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Sorties de la Semaine - Page 40

  • Grand écran: "Burnt", avec Bradley Cooper au fourneaux. Pas de quoi nous exciter les papilles!

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    imagesYPFCL5V5.jpgLa cuisine au cinéma ne date pas d’aujourd’hui. Mais ces dernières années, boostée par le petit écran elle se bouscule sur le grand, entre Les saveurs du Palais, Chef, ou autres Recettes du bonheur, les deux derniers se révélant particulièrement consternants. A l‘image de Burnt (A vif!) très loin de nous exciter les papilles.

    Comme quoi il ne suffit pas de passer derrière les fourneaux pour mitonner un bon petit film. De toutes façons c’était trop mal parti pour bien aboutir, après dix ans dans les cartons hollywoodiens et trois changements de titres. L'opus péclote d’ailleurs logiquement au box-office américain, ce qui ne doit pas réjouir son réalisateur John Wells.

    Mais bref. Nous voici donc en compagnie d’Adam Jones, arrogante star parisienne auréolée de deux étoiles au Michelin qui sombre soudain dans la drogue et l’alcool. Redevenu clean au bout de quelques années, il relance un luxueux restaurant à Londres, fermement décidé à gagner une troisième étoile.

    Mais le chemin de la rédemption se révèle plus ardu que prévu pour cet homme au caractère de chien, ignoble avec son personnel. Du coup, stress oblige, on a droit aux ordres aboyés à une brigade soumise, aux incessants coups de gueule et excès de colère. Sans oublier une rivalité explosive avec un rival honni.

    Entre platitude et indigence

    La platitude du scénario alignant les clichés le dispute à l’indigence de l’interprétation. On ne croit pas une seconde à Bradley Cooper en chef de génie irascible et capricieux, beau gosse remonté des enfers pour décrocher le graal. Ni à Sienna Miller, saucière de choc obligée de présenter ses excuses au turbot… Daniel Brühl fait peine à voir en chef de rang obsolète et gay, tout comme Emma Thompson en psy aussi improbable que mal fringuée. 

    Quant au second couteau Omar Sy, heureusement pour lui qu’il est revenu en France jouer les têtes d’affiche dans une nouvelle comédie grand public. Parce que ce n’était pas la peine d’aller jusqu’à Hollywood pour servir de grouillot à Bradley Cooper et de se venger en flanquant trop de poivre de cayenne dans ses plats gastronomiques…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 novembre.

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  • Grand écran: "La dernière leçon" ou le droit à mourir dans la dignité. Décevant

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    527113[1].jpgFatiguée, usée, fanée, Madeleine en a assez de la vie. Mais elle tient à rester jusqu’au bout maîtresse de son destin en fixant elle-même la date et les conditions de sa mort.  C’est ce qu’elle annonce à ses enfants et petits-enfants, le jour où elle fête avec eux ses 92 ans. 

    Le choc est rude parmi les siens. Abasourdis, ils tentent de la dissuader tant cette décision ultime, alors qu’elle n’est pas malade, leur paraît inacceptable. En vain, Madeleine a choisi. Elle veut mourir debout. Alors ils s’enflamment et s’engueulent, chacun y allant de son ressenti. Diane finira par respecter la volonté de sa mère et s’en fera la complice pour partager ses derniers moments.

    Adapté du livre éponyme de Noëlle Châtelet paru en 2004, La dernière leçon est signé de la Française Pascale Pouzadoux. Une déception. En dépit ou en raison de la gravité du sujet, la réalisatrice ne sait trop sur quel pied danser. Après la bonne séquence de l’anniversaire en ouverture, elle propose un film bancal oscillant sans cesse entre drame et humour, tristesse et comédie, gentillesse et emportement, colère et chagrin.

    Dommage pour Marthe Villalonga qui livre une belle interprétation, aussi juste qu’émouvante. Ce n’est hélas pas le cas de Sandrine Bonnaire, une comédienne qu’on aime mais qu’on a rarement vu aussi mal dirigée, ou d’Antoine Duléry, très moyen dans le rôle du fils accablé par l’inébranlable désir maternel d’en finir. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 novembre.

