalisatrice récemment rencontrée à Genève, "Carla n’est pas présente car je voulais raconter l’histoire d’un frère et d’une sœur. La présence d’une autre sœur aurait brouillé le couple". Il faudra se contenter de cette explication un rien sibylline.

Lorsqu’on lui demande si elle a éventuellement cherché à régler quelques comptes par le biais de cette biographie nombriliste pus ou moins autofictionnelle, aux allures de comédie romantico-dramatique où le drôle alterne avec le tragique, Valeria s’en défend. "Je ne règle pas beaucoup de comptes dans ma vie. Je me confesse, j’avoue des choses. Comme si j’enlevais un voile"

A l'instar de ses deux films précédents, elle s’entoure de ses proches, faisant jouer Louis Garrel son compagnon d’alors (photo) et sa mère, Marisa Borini, à qui elle a réservé des scènes parfois cruelles. "Elle aime beaucoup tourner. C’est une vraie Rolls. Elle se montre très naturelle. Et comme c’est une pianiste accomplie, elle est également très concentrée",

La cinéaste aime l’humour. «C’est très agréable. Le rire vous donne de l’oxygène. Il permet non seulement de parler de choses graves mais de les supporter. Ainsi que notre condition humaine. J’essaye d’en faire bon usage dans mon travail. Ce travail, dont elle dit qu’il la rend libre. "Dans la vie je me sens coincée".

Film à l'affiche dans les salles romande dès mercredi 30 octobre.

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Cinéma: "L'expérience Blocher", portrait d'un homme et d'un pays

bron[1].jpgC’était l’un des films le plus attendu du dernier Festival de Locarno. En raison de la personnalité de son protagoniste bien sûr, mais également suite aux à la polémique provoquée par les critiques socialistes autour de la subvention fédérale allouée à un documentaire sur un politicien de droite.

Plus précisément le ténor de l'UDC, qui a forcé Jean-Stéphane Bron à se poser quelques questions avant de mener son projet à terme. A commencer par celle-ci? Comment faire le portrait de quelqu’un dont on ne partage ni les idées, ni les méthodes, ni les convictions? Le ràalisateur y répond avec une expérience de cinéma en mettant en place une stratégie, comme dans ses œuvres précédentes.

La voiture, un poste d’observation

Il ne propose donc pas une enquête dans cette fable sur le pouvoir à valeur de document, émaillée de clins d’œil au septième art, notamment  (c’est un peu sa limite à cet égard) au célèbre Citizen Kane d’Orson Welles. Il nous livre avant tout un face à face inédit se déroulant essentiellement dans une voiture sillonnant les routes de Suisse..

Un poste d’observation pour le cinéaste qui raconte de l’intérieur, en voix off et à la première personne l’histoire du tribun zurichois en campagne dès l’automne 2011 pour les élections fédérales. Une façon de s’impliquer dans le processus en créant un hors-champ.

Un milliardaire et une bête politique

1410899_pic_970x641[1].jpgAu cours de ce périple rythmé par des discours, des rencontres avec ses partisans, les non familiers de l’homme découvrent la vie de ce fils de pasteur pauvre aux origines allemandes né dans une fratrie de dix, qui va devenir en quelques années et sans état d’âme un industriel milliardaire.   

Ainsi qu’une bête politique qui a provoqué, contre toute attente, le refus des Suisses d’entrer dans l’EEE en 1992.Le fameux dimanche noir. Et pourtant la star, accédant au Conseil fédéral en 2003 avant d'en être évincée quatre ans plus tard, a exercé une telle influence dans les années 1990 et 2000, qu’elle en profondément a modifié le paysage politique helvétique.

Ceux qui attendent un opus agressif, à charge, réglant le sort d’un vilain bonhomme à coup de critiques ou de révélations explosives seront déçus. Même si le film ne sert pas la cause de Blocher ou de son parti, Bron conservant une distance critique.

