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17/02/2015

Grand écran: Clint Eastwood déclenche la polémique aux Etats-Unis avec "American Sniper"

american-sniper_612x380_1[1].jpgChef d’œuvre pour les conservateurs américains de tout poil et Michelle Obama qui a clamé son admiration, dangereux pamphlet guerrier ultra-nationaliste de propagande pour d’autres.

Aux Etats-Unis, Clint Eastwood de retour à 84 ans sur les écrans, provoque une polémique comme il n’en avait plus connu depuis la saga des Dirty Harry, qui lui avait valu au mieux une réputation de réac belliqueux.

Certains critiques n’avaient en effet pas hésité à qualifier de fasciste celui qui avait endossé le costume de l’inspecteur le plus populaire de l’époque.

Le film par lequel par lequel la véhémente controverse est arrivée, c’est American Sniper, film de guerre aux airs de western, où le réalisateur raconte l’histoire vraie de Chris Kyle, militaire texan ayant servi  pendant six ans dans l’armée et envoyé en Irak pour protéger et sauver ses camarades. Avec une réussite si spectaculaire qu’il a été surnommé «La Légende».

Durant ses quatre missions entre 2003 et 2009, ce redoutable tireur d’élite des Navy Seal dont il a appliqué sans faiblir la devise «pas de quartier !» a descendu quelque 160  ennemis de l’Amérique. Avant de tomber lui-même, en 2013,  sous les coups d’un compagnon qu’il avait aidé.

Nominé pour six Oscars

Si American Sniper qui exalte le patriotisme et le mythe du héros divise en déclenchant une vague de critiques, il affole en tout cas le box-office avec des centaines de millions de dollars de recettes depuis sa sortie. Tandis que l’opus est nominé six fois aux Oscars, dont meilleur film et meilleur acteur pour son principal protagoniste Bradley Cooper. Très crédible par ailleurs avec sa masse musculaire et son accent traînant.

Au début du film, parallèlement à une scène de guerre édifiante,  flash back sur l’enfance de Chris Kyle,  élevé dans la défense du faible et le culte des armes à feu. Sa première proie est un cerf qu’il tue d’un tir magistral en chassant avec son père, pour qui l’humanité se répartit en trois groupes: les loups, les moutons et les chiens de berger. Chris opte pour cette dernière solution.

Les années passent et le viril  trentenaire, ne sachant trop que faire de sa vie, décide d’aller jouer les chiens de berger en Irak, où protéger ses potes devient une véritable obsession. Alors il presse la gâchette. Encore et encore. La répétition du geste, d’une précision chirurgicale, agit comme une drogue. Au point qu’il du mal à retrouver ses esprits et reprendre pied dans la réalité au cours de ses brèves permissions. Faisant le malheur de sa femme (Sienna Miller) rencontrée et épousée juste avant son départ.

american-sniper-bradley-cooper-sienna-miller1[1].jpgComme d’habitude, rien à dire sur la forme, à l’exception peut-être de ces allers et retours symboliques entre le mariage, la famille et le front. C’est plutôt sur le fond, ambigu, qu’on s’interroge. A son corps défendant, tant on aime le «dernier des géants»  hollywoodiens.

Clint Eastwood nous montre le courageux Chris Kyle l’œil vissé à sa lunette de son fusil, sans état d’âme, dans son bon droit, ne se posant aucune question, ne se trompant jamais, atteignant toujours l’objectif, avec chaque fois une bonne raison d’abattre l’ennemi. Même s’il s’agit de femmes ou d’enfants. Logique puisqu’ils nous sont montrés prêts à balancer le feu sur ses frères d’armes. Son seul regret, ne pas avoir bousillé davantage d’ennemis, ce qui lui aurait permis de sauver plus de compatriotes.  

Alors certes, le film évoque l’aveuglement d’une machine à tuer, les affres psychologiques d’un homme accro à la guerre, à l’évidence victime de stress post-traumatique. Mais Clint Eastwood ne cherche pas moins, au final,  à prouver que le sniper d’exception, cow-boy solitaire moderne, mérite amplement son statut de héros légendaire. Assumant sa glorification et espérant de surcroît que les gens reconnaissants se souviendront de ses sacrifices et de ceux d’autres combattants qui ont tant donné pour leur patrie. Vous avez dit propagande? 

