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09/09/2014

Cinéma: Fernand Melgar s'immerge chez les SDF dans "L'Abri". Fort et dérangeant

topelement[1] (2).jpgAprès La Forteresse et Vol Spécial, le cinéaste vaudois Fernand Melgar "la mauvaise conscience de la Suisse", nous plonge au cœur de L’Abri, un centre d’hébergement d’urgence pour SDF à Lausanne.

Il boucle ainsi en principe sa trilogie sur la migration. Le premier parle d’arrivée en Suisse, le second évoque la fin du voyage. Le troisième est une sorte de no man’s land, un entre-deux entre l’arrivée et le départ.

Avec ce volet qui peut en appeler un quatrième ("ce sont les films qui me choisissent"), Fernand Melgar et Elise Schubs, sa preneuse de son, nous emmènent dans un souterrain jusqu’à la porte du centre. C’est l’hiver, le froid mord, il neige. Chaque soir se déroule le même rituel d'entrée dramatique, qui provoque des bousculades parfois violentes.  

Trois veilleurs ont la terrible tâche de trier les démunis, laissant pénétrer d’abord les personnes âgées, les handicapés, les femmes et les enfants, puis les hommes. Alors que la capacité est de 100 places, seuls 50 seront admis et auront droit à un repas et à un lit. Pour les autres, la nuit sera dure. 

Dans L'Abri, on trouve en majorité des citoyens de l’Est et du Sud de l’Europe. Ce ne sont pas des clandestins, ils ont des papiers, des passeports et fuient la crise. Ce sont des migrants économiques, des working poors avec enfants à charge touchant des salaires de misère, des êtres humains qui cherchent désespérément à s’en sortir".

melgar39412[1].jpgLa technique de Melgar, c’est l’immersion totale. Pendant six mois, lui et Elise Schubs ont vécu au milieu des sans-logis, attendant avec eux à l’extérieuret pénétrant aussi à l’intérieur du centre. Le reproche qu’on peut adresser au réalisateur revendiquant un cinéma de "l’intranquillité", c’est de ne pas porter de jugement.

En même temps, il ne faut pas être grand clerc pour voir où vont ses sympathies dans ce documentaire fort, dérangeant, bouleversant racontant ce lieu où les barrières représentent la loi et l’autorité et qui a posé d’énormes problèmes moraux à son auteur. Il tente de faire réfléchir les gens et les questionne après le vote du 9 février qui a conduit à la fermeture des portes.

"Pour moi le fondement de la société moderne c’est le respect des droits humains. Or c’est le contraire dans ce film. Aujourd’hui on glisse vers l’exclusion. Alors j’ouvre des fenêtres". (Voir l’entier du texte dans la note du 10/8/2014)

 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 septembre.

 

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03/09/2014

Cinéma: "Class Ennemy", métaphore grinçante de la société slovène

imagesCABK7C3G.jpgInspiré d’une histoire marquante vécue par le réalisateur de 29 ans Rok Bicek, Class Ennemy raconte le conflit opposant un nouveau professeur d’allemand et ses élèves. Ces dernier rejettent son autorité, la discipline stricte qu’il instaure, sa façon dure d’appréhender la vie et la mort, de les mettre avec une rare froideur face à leurs responsabilités.

Les rapports se font de plus en plus tendus, jusqu’au suicide d’une jeune fille timide et manifestement mal dans sa peau. L’enseignant est accusé de l’avoir causé par son attitude et la classe entre en rébellion.

Plaçant sa caméra à hauteur des élèves pour mieux impliquer le spectateur dans le drame qui se joue, le cinéaste se livre à une étude quasi clinique des effets psychologiques engendrés par la crise ambiante, relevant les comportements et les réactions des différents protagonistes. Tout en évitant de juger ou de prendre position pour l’une partie.

