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29/01/2014

Cinéma: "Jacky au royaume des filles", trop potache pour convaincre

images[11].jpgBédéaste passé avec succès derrière la caméra grâce à son teen-movie Les beaux gosses en 2010, Riad Sattouf remet le couvert avec Jacky au royaume des filles. Il s’amuse à inverser les rôles dans une audacieuse permutation des genres.

Nous sommes dans un pays imaginaire, la République démocratique et populaire de Bubunne, où règnent la tyrannie et le culte de la personnalité. Les femmes, qui collectionnent les maris, portent la culotte en l’occurrence militaire, et les hommes la burqa.Tout en étant dévolus aux tâches ménagères sous la férule de ces viragos revêches.

Parmi eux Jacky (Vincent Lacoste, photo), un garçon de 20 ans naïf, gentil, timide et très courtisé, mais qui nourrit le fantasme, comme n’importe quel célibataire de la dictature, d’épouser la colonnelle (Charlotte Gainsbourg), fille de la générale (Anémone).

L’affaire pourrait être conclue lors du grand bal qu’organise cette dernière pour trouver un mari à l’héritière du trône. Mais c’est compter sans les visées perverses de la famille adoptive de Jacky. Déterminée à lui briser son rêve, elle lui vole son précieux sésame d’entrée à la cérémonie. Le jeune homme se déguise alors en fille pour s’introduire dans la place et séduire la dame de son cœur.

Au départ une excellente idée, avec quelques inventions amusantes dont l’étrange langage pratiqué par les habitants de Bubunne, ou l’infâme bouillie tout droit sortie des robinets qui leur sert de nourriture quotidienne.

Mais ce film à grande ambition politique et qui se veut transgressif, n’en rate pas moins son objectif. En multipliant les gags lourdingues et pas drôles, Riad Sattouf se condamne à la farce bien trop potache pour prétendre à la critique virulente que sous-tend son propos subversif.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 29 janvier

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28/01/2014

Cinéma: Avec "Nyphomaniac", Lars Von Trier met Charlotte Gainsbourg sur le divan...

1389279275079_0570x0367_1389279305170[1].pngLe plus souvent au cinéma, le cul attire autant qu’il déçoit. Mais voilà qui n’était pas pour décourager Lars Von Trier, bien au contraire. Après avoir commencé, dans un premier volume, par retracer le parcours érotique d’une nymphomane autoproclamée de sa naissance à la cinquantaine, le provocant Danois propose la suite de son odyssée sexuelle.  

Petit rappel. Lors d’une froide soirée d’hiver, Seligman, un vieux et charmant célibataire endurci, découvre Joe dans une ruelle. A demi-consciente, elle a été méchamment passée à tabac. Seligman la ramène chez lui, la soigne et Joe se confesse à lui, racontant sa quête ardue sinon impossible de jouissance à travers diverses expériences qui en feront une sexual addict.

Et cela au fil de cinq chapitres se voulant sulfureusement subversifs et de quelques parties labellisées pornos pour titiller le spectateur. Au final, un film à prétention littéraire contrastant avec un vide métaphysico-spirituel, où Lars  Von Trier joue au psy un rien pervers. Histoire de se maintenir à hauteur de sa vénéneuse réputation.

Il s’ensuit un curieux dialogue. Par exemple la stratégie de la séduction s’apparente à la pêche à la mouche, passion à laquelle s’adonne Seligman,  son sauveur  philosophe. Une démonstration plombante à la longue, ne menant pas à grand-chose à part distiller un certain ennui et à nous dire que le sexe est aussi triste que coupable.

Le  constat ne change pas fondamentalement dans le second volume et la suite des confidences, toujours délivrées sur le ton doucereux et envoûtant de notre nympho (mytho ?) maniaque à la recherche frénétique du plaisir. On y voit Jerôme pousser Joe à se lancer dans des aventures extraconjugales pour tenter d’assurer la durée de leur couple. Car vivre avec une nymphomane exige de la ressource. Elle est même comparée à un tigre qu’il faut savoir nourrir. 

nymphomaniac[1].jpgEt Joe, devenue mère entretemps, d’en profiter pour tenter d’éteindre son inextinguible soif de sexe, négligeant ainsi évidemment son enfant. Un prétexte pour le réalisateur, outre de culpabiliser son héroïne, de nous la montrer dans d'interminrvles et complaisantes séquences sado-masos, ou en compagnie de deux Noirs dans une sorte de grotesque farce théâtrale...