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 février. 

 

 

 

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11/02/2015

Grand écran: "Dancing Arabs", une fable dérangeante, drôle et cruelle

DancingArabs3[1].jpgAprès Les Citronniers, où une veuve palestinienne s’opposait au ministre israélien de la Défense, déterminé à faire raser ses arbres centenaires sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher, Eran Riklis, l’auteur également de La fiancée syrienne, s’est attaqué à un autre sujet dérangeant, sinon provocant dans Dancing Arabs: l'ostracisme quotidien dont sont victimes les Arabes d’Israël, bien qu’intégrés à la population juive.

Eyad (Tawfeek Barthom, photo), élevé dans une petite ville, en est un représentant. Très intelligent, réalisant le vœu de son père qui rêve pour lui d’une vie meilleure, il est le premier et seul Arabe à être admis, à 16 ans, dans l’un des meilleurs internats juifs de Jérusalem. Moqué par ses camarades, tombé amoureux de la belle Naomi qu’il voit en secret à cause de ses parents, il n’a qu’un véritable ami, Yonatan, un jeune handicapé. 

Marginalisé lui aussi car atteint d’une maladie héréditaire dégénérative mortelle, Yonatan vit seul avec Edna, sa mère célibataire (Yaël Abecassis). Les deux laissés pour compte se rapprochent et Eyad, donnant du courage et de la force à Edna pour surmonter la terrible épreuve de la future perte de son enfant, ne tarde pas à devenir le deuxième fils de la famille.

Le réalisateur de 60 ans a adapté Les Arabes dansent aussi et La Deuxième Personne, deux romans de Sayed Kashua, un Arabe qui  s'est fait un nom en écrivant en hébreu des textes satiriques dans les journaux israéliens. Poursuivant dans son exploration des rapports complexes de cette partie du monde à travers l’amitié qui unit ces deux adolescents, Il livre une histoire symbolique, dramatique et singulière. Elle tient de la fable à la fois joyeuse, drôle et cruelle.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

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Grand écran: "Fifty Shades Of Grey", beaucoup de bruit pour rien...

imagesR6PKXU7T.jpgLe livre a été vendu à des millions d’exemplaires, son auteur E.L. James laissant croire à la planète entière qu’elle allait la plonger dans un trouble extatique avec des pages d’un érotisme torride, en révolutionnant carrément la littérature du genre.

Sade et Pauline Réage l’ont mauvaise. Et pour cause. Les scènes de sexe, bien que très explicites, n’empêchent pas un côté romantique échevelé cucul la praline. C’est ce qui ressort principalement de la version cinématographique de Sam Taylor- Johnson. Avec Dakota Johnson et Jamie Dornan (photo).

Etudiante en lettres,  Anastasia Steele est chargée par sa colocataire grippée d’interviewer Christian Grey, le célibataire le plus couru, charismatique, riche et envié de la côte Ouest pour le journal de la fac. Ce faisant, l’oie blanche vierge de 22 ans tombe sous le charme du milliardaire pervers. Un dominant tentant d’en faire sa soumise sur la base d’un contrat devant réglementer leur liaison. 

Autant le révéler tout de suite, qu’il s’agisse de la situation ou du couple, on n’y croit pas une seconde. Si Dakota Johnson fait une cruche acceptable, Jamie Dornan, aussi "hot" et sexy qu'une huître, se révèle particulièrement peu convaincant en déviant obsédé par le contrôle. Il n’empêche qu’on fait des gorges chaudes depuis des jours, des semaines, des mois de la chose qui bénéficie d’une sortie mondiale. Avec interdiction formelle aux critiques d’en parler jusqu’à mercredi matin 11 février. Signature à l'appui exigée à l'entrée.

imagesZHR39R0O.jpgDe son côté, le Parents Television Council mort d’inquiétude pour la santé des ados en péril est monté au créneau aux Etats-Unis accusant le film de valoriser la violence faite aux femmes. Très franchement tout le monde peut dormir tranquille. Dans le genre fais-moi mal, c’est raté.

