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03/12/2014

Cinéma: "La French". avec le duo Jean Dujardin et Gilles Lellouche

imagesCAZTAS2N.jpgInspiré de faits réels, le deuxième long-métrage de Cédric Jimenez nous plonge dans le Marseille des seventies, en évoquant l’affrontement entre le fameux juge du grand banditisme Pierre Michel et Gaëtan Zampa, redoutable et intouchable parrain de la pègre du cru.

Débarqué de Metz dans la cité phocéenne avec femme et enfants, le jeune magistrat, alias le cowboy, part pour son malheur en croisade contre la French Connection, organisation mafieuse exportant de l’héroïne dans le monde entier. 

L’auteur adopte tous les codes du film de gangsters avec figures emblématiques côté milieu et côté justice, hommes de main, lutte de pouvoir pour s’approprier le marché de la drogue, flics ripoux et politiques corrompus. Il ne cache par ailleurs pas son admiration pour les cadors du genre, de Martin Scorsese à Michael Mann. En passant évidemment par William Friedkin, LA  référence en l’occurrence. En 1971, il signait son chef d'oeuvre avec French Connection, où il décrivait les choses sous l'angle américain, tandis que Cédric Jimenez l'aborde du point de vue hexagonal.

Pas facile pourtant de rivaliser avec Les Affranchis, Casino ou autres Heat. Ecrasé par le poids de ses idoles, Cédric Jimenez propose ainsi un polar français à l’américaine qui, sans grande surprise, n’est pas à la hauteur de ses modèles. 

Fourre-tout et manque de rythme

La French souffre notamment d’un manque de rythme. En dépit d’une réalisation qui se veut dynamique, le film se traîne plus ou moins pendant 2h15, pour finir par rater la mise à mort attendue de Pierre Michel. Logique dans la mesure où l’auteur court (enfin si l’on peut dire…) plusieurs lièvres. Brassant pêle-mêle les dessous du trafic d‘héro et son démantèlement, la vie de famille sacrifiée, la biographie du juge assassiné mâtinée du portrait d’un homme qui évacue sa dépendance au jeu dans une traque obsessionnelle au malfrat, lui aussi plus ou moins sous examen de la part du metteur en scène. 

Résultat, un côté fourre-tout pour ce film noir, dont la principale réussite est la reconstitution importante et minutieuse de l‘ambiance de Marseille à l’époque. Avec photographie vintage à l’appui. En résumé donc, un polar assez bourrin réalisé par une sorte de copieur s’appliquant à faire ce qu'il peut. L’ensemble est à l’image de l’interprétation des deux têtes d’affiche Jean Dujardin et Gilles Lellouche, qui sont un peu à Al Pacino et De Niro (surtout Lellouche) ) ce que la Twingo est à la Ferrari.

Les personnages secondaires peinent carrément à exister, comme Benoît Magimel ou le malheureux  Gérard Meylan. Quant aux femmes, elles font de la figuration, à l’instar de Céline Sallette et Mélanie Doutey, respectivement compagne des deux héros de l'histoire. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 décembre.

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02/12/2014

Cinéma: Mike Leigh raconte "Mr Turner", le peintre de la lumière

images[3].jpgMike Leigh revient avec Mr Turner, consacré à l’un des plus célèbres peintres britanniques, précurseur des impressionnistes, né Joseph Mallord William Turner en 1775 et mort en 1851.

Evoquant les 25 dernières années de celui qui fut si justement surnommé le peintre de la lumière, le grand cinéaste capte ses deux visages. Celui d’un artiste visionnaire qui a laissé une œuvre admirable avec des ambiances extraordinaires frisant parfois le fantastique, et celui de l’homme «très mortel» personnage complexe et tourmenté, dévoré par son art et ses blessures.
 
Il habite avec son père qu’il adore, son confident qui lui sert aussi d’assistant et une gouvernante  dévouée, s’immisce chez les lords, fréquente les bordels et entreprend de nombreux voyages qui nourrissent son inspiration. La mort de son père l’affecte terriblement et il se renferme comme un petit garçon. Sa vie est aussi rythmée par les visites qu’il rend à sa maîtresse, propriétaire d’une pension de famille au bord de la mer.
 
