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07/10/2014

Cinéma: avec l'excitant "Gone Girl", le corrosif Fincher joue les manipulateurs

Gone-Girl-Ben-Affleck-Rosamund-Pike-Entertainment-Weekly-cover[1].jpgDepuis cinq ans, Nick Dunne et la belle Amy semblent filer le parfait amour dans la banlieue chic d’une petite ville ordinaire. Formant aux yeux de leur entourage, le couple idéal. Jusqu’au jour où Nick découvre une pièce de la maison sens dessus-dessous, tandis que sa femme demeure introuvable. Imaginant un cambriolage qui a mal tourné, sinon un enlèvement, il décide de signaler son absence.

L’affaire ne tarde pas à soulever les passions. D’insinuante, la police se fait insistante et les médias s’emballent. Branle-bas de combat, conférence de presse organisée au lendemain de la disparition de l’épouse. Avec Nick posant devant une affiche représentant le visage rayonnant d’Amy. Et il sourit. Un sourire qui sera mal interprété.

Des failles apparaissent. Assailli de questions par les flics, coincé entre les journalistes et ses beaux-parents, Nick s’affole, se met à mentir et à cacher des choses qui cassent petit à petit l’image des époux modèles. Et contribuent surtout à le faire rapidement voir comme le suspect numéro un.

Gone Girl, l'excitant nouveau long-métrage de David Fincher, auteur entre autres de Seven , Fight Club, The Game ou Panic Room, est l’adaptation du roman à succès (2 millions d’exemplaires vendus aux Etats-Unis) de Gillian Flynn, qui a signé seule le scénario.

De Hitchcock à Lynch

De la haute voltige pour ce film transformant le rêve américain en cauchemar, mêlant au drame conjugal le meurtre et le mystère, tout en surfant sur le thriller angoissant sinon absurde, la comédie acide, la satire implacable du règne de l'apparence, du mariage, de l’intrusion vorace des médias voyeurs dans l’intimité des gens, de l’opinion publique versatile, de la justice et de la société en général.

Pendant 2 heures 30 qu’on ne sent pas passer, le corrosif Fincher, passant de Hitchcock à Lynch, joue ainsi avec les genres sur le mode coupable non coupable, en autopsiant la désintégration d’un couple glauque livré en pâture à une Amérique puritaine. Le tout agrémenté de rebondissements destinés à entortiller le spectateur, ravi de se faire prendre dans les filets du talentueux manipulateur.

Le réalisateur a choisi de confier le rôle principal de Nick à Ben Affleck qui, faute d’être un mari parfait, se révèle excellent dans la peau de cet homme trouble, distant, sarcastique. Rosamund Pike est à la hauteur dans celle d’Amy. Tous eux sont contraints de tomber le masque, mais je ne vous en dirai pas davantage pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 octobre

 

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Cinéma: "Mommy", infernale et déchirante cohabitation mère-fils

mommy-de-xavier-dolan-dans-la-course-aux-oscars,M169021[1].jpgChoisi pour représenter le Canada  dans  la course aux Oscars du meilleur film étranger,  lauréat du Prix du jury au  récent Festival de Cannes , Xavier Dolan (photo) avait été  révélé à 20 ans seulement sur la Croisette dans La Quinzaine des réalisateurs avec «J’ai tué ma mère». Il y évoquait  le désamour d’un fils pour l’auteure de ses jours.

Cinq ans plus tard, entré dans la cour des grands avec trois autres longs-métrages dont les excellents Lawrence Anyways» et «Tom à la ferme, l’iconoclaste  prodige québécois veut en quelque sorte prouver le contraire avec Mommy, même s’il n'hésite pas à lui balancer des horreurs. Mais, de taille à se défendre, maman a du répondant à revendre.

Le cinéaste nous plonge en effet dans une relation particulièrement  houleuse entre Steve et sa mère Diane. Adolescent hyperactif, il souffre de graves troubles psychiatriques. Sujet à de violentes et terrifiantes crises, il devient  ingérable au point que l’établissement où il a été scolarisé refuse de le garder.

Diane, une quadra bien roulée, plutôt vulgaire, et fringuée rock, adore son gamin aussi touchant et intelligent qu’agité et insupportable. Elle  refuse de le voir à nouveau interné dans une unité médicale spécialisée et décide de l’élever seule en dépit du danger qu’il représente. Pour  lui et pour elle.