En d’autres termes, beaucoup de bruit pour rien. Mais alors rien du tout. Non seulement toutes les scènes de sexe jugées trop crues ont été supprimées, mais celles qui restent n’occupent que 20 minutes sur les deux heures et des poussières de l’opus. On parle de porno pour maman. Ce sont plutôt des chatouilles pour grand-maman…

La preuve. Au bout de 45 minutes de niaiseries sentimentales et de minauderies à l’eau de rose qui doivent faire se retourner Barbara Cartland dans sa tombe de jalousie, le redoutable prédateur sexuel pose audacieusement un glaçon sur le  nombril d’Anastasia... Trois quarts d’heure plus tard, elle se fait délicatement fouetter (photo) dans la salle de jeu, alias la glamour chambre rouge de la douleur. Avec menottes et autres objets diaboliques pour pratiques sado-masos. D’opérette en l’occurrence. 

imagesTXN3D0I2.jpgA dix minutes de la fin, Anastasia demande à Christian de lui montrer le pire. Et le méchant garçon de lui filer six coups de ceinture… Entre deux les amoureux font de l’hélico, du planeur, rendent visite à la famille et Anastasia  bassine Christian pour aller au restaurant, au cinéma et faire l’amour comme tout le monde. A quoi l’intraitable bad boy, qui nous apprend avoir eu une enfance malheureuse répond :  «Je ne fais pas l’amour. Je baise... Brutalement». Non mais, en voilà de vilaines manières! 

Bref, si le sujet du sexe devrait être interdit aux mauvais écrivains comme on l’a justement lu, ce devrait être pareil pour les cinéastes. Mais voilà qui n’empêchera pas la trilogie sur grand écran, avec l’adaptation des deux autres bouquins 50 nuances plus sombres et 50 nuances plus claires, qui constituent la suite du premier tome et cartonnent en librairie. Il paraît toutefois que Dakota Johnson, voire Jamie Dornan se tâtent pour en être. Enfin si l’on peut se permettre un terme aussi osé.

Film à l’affiche partout ou presque dans le monde dès mercredi 11 février. 

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10/02/2015

Grand écran: "L'enquête", avec Gilles Lellouche sur la piste de Clearstream

54578bb6bdb63[1].jpgEn 2001, Denis Robert flanquait la pagaille dans le monde de la finance en dénonçant le financement opaque de la société bancaire luxembourgeoise Clearstream. Dans L’enquête, Vincent Garenq retrace le parcours du journaliste opiniâtre en quête de vérité pour tenter de révéler l’affaire au grand jour.

Sa route croise celle du juge Renaud Van Ruymbecke, très engagé contre la corruption internationale qui mine de grandes institutions financières. Tout cela les mène vers un sulfureux scandale qui va secouer la Ve République.

Avec à  la clé l’affrontement politico-judiciaire mettant aux prises, en 2004, le premier ministre Dominique de Villepin et le futur président Sarkozy,  qui avait alors promis, tout le monde s’en souvient, de pendre son rival à un croc de boucher.

Vincent Garenq se concentre cependant sur son héros, présenté comme un être honnête, quittant Libération pour un édito censuré, sinon refusé. Mais également comme un personnage émotif, apparaissant en pleine sidération face aux policiers et aux flashes de ses confrères lors d’une perquisition musclée menée à son domicile.

Suite à cette scène d’ouverture, l’auteur revient sur les investigations de Robert, le suivant dans ses rencontres secrètes ou le montrant filé par de dangereux hommes de main. On se retrouve alors dans une histoire à ramifications tentaculaires où se croisent des militaires taïwanais, un général des services secrets français, des industriels, des banquiers, un escroc. Sans oublier donc un premier ministre et un futur président.

Bref un thriller politico-journalistique assez haletant mais d’une rare complexité où le béotien a tendance à se perdre en chemin. Ou du moins ne ressort pas franchement plus éclairé qu’il ne l’était en débarquant dans la salle obscure, en dépit de louables efforts pour tout comprendre...