Cet homme hors normes, autodidacte, instinctif, à la fois rustre et doté de grandes capacités intellectuelles était victime, en dépit de sa célébrité, de sarcasmes et de railleries  émanant aussi bien du public que de l’establishment.
 
Mike Leigh nous le montre renfrogné, taiseux, irascible, désagréable. Et vilain. Un contraste saisissant avec la beauté de ses paysages et de ses marines. Ce héros peu attachant a de surcroît de grosses difficultés à s’exprimer. Au lieu de parler, il grognait comme un animal.
 
Il est incarné par Timothy Spall, un fidèle de Leigh, qui se glisse à merveille dans la peau de ce drôle de gros petit bonhomme. Sa performance lui a valu le prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes où le réalisateur figurait pour la cinquième fois en compétition. "Afin de ne pas être ridicule à l’écran, j’ai pris du temps, deux ans, pour apprendre à dessiner et peindre", révélait le comédien lors de sa conférence de presse sur la Croisette.
 
Sur fond de film social évoquant le quotidien trivial d’un Londres du milieu du 19e siècle, notamment peuplé de gens plutôt moches et sales, le cinéaste rend hommage à l’artiste à sa condition, au mystère et à l’exaltation de la création.
 
Malgré son talent, les qualités formelles et visuelles d’une œuvre ambitieuse, sublimée par la photographie du chef opérateur Dick Pope, on peine à s’enthousiasmer véritablement pour ce biopic classique et très long (2h29), où Mike Leigh a tendance à ronronner.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 décembre.

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26/11/2014

Cinéma: "Marie Heurtin" sauvée de son isolement par une religieuse

un-film-sur-marie-heurtin-sourde-muette-et-aveugle[1].jpgInspiré de faits réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19e siècle, le film raconte l’histoire de Marie Heurtin, née sourde, muette et aveugle en 1885. A 14 ans, elle est incapable de communiquer.

Son père, un modeste artisan qui refuse de la faire interner dans un asile comme le lui conseille un médecin, la confie aux religieuses de l’institut de Larnay, près de Poitiers.

Tandis que la Mère supérieure manifeste sa désapprobation et se montre très sceptique sur les chances de libérer l’adolescente emmurée, sœur Marguerite est persuadée du contraire. Elle décide de s’occuper de Marie et met au point une méthode, toujours utilisée aujourd’hui, basée sur le toucher.

Commence alors un lent, long, frustrant et éprouvant apprentissage sur fond d'intense et violent combat, notamment physique, entre ce «petit animal sauvage» et l’infatigable sœur Marguerite. A la fois douce et énergique, elle fait preuve d’une infinie patience pour sortir son élève de son isolement total.

On craignait le trop plein de bons sentiments dans ce drame émouvant. Certes le film n’en manque pas, mais son auteur Jean-Pierre Améris, à qui on peut reprocher une réalisation convenue, se montre le plus souvent sobre et pudique dans le traitement de son sujet. La réussite de Marie Heurtin tient toutefois d’abord à l’interprétation. Révélation, l’excellente Ariana Rivoire, jeune sourde non professionnelle, donne la réplique à une lumineuse Isabelle Carré.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 novembre.

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25/11/2014

Cinéma: avec "Nightcrawler", Dan Gilroy offre à Jake Gyllenhaal le rôle de sa vie

images[4].jpgEn train de voler du métal Louis Bloom, petit truand minable, se laisse surprendre par un gardien. Remarquant une montre clinquante qui lui plaît à son poignet, il assomme froidement le malheureux pour la lui prendre. Plus tard, il se retrouve au bord d’une voie rapide, où vient de se produire un accident mortel de voiture.

Débarque alors sur les lieux un cameraman sans scrupule qui mitraille complaisamment les victimes pour revendre des images choc aux chaînes de télé avides de mettre du sang à la une. 

Déclic dans le cerveau de Louis qui décide de se procurer une caméra. Dès lors branché sur les fréquences radio de la police qu’il pirate, il sillonne Los Angeles en traquant sans relâche le spectaculaire et le sordide, que lui achètent les TV locales. Ses prix ne tardent pas à grimper, allant de pair avec son irrésistible ascension dans ce milieu frelaté, tandis que la morale journalistique prend le chemin inverse. 