Réaliste et grinçant, reflétant la vie où rien n’est noir ou blanc, où le bien et le mal sont toujours liés, le propos de Class Ennemy va à l’évidence au-delà du microcosme représenté par l’école et des ados tourmentés. Métaphorique, il s’adresse à l’ensemble d’une société slovène restant très divisée politiquement et où, par ailleurs, le taux de suicide figure tristement dans le top 3 mondial selon Rok Bicek.

Poussant à la réflexion, l’opus est en plus interprété par un mélange harmonieux d’acteurs professionnels, dont Igor Samobor parfait en prof d’allemand honni, et des amateurs recrutés dans le milieu scolaire. A ne pas manquer.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 septembre.

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Cinéma: "Les combattants", avec la lumineuse Adèle Haenel

imagesCAFXE5VQ.jpgDécidée à s’engager, Madeleine fantasme sur l’univers militaire. Mais déçue, en rejette toutes les valeurs. Intéressant, sauf que ses rêveries guerrières très éloignées de la réalité ne sont pas le sujet.

On découvre rapidement que le camp et les combats sur la plage sur la plage sont prétextes à tout autre chose dans le premier long-métrage du Français Thomas Cailley, qui avait fait un tabac critique lors du dernier Festival de Cannes.

En dépit du titre, Les Combattants, l’armée ne sert en effet que de toile de fond à une histoire d‘amour singulière entre Madeleine et Arnaud apparu dans le tableau. A priori tout sépare cette belle fille imprévisible à prendre avec des pincettes, au visage fermé, tendue, cassante, méfiante, violente à l’occasion, et ce gentil garçon tranquille, délicat, discret, observateur, à l’écoute.

S’attendant obsessionnellement au pire, elle s’impose de lourdes contraintes physiques en développant des techniques de self défense et d’adaptation en milieu hostile, sinon pré-apocalyptique, tandis que lui travaille simplement dans l’entreprise de bois familiale. Mais il trouve toujours des solutions quand ça va mal.

Après un premier contact musclé, maladroit et conflictuel, Arnaud aimanté par cette boule d’énergie ne pourra s’empêcher de la suivre, alors qu’elle ne lui demande rien. A priori du moins… Constamment en action, déterminés à lutter et à avancer mais ne trouvant pas leur place, tous deux vont s’inventer un monde pour survivre et affronter une société en crise dans lequel ils refusent de se laisser piéger.

Rien de lourd pourtant dans ce scénario. Habile, le créatif réalisateur sait éviter la pesanteur, tricotant avec intelligence, humour et émotion un teen movie mêlant aventure, parcours initiatique, romance, drame, comédie, film catastrophe. Une vraie réussite à laquelle participe largement un excellent duo d’acteurs. Après L'Apollonide, Suzanne, l’homme qu’on aimait trop, la lumineuse Adèle Haenel explose à nouveau à l’écran, confirmant que sa présence est désormais un label de qualité pour un film. Moins éclatant, plus réservé mais en pleine évolution, Kévin Azaïs se montre à la hauteur.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 3 septembre.  


 

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27/08/2014

Cinéma: "Sils Maria" d'Olivier Assayas confronte Juliette Binoche à son passé

get[3].jpgA 18 ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant la jeune et ambitieuse Sigrid au charme trouble, qui pousse au suicide Helena, une femme mûre.  Vingt ans plus tard, elle se voit proposer une reprise de la pièce mais cette fois dans le rôle d’Helena
 
En jouant une comédienne, Juliette vit ainsi sa réalité d’actrice dans Sils Maria, qui est aussi ce petit village des Grisons où auteurs, dramaturges, cinéastes ou philosophes  sont venus chercher le calme et l’inspiration.

Olivier Assayas confronte Maria à son passé sur fond de théâtre, prétexte à une réflexion sur cet art et la façon dont le cinéma peut en capter la spécificité, mais savant tout à un brassage de thèmes: le temps qui s’écoule, le métier et la condition de l’actrice face à l’obsession de la jeunesse, à la concurrence de petites nouvelles avides de percer dans le monde impitoyable du spectacle.
 
