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22/09/2015

Grand écran: "Marguerite" avec Catherine Frot, pathétique et magnifique

648x415_catherine-frot-role-marguerite-inspiree-cantatrice-florence-foster-jenkins[1].jpgElle assassine Mozart mais ne s’en rend pas compte. Depuis des années Marguerite Dumont, baronne passionnée de musique, casse les oreilles du cercle d’habitués qui squatte son château et devant lequel elle donne régulièrement des récitals.

Mais personne ne lui dit rien. Chacun feint l’éblouissement, tout en retenant à grand-peine rires et railleries face à cette voix horrible, pour entretenir les illusions de la maîtresse de maison. Et pour cause, tous profitent de ses largesses financières, à l’image d’une bande de jeunes journalistes moqueurs.

De son côté son mari torturé, infidèle mais aimant, prétend avoir des accidents de voiture pour éviter de l’entendre, tandis que son majordome plein de compassion lui fait envoyer des brassées de fleurs de la part de prétendus fans. Les choses se compliquent pourtant lorsqu’elle décide de chanter devant un vrai public sur une grande scène. Où vont la pousser ses admirateurs opportunistes.

Le réalisateur français Xavier Giannoli, à qui l‘on doit notamment A l’origine et Quand j’étais chanteur, s’inspire de la vie de la richissime Américaine Florence Foster Jenkins, une soprano culte à la voix fausse qui, grâce à son argent, se produisait et enregistrait des albums au début du XXe siècle.

Dans le Paris des années 20

L’auteur un rien moraliste a transposé, dans le Paris des années 20, sa version ambitieuse où il mêle bons sentiments et cruauté, assortis à une volonté de faire réfléchir sur l’art, l’avant-gardisme, les faux semblants, les mensonges. Posant plus de questions qu’il ne donne de réponses sur la folle obstination de la cantatrice et l’obséquiosité de ses courtisans que cet aveuglement finira cependant par toucher.

Mais au-delà du récit, de la reconstitution d’époque, des costumes et des décors, l’essentiel repose sur Catherine Frot, qui s’est éloignée trois ans du grand écran pour se consacrer à Marguerite, cette châtelaine aspirant pathétiquement à la célébrité.

Tour à tour excessive, excentrique, ridicule, nulle, émouvante, généreuse, drôle malgré elle, la comédienne réussit magnifiquement son retour dans cette comédie tragique, qui est aussi une histoire d’amour. Les mélomanes purs et durs auraient toutefois intérêt à se munir de boules quiès pour ne pas défaillir lors des atroces envolées lyriques de la Castafiore….

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 septembre.

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20/09/2015

Grand écran: le réalisateur Yves Angelo traque la vérité dans "Au plus près du soleil". Interview

 

162731-une-angelo-jpg_64027[1].jpgLe réalisateur français Yves Angelo a choisi le milieu judiciaire pour son dernier film Au plus près du soleil. Juge d'instruction mariée à un avocat, Sophie harcèle Juliette, une jeune femme qu'elle vient d'auditionner pour abus de faiblesse sur son vieil amant, en découvrant qu’elle est la mère biologique de l'enfant qu'elle a adopté.

Décidée à l'éloigner des siens, Sophie lui cache la vérité, refusant de suivre les conseils de son mari qui rencontre alors secrètement Juliette. Entre non-dits, mensonges, dissimulation, impossibilité de communiquer, d’affronter la réalité, l'affaire ne peut que mal tourner. Avec Grégory Gadebois, Sylvie Testud et la révélation Mathilde Bisson.

De passage à Genève, Yves Angelo aussi et surtout connu comme directeur de la photographie pour Nocturne indien, Tous les matins du monde et Germnal (trois Cééars) en dit plus sur ce film dont je vous ai déjà parlé dans ma critique du mercredi 16 septembre.

Tout est parti d’une proposition du producteur Gilles Legrand que vous avez refusée. De quoi s’agissait-il?

D’adapter un livre sur un enfant adopté. Un sujet que je ne maîtrisais pas. Mais Legrand a insisté et finalement je me suis lancé dans un scénario qui me plaisait davantage, en compagnie de François Dupeyron.

L’histoire parle pourtant quand même de l’adoption.

Certes, mais à travers cette problématique, celle qui m’intéressait avant tout c’était la vérité. Sur soi-même, sur les autres, sur la connaissance ou l’ignorance d’autrui. Et partant de là, le mensonge, évidemment. La notion de mensonge s’inscrit dans le quotidien. Tout le monde ment tout le temps. En l’occurrence les parents s’octroient le droit de mentir, estimant que c’est pour le bien de cette famille au sein de laquelle j’ai amené le désordre.

Pourquoi placer l’action en milieu judiciaire ?

Parce que c’est là que la vérité doit en principe sortir. En même temps, en faisant se confronter deux personnages au sein d’une thématique enchevêtrée, contradictoire, je crée un suspense, une tension de l’ordre du polar.

