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08/12/2012

Sortie cinéma: avec "Tango libre", l'impossible devient possible

w_131_729008_affiche_t[1].jpgGardien de prison, JC ne se permet qu’une fantaisie pour pimenter son morne quotidien. Il prend des leçons de tango. Un soir au cours, il danse avec Alice et la revoit le lendemain au parloir. D’abord avec un détenu, puis avec un autre. Alice est la femme de deux hommes, Fernand et Dominic. JC n’a pas le droit de fréquenter la famille des prisonniers. Mais pour la première fois, il va violer le règlement.

Plein de folie et d’irrationnel, se déroulant en majorité dans un pénitencier utilisé comme une allégorie, Tango libre parle d’amour, d’exclusivité, de rivalité entre hommes, d’homosexualité latente. Il raconte l’histoire d’un homme qui n’a pas de vie. Il rencontre une femme qui en a trop, l’amène à transgresser tout ce qu’il était et le pousse à tenter autre chose.

C’est le troisième volet d’une trilogie signée de Fréderic Fonteyne, commencée en 1999 avec Une liaison pornographique et poursuivie par La femme de Gilles quatre ans plus tard. De passage à Genève, le cinéaste belge dit réaliser des films pour aller, comme ses personnages, voir ailleurs qu’en lui-même, pour découvrir les autres et leur univers. Mais aussi pour les retrouver.

Tango libre est donc né d’une volonté de retravailler avec Sergi Lopez et Jan Hammenecker, de la rencontre avec sa compagne et co-scénariste Anne Paulicevich, au centre du récit, de son envie de collaborer depuis longtemps avec François Damiens dans le rôle du timide maton amoureux. "J’ai des liens avec tous les personnages du film. Si l’un d’eux avait refusé, il n’aurait jamais existé. Pour autant ce n'est une affaire de potes, mais de famille".

Pourquoi  baser l’intrigue sur le tango?

Pour plusieurs raisons. La tango est plus qu’une danse. Proche du cinéma il se révèle magnifiquement  énergique, est à la fois un combat et un moyen de communiquer entre un homme et une femme. Là, je l’utilise comme une métaphore de l’amour tout en remontant à ses origines. En Argentine, il y avait alors plus d’hommes que de femmes. Et pour avoir la chance de danser avec une femme, ils étaient obligés de s’entraîner entre eux.

D’où ces scènes pour le moins insolites où les détenus se mettent à danser entre eux.

C’était une façon de laiser entrer quelque chose de féminin dans un univers masculin, une forme de provocation, de révolte face aux gardiens. Si je montre le monde tel qu’il est, c’est un monde impossible. Et je veux montrer qu’il est possible de se libérer d’un endroit impossible, en allant contre les règles. Pendant quelques secondes, les prisonniers oublient qu’ils sont enfermés. Et je trouve beau que la libération vienne du tango.

Vous êtes plutôt rare à l’écran. Pourquoi cette parcimonie?

D’abord pour une raison simple, cette histoire a pris beaucoup de temps. Par ailleurs le cinéma n’est pas la seule chose importante pour moi. J’écris, même si je ne publie pas, j’étudie la Bible en hébreu, je m’intéresse aux paradoxes de la vie, je m’interroge. Notamment sur l’utilité d'un film de plus alors qu’il en sort déjà beaucoup. Tango libre m’a heureusement permis de repartir sur mes bases. Aujourd'hui j’ai même deux projets. Mon travail sert à continuer à me questionner et à trouver éventuellement des formes de réponse.

Film à l’affiche dans les salles romandes depuis mercredi 5 novembre.

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05/12/2012

Sortie cinéma: "Trois mondes" fait basculer trois univers

trois-mondes-250512[1].jpgD’origine modeste, Al a grimpé les échelons et tout lui sourit. Jeune et beau, ce vendeur de voitures va épouser la fille du patron qui le propulse à la tête de l’entreprise. Et puis une nuit, après une soirée trop arrosée avec deux amis d’enfance, sa vie bascule. Il renverse  un piéton et, poussé par ses potes, s’enfuit lâchement, abandonnant le blessé.
 
