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18/11/2014

Cinéma: "Der Kreis", exception gay dans le Zurich des années 50

2348_230512_the-circle46[1].jpgAprès un Teddy Award et le prix du public à la Berlinale, le docu-fiction de Stefan Haupt a été choisi par la Suisse pour la course à l’Oscar du meilleur film étranger. 

Der Kreis se déroule dans le Zurich des années 50. Tout en nous laissant pénétrer dans l’une des premières communautés de libération des homosexuels, le film est centré sur le couple formé dans la vraie vie par Röbi Rapp, garçon extraverti coiffeur le jour, artiste travesti la nuit, et Ernst Ostertag, issu d’une famille psychorigide, enseignant dans une école de filles et redoutant de s’assumer. 

Ces deux hommes de milieux différents tombent fous amoureux lors de leur rencontre au sein de la revue gay trilingue «Der Kreis-¬Le Cercle- The Circle», publication unique au monde et seul réseau du genre fondé en 1940 à avoir survécu au régime nazi.

N’ayant pas l’équivalent du redoutable paragraphe 175 allemand et ne pénalisant donc pas les relations homosexuelles adultes, la  Suisse constituait une exception en Europe, sinon une sorte d'Eldorado pour le milieu. Le cercle était distribué anonymement à quelque 2000 abonnés, dont 700 à l’étranger, avec l’accord de la censure helvétique.

Mais cette terre de liberté même relative, s’est brutalement heurtée au durcissement conservateur, trouvant un écho au niveau fédéral. En 1957, un meurtre sordide déclenche une campagne médiatique homophobe. Acharnement policier, humiliations, menaces et dénonciations finisssent par avoir la peau du magazine dix ans plus tard, tandis que les homosexuels zurichois ou soupçonnés tels, devinrent les victimes d’une répression violente.

Apogée et déclin de la revue

Tout en luttant avec force et courage pour vivre leur passion, Röbi et Ernst assistent à l’apogée et au déclin du Kreis, dont les membres organisaient de grandes soirées de danse et de chansons dans un club underground, le Theater Neumarkt, attirant les gays d'Europe, voire d’Outre-Atlantique.

images[2].jpgEntre fiction et documentaire, l’opus rendant compte d’une dure bataille pour les droits humains, est émaillé de passionnants documents d’époque et de témoignages des deux principaux protagonistes (photo) qui furent, dans les années 1990, le premier couple homo suisse officiellement marié.

La  réussite du film, qui tient surtout à son sujet mais également au jeu des deux comédiens jouant Röbi et Ernst (Sven Schelker et Mathias Hungerbühler), renvoie aux progrès réalisée n Occident dans l'ouverture des esprits mais également à ce qui se passe aujourd'hui dans de nombreux pays, où les choses virent à la tragédie. Il montre également qu’il faut toujours se battre pour conserver des libertés jamais définitivement acquises. 

Les membres du Cercle se trompaient lourdement en imaginant que la société des fifties était mûre pour octroyer les mêmes droits aux couples de même sexe. Il suffit de penser à la « Manif pour tous » qui continue à mobiliser en France en dépit de la loi Taubira.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 novembre.

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12/11/2014

Cinéma: "Serena" mise tout sur Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. En vain

serena-les-premieres-images[1].jpgUn couple star, un lourd secret, une romance conjugale virant à la tragédie sur fond de nature sauvage et de Grande Dépression. Bref, tout pour plaire. C’est pourtant l’inverse.

Nous sommes en 1929. Le riche George Pemberton rencontre Serena, jeune beauté blondissime, cavalière émérite farouchement indépendante. C’est le coup de foudre, nos deux passionnés ambitieux convolent et vont s’installer en Caroline du Nord, bien déterminés à faire fortune dans l’industrie du bois.

Serena n’a pas l’intention de jouer les femmes au foyer. Se montrant l’égale des hommes, elle codirige l'entreprise d’une main de fer, imposant le respect en terrorisant les ouvriers et en ne laissant personne se dresser en travers de son chemin.

En même temps, elle souffre terriblement de ne pouvoir avoir d'enfant. C’est dire si minée par une jalousie féroce et transformée en furie, elle ne reculera devant rien en découvrant une photo, synonyme pour elle de trahison. Pendant que l’homme de sa vie, au supplice, tente platement d'éviter les ravages d'une vendetta aveugle.  