Reste à s’accrocher aux comédiens, qui font plutôt bien le job. Pugnaces et intègres, Gilles Lellouche et Charles Berling sont aussi convaincants l’un que l’autre dans leur rôle respectif du journaliste Denis Robert, et du juge Renaud Van Ruymbecke. Deux justes n’arrivant pas à leurs fins, ce qui les rend d’autant plus attachants, comme dit le réalisateur. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

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04/02/2015

Grand écran: "Difret" plaide la cause féminine bafouée en Ethiopie

Difret_Feature_Photo[1].jpgLe «telefa», mariage contraint par l'enlèvement et le viol, est une tradition locale en Ethiopie. Alors qu'elle se rend à l'école de son village, Hirut (Tizita Hagare) une lycéenne de 14 ans, est kidnappée par des hommes armés à cheval.

Elle réussit à s'échapper et, s'emparant du fusil de l'un des ravisseurs, abat celui qui veut l'épouser de force. Des juges exclusivement masculins réunis sous l'arbre à palabres, l'accusent de meurtre. Elle risque la mort.
 
Une brillante avocate venue d'Addis Abeba (Meron Getnet), spécialiste du droit des femmes, s'acharne à sauver Hirut de la  peine capitale en plaidant la légitime défense.

Modernité ,tradition et justice vont ainsi s'affronter au tribunal. Ce premier film produit par Angelina Jolie, qui a adopté une petite Ethiopienne, ne révolutionne certes pas l'art cinématographique, mais a le mérite d'éviter le piège de la caricature en envoyant un message fort. Tout en brossant le portrait d'une société en mutation, il pousse à la réflexion sur la condition humaine. 

Son réalisateur Zeresenay Berthane Mehari, rencontré en août dernier à  Locarno, espère que Difret contribuera à faire avancer la cause féministe bafouée dans son pays.-

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 février.

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27/01/2015

Grand écran: "Turist", une thérapie familiale à la suédoise dans les Alpes. Drôle et grinçant

Snow-Therapy-de-Ruben-Ostlund[1].jpgComment l’être humain se comporte-t-il dans une situation de détresse? Par exemple une soudaine catastrophe ? Pour illustrer les conséquences psychologiques de la chose, question qui le fascine depuis une aventure de la sorte vécue par des amis, le réalisateur Ruben Ostlund a envoyé un couple suédois et ses deux enfants passer quelques jours à la montagne, dans l’hôtel de luxe d’une station de ski française.

En ouverture, une jolie photo sur les pistes où pose le quatuor souriant, comme pour montrer l’unité et l'harmonie qui règnent au sein de la petite famille. Plus tard  on la retrouve  déjeunant tranquillement en compagne d’autres touristes sur la terrasse d’un restaurant d’altitude, lorsqu’une avalanche se déclenche brutalement, dévalant dangereusement la montagne à toute vitesse, menaçant de s’abattre sur les clients.

C’est la panique, la mère, Ebba appelle son mari Tomas au secours tout en essayant de protéger ses enfants. Mais Tomas ne pensant qu’à sauver sa propre vie, s’est lâchement  enfui pour se mettre à couvert, laissant celle de sa progéniture et de sa femme  en danger. Miraculeusement toutefois, l’avalanche s’arrête au pied du restaurant, ne provoquant qu’un gros nuage de neige inoffensif qui balaie l’endroit.  

45782-8d3ef20c5863558f3644e5931d7d3d191063978c[1].jpgLe drame a été évité. Pas de victimes, pas de blessés. Plus de peur que de mal donc. Mais en apparence seulement. Si on ne constate pas de dégâts physiques, les  liens familiaux se dégradent et le couple se déconstruit suite à l’attitude inattendue du père soudainement mû par l’instinct de survie.

Du coup, il doit affronter une nouvelle et dure réalité. Alors qu’il est censé en prendre soin, le patriarche prétendument fort et protecteur a abandonné les siens au moment où ils avaient le plus besoin de lui.