Passion, brutalité et humour vache

De violentes disputes ne tardent pas à rythmer leur infernale cohabitation. Steve et Diane s’affrontent à grand renfort de hurlements hystériques dans un langage de charretier (en français du Québec incompréhensible sans sous-titres), pour se réconcilier dans de déchirantes protestations d’amour.

Très vite leur voisine Kyla, enseignante timide, introvertie, mal dans sa peau et peinant à sortir deux mots de suite, s’immisce dans le couple et agit comme un calmant sur ces deux fous furieux.

mommy_a[1].jpgPour ce mélo frisant parfois l’outrance, saturé de tubes de Céline Dion, Oasis, Dido et Lana Del Rey, où se mêlent passion, brutalité et pathétique sur fond d’irrésistible humour vache, le créatif Dolan a notamment choisi un oppressant format carré. Comme  pour mieux y enfermer son trio. A commencer évidemment par Steve, dont la société ne sait que faire, sinon lui passer la camisole de force. L’image deviendra plus tard panoramique lors d’une scène extraordinaire.

Oscillant entre l’homérique et le cauchemardesque,  ce redoutable combat familial est porté par l’étonnant et talentueux  Antoine-Olivier Pilon (photo), ainsi que la géniale Anne Dorval et la non moins formidable Suzanne Clément. Des fidèles du cinéaste.

Un nouveau projet avec Jessica Chastain

Bluffant touche-à-tout ,  Xavier Dolan qui avait annoncé vouloir faire un break, s’est déjà investi dans un nouveau projet, «The Death And Live Of John F Donovan», son premier film en anglais.

Satire du milieu cinématographique, l’opus racontera l’histoire d’un grand acteur américain qui entretient une correspondance secrète avec un jeune garçon londonien de 11 ans. Jessica Chastain incarnera la machiavélique rédactrice en chef d’un magazine people, avide de faire chuter la star.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 octobre.

 

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01/10/2014

Cinéma: "Pause", une comédie douce-amère du Vaudois Mathieu Urfer

pauseboxprod20146-w540[1].jpgMathieu Urfer, 36 ans, diplômé en scénario de l’ECAL, auteur de plusieurs courts, scénariste de séries pour la RTS et guitariste au sein du groupe Chewy, propose Pause, son premier long-métrage. Il a eu en août dernier les honneurs de la Piazza Grande à Locarno.

Dans cette comédie dont il a composé l’essentiel de la bande originale, le cinéaste vaudois raconte le quotidien de Sami, sympathique loser et musicien désinvolte qui fait de la country avec Fernand, son vieux copain septuagénaire.
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Quatre ans auparavant, Sami a eu le coup de foudre pour Julia, une brillante juriste avec qui il vit depuis. Quelle n’est pas sa surprise lorsque lassée par le manque d’ambition de son compagnon, elle lui demande de faire une pause.

Déterminé à la reconquérir, il tente alors l’impossible pour lui prouver qu’elle est la femme de sa vie. Suivant les conseils improbables de Fernand, alcolo impénitent en dépit ou à cause de la maladie en train de l’emporter et jouant les rebelles au sein de l’EMS dont il est pensionnaire.

Avec Pause qu’il a mis des années à peaufiner, Mathieu Urfer ne se montre pas d'une folle originalité. Il signe néanmoins un joli film romantique à la fois léger et doux-amer, ne manquant par ailleurs pas d’humour. Il va jusqu’à se permettre un amusant clin d’œil au célèbre Shining avec l’apparition soudaine de deux petites jumelles au regard accusateur.

L'opus est de plus porté de bout en bout par le jeune et convaincant comédien lausannois Baptiste Gilliéron (photo). Il donne la réplique à l’excellent André Wilms, acteur fétiche du réalisateur finlandais Aki Kaurismäki et grand comédien de théâtre.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er octobre.

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28/09/2014

Cinéma: Bonello gagne la bataille des "Saint Laurent" avec YSL en proie à ses démons

la-production-de-saint-laurent-de-bertrand-bonello-repoussee,M108199[1].jpgTrès attendu le Saint Laurent de Bertrand Bonello sort, quelques mois après celui de Jalil Lespert, vainqueur de la gué-guerre les opposant. En effet, alors que le jury de Cannes l’a ignoré, il a été choisi par le CNC pour représenter la France dans la course à l’Oscar du meilleur film étranger. Les nominations seront annoncées le 15 janvier prochain.

