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12/12/2016

Grand écran: Kristen Stewart magnétique dans "Personal Shopper" d'Olivier Assayas

ashopperas.jpgAprès leur première collaboration dans Sils Maria en 2014, Olivier Assayas et  Kristen Stewart ont eu envie de renouveler l’expérience avec Personal Shopper, où la nouvelle muse du cinéaste se retrouve à incarner une assistante de star. Jeune Américaine dépressive et solitaire installée à Paris, Maureen s’occupe, bien qu’elle déteste ça, de la garde-robe d’une célébrité de la mode trop débordée pour faire ses courses elle-même chez les grands-couturiers et les bijoutiers.  

L’occasion d’un défilé de marques de Chanel à Cartier en passant par Louboutin, prétexte pour le réalisateur de critiquer un monde obnubilé par le luxe. Car pour lui, Personal Shopper est  l’histoire d’une femme exerçant un travail d’un matérialisme aliénant et cherchant le salut dans le rejet de ce matérialisme.  

Cela dit,elle n’a pas trouvé mieux pour payer son loyer en attendant une manifestation de l’au-delà- Car par ailleurs medium, Maureen cherche à communiquer avec Lewis, son jumeau décédé récemment des suites d’une malformation cardiaque, une maladie dont elle est souffre également. Inconsolable, incapable de faire son deuil, elle affirme sentir la présence du cher disparu, ce qui lui permet de conserver l’espoir d’un dernier signe de lui, pour pouvoir vivre sa vie restée en suspens. Elle se met alors à recevoir sur son portable d’étranges messages anonymes, la poussant à devenir une autre.  

Le réalisateur fasciné par son héroïne

Impressionnante, brillante, magnétique, de chaque plan,  Kristen Stewart,superbement filmée sous toutes les coutures par un Olivier Assayas à l’évidence fasciné par son héroïne, offre une remarquable prestation dans un rôle subtil et complexe, à l’image de l’opus,

Inclassable entre thriller horrifico-psychologico-fantastico-fantomatique et drame intime, Personal Shopper  se révèle envoûtant, déroutant, bizarroïde. Il nourrit une sorte de méditation érudite, cérébrale et irrationnelle, convoquant des spectres sous forme de masses gazeuses, le souvenir d’ Hilma Af Klint, pionnière de l’art abstrait, ou celui d’un Victor Hugo spirite joué par Benjamin Bioley.   

Tout n’est certes pas parfait.L'histoire se perd un peu parfois et on reprochera notamment à Assayas une séquence aussi longue qu’improbable, nous valant d’interminables échanges de textos. Des réserves mineures cependant, non seulement gommées par la présence envoûtante de Kristen Stewart, mais également par une belle image et une mise en scène sophistiquée, élégante. A Cannes en mai, elle a justement valu le prix à son auteur (à égalité avec Baccalauréat du Roumain Cristian Mungiu), en dépit des huées de certains critiques chagrins.   

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 décembre.

 

 

 

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09/12/2016

Grand écran: dans "Premier contact", Denis Villeneuve part à la rencontre des extraterrestres

apremier.jpgAvant Blade Runner 2049, dont la sortie est prévue en octobre prochain, Denis Villeneuve s’est fait la main avec Premier Contact (Arrival en VO), basé sur la nouvelle Story Of your life de Ted Chiang. L’auteur, qui s’est entouré d’Amy Adams, Jeremy Renner et Forest Whitaker, rêvait de faire un film de science-fiction depuis l’âge de 10 ans. Une réussite. Se risquant à une nouvelle approche, il utilise les codes du genre pour mieux les transcender.

Douze énormes et mystérieux vaisseaux ovoïdes venus du fond de l’espace atterrissent aux quatre coins de la planète. Face au problème, sinon à la menace que constitue leur présence, le monde ne tarde pas à se retrouver au bord de la guerre, des réactions extrêmes mettant en péril la solidarité internationale.

Pour répondre aux questions angoissées des populations avides de réponses, une équipe d’experts est alors réunie. Sous la direction de la linguiste Louise Banks (voilà qui nous change du militaire haut-gradé et du super agent de la CIA!), ils vont tenter de comprendre les intentions éventuellement belliqueuses de leurs occupants. De drôles de créatures à sept pieds, autrement dit, des heptapodes...

abanks.jpgDévastée par la perte d’un enfant et en quête de rédemption, Louise Banks (incarnée par l’excellente, fragile et pugnace Amy Adams) réussit l’exploit d’entrer en contact avec deux d’entre eux, Abbott et Costello, un clin d’oeil aux célèbres humoristes des années 40/50. Ils finiront par lui expliquer qu’ils sont venus initier les Terriens à leur langage. Car dans 3000 ans, ce sont les heptapodes qui auront besoin d'eux. 

