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Sorties de la Semaine - Page 55

  • Cinéma: Le provocant Xavier Dolan envoie "Tom à la ferme". Gare au danger!

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    tom2-tt-width-604-height-400[1].jpgAvec son quatrième long-métrage, le talentueux réalisateur québécois de 24 ans, change de registre. Après  J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires et Laurence Anyways, il s’est lancé dans un thriller psychologique à la Hitchcok.

    Xavier Dolan (photo) en profite d'ailleurs pour adresser quelques clins d’œil au maître. Qu’il s’agisse d’une poursuite dans un champ de maïs rappelant celle de La mort aux trousses, ou d’une scène derrière un rideau de douche évoquant Psychose.

    Adapté de la pièce de théâtre éponyme de son compatriote Michel Marc Bouchard, Tom à la ferme raconte l’histoire d'un jeune publicitaire de Montréal, Tom donc, qui décide de se rendre dans une bèatisse paumée au fin fond de la campagne, pour assister à l’enterrement de son amant mort dans un  accident de la route. Mais rien ne se déroulant comme prévu, il ne tarde pas à se rendre compte que personne ne sait qui il est ni la nature de sa relation avec le défunt.

    Celui-ci l’avait en effet cachée au profit d’une liaison fantasmée avec une certaine Sarah, une amie de Tom. Ce dernier n’ose pas dévoiler la vérité, d’autant que Francis, le frère aîné de son compagnon disparu, lui ordonne de se taire pour protéger Agathe, la mère névrosée, ainsi que  l’honneur de la famille.

    Syndrome de Stockholm

    Dès lors s’installe entre les deux personnages une relation malsaine, aussi perverse que toxique. Pris au piège, Tom très fragilisé accepte de rester à la ferme. Jouant le fils de substitution d ‘Agathe à qui il continue à mentir, il se laisse surtout manipuler par Francis, un garçon violent et colérique, limite  psychopathe. Victime d’une sorte de syndrome de Stockholm, il s’attache même à son bourreau, faux symbole de virilité qui veut imposer sa loi.   

    Dans ce film à l’atmosphère sombre, étouffante, la tension monde et le malaise croit. On passe de la fascination aux mensonges, de la crainte à la séduction et à la brutalité, sur fond de deuil raté et d’homosexualité latente chez Francis.

    Selon Xavier Dolan pourtant, si elle est évoquée en filigrane, il n’en est pas question entre les deux protagonistes. Le cinéaste, qui se glisse en outre avec aisance dans la peau de Tom, s'attache  plutôt à la manière dont "ce rat des villes et ce rat des champs, deux animaux blessés, s’apprivoisent".

    En compétition à la dernière Mostra de Venise, Tom à la ferme a particulièrement séduit la critique qui lui a décerné son prix.  En revanche le jury présidé par Bernardo Bertolucci l’a ignoré. Dommage pour le provocant enfant prodige. 

    Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 16 avfril.

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  • Cinéma: "Tout est permis" pointe nos comportements coupables au volant

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    coline-serreau-sera-presente-ce-mardi-pour-la-projection-en_1646783_800x400[1].jpgLe documentaire est un genre que semble apprécier Coline Serreau (photo). Quatre ans après son pamphlet écologique Solutions locales pour un désordre global, elle y revient avec Tout est permis où elle nous emmène dans un stage de récupération de points. On y rencontre des conducteurs de tous les milieux sociaux qui racontent leurs expériences.

    D’où une série de témoignages édifiants ou provoquant le rire. Celui de cette femme qui éprouve du plaisir à accélérer brutalement avec sa puissante machine, de cet homme assurant ne pas téléphoner au volant, seulement répondre, ou encore de cet autre qui perd son permis vingt minutes après l’avoir récupéré… Mais il y en a de plus dramtiques évidemment.

    Aux récits des automobilistes fautifs, souvent récidivistes, inconscients et de mauvaise foi s'insurgeant  contre les radars bouffeurs de fric et de points, des avocats qui blâment le système, répondent en les contredisant des éducateurs, des professeurs de médecine, des animateurs, ou des victimes d’accidents graves qui leur ont bousillé l’existence.