Avec à la clé la remarque selon laquelle une femme qui dit ne pas avoir envie de coucher avec un Noir ment. Sans oublier l’évocation douteuse sur le mérite, voire la souffrance de pédophiles qui ne passent pas à l’acte. On notera en revanche un étrange plaidoyer féministe vers la fin. Encore qu’avec le misogyne Lars Von Trier on ne sache pas vraiment si c’est du lard ou du cochon…

En dépit de ses aspects lourdingues et caricaturaux, d’un dénouement improbable quoiqu’un peu attendu, tout n’est pas à jeter dans cet opus où le cinéaste mêle le beau et le sordide, la noirceur et la solitude, l’angoisse et la branlette, l’intime et le transgressif. Le tout sur fond d’amour inassouvi et d'envie de rédemption.  

Dans ce (très) long-métrage en deux parties, amputé de plus d'une heure que seuls les festivaliers verront à Berlin, on a l’impression que l’auteur s’invite pour prouver des choses ou régler des comptes. Notamment lorsqu’il insiste sur les origines juives de Seligman le confesseur, sur la différence entre l’antisémitisme et l’antisionisme (on se rappelle sa sortie sur Hitler à Cannes), ou quand il pousse Joe à donner son avis  sur le mot  "nègre".

Reste le casting, qui emporte une certaine adhésion à l'ensemble. Aux côtés de la troublante et fragile Charlotte Gainsbourg , victime fascinante qui séduit par son charme magnétique, on trouve  Stellan Skarsgard en vieux célibataire apparemment  asexué, ainsi que la talentueuse Stacy Martin en  Joe  jeune  formant couple avec Shia Laboeuf. A souligner que ce dernier avait tellement envie d’en être qu’il avait envoyé une sextape au cinéaste pour décrocher un rôle.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès  mercredi 29 janvier.  

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23/01/2014

Cinéma: "12 Years A Slave" revisite l'Amérique esclavagiste

rs_1024x759-131009113736-1024.4.12-Years-Slave.ls.10913_copy[1].jpgAprès Hunger mettant en scène l’agonie du républicain irlandais Bobby Sands, Shame explorant les tourments d'un séduisant sexe addict, le talentueux Steve Mc Queen change encore de registre. Et provoque le malaise en obligeant l’Amérique à regarder son histoire en face en se penchant sur l’esclavagisme odieux qui régnait au 19e siécle. 

12 Years A Slave, l'un des grands favoris aux Oscars avec neuf nominations raconte le tragique destin de  Solomon Northup. Nous sommes en 1841. Vivant libre et respecté à New York avec sa petite famille, il est engagé un jour par un cirque ambulant pour jouer du violon dans un spectacle de passage à Washington.

Soulé et enlevé, le malheureux se réveille le lendemain avec des chaînes aux pieds. enchaîné. avec une gueule de bois. Sauvagement battu, il est déporté vers le sud et vendu au très cruel propriétaire d’une plantation de coton en Louisiane. Qui, à l’instar de ses autres esclaves, le considère comme une bête de somme. 

Adapté des mémoires du vrai Solomon Northup, le film montre aussi bien les conditions inhumaines dans lesquelles vivaient ces victimes de la violence aveugle des Blancs que leur difficile et incessant combat pour reconquérir leur liberté.

Un opus ample, intense, rigoureux et puissant sur la résistance à l’injustice et à la torture, qui frise parfois la complaisance en s’attardant longuement sur certaines scènes d’une rare brutalité pour mieux coller à la vérité du sujet. Mais qui réussit le plus souvent à transmettre une vraie et vive émotion en évitant habilement le piège de la mièvrerie et des bons sentiments que pouvaient susciter une histoire aussi dramatique.

12 Years A Slave est porté par de formidables comédiens qui contribuent évidemment à sa réussite, dont l’excellent Chiwetel Ejiofor et Michael Fassbender (photo) dans le rôle du maître sadique de la plantation, devenu en trois films l’acteur fétiche du réalisateur. On y croise aussi dans des rôles secondaires Benedict Cumberbatch, Paul Giamatti ou encore Brad Pitt, très engagé dans l’affaire puisqu’il en est l’un des producteurs.