De sa fenêtre, Juliette a vu l’accident et va tout faire pour aider Vera, la femme de la victime, à retrouver le chauffard. De son côté, ce dernier, hanté par sa lâcheté, hésite à se dénoncer.

En dépit de certaines invraisemblances, de situations téléphonées et de dialogues improbables, le film se laisse voir pour son thème traitant avant tout de la culpabilité et pour la qualité de ses comédiens, dont l’excellent Raphaël Personnaz au look Delon,  Clotilde Hesme (photo)et Arta Dobroshi.

Ce drame, construit comme un polar, est signé de la réalisatrice française Catherine Corsini qui le présentait en mai dernier à Cannes dans la section Un certain regard.

"J’ai eu envie de confronter trois univers qui se tournent autour, qui se croisent et s’entrechoquent », explique la réalisatrice. "Celui d’un fils de femme de ménage en pleine ascension sociale,  d’une étudiante en médecine  avec des états d’âme, complètement désemparée, prisonnière de sa bonne conscience et d’une jeune Moldave sans papier à qui on a tout pris et qui exprime son trop-plein de souffrance".

Trois mondes est traversé par les dilemmes moraux de vos personnages, mais surtout par celui qui ronge ce jeune commercial, meurtrier par accident que joue Raphaël Personnaz.

Effectivement, c’est mon héros, celui auquel on s’identifie, celui qui nous fait nous demander ce qu’on ferait confronté à la même situation, comment on vit avec cette culpabilité. Comment ça se passe, pourquoi on n’a pas le courage de s’arrêter après avoir renversé quelqu’un, comment on tente d'oublier. Ce sont des questions importantes dans notre société, qui nous interpellent, qui nous concernent tous. J’ai rencontré un commissaire de police qui lui-même m’a dit qu’il ne savait pas  d quelle manière il se comporterait dans une telle circonstance.

Les acteurs principaux sont tous jeunes

Je n’ai en effet voulu que des trentenaires, pour me réveiller, me booster, me rajeunir. Par ailleurs cela correspondait  bien au film. Je crois au déterminisme social et je trouve  que non seulement ils se ressemblent, mais chacun pourrait être à la place de l’autre

Film à l'affiche dans les salles romandes dés mercredi 5 novembre.

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Sorties cinéma: "Sagrada" célèbre le génie et la folie de Gaudi

sagrada_web_poster1[1].jpgAu cœur de Barcelone s’élève lentement la Sagrada Familia, spectaculaire et démesuré projet du célèbre et contesté architecte Antonio Gaudi. La biographie du bâtiment, dont la construction a débuté en 1882 mais avance au pas de tortue, constitue le point de départ de Sagrada-le mystère de la création, le documentaire du Suisse Stefan Haupt, fasciné par l’histoire des hommes et des choses.

Aujourd’hui, l’argent  généré par le tourisme permet de poursuivre les travaux de cette cathédrale loin d’être terminée. Mais que restera-t-il  de la folie et du génie de Gaudi ? C’est cette question assortie de beaucoup d’autres sur le concepteur, ses motivations, celles de ses successeurs passés et présents qui espèrent voir l’ouvrage achevé un jour, que pose le cinéaste.

Pourquoi, comment construire de tels édifices aujourd’hui? Des témoignages de collaborateurs, du chef architecte Jodi Bonet aux artisans et ouvriers de divers corps de métier, en passant par un sculpteur japonais ancien bouddhiste converti au catholicisme, viennent nourrir et éclairer le sujet.

Culture et football étant les deux mamelles de Barcelone, Stefan Haupt  eu l'idée d'insérre quelques images des fans du Barça fêtant une victoire, au milieu de sa réflexion sur notre présence sur terre, son but et la force créatrice de l’homme. Un mélange qui n’est pas des plus heureux.

Les mondes de Ralph ou comment devenir le héros d’un jeu vidéo

20271941.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDans un tout autre genre, Rich Moore propose un long-métrage d’animation où il raconte l’histoire de Ralph, personnage détesté, parce qu’il casse tout, d’un jeu vidéo des années 80. Et dire qu’il ne rêve au contraire. que d'amour et de reconnaissance.

De son côté, Vanellope Van Schweetz évolue dans un jeu de course uniquement composé de sucreries. Mais comme elle est une erreur de programme, la gamine est interdite de compétition et rejetée elle aussi. 