Cela n’a rien de surprenant. Dès l’entame, une constatation s’impose. Si Lespert livrait avant tout un film d’acteurs, (les excellents Pierre Niney et Guillaume Galienne), Bonello mise, avec la complicité de Gaspard Ulliel et Jérémie Renier sur une mise en scène sophistiquée faite de contrastes, d’allers et retours dans le temps, de montage en split-screen.

A gauche de l’écran par exemple se succèdent des images d’actualité, Mai 68, guerre du Vietnam, de Gaulle, tandis qu’à droite les mannequins descendent les marches de la maison de couture et que s'affichent les dates des collections.

La chute inéluctable d'un génie

En outre, alors que Lespert se concentrait sur l’histoire d’amour entre YSL et Pierre Bergé, son compagnon pendant plus de cinquante ans, l’auteur de L’Apollonide, s’est plus particulièrement penché sur la période 1965-1976. Parallèlement à l’âge d’or côté mode commence la descente aux enfers du héros de l’histoire.

Professionnellement au sommet de son génie et de sa gloire, YSL qui vient de sortir la collection  Mondrian, va créer le fameux smoking pour femmes, alors qu'elles sont encore interdites de pantalon dans les entreprises. Ainsi qu'un parfum. Mais en proie à ses tourments existentiels et aux démons qui le rongent, il sombre sur le plan personnel et ne se relèvera pas. 

saintlaurent01[1].jpgLe film ouvre en 1974. On voit de dos un homme descendre dans un hôtel. Yves Saint Laurent prend une chambre sous le nom de Swan, téléphone à un journaliste et lui raconte sa dépression pendant son service militaire, sa cure d’électrochocs et sa dépendance aux drogues..
 
On pense alors se diriger droit vers le biopic avec flash back à l'appui. Sauf que non. Il ne s'agit pas non plus à proprement parler d'un processus de création même si Saint Laurent dessine de temps en temps. Parfois fiévreusement. Quelques défilés spectaculaires attestent par ailleurs de son immense talent.

Mais qui  ne connaît pas le grand couturier, ne saisira pas vraiment, même au bout de 2h30, l’importance de ce créateur de la transgression en lutte contre les tabous moraux et esthétiques, qui a donné le pouvoir aux femmes et habillé aussi bien la scène que  le cinéma tout au long de sa carrière.

Entre rencontres sordides, shoot et partouzes homos

Gaspard-Ulliel-et-Louis-Garrel-dans-Saint-Laurent-de-Bertrand-Bonello_portrait_w858[1].jpgIl est vrai que l’intention de Bonello est ailleurs, Tandis qu’il nous montre les couturières et les petites mains au travail, la rigueur et la hiérarchie sévère régnant dans l’atelier, Saint Laurent s ’étourdit dans le monde de la nuit.

En pleine autodestruction, YSL erre avec son amant du moment en quête de rencontres sordides, se shootant aux médicaments et à l’alcool, ou se perdant dans des partouzes homos, laissé inconscient et blessé sur un chantier où vient le récupérer Pierre Bergé au petit matin.  
 
Formidable Gaspard Ulliel
 
«J’ai créé un monstre et je dois vivre avec… », dit Gaspard Ulliel formidable en Saint Laurent. Evitant le mimétisme et l’imitation, le comédien ne cherche pas à singer le géant de la couture, mais se révèle juste et vrai dans la voix, la démarche, le comportement, la gestuelle,

On n’en dira pas autant de Jérémie Renier, qui se révèle moins bon que Guillaume Gallienne chez Jalil Lespert.. Assez logiquement dans la mesure où il est réduit, à quelques exceptions près, au rôle ingrat de businessman froid, calculateur, ambitieux. que lui a assigné Bonello. Y ajoutant celui peu flatteur de l’amoureux trompé et moqué à l’occasion. .
 
L’image écornée du mécène explique la polémique entourant les deux opus. Le Lespert a été adoubé par Pierre Bergé qui détient un droit moral sur l’œuvre d’YSL. En revanche il n’a pas donné son approbation à l’adaptation de Bertrand Bonello, tentant même en vain d’empêcher sa réalisation.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 24 septembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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24/09/2014

Cinéma: "Elle l'adore" et on l'aime bien. Avec Sandrine Kiberlain et Laurent Laffite

imagesCAH2QS5S.jpgVincent Lacroix est un chanteur populaire au sommet de sa carrière. L’idole de Muriel, une esthéticienne dont il remplit le quotidien banal et qui ne rate pas un seul de ses concerts. Il le sait, il ne cesse de la voir, bien qu’elle se fasse discrète.

