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13/01/2015

Grand écran: "Wild", la randonnée de choc en solitaire de Reese Witherspoon

Wild-2014-Movie[1].jpgWild est tiré d’une histoire vraie, celle de Cheryl Strayed, qui en avait fait un bestseller éponyme. Après des années d’errance, d’addiction à l’héro et un mariage foireux, cette femme perdue a décidé de se lancer dans une randonnée en solitaire de plus de 1700 kilomètres, le PCT (Pacific Crest Trail), parcours le plus long, le plus difficile et le plus sauvage d’Amérique.

Elle n’a aucune expérience de la chose. Mais elle y va avec, pour lui tenir compagnie, le souvenir de sa mère morte d’un cancer et de quelques autres moments de sa vie passée , ce qui nous vaut du flash back à la pelle. Nous voici donc partis pour un drame initiatique avec Cheryl en quête de transcendance, de rédemption, affrontant ses peurs, frôlant la folie et testant ses limites, bref, un petit soldat déterminé à se retrouver, à se reconstruire. Et qui finit par s'en sortir comme un chef.

C’est à Reese Witherspoon (photo) que le Canadien Jean-Marc Vallée a confié le soin de porter le film sur ses frêles épaules. Ainsi qu'un un sac à dos maousse, trois fois trop grand pour elle, si lourd qu’elle en titube en l'arrimant péniblement, mais qu’elle se coltinera quand même pendant un bon bout de chemin. Sans le moindre entraînement de surcroît.

Heureusement, lors d’un poste de ravitaillement et de repos, un homme des plus raisonnable va enfin lui conseiller d’alléger un peu son fardeau. La belle en retirera sagement quelques tampax et une poignée de préservatifs. J’exagère à peine…

Enfin, tout ça pour relever qu’en dépit de son absence de maquillage, de sa grosse fatigue et de ses pieds en sang, dire qu’elle n’a même pas pensé à prendre de bonnes chaussures de rechange, on peine à croire en l’authenticité, la persévérance, le courage et la force de cette héroïque marcheuse qui se veut attachante. Malheureusement, cette ixième aventure sur la survie permet surtout au réalisateur de nous servir des bons sentiments à la louche, assortis d’un discours pesant sur la redécouverte de soi.

Non seulement le film n’a qu’un très lointain rapport avec le formidable Into The Wild de Sean Penn  auquel on prétend parfois le comparer, mais on est encore plus frustré et déçu quand on pense par exemple  au récent Dallas Buyers Club, puissant et passionnant récit où Jean-Marc Vallée évoque ce bouseux texan sidéen qui apprend la compassion et la tolérance.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 janvier.

 

 

 

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Grand écran: "Durak", un homme seul face à la corruption en Russie

477705[1].jpgDima Nikitin, père de famille menant une vie des plus banale dans une petite ville de province, , travaille comme plombier pour payer ses études à l’université.

On découvre pourtant l’exceptionnelle intégrité de cet homme tout simple, lorsqu’il est appelé d’urgence une nuit dans un vieil immeuble de neuf étages abritant principalement des ivrognes, des marginaux, des drogués, une femme et sa fille battues par le mari.

Nikitin aperçoit  avec consternation des fissures courant jusqu’au sommet de ce bâtiment dans un état catastrophique, menaçant de s’écrouler suite à l’explosion d’une tuyauterie dans un dortoir. Tous les occupants doivent être immédiatement évacués, mais c’est le cadet des soucis des élus locaux, ignobles personnages qui s’en sont mis plein les poches et qui célèbrent bruyamment, à grand renfort d’alcool, les cinquante ans de la maire au restaurant.

N’écoutant que ses principes face à une société décadente dont il représente la conscience et la morale envolées, le courageux Dima se lance dans une course contre la montre semée d’embûches pour tenter malgré tout de convaincre ces bureaucrates pourris jusqu’à la moelle de se remuer pour éviter le drame qu’il estime imminent. Sa croisade lui sera fatale, mais il sauvera son âme.