Pas de pour ou de contre

Ils n'apprendront rien sur l'homme public dans ce film de cinéaste qui n'avait pas l'intention de faire un pour ou un contre. Mais de boucler en quelque sorte une trilogie commencée avec Le Génie helvétique en 2003 tourné avant la crise économique, Cleveland contre Wall Street (2010) pendant et L’expérience Blocher après. "Le fil rouge est la démocratie à travers un prisme qui est Blocher", explique-t-il.

oc705009_p3001_176473_4_-36655534[1].jpgEn passant dix-huit mois au contact de l’un des politiciens les plus haïs et admirés du pays, n’a-t-il pas craint de se laisser manipuler? "Non. je ne lui donne pas la parole ». En fait le cinéaste l’en prive en racontant lui-même ce qu’il est et ce qu’il représente. Il rappelle d’ailleurs que le film s’intitule L’expérience Blocher, et non Le système Blocher. "Je raconte mon expérience avec lui. Notre relation n‘a pas évolué".

Dans l’intimité du tribun et de sa femme Silvia

Le cinéaste ne révèle pas non plus quelle a été la réaction de son "acteur" en se découvrant dans ce documentaire. "Secret médical", remarque-t-il, se contentant de déclarer qu’il n’a exigé aucun changement. "Tout ce qu’il a demandé à Christoph Blocher il l’a facilement accepté et c’était assez jouissif".

On pénètre ainsi dans sa maison, dans son intimité, le voyant comme personne ne l’a jamais montré. Insomniaque, en robe de chambre dans son salon, nager dans sa piscine, effectuer quelques mouvements de gymnastique en survêtement, se mettre de la crème sur le visage dans sa salle de bains, ou encore chanter un air d'opéra dans son château de Rhäzüns.

Sa femme Silvia, qui voyage pratiquement  toujours avec lui, s’est également pliée à une mise en scène pour le moins surprenante. Bron la filme en train de lire dans son lit, à l’hôtel, tandis que son mari travaille à côté…

La fin d’un homme, d’un règne

Certains ont reproché au cinéaste de glisser sur la surface, de ne pas avoir réussi à percer ses secrets, son mystère. D’avoir par exemple utilisé la voix off pour meubler, parce qu’il n’en avait pas appris autant qu’il l’aurait voulu.

"Pas du tout. Encore une fois c’est une expérience, Je n’ai pas posé de questions pour en savoir plus. Je n’ai travaillé qu’avec des sources connues. Je me suis interdit d’aller au-delà. Il s’est livré petit à petit. Au bout d’un an, j’ai découvert qu’il détestait le crépuscule. Il a des angoisses vespérales".

Et c’est bien le crépuscule d’un homme, la fin d’un règne qu’annonce ce documentaire qualifié de film de fantôme par l’auteur. Et qui, à travers le portrait sombre d'un Blocher finalement montré dans sa solitude, raconte aussi la Suisse. En explorant la part d’ombre qui sommeille en lui et dans le pays.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 30 octobre. 

 

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23/10/2013

Cinéma: "Salvo", un polar mystique et sensuel, mâtiné de western sicilien

Saleh_Bakri_da_pagina_FB_Salvo_film[1].jpgHomme de main de la mafia, le beau Salvo est un être solitaire, froid, dépourvu de sentiments. Impitoyable quand il s’agit de régler violemment des comptes en massacrant un membre d’une bande rivale.

C’est dans ce but qu’il entre dans une maison et tombe sur Rita, une fille aveugle qui assiste impuissante à l’assassinat de son frère. Mais alors qu’il devrait éliminer ce témoin, Salvo non seulement laisse vivre la jeune handicapée, mais l’emmène avec lui et la retient prisonnière. S’ensuivra inévitablement une relation forte entre les deux protagonistes.

Dans ce  film noir, abstrait, ouvrant sur une course-poursuite haletante, les deux auteurs Fabio Grassadonia et Antonio Piazza étudient les états d’âme du tueur plus ou moins tenaillé par le remord, passant de son point de vue à celui de sa victime. Ils plongent le spectateur dans une ambiance étrange, tendue, angoissante, horrifique, sensuelle, moite et suffocante.