C’est ainsi  qu’un soir, il sonne à la porte de sa plus grande admiratrice pour lui demander de l’aider dans une dangereuse entreprise: faire disparaître le corps de sa compagne, morte accidentellement à la suite d’une violente dispute. Sans se poser de questions Muriel n’hésite pas une seconde, même si sa vie en est chamboulée.

Elle l’adore est le premier long-métrage de Jeanne Henry, 36 images[10].jpgans. Avec dans les rôles principaux Sandrine Kiberlain parfaite en admiratrice à la fois sage et complètement folle, et Laurent Laffite façon Michel Leeb, en petit salopard manipulateur à la fois beauf et cynique pour sauver sa peau.

Jeanne Henry évolue à l’aise dans ce milieu. Il faut dire qu’elle connaît la musique puisqu’elle est la fille de Miou-Mou et de Julien Clerc. Elle nous accroche en nous montrant, c'est crédible, jusqu’où peut aller une fan de célébrité. Et séduit donc avec ce drôle de polar original en forme de comédie noire.

L’opus ne tient toutefois pas absolument toutes ses promesses, en raison d’une intrigue particulièrement tarabiscotéee, virant parfois au farfelu et au loufoque. Des maladresses également du côté de l’enquête avec les problèmes sentimentaux du couple de flics qui en est chargé. Certes les infidélités de Madame ne sont pas sans conséquence en l’occurrence, mais on reprochera à l’auteur la façon de les mettre en scène.

Au final pourtant, l’opus tient la route, le duo Kiberlain-Laffite fonctionne, et on ne s’ennuie pas, bien au contraire. Comme dirait Lucchini c’est énorme après la quantité de fictions calamiteuses que le cinéma français nous a infligées depuis le début de l’année.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 24 septembre.

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23/09/2014

Cinéma: "Leviathan", tableau implacable d'une Russie minée par la corruption

leviathan1[1].jpgUne Russie minée par la corruption, des gens désespérés broyés par la machine étatique. A  l’image de Kolia, un garagiste aspirant à mener une vie sans histoire entre sa femme et son fils d’un précédent mariage, mais dont l’existence est menacée par l’odieux maire du village qui le dépouille, lui prenant son terrain, son garage, sa maison. Prêt à tout, Kolia entreprend un combat illusoire pour tenter de récupérer ses biens.

Avec Leviathan, son quatrième long-métrage, le réalisateur Andrey Zvyagintsev dresse un tableau implacable, glacial d’un pays malade, révélant un quotidien sombre, où règnent en maîtres le chantage, les menaces et la violence physique contre des individus qui refusent de plier devant l’autorité.

Un tragique mêlé d'humour

Un pessimisme qui, même si le tragique l’emporte dans cette comédie sociale noire en forme de thriller mâtiné de parabole biblique, n’empêche pas un humour corrosif au fil de scènes parfois jubilatoires, où les habitants noient leur désespoir dans des litres de vodka.

Dans une première partie particulièrement intense, le réalisateur, se livrant à la critique du régime de Poutine, touche à l’universel en dénonçant les régimes gangrénés par l’argent et qui méprisent les peuples. Dommage qu’il se perde ensuite dans une histoire confuse d’adultère. Un reproche relativement mineur, face à l’excellente mise en scène, une brillante interprétation et l’imposante beauté de ce paysage du nord de la Russie. 

images[4].jpg"Mon pays est magnifique"

De passage à Genève, Andrey Zvyagntsev parle avec passion de ce film qui lui a valu le Prix du scénario au dernier Festival de Cannes. Il dément avoir voulu montrer une Russie malade. "Mon pays est magnifique. Mais parfois on a moins de chance et des difficultés".

"Leviathan est un miroir réaliste de ce qui se passe, même si je force un peu le trait. L’idée m'est venue d’un fait divers qui s’est déroulé en Amérique, dans le Colorado. Un homme simple a été confronté à l’Etat. Victime d’une injustice, il a été humilié par le pouvoir et a répondu en se révoltant".

-Votre film représente le lien conflictuel que l’individu noue avec l’Etat tout puissant. Un monstre nécessaire?

-Oui, sinon on revient aux cavernes, aux cannibales.