S’attaquer à la corruption qui ravage la Russie n’est pas une nouveauté. Sauf qu' il y a la manière. Et avec le portrait de cet anti-héros, le réalisateur Yury Bykov, tout en se livrant à une violente dénonciation du système, propose un thriller haletant. Un film coup de poing en compétition au récent festival de Locarno, qui allie maîtrise de la mise en scène, traitement intelligent du sujet et excellente direction d’acteurs.

Le jury ne s’est pas trompé en décernant le prix d’interprétation masculine à son comédien principal, le remarquable Artem Bystrov (en rouge au centre de la photo), dans le rôle de ce plombier si responsable, qui a oublié d’avoir peur dans sa préoccupation première: sauver des vies. 

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 janvier.   

 

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Grand écran: "Les nouveaux sauvages" entre humour noir et pétages de plombs. Jouissif

images[10].jpgRéalisateur, scénariste, créateur de Los Simuladores, une série télévisée très populaire dans son pays, l’Argentin Damian Szifron livre Les nouveaux sauvages, son troisième long-métrage produit par Pedro Almodovar.

En compétition à Cannes en mai dernier, cet opus à l’humour noir corrosif, féroce, propose six histoires déjantées. Indépendantes les unes des autres, elles mêlent thriller, comédie, cynisme, romantisme, drame, fantastique.

Sur fond d’inégalité et d’injustice, de trahison, de déprime et de stress, maux inhérents à nos sociétés bancales et chaotiques, le cinéaste critique une Argentine actuelle où il explore la fragilité de gens confrontés à la réalité d’un quotidien aussi cruel qu’inattendu. Face à des situations qui les dépassent, absurdes, improbables, inextricables, kafkaïennes, surréalistes, ses personnages perdent les pédales et finissent par disjoncter. 

Qu’il s’agisse de passagers dans un avion, d’une serveuse qui venge froidement son géniteur, de deux automobilistes hystériques rejouant Duel sur une route déserte, d’un père de famille victime de PV à répétition se rebellant contre une administration obtuse, d’un jeune homme auteur d’un accident mortel que sa riche famille tente de protéger, ou encore d’une femme trompée dont le mariage vire au jeu de massacre.

Des pétages de plombs jouissifs constituant le fil conducteur de ces différents sketches certes un rien inégaux mais le plus souvent très drôles et politiquement incorrects en diable, qui font de ce film une jolie réussite. Y contribuent d’excellents acteurs, à commencer par le grand Ricardo Darin (photo), star du cinéma argentin et notamment héros du formidable «Dans ses yeux», qui nous replongeait dans les sombres  années de la dictature militaire et des combines glauques d'après.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 janvier.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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06/01/2015

Grand écran: Godard s'essaye à la 3D dans "Adieu au langage". Bluffant!

adieu-au-langage-real[1].jpgCinéaste culte, Jean-Luc Godard l’a encore prouvé en mai dernier sur la Croisette où, treize ans après L’éloge de l’amour il revenait en compétition avec Adieu au langage, un film de 70  minutes qui a poussé ses fans et quelques curieux avides de le découvrir, à poireauter dans une queue interminable et sous le soleil pendant plus d’une heure et demie.

Un essai sans surprise inclassable, sinon un objet cinématographique non identifié, où se succèdent dans une sorte de frénésie des scènes saugrenues, parfois brusquement coupées, et où se multiplient maximes ou citations.