Petite révélation, ce thriller mutique, mystique et charnel stylisé à outrance, mâtiné de western sicilien et de tragédie amoureuse, avait remporté le Prix de la Semaine de la critique en mai dernier à Cannes. Il souffre pourtant d’une absence d’originalité dans le scénario et propose une mise en scène séduisante et agaçante à la fois. Mais si le film déçoit quand il vire au psychodrame superficiel, on salue en revanche sans réserve la performance des deux comédiens, Sara Serraiocco et Saleh Bakri, au look à la Schwarzenegger croisé avec Alain Delon (photo).

 

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 23 octobre.

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Cinéma: "Diana": l'icône planétaire "victime" d'une romance sirupeuse

119-diana[1].jpgSéparée du prince Charles depuis décembre 1992, Diana connaît plusieurs aventures sans lendemain.  Jusqu’à ce 1er septembre 1995, où une amie la présente au cardiologue pakistanais Hasnat Khan au Royal Brompton Hospital de Londres.

Elle réussit à garder leur liaison secrète pendant quelques mois. Son divorce prononcé en août 1996, cette femme poursuivie sans répit par les paparazzi depuis quinze ans, bafouée par les infidélités de son mari, veut alors croire à un avenir possible avec cet homme qui l’aime pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle représente aux yeux du monde entier.

Mais il sera incapable d’assumer cette passion, la poussant en quelque sorte dans les bras de Dodi Al Fayed...C’est du moins ce que nous raconte Olivier Hirschbiegel. Il a choisi de se pencher sur cette brève histoire d’amour où Naomi Watts prête son visage à Lady Di, tandis que Naveen Andrews (le Sayid de la série Lost) enfile le costume du chirurgien.

Mauvaise pioche que cette relecture personnelle, spécialement outre-Manche. Ce "biopic" relatant les deux années d’avant la mort tragique d’une princesse adorée, a été conspué par la presse britannique indignée, oscillant entre l’abominable et le fabuleusement atroce.

Sans peut-être aller aussi loin dans la douleur et l’horreur éprouvées par les compatriotes de Lady Di, le réalisateur allemand, à qui l’on doit notamment La Chute, évoquant les ultimes heures d’Hitler, se complaît il est vrai dans une romance sirupeuse. Une sorte de roman-photo où rien ne sonne juste entre escapades loin de la foule déchaînée, dîners aux chandelles ou corps à corps au coin du feu. Le tout basé sur un scénario insipide et distillant des dialogues d’une rare platitude.

Quant aux comédiens, ils font ce qu’ils peuvent pour tenter de surnager dans le naufrage. Surtout la  malheureuse Naomi Watts, dont le personnage artificiel ne cadre pas avec celui qu'elle incarne et dont l'auteur propose une image déformée, idéalisée. Par ailleurs, à la voir si fragile et effacée, l'actrice peine ferme à donner de la chair à cette charismatique icône planétaire, harcelée jusqu’à l’épuisement partout où elle passait.

Un gibier médiatique qui n’hésitait pas parfois à convoquer les chasseurs, comme le rappelle Olivier Hirschbiegel dans les rares scènes où il daigne sortir de sa bluette à l’eau de rose.

Film à l'affiche dans es salles romandes dès mercredi 23 octobre.

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Cinéma: "Gravity" nous met sur orbite avec Sandra Bullock et George Clooney

PHO969426be-3a3f-11e3-99f3-bdb84d078a5a-805x453[1].jpgA l'image des profondeurs le cosmos fascine. Et les cinéastes aiment nous faire peur en envoyant impitoyablement leurs héros se perdre dans le vide...

Il y eut ainsi Les naufragés de l’espace de John Sturges, Solaris d’Andrei Tarkovski, Alien de Ridley Scott, Apollo XIII de Ron Howard et bien sûr 2001, l'odyssée de l'espace, le chef d’œuvre du maître Stanley Kubrick. 

A son tour le cinéaste mexicain Alfonso Cuaron nous met sur orbite avec Gravity. Depuis sa présentation à l’ouverture de la 70e Mostra de Venise, les superlatifs pleuvent de partout. Pour James Cameron c’est le meilleur film jamais réalisé sur l’espace depuis le Kubrick, pour Quentin Tarantino il est dans le top10 de 2013. Par ailleurs il squatte la première place du box office, fait la quasi unanimité chez les critiques et s’impose déjà comme un sérieux candidat à la course aux Oscars de février prochain.