Spielberg n'est pas loin, Kubrick encore moins

Spielberg n’est pas loin, mais surtout le réalisateur assume une filiation avec Stanley Kubrick, avec l’invention de son immense oeuf extra-terrestre noir flottant au-dessus du sol, qui rappelle évidemment le fameux monolithe d’Odyssée 2001.

Il va plus loin dans la mesure où il pénètre à l’intérieur de l’objet pour tenter de percer les secrets de l’énigme métaphysique laissée par le génial Stanley. Il s’agit en l’occurrence de parcourir un long tunnel au bout duquel se trouve la salle de communication équipée d’un écran derrière lequel évoluent les heptapodes. 

Brassant les genres, science-fiction, thriller, mélodrame fantastique, Denis Villeneuve livre ainsi un récit passionnant, fourmillant de trouvailles visuelles, sur l’importance du dialogue entre tous les êtres, humains et aliens confondus.

Un film intelligent, plein d’émotion, mélancolique, puisant dans l’intime, à la fois contemplatif et sous tension, privilégiant les acteurs aux dépens des effets spéciaux. Jouant du flashback et du flashforward, cette rencontre du "quatrième type" explore avec talent notre rapport, notre désarroi et nos peurs devant l’inconnu. Un bémol toutefois concernant le symbolisme lourd de certaines scènes, notamment le dénouement qui en est surchargé.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 7 décembre.

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06/12/2016

Grand écran: "Seul dans Berlin" montre le courage d'un couple ordinaire face au nazisme

aberlin.jpgComment rater un excellent sujet. C’est la remarque qui ne tarde pas à s’imposer à la vision de Seul dans  Berlin, le troisième long-métrage du Suisse Vincent Perez évoquant un épisode historique peu connu. Nous sommes en 1940. La ferveur nazie est à son comble après la victoire sur la France. Mais la population berlinoise est aussi paralysée par la peur. A l’image d’Otto et Anna Quangel, un couple d’ouvriers habitant un quartier modeste et qui font profil bas, comme leurs voisins, devant la suffisance du Reich.

Apprenant que leur fils unique est mort au front, tout bascule chez eux. Dévastés, ils décident de se révolter, Otto dévoilant à Anna son idée de disséminer dans la cité des cartes où sont écrits de petits messages anonymes, critiquant Hitler et ses sbires. Une démarche insolite, au péril de leur vie. Car s’ils sont découverts, ils savent qu’ils seront impitoyablement exécutés.

La première atterrit rapidement à la Gestapo et le cas est confié à l’inspecteur Escherich. Bientôt un jeu périlleux du chat et de la souris s’instaure. La menace se rapproche chaque jour, Escherich étant brutalement sommé par ses supérieurs, irrités par cet acte de rébellion, de trouver au plus vite les coupables de ce crime anti-nazi. Le danger ne fait toutefois que renforcer la détermination d’Otto et d’Anna, qui multiplient audacieusement la pose des cartes. Entre 1940 et 1942, il  y en aura 267 transmises à la Gestapo. Les Quangel finiront dans ses murs…

Inspiré du roman éponyme d'Hans Fallada    

Vincent Perez, qui avait été sélectionné en compétition officielle à la dernière Berlinale, s’est inspiré du roman éponyme de l’écrivain Hans Fallada, sorti en 1947, l’un des premiers à décrire le quotidien des citoyens allemands sous l‘hitlérisme et la lutte de certains contre lui. Malheureusement, bien qu’on le sente animé de bonnes intentions et qu’il ait mis neuf ans à faire son film, le réalisateur livre une adaptation quelconque de la dramatique histoire vraie d’Otto et Elise Hampel (rebaptisés Otto et Anna Quangel).

Il y avait pourtant matière à un thriller d’envergure, aussi oppressant qu’intense dans le récit d’une prise de conscience allemande, de la résistance silencieuse à la barbarie à l’intérieur même du pays, du combat désespéré, du courage et de la souffrance de gens ordinaires transformés en héros face à l’ignominie d’un régime violemment répressif.