Les deux parias n’auraient jamais dû se rencontrer, mais c’est pourtant le cas. Ralph décide de s’évader et de passer de jeu en jeu pour atteindre son objectif: devenir ce héros admiré et aimé de tous. A l’intention des amateurs du genre, à partir de trois ans. Pour les autres, ça fait surtout du bruit!

Films à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 5. novembre

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04/12/2012

Sorties cinéma: "La mort en douce" avec Brad Pitt dans la peau d'un tueur

brad-pitt-killing-them-softly[1].jpgUne partie de poker est braquée et le monde de la pègre s’en trouve menacé. Les caïds mafieux font alors appel à Jackie Cogan pour trouver les coupables. Mais il va avoir du mal à contrôler une situation qui ne cesse de dégénérer.

Killing Them Softly (La mort en douce) du Néo-Zélandais Andrew Dominik, l’un des prétendants à la palme d’Or en mai denier à Cannes, est adapté d'un roman de V.Higgins. Il s’agit d’un film de gangsters classique, auquel s’ajoutent des connotations politiques
 
Alors que l’intrigue se situe dans les années 70, le réalisateur, qui navigue un peu laborieusement entre Cohen et Tarantino, l’a transposée en 2008, l’année de l'élection d'Obama, mais surtout de la crise financière qui a ébranlé le monde. Et qui a eu du coup des incidences sur les organisations criminelles.

Brad Pitt se glisse dans la peau du tueur pour ce polar noir parcimonieusement éclairé, très bavard, racoleur, où l’argent est plus que plus que jamais le nerf de la guerre, où oeuvrent sans état d’âme des exécutants cyniques aux ordres de commanditaires âpres au gain, et où la plupart des scènes-clés se déroulent dans des voitures, souvent à l'issue de rodéos filmés à grands renforts de ralentis. Certains ont tendance à le comparer à Drive. Mais plutôt ennuyeux, La mort en douce est loin de la fascination exercée par le brillant métrage de Nicolas Winding Refn. Et Brad Pitt beaucoup moins sulfureux que Ryan Gosling.

End Of Watch, le travail de deux flics au quotidien

end_of_watch_affiche_francaise-500x681[1].jpgAutre drame policier où on suit deux flics anticonformistes au quotidien. Avec son coéquipier et ami Mike Zavala, l’officier Brian Taylor patrouille dans le dangereux quartier de South Central à Los Angeles. Tout en filmant ce qui s’y passe pour les besoins d’un documentaire qu’il veut présenter dans son cours de cinéma.

Mike va être père et Brian a une nouvelle femme dans sa vie. Ce qui ne les empêche pas de jouer les braves et les têtes brûlées, sauvant des enfants prisonniers d’une maison en feu ou s’attaquant aux gangs des rues. Mais aussi aux puissants barons de la drogue. L’opération de trop et la nécessité impérieuse de surveiller encore davantage leurs arrières.

Si on ne peut reprocher à David Ayer un manque de réalisme, on regrettera en revanche, outre une violence complaisante, une absence de regard  sur le milieu où ses personnages évoluent et les situations dramatiques qu'ils affrontent. Mais Jake Gyllenhaal et Michael Pena font plutôt bien le job.

Una Noche, plongée dans la vie de la jeunesse à La Havane

Raul n’a qu’un rêve. Echapper à sa sordide existence pour rallier Miami, ville mythique à la fois  si proche et si lointaine. Pour l’heure, il travaille dans la cuisine d’un restaurant, vole des médicaments  pour sa mère malade et se démène pour qu’elle n’ait plus à se prostituer pour manger. Rentrant à la maison, il la trouve au lit avec un touriste et assomme l’homme.

r-UNANOCHE-large570[1].jpgRecherché par la police, il tente de convaincre son ami Elio de tout abandonner et de construire un radeau pour traverser les 90 miles qui les séparent de l’Eldorado. Mais Elio a une soeur jumelle, Lila, seule personne avec qui il partage des instants de bonheur. Elle ne supporte pas l'idée qu'il veuille la quitteret décide de s’enfuir avec les deux garçons. 