Critique non pas nouvelle mais néanmoins acerbe de journaux télévisés ou tabloïds aux relents fétides, Nightcrawler qui égratigne également le mythe du self made man, est le premier long-métrage de Dan Gilroy, notamment coscénariste de The Bourne Legacy et de Michael Clayton.

Pour ce polar intelligent à haute tension, immoral, féroce, noir sinon macabre, le cinéaste propose une réalisation parfois bluffante, telle une poursuite en voiture démente qui n’a pas tardé à lui valoir une comparaison flatteuse avec le cultissime Drive.

Mais surtout Dan Gilroy offre à Jake Gyllenhaal le rôle de sa vie. Tout est vu à travers le regard un peu fou de l‘acteur à la peau pâle. Inquiétant, calculateur, sans états d’âme, presque désincarné, il est absolument parfait dans ce rôle de salaud, d’ordure, de vampire sociopathe à l’humour vache, d'ignoble chasseur prêt à tout pour décrocher un scoop.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 novembre.

 


 

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19/11/2014

Cinéma: "Un illustre inconnu" ou la folie du double, avec Mathieu Kassovitz

images[4].jpgAprès le gros succès du Prénom, Matthieu Delaporte et son complice Alexandre De La Patellière se sont attaqués au registre bien différent du phénomène de la dépersonnalisation dans Un illustre inconnu. Ils évoquent la quête effrénée d’identité d'un curieux individu prêt à tout pour exister.

Solitaire, terne, taiseux, peu gâté par la nature, passant inaperçu sinon invisible, Sébastien Nicolas a une obsession: être un autre.

Agent immobilier quelconque mais au grand talent de maquilleur, il profite des visites d’appartements qu’il organise pour entrer dans la vie de ses acheteurs et se l’approprier pour un temps. Mais comme il manque d’imagination, il recherche l’imitation parfaite avant tout, suivant ses «proies», les observant, s’exerçant à la copie vocale et physique bluffante.

Car ce qui l’intéresse, ce sont ces existences par procuration qui lui donnent du plaisir. Une usurpation méthodique, minutieuse, ingénieuse, sans la moindre motivation criminelle, comme par exemple la falsification des papiers, le vol, ou pire, le meurtre. Du moins au début.

C’est donc ce qui rend le personnage de Sébastien Nicolas à la fois fascinant et inquiétant. Jusqu’au jour où il croise un vieux violoniste autrefois célèbre. L'artiste déchu devient son chef d'œuvre, mais le film bascule dans le mélodrame, la police s’en mêle, et l'intrigue perd son côté machiavélique. En même temps on déplore quelques incohérences, quelques longueurs, ainsi que des approximations malencontreuses dans le grimage du héros. 

Pas facile de surfer de bout en bout sans accroc sur le thème du double qui passionne le cinéma depuis toujours. A relever en revanche la performance d’acteur de Mathieu Kassovitz, (photo) excellent dans le rôle de cet illustre inconnu trouble, mythomane, schizophrène, pathologique et psychopathe.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 novembre.

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18/11/2014

Cinéma: "Der Kreis", exception gay dans le Zurich des années 50

2348_230512_the-circle46[1].jpgAprès un Teddy Award et le prix du public à la Berlinale, le docu-fiction de Stefan Haupt a été choisi par la Suisse pour la course à l’Oscar du meilleur film étranger. 

Der Kreis se déroule dans le Zurich des années 50. Tout en nous laissant pénétrer dans l’une des premières communautés de libération des homosexuels, le film est centré sur le couple formé dans la vraie vie par Röbi Rapp, garçon extraverti coiffeur le jour, artiste travesti la nuit, et Ernst Ostertag, issu d’une famille psychorigide, enseignant dans une école de filles et redoutant de s’assumer. 

Ces deux hommes de milieux différents tombent fous amoureux lors de leur rencontre au sein de la revue gay trilingue «Der Kreis-¬Le Cercle- The Circle», publication unique au monde et seul réseau du genre fondé en 1940 à avoir survécu au régime nazi.