Serena, inspiré d’un roman de Ron Rash et réalisé par la Danoise Susanne Bier, réunit pour la troisième fois Bradley Cooper et Jennifer Lawrence après Happiness Therapy et American Bluff. Glamour, mais mariés pour le pire plutôt que pour le meilleur en l’occurrence, on l’aura compris.

S’ils surjouent des émotions qu'ils ne savent pas faire passer malgré de louables efforts, à l'image de Jennifer Lawrence dont on ne ressent à aucun moment la sauvagerie, les deux comédiens ne sont pourtant pas les seuls responsables du ratage de cette saga hollywoodienne, davantage victime d’un scénario poussif, d’une mise en scène laborieuse. Et ce ne sont pas quelques scènes de sexe inutiles mais se voulant torrides qui sauvent ce western en forme de thriller à suspense... où tout est donné d'avance.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre. 

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Cinéma: "Love is Strange" pour un couple homo "just married" à New York

Love-is-Strange-interdit-aux-moins-de-17-ans-aux-USA-parce-qu-il-met-en-scene-un-couple-gay_portrait_w532[1].jpgGeorge enseigne la musique, Ben est peintre. Ils s'aiment et, vivant ensemble depuis 39 ans, décident de se marier. Cérémonie idyllique à Manhattan suivie d’une joyeuse petite fête. Mais les lendemains déchantent quand George est licencié par le prêtre de l’école catholique dont il dirige la chorale.

Du coup, sans son salaire, les deux hommes n’arrivent plus à rembourser le prêt de leur appartement. Ils sont contraints d’habiter chacun de leur côté chez des amis ou des proches, d’accord de les héberger jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à un prix abordable. Pour ces compagnons qui ont construit un quotidien à deux, attendant quatre décennies que l‘état de New York leur accorde le droit de convoler, commence une douloureuse vie loin l’un de l’autre.

Tandis que George emménage chez deux policiers gay, Ben se retrouve à Brooklyn chez son neveu, sa femme et leur fils ado dont il partage la chambre. Une cohabitation intergénérationnelle précaire, avec toutes les tensions que cette situation provoque.

Pour son sixième film Ira Sachs, ouvertement homo, chroniqueur de la communauté new-yorkaise et programmateur d’un ciné-club queer, s’inspire de deux cas réels. Prouvant ainsi que les préjugés pesant sur les couples de même sexe ont la vie dure en dépit de la loi.

Love Is Strange a par exemple été classé R (Restricted) par la Motion Pictures Association of America  (MPAA), ce qui signifie qu’il est interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte. Et cela sous prétexte d’un langage vulgaire. Dans ce cas toutes les grossières comédies «pipicaca» dont le public américain est si friand devraient subir le même sort. Mais il est vrai qu’elles mettent en scènes des couples hétéros… Du coup la MPAA a été accusée d’homophobie.

Et pour cause, Ira Sachs évitant toute scène explicite. Ses deux héros dorment certes ensemble, mais  habillés dans deux scènes. Le but du réalisateur est surtout de parler subtilement d’amour et de transmission, en proposant une romance émouvante, douce-amère, pudique, drôle et pleine de tendresse. Elle est formidablement interprétée par Alfred Molina et John Lightgow (photo), le père d’Ann Hathaway dans Interstellar.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre.

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11/11/2014

Cinéma: Romain Duris se sent femme dans "Une nouvelle amie", signé François Ozon

7391415289327[1].jpgDavid vient de perdre sa femme Laura. Il est inconsolable, tandis que Claire, l’amie d’enfance de Laura,  sombre dans la déprime. Chacun vit son deuil de son côté jusqu’au jour où Claire décide de reprendre  contact avec David.

C’est alors qu’elle découvre qu’il se travestit en cachette pour prendre la place de la morte. Portant ses vêtements, coiffé d’une perruque blonde, il donne le biberon à sa petite fille. Glissant ainsi du père à la mère, il explique à Claire que c’est pour rassurer le bébé en manque de présence maternelle.

D’abord troublée, Claire accepte cette étrange situation, trouvant en David une amie de substitution se prénommant désormais Virginia. Leur relation évoluant, elle l’aide à assumer une transformation qui la ramène elle-même à la vie. Cela passe par de savoureuses et joyeuses séquences de sortie en boîte entre filles, de shopping et d‘épilation du bas du dos. 