Quant aux comédiens principaux, non des moindres puisqu’il s’agit d’Emma Thompson, de Brendan Gleeson (photo) et de Daniel  Bruhl, ils sont certes dignes mais enfermés dans la banalité de dialogues plus explicatifs que captivants. En anglais de surcroît! Du coup, leur présence ne suffit pas à insuffler une âme à ce film manquant d’émotion, d’audace et de personnalité.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 septembre.

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Grand écran: "Demain tout commence", avec Omar Sy reconverti en papa poule

aomarsy.jpgSea, sex and sun dans le sud de la France pour Samuel (Omar Sy), qui se la coule douce dans son job tout en jouant l’ado attardé, cavaleur, baratineur et irresponsable. Jusqu’au jour où une de ses anciennes conquêtes, Kristin (Clémence Poésy), lui laisse sur les bras un bébé de quelques mois, Gloria: sa fille! Incapable de s’occuper d’un nourrisson et décidé à le rendre à sa mère, Samuel se précipite à Londres pour tenter de la retrouver. Sans succès évidemment.

C’est là qu’il rencontre Bernie, un homosexuel britannique. Particulièrement sensible à la plastique de Samuel, le dandy accepte, en toute amitié s’entend, de l’héberger avec Gloria. Dingue de sa gosse, l’improbable géniteur devenu père idéal lui construit une vie de rêve dans un appartement génial, lui inventant de surcroît une maman formidable.

Inséparables, tous deux nagent dans le bonheur lorsque huit ans plus tard, Kristin réapparaît subitement et enfile le costume de la méchante en voulant récupérer la garde de Gloria. Le drame pour Samuel, d’autant qu’une visite chez le médecin a jeté une ombre inquiétante sur son quotidien enchanté…

Demain tout commence, surfant notamment sur le thème rebattu de qui fait finalement le meilleur parent, tente de relever le niveau des comédies françaises du genre Ma famille t’adore déjà, Le petit locataire, sans oublier Papa ou maman 2 également de sortie ce mercredi. Mais le dit niveau étant tellement bas, inutile de préciser qu’on n'atteint pas des sommets avec ce mélo familial d’Hugo Gélin, remake de Ni repris ni échangé du Mexicain Eugenio Derbez.

Question interprétation, on est aussi assez loin du top. Omar Sy, l’acteur préféré des Français (qui le restera sans nul doute), peine à se départir de son éclatant sourire façon Pleyel de concert et de son lassant côté clown, même s’il met ensuite un bémol dans son rôle de papa poule pudique et super sympa. La jeune Gloria Colston tient mieux la route en incarnant une gamine mature pour son âge, bien qu’immergée dans un redoutable océan d’amour et de tendresse propice à la voir virer tête à claques.

Quant au réalisateur, non content de nous proposer un film bourré de bons sentiments et tire-larmes à souhait, il tombe carrément dans le pathos échevelé, compliquant un scénario déjà confus d’un twist final inutilement tordu.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 septembre.

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05/12/2016

Grand écran: avec "Baccalauréat", Cristian Mungiu se livre à l'examen impitoyable de nos sociétés

abaccalau.jpgRoméo n’a pas vraimentle physique que son prénom suggère... Médecin quinquagénaire massif et enrobé ruminant son échec, il exerce dans une bourgade de Transylvanie. Convaincu qu’il n’y a plus d’avenir en Roumanie après y être revenu plein d’espoir en 1991, il s’est démené pour que sa fille Eliza, la prunelle de ses yeux, soit acceptée à l’Université de Cambridge. Il ne lui reste qu’à passer son bac, une formalité pour cette élève modèle.

Rien ne va pourtant se dérouler comme prévu dans Baccalauréat du Roumain Cristian Mungiu. Eliza est agressée sexuellement à quelques jours des épreuves. Elle est blessée et le drame risque de peser sur ses résultats et remettre en cause sa bourse pour l’Angleterre, ainsi que toute la vie de Roméo. Sa réussite sociale par procuration est une telle obsession qu’il est devenu pratiquement insensible à tout le reste. Et notamment à sa femme qui s’apprête à le quitter, et pour qui les mots devoir et honneur ont encore de l’importance.