Tourné à la Havane, Una Noche révèle des acteurs non-professionnels qui étonnent par la maîtrise de leur jeu. Signé Lucy Mulloy, l’opus plonge sans concession au cœur de la vie de la ville, pour brosser avant tout le portrait d’une jeunesse devenue tellement indifférente à la révolution qu’elle en a perdu toutes ses illusions.

Pour la réalisatrice, l’intérêt consistait à explorer l’évolution des personnages et non de dire aux gens ce qu’ils doivent penser de Cuba. Ce qu’elle nous en montre ne nous atteint pas moins à la façon d’un coup de poing.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 5 novembre.

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Sortie cinéma: "Anna Karenine", le choix du coeur

movies_annakarenina[1].jpgDepuis 1911, le chef d'oeuvre de Tolstoï a déjà connu sept adaptations cinématographiques, dont deux avec la grande Greta Garbo en 1927 et 1935 et une avec Vivien Leigh en 1948. Joe Wright s’est attelé à une huitième Anna Karenine, pour une nouvelle collaboration avec la ravissante Keira Knightley (photo), après Orgueil et préjugés et Reviens-moi.

Dans la Russie de 1874 Anna, mariée à Alexis Karenine, puissant haut fonctionnaire du gouvernement, mère d’un fils qu’elle adore, reçue dans la bonne société, mène à Saint-Petersbourg une existence tranquille et enviable que rien ne semble devoir bouleverser. Le destin en décidera autrement.

Recevant une lettre de son frère Oblonski, impénitent coureur de jupons qui la supplie de venir sauver son mariage avec Dolly, elle se rend à Moscou. Lors d’un bal, Anna tombe amoureuse du comte Vronski, joli officier de cavalerie, brisant au passage le cœur de Kitty, la sœur cadette de Dolly. N’ayant elle aussi d’yeux que pour Vronski, elle vient de refuser la demande en mariage du bien terne et timide Levine, un propriétaire terrien.

Tentant de résister, Anna rentre à Saint-Petersbourg. Mais Vronski la suit et les jeunes gens décident de vivre leur relation au grand jour. Faussement scandalisée, l’aristocratie locale se range du côté du malheureux Karenine, tandis qu’Anna, coupable d’avoir violé les règles, devient une paria. L’amour de Vronski n’y résistera pas.

Sur un scénario classique de Tom Stoppard, le réalisateur Joe Wright a parié sur une vision très personnelle du roman, où Tolstoï révélait l’hypocrisie d’une société obsédée par le paraître. Misant sur l’artifice d’une noblesse en représentation, il a imaginé une action se déroulant partiellement dans un théâtre. Visuellement magnifiques, les scènes se jouent devant de somptueux décors et paysages peints. Les costumes sont superbes et les comédiens se déplacent dans les coulisses au milieu des cordes et des accessoires.

Un parti pris intéressant, sinon audacieux, mais pas toujours convaincant et qui va sûrement déplaire aux fans du livre désorientés par cette mise en abyme. Notamment lors de séquences bouffonnes où certains personnages frisent le ridicule. Par ailleurs le cinéaste mêle plusieurs histoires que le temps du cinéma, qui n'est pas celui de l'écrit, rend complexe.

On est en revanche séduit par l‘interprétation de Keira Knightley, incarnant une Anna que la passion tuera, à la fois émouvante, exaspérante, exaltée, déprimée, rongée par la jalousie. De son côté un Jude Law barbu, vieilli et enlaidi, enfile avec talent le costume du mari trompé, l’ennuyeux coincé et rigide Karenine, craignant pour son statut social.

On n’en dira pas autant d’Aaron Taylor-Johnson dans le rôle de Vronski. Trop mignon blondinet volage, manquant d’étoffe et de profondeur, il ne paraît pas à la hauteur des sentiments d’Anna et peine du coup à égaler ses partenaires.

Au final une chose est toutefois sûre, on a très envie de relire le roman de Tolstoï, dont la modernité ne se dément pas.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi  5 novembre.