François Dupeyron a coécrit le scénario. Comment s’est passé ce quatre mains.

Très bien. Je connais François pour avoir fait six films avec lui comme chef opérateur. Vous savez, au bout d’un certain temps on a tendance à se répéter. Là on s’est demandé comment proposer autre chose. Nous avons partagé beaucoup de réflexions ensemble.

090923.jpg-rx_640_256-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgVous avez une façon de filmer particulière. Au plus près des corps, des viages.

C’est vrai. J’ai voulu instaurer un contrepoint à la thématique. Le cinéma est un mensonge, une manipulation préalablement à la pensée. Aussi me suis-je dit que cette fois je n’allais rien penser, mais filmer en laissant l’intuition me guider. Et c’est plus facile caméra à l’épaule, spécialement pour les gros plans. Les possibilités sont plus grandes quand on est proche, le rapport à l’acteur est différent.

Puisque vous en parlez, deux mots sur le choix des comédiens.

Je connais Grégory Gadebois depuis le Conservatoire. Il avait tourné pour moi un petit rôle dans Les âmes grises, le principal dans Mon âme par toi guérie ainsi que sur Arte Des fleurs pour Algemon, l’adaptation de la pièce qui lui avait valu un Molière. Et je trouvais notamment  intéressant d’opposer sa masse à la minceur de Sylvie Testud. Quant à Mathilde Bisson, elle a passé un casting. J’ai hésité à cause de son physique, mais son talent d’actrice l’a emporté sur d’autres candidates qui me semblaient a priori mieux convenir.

Fiim à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 16 septembre.

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15/09/2015

Grand écran: retour à la guerre froide avec "The Man from U.N.C.L.E"

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Nous sommes en pleine guerre froide au début des années 60. Napoleon Solo, ex-cambrioleur génial recruté par la CIA et Ilya Kuryakin, un espion du KGB sont contraints de s’unir en dépit de leur antagonisme.

Ils se lancent alors dans une folle course contre la montre pour mettre hors d'état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à détruire le fragile équilibre mondial en favorisant la prolifération des armes atomiques.  

L’objectif: retrouver la trace d’un ancien ingénieur nucléaire nazi enlevé par des néo-nazis, après avoir fait sortir sa fille de Berlin-Est. Aussi belle qu’intelligente, genre James Bond girl lookée Audrey Hepburn, elle est censée aider les deux agents très spéciaux à récupérer le papa et la redoutable bombe, pour l'heure aux mains de super vilains. So British, chic, stylé et fringué couture, le trio suranné débarque à Rome.

Signé Guy Ritchie, le réalisateur de Snatch et Sherlock Holmes, The Man from U.N.C.L.E est basé sur une série d'espionnage diffusée aux Etats-Unis entre 1964 et 1968. Revenant à l’ambiance sixties, il joue l’humour d'abord, en reprenant les codes des thrillers de l’époque et en misant sur la rivalité entre l’Est et l’Ouest. Sauf que la tension entre les deux principaux  protagonistes vire trop rapidement à l'entente cordiale. 

On dira que cela fait en somme partie du jeu. Entre un brin d’élégance et un soupçon de classe, ne se prenant pas au sérieux, Guy Ritchie ne propose certes rien d’inoubliable, mais un film sans prétention, plutôt divertissant malgré quelques tunnels. Second degré, il assume comiquement ses invraisemblances et son côté futile. Avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander (photo) et Hugh Grant dans le rôle secondaire du boss des renseignements de la marine britannique.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 septembre.

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Grand écran: "Au plus près du soleil", drame famllial autour de l'adoption

090923.jpg-rx_640_256-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgOn connaît mieux Yves Angelo comme directeur photo que comme réalisateur. Dans ce dernier rôle, il s'était surtout fait remarquer par Les âmes grises, adapté du roman de Philippe Claudel. Onze ans après, il revient avec une tragédie aux accents raciniens, Au plus près du soleil.

L'histoire se déroule dans un milieu judiciaire. l'auteur explorant des esprits tourmentés en semant le désordre au sein d'une famille. Juge d'instruction mariée à un avocat, Sophie harcèle Juliette, une jeune femme qu'elle vient d'auditionner pour des faits d'abus de faiblesse sur son vieil amant, en découvrant qu’elle est la mère biologique de l'enfant qu'elle a adopté.

Farouchement décidée à l'éloigner le plus possible des siens, Sophie lui cache la vérité, refusant de suivre les conseils de son mari qui rencontre alors secrètement Juliette. Entre non-dits, mensonges, dissimulation, impossibilité de communiquer, d’affronter la réalité, l'affaire ne peut que mal tourner.