-Vous n'accusez pas moins l’omniprésence d’une classe politique aux méthodes mafieuses, une justice aux ordres, une Eglise avide de pouvoir.

-Il y a malheureusement des gens qui alimentent ce système, pour qui la situation est très confortable. Quand un fonctionnaire  me demande pourquoi je tourne des films aussi noirs, je lui dis que je ne créée pas  l’image. Je ne fais que refléter ce qui existe.

-Vous portez aussi un regard sans indulgence et sans pitié sur vos compatriotes.

La vérité fait mal aux yeux. La pilule est amère et on n’a pas envie de l’avaler. Toutefois, elle apporte la guérison. L’humain a besoin de voir la vie telle qu’elle est.

-Ils sont le plus souvent ivres, noyant leur mal-être dans la vodka. Est-ce une sorte de passeport pour l’oubli ?

-Je pense que les Français boivent autant que les Russes. Les Suisses aussi peut-être… Un passeport pour L‘oubli ? Pourquoi pas ? Que voulez-vous faire d’autre dans certaines situations ?

-En même temps, les Russes sont des êtres fiers.

-C’est vrai, mais il s’agit d’une fierté irréfléchie, irrationnelle instinctive. Certains sont par exemple enchantés des sanctions européennes. Vous ne voulez pas nous livrer du fromage de chèvre ? Très bien, on vous coupe le gaz. On va survivre sans vous. 

-Il y a cette longue scène où la maison de Kolia est entièrement détruite. Une métaphore, un symbole que ce saccage? 

-Non. C’est juste un fait. Toute une vie est passée dans cette maison. Il y a eu beaucoup de vodka, beaucoup de larmes, beaucoup d’amour Et tout d’un coup il n’y a plus rien. En même temps on pourrait voir cela comme une ouverture sur autre chose.

-Un nouveau film?

-Oui, bien sûr. Le cinéma, c’est ma vie. Sans lui, je ne peux tout simplement pas exister.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 septembre.

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17/09/2014

Cinéma: "Bon rétablissement", avec Gérard Lanvin cloué dans un lit d'hôpital. Laborieux

images[8].jpgJean-Becker, 81 ans, n’arrête pas de tourner. Cinq films depuis 2007. Après La tête en friche adapté du roman de Marie-Sabine Roger, il a convoqué ,avec la complicité de la même écrivaine et de Jean-Loup Dabadie, Gérard Lanvin pour lui offrir un séjour à l’hôpital.

Après avoir été renversé par une voiture, accident dont il ne garde aucun souvenir, projeté dans la Seine et sauvé par un jeune prostitué qui tapine pour payer ses études, Pierre se retrouve cloué dans un lit, la tête bandée et une jambe plâtrée.

La soixantaine, Pierre est un vieux grincheux qui ne cesse de s’énerver et de râler contre tout, les gens, la bouffe, les soins, l’interdiction de fumer. Jean Becker s’évertue ainsi à nous montrer les malheurs quotidiens et les petites humiliations d’un patient aspirant au calme et à la solitude et devant subir au contraire les visites parfois humiliantes des infirmières, du grand patron arrogant et de ses internes aux ordres.

Sans oublier celles de ses proches dont son frère Hervé (Jean-Pierre Darroussin pas au mieux de sa forme), avec leur lot de gags téléphonés et de conversations d’un rare inintérêt, ou les incursions d’une grosse adolescente insupportable qui vient squatter son ordinateur. Car résolument moderne, le cinéaste réserve même des entretiens via skype de Pierre avec un vieux copain, en l’occurrence Daniel Guichard, carrément pathétique.

Pour couronner le tout, ne voilà-t-il pas qu’on assiste au retour inespéré d’un ancien amour. De quoi permettre à notre ours mal léché de s’attendrir, de s'ouvrir peu à peu aux autres, à la vie, de s’humaniser, bref de renaître. Allons-y pour les violons.

Jean-Becker, qui a tendance à se plaindre de la critique française peut être satisfait. Une tournée du net montre qu’une bonne partie d’entre elle salue ce film "doux-amer, humaniste, revigorant, émouvant, plein d’humour et aux dialogues truculents". Le Figaro va jusqu’à écrire qu’il "se penche au chevet de la France en cette période de pessimisme généralisé". Histoire de remonter le moral de ses compatriotes, en servant  de remède à la morosité ambiante, comme l’espère lui-même l’auteur.