Entre mélo et comédie, ce récit questionnant avec humour, ironie et finesse le genre, la différence, la tolérance, joue sur les apparences tout en surfant sur le sujet du mariage pour tous. On peut certes reprocher à François Ozon une vision parois exagérée, quoique récurrente chez lui de la féminité, en véhiculant quelques clichés et en flirtant avec la caricature. Il nous montre ainsi un Romain Duris en robe rose moulante, outrageusement maquillé, ondulant sur ses talons aiguille.  

Mais on relèvera surtout une fascination pour l’ambiguïté dans cet opus aux décors à la fois réalistes et stylisés, librement adapté d’un texte de la romancière anglaise Ruth Rendell, The New Girlfriend, parue en 1985. Opérant quelques emprunts à Cukor, Sirk, Almodovar ou Xavier Dolan, le cinéaste explore les mutations de l’identité sexuelle dans un thriller à l’ambiance hitchcockienne pimentée d’un érotisme un rien pervers.

Une jolie réussite que l’auteur doit notamment à ses comédiens. Romain Duris livre une remarquable performance dans le rôle de ce papa veuf se sentant femme et avide de se voir reconnu comme telle. On admire par exemple la perfection du geste et la sûreté du pied, lorsqu’il descend théâtralement un escalier façon diva.

Anaïs Demoustier se révèle également très convaincante. Réticente au point de traiter David de malade, elle le suit rapidement dans ses petits jeux, comme s’ils la libéraient de ses propres tendances lesbiennes refoulées. Venant compléter le casting, Raphaël Personnaz interprète Gilles, le mari de Claire. Un sympathique compagnon, joli garçon sans équivoque. Quoique…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre.

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04/11/2014

Cinéma: "Interstellar", une nouvelle odyssée de l'espace trop... terre à terre

Interstellar-Matthew-McConaughey-850x560[1].jpgFilm événement très attendu, Interstellar débarque sur les écrans, avec à la barre Christopher Nolan, l’auteur d’Inception et de la trilogie Batman. Une odyssée de l’espace questionnant le passé, le présent, le rapport au temps la place de l’homme dans l’univers qui rappelle évidemment, quarante-six ans après, celle de Stanley Kubrick. Avec des clins d’œil à Gravity, Aliens: le retour, Solaris ou encore L’étoffe des héros.

Alors que la Terre est à l’agonie et l‘humanité proche de l’extinction, une expédition conduite par Cooper, un ancien pilote contraint d’abandonner sa famille dans une Amérique dévastée, est lancée à la recherche d’une nouvelle planète habitable. Une histoire simple pour des dialogues en revanche complexes, bourrés de références scientifiques.

Certes on peut leur donner du crédit, l’auteur s’étant appuyé sur les travaux de Kip Thorne, éminent physicien qui a participé à l’écriture du scénario et dont les recherches affirment qu’il est possible de voyager dans le temps. Toujours est-il que faute d’être versé dans la physique quantique, le spectateur est largué dans ce cours édifiant. C’est agaçant même s’il s'agit autant d’une expérience cinématographique que d’un voyage émotionnel auquel dans le fond il devrait suffire de se laisser aller.

Drame familial et relation fusionnelle

A cette aventure spatiale métaphysique confrontant l’homme à la galaxie, se mêle ainsi un drame familial terre à terre évoquant une relation fusionnelle entre Cooper et sa fille Murphy, propre à faire sangloter dans  les chaumières. Surtout quand l’auteur nous raconte que seul l’amour transcende le temps et l’espace. Face aux effets spéciaux, c’est la raison du film, son sujet principal, la touche humaniste façon Spielberg qui devait à l’origine réaliser la chose.

interstellar-5[1].jpgterriblement Certes les images sont belles et les décors majestueux. Mais pas franchement surprenants dans la mesure où Christopher Nolan manque d’imagination pour nous faire découvrir de l’inédit intergalactique. On a beau se trouver dans la cinquième dimension, le panorama ressemble furieusement à du connu.

Ils se révèlent par ailleurs beaucoup moins effrayants que ceux de 2001, tout comme les sautillants et courageux robots CASE et TARS n’ont rien à voir avec le menaçant HAL de Kubrick.

Reste l’interprétation, dont seuls ressortent Matthew McConaughey, fidèle à lui-même et que Nolan couche sur le divan, ainsi que la jeune Mackenzie Foy par le biais du lien qu’elle entretient avec son géniteur. Ils éclipsent Jessica Chastain, incarnant Murphy à l’âge adulte et Anne Hathaway, membre de l’équipage. Sans oublier l’apparition saugrenue d’une star.
 