Se sentant honteux, faible et coupable d’avoir succombé à la peur, Tomas se demande que faire pour redorer son image et retrouver sa place d’homme au sein de sa famille. Tandis qu’Ebba se pose de plus en plus de questions, révélant par là que son mariage dysfonctionnait déjà avant les vacances. Et les choses finissent par déraper carrément.

En utilisant la métaphore de l’avalanche pour expliquer l’inéluctable décomposition du couple, Ostlund se mue ainsi en psy, sinon en entomologiste, pour fouiller l’inconscient des différents protagonistes. Tout en livrant, sur un ton glacial, une comédie bien scandinave, à la fois drôle cynique et grinçante, un peu dans la lignée de Festen. On en salue aussi les deux principaux interprètes Jonnes Bah Kuhnke et Lisa Loven Kongsli.

Un bémol cependant. Dans cette thérapie des neiges, comme l’indique son titre anglais Snow Therapy,  on regrettera quelques longueurs et un dénouement emphatique qui rappelle inutilement ce qui a été découvert et montré au fil de l’histoire.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 janvier. 

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Grand écran: "Into The Woods" revisite des contes de fés célèbres

into-the-woods[1].jpgLe musical de Rob Marshall est tiré de la comédie déjantée du genre, créée en 1986. Elle a fait un tabac à Broadway en revisitant des contes de fées célèbres, détournant quelques mythes pour les réinventer.

Cendrillon, Le Petit Chaperon rouge, Raiponce, Jack et le haricot magique sont ainsi réunis dans Into The Woods (Promenons-nous dans les bois) en compagnie d'un boulanger et de sa femme.
 
Chacun d'eux a un rêve. Cendrillon souhaite ardemment aller au bal, Raiponce quitter sa tour, Le petit Chaperon Rouge voir sa grand-mère, Jack garder sa vache. Le boulanger et sa femme eux, veulent désespérément en enfant. Mais ils ont été maudis par une vilaine sorcière (Meryl Streep, photo), avide de concocter une potion magique censée lui rendre sa beauté.

Elle propose de lever son sort s'ils lui trouvent quatre ingrédients pour sa mixture: la cape du Petit Chaperon rouge, une pantoufle de Cendrillon, un cheveu doré de Raiponce et la vache blanche de Jack. Leur quête les emmène dans les bois, où ils sont soumis à de nombreuses tentations.  
  
Tout n'est pas réussi dans cette relecture horripilante pour certains, nominée aux Oscars, qui se veut décalée et mordante mais qui reste en deça de ses ambitions amorales. On retiendra pourtant la musique, les décors gothiques et quelques prestations amusantes comme celle d’Emily Blunt en Cendrillon mutine et astucieuse, Johnny Depp en loup lascif et dandy à la Tex Avery. Ou encore la performance de Meryl Streep, créature sauvage à la chevelure hirsute et aux dents pourries, qui pousse drôlement bien la chansonnette.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 janvier.

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Grand écran: "The Imitation Game" évoque Alan Turing, héros de guerre et génie gay persécuté

The-Imitation-Game[1].jpgA la tête d'un groupe de champions d'échecs, de linguistes distingués et d'agents secrets au top, le célèbre mathématicien britannique Alan Turing va aider les Alliés à remporter la Seconde Guerre mondiale en décryptant les codes d'Enigma.

La fameuse machine életromécanique d'origine allemande utilisée alors par les nazis, était jusque-là réputée inviolable. La petite bande bénéficie de l'appui du premier ministre Winston Churchill qui accorde à ses membres tout ce dont ils ont besoin.

Pour son premier long-métrage américain inspiré du livre biographique d'Andrew Hodges, le Norvégien Morten Tydlum s'empare ainsi de cette histoire connue tout en se penchant sur la vie du pionnier de l'ordinateur. 

Evoquant l'importance de la cryptographie pendant le conflit, le réalisateur en profite pour parler de la persécution subie par la communauté homosexuelle dont Turing, héros de guerre discret, faisait partie. Rappelons que l'Angleterre a en effet longtemps criminalisé les gays. Discutée à la Chambre des Lords, la dépénalisation fut demandée en 1957 mais ne fut effective que dix ans plus tard.