Film à l'affiche dans les salles romandes depuis mercredi 23 janvier.   


 

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15/01/2014

Cinéma: "Transperceneige" évoque une lutte des classes post-apocalyptique. Lourd

snowpiercer_02[1].jpg

Nous sommes en 2031, dans une ambiance de fin du monde. Dix-sept ans auparavant, l’humanité a été pratiquement anéantie lors d’une catastrophe écologique et ses derniers représentants vivent dans un train, tournant autour d’’une terre réduite à une vaste étendue gelée.

Avec Transperceneige, adaptation de la BD française éponyme de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette datant de 193, le Sud-Coréen Bong Joon-ho, aimant varier les plaisirs comme le prouvent The Host ou Mother, retrouve la science-fiction, genre qu’il avait brièvement exploré dans le tryptique Tokyo en compagnie de Michel Gondry et Léos Carax. 

A bord de ce train perpétuellement en mouvement sur les mêmes rails, se joue un terrifiant combat entre pauvres entassés à l’arrière dans l’obscurité et riches se vautrant dans le luxe à l’avant. Chaque wagon représente ainsi une étape à franchir, prétexte à de nombreux rebondissements, pour passer de l’ombre à la lumière. Et surtout d’atteindre et de renverser l’ignoble dictateur, profitant de cette abominable lutte des classes pour tirer les ficelles et régner sans partage.

Entre deux tueries sanglantes, la révolte jusqu’au-boutiste est menée par un personnage charismatique joué par Chris Evans. Opposant les esclaves désarmés à la redoutable milice du tyran, elle conduira jusqu’à l‘inévitable et lourdement symbolique déraillement du convoi.

Au-delà de somptueux paysages neigeux d’un blanc immaculé et de décors joliment colorés pour illustrer l’univers paradisiaque des nantis, rien de bien nouveau dans cette fable métaphysico-politique, odyssée post-apocalyptique en forme de métaphore d’une humanité aux mains d’une force brutale et ultra-répressive. Où apparaissent, aux côtés de Chris Evans, Ed Harris et une méconnaissable Tilda Swinton.

Dans la distribution de "nourriture" aux laissés-pour-compte, Bong Joon-ho fait même sans vergogne un emprunt à Soleil vert de Richard Fleischer (1973), où une population miséreuse, faute de ressources naturelles, était contrainte d'ingurgiter une mystérieuse pastille avant d’en découvrir l’effroyable source…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 janvier.

 

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Cinéma: "Mary Queen Of Scots", héroïne moderne et passionnée

1176941_Mary-Queen-of-Scots[1].jpgDans son dernier film un peu atypique, Thomas Imbach, s’inspirant d’une biographie de Stefan Zweig parue en 1935, se penche sur le destin de Marie Stuart. Fascinante souveraine, elle est plongée dans un seizième siècle tumultueux, marqué par de violentes luttes de pouvoir entre les maisons royales d’Europe et les religions.

Le réalisateur suisse brosse un portrait très personnel et intéressant de cette femme hors du commun, qui perdit trois royaumes, trois maris et… la tête. Reine d’Ecosse à sa naissance, Marie a émigré à l’âge de six ans en France, dont elle coiffe la couronne avant de s’en voir dépossédée à la mort précoce du roi François. Elle rentre alors dans une Ecosse ravagée par la guerre, épouse Lord Darnley qu’elle fait assassiner, puis lord Bothwell l’amour de sa vie. 

Rejetée par tous, elle demande de l’aide à sa cousine Elisabeth, qu’elle a toujours considérée comme une sœur jumelle à laquelle elle pouvait se confier. Mais Marie a n’a cessé de représenter, avec ses prétentions légitimes au trône anglais, un danger pour Elisabeth qui la fit enfermer pendant dix-neuf ans fans ses appartements, puis décapiter. 

Dans un monde dominé par les hommes, Thomas Imbach propose l’image d’une Marie anticonformiste, indépendante, à la fois naïve et idéaliste, refusant farouchement de se soumettre aux conventions ou aux règles de la société. Mue par la passion, elle n’obéit qu’à sa loi intérieure. Cette héroïne moderne est incarnée par une convaincante Camille Rutherford, actrice puissante et bilingue.