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27/11/2012

Sorties cinéma: "More Than Honey" pour sauver les abeilles

more-than-honey-poster-fr-180[1].jpgCinéaste suisse-alémanique, Markus Imhoof s’est largement fait connaître en 1981 grâce à son film majeur La barque est pleine (Das Boot ist voll), évoquant la douloureuse histoire de réfugiés qui avaient réussi à passer la frontière suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale. Après une assez longue absence, il revient avec More Than Honey, un documentaire sur la mort des abeilles qui a fait un tabac sur la Piazza grande, où il a conclu en août dernier le Festival de Locarno.

Beaucoup de scientifiques, de chercheurs et d'experts se sont penchés sur la disparition mystérieuse de millions d’abeilles depuis une dizaine d’années. Une énigme d’autant plus urgente à résoudre qu’elles constituent un rouage irremplaçable de l'agriculture, un tiers de notre nourriture dépendant directement de la pollinisation de nos aliments.

Dans une tentative d’explication de ce phénomène d’effondrement des colonies hypothéquant l’avenir de l’espèce humaine, Markus  Imhoof, commençant par son propre passé, a fait pendant cinq ans deux fois le tour du globe. Il s'est rendu en Californie, en Australie et en Chine, l'un des pays le plus touché, particulièrement dans la province du Sichuan où les abeilles ont déjà disparu, forçant les ouvriers à féconder eux-mêmes à la main les fleurs des poiriers.   

Les raisons de ce déclin angoissant sont multiples. Il y a les pesticides, les insecticides, les maladies, les virus, les acariens varroas, la pollution, la déprédation de l'environnement. Sans compter la rupture, par l’homme âpre au gain, du lien qui unit l’abeille à la fleur. Par interférence manuelle, mécanique ou génétique.

Il y a aussi la consanguinité. Sélectionnées de manière à ne plus piquer, domestiquées, les abeilles ont perdu de leurs capacités de résistance. Mais tout espoir n’est pas perdu. On peut les sauver, les rendre plus fortes et moins malades, en améliorant leur patrimoine avec des insectes mellifères sauvages existant encore en Australie. On compte aussi beaucoup sur l’abeille tueuse d’origine africaine, dont des essaims formés de spécimens très agressifs et robustes, échappés des laboratoires, sont en train de coloniser l’Amérique du Nord.

Tout en tirant la sonnette d'alarme, l’enquêteur Markus Imhoof propose un grand documentaire aux images saisissantes, nous emmenant au coeur des ruches. Il a pour thème central l'éternel conflit entre l’évolution et la civilisation, le rapport de l’homme avec la nature et son côté apprenti-sorcier. Passionnant.


The Rise Of The Guardians

37136.thumb[1].jpgDeux mots sur le traditionnel film de Noël pour enfants sorti des studios DreamWorks. Emmenés par Jack Frost, gamin ingénieux et rebelle mais fatigué d’être invisible aux yeux des autres, le Père Noël, le Lapin de Pâques, le Marchand de sable et la Bonne Fée s’unissent contre le Croquemitaine.

Esprit maléfique, le méchant Pitch veut régner par la peur sur un monde voué aux ténèbres. Les gentils vont donc oublier leur ego et jouer les héros pour protéger les espoirs, les rêves, l’univers merveilleux et l’imaginaire des gosses.

Rien à dire sur les qualités techniques et certaines superbes scènes de The Rise Of The Guardians (Cinq légendes), animation par ordinateur qui bénéficie d’un budget colossal. Beaucoup moins convaincants en revanche l’histoire et les messages sirupeusement moralisateurs quelle renvoie. A qui d’ailleurs? Ce genre de super-héros n’est pas franchement la tasse de thé des ados. Quant aux petits, ils vont avoir du mal à comprendre une intrigue parfois inutilement tarabiscotée. En 3 D, évidemment.

Films à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 28 novembre.

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Sortie cinéma: "The Artist Is Present", époustouflante performance

20320370.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDeux simples chaises face à face au milieu d’une vaste pièce. Sur l’une une femme, immobile, silencieuse, sur l’autre une personne du public en relayant une autre, puis une autre et encore une autre se regardent sans parler. Au début aussi longtemps qu'elles le souhaitent. Ou le supportent. Plus brièvement ensuite, en raison de l'allongement des files et du nombre des candidats...