Dans ce jeu de miroir, il évoque aussi les rapports ambigus et compliqués entre Maria, star quinquagénaire (Juliette Binoche) et Valentine (Kristen Stewart) son assistante à la fois complice et confidente de ses doutes, de ses craintes. Pour compléter le duo, il y a Jo-Ann (Chloé Grace Moretz), la débutante qui doit reprendre le rôle créé par Maria. 
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Plusieurs niveaux de lecture

Olivier Assayas se plait à brouiller les pistes dans cet opus à plusieurs niveaux de lecture, où fiction et réalité s’entrecroisent, mêlant le destin de ses héroïnes et des comédiennes qui les interprètent. Tout cela dans des paysages grandioses qu’envahit peu à peu le fameux serpent de la Maloja. 
 
Après avoir divisé la critique et manqué de séduire le jury cannois, Sils Maria est aujourd’hui le plus souvent encensé comme le meilleur d’Assayas. «Saisissant de beauté», « Aussi vertigineux que les montagnes de Sils Maria»...  C’est un rien exagéré pour un opus certes habile et élégant, mais aussi assez pesant, démonstratif, référentiel et cérébral.
 
Renvoyant à Persona de Bergman, All About Eve, le chef d’oeuvre de Mankiewitz, il vaut plus pour les intentions du réalisateur que pour ce qu’on voit. Et pour ses protagonistes. A relever surtout, aux côtés de Juliette Binoche très diva, l’excellente prestation de Kristen Stewart, à contre-emploi en assistante intello à grosses lunettes. 
 

La création d'un personnage permet de rire de soi

A Cannes en mai dernier et très récemment à Locarno où Sils Maria a eu les honneurs de la Piazza Grande, Juliette Binoche est venue en parler. Pour elle c’était magnifique de voir le travail d’Olivier Assayas. Tous deux s’étaient rencontrés il y a 30 ans sur Rendez-vous qu’il avait écrit avec André Téchiné et dont elle était la tête d’affiche.
 
«Etre une actrice c’est se donner sans filet. Créer quelqu’un est amusant, on peut rire de soi, mais en réalité on n’est jamais le personnage», remarque-t-elle.  «On doit croire qu’on l’est, établir un lien entre lui et soi-même. Ce qui m’a surtout touchée dans mon rôle, c’est qu’il montre et c’est rare, ce que ça peut coûter de jouer. Cela me permettait de voir la maturation avec les craintes que l’on traverse et le lâcher prise face à elles ». .
 
Et que pense-t-elle du tournage dans les montagnes suisses ? «A partir du moment où on s’isole autant le faire dans un lieu  cinématographique. Le paysage est un également im personnage du film. Ce que j’ai aimé à Sils Maria c’est que ce village est habité par des fantômes, par des choses qui font peur»

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 27 août.


 

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26/08/2014

Cinéma: "Party Girl", l'histoire d'une entraîneuse sexagénaire racontée par son fils

imagesCAKBW1WB.jpgA la fois généreuse et égoïste, exubérante et pathétique, romantique et immature, mère de quatre grands enfants qu’elle n’a pas élevés, Angélique est un sacré numéro. Et une vraie personne. 

Bourlingueuse et noctambule impénitente de 60 ans, elle gagne sa vie depuis quarante ans en faisant boire les hommes dans un cabaret lorrain à Forbach, une cité industrielle à la frontière franco-allemande qui peine à remonter son économie.  
 
Entraîneuse sur le retour sans en avoir vraiment conscience, elle aime encore s’éclater comme une gamine, allumant les mecs, picolant en leur compagnie jusqu’au bout de la nuit, ne cachant pas ses envies de s’envoyer en l’air. Mais la clientèle se fait rare. Reste un habitué Michel, un retraité qui a toujours été amoureux d’elle et veut l’épouser.
 
