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23/06/2015

Grand écran: "Une seconde mère", portrait critique de la société brésilienne

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Domestique depuis dix ans chez de riches Brésiliens de Sao Paulo façon gauche caviar, Val sert à la fois de bonne à tout faire, de nounou et de mère de substitution pour le fils de la famille qu’elle a pratiquement élevé. Abandonnant ainsi Jessica, son propre enfant, dans le Nordeste d’où elle est originaire.

Les deux femmes ne se sont donc pas revues depuis tout ce temps. C‘est  alors que Jessica, prête à entrer à l’université, annonce à Val qu’elle va venir en ville pour passer un grand concours d’architecture. Les maîtres de maison acceptent qu’elle vienne habiter chez eux. Sans complexe, la jeune fille ne va pas se gêner pour bousculer la hiérarchie ambiante.

Un fossé de génération s’est en effet creusé entre la gouvernante soumise et dévouée trouvant normale la façon dont elle est traitée, et l’adolescente rebelle qui estime sa mère bien trop servile. Pas question en effet de se plier aux règles, comme dormir dans une chambre de bonne,  manger à la cuisine ou ne pas se baigner dans la piscine. Val n’en croit pas ses yeux et tente en vain de remettre Jessica à sa juste place.

Anna Muylaert, qui a gagné le prix de la critique à Sundance et celui du public à la Berlinale propose, avec Une seconde mère, un portrait de la société de son pays par le biais d’une comédie dramatique à rebondissements savoureuse, drôle et touchante.

Mais au-delà du divertissement et de l’humour, la réalisatrice brésilienne se livre surtout à un jugement sévère d’un hypocrite système de castes que rejette Jessica, symbole d’une jeunesse rétive à l’asservissement, la condescendance et l‘humiliation. Une réussite à laquelle contribuent beaucoup les comédiens, à commencer par la solaire Regina Casé (photo), magnifique dans le rôle de Val.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 juin.

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16/06/2015

Grand écran: "Valley Of Love" réunit Isabelle Huppert et Gérard Depardieu

decouvrez-la-bande-annonce-de-the-valley-of-love-de-guillaume-nicloux-avec-depardieu-et-huppert,M219496[2].jpgTrente-cinq ans après Loulou de Maurice Pialat, Guillaume Nicloux a choisi de réunir Isabelle Huppert et Gérard Depardieu dans Valley Of Love pour une mission plus que bizarre. Autrefois mariés, ils sont aujourd’hui séparés. Mais ils ne vont pas moins réaliser le dernier vœu de leur fils Michael, photographe, qui s’est suicidé six mois auparavant.

Dans une lettre, il leur demande d’être présents ensemble dans la Vallée de la mort, tous les jours à un endroit différent. Une sorte de voyage initiatique à l’issue duquel ils le reverront. Il le leur a promis.

Voici donc la gracile Isabelle accompagnée du massif et suant Gérard, bedaine au vent, partis pour ce rendez-vous d’outre-tombe avec pliant et parasol, au cœur de ce lieu aride chauffé à blanc. Avec un scénario dont la minceur le dispute à l’absurde, sinon au grotesque, Guillaume Nicloux propose des retrouvailles se voulant émouvantes sur fond de deuil, de mysticisme et de désert à valeur emblématique. Le tout agrémenté de réflexion des deux stars sur leur statut.

Mais ce n’est qu’un ersatz. Tout en nous appâtant avec de superbes paysages, par ailleurs  inratables, le réalisateur capitalise essentiellement sur ses deux monstres sacrés. La limite du film, d’autant que leur jeu se révèle loin du décoiffant. Plus particulièrement celui d’Isabelle Huppert, décevante, alors que sa présence dans un film est habituellement un gage de qualité.