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  • Grand écran: The Look Of Silence", voyage indonésien au bout de l'horreur

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    look-of-silence-tt-width-604-height-403-lazyload-0-crop-0-bgcolor-000000[1].jpg

    L’abominable ne se limite malheureusement pas au nazisme. En 2012, Joshua Oppenheimer livrait The Act  Of Killing, film terrifiant et délirant sur le massacre impuni en Indonésie de près d’un million de communistes ou prétendus tels. Il y laissait la parole à de vieux criminels de guerre rigolards fiers et satisfaits, qui rejouaient devant la caméra les horreurs commises en 1965-66. Avec jubilation et un manque confondant de culpabilité.

    Dans The Look Of Silence, tourné parallèlement, il aborde le même sujet en se plaçant cette fois du côté d’Adi Rukun (photo), frère cadet de Rami, son aîné qu’il n’a pas connu, accusé à tort de rébellion, horriblement torturé puis achevé par les militaires. Un assassinat qui marquera à jamais l’histoire familiale,

    Ophtalmologue itinérant, Adi s’informe lors de ses visites sur les circonstances de la mort de Rami, Animé d’un besoin de comprendre, il est impressionnant de calme, d’absence de colère, de violence ou de désir de vengeance face aux tueurs. Faisant preuve d’un incroyable courage dans un pays où les assassins sont encore au gouvernement, dans des villages ou un ancien bourreau habite la maison d’â côté.

    Si certains refusent de témoigner et déclarent qu’il ne s’est rien passé pendant ces années-là, un autre dit avoir bu le sang de ses victimes pour ne pas devenir fou. Il y a aussi cette scène démente, où Joshua Oppenheimer filme deux hommes responsables de la mort de Rami, se souvenant avec précision de la manière épouvantable dont cela s’est passé. Ne manifestant pas le moindre remord, ils restent persuadés d’avoir agi pour le bien de la nation. 

    Lors d’une interview aux Inrocks, Joshua Oppenheimer rappelle que «dans cette partie du sud asiatique, le fascisme n’est pas l’exception monstrueuse à la règle, il est la règle... The Look Of Silence est consacré à ce que ça fait de vivre pendant cinquante ans dans le déni d’un massacre de masse, sous un régime qui a perpétré les tueries, et avec pour voisins les familles des tueurs. Je voulais filmer, ajoute-t-il, ce silence douloureux, induit par la peur de s’exprimer».

    Tout cela donne un excellent documentaire à la fois édifiant, essentiel, puissant, magnifique, d’une rare humanité, basé sur la force d’un être à la fois ordinaire et extraordinaire qui ne veut justement plus vivre dans la terreur. Mais c’est aussi un film atroce, dont le détail des tortures infligées vous pétrifie et vous glace le sang.

    A l’affiche dans les ssalles de Suisse romane dès mercredi 4 novembre.

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  • Grand écran: "Le fils de Saul", quête insensée d'un homme dans l'innommable

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    Le-Fils-de-Saul-la-critique[1].jpgOctobre 1944, camp de la mort d'Auschwitz. Juif hongrois, Saul Ausländer est membre d'un des Sonderkommandos, formés de déportés plus costauds que les autres, recrutés par les nazis et forcés de les assister dans la macabre mise en œuvre de la solution finale. Avant, ce qu'ils savent parfaitement, d'être liquidés eux aussi.

    Avec d'autres prisonniers, Saul vit des expériences effrayantes dans des conditions épouvantables. Inlassablement, il est chargé de faire descendre les juifs des convois, les oblige à se déshabiller, à laisser leurs vêtements suspendus à un clou puis à entrer dans les chambres à gaz où il les pousse pour en entasser un maximum.

    Puis il doit déblayer les «pièces» selon le vocabulaire allemand et les transporter jusqu'aux fours. Ces gestes, il les exécute mécaniquement, imperméable à l'horreur qui l'entoure.

    Il est en train de travailler dans un crématorium quand, au milieu d'innombrables cadavres, il croit reconnaître celui de son fils. Tandis que son Sonderkommando prépare une révolte (qui a réellement eu lieu), il est obsédé par l'idée de sauver l'enfant des flammes, de préserver son corps, et de trouver un rabbin pour lui offrir une sépulture digne.