Ne l'ayant trouvé ni drôle, ni touchant, ni bien interprété, ni bien dialogué, mais au contraire aussi laborieux que consternant, j’avoue qu’après avoir vu l'opus, le mien, de moral, était à zéro. Il m’a fallu Pride, où les gays londoniens volent au secours des mineurs gallois, pour lui faire reprendre de l’altitude...

Film à l‘affiche dans les salles romandes dès mercredi 17 septembre.

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Cinéma: Benoît Jacquot déçoit avec "3 coeurs" malgré un casting cinq étoiles

images[5].jpgEn déplacement professionnel en province, Marc rate le train pour rentrer à Paris. A la recherche d’un hôtel, Il rencontre Sylvie. C’est le coup de foudre, ils se promènent dans les rues désertes, passent la nuit ensemble et il lui donne rendez-vous au jardin des Tuileries quelques jours plus tard.

Sylvie s‘y rend, mais Marc, victime d’un malaise cardiaque, le manque. Il retourne alors la chercher, mais tombe amoureux d’une autre, Sophie, sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie et finit par l’épouser. Lorsqu’il s’en rend compte, Marc est dévasté…

Pour son dernier film, 3 cœurs, Benoît Jacquot s’est entouré de Benoît Poelvoorde, Charlotte Gainsbourg, ainsi que Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve, fille et mère à la fois à l’écran et à la ville. Mais l’histoire contrariée par le destin que nous raconte le réalisateur n’est pas à la hauteur de cette distribution cinq étoiles.

Pourtant l’idée de cet étrange triangle était fascinante et, sur le papier, ce mélo à la Douglas Sirk en forme de thriller sentimental surfant sur une note fantastique et une musique lyrique de Bruno Coulais promettait beaucoup.

Mais le cinéaste qui a tant séduit, notamment dans Les Adieux à la reine, sans doute son meilleur film déçoit avec un scénario bancal où, tout en scrutant son monde avec un certaine ironie et un brin d’humour,  il accumule les invraisemblances et les incohérences. En s’efforçant de les justifier, jusqu’au dénouement évoquant ce qui aurait pu se passer, mais qui n’est pas arrivé…

Côté acteur, rien à redire sur la prestation de Charlotte Gainsbourg et Chiara Mastroianni représentant à elles deux une sorte de femme idéale, ainsi que celle de Catherine Deneuve même cantonnée à un second rôle de belle-mère bourgeoise concoctant de bons petits plats. On n’en dira pas autant de Benoît Poelvoorde, une erreur de casting, Il apparaît en effet peu convaincant en inspecteur des impôts torturé, capable d’éprouver et d'inspirer une folle passion. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 septembre.

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Cinéma: "Pride", les gays londoniens au secours des mineurs gallois. Irrésistble

images[3].jpgGrande-Bretagne, 1984. L’été s’annonce chaud pour le gouvernement Thatcher. En colère contre la politique de la redoutable dame de fer, le Syndicat des mineurs vote la grève.

Emus par la situation financière dramatique des ouvriers et de leurs familles, un groupe d’activistes homos des deux sexes organise une collecte pour les aider à l’occasion de la Gay Pride à Londres. 

 Malaise au sein de la puissante Union, dont la majorité des membres sont plutôt enclins à refuser ce soutien aussi inédit qu’embarrassant. Qu’à cela ne tienne. Plus déterminés que jamais, les militants gays embarquent à bord d’un minibus pour aller remettre eux-mêmes l’argent récolté aux grévistes d’un bled minier au fin fond du Pays de Galles, la région la plus pauvre du Royaume-

Le rapprochement l’emporte sur l’ostracisme pudibond

Là encore c’est un sacré choc des cultures. La main tendue d’homosexuels urbains aux virils et bourrus Redneks du terroir gallois, de surcroît peu habitués à croiser ce genre de personnes au pub du coin, ne va pas forcément de soi. Sans oublier l’apparition du sida qui les stigmatise encore davantage en en faisant des citoyens de seconde zone.

Mais grâce à quelques énergiques et maternelles maîtresses femmes qui ne tardent pas à adopter les petits gays de la ville, le rapprochement l’emporte sur l’ostracisme pudibond. Les deux communautés que tout oppose finissent inéluctablement par s’unir pour combattre l’ennemi en tendant vers les mêmes buts: déstabilisation du gouvernement, revendication des droits, de l’égalité, volonté de faire tomber tabous et préjugés.