Cette Vallée de la mort qui devient celle de l’amour figurait en compétition au dernier Festival de Cannes. Inutile de préciser que l’opus n’avait rien à y faire. A part avoir permis à ses deux têtes d’affiche de fouler le tapis rouge. Et accessoirement à Gégé de déclarer son amour à Poutine…

maxresdefault[1].jpgUn moment d’égarement

On quitte la Californie pour la Corse. Sans plus de réussite, bien au contraire. Auteur du dyptique sur Mesrine, Jean-François Richet a changé radicalement de registre pour se lancer dans le remake foireux du film de Claude Berri Un moment d’égarement (1977), dont Stanley Donen avait déjà fait une resucée en forme de flop, La faute à Rio, en 1984. La dernière mouture est produite par Thomas Langmann, le fils de Berri, en hommage à son père.

Vincent Cassel et François Cluzet jouent Laurent et Antoine (Pierre et Jacques interprétés par Jean-Pierre Marielle et Victor Lanoux dans l’original), deux amis d’enfance qui partent en vacances avec leur fille respective, Marie (Alice Isaaz)), 18 ans et Louna (Lola le Lann), 17 ans

Cette dernière a le béguin pour Laurent, qui succombe à ses charmes l’espace d’un soir. Le lendemain il regrette et repousse Louna qui le poursuit en vain de ses assiduités. Sans révéler son identité, l’adolescente effondrée confie alors son chagrin à son père qui n’a désormais plus qu’une  idée en tête, faire la peau à l’affreux séducteur de sa fille…

Prétendre qu’une créature de rêve de 17 ans peut tomber raide dingue d’un homme de 30 ans son aîné, même s’il s’agit de Vincent Cassel, bonjour la crédibilité et la persistance du cliché sexiste. Mais on atteint des sommets de beaufitude avec la prestation ridicule de François Cluzet, d'abord obsédé par la chasse au sanglier qui dévaste son jardin puis à l’homme qui a saccagé la vertu de son enfant. Hautement symbolique, non? Bref, Cassel n'est pas seul à s'égarer dans l'histoire...

Films à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 juin.

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Grand écran: "Love Island", comédie kitsch pour vacances croates

 

love-island-photo3[1].jpgLiliane et son mari Grebo passent leurs vacances dans une station balnéaire croate. Enceinte, Liliane va bientôt accoucher et le futur papa se réjouit follement de la naissance de leur petite fille.

Tout est inclus dans le forfait de ce village genre Club Med et le jeune couple a bien l‘intention d’en profiter, notamment des soirées organisées pour distraire les touristes. Lors de l'une d’elles, un karaoké, Grebo désireux d'être le centre de l'attention, s’illustre en interprétant un vieux tube pop. Sa prestation n'est pas trop du goût de Liliane qui, en regardant autour d'elle, aperçoit Flora, une belle jeune femme avec qui elle a entretenu une folle relation amoureuse..

Elle voudrait l'oublier, contrairement à Flora avide de revivre les moments passionnés qu’elles ont vécus. De son côté Grebo, qui ne se doute de rien, est très attiré par la sulfureuse créature, accessoirement monitrice de plongée. Et comme tout est propice à libérer ses instincts primitifs dans cette ambiance de farniente, nos deux héros ne vont finalement pas se priver, quitte à se compliquer singulièrement l’existence. 

Avec Love Island, comédie kitsch aux éclatantes couleurs bollywoodiennes, la réalisatrice Jasmila Zbanic, auteur de Sarajevo, mon amour veut mettre en scène un univers parallèle idyllique où chacun peut enfin pratiquer le lâcher prise. En même temps, elle tient à montrer une autre facette, gaie et insouciante, d’une société bosniaque déterminée à avancer dans un pays en reconstruction après la tragédie de la guerre.

Des intentions des plus louables, Sauf qu’on ne peut s’empêcher d’y voir surtout, à quelques chansons près, une sorte de sous Bronzés croisé avec un ersatz de Gazon maudit. Dommage.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 juin.

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09/06/2015

Grand écran: les dinosaures attaquent dans "Jurassic World". Sans convaincre

des-tonnes-de-visuels-pour-jurassic-world[1].jpgPlus de tout pour que ça déménage. Et la volonté de nous en mettre plein les mirettes avec des bestioles plus grandes, plus gosses, censément plus terrifiantes. Car les dinosaures de Spielberg, qui a produit Jurassic World, ont été génétiquement modifiés en laboratoire. Et ils attaquent sec, 22 ans après le premier opus. Sans convaincre. Ce qui n'empêchera pas cette quatrième resucée en 3D et en Imax de cartonner un maximum au box-office.