    C’est à la fois intéressant, révélateur, tant Coline Serreau, qui a elle-même participé à ce genre de stage, sait mettre le doigt sur nos comportements coupables en voiture. Mais formellement c’est faible et l’ensemble a davantage sa place à la télévision que dans une salle de cinéma. Encore que cette promotion pour la sécurité routière, en dehors de statistiques très parlantes et d'images chocs, souffre de sa longueur et de son filmage paresseux pour retenir jusqu’au bout l’attention de n’importe quel spectateur. 

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 mai.
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  • Cinéma: "Recycling Lily" se moque d'une Suisse propre en ordre. Laborieux

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    bb3f48bb5bb6775b72d2217463a1a1836a887b02[1].jpgDans ce village suisse alémanique on ne plaisante pas avec les ordures ménagères, qui sont ramassées  entre 6h et 7h. Ni avant, ni après. L’inspecteur de la voirie Hansjörg Stähli veille jalousement sur le tri sélectif,  tout en donnant des cours de sensibilisation au recyclage, deux  missions capitales dont il s’acquitte avec rigueur. 

    Mais ne voilà-t-il pas qu’un vandale se met à semer des sacs et des sacs de détritus dans la nature. De quoi  perturber gravement l’univers de notre homme, obnubilé par sa fonction et les règles strictes qu’elle implique. Jusqu’au jour où il découvre que ce dangereux terroriste n’est autre qu’Emma, la fille de Lily, une serveuse dont il est secrètement amoureux. Mais la situation se complique car Lily est une entasseuse compulsive, vivant parmi des monceaux de déchets qu’elle ne cesse d’amasser et dont Emma cherche à se débarrasser. 

    Recycling Lily est signé de Pierre Monnard, publiciste lausannois souvent récompensé pour ses courts-métrages et ses clips musicaux, qui a grandi à Châtel-Saint-Denis, étudié le cinéma en Angleterre et vit aujourd’hui à Zurich. L’idée de son premier long-métrage est parti du portrait d’un inspecteur de la voirie à Bâle lu dans la presse et de la découverte de la syllogomanie, ou accumulation pathologique d’objets divers. Une névrose propice à faire régner le chaos au pays du propre en ordre. 

    Et surtout matière à en rire. En soi, vouloir se moquer d’une Suisse obsédée par la propreté et autres psychoses est séduisant. Mais encore faut-il maîtriser son sujet et ses clichés. Ce que ne réussit guère Pierre Monnard dans cette laborieuse comédie, où on retiendra surtout le côté visuel avec ses couleurs acidulées façon années 70.

    Pour le reste, non seulement la plupart des personnages imaginés sont ridicules, mais leurs interprètes sont mauvais. De la tête d’affiche Bruno Cathomas (photo) au malheureux Romand d'occasion Claude Blanc, pathétique dans ses débuts cinématographiques. Seule la petite Luna Dutli (Emma) parvient à tirer un peu son épingle du jeu.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès le 7 mai.



     

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  • Cinéma: "Two Men In Town", avec Forrest Whitaker entre damnation et rédemption

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    la-voie-de-l-ennemi[1].jpgAvec Two Men In Town (La voie de l’ennemi) deuxième volet, après Just Like A Woman, de sa trilogie consacrée aux relations entre les Etats-Unis et le monde arabe, le réalisateur maghrébin Rachid Bouchareb propose un remake de Deux hommes dans la ville (1973), vibrant plaidoyer contre la peine de mort de José Giovanni, où Alain Delon et Jean Gabin tenaient les rôles principaux.  

    Là, c’est Forrest Whitaker (l’ancien gangster William Garnett) qui donne la réplique à Harvey Keitel (le shérif Bill Agati). Garnett vient d’être libéré sur parole après avoir passé 18 ans derrière les barreaux pour le meurtre d’un flic. Alors qu’il tente de reprendre une vie normale avec l’aide de l’agente Emily Smith (Brenda Blethyn) chargée des mises à l'épreuve, il se heurte à l’irrépressible désir de vengeance du shérif, qui veut lui faire payer cher la mort de son adjoint et n'a de cesse de le voir replonger. 