Avant le Festival, Godard s'était expliqué, notamment à France Inter sur la signification de son titre Adieu au langage. "En gros, c'est un adieu à ce que les gens appellent le langage qui ne l'est pas. On pourrait dire aujourd'hui de la conversation, du talk show, du dialogue personnel entre les gens. Le langage vient de plus loin, c'est une alliance entre la parole et l'image que l'enfant qui naît connaît un bref moment car il est à la fois ébloui et il crie. Puis vient la communication, qui n'a aucun rapport sérieux avec le langage…"

Oui mais encore... On croit alors être aidé par le dossier de presse où on peut lire que le propos est simple. Une femme mariée et un homme libre se rencontrent ils s'aiment se disputent, les coups pleuvent un chien erre entre ville et campagne les saisons passent l'homme et la femme se retrouvent…

adieu-au-langage-51d6835081985[1].jpgLe chien se trouve entre eux. L'autre est dans l'un. L'un est dans l'autre. Et ce sont les trois personnes. L'ancien mari fait tout exploser. Un deuxième film commence. Le même que le premier. Et pourtant pas. De l'espèce humaine on passe à la métaphore. Ca finira par des aboiements. Et des cris de bébé...

A nouveau, on n’est pas beaucoup plus avancé. Pour autant que cela soit nécessaire. A l'écran, on voit un couple nu philosopher, un bateau sillonner le "lac de Genève" (pour agacer les Vaudois et autres riverains?), des extraits de vieux films hollywoodiens en noir et blanc.

Sans oublier la fréquente apparition d’un chien qui fait admirablement le chien en battant de la queue et dont le museau sort littéralement de l’écran. C'est Roxy, le toutou du maestro, qui vous aime plus qu'il ne s'aime lui-même et nous regarde de ses yeux noisette. Lui ne communique pas, il communie.

Tout et n'importe quoi. Ou pas...

Tandis que s'inscrivent en alternance les chapitres 1 et 2 soit la nature et la métaphore, les aphorismes foisonnent en voix off. "Ceux qui manquent d'imagination se réfugient dans la réalité". "Bientôt on aura besoin d'un interprète pour comprendre les mots qui sortent de votre propre bouche". "Une femme ne peut pas faire de mal, elle peut gêner, elle peut tuer, c'est tout". "La société est-elle prête à accepter le meurtre pour limiter le chômage?"  "La pensée retrouve sa force dans le caca".


Tout et n'importe quoi en somme. Ou pas... Le mieux est encore de regarder. Et là, on en a plein les yeux. On est  scotché au fauteuil par l'utilisation étonnante et géniale que le réalisateur fait de la 3D. Dans son entretien Jean-Luc Godard expliquait que la 3 D est juste quelque chose qui vous fait croire que vous pouvez voir une surface plate en relief. Mais quelle vision stupéfiante!

Film à l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 janvier.

 

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Grand écran: "La rançon de la gloire", avec le duo de choc inédit Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem

rdlg1[1].jpgA sa sortie de prison en 1977 à Vevey, Eddy retrouve son pote Osman qui l’héberge dans sa caravane. En contrepartie, Eddy s’occupe de Samira, la fille de sept ans d’Osman, pendant que sa femme Noore subit des examens à l‘hôpital.

Mais le soir de Noël, incapable de faire face au manque cruel d’argent, une idée folle traverse le cerveau d’Eddy, alors que la télévision annonce la mort du célébrissime Charlie Chaplin: déterrer le cercueil du comédien et exiger une rançon de la famille.

Xavier Beauvois, l’auteur comblé de Des hommes et des Dieux, s‘est inspiré de l’authentique profanation commise par deux mécaniciens, un Polonais et un Bulgare dans le but de monter un atelier de réparation automobile. Elle s’était déroulée trois mois après le décès de l’illustre Chaplin le 25 décembre 1977.

Avec La rançon de la gloire, Le cinéaste réalise sa première comédie en forme de conte de fées moderne où il en profite, sur fond de misère sociale, pour rendre hommage à l’icône du genre en usant de citations, d’apparitions de Charlot. Mais aussi par le biais de l’aventure grotesque et burlesque des deux héros, tentant maladroitement, dans un premier temps, d’extorquer une fortune contre la restitution du cercueil. 

Xavier Beauvois excelle autant dans la mise en scène de leur plan foireux que dans le choix de ses deux exécutants, pauvres marginaux minables à la fois pathétiques et attendrissants. D’un côté le rêveur dingue, drôle et cabossé incarné par Benoît Poelvoorde, de l’autre le garçon solide et sérieux, musulman fondamentalement honnête mais révolté que joue Roschdy Zem. Parfaits dans leur rôle respectif, ils forment un véritable duo de choc. Inédit de surcroît.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 janvier.