Pour en revenir à The Imitation Game, un fait divers lié à l'homosexualité de Turing lui vaut des poursuites judiciaires en 1952. Condamné, il choisit la castration chimique en prenant des oestrogènes pour éviter la prison. Mais il n'y résiste pas. Le 7 juin 1954, suicide ou accident, Il est retrouvé mort  dans sa maison de Manchester par empoisonnement au cyanure. Il avait 42 ans. La reine Elisabeth l'a gracié à titre posthume il y a deux ans. 

tig_025_ig_03405r_lg.0[1].jpgMortem Tydlum livre un thriller intelligent, dont on peut regretter une mise en scène conventionnelle, un scénario touffu et des personnages secondaires qui font pièces rapportées. Comme celui de Keira Knightley incarnant Joan Clarke, elle aussi chargée de décrypter Enigma et que Turing épousa certes par affection, mais surtout par convention sociale.

Des défauts qu'on a pourtant tendance à oublier en regard de la prestation de Benedict Cumberbatch, l'atout maître de l’opus. Après s'être glissé dans la peau de Julian Assange, autre cerveau brillant, l'élégant et aristocratique comédien britannique à l'allure un rien famélique, enfile le costume taillé pour lui du génial ancêtre de l'intelligence artificielle.

Sa remarquable interprétation d'un personnage hors norme, à la fois complexe, arrogant et pas facile à vivre  ouvre assurément la route de l'Oscar à l’une des coqueluches de Hollywood. Outre dans la catégorie acteurs, le film est nominé dans sept autres dont meilleur film et meilleur réalisateur. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 janvier.

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20/01/2015

Grand écran: "Une merveilleuse histoire du temps", l'histoire d'un génie qui méritait mieux

53e343bae6d26[1].jpgNous sommes en 1963, en Angleterre. Stephen  Hawking, 21 ans, fréquente l’université de Cambridge où il se penche sur le mystère de la création, auquel il est bien déterminé à donner une réponse simple. C’est là qu’il fait la connaissance de Jane Wilde (Felicity Jonnes), une jolie étudiante en art et en tombe amoureux.

Mais son corps le lâche soudain et Stephen (Eddie Redmayne) doit faire face à un diagnostic inexorable. Une dystrophie neuromusculaire, connue sous le nom de maladie de Charcot en France ou de Gehrig aux Etats-Unis  va s’attaquer à ses membres, sa motricité, son élocution. La faculté lui donne au maximum deux ans à vivre.

Malgré ses réticences, Jane, refusant l’inéluctable, l’épouse et l’encourage à finir son doctorat. Ils fondent une famille de trois enfants et, tandis que le corps de Stephen se dégrade, son cerveau en ébullition fait reculer les frontières de la physique. Et partant de la date d’une mort trop tôt annoncée, puisque l’un des physiciens le plus influent de la seconde moitié du 20e siècle est toujours vivant cinquante ans après la sentence.

Jusque là tout va bien, car on n’en est qu’à l’idée d’un long-métrage sur l'homme, dont l'existence et les découvertes avaient déjà été évoquées en 2004 dans un téléfilm de la BBC, Hawking, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle-titre. Signé James Marsh, la version cinéma intitulée Une merveilleuse histoire du temps (The Theory Of Everything), est adaptée de l’autobiographie de Jane Hawking, avec promesse d’incursion dans la vie intime, conjugale et familiale du génie.

Le brillant scientifique méritait mieux

Malheureusement, les choses ne tardent pas à se déliter. Après une première partie, la moins décevante, vouée aux années d’études de Hawking, sa rencontre avec Jane et la découverte de sa terrible affection, les fans du maître de ses travaux sur la cosmologie et ses essais sur la gravité quantique qui ont entre autres permis d’élucider le mystère des trous noirs, en seront pour leurs frais. 

Bien que Stephen Hwking ait aimé le film (c’est du moins James Marsh qui le dit..), le brillant scientifique arrivé à la conclusion selon laquelle l’univers n’a pas eu besoin de Dieu pour se former, méritait  mieux que la longue deuxième partie de ce biopic lisse à la mise en scène convenue et où la science est réduite à la portion congrue.