N’ayant pas l’équivalent du redoutable paragraphe 175 allemand et ne pénalisant donc pas les relations homosexuelles adultes, la  Suisse constituait une exception en Europe, sinon une sorte d'Eldorado pour le milieu. Le cercle était distribué anonymement à quelque 2000 abonnés, dont 700 à l’étranger, avec l’accord de la censure helvétique.

Mais cette terre de liberté même relative, s’est brutalement heurtée au durcissement conservateur, trouvant un écho au niveau fédéral. En 1957, un meurtre sordide déclenche une campagne médiatique homophobe. Acharnement policier, humiliations, menaces et dénonciations finisssent par avoir la peau du magazine dix ans plus tard, tandis que les homosexuels zurichois ou soupçonnés tels, devinrent les victimes d’une répression violente.

Apogée et déclin de la revue

Tout en luttant avec force et courage pour vivre leur passion, Röbi et Ernst assistent à l’apogée et au déclin du Kreis, dont les membres organisaient de grandes soirées de danse et de chansons dans un club underground, le Theater Neumarkt, attirant les gays d'Europe, voire d’Outre-Atlantique.

images[2].jpgEntre fiction et documentaire, l’opus rendant compte d’une dure bataille pour les droits humains, est émaillé de passionnants documents d’époque et de témoignages des deux principaux protagonistes (photo) qui furent, dans les années 1990, le premier couple homo suisse officiellement marié.

La  réussite du film, qui tient surtout à son sujet mais également au jeu des deux comédiens jouant Röbi et Ernst (Sven Schelker et Mathias Hungerbühler), renvoie aux progrès réalisée n Occident dans l'ouverture des esprits mais également à ce qui se passe aujourd'hui dans de nombreux pays, où les choses virent à la tragédie. Il montre également qu’il faut toujours se battre pour conserver des libertés jamais définitivement acquises. 

Les membres du Cercle se trompaient lourdement en imaginant que la société des fifties était mûre pour octroyer les mêmes droits aux couples de même sexe. Il suffit de penser à la « Manif pour tous » qui continue à mobiliser en France en dépit de la loi Taubira.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 novembre.

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12/11/2014

Cinéma: "Serena" mise tout sur Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. En vain

serena-les-premieres-images[1].jpgUn couple star, un lourd secret, une romance conjugale virant à la tragédie sur fond de nature sauvage et de Grande Dépression. Bref, tout pour plaire. C’est pourtant l’inverse.

Nous sommes en 1929. Le riche George Pemberton rencontre Serena, jeune beauté blondissime, cavalière émérite farouchement indépendante. C’est le coup de foudre, nos deux passionnés ambitieux convolent et vont s’installer en Caroline du Nord, bien déterminés à faire fortune dans l’industrie du bois.

Serena n’a pas l’intention de jouer les femmes au foyer. Se montrant l’égale des hommes, elle codirige l'entreprise d’une main de fer, imposant le respect en terrorisant les ouvriers et en ne laissant personne se dresser en travers de son chemin.

En même temps, elle souffre terriblement de ne pouvoir avoir d'enfant. C’est dire si minée par une jalousie féroce et transformée en furie, elle ne reculera devant rien en découvrant une photo, synonyme pour elle de trahison. Pendant que l’homme de sa vie, au supplice, tente platement d'éviter les ravages d'une vendetta aveugle.  

Serena, inspiré d’un roman de Ron Rash et réalisé par la Danoise Susanne Bier, réunit pour la troisième fois Bradley Cooper et Jennifer Lawrence après Happiness Therapy et American Bluff. Glamour, mais mariés pour le pire plutôt que pour le meilleur en l’occurrence, on l’aura compris.

S’ils surjouent des émotions qu'ils ne savent pas faire passer malgré de louables efforts, à l'image de Jennifer Lawrence dont on ne ressent à aucun moment la sauvagerie, les deux comédiens ne sont pourtant pas les seuls responsables du ratage de cette saga hollywoodienne, davantage victime d’un scénario poussif, d’une mise en scène laborieuse. Et ce ne sont pas quelques scènes de sexe inutiles mais se voulant torrides qui sauvent ce western en forme de thriller à suspense... où tout est donné d'avance.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre. 