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23/12/2014

Grand écran: "Whiplash", un récit autobiograhique pour un choc cinématographique

Whiplash-2[1].jpgTout a commencé par un court-métrage déjà intitulé Whiplash. Et puis Damien Chazelle, réalisateur franco-américain passionné par la musique, auteur en 2009 du confidentiel Guy And Madeline On A Park Bench, s’est lancé dans la version longue d'une relation conflictuelle à l’extrême, entre un batteur de jazz et son professeur. Un remarquable récit autobiographique pour un choc cinématographique.

Chazelle propose un duel implacable. Un affrontement total entre un disciple suant sang et eau (ce n’est pas une image), acharné à dépasser ses limites pour devenir une star dans son domaine, et son mentor tyrannique, gourou admiré, redouté, détesté et déterminé à pousser celui qu’il sent comme un futur virtuose dans ses derniers retranchements. Quitte pour l'élève et le maître avides de gloire, à se perdre dans ce combat d’une rare et folle intensité  

Il fallait de sacrés comédiens pour relever un tel défi et maintenir d’un bout à l’autre sous haute tension, sans faiblir, ce petit bijou à l’étonnante puissance dramatique et au rythme d’enfer. Rendant hommage à la musique au cinéma, il vous prend aux tripes comme un formidable solo de batterie.

Damien Chazelle a trouvé son bonheur et le nôtre en engageant J.K Simmons pour jouer le méchant et draconien enseignant tandis que Miles Teller incarne l’étudiant dans sa recherche obsessionnelle de la perfection. Tous les deux (photo) sont simplement bluffants, évitant avec brio, intelligence et finesse le piège de la caricature. A commencer par Simmons, qui n'hésite pas à surfer sur le second degré.  

On a comparé le rôle de Miles Teller à celui de la ballerine en quête d’absolu, interprétée par Natalie Portman dans Black Swan. En ce qui concerne J.K. Simmons, on pense à la première partie de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, où le terrifiant harcèlement du redoutable sergent Hartman contre le malheureux marine qu’il a surnomme Baleine, conduit à la tragédie. Les choses ne se terminent pas aussi tragiquement ici, mais dans l’esprit, on n’en est pas loin. Et ce drame qui menace, amplifiant le malaise, rend Whiplash encore plus fascinant.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 décembre.

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Cinéma: "Exodus: Gods And Kings", l'histoire de Moïse pauvrement revisitée

Exodus-Gods-and-Kings[1].jpgAprès le succès mitigé de Prometheus et du thriller Cartel, Ridley Scott s’est attaqué à un célébrissime mythe religieux, proposant Exodus: Gods and Kings. Dans son nouveau péplum, il revisite librement l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600.000 esclaves hébreux dans un long périple pour fuir l’Egypte. Avec bien sûr le fameux passage de la Mer Rouge.

L’opus, qui passait pour l’un des films les plus attendus de l’année, cartonne au box-office nord-américain. Mais voilà qui n’est pas une garantie de qualité. Encore une fois, on attendait beaucoup mieux de Ridley Scott.

Et non parce qu’il fait de Moïse, qui osa braver puissance de tout un empire, un chef de guerre fanatique et violent, joué par Christian Bale. Mais parce qu’il ne montre finalement pas grand-chose dans sa fresque, en-dehors de scènes de bataille qui se veulent grandioses ou des dix plaies d’Egypte expédiées en trois coups de cuillères à pot numériques. 

En voyant Exodus: Gods And Kings, on ne peut s’empêcher de penser à l’adaptation de Cécil B. DeMille Les dix commandements, en 1956, avec sa spectaculaire approche et ses effets spéciaux qui vous clouent autrement au fauteuil. Par exemple l’extraordinaire partage des eaux permettant à Moise et son peuple de passer avant qu’elles ne se referment sur leurs poursuivants.