    Tout en montrant la fragilité de la réinsertion d’un ex-taulard, Rachid Bouchareb étoffe son portrait. Garnett s’est converti  à l’islam en purgeant sa peine. La bague à l’étoile et au croissant musulmans au doigt, son tapis de prière sous le bras, il s’est forgé une nouvelle identité. Mais celle-ci, tout comme son aspiration à une existence poaisble en saisissant cette deuxième chance offerte et la relation qu’il noue avec une jeune femme ne pèsent pas lourd face au harcèlement du très rancunier Bill Agati. Sans oublier un vieux complice qui vient le relancer.

    L’action s’étire lentement dans la chaleur accablante, la poussière et l’aridité des paysages désertiques du Nouveau Mexique. Un décor de western, prétexte à de magnifiques images pour ce polar à la fois noir et contemplatif, qui vaut surtout par la prestation des acteurs.

    A commencer par Forrest Whitaker, excellent dans ce personnage qui, entre damnation et rédemption, lutte pour contenir sa rage et sa violence. Brenda Blethyn se montre également convaincante en policière intransigeante, dure mais éprise de justice. Quant à Harvey Keitel, un rien rassis sur les bords, il fait correctement son boulot. En revanche, on peine à croire à l’histoire d’amour  de Garnett, tandis que sa conversion en principe importante, apparaît curieusement plus que secondaire dans le traitement sans enjeu que Bouchareb lui réserve.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 7 mai.

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  • Cinéma: avec "Apprenti gigolo", John Turturro mise sur les inimitables bavardages de Woody Allen

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    19421449.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgVoir Woody Allen jouer chez les autres est peu commun. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il en profite pour mettre son grain de sel. Comme dans Apprenti gigolo où John Turturro, l’acteur fétiche des frères Coen se retrouve aussi devant et derrière la caméra. En l’occurrence, il incarne Fioravante, un fleuriste dans la dèche qui demande à Murray (Allen) son ami libraire tout aussi fauché que lui, de devenir son mac.

    Et nos deux copains de se lancer dans le business sans en maîtriser les codes. Mais cela n’empêche pas Fioravante de séduire des dames très différentes, non par son physique mais par sa gentillesse, sa sensibilité, son comportement délicat, attentionné.

    On retrouve ainsi parmi ses clientes la belle Sharon Stone en dermatologue en quête d’amour, Sofia Vergara en plantureuse extravertie, ou Vanessa Paradis en veuve hassidique plus qu’improbable, mais pour la première fois dans un film américain.

    Atmosphère jazzy pour cette modeste comédie se voulant touchante, qui surfe sur l’humour juif new-yorkais et mise sur les inimitables bavardages de Woody Allen pour enlever le morceau. Certes l’idée est plutôt sympathique, mais le film souffre d’un scénario limité et d’un singulier manque de rythme. Du coup l’hommage de l’élève Turturro au maestro peine à convaincre.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 avril  

     

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  • Cinéma: un "Barbecue" indigeste avec Lambert Wilson déguisé en beauf!

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    images[4].jpgDécidément, on ne sort pas des comédies de potes franchouillardes. Mais on ne pensait pas y rencontrer l’élégant et raffiné Lambert Wilson. Le voici pourtant en tête d’affiche dans Barbecue, un titre aussi beauf que le contenu du film signé Eric Lavaine, déjà auteur de navets genre Bienvenue à bord ou Poltergay.

    L'acteur y tient le rôle d’Antoine. Un homme qui, outre courber l’échine, se montrer attentif envers sa famille et ses amis, s’est efforcé de vivre sainement toute son existence. Mais à 50 ans, il est terrassé par un infarctus lors d’une course à pied.

    Sorti de l’hôpital il décide, face à la cruauté du sort, de changer radicalement de régime, privilégiant désormais la bonne bouffe, le bon vin, la clope et les vacances avec ses copains de trente ans à qui, au risque de déplaire, il n’hésite plus à dire leurs quatre vérités.