Dangereuses magouilles

Intensément frustré, Roméo oublie tous les principes qu’il a inculqués à sa fille et cherche n’importe quel moyen pour qu’elle réussisse. Il finit par se lancer dans de dangereuses magouilles, en acceptant l’aide d’un malade influent en vue de corrompre le correcteur des copies. Le piège se referme, c’est l’engrenage.

Centré sur les rapports sur les rapports père/fille, Baccalauréat, filmé en longs plans-séquences, est une critique sociale virant au film noir, où Cristian Mungiu part du singulier pour viser l’universel. Roméo personnifie la Roumanie d’aujourd’hui, hantée par les fantômes du passé, minée par les compromis "nécessaires", les compromissions et le trafic d’influence auxquels s’initie un honnête homme.

Entre culpabilité et rédemption, ses thèmes de prédilection, le réalisateur se livre à un examen passionnant et impitoyable concernant toutes nos sociétés. On regrettera juste le dénouement de l’opus, porté par d’excellents comédien dont l’interprète principal Adrian Titieni. Dans une scène plate, Cristian Mungiu montre de façon assez mièvre que le salut passera par la jeunesse. Ou peut-être pas...

Rappelons que Cristian Munigiu, habitué du Festival de Cannes, avait obtenu en 2007 la Palme d'or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En mai dernier, il remportait avec Baccalauréat le prix de la mise en scène, à égalité avec Personal Shopper du Français Olivier Assayas. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 décembre. 

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01/12/2016

Grand écran: " L'idée d'un lac", chronique poétique sur une femme enceinte à la recherche de son passé

alac.jpgEn 2011, la réalisatrice helvético-argentine Milagros Mumenthaler déjouait tous les pronostics en raflant le Léopard d’or au festival de Locarno pour son premier film Abrir puertas y ventanas.

A nouveau sélectionnée en compétition en août dernier, elle ne connaissait pas le même succès avec le second La idea de un lago (L’idée d’un lac), chronique intime et poétique sur une femme enceinte qui part à la recherche de son passé.

Photographe professionnelle, Inès se décide à terminer un livre avant la naissance de son enfant. Son travail la renvoie à la maison des grands-parents située au bord d’un lac dans le sud de l’Argentine, où se réunit la famille pour les vacances d'été. C’est là qu’a été prise la seule photo qu’elle conserve d’elle et de son père avant qu’il disparaisse, victime de la dictature militaire.

Milagros Mumenthaler s'est librement inspirée d’un livre de photos et de poèmes autobiographiques de Guadalupe Gaona Pozo de aire, pour lequel elle eu un coup de cœur. Il a provoqué dans sa tête des images fortes qui lui ont donné envie de réaliser son film, dont on retient avant tout une certaine émotion et de très belles images.

Elles flirtent par ailleurs parfois avec le fantastique lorsqu’elle imagine son père sous l’apparence de la petite Renault verte qu’il conduisait et avec laquelle elle se baigne dans le lac… On reprochera malgré tout au film un côté peu abouti en ce qui concerne la mise en scène et la direction des personnages.

A ‘affiche dans les salles de Suisse romande dès le 30 novembre

07:00 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

30/11/2016

Grand écran: thriller médical, "La fille de Brest" revient sur les ravages du Mediator

abrest.jpgAprès La tête haute qui avait ouvert le Festival de Cannes en 2015, Emmanuelle Bercot revient avec un thriller médical rappelant le combat d’Irène Frachon, une pneumologue du CHU de Brest. En 2008, elle découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament coupe-faim commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. Elle cherche alors à le faire interdire avec autant d’obstination et de courage.

Médecin et mère de famille, cette justicière avant tout est incarnée par la Danoise Sidse Babett Knudsen. En brossant le portrait d’une femme décidée à faire triompher la vérité, La fille de Brest, raconté du point de vue d’Irène Frachon, fait inévitablement penser à Erin Brockovich de Steven Soderbergh. Une juriste américaine jouée par Julia Roberts partait guerroyer contre l'arrogance de puissantes industries qui avaient pollué l’eau d’une petite ville californienne.

La croisade exemplaire, nécessaire de la lanceuse d’alerte investie d’une mission pour dénoncer le scandale du Mediator, qui aurait causé 1800 morts méritait d’être portée à l’écran. Pour ne pas oublier ses ravages et pour rendre hommage à une battante qui, façon David contre Goliath, a fait trembler les Laboratoires Servier. Et poursuit sa lutte pour que les victimes obtiennent réparation.