Scott, lui opte pour le tsunami certes monumental, mais dans le fond banal. Et que dire du buisson ardent? Là où DeMille misait sur une aveuglante incandescence, on se retrouve près de soixante après face à un arbuste riquiqui, chichement éclairé à la LED. 

En fait, il y a surtout du ridicule dans la relecture de cette légendaire épopée biblique. A l‘image de la représentation de Dieu, certains la qualifiant abusivement d’osée, sous forme d’un garçonnet de 11 ans que Moïse est le seul à voir. On se pince carrément lorsque le créateur de poche prépare du thé au sauveur de tout un peuple, en train de plancher sur les tables de la loi…

ngkrctjpxxfy7xlzbixs[1].jpgEcrite avec les pieds, cette saga religieuse, qui va de surcroît sans doute déplaire aux fervents adeptes des trois religions concernées (juifs, chrétiens et musulmans), bâclée en 74 jours de tournage au Mexique, pèche également côté interprétation. Si Christian Bale fait à peine le poids en Moïse, Joel Edgerton, alias Ramsès (photo), manque totalement de charisme, apparaissant tel un petit prétentieux colérique alors qu’il se glisse dans le costume du pharaon des pharaons!

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 décembre.

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17/12/2014

Cinéma: "Still Life", la valeur de la vie pour un héros très discret

4v7i3333[1].jpgVêtu d’une gabardine grise, ne se déplaçant jamais sans sa serviette brune, John May est un petit fonctionnaire secret, vivant dans l’austérité, passionné par son travail qu’il exerce dans une banlieue londonienne. Lorsqu’une personne solitaire décède, c’est lui qui part à la recherche de ses éventuels proches, ses investigations le faisant voyager dans le pays. 
 
Mais il est toujours seul aux obsèques et s’occupe de l’éloge funèbre des défunts, qu’on ne voit jamais. Ils nous sont révélés à travers leurs objets, leurs bijoux, leurs vêtements, leurs photos, des cartes postales que John May classe minutieusement. Jusqu’au jour où cet homme entièrement  dévoué à sa cause perd son travail. Il décide alors de quitter Londres pour une ultime mission, au cours de laquelle il rencontre Kelly, la fille du disparu sur lequel il enquête. Un rayon de soleil en forme de brève ouverture au monde. 

Still Life, qui pour son auteur Uberto Pasolini  n’est pas un film sur la mort mais sur la valeur de la vie des gens, n’en évoque pas moins un isolement social de plus en plus fréquent dans une société en crise,  où les inégalités gagnent du terrain et où le sens du voisinage a pratiquement disparu, en même temps que les notions de solidarité ou d’entraide.
 
Pour jouer ce héros très discret d’une rare humanité, le réalisateur italien a choisi le comédien britannique Eddie Marsan, connu pour ses rôles de méchant notamment chez Martin Scorsese, mais qui se retrouve pour la première fois tout en haut de l’affiche dans un long-métrage.

Il se révèle parfait, proposant un jeu précis, sobre, minimaliste, avec parfois une touche d’humour à la Buste Keaton. Une interprétation qui s’accorde parfaitement avec la mise en scène subtile,  les décors un peu figés et la caméra presque toujours immobile du cinéaste.
 
Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 décembre.

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09/12/2014

Cinéma: avec "Eden", on n'est pas vraiment au paradis...

eden_51[1].jpgAprès Tout est pardonné, Le père de mes enfants, Un amour de jeunesse, la cinéaste Mia Hansen-Love tente de faire revivre l’euphorie musicale des années 90 dans son quatrième long-métrage.

Elle raconte l’histoire de son frère Sven, DJ de la French Touch -l’électro française qui allait conquérir le monde- , resté finalement et malheureusement pour lui dans l’ombre des mythiques Daft Punk. On les voit de loin en loin, interprétés par Vincent Lacoste et Arnaud Azoulay.