    L'atrocité du quotidien

    Cette quête a priori dérisoire en des circonstances aussi atroces représente pourtant un acte ultime de résistance dans cet univers concentrationnaire. Une petite lueur d'humanité dans la nuit la plus noire.

    Innovant dans la forme, pour approcher au près l'enfer d'un camp d'extermination, Laszlo Nemes, 38 ans, héritier du maître Béla Tarr, a choisi la fiction pour plonger le spectateur dans l'innommable quotidien de son héros, remarquablement interprété par l'impressionnant Réza Röhrig (photo), New-Yorkais d'origine hongroise.

    En même temps, ce n'est pas un film sur l'Holocauste qu'il a décidé de ne pas représenter. Mais sur la brève existence de ces Sonderkommandos obligés de conduire les leurs, jusqu'à 400.000 en trois ou quatre mois, à la mort avant d'y passer eux-mêmes. Car c'est exclusivement de cela qu'il s'agit. Comme il le dit lui-même, il s'agit d'un film sur la réalité, la mort, l'absence totale d'espoir. Contrairement aux fictions traitant de la Shoah de façon insatisfaisante à son avis, parlant de survie, d'entraide, avec surcharge émotionnelle et dramatique. 

    Suggérer est plus fort que montrer

    Filmant son héros vidé de toute émotion en plan serré, le réalisateur ne donne à voir que ce qu'il voit, prenant soin d'éviter toute complaisance, tout voyeurisme. S'arrêtant aux portes des chambres à gaz, il laisse l'horreur des exécutions massives hors champ ou la suggère, ce qui est plus fort que la montrer, par des images floues.

    D'un bout à l'autre, s'en tenant au seul point de vue de Saul, excluant tout ce qui n'est pas essentiel à son histoire, il s'applique à suivre en continu pendant une journée et demie les déplacements de cet homme  entre les fours et les fosses communes, exécutant ses gestes, mécaniquement, imperméable à l'horreur qui l'entoure. Porté par une foi inébranlable, il est uniquement préoccupé par sa mission insensée. 

    Laszlo Nemes, dont une partie de la famille a été assassinée à Auschwitz, a décidé de traiter ce sujet après avoir trouvé un incroyable recueil de textes Des voix sous la cendre écrit en secret et enterré par des membres du Sonderkommando. 

    Un travail de mémoire pour les générations futures que ce film choc étouffant, au traitement radical, à l'esthétique sépulcrale, rythmé par des sons mous, des cris, des ordres, des grincements de chariots. Et une immersion dans l'insoutenable qui vous secoue, vous touche d'une manière viscérale, vous laisse complètement sonné à l'issue de la projection. Il a gagné le Grand Prix du jury au dernier festival de Cannes, mais aurait mérité la Palme d'Or.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 novembre.

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  • Grand écran: "Regression", un thriller entre horreur et satanisme bien peu terrifiant

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    1280x720-hD_[1].jpgCinq ans après Agora, son ambitieux peplum philosophique, Alejandro Amenabar revient avec Regression, un film qui nous plonge en plein satanisme, dans le Minnesota des années 90. L’intrigue démarre comme une banale enquête de police, l’inspecteur Bruce Kenner se penchant sur des abus sexuels dont la jeune Angela, mineure, accuse son père John. Lequel, contre toute attente, finit par avouer les avoir commis. Mais il n’en garde pas le moindre souvenir.

    Kenner s’assure alors les services d’un célèbre psychologue, le docteur Raines, qui doit aider John à retrouver la mémoire. Ce que les deux hommes découvrent les emmènent dans un monde souterrain, dangereusement mystérieux, sur les traces d’un crime d’une ampleur s’étendant au pays tout entier. A l’image d’Angela, le très rationnel ’inspecteur déboussolé ne tarde pas à être hanté par d’affreux cauchemars et ne sait bientôt plus où il en est.

    Inspiré par des films comme Rosemary’s Baby ou L’exorciste dont il est fan, Amenabar mise à la fois sur le suspense psychologique, le fanatisme religieux, la peur collective générée par la sorcellerie, les rituelles messes noires de sectes diaboliques, les personnalités multiples et les mensonges plus contagieux que les virus, dans une communauté menacée par la barbarie.  