Le réalisateur a en effet choisi de s’appesantir sur les problèmes du couple qui a fini par se séparer après l’arrivée d’un deuxième homme, Jonathan Jones (Charlie Cox) dans le ménage. Et on a du coup droit au triangle amoureux sur fond de violons et de bons sentiments, nettement plus énervants qu’émouvants.

596198[1].jpgReste l’interprétation du mannequin et acteur britannique ’Eddie Redmayne, le plus souvent portée aux nues et qui lui a déjà valu un Golden Globe. Elle est certes impressionnante, mais tellement calibrée pour l’Oscar dont il est l’un des grands favoris, qu’elle en devient caricaturale.

L’intéressé en tout cas mis tous les atouts de son côté. On peut lire que pour ressembler le plus possible au vrai Stephen Hawking, il a perdu six kilos, rencontré des gens souffrant de la même maladie et passé des heures à distordre son corps, au point d’altérer l’alignement de sa colonne vertébrale.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 janvier.

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Grand écran: "Foxcatcher", un thriller à haute tension. Fascinant, ambigu, toxique

foxcatcher-channing-tatum-steve-carell[1].jpgPour assouvir ses rêves de grandeur et prouver à sa mère castratrice, hautaine et cruellement jugeante, qu’il peut mener à bien un ambitieux projet, l’excentrique milliardaire américain John du Pont, grand patriote, ornithologiste à ses heures et passionné de lutte gréco-romaine, décide de coacher deux champions de la discipline pour les JO de Séoul en 1988. Dans cette optique, il met sur pied une luxueuse structure d’entraînement à Foxcatcher, la somptueuse propriété familiale. 

Le réalisateur Bennett Miller s’inspire d’un fait divers authentique, complètement fou, vécu par les frères Schultz, Dave et son cadet Mark, tous deux médaillés d’or à Los Angeles en 1984. Après leur triomphe ils traversent une mauvaise passe, et c‘est alors que John du Pont fait appel à eux pour former son équipe de choc.

Un magnat cyclothymique

Tout d’abord Dave refuse. En revanche Mark, souffrant de rester dans l’ombre de son aîné, flatté de l’attention que lui porte le rejeton de la puissante dynastie, attiré par son monde, accepte et emménage chez lui. Ce dernier s’improvise entraîneur, mentor et père de substitution pour son poulain avide de lui plaire.  

Une relation filiale aussi trouble que toxique se développe entre les deux hommes (photo). Parano et manipulateur, John du Pont (Steve Carell) pousse Mark (Channing Tatum) à des comportements  nuisibles à l’entraînement d’un sportif d’élite déjà fragilisé par un manque de reconnaissance et des blessures d’enfance.

Du coup le cyclothymique magnat se tourne vers Dave (Mark Ruffalo) dont il envie une assurance que sa fortune ne pourra jamais lui procurer. Le trio évolue dans une ambiance malsaine qui le conduit inéluctablement vers une fin tragique.

foxcatcher-channing-tatum-mark-ruffalo1[1].jpgComme dans Le stratège, avec Brad Pitt, Bennett Miller s‘aventure au-delà du sport pour livrer un fascinant thriller psychologique à haute tension, glaçant, ambigu, en forme de tragédie grecque. Foxcatcher, qui avait logiquement obtenu le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes,  tant elle séduit par sa force, jouit également d’un bon scénario et d’une excellente interprétation.

A commencer par celle d’un Steve Carell à contre-emploi, très loin des rôles comiques qui lui sont habituellement confiés. Alors que le cinéaste exploite le côté obscur des besoins de pouvoir de ce héros malfaisant, redoutable, fantasque et mégalo, le comédien apparaît méconnaissable avec sa tête d’oiseau, ses cheveux grisonnants, sa prothèse nasale, son menton déformé, ses dents jaunies.
 
A ses côtés le ténébreux Channing Tatum se montre très convaincant en lutteur à la fois fruste, costaud, névrosé et vulnérable. Tout comme Mark Ruffalo, impeccable en frère protecteur et rongé par l’inquiétude (photo).

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 janvier.

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