Touchée, Angélique se persuade qu’il est temps de mener une existence normale. Elle renoue avec sa dernière fille toujours en famille d’accueil. Elle rencontre même le curé. Mais l’attrait du cabaret, de la nuit, de la fête, est plus fort que la crainte de la solitude. A l’idée de se ranger, de vivre un quotidien sage et banal, s’imaginant en tête à tête avec son futur mari, sans son bar et ses copines, elle panique. 
 
C’est ce conflit intérieur, doublé d’une réflexion sur la maternité et le ravage des ans, que montre Party Girl réalisé par un trio de jeunes cinéastes, Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis, le fils d'Angélique Litzenburger. Non professionnelle, cette héroïne à l’allure fellinienne joue donc son propre rôle, aux côtés de ses enfants, dans ce film inspiré de son histoire.
 
Mise à nu, cette sexa de feu hors norme, mère et femme indigne, fringuée léopard, outrageusement maquillée, les cheveux en pétard, couverte de bagues et de paillettes, se révèle à la fois formidable, bouleversante, exaspérante dans cette tragi-comédie sociale, premier long-métrage surfant sur le documentaire. Mêlant le vrai, le cru et le tendre, révélation de la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, Party Girl a décroché la Caméra d’Or. 
 
 
Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 août.

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20/08/2014

Cinéma: "Des lendemains qui chantent", mais manquent de punch

images[5].jpgDans l’isoloir, Léon hésite. On est en 2002. Seul de son petit groupe d’amis, il finit par opter pour Lionel Jospin, le candidat socialiste à la présidence. Le 21 avril, l’impensable se produit avec Jean-Marie Le Pen au second tour…

Retour alors en 1981 et la victoire de François Mitterrand le 10 mai. A Saint-Etienne, Léon et son frère Olivier font la fête comme tous les socialistes en liesse. Mais bientôt, les choses changent. Ex-trotskyste monté à Paris, Olivier se coule dans le moule du communicant ambitieux, opportuniste et cynique. De son côté, se voulant un journaliste sans concessions, Léon erre d’une rédaction de gauche à une autre, pour se retrouver à la télévision, pistonné par son frérot.

Ils se partagent en outre la jolie Noémie que Léon a rencontrée le grand soir. Devenue conseillère présidentielle, elle n'arrive pas à choisir entre les deux. Il y a encore Sylvain, un ami d’enfance qui a fait fortune dans le Minitel rose.

Issu du documentaire, Nicolas Castro  propose son premier long-métrage de fiction avec Des lendemains qui chantent où il se plaît à revisiter, sur une période de 20 ans, l'histoire récente de la France et du socialisme, notamment à l'aide d'archives télévises parfois savoureuses. Il évoque l’évolution des mœurs, de la classe politique et des médias, se moquant de Libération et de Serge July, du Nouvel-Observateur et de ses dossiers saisonniers, de Globe l'hebdo branché jusqu'au grotesque.

A travers sa bande de potes typés dont il brosse le portrait, le réalisateur veut dresser une sorte de bilan de la génération Mitterrand, montrant le basculement d’utopistes naïfs vers le libéralisme et le capitalisme. Profitant de l’occasion il tente de tacler tous azimuts, s'appliquant à se payer la gauche caviar, les opportunistes façon Tapie, ou la droite avec son appât du gain.

Vaste sujet. Pas facile pourtant de résumer vingt ans dont deux septennats de gauche en à peine plus d’une heure trente. Nicolas Castro ne fait ainsi qu’effleurer son sujet dans une mini-fresque à vocation comique, qui peine à s’élever à la hauteur de ses ambitions même si elle se veut sans prétention. Il reste dans le gentillet et la caricature, qu’il s’agisse de son scénario ou de ses trois principaux personnages pareillement superficiels, incarnés par Pio Marmai, Laetitia Casta (photo) et Gaspard Proust. Du coup, ça manque de punch. Dommage. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 août. 