    L’essentiel de Barbecue se déroule donc dans une superbe maison avec piscine au cœur des Cévennes. Se retrouve, autour du séduisant quinqua, un groupe disparate formé de sa femme, simple pièce rapportée, de deux divorcés en pétard, d’un cabochard chiantissime, d’une blonde à une neurone, d’un psycho-rigide au  bord de la faillite et d’un gentil garçon genre boulet proche du crétinisme.

    Dans la peau de ces individus avec qui on ne passerait pas cinq minutes, l’inévitable Franck Dubosc, l’agaçante Florence Foresti, l'exaspérant Guillaume de Tonquédec. Sans oublier Lionel Abelanski, Jérôme Commandeur, ou encore Sophie Duez. Ne reste plus au réalisateur qu’à tirer les grosses ficelles pour livrer une comédie indigeste et caricaturale, aux dialogues paresseux et aux règlements de comptes poussifs.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 avril.
     

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  • Cinéma: "Pas son genre", une irrésistible romance sur fond de fossé culturel

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    356306.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgPour Clément, élégant romancier et prof de philo, il n’y a que Paris au monde. La province, même proche, c’est la brousse. Aussi apprend-il avec consternation son affectation pour un an à Arras, où il pense s’ennuyer comme un rat mort. Et puis il rencontre par hasard Jennifer, une ravissante coiffeuse faite au moule. 

    Aussi prétentieux que charmeur, un peu lâche avec ses conquêtes, Clément répugne à s’engager, tandis que la pétillante, souriante et vibrante Jennifer est prête à tomber amoureuse. Ils entament alors une relation improbable en raison de leurs centres d’intérêts diamétralement opposés. Kant et Proust pour ce fils d'intellos bobos un rien inapte au bonheur, Anna Gavalda, magazines people, comédies romantiques et soirées karaoke en compagnie de deux copines pour cette mère célibataire, issue d’un milieu modeste.

    Avec ce film, adapté d’un livre de Philippe Vilain, Lucas Belvaux signe une histoire d’amour  apparemment asymétrique en forme d’originale romance psycho-socio-réaliste sur ces êtres incompatibles, aux antipodes l’un de l’autre. Evitant les pièges du genre, il joue subtilement avec les clichés. Rappelant évidemment La dentellière, le gros succès de Claude Goretta, Pas son genre est un petit bijou à l'éclat rehaussé par la remarquable prestation d’Emilie Dequenne et de Loïc Corbery, sociétaire de la Comédie-Française. De passage à Genève, le réalisateur belge nous en dit plus.

    belvaux[1].jpg-Vous nous proposez là un premier film sentimental assez atypique dans votre parcours.

    -C’est vrai, mais je sortais de trois films très noirs, lourds et j’ai été attiré par le sujet en entendant une journaliste parler à la radio du roman de Philippe Vilain. J’y suis resté à la fois fidèle tout en me montrant fifférent. L’auteur racontait l’histoire du point de vue de l’homme et j’ai voulu remettre la femme à égalité, pour que le spectateur ne la voie pas uniquement à travers ses yeux à lui.

    -Ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas d’un ménage à trois ou d’un adultère, comme dans pratiquement chaque opus du genre. Ils sont tous les deux libres

    -Oui, pour moi c’était primordial. Il n’y a pas non plus le poids de la religion. En principe rien ne vient contrecarrer leur amour à part la barrière culturelle. 

    -Ce fossé passe notamment par la littérature. Chacun a envie que l’autre s’intéresse à ce qui le passionne. 

    -Cela arrive. Ils viennent en quelque sorte se nourrir mutuellement, mais sans essayer de se changer.

    -Finalement, le plus philosophe des deux n’est peut-être pas celui qu’on croit.

    -Peut-être. Encore que Jennifer n’en soit pas une à proprement parler. Elle a une éthique. Elle construit sa vie et s’y tient. Elle transforme son univers, refuse de se laisser aller, colore le gris, rend son cops plus attirant. Elle doit se battre pour tout mais ne se plaint pas. Elle est digne.

     -De qui vous sentez-vous le plus proche ?

    -Des deux. Je viens de son monde à elle et je vis dans son monde à lui. J’aime ce qu’il lit, mais je ne comprends rien à la philo..
     