Drôle d'idée, pas très affriolante a priori. Et pourtant, 750.000 visiteurs se sont rués au MoMA de mars à fin mai 2010, pour participer à l’incroyable performance imaginée par la reine du genre, Marina Abramovic (photo). C’était le sujet principal de la rétrospective, occupoant plusieurs étages, qui lui était consacrée par le célèbre musée newyorkais. 

Certains ont attendu toute la nuit, d’autres plus de dix heures. Se précipitant dès l’ouverture des portes, pour dénicher un ticket, précieux sésame qui leur permettrait d’occuper la chaise vide tant convoitée et d’engager un échange muet, les yeux dans les yeux, avec l’artiste. 

Trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour

Inimaginable en sachant que la majorité des gens passent rarement plus de 30 secondes devant un tableau, aussi célèbre soit-il. Plus incroyable l’exploit physique et mental de l’artiste, 63 ans alors, vêtue d’une très longue robe rouge sang ou blanche comme neige, restée assise sous le feu des projecteurs et de la foule sans boire, manger, ou bouger pendant trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour.

L’oeuvre et l’artiste, 63 ans alors, figurent au centre de The Artist Is Present, un premier film signé Matthew Akers. Après s’être documenté pendant dix mois sur les moindres faits et gestes de l'existence de Marina Abramovic, il dresse un portrait intimiste et inédit. L'accompagnant avant, pendant et après la rétrospective, s’appuyant sur des entretiens avec elle, ses collaborateurs, ses amis et ses fans, il nous laisse découvrir une icône glamour venue de Belgrade.

Provocante, séduisante, produisant un travail hors norme depuis quarante ans, elle est connue pour utiliser sans limite son propre corps comme moyen d’expression et se livrer à des mises en scène audacieuses, voire choquantes, où domine la nudité. Très controversée, qualifiée d’alternative, elle rejette cette étiquette et veut que la performance soit une véritable forme artistique.

Extraordinaire, sinon concluante, celle menée au MoMA s’est pour le moins révélée surprenante en regard de l'étonnant nivellement social qu’elle a provoqué, mêlant des gens de tous genres, de tous âges, de tous milieux et de toutes origines.

Radical, hynotique, dérangeant, ce "dialogue direct des énergies" a par ailleurs déclenché des émotions rares chez beaucoup des vis-à-vis de Marina Abramovic, allant du sourire lumineux aux larmes, tout en passant par d'autres manifestations de sldération, de souffrance, de bonheur, de plaisir, d’apaisement. Montrant par là que le public était partie intégrante de l’accomplissement d'une oeuvre qui ne se distingue pas de sa vie.  

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le 28 novembre.

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Sortie cinéma: "Au-delà des collines" laisse entrer le diable au couvent...

28c669c4-3303-11e2-8b8c-bebc0bbc3090-493x328[1].jpgEn 2007 Cristian Mungiu décrochait la Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En mai dernier, il revenait sur la Croisette avec Au-delà des collines pour nous plonger, pendant 2h30, dans le rude quotidien d’un couvent orthodoxe. Séduisant à nouveau le jury, il  remportait le prix du scénario, tandis que ses deux héroïnes principales, Cosmina Stratan (à droite sur la photo) et Cristina Flutur étaient sacrées meilleures actrices.
 
Alina, une jeune Roumaine de 25 ans, vient voir Voichita, son amie d'enfance avec qui elle a eu une petite relation amoureuse à l'orphelinat. Elle la supplie de rentrer avec elle en Allemagne. Mais la vie de Voichita a bifurqué sous l’influence d’un pope hirsute, ultra rigoriste, aux méthodes d’un autre âge. Depuis leur séparation, c’est à Dieu qu’elle s’est donnée. Un rival de taille. Alina décide quand même de rester un peu, dans  l’espoir de convaincre son amie de changer d’avis. En vain. 

Entre prières et corvées domestiques, la jeune femme a du mal à se plier aux règles dans ce monde clos, silencieux, sans électricité, perdu dans un paysage hivernal, désolé, désert.