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19/08/2014

Cinéma: "Le procès de Viviane Amsalem", kafkaïen divorce à l'israélienne

images[5].jpgAprès Prendre femme en 2004 inspiré de leurs parents et de leur enfance, puis  Les 7  jours en 2007, sur comment vivre ensemble en famille, Shlomi et Ronit Elkabetz proposent Le procès de Viviane Amsalem, dernier volet de la trilogie.

Frère et sœur qui s'adorent se penchent sur le douloureux problème du divorce en Israël, uniquement  prononcé par les rabbins en vertu de la législation talmudique. Pour autant que le mari, détenant plus de pouvoir que les juges en la matière, donne son accord.

Un huis-clos étouffant

C’est ainsi que depuis trois ans, Viviane lutte farouchement pour conquérir une liberté qu’ Elisha lui refuse obstinément pour ne pas devenir la honte du lieu. Cela donne lieu à un huis-clos  étouffant en forme de guerre de tranchées entre les deux conjoints dans un petit tribunal austère aux murs blancs, où les deux réalisateurs dénoncent l’absurdité d’une situation kafkaïenne.

Au tragique de plus en plus grotesque se mêlent quelques touches d’humour, notamment amenées par un pittoresque défilé de témoins. Des protagonistes qui semblent sortis d’une comédie italienne, voisines à l'évidence compatissantes et compréhensives, mais contraintes dans leurs déclarations, compagnons de synagogue d’Elisha et spectateurs acquis à la cause masculine.

La malheureuse héroïne, à qui la remarquable, belle et sauvage Ronit Elkabetz, considérée comme la Magnani israélienne prête son visage, a évidemment le plus grand mal à se faire entendre face aux trois rabbins juchés sur une estrade. Hypocrites et sentencieux, ils cherchent à gagner du temps en repoussant sans cesse leur décision sous de fallacieux prétextes, pour éviter la nuisance que causerait l’éclatement d’un foyer.

Le procès d'un pays

Au-delà du Procès de Viviane Amsalem, ce film passionnant, tendu et plein d’émotion, métaphore de la condition des femmes dans le monde, fait aussi celui d’un pays où il n’existe pas de séparation entre les lois civiles et religieuses, Et où l’inégalité règne à tous les niveaux.

Avec en l’occurrence deux chiffres éloquents. «Si les femmes peuvent aussi refuser le divorce à leur mari, elles sont 200.000 en attente d’une séparation contre… trois hommes», nous apprenait Shlomi Elkabetz de passage à Genève.

images[6].jpg«C’est ce que nous avons voulu montrer à travers ce cas exemplaire. Exposer aux yeux du monde la situation terrible dans laquelle elles se trouvent, attendant parfois pendant vingt ans qu’on les libère enfin d’un mariage dont elles ne veulent plus, d’un homme qu’elles ne supportent plus, qu’elles n’aiment plus.» A l'image d'Elisha dans l'opus, interprété par l'excellent Simon Abkarian (photo).

Peut-être que grâce à ce film, les choses pourraient éventuellement commencer à bouger. Par exemple en créant le débat. Du moins Shlomi l’espère-t-il avec sa sœur Ronit. Tous deux savent pourtant que le chemin est encore long dans ce pays considéré comme le plus démocratique du Moyen-Orient, mais qui se révèle identique aux autres en continuant à appliquer des règles vieilles de 4000 ans ».

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 août

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13/08/2014

Cinéma: "The Way He Looks", éveil d'ados au désir et à la sexualité

imagesCALH4P4M.jpgC’est la fin de l’été à Sao Paulo. Avant la reprise des cours, Leonardo, un ado aveugle de 15 ans, lézarde au bord de la piscine en compagnie de Giovana, sa meilleure amie. Ces deux-là ne se quittent pas, se font des confidences, ont leur petite routine. Elle prend soin de lui, le raccompagne régulièrement à la maison.