A noter toutefois que ce très (trop) long opus est applaudi par une grande partie de la critique,  en gros fascinée par l’extraordinaire réussite de ce fantastique, ambitieux et hallucinant périple aux confins du cosmos. Autrement dit pour les amateurs de science-fiction l’opus est incontournable. Aux inconditionnels du genre de juger.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 novembre. 

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31/10/2014

Cinéma: Avec "Cure-La vie d'une autre", la Suissesse Andrea Staka joue avec le double

cd3bb868d59e9d99d95c20b6623cad226e5ca6d8[1].jpgDubrovnik, printemps 1993, après la fin du siège de la ville par les Serbes. C’est là que la Suissesse d’origine yougoslave Andrea Staka, lauréate du Léopard d’Or en 2006 pour Das Fräulein, situe l’action de Cure-La vie d’une autre. Un film très personnel où, jouant sur son double héritage culturel, elle raconte l’histoire de Linda, 14 ans, née en Croatie et élevée en Suisse.

Revenue dans son pays avec son père, elle fait la connaissance d’Eta, qui veut lui montrer son endroit secret et l’entraîne dans une forêt dangereuse et défendue qui surplombe la ville. Les deux adolescentes jouent à divers échanges où se mêlent quelques sous-entendus sexuels.

Et soudain les choses se gâtent, une dispute éclate et Linda précipite sa nouvelle amie du haut de la falaise. Rentrée en ville, elle prend peu à peu la place d’Eta dans sa famille. Andrea Staka nous emmène ainsi dans un lieu dont les hommes sont absents et où les femmes s’organisent entre elles.

Une intrigue avec des fantômes de part et d’autre. Ceux de la guerre et ceux de Linda, hantée par les images de la chute mortelle d’Eta et qui, symboliquement, perd pied à son tour. La réalisatrice oscille ainsi entre l’imaginaire et le réel, flirte avec le fantastique, le subconscient, la culpabilité, dans une recherche des différentes facettes de l’identité.

Andrea Staka a du talent et elle le prouve à la fois dans sa réalisation et sa direction des deux actrices principales Sylvie Marinkovic et Lucia Radulovic. Très jolies de surcroît ce qui ne gâte rien. On regrettera pourtant le côté touffu, sinon hermétique, d’une histoire qui finalement promet davantage qu’elle ne tient.

Andrea-Staka[1].jpgElle est inspirée d’un fait divers authenthique, comme nous l’explique la cinéaste de passage à Genève. "Alors que je venais de terminer Das Fräulein, une cousine m’a raconté que deux filles étaient allées se promener sur une colline de Dubrovnik et qu’une seule était rentrée. Cela m’a évidemment intriguée. Je me suis renseignée et je me suis rendu compte qu’il y avait plusieurs variantes à l’affaire".

"Je me suis alors demandée si j’allais construire le film d’après différents points de vue et puis je me suis dit non, ce qui m‘intéresse ce sont ces deux copines qui partent seules pour parler  de choses que personne d’autre ne doit entendre J’ai donc pris le côté mystérieux de ce que j’imaginais et je l’ai mis dans un univers que je connais de ma grand-mère, de mon père".

-Dans ce deuxième long-métrage c’est à nouveau de vous que vous parlez.

-Quand j’ai commencé, je pensais que ce serait simplement une amitié adolescente. Et puis c’est comme si je ne pouvais pas me déconnecter de mes racines. Et cela s’est transformé en un film sur moi, mon conflit avec mes deux univers, mes deux cultures. Avec une différence. Dans les autres, je me demande si je suis plus Suisse ou plus Yougoslave, comment je me débrouille entre ces deux héritages. Dans Cure, j’explore plutôt le subconscient, le côté sombre de l’identité. Doit-on tuer une partie de soi-même? Je me pose d’ailleurs toujours ces questions

-Et alors, avez-vous des réponses?

-Je prends  le meilleur des deux pays. Ici, j’apprécie le calme et la sécurité qui me permettent de me concentrer sur moi-même. De la Croatie, j’aime le côté émotionnel. Il y  a plus d’humour, de fantaisie, une certaine tendresse.

-Cette dualité se retrouve tout au long du film.