    Autant de sujets sulfureux propres à créer une ambiance anxiogène, oppressante et glacée, rendue notamment par d’effrayants décors et une lumière bleutée. Mais rien de tout cela n’est bien terrifiant, même pour les âmes sensibles. Plus les choses avancent plus ce conte en forme de thriller se voulant horrifique dérape jusqu’à un final carrément en queue de poisson. Restent les acteurs qui eux font bien le job de bout en bout, à l’instar d’Ethan Hawke et Emma Watson.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 octobre. 

     

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  • Grand écran: "Keeper" séduit avec le talentueux jeune Vaudois Kacey Mottet-Klein

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    6986435[1].jpgLes partitions s’enchaînent à un rythme soutenu pour Kacey Mottet-Klein révélé en 2008, à dix ans, par Ursula Meier dans Home, ce qui lui avait valu le Quartz du meilleur espoir suisse. Poursuivant sa collaboration avec la cinéaste helvétique dans L’enfant d’En-haut, aux côtés de Léa Seydoux, il décrochait cette fois le Quartz du meilleur acteur en 2013.

    Après différents rôles (Gainsbourg, vie héroïque, Gemma Bovery, Une mère) on le revoit, sur recommandation d’Ursula sa maman de cinéma, dans Keeper du belge Guillaume  Senez, réalisateur fasciné par le monde de l’adolescence. Il y partage l’affiche avec la jolie Galata Bellugi.

    Lui c’est Maxime, un garçon charismatique. Elle c’est Mélanie, réservée, sensible, fragile. Deux personnages contraires qui s’attirent. A 15 ans, presque encore des gamins, ils sont amoureux et explorent maladroitement leur sexualité. Un jour Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Tout d’abord très réticent pour ne pas dire hostile à l’idée d’être père à son âge, le garçon il finit par s’y faire au point de convaincre sa copine de garder le bébé.

    Des accents criant de vérité

    Une décision radicale, loin de plaire à tout le monde. Si les parents de Maxime se montrent ouverts et compréhensifs, c’est tout le contraire en ce qui concerne la mère de Mélanie, refusant de voir sa fille vivre ce qu’elle a elle-même vécu, et exigeant du coup qu’elle se fasse avorter.

    Elle a même trouvé une clinique en Hollande. En dépit de sa timidité, Mélanie lui tient courageusement tête. »C’est mon corps ‘est moi qui décide » lui lance-t-elle. Une scène majeure, édifiante, comportant de tels accents de vérité qu’elle s'accompagne d’une part d’improvisation, marque de fabrique du film.  

    Et c‘est justement cette authenticité qui fait la réussite de Keeper, un titre hautement symbolique en l'occurrence, cash et sans fioriture sur ce qu’implique cette situation problématique. Une réussite à tous les niveaux: le scénario intelligent et réaliste, le traitement subtil, parfaitement maîtrisé d’un sujet a priori casse-gueule, la mise en scène fluide et bien sûr l’excellente prestation des comédiens.

    A commencer par les particulièrement convaincants Kacey Mottet-Klein et Galata Bellugi qui apportent, outre leur talent naturel, la fraîcheur et la spontanéité de leur âge dans leur façon d'être, de s’exprimer, de marcher, de se tenir.   

    Continuant sur sa lancée, Kacey Mottet-Klein se retrouve dans Quand on a dix-sept ans, d'André Téchiné, où il donne la réplique à Sandrine Kiberlain. Il interprète Damien, un jeune homosexuel malmené par un autre garçon. Le film sortira l’an prochain

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 octobre.

     

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  • Grand écran: "Notre petite soeur", une nouvelle chronique familiale du Japonais Kore-Eda. Délicate et poétique

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    imagesQLS1IX34.jpgSujet inépuisable voire incontournable du  cinéma japonais, la famille. Plus particulièrement chez Hirokazu Kore-Eda qui en poursuit la radiographie.