Une histoire vraie

C’est un moment véridique et méconnu de l’histoire syndicale de l’époque, dont se sont emparés avec bonheur le réalisateur Matthew Warchus, metteur en scène de théâtre qui propose ici son deuxième long-métrage et le scénariste ouvertement gay Stephen Beresford. Tous deux nous livrent le meilleur du savoir-faire anglais dans le genre à la faveur de scènes le plus souvent irrésistibles et jubilatoires.

S’il leur arrive de céder à la facilité, au cliché cocasse, au stéréotype de l’ado en mal d’identité ou de la chaisière corsetée, ils n’oublient pas la dimension sociale et sociétale de leur propos en brassant avec une finesse empreinte de gravité, voire de noirceur, les nombreux thèmes qui traversent Pride  Homophobie, activisme, remise en question, tolérance (ou non), et surtout cette grande solidarité en temps de crise, qui fait largement écho aux problèmes actuels.

Attachante, généreuse, assaisonnée de dialogues caustiques, Pride s’inscrit dans la lignée des Full Monty, Virtuoses ou autres We Want Sex Equality. Pour la porter, ses auteurs ont choisi des anciens comme l’impeccable Imelda Staunton ou Bill Nighy en ouvrier cultivé frôlant le BCBG, ainsi que des excellents nouveaux à l’image de George Mackay et Ben Schnetzer.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 septembre. 

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10/09/2014

Cinéma: "Les Recettes du bonheur", de la tambouille à l'américaine

2278654-concours-les-recettes-du-bonheur-20-places-de-cinema-et-30-tabliers-a-gagner[1].jpgCuisinier d'exception malgré son jeune âge, Hassan Kadam fuit avec les siens la violence qui sévit en Inde. Ils ont tout perdu et débarquent dans le sud de la France pour tout recommencer. Trouvant l’endroit idéal dans un charmant petit village, ils peuvent bientôt ouvrir l’établissement de leurs rêves.

Manque de chance, La Maison Mumnbai est située juste en face d’un restaurant haut de gamme qui attend sa troisième éltoile au Michelin, Le Saule Pleureur. Il est dirigé d’une main de fer par la redoutable et hautaine Madame Mallory, qui ne veut rien savoir de ses voisins. C’est le début d’une lutte impitoyable entre les deux institutions sur fond de parfums exotiques et de haute gastronomie française.

Inutile de dire que suite à des développements sentimentalo-culinaires plus téléphonés les uns que les autres, la guerre ne va pas durer dans cette fable laborieuse d’une indicible fadeur, où Lasse Hallström nous sert des bons sentiments à la louche et des clichés à la pelle, sous prétexte de tolérance, de respect mutuel, de diversité culturelle.

En tête d’affiche pour tenter vainement d’épicer cette calamité, on trouve Helen Mirren censée incarner (en anglais!) le sommet de la restauration hexagonale. On souffre pour la brillante actrice oscarisée de The Queen, qui donne la réplique à la Québécoise Charlotte Le Bon, sa sous-chef en l’occurrence, l’Américain Manish Dayal dans le costume du chef (photo) et au pathétique comédien indien Om Puri en père du génie. Sans oublier Michel Blanc, venu se goinfrer  pour cachetonner en douce !

small_696154[1].jpgSex Tape, le flop aux Etats-Unis

Mais pire que la cuisine française à l’américaine, il y a le sexe à l’américaine. Avec Cameron Diaz qui poursuit sur sa lancée après le gel coiffant au sperme dans Mary à tout prix et son grand écart orgasmique sur le pare-brise d’une voiture dans Cartel. Et Jason Segel en parfait abruti avec zéro sex-appeal.

Pour ranimer la flamme après dix ans de mariage et deux enfants, tous deux ont l’idée de filmer leurs ébats amoureux avec leur IPad. Mais la sex-tape a été malencontreusement envoyée via le cloud à leur entourage et le couple passe le reste du film à tenter de récupérer cette fichue vidéo qui, plus grave, risque de de se retrouver sur YouPorn.

Une comédie qui se veut olé, olé, grivoise, sinon trash et X, se vantant de la scène de sexe la plus acrobatique jamais vue à l’écran. Mais c’est juste un film bruyant signé Jake Kasdan  d’une consternante vulgarité et d’un rare ennui, surfant sur les scandales du genre chez les célébrités hollywoodiennes et le placement de produit. Et comme il y a parfois une justice, il fait logiquement un flop aux Etats-Unis.

Films à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 10 septembre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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