Le cinéaste, qui a notamment tourné au château de Chillon, séduit par ailleurs en se concentrant sur l’échange de lettres entre ces deux reines, deux rivales, deux "lionnes" qui ne se sont jamais rencontrées. Il donne ainsi une touche littéraire originale à sa Mary Queen Of Scots, tout en évitant le piège de la reconstitution souvent empesée dans le film en costumes.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 15 janvier.

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14/01/2014

Cinéma: "Yves Saint Laurent", un biopic qui craque aux coutures...

guillaume-gallienne-yves-saint-laurent[1].jpgLa vie du célèbre couturier, mort en 2008, ne semblait pas inspirer les cinéastes. Et voici que soudain, elle est portée par deux fois à l’écran, provoquant depuis deux ans une  "bataille des Saint Laurent". Avec un premier opus à l’affiche signé par Jalil Lespert, et un autre par Bertrand Bonello, actuellement en cours de montage.

Dans son biopic, Lespert nous emmène à Paris en 1957. Yves Saint Laurent, 21 ans seulement, succède à Christian Dior récemment décédé. Lors de son premier défilé, un triomphe, il rencontre l'entrepreneur  et patron des arts Pierre Bergé. Devenus amants et partenaires en affaires, les deux hommes créent trois ans plus tard la société YSL.

Pour incarner ses héros (photo), le réalisateur a choisi le comédien Pierre Niney, hallucinant et troublant de ressemblance avec le grand couturier, tandis que le talentueux Guillaume Galienne, nouvelle figure incontournable de la pellicule française, se coule dans le costume de Pierre Bergé. Bluffante, leur excellente interprétation constitue le grand atout de l’opus, sinon le seul.

Yves Saint Laurent, un film d’acteurs donc, devant lesquels le réalisateur est contraint de s'effacer par manque d'envergure. Sous couvert d’une intense et poignante histoire d’amour de cinquante ans entre deux personnalités diamétralement opposées, et au delà d’une reconstitution du climat de la France des années 60, Jalil Lespert a concocté une oeuvre sans souffle, sans rythme, dont les coutures craquent. 

A-still-from-the-new-Yves-Saint-Laurent-movie-2014[1].jpgQui s’intéresse à YSL n’apprend rien, qui ne le connaît pas ne peut mesurer l’importance de cet artiste qui, par son génie novateur, a révolutionné pour toujours le monde de la mode. Par ailleurs, tout en le réduisant à un créateur toxicomane, obsessionnel et dépressif, il peine à illustrer la souffrance et la déchéance d’un homme torturé, en proie à ses démons intérieurs.

Cette réserve, ce côté lisse en dépit de quelques scènes intimistes entre les amants qu’il veut érotiques et tendues, mais qui frisent parfois le ridicule, n’ont en réalité rien d’étonnant. Lespert a en effet reçu l’aval de Bergé, à qui il a donné le beau rôle. Pour le remercier en somme de lui avoir permis l’accès à l’atelier et le droit d’utiliser modèles de robes et dessins originaux. Un précieux soutien qu’il exploite hélas très mal.

Pour mieux cerner la douloureuse part d’ombre d’YSL, il faudra peut-être attendre l’adaptation de Bertrand Bonello, s’annonçant en principe plus sulfureuse, voire scandaleuse. Elle n’a pas l’approbation du mécène, très en colère de ne pas avoir été consulté au préalable. Il faut savoir que ce dernier détient le droit moral sur l’œuvre d’YSL, son image et la sienne propre.

L’auteur de L’Apollonide s’est plus particulièrement penché sur la période 1965-1976, pour montrer un homme professionnellement au sommet de sa gloire et de son art, mais qui, victime de ses tourments existentiels, va tomber sur le plan personnel. Cette version devrait sortir le 14 mai, jour de l’ouverture  du 67e Festival de Cannes. Simple coïncidence ?

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 15 janvier.

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08/01/2014

Cinéma: "Fruitvale Station" révèle un cinéaste et un acteur

fruitvale-station-de-ryan-coogler,M111027[1].jpgDe Sundance à Deauville en passant par Cannes dans Un Certain Regard, le premier film de Ryan Coogler, 27 ans, a trusté les récompenses. Un engouement  dont a également profité son acteur principal Michael B. Jordan.

Au matin du 1er janvier 2009, Oscar Grant, 22 ans, croise des policiers dans la station de métro Fruitvale de San Francisco. L’opus raconte les vingt-quatre heures précédant cette rencontre qui furent aussi les dernières du jeune homme, victime d’une funeste bavure.