-Oui il y a la double origine, la double identité des deux filles, le fait qu’elles peuvent être les deux faces d’une même personne, le fait aussi qu’elles soient entre l’enfance et la maturité. Sans oublier la dualité d’une Croatie entre la guerre et la paixx

-Comment avez-vous choisi vos deux actrices principales? Sylvie Marinkovic alias Linda vous ressemble physiquement.

-La tête d'affiche est souvent l’alter ego des réalisateurs. Quand j’ai opté pour Sylvie, je ne trouvais pas qu’elle me ressemblait. Dès la première scène, en revanche, oui. Je l’ai cherchée en Suisse. Elle devait être bilingue et avoir 14 ans au moment du tournage. Le processus a duré environ un an. Davantage pour Lucia Radulovic (Eta). Je voulais une fille de Dubrovnik et j’ai vu beaucoup d’ados de 12 à 16 ans.

-Un mot sur Dubrovnik, l’un des personnages importants. 

-Dans mes films, j’ai un rapport intense avec les villes. Zurich, New York. Dubrovnik a beaucoup d’histoire. C’est une ville de femmes dont les hommes sont absents car ils sont partis en mer ou à la guerre. Elle est  à la fois mystérieuse, poétique et angoissante et je la filme selon ma perspective, mon feeling, tout en sentant que je ne suis pas complètement de là.

-Avez-vous déjà une idée pour "l’après Cure"? Vous n’allez pas nous faire attendre huit ans…

-J’espère que non. Mais vous savez, un film représente un énorme enjeu. Je ne veux pas juste en tourner un de plus. Il faut qu’il soit important pour moi, qu’il dise quelque chose. Il est toutefois vrai que j’ai un projet. Cela part d’une scène d’humour dont je ne peux pas parler. Elle me fait beaucoup rire, ce qui  ne signifie pas pour autant qu’il s’agira d’une comédie...

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 29 octobre.

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29/10/2014

Cinéma: Black de choc dans "Bande de filles". La réalisatrice Céline Sciamma nous en parle

7306502[1].jpgLe film ouvre sur un match de football américain musclé, où s’affrontent des Black plutôt costaudes. Une façon d’annoncer la couleur sur fond de banlieue et de guerre des sexes pour Céline Sciamma qui, après Tomboy, revient à l’adolescence avec Bande de filles.

Dans son troisième long-métrage, elle suit Marieme, 16 ans, en butte à une succession d’impasses et d’interdits. En échec solaire, en rupture avec sa mère, elle s’occupe de ses deux petites sœurs et subit les brutalités de son grand frère dans un quartier où les mâles font la loi.

Jusqu’au jour où elle rencontre Lady et deux autres loubardes noires, Adiatou et Fily, avides de s’émanciper du rôle archaïque assigné par les mecs. Sous le nom de Vic, Marieme rejoint le trio de frondeuses, se coule dans le moule, se virilise et découvre la saveur de la liberté entre combats de rues et virées à Paris, dont une soirée déjantée dans une chambre d’hôtel. Mais en s’échappant de chez elle, elle tombe sous une autre emprise…

Juger n’est pourtant pas le but de Céline Sciamma dans cet opus physique, qui tient du grand roman d’apprentissage universel et intemporel, où elle sort du strict sujet de société. Tout en évitant l’exotisme, elle révèle de sulfureuses beautés non professionnelles au corps de rêve. Et qui se donnent à fond, à l’image de la féline Karidja Touré, qui est de tous les plans. Elle est entourée d’Assa Sylla (Lady) Lindsay Karamoh (Adiatou) et Marietou Touré (Fily)

3175223045_1_8_7xc8UT3P[1].jpgSélectionné en ouverture de la Quinzaine cannoise des réalisateurs en mai dernier, Bande de filles avait reçu un accueil à la hauteur de l’attente qu’il avait suscitée .De quoi ravir Céline Sciamma (photo), récemment rencontrée à Genève. 

"Mes films précédents traitaient de l’intime, celui-ci évoque l’altérité. Des filles que je croise tout le temps aux Halles, dans le métro, Gare du Nord, qui occupent l’espace public, vivent en groupe, dansent, chahutent. Mais on ne les voit jamais sur grand écran".

-Comment les avez-vous choisies?

-Nous nous sommes lancées dans un vaste recherche de quatre mois avec Christel Barras, ma directrice de casting, entre les agences, les cours de théâtre et la rue. Nous avons auditionné environ 150 filles, dont beaucoup étaient des candidates possibles.