L’histoire se résume à quelques phrases. Le docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) brillante experte en ingénierie médicale qui effectue sa première mission, accompagne le chevronné Matt Kowalski (George Clooney) dans son dernier vol. Une sortie de routine dans l’espace tourne brutalement à la catastrophe.

La navette explose et les deux astronautes se retrouvent seuls, coupés du monde, luttant pour leur survie dans une immensité terrifiante, alors que le contact avec la Terre a été rompu et que les réserves d’oxygène s’épuisent inexorablement. Surmontant leur panique face au danger extrême, ils cherchent des solutions pour s’en sortir.

Visuellement c’est aussi ébouriffant que spectaculaire. Usant des dernières techniques, Cuaron livre une sorte de chorégraphie intersidérale bluffante, filmant avec le plus de réalisme possible pour tenter de faire éprouver au spectateur les mêmes sensations que les protagonistes, de l’apesanteur à l’infini en passant par l’angoisse, l’euphorie et le vertige.

On reprochera pourtant à ce huis-clos spatial où l’on sent une petite volonté de refaire Odyssée 2001 un scénario ultra simpliste, manquant de profondeur existentielle et tirant du coup le film vers le bas. En revanche les comédiens se révèlent la plupart du temps justes et à la hauteur de l’expérience. A commencer par Sandra Bullock, qui tient là un de ses meilleurs rôles.

Véritable héroïne de cette dramatique odyssée opératique, en 3 D évidemment, elle laisse assez peu de place à George Clooney qui, toujours gentleman, ne lui en veut pas. C'est son film, remarque-t-il dans les interviews. A la fois vulnérable, émouvante, digne et grave, elle fait preuve d'une grande force morale et physique, tandis que son partenaire, charmeur et désinvolte, a tendance à trop jouer de son personnage cabotin façon Nespresso. Dans le fond, peu importe la capsule…

C’est drôle mais montre aussi la limite de scènes dont le côté trop ludique frôle parfois le ridicule dans un contexte se voulant particulièrement hostile et effrayant. Reste que Gravity est à voir, surtout pour les férus du genre.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 23 novembre.

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16/10/2013

Cinéma: "Omar", un thriller palestinien très réussi

2013-05-21-OMARPhoto2LeemLubany_AdamBakri[1].jpgRéalisé par le Palestinien Hany Abu-Assad, ce thriller doublé d’une romance et d'un drame de la jalousie en temps de guerre met en scène Omar, un beau garçon qui vit en Cisjordanie.

Chaque jour, évitant les balles et se déchirant la paume des mains, il franchit "Le mur de la honte" érigé par les Israéliens en 2002, pour retrouver la jolie Nadia  qu’il espère épouser. Ainsi que deux amis d’enfance.

Car il n’y a pas que l’amour. Avec ses potes, Omar a créé une cellule de résistance et tous trois ont décidé de passer à l’action. Au cours de leur opération, ils tuent un soldat de Tsahal. Arrêté, emprisonné, interrogé, torturé, Omar est relâché et poussé à trahir. Une tragédie pour celui qui veut rester fidèle à sa cause et à ceux qu'il aime.

Mêlant la tension dramatique du genre à la poltique, la morale et les sentiments, le film est une belle réussite. Hany Abu-Assad se révéle aussi bon metteur en scène que directeur d’acteurs, nous laissant ainsi découvrir, aux côtés de non professionnels convaincants, le très charismatique Adam Bakri (Photo avec Leem Lubany alias Nadia) dans le rôle d’Omar.

On regrette juste deux ou trois scènes qui, en dépit de la justesse des situations, entachent un peu la crédibilité de l’histoire. A quelques images près, Omar conserve sa belle gueule sans cicatrice, alors qu’il ne cesse de se la faire démolir avec une rare violence. Mais voilà qui n'a pas empêché Hany Abu-Assad de décrocher le Prix du jury en mai dernier dans la section cannoise d’Un certain regard. 

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 16 octobre.

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