Les événements, ce qui ne surprendra personne, se déroulent dans une île-parc d’attraction idoine. Pour doper une fréquentation trop stable au gout des exploitants, des scientifiques ont concocté un nouvel et gigantesque hybride intelligent, l’Indominus Rex, version XXL du T.Rex, une impitoyable machine à tuer pour le plaisir. 

L’affreux réussit bien entendu à échapper à ses créateurs pour semer la panique en boulottant alègrement ce qui se trouve sur son chemin. Vu qu'il est entouré d’une flopée d’autres créatures préhistoriques aussi voraces, genre prédateurs volants ou marins, les espoirs reposent sur le dresseur de raptors Owen Brady, pour conjurer la menace pesant sur les 20.000 visiteurs dont deux enfants, en l‘occurrence un grand frère et son cadet. Le courage et l’astuce chevillés au corps, ils parviennent à se tirer des griffes de leurs redoutables poursuivants,

Un scénario famélique

Bref, rien de nouveau sous le soleil dans ce blockbuster très attendu, version bruyante peu inspirée au scénario famélique en hommage au maestro, qui multiplie références et clins d’œil se voulant ironiques, tout en surfant sur les dangers des manipulations génétiques. Elle ne s’embarrasse pas non plus de cohérence. A l’image gaguesque de l’héroïne Claire, la tantine des garçons, alias Bryce Dallas Howard, la fille du cinéaste.

Alors que ses vêtements d’un blanc immaculé finissent sales et en lambeaux et que son impeccable brushing ultra lissé vire à l’ondulation un rien sauvage, elle garde de la première à la dernière scène ses talons aiguilles. Parce que c’est une guerrière…Elle a en tout cas les chevilles solides pour courir dans la jungle telle une dératée sans se les tordre.

Un casting multi-ethnique

Le film n’est pas destiné à un public américain a déclaré  le réalisateur Colin Trevorrow, mais à celui du monde entier. Pour preuve un casting international et multi-ethnique. Aux côtés de la rousse Bryce, de Chris Pratt et de Vincent D’Onofrio, star de la série New York, section criminelle, leur compatriote d’origine chinoise BD Wong, psy du FBI dans Unité Spéciale, le Français Omar Sy et l’Indien Irfan Khan.  

Ils n’en sont pas plus charismatiques pour autant, bien au contraire. Autrement dit, à l'exception de son rythme, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un vélociraptor dans cette copie laborieusement appliquée de la mouture culte initiiale. A part peut-être pour les fans de brontosaures, tyrannosaures, torvosaures, allosaures ou autres  stégosaures. Ils peuvent de surcroît se réjouir dans la mesure où ’une suite est déjà –hélas- en développement!

Film à l'affiche partout ou presque dès mercredi 10 juin.

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05/06/2015

Cinéma: le grand retour d'une magnifique Clotilde Courau dans "L'ombre des femmes"

OMB0003[2].jpgAprès son mariage en 2003 avec le prince Emmanuel-Philibert de Savoie, Clotilde Courau squattait  davantage les pages people que le haut de l’affiche. La voici enfin, magnifique et émouvante, de retour dans un grand rôle chez Philippe Garrel. Qui, avec L’ombre des femmes, signe une petite perle en noir et blanc de 73 minutes.

Ce drame sur un couple à l’épreuve de l l’infidélité présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes, revisite avec cruauté, tendresse et malice le trio ou plutôt le quatuor amoureux, en montrant que le désir est aussi puissant chez la femme que chez l’homme. (Lire  notre critique du 3 juin dernier) 

Beaucoup d’actrices avouent qu’elles feraient n’importe quoi, réciter le bottin par exemple, pour jouer sous la direction de Jean-Luc Godard ou Woody Allen. Philippe Garrel fait cet effet-là à Clotilde Courau. "On lui dit oui sans hésiter. L’aventure dans son univers ne se refuse pas. C’était une rencontre exceptionnelle",  confie-t-elle lors d‘une interview réalisée à Genève.