Suite à un séjour en prison, Oscar revient dans sa famille, plus que décidé à marcher droit désormais. Bien qu’au chômage, il renonce à la vente de stupéfiants, bousille même volontairement un éros un paquet de cannabis et tente d’avancer dans la vie.

Après avoir fêté l’anniversaire de sa mère, Oscar, sa copine et une bande de potes prennent le train pour participer aux célébrations du nouvel an. Une bagarre entre un ancien codétenu provoque alors une intervention musclée des flics.

C’est d’ailleurs par cette scène que s’ouvre Fruitvale Station, où le réalisateur mêle des images de fiction à celles prises par un témoin avec son téléphone portable. Elles montrent l’interpellation brutale d’un groupe de jeunes Noirs par les forces de l’ordre jusqu’au moment où le drame éclate. Alors qu’Oscar est maintenu face contre terre, un policier l’abat d’une balle dans le dos. Une scène terrible, révoltante, portée au grand jour.

Et d’autant plus bouleversante que le cinéaste brosse le portrait d’un garçon attachant qui dealait parce qu’il était sans emploi et qui s’efforçait de se racheter une conduite, notamment par amour pour sa petite fille, comme en témoigne la touchante photo ci-dessus. Certes Oscar, tombeur à l’occasion, glandait aussi pas mal. Mais finalement s’était un un type bien, un innocent qui ne méritait pas une telle fin.

Ryan Coogler propose ainsi, quatre ans après, la reconstitution de ce fait divers tragique en hommage à Oscar Grant. On lui reprochera toutefois de rester dans le domaine du poignant, de l’émotion pure, des bons sentiments et du manichéisme. 

Par ailleurs, il se contente d’évoquer l'état d'une société américaine toujours aussi inégalitaire et ségrégationniste, au lieu de se livrer à une vraie réflexion politico-sociale sur le sujet. D’où, en dépit d'une bonne interprétation, une certaine perplexité face à l’enthousiasme parfois délirant que l’opus, se voulant engagé mais en fait peu original, a provoqué.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 8 janvier.

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Cinéma: "Le médecin de famille" évoque le sejour de Mengele en Argentine

ob_ec485a_medecin-de-famille-le-ok[1].jpgPour la deuxième fois, la cinéaste argentine Lucia Puenzo porte à l’écran un de ses romans. Après El Nino Pez, elle évoque, dans Le médecin de famille (Wakolda), le séjour du tristement célèbre criminel de guerre Josef Mengele dans une famille au pied des Andes.

Nous sommes en automne 1960. Eva, Enzo et leurs deux enfants partent pour la petite ville de Bariloche, au fin fond de la Patagonie  où ils ont l’intention de rouvrir l’hôtel où Eva a grandi. Sur la route, ils rencontrent un mystérieux étranger qui dit s’appeler Helmut Gregor et parle allemand. Tout comme Eva qui a fréquenté une école germanophone à Bariloche.

Premier client accepté, Helmut s’installe à l‘hôtel et s’intéresse particulièrement à Lilith, une fillette de 12 ans trop petite pour son âge, dont il affirme pouvoir soigner les troubles de croissance avec un traitement aux hormones. Et se passionne encore plus pour l'état d'Eva, sa mère, lorsqu’il apprend qu’elle est enceinte de jumeaux.

Tout d’abord séduite par le charisme, l'élégance, les manières, l'intelligence de l'inconnu, sans oublier son argent, la famille finit pourtant par se montrer réticente, à commencer par le père, et par comprendre qu’elle vit avec l’un des plus grands criminels de tous les temps.

Prétexte à la dénonciation d'un pays refuge de nombreux criminels nazis après la seconde guerre mondiale, au récit de la traque dont ils ont été l’objet, à l'évocation de la banalisation du mal, le film ne tient pas toujours ses promesses. Une réserve due au fait que l’opus oscille trop souvent entre la fiction historique, le drame familial psychologique et le conte fantastique sur fond de suspense. Qui trop embrasse…

Mais il faut reconnaître à la réalisatrice un certain talent à créer le malaise et une vague inquiétude en installant une atmosphère étrange, trouble, dérangeante autour de la figure de Mengele. Il est parfaitement incarné par Alex Brendenmühl (photo), un acteur catalan d’origine allemande, taillé sur mesure pour entrer dans la peau du monstre, obsédé par la génétique et recherché par le Mossad. 