Leo est en outre couvé par ses parents, surtout par sa mère qui ne cesse de s’inquiéter pour lui, rechignant à le laisser seul. Cette attention pesante énerve le garçon. En dépit de son handicap, il aspire à l’indépendance et à la normalité. Dans cette optique, il caresse l’idée de s’inscrire à un programme d’échange d’étudiants, qui lui donnerait la possibilité d’aller aux Etats-Unis ou en France.

Il aimerait bien aussi tomber amoureux. En attendant il poursuit sa relation privilégiée avec Giovana, traitée de "canne humaine" par leurs camarades, aussi bêtement cruels et méchants que jaloux de leur complicité. Jusqu’au jour où le beau Gabriel débarque dans la classe. Le duo se mue en trio, mais progressivement leur amitié évolue vers autre chose.

A la faveur d’un devoir commun imposé par la prof d’histoire, Leo attiré par Gabriel commence à prendre ses distances avec Giovana, qu’il fait souffrir. En même temps, perdant ses habituels repères, il se demande comment il peut séduire le nouvel arrivant et savoir s’il lui plaît puisqu’il ne peut pas le voir. 

Un long-métrage adapté d’un court

Sélectionné dans le volet Panorama du festival de Berlin en février, The Way He Looks (en français: Au premier regard) avait décroché le Teddy Award, l’équivalent de la Queer Palm de Cannes. Il est signé du Brésilien Daniel Ribeiro, producteur, scénariste et réalisateur gay de 32 ans, qui a décidé d’explorer la sexualité masculine à travers ses courts métrages.

Son premier long, qui retrace le parcours de cet adolescent à la recherche de sa personnalité et se découvrant une passion pour un jeune de son âge, est d’ailleurs l’adaptation de son court I Don’t Want To Go Back Alone, déjà récompensé à Berlin par l’Ours de Cristal en 2011. On retrouve pratiquement les mêmes protagonistes principaux, qui ont évidemment grandi.

Cela permet à l’auteur, tout en évoquant avec sensibilité, intelligence, douceur et justesse l’éveil des sentiments partagés entre Leonardo et Gabriel, d’aborder sous un angle différent les questions de désir et de sexe. Une jolie réussite à laquelle contribuent les acteurs, tous excellents.

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30/07/2014

Cinéma: "Traumland", drame social entre sexe triste et solitude

imagesCA2P8I1I.jpgProstituée bulgare, Mia, 18 ans et déjà mère d’une petite fille qu’elle a laissée dans son pays, cherche à sortir du trottoir. Mais elle se retrouve chaque soir sur le Sihlquai à Zurich. Y compris la veille de Noël où on est loin des chaleureuses retrouvailles festives ou de l’amour du prochain.

C’est là que Mia rencontre Judith assistante sociale qui s’occupe des travailleuses du sexe et vit ses propres fantasmes avec un policier. Elle voit également un client régulier marié, de bonne famille qui fait voler son couple en éclats.
 
Il y a aussi Rolf, séparé, que sa fille laisse tomber à son tour, ou encore Maria, veuve solitaire qui se décide enfin à inviter Juan, veuf comme elle, pour le réveillon. Elle espère faire éventuellement un bout de chemin avec lui, mais il n’est pas bien remis de la mort de sa femme. Tous sont autant de personnages plus ou moins brisés, à la vie sentimentale entre parenthèses ou en morceaux.

Entre fiction et documentaire, Traumland, drame social déprimant sur la solitude, le sexe triste, le malheur, la frustration, l’adultère ou la trahison, pourrait se dérouler n’importe où ailleurs qu'à Zurich, dans la mesure où il évoque des tranches de vie urbaines en se penchant plus particulièrement sur le milieu de la prostitution.