Des réserves sur la forme et les comédiens 

On a pourtant quelques réserves en ce qui concerne la forme simpliste, notamment des scènes d'autopsie éprouvantes voire complaisantes où la caméra s'attarde longuement sur des corps découpés par des légistes. Même si la réalisatrice veut forcer de cette manière violente les spectateurs à se rendre compte dans leur chair ce qu’implique la prise du Mediator.

Par ailleurs, les comédiens (photo) ne sont pas toujours à la hauteur Formidable en Premier ministre dans la série Borgen, lumineuse aux côtés de Fabrice Lucchini dans L’herrmine, Sisdse Babette Knudsen déçoit un peu dans le rôle de la Bretonne Irène Frachon. Emmanuelle Bercot en fait une sorte de double, en la montrant débordante d’une énergie virant parfois à l’hystérie avec ses crises de nerf à la limite du grotesque.

On n’est pas non plus très fan de la prestation fade d’un Benoît Magimel bedonnant, chercheur dépassé par l’ampleur de l’affaire et tentant laborieusement de suivre une collègue à la pétulance manquant de naturel.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 novembre

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Grand écran: "Sully" fait revivre "le miracle de l'Hudson". Avec Tom Hanks en héros ordinaire

asully.pngMontrant depuis toujours une Amérique patriote, forte, combative, Clint Eastwood aime les héros ordinaires qui contribuent à en perpétuer la représentation en l’exaltant. Comme le protagoniste de Sully, son 35e long-métrage, Le film s'ouvre de façon spectaculaire sur le crash d’un avion s’encastrant dans des immeubles de Manhattan. Un rappel onirique terrifiant du 11 septembre hantant les nuits d’un homme qui se réveille en sursaut, en sueur, en proie à la panique. …

ACATASTROPHE.jpgPuis le cauchemar débouche sur  "le miracle de l’Hudson", comme pour exorciser le traumatisme national suite à l’attentat des tours jumelles. Le 15 janvier 2009, moins de huit ans après le drame, le pilote d’US Airways Chesley Sullenberger, dit "Sully" ,réussit l'inimaginable, l’impossible: poser dans les eaux glacées de l’Hudson son avion qui, endommagé par un vol d’oiseaux peu après le décollage de JFK, a perdu ses deux réacteurs  Et sauve la vie des 155 passagers et membres d’équipage

Les images font le tour de la planète. Mais alors qu’il est salué par l’opinion publique et les médias du monde pour son exploit sans précédent dans l’histoire de l’aviation, les autorités ouvrent une enquête administrative qui va durer 15 mois. Face à la perte de l‘avion d’une valeur de 150 millions de dollars, elle met en doute la décision extrêmement risquée du commandant de bord.  Et tente de démontrer par des simulations de vol qu’il aurait été possible d’atterrir en urgence dans deux aéroports régionaux proches.  

La réputation et la carrière exemplaire de Sully sont en jeu. S’il s’interroge lui-même sur le  bien-fondé de sa manœuvre, il est déterminé à s’élever contre l’injustice et à prouver qu’en dépit de tous les paramètres pris en compte, les ordinateurs ont oubli l’essentiel: le facteur humain. En d’autres termes son immense confiance dans des capacités acquises pendant 40 ans, qui lui ont permis de juger la situation en 35 secondes et de comprendre qu’il n’y avait pas d’autre option que celle de cet amerrissage miraculeux au cœur de New York..   

ahanks.jpgTom Hanks vieilli, les cheveux blanchis, incarne ou plutôt est cet homme à la fois exceptionnel, modeste et méconnu. Peu bavard, sans aucune aspiration à la notoriété, il affirme simplement n’avoir fait que son devoir. Aaron Eckhart l’accompagne dans cet anti-film catastrophe humaniste sous forme de crash héroïque à vocation thérapeutique. Il se révèle lui aussi parfait dans son rôle de copilote alliant le professionnalisme et une bonne dose d’humour comme le prouve son mot de la fin.

A la remarquable performance de ce duo, s’ajoutent la reconstitution méticuleuse et au plus près de la réalité de l'accident, la construction en flash back avec la répétition du cauchemar et de l’impressionnant amerrissage. Sans oublier, dans cet opus mêlant l'intime et le grand spectacle, la façon dont le réalisateur se glisse dans la tête et l’esprit du pilote. Interrogeant son héroïsme tout en évoquant ses problèmes privés, ses tourments, ses peurs et ses angoisses post-traumatiques.