    Dans son dixième film, en compétition à Cannes en mai dernier, le disciple de Yasujirô Ozu raconte l'histoire de trois sœurs, Sachi la sage, Yoshino la fantaisiste et Chika l’espiègle, vivant ensemble dans une grande maison.

    Lors de l'enterrement de leur père qui les avait abandonnées quinze ans auparavant, elles découvrent l'existence de leur demi-sœur Suzu. Et décident d'accueillir l'orpheline de 13 ans au sein de leur petite communauté.
     
    Avec Notre petite sœur, Kore-Eda, adapté du manga à succès Kamakura Diary d’Akimi Yoshida,  le réalisateur s ‘interroge sur le rapport à l’individu, à la famille et par extension au monde, tout en proposant deux images du Japon, l’une ancestrale, traditionnelle, l’autre plus moderne. Il évoque la relation à la nature et à la ville à travers de beaux portraits de ces trois femmes lumineuses aux personnalités fortes que tout ou presque oppose. Jusqu’à l’arrivée de Suzu.

    A la fois délicat, tendre, touchant, intimiste, poétique, l'opus se révèle visuellement brillant, certaines scènes apparaissant comme de véritables tableaux. Certes, il n'a pas la puissance de Nobody Knows, Still Walking ou encore de Tel père, tel fils, Grand Prix du jury sur la Croisette l'an passé.

    Mais s'ils sont traités avec moins de gravité, on retrouve, dans Notre petite sœur, douce sinon doucereuse chronique familiale, les thèmes chers à l'auteur comme la filiation, l'éducation, la transmission, le deuil. Réunis dans un discours simple, universel et porté par d'excellentes comédiennes.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 octobre.

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  • Grand écran: avec "Mon roi", Maïwenn s'enferre dans une histoire mille fois recuite

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    Le titre, assez ridicule, n'annonce pas grand-chose de bon. C'est le cas dans cette histoire d'amour passionnelle, tumultueuse, s'étalant sur une dizaine d'années. A la suite d'une rencontre explosive, un homme et une femme au rapport diamétralement opposé à l'existence, se complaisent à se déchirer et à se détruire.

    Tony (Emmanuelle Bercot), petite bourgeoise rangée, est tombée éperdument amoureuse de Giorgio (Vincent Cassel), propriétaire de restaurant au charme fou, plein d'humour, mais surtout pervers narcissique, flambeur, macho, coureur de jupons et épris de liberté.

    Cette relation chaotique, prétendument toxique entre une avocate assez conformiste et un bad boy faussement rebelle mais réellement beauf, est reconstituée à coups de souvenirs de Tony, qui se remet lentement d'un grave accident de ski dans un centre de rééducation.

    Au fur et à mesure de sa guérison, elle tente de recomposer les choses, tout en se posant un certain nombre de questions. Pourquoi deux êtres aussi différents se sont-ils autant aimés? Comment a-t-elle pu se soumettre à une passion aussi destructrice, accepter la violence, les tromperies, les mensonges, les retours de flamme de son mari? Ses soirées de potes entre alcool et drogue? Eh bien c'est simple. Parce que l'amour est un poison ravageur et que Giorgio est son roi…

    Une thématique mille fois recuite et un scénario convenu qui donnent un film fabriqué, artificiel, sans nuances. S'y multiplient les scènes plus ou moins hystériques avec excès de cris, de larmes, de rires, entre nirvana initial, affrontements dévastateurs, détérioration du couple, dépressions et tentatives de suicide.

    Quant aux deux héros bobos formant un coupl auquel on ne croit pas une seconde, il se révèlent particulièrement agaçants. Ils sont de surcroît entourés de personnages secondaires sans intérêt. On est triste pour Louis Garrel, réduit par la réalisatrice à un faire-valoir tentant vainement de passer pour un comique malgré lui.
     
    Mais Maïwenn, qui avait décroché le prix du jury cannois pour Polisse en 2011, a la cote et figurait à nouveau en compétition au dernier festival avec Mon roi. Et contre toute attente étant donné sa prestation peu exceptionnelle, Emmanuelle Bercot a été sacrée meilleure actrice. Ex-aequo avec Rooney Mara, qui donnait pourtant la réplique à une sublime Cate Blanchett dans Carol, le magnifique mélo lesbien de Todd Haynes. Ce n'est rien de dire que les voies du jury sont impénétrables!