-Bande de filles est un film engagé dans tous les domaines. 

-Absolument. Il n’y a pas de frontières entre l’émotionnel, la politique et l’esthétique dans cette chronique d’une amitié. Je veux montrer comment le groupe permet d’exprimer des sentiments de solidarité, la sororité. Je questionne aussi l’origine de la domination. Marieme refuse le modèle de la précarité, la violence sociale. Elle refuse d’être le larbin de quiconque, même si elle doit s’adapter au code de la rue en livrant de la drogue.

-La meneuse du groupe, Lady, organise des combats entre filles. Vous souhaitiez montrer leur violence?

-Oui et me livrer du coup à une réflexion sociologique. Je me suis documentée sur le sujet. J’ai découvert que contrairement à ce qu’on nous laisse croire, les filles ne sont pas plus brutales et les bandes pas plus nombreuses qu’avant. Ce sont des légendes urbaines qui arrangent tout le monde.
-
-Vous donnez à voir un côté graphique, stylisé de la banlieue.

-J’aime aller où ça bat fort. C’est de là que je viens et je regarde les endroits dans leurs potentialités. Le quartier que je décris, Bagnolet, existe dans son intégrité. Il y a une grande pensée urbanistique.

-J’ai lu que vous avez entretenu un rapport de rituel presque religieux avec le cinéma.

-C’est vrai, il s'gisait d'une quête encyclopédique, à 13-14 ans. Une forme de fétichisme. Je m'y rendais trois fois par semaine. Seule. Le cinéma m’a structurée. Toute ma vie était organisée autour. Il fallait gagner de l’argent pour payer le billet. Acheter une mobylette...

-Comment envisagez-vous la suite?

-J’en ai fini avec l’enfance et l’adolescence. J’ai envie d’autre chose, de travailler avec des professionnels. Les actrices qui m’intéressent, ce sont les jeunes qui montent, Anaïs Demoustier, Adèle Haenel, Céline Sallette. Car je continuerai avec la création de l’identité féminine. J’imagine un thriller fantastique féministe.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 octobre.
 
 


 

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22/10/2014

Cinéma: "Fury", avec Brad Pitt reparti combattre les nazis

1310958907182_ORIGINAL[1].jpgAprès Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, Brad Pitt retourne combattre les nazis dans Fury. Le film de David Ayer se déroule en avril 1945, alors que la guerre est quasiment finie et le régime hitlérien moribond. Mais dans un ultime assaut, les troupes tentent de barrer la route de Berlin aux Alliés.

A bord d’un tank Sherman, un petit groupe d’Américains menés par l’inflexible et courageux sergent Wardaddy, vont s’aventurer, mission suicide, bien au-delà des lignes ennemies. La caméra les suit pendant 24 heures cruciales où ils vont tout tenter pour anéantir un adversaire dont la puissance de tir les dépasse.

Et c’est parti pour plus de deux heures de violence sanglante sous un déluge de feu pour cette histoire vraie tirée d’un épisode inédit de la Deuxième Guerre mondiale. Un film hyperréaliste avec une scène d’ouverture effrayante montrant un cavalier allemand errant dans un décor apocalyptique et cruellement  achevé au couteau.

Des cadavres de civils pendus à des poteaux électriques, des corps écrasés dans la boue, un amas de carcasses d'acier, le ton est donné. Et le mot d’ordre clair pour les hommes coincés dans l’habitacle confiné et anxiogène de Fury, le nom du char d’assaut: massacrer le plus d’Allemands possible, tous désignés comme autant d’immondes salopards.

Un récit initiatique

Au-delà de l’affrontement entre le bien et le mal cher à l'oncle Sam, de l’excès de patriotisme et de citations bibliques, David Ayer, à qui l’on doit notamment End Of Watch sur le quotidien de deux flics à Los Angeles, propose un récit initiatique en évoquant la transformation radicale de l’individu par le combat. En l’occurrence celui d’un tout jeune homme (Logan Lerman) dactylographe inoffensif devenu une bête à tuer.

Car il s’agit de survivre, la seule gloire dans ce film de guerre vu sous un angle original. D'une rare brutalité, explosif, macho, Fury jouit d'une mise en scène efficace et de séquences impressionnantes, surtout pour qui aime le genre. David Ayer s'est également entouré de bons comédiens. A côté d’un Brad Pitt le visage couturé, le corps marqué, convainquant en chef impitoyable sujet à quelques accès d’humanité, et de Logan Lerman psychologiquement traumatisé et rendu à l’état sauvage, on trouve encore Shia Labeouf, Michael Pena et John Bernthal.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 octobre.