-Comment avez-vous débarqué dans son film ?

-Grâce à Louis qui m’a présentée à son père. Philippe m’a d’abord demandé de lire le scénario, puis d'effectuer une seconde lecture avec Stanislas Merhar pour voir si notre couple était crédible.

-Qu’est-ce qui vous fascine tant chez cet homme ?

-Sa liberté, ses interrogations sur l'amour, sur les rapports entre l’homme et la femme.

-Et chez Manon, le personnage principal qui vous était réservé ?

-Ce n'est pas tellement Manon qui m'a séduite, mais surtout le fait d’être avec un cinéaste qui parle de son sujet d’une façon aussi profonde et épurée. Son enquête minutieuse du sentiment amoureux m’a beaucoup plu. En réalité, pour moi il n’y a pas de rôle, mais un metteur en scène qui filme des personnages dans l’histoire qu’il raconte. C’est un chef d’orchestre, tandis que le scénario représente une partition. Et le comédien se glisse à l’intérieur.

-Quelle est sa manière de travailler ?

-Une condition sine qua non, être disponible une fois par semaine et répéter pendant 14 semaines. Dès qu’on tourne, il n'y a qu'une prise. Il filme dans la chronologie et le montage s’effectue au fur et à mesure.

-Vous êtes excellente dans "L’ombre des femmes". Une virtuose dit même son auteur. Une réaction à ce compliment particulièrement flatteur?

-Je ferme les yeux et les oreilles. Evidemment cette appréciation me touche infiniment. En même temps, comme je suis très exigeante, je n’ai pas fini d’apprendre.

-Vous voir chez un tel cinéaste peut paraître étonnant après ce qui s’apparente à une traversée du désert. En avez-vous souffert ?

-C’était une période difficile mais également nécessaire et merveilleuse. Elle m’a permis de me remettre en question, de savoir ce qui était fondamental pour moi, de construire une famille et des amitiés profondes. Comme j’ai eu du temps, j’ai pu vraiment m’enrichir, approfondir ma cinéphilie, découvrir chez qui j’avais envie d’aller. Haneke, Cavalier, Godard. Ou encore le Danois Joachim Trier, dont j’ai trouvé Louder Than Bombs (réd: en compétition à Cannes) formidable.

-Et si cela n’arrive pas?

-Vous venez de parler de ma traversée du désert.  Eh bien aujourd’hui, je n’ai pas peur d’attendre.  Comme on dit, ce qui ne vous te pas vous rend plus fort...

"L'ombre des femmes" est à l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 3 juin. 

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02/06/2015

Grand écran: Philippe Garrel nous emmène à "L'ombre des femmes"

468907[1].jpgManon et Pierre sont pauvres, mais ils s'aiment. Un couple d’artistes unis face à la précarité et vivant dans un vieil appartement délabré. Ils ont en outre une passion commune pour les documentaires qu'ils réalisent avec des bouts de ficelle et qui leur rapportent des clopinettes. En l’occurrence, ils travaillent à un métrage sur la Résistance. Inséparables dans la vie comme dans le travail pense leur entourage.

Mais un jour Pierre trompe Manon avec Elisabeth, une jeune stagiaire. Un besoin purement physique pour lui. Sauf que la jeune femme veut plus. De son côté, Manon commence à se douter de quelque chose. Elle ne dit rien, mais se  sentant délaissée, elle prend un amant.

Par hasard, Elisabeth le découvre. Elle hésite à le dire à Pierre, se demandant si c'est dans son intérêt. Mais frustrée de n’être qu’une amantei, elle finit par craquer. En macho blessé pour qui l'infidélité est le privilège des hommes, ce dernier en mal d’exclusivité et d’une parfaite mauvaise foi ne supporte pas la révélation. Alors Manon décide de se sacrifier… 

Avec L’ombre des femmes, du Philippe Garrel pur sucre, l'auteur propose une variation sur l’amour, ses arrangements petits-bourgeois que ses héros méprisent pourtant, ses faux-fuyants, ses petites et grandes trahisons sur fond de lâcheté masculine et de lucidité féminine. Revisitant une situation pourtant rebattue sur un mode vaudevillesque en mettant un couple à l’épreuve d’un double adultère, il livre une comédie humaine espiègle en noir et blanc, au charme aussi inédit que singulier. Avec en off la voix de Louis Garrel.

Le film est porté par d'excellents comédiens dont Stanislas Merhar (Pierre), Lena Paugam (Elisabeth) et surtout Clotilde Courau (Manon). Magnifique, la comédienne opère ainsi un retour très réussi au cinéma. On aura l’occasion d’en reparler lors de son interview. (Photo de gauche à droite Lena Paugam, Stanislas Merhar, Clotilde Courau)

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 3 juin.

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Grand écran: Arnaud Depleschin livre "Trois souvenirs de ma jeunesse"

trois-souvenirs-de-ma-jeunesse-5524f13fb4342[1].jpgDix-neuf ans après son romanesque long-métrage générationnel Comment je me suis disputé... (ma  vie sexuelle), où on suivait Paul Dédalus (référence à James Joyce), un maître-assistant trentenaire en pleine crise existentielle, le réalisateur livre Trois souvenirs de ma jeunesse.

Il s’agit d’une préquelle où apparaît un Paul plus jeune, rôle principal joué par Quentin Dolmaire, un jeune homme aux relations chaotiques avec les filles, plaçant le sentiment amoureux au-dessus de tout, le respectant au point d’être infidèle, tentant constamment à être à la hauteur de ses exigences.

C’est lui que se rappelle le Paul d'aujourd'hui, interprété par Mathieu Amalric. Il va quitter le Tadjikistan et se souvient de son enfance à Roubaix, de son adolescence, de la folie de sa mère, de la violence de son frère Ivan, de celle de son père, veuf inconsolable.

Il évoque aussi son identité offerte à un jeune Russe lors d'une mission clandestine en Union soviétique, de ses 19 ans, des soirées avec ses amis dont l'un devait le trahir, de ses études à Paris, de sa vocation naissante pour l'anthropologie… Et surtout d'Esther (Lou-Roy-Lecollinet), son amour, le cœur de sa vie.  

Conservant une approche très littéraire, maintenant parfois assez curieusement le spectateur entre l'agacement et la fascination, le film est un peu moins moins brillant qu'on l'attendait. Notamment en raison d'une première partie relativement faible, avec des comédiens pas toujours très convaincants. 

Des réserves toutefois mineures en regard de la qualité de l'œuvre dans son ensemble. Reste que le film s’est retrouvé en Quinzaine des réalisateurs à Cannes après avoir été refusé en compétition. Pourtant, comparé à trois de ses compatriotes qui n’avaient rien à y faire, Valérie Donzelli avec Marguerite et Julien, Guillaume Nicloux avec The Valley of Love et Maïwenn avec Mon Roi, Arnaud Depleschin propose carrément un chef d’œuvre!

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 juin.

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26/05/2015

Grand écran: le triomphe cannois de Vincent Lindon avec "La loi du marché"

 

7778474659_vincent-lindon-montre-sa-recompense[2].jpgAvec La loi du marché, Stéphane Brizé figurait parmi les dix-neuf concurrents en lice pour la Palme d’or cannoise. Un prétendant très sérieux. encensé par la critique internationale. Les Français le plaçaient même en seconde position derrière leur favori Mia Madre de Nanni Moretti.

Le jury, on le sait depuis dimanche soir, en a décidé autrement. Mais s'il a complètement négligé le film italien, il a tout de même réservé une reconnaissance de taille au français, en décernant à son héros Vincent Lindon le prix de l’interprétation masculine.

Bouleversant dans l'opus, l’acteur pleurant de bonheur l’a également été en recevant sa prestigieuse médaille. Avec des gestes et des mots qui marquent. Embrassant les présidents Coen et leurs jurés, Lindon a eu cette phrase d'une rare modestie: "C’est la première fois que je reçois un prix dans ma vie". De quoi chambouler le cœur des gens dans la salle, devant les télévisions et sur la toile.

Une émotion à la hauteur de ce sacre amplement mérité et conquis de haute lutte par ce comédien  nommé à cinq reprises aux Oscars. Il est tout simplement grand dans La loi du marché, Un rôle sur mesure, l’un des meilleurs, sinon le meilleur. Seul comédien professionnel face à des amateurs exerçant en principe leur propre métier, il atteint le haut niveau en naviguant dans leur univers avec une rare aisance.

Il s'agit de sa troisième collaboration avec Stéphane Brizé, suite à Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps. "Il est à moi", a d’ailleurs déclaré Vincent Lindon en parlant de son réalisateur. "Je vous le prête mais il est à moi… " 

Fiction sociale au froid réalisme documentaire

On comprend qu'il veuille garder le talentueux cinéaste pour lui. Entre chômage, précarité, lutte et humiliations, Brizé se fait le formidable témoin des difficultés dans lesquelles se débattent nombre de ses contemporains. Thierry, quinqua sans emploi, marié et père d’un enfant handicapé, galère depuis vingt mois. Il finit par retrouver un travail dans un supermarché. D’abord comme vigile puis comme auxiliaire de sécurité, chargé d’espionner les clients chapardeurs potentiels de bricoles et ses malheureux collègues mal payés éventuellement tentés d’en faire autant.

Une façon de les licencier en toute bonne conscience, la confiance étant rompue… Thierry tente de jouer le jeu. Mais trop c’est trop et ce job le met rapidement face à un dilemme moral. Jusqu’où peut-il aller pour conserver son poste, même décroché grâce à un vrai parcours du combattant?

Dans cette fiction sociale au froid réalisme documentaire et au filmage particulier qui laisse par exemple une assez large place aux caméras de surveillance de l’établissement, Stéphane Brizé raconte l’histoire de la défaite programmée des exclus. En évoquant la brutalité du marché pour les pauvres qui deviennent toujours plus pauvres, face à l’indécence des gros qui ne cessent de s’engraisser sur leur dos.
Plongée dans un quotidien âpre

Opérant une plongée dans ce quotidien âpre, il dissèque, entre rendez-vous stériles, entretiens d’embauche inutiles ou séances de formation plus ou moins dégradantes, les dérives d’une société dépourvue de solidarité, où l’absence d’état d’âme et l’inhumanité le disputent à la mesquinerie et à la cruauté ordinaire de petits chefs avides de plaire au patron.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 mai.

 

 

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05/05/2015

Grand écran: "Un peu, beaucoup, aveuglément", de et avec Clovis Cornillac

 

maxresdefault[1].jpgHabitant dans deux appartements séparés par une cloison extrêmement mince, deux êtres aux antipodes l’un de l’autre finissent par construire une relation sans se voir ni se toucher, uniquement basée sur leur voix et leur ressenti. On ne connaîtra même pas leur prénom respectif, puisqu’ils se donnent mutuellement du Machin /Machine.

 

Lui, c’est un inventeur de casse-tête aussi créatif que misanthrope ne supportant pas le moindre bruit et vivant cloîtré. De son côté, pianiste aussi douée que psychorigide, elle ne peut se passer de musique et prépare un grand concours.

 

L’affaire semble bien mal emmanchée. Un point commun cependant, tous deux sont des inadaptés sociaux. Du coup, cette cohabitation difficile va évoluer vers une curieuse liaison, où ils font plus ou moins les mêmes choses au même moment mais… de part et d’autre de leur mur. 

 

Un peu, beaucoup, aveuglément est le premier long-métrage de Clovis Cornillac, qui tient aussi le rôle principal aux côtés de Mélanie Bernier. Le scénario a été imaginé par la femme de l’acteur, qui se glisse dans celui de la sœur hyper décomplexée de l’héroïne. Pour compléter le trio, l’ex-Deschiens Philippe Duquesne s’est mué en seul et meilleur ami de Machin, le farouche atrabilaire.

 

Au premier abord, on est séduit par le côté original et farfelu de ce film évoquant non seulement deux névrosés bizarrement amoureux, mais surfant sur le thème de la solitude et des problématiques rapports humains alors que se multiplient les moyens de communication. Tout cela vire pourtant rapidement à la fausse bonne idée. En dépit de quelques astuces de mise en scène, Clovis Cornillac gâche son concept inédit pour livrer finalement une romance au parcours fléché et au dénouement téléphoné.

 

Le talent de mes amis

 

Autre comédie française avec Alex Lutz, qui passe également pour la première fois derrière la caméra. S’étant rencontrés au lycée et devenus modestes collègues de bureau, Jeff et Alexandre mènent une petite vie tranquille et sans ambition, tout en accumulant les bêtises et les blagues nazes.

 

LE%20TALENT%20DE%20MES%20AMIS%20PHOTO3[1].jpgJusqu’à l’arrivée dans l’entreprise de Thibaut, un coach super dynamique et performant qui n’est autre que l’ami d’enfance d’Alexandre. A l'époque, tous deux s'étaient promis de réussir. Mais seul Thibaut semble avoir tenu parole. A priori de quoi bousculer la routine…

 

Malheureusement, en dépit de son titre, Le talent de mes amis, l’auteur et ses protagonistes n’en montrent pas beaucoup. Un euphémisme vu le ratage de la chose. Et pour cause. Il n’était en effet pas question pour Alex Lutz, notamment auteur de la pastille humoristique Catherine et Liliane sur Canal +d’oublier ses grands copains Bruno Sanches et Tom Dingler. Du coup ce film de potes n’est rien d’autre qu’un… film de potes.

 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mai.

 

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28/04/2015

Grand écran: Camille Cottin s'éclate dans "Connasse, princesse des coeurs"

connasse_rognee_et_comp[1].jpgElle estime ne pas avoir la vie qu’elle mérite, ne veut plus jamais travailler et rêve d’un  destin royal. C’est ainsi qu’elle met le cap sur Londres, déterminée à épouser le prince Harry,  le célibataire les plus convoité d’Europe. Ce qui reste à prouver…  

Elle, c’est Camille Cottin. Elle reprend au cinéma le personnage de Connasse, une insupportable trentenaire au comportement odieux qui s’immisce un peu partout, qu’elle tenait sur Canal +  diffusée dès 2013 dans Le Grand Journal. L’adaptation de la minisérie sur grand écran, intitulée Connasse, princesse des cœurs est coréalisée par les auteures du concept, Eloïse Lang et Noémie Saglio.

Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une pastille humoristique tournée en caméra cachée. Le principe est repris pour le film, ou du moins nous l’affirme-t-on en dépit d’une ou deux cas qui paraissent sujets à caution. Mais faisons comme si pour suivre l’audacieuse et chiantissime Camille Cottin dans une succession de scènes où elle doit tester la capacité de tolérance, le niveau de crédulité, sinon de bêtise des gens qu’elle croise. En l’occurrence des Anglais. La virée chez Sa Majesté The Queen lui permettait notamment de ne pas être reconnue.

Bref. A son habitude, elle affronte des situations plus saugrenues les unes que les autres. Et elle y va vraiment à fond dans le genre connasse à humour vache. Sans complexe et sans le moindre égard pour personne. Logique. Pour être une connasse, il ne faut penser qu’à soi, n’avoir aucune conscience  des autres et tout faire pour arriver à ses  fins, dans se poser la moindre question.

Certaines séquences sont certes plutôt drôles, sinon parfois jubilatoires. Mais en passant de sketches très courts, (moins de deux minutes  où on la retrouvait chez l'esthéticienne, à la piscine, à St-Tropez, dans une boutique de luxe ou un magasin de musique) au (trop) long-métrage, la chose perd de son sel et finit par lasser. Même si Camille Cottin paie vraiment sans compter de sa personne. Ce qui plaira sans doute aux fans.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 29 avril.       

 

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