     -Vous avez fait appel à de formidables acteurs. A commencer par Emilie Dequenne, qui se révèle de surcroît excellente chanteuse dans les scènes de karaoke.

    -Je  la trouve encore mieux que ce que je  pouvais espérer, voire imaginer. Je me demande pourquoi elle ne tourne pas davantage. Emilie fonctionne comme un phénix. Elle se consume à chaque rôle, disparaît pour créer un personnage puis réapparaît différente.

    -C’est bien à cela qu’on reconnaît les grands acteurs. 

    -Effectivement. Les grands le sont à la fois dans le jeu et dans le don. Le jeu c’est ce qu’ils maîtrisent, le don, c’est ce qui leur échappe, la générosité, la confiance qu’ils ont dans le réalisateur.
     
    -Deux mots sur Loïc Corbery qui a désormais rejoint la famille du cinéma?
     
    -Je l’ai déniché  lors d’un casting.  Il correspond parfaitement à ce que je cherchais. Un beau gosse qui n’a pas besoin de séduire. Et qui peut lire des textes de Beaudelaire ou Giono de façon naturelle pour être crédible dans son rôle de prof. Mais ce n’est pas très étonnant pour un  acteur de théâtre aussi doué. Pendant qu’on tournait, il jouait Don Juan. Ce qu’il est absolument à mon avis.

    A noter que Loïc Corbery incarne actuellement un Alceste déprimé et bougon dans "Le Misanthrope" de Molière, mis en scène par Clément Hervieu-Léger- Comédie-Française, salle Richelieu, Jusqu’au 20 juillet.

    Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 avril.

     

     

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  • Cinéma: "Tokyo Family", l'hommage au chef-d'oeuvre d'Ozu "Voyage à Tokyo"

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    images[9].jpgShukichi et Tomiko Hiramaya, un vieux couple japonais vivant dans la région d’Hiroshima vont rendre visite à Tokyo, peut-être pour la dernière fois, à leurs trois enfants qu’ils n’ont pas vus depuis longtemps.

    Ils tombent mal, car ces derniers ont leur vie, leurs obligations, leurs problèmes et pas trop de temps à consacrer à leurs parents. Ils leur offrent alors un séjour dans un bel hôtel au bord de la mer. Mais les Hiramaya s’ennuient après une nuit et décident de revenir en ville où ils se retrouvent bien seuls. 

    Avec Tokyo Family, Yoji Yamada rend hommage à son maître Yasujiro Ozu en réalisant un remake de son chef- d’œuvre Voyage à Tokyo, sorti en 1953 et sur le tournage duquel il fut jeune assistant. Une adaptation très fidèle bien que contemporaine, située après la catastrophe de Fukushima.

    Tout en utilisant beaucoup les portables, GPS ou autres technologies modernes, on retrouve la même situation familiale, les mêmes personnages, à l’exception du fils cadet mort à la guerre chez Ozu, la même trame, les mêmes thèmes comme la mort ou les conflits de générations chers à l’illustre aîné. Le fossé s’est d’ailleurs encore creusé et l’avenir se révèle toujours plus incertain.

    L’esthétique étant également proche de celle d’Ozu, Yamada livre indéniablement un bon film à la mise en scène classique, dont on salue aussi l’interprétation. On ne peut toutefois s’empêcher de se demander si cette version moderne d’une œuvre, souvent considérée comme l’une des meilleures de l’histoire du cinéma, était véritablement utile.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès le mercredi 23 avril.  

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  • Cinéma: "Dans la cour" avec Catherine Deneuve au bord de la déprime

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    cour[1].jpgUn film avec Catherine Deneuve en tête d’affiche ne laisse jamais indifférent. Après avoir joué la fugueuse sexagénaire dynamique et avide de liberté chez Emmanuelle Bercot dans Elle s’en va, la voici vedette de Dans la cour, une comédie sur la dépression et la solitude signée Pierre Salvadori.

    Elle apparaît en femme fragile qui perd gentiment les pédales. Un rôle auquel elle ne nous avait pas habitués. Mais après cinquante ans de carrière, elle n’a pas peur de casser son image, ainsi qu’elle l’a confié dans une interview au Téléjournal. Pour autant qu’elle l’ait redouté un jour.

    Face à elle, Gustave Kervern, réalisateur débarqué de Groland. C’est un attelage peu commun, voire contre-nature qu’a formé là Pierre Salvadori. Dun côté elle, comédienne hors-norme, phénomène de longévité qui ne se voit pas arrêter de tourner, "icône à 70 ans" a récemment titré le New York Times Magazine comme le rappelle Télérama. De l'autre lui, acteur bourru à la barbe broussailleuse, aux cheveux même rares en bataille, à la tête d’ours et au physique ingrat.

    Là il incarne Antoine, la quarantaine bien tapée, musicien au bout du rouleau qui met brusquement fin à sa carrière. Après quelques jours à errer et à chercher un boulot, il décroche celui de concierge dans un vieil immeuble de l’est parisien. C’est là qu’habite Mathilde, fraîchement retraitée, impliquée dans la vie associative et attentive à ses voisins.

    Mais la fantasque et déraisonnable Mathilde est très stressée par les nouvelles qu’elle lit dans les journaux. Et quand elle découvre une fissure dans le mur de son salon, son inquiétude latente vire à l’angoisse proche de la panique à l’idée que la maison pourrait s’effondrer. Antoine, qui s’était immédiatement senti des affinités avec  cette femme rencontrée en prenant ses fonctions, développe un sentiment d’amitié. Dépressif lui-même, animal blessé accro à la drogue, il craint de la voir sombrer dans la folie.

    Cette fissure qui s’agrandit est évidemment symbolique de l’état de ces deux personnages cabossés, mais pas seulement. La cour de l’immeuble, où s’agite une brochette de fêlés est aussi le reflet d’une société française soignant sa déprime, son anxiété et son mal-être à grands coups d’antidépresseurs.  

    Tout cela donne une comédie à la fois drôle, noire, mélancolique, oscillant entre légèreté et gravité. A l’image de ses deux personnages principaux attachants et touchants, elle donne souvent dans le burlesque, antidote à la réelle détresse ambiante.

    Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 23 avril.

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Cinéma: "Le démantèlement", ou l'amour paternel au centre d'un mélodrame rural

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    arton4095[1].jpgVieux berger veuf élevant seul ses moutons dans la Belle Province, Gaby résiste tant bien que mal à la crise économique qui pousse peu à peu les paysans du coin à vendre leurs propriétés aux enchères. Mais en dehors de sa ferme, sa raison de vivre, il aime infiniment ses deux filles, parties vivre à Montréal.

    Du coup, elles ne viennent pas le voir autant qu’il le souhaiterait. La cadette est artiste tandis que l'aînée, mère de famille sur le point de divorcer est empêtrée dans des problèmes financiers.

    Lorsqu’elle est menacée de perdre sa maison, elle demande à son père de l’aider. Sans hésiter Gaby à se décide de se défaire de tous ses biens, de l’habitation au troupeau, et de quitter ses grands espaces pour aller vivre dans un petit appartement en ville.

    Inspiré d’un classique de la littérature française, Le père Goriot de Balzac, ce mélodrame rural tirant vers le western à la John Ford, séduit par la beauté de sa photo, la simplicité de son récit et la volonté de l’auteur Sébastien Pilote de ne pas céder au pathos et au misérabilisme. Au point d'ailleurs d'en être parfois un peu sec.

    Traitant de la générosité, de l’abnégation de l’amour paternel total sur fond de tradition et de transmission, tout en surfant sur le réalisme social en évoquant la fin d’une époque, le film est porté de bout en bout par le comédien Gabriel Arcand (Photo avec Sophie Desmarais).

    Il se montre particulièrement convaincant en patriarche taciturne et introverti, se sacrifiant pour son enfant sans état d’âme. Il est entouré d’acteurs secondaires, dont le volubile Gilles Renaud, qui contribuent par leur naturel à la réussite de ce Démantèlement. On lui reprochera tout de même une certaine lenteur et quelques inutiles longueurs.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 avril.

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