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Cinéma: la magie de Woody Allen dans "Magic In The Moonlight"

19421449.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgUn magicien du cinéma captivé depuis l’adolescence par la magie nous raconte l’histoire d’un autre magicien qui ne supporte pas les spirites qu'il traite de charlatans. C’est avec cette intrigue baignant dans les années 20, que Woody Allen opère un retour… magique sur les écrans pour nous bercer d’une nouvelle et merveilleuse illusion.

Au centre de l’intrigue se trouve le célébre prestidigitateur chinois Wei Ling Soo, sous lequel se cache Stanley Crawford, un arrogant misanthrope anglais psychorigide. 

Persuadé par son fidèle et unique ami Howard Burkan qu'il y a anguille sous roche, notre grincheux British décide de partir dans le sud de la France pour y démasquer Sophie, une jeune medium prétendant connaître l’avenir. Et qui, avec la complicité de sa mère, arnaque les Catledge, une richissime  famille d’une rare crédulité.

Car évidemment, Stanley Crawford est placé pour le savoir, dans la magie il y a toujours un truc. Mais Sophie se montre si professionnelle, intelligente et intuitive, que le rationnel Stanley tombe malgré ses certitudes sous le charme de la ravissante créature. Au point de se faire abuser. Ou presque... 

De notre côté, on se laisse séduire avec le plus grand bonheur par le génial cinéaste, qui nous livre une irrésistible et jubilatoire comédie romantique, pimentée de fantaisie, de malice, d’humour. Sans oublier cette touche de surnaturel qui lui a si bien réussi dans Minuit à Paris, La rose pourpre du Caire ou Alice.

imagesCAEU8VDD.jpgMagic In The Moonlight est un petit bijou où Woody Allen parle à l’évidence de lui-même en mettant en scène ce magicien ratiocineur et amoureux, tandis qu'il rend hommage à une époque fascinante à travers la musique, les décors idylliques, les costumes.

S’y ajoutent une magnifique photographie un marivaudage d'une légèreté inimitable, des dialogues piquants, ciselés et, cerise sur ce savoureux gâteau, d’excellents acteurs. Colin Firth est parfait un vieux ronchon pris dans les filets de la délicieuse, lumineuse et solaire Emma Stone.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 octobre.

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Cinéma: "On a marché sur Bangkok", avec Kad Merad et Alice Taglioni. Bancal et poussif

images[2].jpgA quelques exceptions près, la comédie française continue à toucher le fond. Quand elle ne creuse pas pour descendre plus bas. Une nouvelle preuve nous en est donnée par On a marché sur Bangkok d’Olivier Baroux, flanqué de son inévitable compère Kad Merad. Après s’être pas trop mal débrouillé avec Mais qui a tué Pamela Rose? le réalisateur évidemment encensé sur les plateaux télé, s’ingénie à tourner des navets du genre Safari ou Monsieur Papa.

Pourtant sa nouvelle idée avait du potentiel. Serge Renart, journaliste has been sévissant sur le petit écran et Natacha Bison, reporter de guerre écartée par ses pairs car jugée dangereuse, sont obligés d’enquêter de conserve sur une mystérieuse affaire qui les conduit en Thaïlande.

Ils cherchent à percer l’un des secrets le mieux gardé des cinquante dernières années: les deux minutes de vidéo manquantes, lors de la retransmission des premiers pas américains sur la lune, le fameux 21 juillet 1969. S’ils trouvent, ce serait juste le scoop du millénaire!

Mais comme Olivier Baroux n’en fait rien, de ce postulat de départ, les choses ne tardent pas à se gâter dans ce film d’aventures qui se veulent rocambolesques, au scénario poussif, aux dialogues plats, s’enlisant entre clichés laborieux et gags calamiteux.

S’obstinant dans ses compositions lassantes et pas drôles d’idiot au grand cœur multipliant les catastrophes, Kad Merad ne contribue pas à relever le niveau. Seules à émerger un peu de la médiocrité ambiante, Alice Taglioni et sa plastique de rêve, ainsi que la petite Chawanrut Janjittranon, ravissante gamine que tout le monde voudrait adopter.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 octobre.

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