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Cinéma: "Love is Strange" pour un couple homo "just married" à New York

Love-is-Strange-interdit-aux-moins-de-17-ans-aux-USA-parce-qu-il-met-en-scene-un-couple-gay_portrait_w532[1].jpgGeorge enseigne la musique, Ben est peintre. Ils s'aiment et, vivant ensemble depuis 39 ans, décident de se marier. Cérémonie idyllique à Manhattan suivie d’une joyeuse petite fête. Mais les lendemains déchantent quand George est licencié par le prêtre de l’école catholique dont il dirige la chorale.

Du coup, sans son salaire, les deux hommes n’arrivent plus à rembourser le prêt de leur appartement. Ils sont contraints d’habiter chacun de leur côté chez des amis ou des proches, d’accord de les héberger jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à un prix abordable. Pour ces compagnons qui ont construit un quotidien à deux, attendant quatre décennies que l‘état de New York leur accorde le droit de convoler, commence une douloureuse vie loin l’un de l’autre.

Tandis que George emménage chez deux policiers gay, Ben se retrouve à Brooklyn chez son neveu, sa femme et leur fils ado dont il partage la chambre. Une cohabitation intergénérationnelle précaire, avec toutes les tensions que cette situation provoque.

Pour son sixième film Ira Sachs, ouvertement homo, chroniqueur de la communauté new-yorkaise et programmateur d’un ciné-club queer, s’inspire de deux cas réels. Prouvant ainsi que les préjugés pesant sur les couples de même sexe ont la vie dure en dépit de la loi.

Love Is Strange a par exemple été classé R (Restricted) par la Motion Pictures Association of America  (MPAA), ce qui signifie qu’il est interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte. Et cela sous prétexte d’un langage vulgaire. Dans ce cas toutes les grossières comédies «pipicaca» dont le public américain est si friand devraient subir le même sort. Mais il est vrai qu’elles mettent en scènes des couples hétéros… Du coup la MPAA a été accusée d’homophobie.

Et pour cause, Ira Sachs évitant toute scène explicite. Ses deux héros dorment certes ensemble, mais  habillés dans deux scènes. Le but du réalisateur est surtout de parler subtilement d’amour et de transmission, en proposant une romance émouvante, douce-amère, pudique, drôle et pleine de tendresse. Elle est formidablement interprétée par Alfred Molina et John Lightgow (photo), le père d’Ann Hathaway dans Interstellar.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre.

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11/11/2014

Cinéma: Romain Duris se sent femme dans "Une nouvelle amie", signé François Ozon

7391415289327[1].jpgDavid vient de perdre sa femme Laura. Il est inconsolable, tandis que Claire, l’amie d’enfance de Laura,  sombre dans la déprime. Chacun vit son deuil de son côté jusqu’au jour où Claire décide de reprendre  contact avec David.

C’est alors qu’elle découvre qu’il se travestit en cachette pour prendre la place de la morte. Portant ses vêtements, coiffé d’une perruque blonde, il donne le biberon à sa petite fille. Glissant ainsi du père à la mère, il explique à Claire que c’est pour rassurer le bébé en manque de présence maternelle.

D’abord troublée, Claire accepte cette étrange situation, trouvant en David une amie de substitution se prénommant désormais Virginia. Leur relation évoluant, elle l’aide à assumer une transformation qui la ramène elle-même à la vie. Cela passe par de savoureuses et joyeuses séquences de sortie en boîte entre filles, de shopping et d‘épilation du bas du dos. 

Entre mélo et comédie, ce récit questionnant avec humour, ironie et finesse le genre, la différence, la tolérance, joue sur les apparences tout en surfant sur le sujet du mariage pour tous. On peut certes reprocher à François Ozon une vision parois exagérée, quoique récurrente chez lui de la féminité, en véhiculant quelques clichés et en flirtant avec la caricature. Il nous montre ainsi un Romain Duris en robe rose moulante, outrageusement maquillé, ondulant sur ses talons aiguille.  

Mais on relèvera surtout une fascination pour l’ambiguïté dans cet opus aux décors à la fois réalistes et stylisés, librement adapté d’un texte de la romancière anglaise Ruth Rendell, The New Girlfriend, parue en 1985. Opérant quelques emprunts à Cukor, Sirk, Almodovar ou Xavier Dolan, le cinéaste explore les mutations de l’identité sexuelle dans un thriller à l’ambiance hitchcockienne pimentée d’un érotisme un rien pervers.