Il est signé de la réalisatrice helvétique Petra Volpe et notamment interprété par Ursina Lardi (photo), sacrée meilleure actrice lors de la remise des Prix du Cinéma suisse en mars dernier. On y retrouve aussi Marisa Paredes, ex-égérie de Pedro Almodovar dans le rôle de la veuve bourgeoise.

La planète des singes: l’affrontement

images[11].jpgA signaler évidemment la grosse sortie de la semaine que je n’ai pas eu l’occasion de voir pour cause de vacances, La planète des singes: l’affrontement de Matt Reeves. En voici le pitch. Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains survivants d’un virus dévastateur qui s'est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée. Les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.

Fable sur la condition humaine et son déclin, cette nouvelle adaptation du livre de Pierre Boulle, suite directe de La planète des singes: les origines devrait ravir... ou pas les amateurs. Selon les critiques élogieux, il s’agit du blockbuster le plus ambitieux de l’été, une suite sombre et intense à ne pas rater, ou encore un film malin comme un singe. Pour d’autres, on a là un scénario très primate au service d’un film plat et ennuyeux avec acteurs atones, éclipsant bien vite la prouesse technique. Sans inspiration, Reeves fait du surplace. A vous de juger.

Films à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 juillet.

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29/07/2014

Cinéma: "Kumbh Mela, Sur les rives du Fleuve Sacré", raconte le plus grand pèlerinage du monde

faithconnections_03[1].jpgL’an passé, on découvrait la Kumbh Mela réunissant tous les 12 ans plus de 70 millions d’Hindous, venus des quatre coins du pays se baigner dans les eaux sacrées du Gange (photo) pour se purifier et célébrer leurs divinités, grâce à Sâdhu du Suisse Gaël Métroz.

Le film racontait l’histoire de l‘ermite Suraj Baba, isolé depuis huit ans dans une grotte au coeur de l’Himalaya et qui décidait de se rendre à ce gigantesque rassemblement spirituel. Découvrant qu’il ressemblait davantage à une vaste foire commerciale, il voyait du coup sa foi ébranlée.

Avec Kumbh Mela, Sur les rives du Fleuve Sacré, Pan Nalin, cinéaste indien autodidacte, notamment auteur du documentaire Ayurveda: L’art de vivre et du long-métrage de fiction Samsara, deux films ayant connu un large succès, a évidemment aussi placé sa caméra en 2013 au cœur de ce pèlerinage, le plus grand du monde. Large immersion dans une culture différente par le biais d’images saisissantes de foule où se côtoient toutes sortes de personnages, cavaliers, femmes en saris, Sâdhus défilant nus et couverts de cendre, ou soulevant des poids avec leur sexe.

Tout en rendant compte, grâce à certaines scènes tournées pendant 72 heures non-stop, de ce spectaculaire, extraordinaire et impressionnant déferlement humain, encore accentué pour le dernier par un alignement de planètes n’intervenant que tous les 144 ans (quelque 100 millions d’adeptes du 14 janvier au 25 février à Allahabad), l’auteur s’attarde sur quelques individus intrigants.

yugi_enfant_a-a4c71[1].jpgSa caméra suit ainsi un jeune fugueur de 10 ans hésitant entre devenir Sâdhu ou mafieux, une mère désespérée à la recherche de son petit garçon disparu, un maître Yogi qui élève seul un bébé abandonné (photo), ou encore un ascète fumant du cannabis. Il nous montre des hommes, des femmes, des vies hors du commun, dans une volonté notable de trouver un angle qui diffère des nombreuses productions cinématographiques sur le sujet.

Reste que ces destins certes émouvants et le plus souvent liés à l’enfance nous éloignent du thème central et des questions qui en découlent. Dont celles venant immédiatement à l’esprit concernant l’organisation titanesque de la manifestation qui n’est qu’effleurée et surtout la dangerosité de ces innombrables plongées communes dans un fleuve particulièrement pollué. Lors des plus grands bains, il y a en effet jusqu’à trois millions de personnes au bord de l’eau…

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 juillet. 

 



 

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