De plus en plus minée par le désespoir, la frustration et la rage, Alina profane le mausolée, jette l’icone par terre, critique violemment le rituel. Des comportements violents qui laissent penser au prêtre qu’elle est possédée par le diable. Il s’agit dès lors de protéger la communauté. Sous le regard impuissant d’une Alina désemparée et la complicité servile des autres membres, l’intruse est séquestrée, bâillonnée, attachée à une croix…

L’histoire, brutale, se base sur des faits authentiques qui s’étaient déroulés en Moldavie en 2005 et où une jeune nonne schizophrène fut retrouvée morte suite à un exorcisme. Cristian Mungiu dépasse ce fait divers tragique pour parler de la pratique de la religion, d’amour, de libre arbitre, et de tous ces éléments qui déterminent notre destin, comme l’endroit où l’on est né, le milieu où on évolue, l’éducation qu’on a reçue.

Avec ce film magnifiquement porté par Cosmina Stratan et Cristina Fultur, le cinéaste roumain livre une œuvre dense, originale, sous tension, à la mise en scène à la fois simple, sobre et puissante.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 28 novembre.

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20/11/2012

Sortie cinéma: "War Witch" se penche sur les enfants soldats

AFP_120218_u15qv_nguyen-mwanza-rebelle_sn635[1].jpgParticulièrement éclectique, le cinéma québécois continue à se bien porter et à surprendre. Après des films aussi différents que Monsieur Lazhar ou Laurence Anyways, War Witch s'intéresse aux enfants soldats. Jeune Africaine de 14 ans, Komona raconte sa vie à l’enfant, produit d’un viol, qu’elle porte depuis son enlèvement par une armée rebelle qui l’a obligée à faire la guerre. Le seul qui l’aide, la protège et l’écoute est le Magicien, un albinos de 15 ans qui veut l’épouser. Bravant leurs redoutables chefs, Komona et lui s’évadent pour essayer de vivre leur passion.

Film sur la résilience, la rédemption et la quête de la lumière, War Witch ou Rebelle illustre jusqu’à l’horreur la terrible existence des enfants soldats. Au départ, le premier réflexe du réalisateur Kim Nguyen fut d'ailleurs de dénoncer cette situation. Mais tout en se nourrissant de faits réels, le jeune cinéaste québécois s’en est détaché pour proposer une histoire d’amour entre deux jeunes gens pris dans un monde de violence.

Mais cette fable humaniste, mélange également de lyrisme, de poésie et d'apparition de fantômes, ne se veut jamais misérabiliste. Elle montre une adolescente qui, à l’image de ses petits camarades, manifeste une incroyable force et ne cesse de vouloir s’en sortir.

Lors d'un récent passage à Genève, Kim Nguyen a évoqué son quatrième long-métrage, qui va représenter le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars.

Vous le portez en vous depuis une dizaine d’années. Pourquoi une si longue gestation?

Pour plusieurs raisons, la plus simple étant qu’écrire prend du temps! Mais revenons à la base où il y a de vrais témoignages et  surtout l’histoire de ce gamin de neuf ans, en Birmanie, qui s’est réveillé un beau matin en déclarant qu’il était la réincarnation de Dieu. Suivez mes enseignements, disait-il aux soldats et vous ne mourrez pas.

Et que leur est-il arrivé?

Rien, ainsi qu'il l’avait affirmé. Pendant six semaines. J’ai alors fait des recherches sur les enfants soldats et décidé de situer le récit en Afrique subsaharienne. En plaçant au centre une adolescente, Komona, dont j'ai adopté le point de vue. Il s'agit d'une non-professionnelle, à l'image des autres  protagonistes, ce qui pour moi est un avantage. Ils évitent l’autoanalyse…

Le rôle de Komona est joué par Rachel Mwanza (photo avec son réalisateur), qui a décroché l’Ours d’argent de l’interprétation à la dernière Berlinale. C’est une actrice née. Comment l’avez-vous trouvée?

Dans la rue à Kinshasa. Pour les besoins d’un documentaire, un millier d’enfants avaient été auditionnés et quelques-uns sélectionnés, dont Rachel. Elle avait 13 ans et habitait chez un caïd qui la contraignait à voler. Du coup elle est devenue une grande bagarreuse. Et comme vous dites une actrice née. Elle a un talent fou, un naturel incroyable, n’a pas peur de la caméra. Elle est aussi d’une rare nonchalence. Elle ne se prépare pas. C’est une instinctive. Elle a transcendé le scénario.