Découvert dans la section Un Certain Regard à Cannes en mai dernier, Le médecin de famille réprésentera l’Argentine à la prochaine cérémonie des Oscars.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 8 janvier.

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07/01/2014

Cinéma: "Philomena", avec Judi Dench en émouvante mère courage

Philomena_1[1].jpgDans son dernier film basé sur une histoire vraie, Stephen Frears évoque le cruel destin de filles-mères prises en charge par des religieuses irlandaises, à travers l’histoire tragique de Philomena. 

En 1952, encore adolescente, elle tombe enceinte suite à une brève amourette et, rejetée par ses parents, est envoyée au couvent de Rosecrea où elle donne naissance à un garçon, Anthony. Mais astreinte à de durs travaux ménagers, elle n’a le droit de voir son bébé  qu’une heure par jour. A l’instar des autres jeunes pensionnaires.

Trois ans plus tard, c’est le drame que toutes redoutent. Anthony lui est brutalement enlevé pour être vendu à une famille américaine dans le cadre des adoptions organisées par l’institution religieuse. Après s’être acharnée vainement à le retrouver, Philomena rencontre par hasard, cinquante ans plus tard, Martin, un journaliste de la BBC fraîchement licencié à qui elle raconte son histoire. Opportuniste, il voit là un moyen de prendre sa revanche et la persuade de l’accompagner aux Etats-Unis à la recherche d’Anthony.

S’ils vont découvrir le parcours extraordinaire de ce dernier, leur voyage permet surtout au réalisateur de réunir deux personnages que tout sépare, mais qui s’apprivoisent  l’un l’autre au fil de leur enquête.  Avec  d’un côté la naîve, modeste et généreuse  Philomena, de l’autre le désabusé Martin, qui finit par être charmé et ému par cette anti-héroïne à la force de caractère peu commune.

Une œuvre atypique et un sujet casse-gueule qui avait tout pour tomber dans le pathos écoeurant. Un piège que contourne avec finesse Stephen Frears grâce à une mise en face simple, efficace, tout évitant de jouer les juges ou les moralistes face aux dérives de l'Eglise catholique. 

Sans oublier évidemment de s'entourer de deux excellents comédiens. Judi Dench se révèle particulièrement convaincante dans son rôle de mère courage toujours rongée par le chagrin et la culpabilité, mais digne et prête à affronter les situations les plus délicates. Elle donne la réplique à un Steve Coogan cynique, qui se bonifie logiquement au contact de cette femme à la foi inébranlable.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 8 janvier.

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25/12/2013

Cinéma: "The Lunchbox", une comédie épistolaire épicée à l'indienne

images[6].jpgDécidément le grand écran nous gâte pour Noël. Avec Le Loup de Wall Street, Tel père, tel fils, voici encore The Lunchbox, épicé à l’indienne.

Signée de Ritesh Batra, cette comédie raconte l’histoire d’amour improbable entre Ila, délaissée par son mari et Saajan, un veuf solitaire et grognon proche de la retraite. A son grand étonnement il commence à recevoir chaque jour de savoureux repas par le truchement d’un gigantesque service de livraison de Bombay.

Ils sont amoureusement préparés par la jeune femme dans l’espoir de reconquérir son homme. En retour, elle attend des compliments qui ne viennent pas. Et pour cause, puisque ses menus atterrissent sur le bureau de Saajan! Comprenant qu’une erreur d'acheminement s’est produite, Ila glisse dans la lunchbox un petit mot destiné à éclaircir le mystère. Aussi perplexe qu'intrigué, Saajan répond et c’est ainsi que naît une charmante intrigue romantico–culino-épistolaire.

Mais pas que. Tout en nous initiant à la préparation de plats nous mettant l’eau à la bouche, le réalisateur incarnant la nouvelle vague indienne, en profite pour se livrer à une réflexion sociale en nous montrant le quotidien des représentants de la classe moyenne de Bombay, au travail et chez eux.

Loin de la traditionnelle sauce bollywoodienne, il nous invite à goûter à un opus très prometteur, joliment sentimental, plein d'humanité, de saveur, d’humour, de sensibilité et de mélancolie.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 décembre.

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