Le tout sur fond de dénonciation d’une machine oppressive, en l’occurrencee conseil national de la sécurité net des transports (NTSB), s’acharnant sur un seul et brave homme dans sa volonté maniaque de désigner un coupable..

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 novembre

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29/11/2016

Grand écran: "Le confessioni", thriller financier en forme de parabole noire et ludique

aconfessioni.jpgA sa grande surprise, le moine chartreux Salus (Toni Servillo) est invité par le directeur du FMI, le Français Pascal Rogé, à participer en compagnie des dirigeants politiques à une réunion du G8, dans un hôtel allemand en bord de mer. Sont aussi présents deux stars, un chanteur et une romancière pour ados.

Alors que les responsables des huit principales puissances économiques mondiales vont prendre une décision secrète, lourde de conséquences pour l’avenir de l’humanité, le directeur du FMI atteint d’un cancer veut se confesser. Le lendemain matin, il est retrouvé mort dans sa chambre. Apparemment, c’est un suicide. Mais peut-être a-t-il été assassiné.

Si oui, le coupable pourrait alors se trouver parmi la dizaine de participants du sommet qui, se méfiant les uns des autres, vont dès lors s’espionner et se soupçonner. Casting international pour tenter de résoudre l‘affaire avant d’annoncer le décès au monde. Autour du remarquable Toni Servillo portant impeccablement la robe monacale, il y a Daniel Auteuil (directeur du FMI), Connie Nielson, Marie-Josée Croze, Maurice Bleibtreu, Stéphane Freis, Lambert Wilson.

Un certain état du monde

Avec Le confessioni le réalisateur italien Roberto Ando, notamment auteur de Viva la liberta en 2013, dépeint un certain état du monde, évoquant un déséquilibre croissant entre la richesse et la pauvreté. Dans une mise en scène assez lyrique, l livre une critique du néolibéralisme au moyen d’un thriller économico-financier en forme de parabole noire et ludique, saupoudrée d’un zeste d'Agatha Christie. Et cela sous le regard du moine qui, tel un Saint François d’Assises moderne, se promène dans la nature en enregistrant les chants des oiseaux.

aando.jpgRoberto Ando s’est évidemment beaucoup documenté pour dominer son sujet en étudiant notamment l’économie des années 2000. Il est par ailleurs allé aux Etats-Unis et a lu l’interview de la femme d’un directeur du FMI mort du cancer, qui ne pouvait parler de sa maladie au risque de perturber le marché. 

"L’idée, c’était de travailler sur le pouvoir, de l’épier à travers un personnage qui a un langage différent et a choisi le silence, ainsi que la relation entre lui et des puissants au comportement opposé", nous explique-t-il.

"C’était aussi le désir de savoir ce qui se passe derrière certaines portes, avec des gens déconnectés, isolés dans le secret. Le pouvoir a toujours utilisé le secret, le moine en est le gardien et, partant, les huit ministres sont convaincus qu’il sait des choses. Surtout en le voyant déambuler avec son enregistreur". 

Son regard relève-t-il de la morale et de la religion ?

En l’occurrence, il apparaît comme un être humain, non un représentant de l’Eglise. Dans les derniers vingt ans, l’économie a correspondu à une théologie. Depuis 2008, ce monde s’est divisé et la théologie a été mise en doute. Le film montre des hommes et des femmes qui doutent. Et c’est le moine les fait mettre en cause l’omnipotence des marchés financiers. Pour autant ce n’est pas un essai sur l’’économie. Je pars de la réalité pour n’égarer ailleurs. Il s’agit avant tout d’un film montrant des gens de pouvoir face à la mort, quelque chose qu’ils ne peuvent pas contrôler. 

Deux mots encore sur Toni Servillo, formidable en moine chartreux.

Je suis à l’aise avec lui. Nous avons une relation forte. Pour moi c’était l’interprète idéal. Il a énormément travaillé son personnage, qui n’est pas facile et l’a incarné à un point incroyable. Je lui ai d’ailleurs dit que dans une autre vie il devait être moine. Il pense que oui…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30  novembre.