Vous avez choisi de tourner au Congo, où vous avez passé plus de quatre mois. Un sacré défi.

Il est vrai que Kinshasa est une des villes les plus dangereuses du monde et nous avons souvent eu très peur. Mais ce n’était pas pour jouer les kamikazes.  Cela m’a permis de remettre nos problèmes occidentaux en perspective et de réaliser à quel point nous dépendons des ressources du tiers-monde. En l’occurrence du coltan, dont 80% proviennent du Congo. C'est un métal rare qu’exploitent les compagnies minières et qui entre dans la fabrication de nos portables. Nous sommes donc en partie responsables des conflits dans la région.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 novembre.

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Sortie cinéma: "Thérèse Desqueroux", le dernier défi de Claude Miller

20183107.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgSpécialiste de l’adaptation littéraire, Claude Miller, mort le 5 avril dernier, avait décidé pour son dernier film de porter à l'écran Thérèse Desqueroux, le chef d’œuvre de François Mauriac. Publié en 1927, le roman avait déjà tenté Georges Franju et avait valu à Emmanuelle Riva le prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 1962.

Un double défi à relever pour Claude Miller, qui a fait appel à Audrey Tautou pour incarner la fascinante Thérèse. Personne ne remplacera Emmanuelle Riva, mais le choix se révèle plutôt judicieux, la comédienne se montrant convaincante dans le rôle de cette avant-gardiste de l'époque à l'allure un peu austère, de cette intello qui a lu quelques livres, élevée par un père radical, exaltée mais froide, mère indifférente, pleine d‘idées folles mais décidée à les refouler et croyant vraiment que le mariage allait la rendre heureuse. 

Avide de liberté, elle ne tarde pourtant pas à étouffer sous le poids des conventions bourgeoises dans l’environnement de ces Landes où on arrange les mariages pour unir les terres et allier les familles. Elle tente, sans le haïr vraiment, d’empoisonner son mari Bernard à l’arsenic. Pour éviter l’éclatement du scandale et alors que tous la savent coupable, Bernard, de connivence avec son beau-père et l'avocat, la disculpe devant le tribunal qui prononce un non-lieu.

Le roman commence tandis que le procès se termine. Puis, le narrateur opère un retour en arrière pour évoquer le parcours de Thérèse, suggérant ce qui l’a poussée à cette tentative de meurtre. La jeune femme se rappelle alors son adolescence joyeuse avec la jeune Anne, le mariage avec  son demi-frère, sa déception sentimentale en se voyant réduite à la maternité, sa cruelle intervention pour détruire l’amour qu’Anne voue à un bel étudiant juif bordelais en vacances, la naissance de sa fille…
 
Et surtout le jour où elle surprend son mari, stressé par un gros incendie menaçant leur maison, à avaler deux fois la dose d’un médicament à base d’arsenic. Ces doses qu’elle augmentera chaque jour, jusqu’au moment où le médecin découvre une ordonnance falsifiée et porte plainte.…
 
Hostile au flash back, Claude Miller a lui complètement renversé la structure, estimant que l’histoire était parfaitement racontable d’une façon linéaire. Qu’elle en prenait même de la force et permettait de se sentir plus proche de Thérèse. Il a pris d’autres libertés avec le livre, à commencer par le personnage de Bernard, qu’il rend moins brutal, moins rustre, moins dur, moins moche.

Alors que le rôle était tenu par Philippe Noiret il y a cinquante ans, c’est Gilles Lellouche qui s’y colle. Il surprend par une bonne interprétation, presque à contre-emploi, de ce mari hypocondriaque, attaché aux valeurs familiales, qui dans le fond semble aimer sa femme et préfèrera le faux-témoignage à la souillure de son nom.

Ce remake de Thérèse Desqueroux, d’une facture très académique, n’est pas le meilleur de Claude Miller. Mais tout acquis à Thérèse, il porte un éclairage et un regard intéressants sur la condition féminine dans les années 20. Donnant aussi très envie de (re)lire le roman de Mauriac et de (re)voir l’adaptation de Franju.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le mercredi 21 novembre.

19:17 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |