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31/01/2017

Grand écran: Mel Gibson déroule ses obsessions dans "Tu ne tueras point". Sanglant!

aaahacksaw.jpgToujours aussi obsédé par la violence, la quête divine, le sacrifice et la rédemption, le prosélyte Mel Gibson revient avec Tu ne tueras point, où il raconte l’histoire authentique de Desmond Ross. Ce jeune Américain brutalisé par un père vétéran alcoolique pour exorciser ses traumatismes, hérite de sa colère avant de trouver la paix dans la religion.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Desmond Ross, membre de l’Eglise adventiste du septième jour, veut absolument rejoindre l’armée pour servir son pays. Mais, cet objecteur de conscience déchiré entre son patriotisme et sa foi, refuse de porter, voire de toucher un fusil. Ce qui lui vaut les pires sévices de la part de ses camarades et surtout de sa hiérarchie, déterminée à s’en débarrasser

Le plus grand des héros

Inébranlable, supportant les coups, les humiliations, les injures, il finit par être engagé comme infirmier dans l’infanterie et, sans jamais céder sur ses principes, ses croyances, sa morale, deviendra le plus grand des héros en sauvant, armé de sa seule foi, des dizaines de vies dans l’enfer de la bataille d’Okinawa.

En soi l’objection de conscience est un bon sujet. Mais si on admire la résistance tenace aux cruelles pressions militaires, le courage exemplaire de l’homme qui a inspiré le film, c’est tout le contraire en ce qui concerne le portrait qu’en brosse Mel Gibson. Il en fait une sorte de dadais idéalistico-mystique, campé par un Andrew Garfield totalement dénué de charisme.

Une vaste boucherie 

Après une première partie laborieuse pour expliquer la conversion de son protagoniste, le réalisateur de La passion du Christ et de Braveheart se lance dans le filmage réaliste du conflit. Et profite de cette figure héroïque pour se livrer à ses fascinations douteuses, se vautrant dans la barbarie, multipliant avec une rare complaisance des séquences de guerre aussi sanglantes que répétitives.

Corps éventrés, déchiquetés. C'est gore. Une vaste boucherie. Et, plus détestable encore, sur fond de pacifisme, d’humanisme, d’évangélisme, de sentimentalisme bondieusard. A ce égard, on ne résiste pas à citer les Inrocks, évoquant un cinéma qui bascule dans l’ère du catho-porn, destiné à remplir les multiplexes de l’Amérique bigote…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 1er février. "

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Grand écran: une excellente Natalie Portman fait revivre la fascinante Jackie Kennedy

aaaajack.jpgScruté, analysé, hyper médiatisé, l’assassinat de John F. Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, a fait l’objet d’incalculables thèses, ouvrages ou films. Mais aucun ne s’est principalement focalisé sur sa veuve, confrontée à la violence de sa mort.

Avec Jackie, le Chilien Pablo Larrain s’est glissé dans l’esprit de Jacqueline Bouvier Kennedy, pour tenter de faire partager son vécu émotionnel du drame.

Sans doute déroutés, les amateurs de biopics classiques vont regretter que le scénariste Noah Oppenheim n’ait pas privilégié le récit linéaire du destin extraordinaire de la First Lady qui a réinventé la fonction au début des sixties. Ils auront tort, car l’angle choisi pour évoquer l’icône féminine universellement admirée pour sa culture, sa beauté et son élégance est inédit, non conventionnel et passionnant.

Sur une musique de Mica Levi, superbement filmé, l’opus opère un retour en arrière à la faveur d’une interview accordée à un journaliste par Jackie, qui exige le contrôle de ses souvenirs, sinon leur réinterprétation. S’il conserve certes quelques éléments importants de son existence, Pablo Larrain se concentre sur les quatre jours traversés par la femme blessée, de celui de la tragédie du Texas à celui des funérailles à Washington le 25 novembre.

Tout en nous la montrant bouleversée, traumatisée, dévastée de chagrin, vêtue de son tailleur rose taché de sang, le cinéaste dévoile les deux visages de la célébrissime veuve de JFK. Vulnérable, timide, notamment dans la reconstitution en noir et blanc de la fameuse visite de la Maison Blanche où elle parle d’une voix de petite fille désemparée ; digne, forte et déterminée dans sa volonté d’organiser des obsèques destinées à célébrer l’homme et à immortaliser le 35e président des Etats-Unis.

De l’Oscar dans l’air

Un vrai film d’auteur dont Natalie Portman est l’atout majeur aux côtés de Peter Sarsgaard, Greta Gerwig et John Hurt. Il y a de l’Oscar dans l’air pour la comédienne qui porte l’œuvre de bout en bout. Formidable, elle impressionne par sa classe, son jeu intelligent, subtil, sensible . Remarquable, elle devient plus qu’elle n’incarne cette Première Dame exceptionnelle, complexe, fascinante, secrète, mais aussi consciente de l’importance de son image, de son style, et dont la vie a basculé en quelques minutes.

Pour construire son personnage, Natalie Portman a raconté, notamment à Paris Match, qu’elle s’est inspirée des entretiens de Jackie avec l’historien Arthur Schlesinger Jr en 1964, mais a surtout été aidée par le livre One Special Summer qu’elle avait écrit avec sa sœur Lee lors d’un voyage en Europe en 1951.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er février.

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25/01/2017

Grand écran: euphorisant, "La La Land" fait chavirer la planète et craquer Hollywood

aland.jpgBouchon géant sur une autoroute de Los Angeles. Conducteurs et passagers léthargiques rongent leur frein, lorsqu’une jeune femme sort de sa voiture en chantant. Effet magique. En un éclair l'asphalte se couvre de danseurs et l’embouteillage se transforme en une chorégraphie grandiose sur les toits des véhicules au son d'un irrésistible air jazzy.

Cette ouverture euphorisante qui donne des fourmis dans les jambes, nous entraîne dans une lumineuse comédie musicale sur fond d’amours contrariées entre Mia, serveuse dans un café entre deux auditions pour devenir actrice et Sebastian, pianiste fou de jazz qui rêve d’ouvrir son club et joue du piano dans des restaurants pour boucler ses fins de mois. La course parallèle à la réussite des deux héros finira par une passion sacrifiée sur l'autel de l'art...

Vers une moisson d'Oscars

Avec La La Land, expression désignant à la fois le quartier de Hollywood à Los Angeles et avoir la tête dans les nuages, le Franco-Américain Damien Chazelle, 32 ans, fait chavirer la planète et enchante Hollywood. Film le plus attendu de ce début d’année, il a raflé sept Golden Globes en janvier dernier et va poursuivre son incroyable moisson aux Oscars le 26 février avec 14 nominations, dont meilleur film et meilleurs comédiens. Il rejoint ainsi Titanic de James Cameron et Eve de Joseph Mankiewicz. 

abland.jpgCette merveilleuse, énergisante et poétique bulle d’oxygène en ces temps anxiogènes est portée par les performances d'Emma Stone (lauréate d’un prix d’interprétation à la Mostra de Venise) et Ryan Gosling qui, comme sa partenaire, a appris les claquettes, mais surtout le piano à raison de cours intensifs.

Tourné dans environ 80 décors extérieurs, La La Land rend hommage à la Cité des Anges, aux fabuleux classiques et leurs formidables acteurs comme Gene Kelly, Ginger Rogers, Fred Astaire ou Cyd Charisse. Avec clins d’œil plus particuliers au chef d’œuvre de Vincente Minnelli The Band Wagon (Tous en scène). Encore que Chazelle voie son film plus proche de Chantons sous la pluie, des Demoiselles de Rochefort, ou des Parapluies de Cherbourg dont il est un fan absolu. Des influences qui le poussent aussi vers la mélancolie, l’allégresse teintée de tristesse, l’amour impossible.

Naviguant entre fantasmes et réalité, passé et présent, La La Land aligne les numéros jubilatoires dans une mise en scène virtuose où le créatif Chazelle, nostalgique de l’âge d’or hollywoodien, multiplie les installations, les situations baroques, les trouvailles visuelles. Une véritable réussite malgré une ou deux longueurs médianes et une petite lourdeur finale. Des réserves mineures. 

Damien Chazelle, qui a mis six ans à monter son projet, a été révélé en 2014 par le remarquable Whiplash, un opus âpre où un jeune batteur apprend durement son métier auprès d’un prof aussi cruel que sadique. Et comme il n’a pas l’intention de s’endormir sur ses lauriers, il planche sur son prochain long-métrage, First Man, d’après la vie de Neil Armstrong. Son premier film à effets spéciaux montrera l’espace sous un autre jour en explorant les dangers d’être astronaute dans les sixties. On se réjouit déjà.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 janvier.

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11/01/2017

Grand écran: Bertrand Tavernier passionne avec son "Voyage à travers le cinéma français".

aaatavernier.jpgGrand amoureux du septième art dans lequel il est pratiquement tombé au berceau, Bertrand Tavernier nous invite à partager son Voyage à travers le cinéma français, un documentaire captivant de plus de trois heures fourmillant d’extraits (Casque d’or Falbalas, Rendez-vous de juillet, Antoine et Antoinette, Touchez pas au grisbi) d’analyses, d’archives, de saillies et d’anecdotes.

Certaines sont savoureuses, dont la genèse du fameux "Atmosphère, atmosphère..." d’Arletty dans Hôtel du Nord, ou la surveillance à la cantine par Claude Sautet de Lino Ventura, gros mangeur. Une prise de poids aurait nui à son personnage en cavale dans Classe Tous risques.

Après avoir rendu hommage à ses cinéastes hollywoodiens préférés dans deux livres, 50 ans de cinéma américain co-écrit avec Pierre Coursodon, et Amis américains, il revisite, de 1930 à 1970, les films français, leurs auteurs et leurs acteurs qui ont marqué sa vie Un travail de titan pour ce cinéphile passionné qui nous offre une promenade subjective et personnelle à la manière de Scorsese, à qui l’on doit Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain et Mon voyage en Italie.

Plein de vie, d’humour de générosité, de malice, la traversée commentée avec une érudition pimentée de modestie, de fierté et de gourmandise, commence avec Jacques Becker, pour qui Tavernie éprouve une admiration sans borne. Ce «cinéaste de la décence ordinaire» lui a procuré, avec Dernier atout, sa première émotion de spectateur dans un sanatorium, alors qu’il était âge de six ans seulement.

La balade se poursuit avec Jean Renoir, un génie dont il égratigne l’image mythique en évoquant un comportement douteux en 1940, le grand Jean-Pierre Melville, qui lui conseilla de devenir attaché de presse suite à une collaboration compliquée. Ce qu’il devint d’ailleurs ensuite pour Claude Chabrol et Jean-Luc Godard. Il a par exemple assuré la promotion de Pierrot le fou.

Intime de Claude Sautet, Bertrand Tavernier réhabilite Marcel Carné, se penche sur des oubliés comme Edmond T. Gréville ou Jean Sacha et ne manque pas de parler des compositeurs, de Joseph Kosma à Maurice Jaubert, auteur de L’Atalante et Du jour se lève.

Subjectivité et coups de cœur personnels signifient évidemment manques. Rohmer, Pialat ou Resnais ne figurent pas au panthéon de Tavernier dans ce documentaire. Peut-être dans la version longue de six heures … Par ailleurs, on ne partage pas tous les enthousiasmes de l’auteur. Notamment pour Jean Gabin. Inconditionnel du comédien, il fustige les esprits chagrins pour qui le héros de La Bête humaine fait du Gabin dans tous ses films.

Mais peu importe, ce Voyage à travers le cinéma français est à consommer sans modération pour les fous de pellicule et ceux qui pourraient le devenir.

 A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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10/01/2017

Grand écran: "Hedi-un vent de liberté" mêle romance et drame de société dans la Tunisie d'après printemps arabe

aaahedi.jpgNous sommes à Kairouan, en Tunisie, peu après le printemps arabe. Bien que son pays soit en pleine mutation, Hedi, trentenaire timide, réservé, reste soumis aux conventions sociales. Indolent mouton noir de sa famille, il accepte d’épouser la femme qu’elle a choisie pour lui. Mais il étouffe sous la pression qu’exercent les siens, plus particulièrement sa mère très autoritaire.

Passionné de dessin, il travaille avec résignation comme commercial pour une marque automobile, ce qui le contraint à de nombreux déplacements. Alors que ses parents préparent le mariage, son patron en quête de nouveaux clients, l’envoie prospecter à Mahdia, une station balnéaire désertée par les touristes.

C’est là qu’Hedi rencontre Rym, animatrice dans un hôtel, qui le séduit par son indépendance, son aplomb et son dynamisme. Ils tombent amoureux et Rym l'encourage à réaliser ses rêves de dessinateur. Alors que la date du mariage approche, Hedi joue les frondeurs. Poussé par un vent de liberté, il ose braver les traditions. Et gâche la fête...

Mêlant romance et drame de société sur fond de tension et de suspense, ce premier film intimiste, humaniste, touchant de Mohamed Ben Attia, coproduit par les frères Dardenne, est une jolie réussite. Adoptant le point de vue du héros, le réalisateur propose avec finesse, évitant tout manichéisme, le portrait d’un homme qui s'émancipe face à un choix difficile, et la peinture subtile d’une Tunisie d’après Ben Ali freinée dans va volonté de progrès.

Le cinéaste, qui a reçu le Prix de la meilleure première œuvre à la Berlinale, est bien aidé par ses acteurs. A commencer par Majd Mastoura (photo)dans le rôle de Hedi, qui a lui décroché l’Ours d’or de l’interprétation. Il traduit à merveille les regards, les tourments intérieurs, les émotions, la manière d’être de ce personnage introverti manquant de confiance en lui, Face à lui, Rym Ben Messaoud est à la hauteur.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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Grand écran: "Primaire" rend hommage aux enseignants. Avec la vibrante Sara Forestier

aaaforestier.jpgProfesseure des écoles comme on dit en France, la dévouée Florence se consacre entièrement à ses élèves d’une classe de CM2. L’arrivée de Sacha, un gamin en difficulté abandonné par sa mère la bouleverse et elle va se battre pour qu’il ne se retrouve pas en foyer. Quitte à délaisser sa vie de mère et de femme.

Avec Primaire, fiction aux allures de documentaire, Hélène Angel rend hommage aux enseignants. Tout en insistant sur l’importance capitale de leur rôle dans la transmission du savoir aux enfants, elle réussit à restituer l’effervescence d’une classe peuplée d’élèves un rien cabochards et dissipés, mais que dompte sans trop de problème, l’institutrice à la fois vaillante et bienveillante.

Pour porter ce film nous disant qu’apprendre est la plus belle des expériences à n’importe quel âge, la réalisatrice a choisi Sara Forestier. Vibrante, engagée, idéaliste, elle joue l’institutrice avec une telle justesse et une telle conviction que ce pourrait être son vrai métier.

Si on est totalement conquis par la prestation de la jeune femme, parfaite en héroïne du quotidien, on a quelques réserves sur l’ensemble d’un film peu novateur dans le genre et à tendance moralisatrice dans son discours.

Etonnant de la part d’Hélène Angel, surtout quand on pense à son cri de rage dans son premier long-métrage Peau d’homme cœur de bête, qui lui avait valu le Léopard d’or à Locarno en 1999. On regrette par ailleurs un peu le choix des élèves qui privilégie le stéréotype, ainsi que quelques clichés sur leur comportement et les rapports entre eux.

Le moins convaincant reste toutefois la romance à l’eau de rose entre Sara Forestier et Vincent Elbaz, superficielle, sans intérêt et qui, en sortant curieusement du sujet, n’apporte rien au récit sinon une lourdeur particulièrement malvenue.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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02/01/2017

Grand écran: "A Monster Calls", conte initiatique poétique et bouleversant

aaaamonster.jpgConor, un garçon de 13 ans, a de plus en plus de mal à affronter le cancer qui ronge sa mère, la méchanceté de ses camarades de classe qui ne cessent de le tourmenter, l’absence de son père et l’autorité d’une grand-mère trop stricte,

Pour fuir son quotidien déprimant, il s'échappe chaque nuit, à 0h07, dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires, Et fait plus spécialement connaissance avec un if gigantesque. Cette créature mythique composée de racines et de vieux morceaux d’arbres que le gamin appelle "le monstre", est rendue très expressive grâce à l’utilisation de la motion capture.

Pour aider Conor à surmonter sa colère, sa tristesse et sa frustration face à l’abandon et à la peur de la perte, l'imposant ’if imagine quatre contes qui lui apprendront le courage et la valeur du chagrin. Il lui en narrera trois, laissant au garçonnet le soin d’inventer le quatrième, ce qui lui permettra surtout de supporter la vérité.

A Monster Calls(Quelques minutes après minuit) est adapté du roman éponyme de Patrick Ness par le réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona . Romancier anglo-américain spécialisé dans la littérature pour enfants. Ness a lui-même repris les premiers écrits de l’auteure britannique Siobban Dowd, qui souhaitait en faire son cinquième roman avant que le cancer l’emporte en 2007.

Avec cette relation entre l'enfant et l'arbre géant conteur d’histoires à la sagesse primitive, Juan Antonio Bayona, très inspiré, fait preuve d’une grande finesse psychologique. Il propose un récit simple, subtil, à la fois poétique, puissant et bouleversant. Conte initiatique onirique, teinté de fantastique, il évoque sans sensiblerie, avec une rare justesse, la complexité des sentiments contradictoires qui agitent son jeune héros.

Une belle réussite à laquelle les comédiens ne sont évidemment pas étrangers. A commencer par le personnage principal, joué par Lewis MacDougall, remarquable dans une interprétation d’un naturel confondant.

A ses côtés on trouve Felicity Jones dans le rôle de la mère, Sigourney Weaver dans celui de la grand-mère, tandis que Liam Neeson prête sa voix au monstre. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 janvier.

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21/12/2016

Grand écran: "Tous en scène", une version animalière jubilatoire de The Voice...

akoala.jpgL'élégant koala Buster Moon, directeur criblé de dettes d’un théâtre autrefois célèbre mais aujourd’hui décrépit ne baisse pas les bras. Au contraire, il est prêt à tout, non seulement pour  sauver le bâtiment de la destruction, mais pour lui redonner son éclat d’antan.

C'est ainsi que cet éternel optimiste bourré d'idées organise une grande compétition de chant, façon The Voice. Tous les animaux mélomanes de la ville veulent en être dans l’espoir de devenir la future star de la chanson. Cette histoire simple prend alors une tournure très particulière qui, dans un autre genre, fait un peu penser à l’excellent Zootopia.

Une queue interminable se forme aux abords du théâtre pour la sélection et nous voici partis dans l’interprétation de quelque 85 chansons connues, datant de 1940 à nos jours. Mais le jury est impitoyable. Finalement, cinq candidats sont retenus pour le défi propre à transformer leur vie en cas de victoire.

On trouve une irrésistible truie mère de famille débordée avec ses 25 mouflets, une jolie souris sans scrupules, un ado éléphant miné par le trac, un jeune gorille délinquant qui veut échapper à sa famille de truands et une porc-épic punk qui a du mal à se débarrasser de son petit ami à l’ego surdimensionné pour entamer une carrière solo.

Parallèlement aux auditions, le réalisateur Garth Jennings nous embarque dans leur vie, leurs soucis, leurs problèmes, ce qui rend le film particulièrement créatif et inventif avec plein de trouvailles bluffantes. Les gadgets qu’invente par exemple maman cochon pour que sa smala et son mari ne s’aperçoivent pas de son absence quand elle se rend aux répétitions sont époustouflants.

Outre le petit côté culturel de Tous en scène (Sing), la qualité de l'animation et le visuel souvent ébouriffant, le travail d’anthropomorphisme se révèle à la fois original et plein d’humour. On tente en effet de ne pas enfermer les différents protagonistes dans leurs caractéristiques.

Alors que le koala est un animal lent qui dort près de 18 heures par jour, dans le film c’est un amoureux de la scène hyperactif, et ambitieux. De même on exalte le côté primesautier de la truie, la gentillesse et la timidité du gorille qui préfère de loin l’ambiance des planches aux braquages de banques, ou la folle appréhension de l’éléphant. Aussi touchants que farfelus et attachants, ils nous arrachent carrément une larmichette.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 21 décembre.

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Grand écran: Kore-eda, peintre de la famille japonaise, explore l'image du père dans "Après la tempête"

aaeda.jpgPeintre de la famille japonaise, sujet inépuisable, Hirokazu Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows, Still Walking ou Tel père tel fils, propose un nouveau tableau avec Après la tempête. A l’origine, on découvre une histoire personnelle qui couvait en lui depuis le décès de son père il y a 15 ans. Le film explore ainsi l’image paternelle à travers celle d'un joueur invétéré couvert de dettes qui vient de mourir (laissant une veuve peu éplorée et pleine d'énergie), et celle de son fils Ryota, héros déchu, charmeur et complètement immature. Il est formidablement interprété par le très charismatique Hiroshi Abe (photo).

Après un début prometteur d’écrivain, Ryota est rattrapé par la passion du jeu, abandonne ses ambitions littéraires et se retrouve dans la peau d’un détective privé véreux sur les bords. Gaspillant son maigre salaire aux courses, il n'a pas les moyens de s'acquitter de la pension alimentaire de son gosse Shingo, 11 ans, dont il est séparé comme de sa femme Kyoko, qui vit avec un autre homme.

Ryota ne tente pas moins péniblement de regagner leur confiance, plus spécialement celle de Shingo le regardant avec méfiance alors qu’il passe la journée avec lui, lui payant un hamburger ou des chaussures de baseball. Et puis le soir, un typhon les contraint tous les trois à passer la nuit chez la grand-mère qui espère secrètement les voir réunis.

Avec cette chronique intimiste, Kore-eda excellant à son habitude dans l’observation des rapports humains, nous laisse pénétrer au sein d’une famille déchirée mais qui peut se raccommoder. Après la tempête est certes plus amer, moins tendre que ses films précédents, mais l’auteur ne cherche pas pour autant à filmer des gens désabusés. Au contraire il leur insuffle un certain espoir, nous expliquait-il lors d’un passage à Genève.

En fait, vous évoquez le monde à travers la cellule familiale.

Je montre la complexité de chacun de ses membres. Je vais derrière les apparences. Cela me permet de saisir, de développer des traits d’humanité, de psychologie. J’accorde de l’importance aux lieux, à l’utilisation fréquente d’une radio portable exprimant une certaine solitude, à la manière d’être, de vivre, de discuter autour de la nourriture ou autres détails plus anodins.  

Votre vision de la paternité est au cœur du film. A ce propos, vous prétendez que l’amour du père est à retardement. En avez-vous souffert ?

J’ai en effet toujours eu l’impression qu’il venait trop tard. Je l’ai vécu moi-même pour avoir commencé à aimer vraiment mon père après sa mort. Et j'ai aussi ressenti le sien à ce moment-là. L’amour paternel se construit sur une temporalité plus longue que celui de la mère qui est constant, voire envahissant, sinon asphyxiant. Mais dont un enfant ne peut jamais douter.

Ryota voudrait changer, mais tiraillé entre sa mère, son ex-femme et son fils, il n’évolue pas tellement. Cela dit, à défaut de devenir plus mature, il prend davantage conscience de ce qui se passe. 

Les personnages qui gagnent en maturité ne me passionnent pas. Ce que je voulais montrer avant tout, c’est cette prise de conscience dont vous parlez. Je la vois comme une sorte d’éveil. Il n’y a pas de changement magistral chez Ryota, mais des détails positifs. Au cours du typhon, il se redresse un peu. La tempête est un symbole de purification. Elle donne la possibilité de laver les choses.

Comme toujours, les repas revêtent une dimension particulière. Aimez-vous la cuisine?

Oui, beaucoup. Toutes les cuisines. Cela dit, dans les drames familiaux, le plus intéressant se passe dans la préparation, les conversations avant les repas et les rangements qui les suivent. Pendant on mange et on a la bouche pleine…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 décembre.

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20/12/2016

Grand écran: Jim Jarmush exalte la poésie du quotidien dans "Paterson". Avec grâce et humour

aajarmush.jpgIl en avait envie depuis plus de 20 ans. Jim Jarmush s’est lancé un sacré défi: exalter la beauté du bonheur au quotidien avec  Paterson. Ce titre est aussi le nom de son personnage principal, celui de la ville du New Jersey où se déroule l’intrigue et celui du célèbre recueil du poète américain William Carlos.

Conducteur de bus, Paterson, incarné par Adam Driver, écrit lui aussi des poèmes dans un carnet dont il ne se sépare jamais. Des textes courts naïfs, racontant des choses concrètes, simples, presque façon haïku. Des poèmes en réalité écrits par Ron Padget, un des auteurs préférés de Jarmush,

S’il écoute les conversations de ses passagers qui pourraient nourrir son inspiration, Paterson la puise principalement dans son amour inconditionnel pour Laura, sa compagne, (Golshifteh Farahani) qui le lui rend bien. Tous deux habitent une modeste maisonnette en compagnie de Marvin, leur bouledogue anglais grognon et charismatique. Ils vivent une existence à la fois ordinaire et unique, rassurante et ultra ritualisée. 

Chaque matin Paterson se réveille pile à 6h15, part à son travail, transporte ses concitoyens, retrouve femme et foyer, promène le soir Marvin qu’il attache tel un cow boy son cheval devant un bar où il prend sa bière habituelle, avant de rentrer chez lui et de se coucher auprès de sa dulcinée. Pour tout recommencer pareillement le lendemain. Et ceux d'après.

De son côté la fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse Laura, qui n’est pas à une lubie près, multiplie les projets et les expériences loufoques, s’inventant chanteuse country ou pâtissière, redécorant obsessionnellement tout ce qui lui tombe sous la main en noir et blanc des murs à ses robes en passant par d’immangeables cupcakes.

Le grain de sable

Elle admire et motive son homme, aimerait bien qu’il soit publié. Mais il rechigne à laisser lire ses oeuvrettes. Peu importe Ils sont follement heureux au sein de ce cocon domestique où l’addition de petites joies et menus plaisirs remplace les grands événements spectaculaires. Jusqu’au jour où un grain de sable fait figure de cataclysme dans cet océan d'harmonie. Jarmush livre alors une peinture plus profonde, subtile et existentielle de ses deux héros que leur couple de conte de fées le laissait paraître.

On n’en dira pas davantage, sinon que cette comédie singulière flirtant avec l’absurde et portée par deux excellents comédiens (photo) se révèle pleine d’émotion, de poésie et de grâce. La répétition des situations banales ainsi que le traitement magnifié d’un quotidien faussement monotone et d’une existence apparemment vide rendent par ailleurs l’opus irrésistiblement cocasse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 décembre.

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