Une jolie réussite que l’auteur doit notamment à ses comédiens. Romain Duris livre une remarquable performance dans le rôle de ce papa veuf se sentant femme et avide de se voir reconnu comme telle. On admire par exemple la perfection du geste et la sûreté du pied, lorsqu’il descend théâtralement un escalier façon diva.

Anaïs Demoustier se révèle également très convaincante. Réticente au point de traiter David de malade, elle le suit rapidement dans ses petits jeux, comme s’ils la libéraient de ses propres tendances lesbiennes refoulées. Venant compléter le casting, Raphaël Personnaz interprète Gilles, le mari de Claire. Un sympathique compagnon, joli garçon sans équivoque. Quoique…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre.

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04/11/2014

Cinéma: "Interstellar", une nouvelle odyssée de l'espace trop... terre à terre

Interstellar-Matthew-McConaughey-850x560[1].jpgFilm événement très attendu, Interstellar débarque sur les écrans, avec à la barre Christopher Nolan, l’auteur d’Inception et de la trilogie Batman. Une odyssée de l’espace questionnant le passé, le présent, le rapport au temps la place de l’homme dans l’univers qui rappelle évidemment, quarante-six ans après, celle de Stanley Kubrick. Avec des clins d’œil à Gravity, Aliens: le retour, Solaris ou encore L’étoffe des héros.

Alors que la Terre est à l’agonie et l‘humanité proche de l’extinction, une expédition conduite par Cooper, un ancien pilote contraint d’abandonner sa famille dans une Amérique dévastée, est lancée à la recherche d’une nouvelle planète habitable. Une histoire simple pour des dialogues en revanche complexes, bourrés de références scientifiques.

Certes on peut leur donner du crédit, l’auteur s’étant appuyé sur les travaux de Kip Thorne, éminent physicien qui a participé à l’écriture du scénario et dont les recherches affirment qu’il est possible de voyager dans le temps. Toujours est-il que faute d’être versé dans la physique quantique, le spectateur est largué dans ce cours édifiant. C’est agaçant même s’il s'agit autant d’une expérience cinématographique que d’un voyage émotionnel auquel dans le fond il devrait suffire de se laisser aller.

Drame familial et relation fusionnelle

A cette aventure spatiale métaphysique confrontant l’homme à la galaxie, se mêle ainsi un drame familial terre à terre évoquant une relation fusionnelle entre Cooper et sa fille Murphy, propre à faire sangloter dans  les chaumières. Surtout quand l’auteur nous raconte que seul l’amour transcende le temps et l’espace. Face aux effets spéciaux, c’est la raison du film, son sujet principal, la touche humaniste façon Spielberg qui devait à l’origine réaliser la chose.

interstellar-5[1].jpgterriblement Certes les images sont belles et les décors majestueux. Mais pas franchement surprenants dans la mesure où Christopher Nolan manque d’imagination pour nous faire découvrir de l’inédit intergalactique. On a beau se trouver dans la cinquième dimension, le panorama ressemble furieusement à du connu.

Ils se révèlent par ailleurs beaucoup moins effrayants que ceux de 2001, tout comme les sautillants et courageux robots CASE et TARS n’ont rien à voir avec le menaçant HAL de Kubrick.

Reste l’interprétation, dont seuls ressortent Matthew McConaughey, fidèle à lui-même et que Nolan couche sur le divan, ainsi que la jeune Mackenzie Foy par le biais du lien qu’elle entretient avec son géniteur. Ils éclipsent Jessica Chastain, incarnant Murphy à l’âge adulte et Anne Hathaway, membre de l’équipage. Sans oublier l’apparition saugrenue d’une star.
 
A noter toutefois que ce très (trop) long opus est applaudi par une grande partie de la critique,  en gros fascinée par l’extraordinaire réussite de ce fantastique, ambitieux et hallucinant périple aux confins du cosmos. Autrement dit pour les amateurs de science-fiction l’opus est incontournable. Aux inconditionnels du genre de juger.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 novembre. 

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