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 21 octobre.

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  • Grand écran: "Une jeunesse allemande" retrace le parcours du groupe Baader-Meinhof

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    201510620_2_IMG_FIX_700x700[1].jpgFin des années 60 et début 70, une organisation d'extrême-gauche opère en Allemagne. C'est la Fraction Armée Rouge (RAF), appelée aussi la bande à Baader, ou encore le groupe Baader-Meinhof. Au départ, ces militants idéalistes exprimaient leur hostilité au système par des actions artistiques, littérature, cinéma, avant de virer au terrorisme.

    Passant à la lutte armée, ils s'en prennent aux institutions du pays, au patronat ou à l'armée américaine, commettant des attentats meurtriers, des assassinats, des enlèvements, des vols. Avec pour objectif de détruire une société qu'ils jugent inhumaine et pourrie.

    Avec son premier long-métrage documentaire, le réalisateur français Jean-Gabriel Périot, 41 ans, auteur d'une vingtaine de courts depuis 15 ans, retrace leur parcours dans Une jeunesse allemande, utilisant leurs images, leurs interventions médiatiques, leurs films, pour évoquer le glissement progressif vers la violence politique des fondateurs du mouvement, Ulrike Meinhof, le cerveau, restée une icône, Andreas Baader, sa compagne Gudrun Ennslin, Holger Meins et Horst Mahler. 
     
    A son habitude, Jean-Gabriel Périot a uniquement construit son film avec des archives et des documents d'époque. Bannissant tout commentaire ou interview. "Mon but n'est ni d'apporter des réponses, ni de donner des clés, mais de laisser le spectateur se forger sa propre une opinion", nous explique le réalisateur de passage à Genève. "Mon point de vue personnel s'exprime dans la manière de montrer le parcours des membres de la RAF, de dire ils sont et dans quel monde ils vivent".

    5ae315d1-cf0b-11e4-8228-8dc06776b895-thumb[1].jpgVotre travail consiste à questionner les processus autour de de la violence. Y-a-t-il du cynisme dans cette observation?

    Non. Je le fais parce que je ne la comprends pas, mais qu'elle apparaît parfois nécessaire et, même si on le déplore, peut constituer la seule réponse.

    Ne craignez-vous pas que votre manière de procéder, sans vox off, rende la lecture du film difficile à ceux qui ne connaissent pas les protagonistes ?

    Je ne pense pas. Quand j'ai décidé de le réaliser, je ne connaissais moi-même rien de la Fraction Armée Rouge. J'ai donc essayé de le faire en tenant compte de ceux qui sont dans mon cas.

    L’expression d'un désespoir croissant et pousse au crime fait-il écho pour vous à ce qui se passe aujourd'hui? Les membres de la RAF étaient-ils en quelque sorte les djihadistes d'hier?

    Pour moi, il existe de vraies différences. Le passage à la violence à l'époque n'était pas aussi radical. C'était alors un moyen comme un autre, après avoir essayé  le cinéma, l'écriture, l'éducation et  le militantisme. La violence s'inscrivait dans des failles de la société. Elle posait des questions de fond.

    Il est étonnant de constater à quel point la bande à Baader a saisi l'importance de l'image.

    C'est un cas unique. Aucun groupe au monde n'a laissé autant d'images et donc de traces. Et ils étaient plusieurs, ce qui en représente un monceau. En tant que cinéaste, je suis sidéré par tout ce qu'ils ont produit. Cela m'a facilité la tâche.

    Journaliste connue et reconnue, Ulrike Meinhof était régulièrement invitée à la télévision. Elle parlait même beaucoup et les intervenants l’écoutaient.

    Effectivement. Il fallait s’adresser au public, prendre les espaces. Elle utilisait un langage simple, éprouvait une vraie estime pour le téléspectateur. En même temps, les membres du groupe ont parfois un côté potache, notamment Meins dans ses films, comme lorsqu'il préconisait l'emploi du grand quotidien Das Bild comme papier toilette. Il y avait chez eux quelque chose de sérieux et de pas sérieux, anar, bordélique. Par exemple ils étaient proches du FPLP qui les a entraînés dans un camp. Mais on ne les a pas gardés longtemps. Les filles faisaient de la bronzette…

    Quels étaient leurs liens avec d'autres militants dans d'autres pays ?