Le récit, qui veut évoquer la fête sous toutes ses formes, se déroule sur quinze ans et se fait l’écho du parcours de Sven, organisateur de soirées, co-scénariste et alias Paul dans le film, qui crée avec son meilleur ami le duo Cheers. Ces passionnés jouent dans les plus grands clubs parisiens et connaissent une ascension aussi fulgurante qu’éphémère entre musique, potes, drogues. Et amours bien sûr.

Parallèlement, la réalisatrice évoque en effet la vie sentimentale particulièrement agitée du jeune homme qui accumule les aventures. On a droit à une véritable succession de filles (Greta Gerwig, Golshifteh Faharani, Pauline Etienne, Laura Smet) rejoignant sous les draps pour en ressortir aussitôt, le héros, ou plutôt l’anti-héros qui ne les tombe pas moins aussi sec. Un type doué mais trop dilettante pour réussir vraiment ce qu’il entreprend, retourné dans l’ombre après être à peine entré dans la lumière.

Nostalgique, assez déprimant, d’un intérêt dramaturgique et romanesque quelconque, Eden, évocation d’un moment, d’une époque, propose le portrait intimiste et plat d’une jeunesse à travers des personnages trop creux et trop fades pour qu’on s’y attache et qu’ils nous fassent vibrer. Par ailleurs le manque de rythme  rend la durée, plus de deux heures, pesante. Passé le milieu de l'opus, on n’est pas loin d’en éprouver chaque minute…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 décembre.

19:09 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette, Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Cinéma: "Timbuktu", une ville livrée aux djihadistes. Un film coup de poing

Tombouctou%20internet[1].jpgLe Mauritanien Abderrahmane Sissako a planté sa caméra à Tombouctou pour raconter le quotidien infernal de cette ville tombée aux mains des djihadistes, à travers les yeux de Kidane.

Il mène  une vie simple et heureuse sous sa tente en compagnie de sa femme Satima, de sa fille Toya et d’Issan, un berger de 12 ans. Jusqu’au jour où leur vie bascule et qu’ils doivent subir les nouvelles lois autoritaires des extrémistes religieux. .

Le réalisateur nous laisse éprouver la terreur que font régner les intégristes en parcourant jour et nuit les rues armés de kalachnikov et munis de mégaphones pour rappeler les règles. Violents, d’une redoutable bêtise, ils représentent les nouveaux visages de l’obscurantisme .

Les interdictions pleuvent. Pas de musique, pas de cigarettes, pas de rires, pas de football, pas de flânerie. Les hommes sont forcés de retrousser leurs pantalons, les femmes contraintes de porter non seulement le voile, mais des gants et des chaussettes.

9_timbuktu_de_abderrahmane_sissako-_c__2014_les_films_du_worso__dune_vision[1].jpgTout manquement signifie mort ou torture décrétées par de ridicules juges siégeant dans des tribunaux improvisés au terme de simulacres de procès. D’où des images insoutenables d’un couple lapidé ou d’une jeune femme, ayant commis l’’imprudence de chanter, condamnée à quarante coups de fouets. Et qui hurle de douleur au milieu du désert.

Dans Timbuktu, film politique militant, dénonçant les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme, l’auteur de Bamako, son précédent long-métrage, réussit à éviter le piège du manichéisme et du pathos, allant jusqu’à se permettre quelques notes d’humour au milieu de toute cette horreur.

A la brutalité des hommes et des situations, il mêle des moments de douceur, de poésie, de somptuosité des paysages. Ou encore de grâce bafouée, comme cette folle et symbolique galopade d’une gazelle traquée dans les dunes,en tentant d'échapper aux bourreaux.  

Cinématographiquement bien maîtrisée, cette fable coup de poing en forme de pamphlet, de plaidoyer contre l’ignorance, bouleverse par un propos d’une brûlante et cruelle actualité. Ouvrant la compétition au dernier Festival de  Cannes, elle avait provoqué un choc sur la  Croisette. Mais son auteur était malheureusement reparti les mains vides.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 décembre. 

 

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