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23/11/2016

Grand écran : "Tour de France" réunit un jeune rappeur et un vieux raciste. Avec Gérard Depardieu

adepardieu.jpgFar-hook, un jeune rappeur prometteur obligé de quitter Paris suite à un règlement de comptes et Serge, un vieux maçon raciste et râleur, partent faire le tour des ports de France sur les traces du peintre Joseph Vernet. Un attelage improbable que tout oppose. Mais sans surprise, ils vont devenir amis, malgré le choc des cultures et des générations.

Road-movie sur fond de quête picturale, Tour de France met face à face Gérard Depardieu qui fait ce qu’il veut et Sadek, également rappeur dans la vie, qui fait ce qu’il peut. Il est signé Rachid Djaïdani. Après son très réussi Rengaine, il peine à convaincre avec cette comédie humaniste en forme de plaidoyer pour la tolérance et le vivre ensemble.

Réconcilier en douceur la France raciste et celle des quartiers, en montrant deux caractères aux antipodes qui finissent par s'écouter  l'un l'autre, paraît en effet aussi naïf que cliché. Pour Rachid imperturbable, cela dépend du regard qu’on pose. "Le cliché, par exemple, c’est intéressant. On t’y ramène quoi que tu fasses. Prenez ma vie et imaginez que je la raconte telle qu'elle est devenue alors que j’étais parti sur une voie de garage! Au cinéma, ce serait à pleurer..."

Rien de tel pour Tour de France qu'il considère comme un film d'amour.  "La haine on en vient et je trouve qu’il faut aller vers les bons sentiments. En ce qui me concerne, j’alimente ma lumière au quotidien". Né en 1974 d’un père algérien polisseur chez Peugeot et d’une mère soudanaise, quatrième d’une famille de onze enfants dont neuf filles, l'homme a un parcours peu banal. "Je n’ai pas fait d’études. J’ai passé deux CAP de maçon et de plâtrier-plaquiste. Mon rêve était de devenir ouvrier et de posséder une camionnette".

La découverte du cinéma grâce à la boxe

A 14 ans déjà, il découvre la boxe. Une passion qui le conduit six ans plus tard sur le plateau de La haine de Mathieu Kassovitz, où il est engagé comme agent de sécurité. "Je découvre le cinéma et je décide de devenir acteur. Mais à part jouer un flic à la télévision dans Police District, on ne m’offre que des rôles de racaille. J’en ai eu marre et j’ai écrit un scénario, qui est devenu un roman, Boumkoeur. Il est publié au Seuil en 1999 et, par l’intermédiaire d’un ami, je me retrouve chez Pivot…"

Les choses s’enchaînent- Il est présenté à Peter Brook, part en tournée. "Je joue Hamlet et le théâtre occupe mon existence".  Il revient à la pellicule pour tourner son premier documentaire en 2007, suivi de quelques autres. En 2012, il est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs pour son premier long-métrage Rengaine, qui obtient un gros succès... Mais il ne faut pas lui dire qu’il a eu de la chance. « Tout ce que j’ai obtenu, j’ai lutté dur pour le gagner ».

Depuis longtemps, Rachid pensait à un film où il ferait cohabiter deux personnages antagonistes. En attendant, il rencontre de jeunes rappeurs qui lui demandent de leur écrire un texte. Ils venaient de Lyon et avaient installé un studio mobile. Je les ai suivis dans leurs pérégrinations autour du pays et cela m’a donné une idée. J’avais d’abord songé à un tour de France des quartiers qui est devenu celui des ports ».

Rencontre "indélébile" avec Depardieu

Ce deuxième opus, c’est l’occasion pour Rachid Djaïdani de rencontrer Gérard Depardieu, "tonton"comme il l’appelle. Il en a encore des étoiles dans les yeux. "C’était bouleversant, indélébile. Je l’ai vu chez lui, un palais serti d’œuvres d’art. La porte d’ouvre sur un open space et il est là, torse nu, en short, une cigarette à la main, en train de lire un scénario. Je vais vers lui, il lève la tête, me regarde en me disant: c’est toi Rachid ? Assieds-toi et raconte-moi ton histoire…"

Inutile de préciser que si l’auteur a proposé le rôle du rappeur à Sadek, un artiste qu’il connaissait bien avant, les choses ne se sont pas passées de la même manière avec le grand Gégé. "C’est lui qui te choisit. Qui te porte, te supporte, te mets les gants. C’est le Mohamed Ali du septième art".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

 

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