    Ils ont été soutenus dans les pays frontaliers. Mais il n'y avait pas de lien organique. Et en Allemagne ils étaient vraiment isolés. A mon avis l'isolement est un des facteurs qui les ont conduits à la lutte armée.

    Arrêtés en 1972, on apprend qu'ils se sont suicidés en prison. D'abord Ulrike Meinhof en 1976, puis trois autres dont Baader, un an plus tard. Le gouvernement a été accusé par l'extrême-gauche d'avoir "orchestré leur assassinat".

    J'ai énormément lu sur le sujet, rencontré des gens. Mais j'ai plutôt la sensation, très subjective, qu'Ulrike Meinhof s'est vraiment donné la mort. Celle de ses compagnons a certes eu lieu dans des conditions étranges. Le moins qu'on puisse remarquer, c'est que la gestion des prisonniers par les gardiens a été approximative.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 21 octobre.

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  • Grand écran: "La passion d'Augustine", un bain de musique pour revisiter la récente histoire du Québec

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    lapassionduagustine-1460x950-1419007054[1].pngInstallée au Québec depuis quarante ans, Léa Pool cinéaste née à Genève, aime mettre en scène des personnages à forte personnalité. Dans son dernier film, basé sur une histoire vraie, elle s'intéresse à une religieuse qui dirige depuis vingt ans le couvent de Sant-Ours, sur les bords de la rivière Richelieu. Nous sommes à la fin des années 60, avant l'arrivée sur place de la réalisatrice qui se replonge dans un passé. proche, sur une idée de sa coscénariste Marie Vien.
     
    Passionnée de musique, Mère Augustine enseigne le piano à des élèves particulièrement douées, lauréates de plusieurs prix. Parmi elles sa nièce Alice, prodige qui a rejoint de rejoindre l'institution à contrecœur. Mais  les temps deviennent durs avec la laïcisation de la société, la désertion des églises et l'instauration par l'Etat d'un système d'éducation publique condamnant à la fermeture de nombreux établissements privés. La supérieure trouvant que la ferveur musicale d'Augustine coûte trop cher, l'école est menacée.  Refusant sa disparition, la communauté se bat pour tenter de le conserver. Avant de céder au bond en avant du pays.
     
    Tout en traitant principalement de la musique, personnage central qui enveloppe le film, Léa Pool vouée à la défense de la cause des femmes évoque leur rôle dans la société, leur émancipation, leur désir d'être les égales de l'homme, l'évolution des mœurs. Tout cela est incarné par ce groupe de religieuses qui finiront par tomber le voile. Une libération pour certaines, un déchirement, sinon un arrachement pour d'autres, illustrés par une scène marquante où elles troquent leur sévère robe noire pour des vêtements plus contemporains. Une scène qui fait écho à l'inverse de ce qui se passe aujourd'hui avec le retour du religieux.
     
    Belle reconstitution  d'époque
     
    Parallèlement à cette revisitation de la récente histoire du Québec à la veille des seventies, alors que l'Eglise perd de son pouvoir, Léa Pool raconte celle plus intime de sa nièce Alice, adolescente talentueuse mais rebelle, préférant le jazz au classique et qui a du mal à se plier aux règles de la communauté. Elle n'en plaît pas moins à Augustine, même si elle se garde bien de le montrer. A la marche obligée des Sœurs vers la modernité, correspond ainsi le passage d'Alice à l'âge adulte.
     
    Outre l'aspect musical sur lequel elle a énormément travaillé. Léa Pool a visionné de nombreux documentaires pour être au plus juste historiquement. Elle livre également une impeccable reconstitution de l'époque. Résultat, un film à la facture classique à la fois prenant et instructif. Une jolie réussite à laquelle contribuent largement une brochette d'excellentes comédiennes, dont les deux principales Céline Bonnier (Augustine) et une découverte, Lysandre Ménard (Alice), véritable pianiste à la ville.
     
    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 octobre.

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