En dépit d’un scénario parfois tarabiscoté, d’une mise en scène manquant du coup de fluidité et d’une tendance au pathos, Yves Angelo parvient à nous livrer un drame psychologique prenant autour de l'adoption et la problématique de la vérité. Il est porté par des comédiens inspirés, à l'image de Sylvie Testud dont la sécheresse du jeu colle parfaitement à son personnage, ou de Grégory Gabebois, qui squatte avec bonheur les écrans depuis quelque temps.

Sans oublier la belle et impétueuse Mathilde Bisson (photo ci-dessus avec Grégory Gadebois). Déjà vue dans quelques longs métrages dont Left Foot Right Foot du Lausannois Germinal Roaux, elle se révèle véritablement chez Yves Angelo.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 septembre.

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08/09/2015

Grand écran: "Youth" ou le temps qui passe selon Paolo Sorrentino

youth-810x434[1].jpgDeux ans après La Grande Bellezza, le réalisateur italien propose Youth, titre a priori paradoxal vu l'âge de ses protagonistes principaux. Fred, un célèbre compositeur et chef d'orchestre à la retraite (Michael Caine) et Mick, un cinéaste qui travaille sur son dernier film (Harvey Keitel), sont amis depuis des âges.

Négligeant sa famille, Fred a tout voué à son art. Mais il refuse, ignorant jusqu'aux prières de la reine d'Angleterre, de diriger la symphonie qu'il a composée, préférant exercer ses talents face à un troupeau de vaches helvétiques aux cloches inspirantes…. De son côté Mick s'obstine en vain à plancher sur son long métrage testament destiné à sa star favorite.

Octogénaires aigris, ils évoquent le temps qui passe et celui qui leur reste dans un hôtel chic des Alpes suisses où ils se retrouvent chaque année. Avec thalasso luxueuse. On y croise des artistes, une sulfureuse Miss Univers entrant nue dans l'onde sous l'œil béat et un rien égrillard des deux vieux, un Dalai-Lama qui peine à léviter ou encore un Maradona énorme qui, tout en se déplaçant difficilement avec une canne et une bouteille d'oxygène, garde son coup de pied magique.

Autant préoccupés, sinon davantage, par l'état de leur prostate que par le cinéma et la musique, les deux compères observent ce petit monde en se livrant à un bilan nostalgique de leur vie. Un constat nourri de réflexions se voulant drôles, cyniques, cinglantes, décalées.

Michael Caine et Harvey Keitel partagent l'affiche avec Rachel Weisz et Paul Dano. Vers la fin de l'opus, la star favorite de Mick, alias Jane Fonda perruquée et furax, vient faire son numéro, jetant le réalisateur et son œuvre naze aux orties pour un juteux contrat à la télévision. Parce que c'est l'avenir… En-dehors de l'interprétation de ses deux vedettes, de quelques éclats poétiques et humoristiques, Youth se révèle bien peu enthousiasmant. Il n'en touche pas moins au sublime selon les fans du réalisateur.

Revenu pour la sixième fois à Cannes en mai dernier, Paolo Sorrentino avait en effet fortement divisé la critique, certains le huant, d'autres le donnant favori pour la Palme d'Or. Il est reparti les mains vides, comme en 2013. Mais si le jury avait alors boudé la Grande Bellezza, l'opus avait remporté l'an dernier l'Oscar du film étranger.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 septembre.

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02/09/2015

Grand écran: "Dior et moi" nous emmène dans la célèbre maison parisienne

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Yves Saint Laurent a eu ses deux biopics l'an dernier. Là, c'est de Dior qu'il s'agit dans un très intéresssant documentaire de Frédéric Tcheng consacré à la première collection du styliste belge Raf Simons (photo), successeur en 2012 de John Galliano, licencié pour ses propos antisémites. Le nouveau directeur artistique de la célèbre maison parisienne n'a que huit semaines pour concevoir et réaliser les modèles.

Ouvrant le film par des images d’archives et une voix off lisant des extraits des mémoires de Dior, Frédéric Tcheng nous montre un créateur sous pression intense, confrontant sa vision à une prestigieuse tradition d'entreprise. Parallèlement il se concentre sur l'énorme travail collectif effectué dans les ateliers, en effervescence dés l’arrivée du patron.

105197177[1].jpgPour une fois, celles et ceux qu’on voit rarement ou pas du tout pas à l’écran sont mis en avant. Les premières/premiers  sans qui rien ne serait possible, indispensables interprètes du couturier, intermédiaires entre lui et les clients, superviseurs des tâches, de la fabrication des vêtements à la livraison des commandes. Sans oublier les tout aussi essentielles "petites mains" qui font, défont, cousent et recousent sans relâche.

C’est ainsi que l’auteur s'attarde sur les gestes, les matières, les essayages, les problèmes rencontrés, les compromis, les conflits, les tensions qui découlent des impératifs économiques, de l‘obligation pour les premières de quitter Paris au grand dam de Simons, pour se rendre chez des clientes dépensant des fortunes par saison.

Mais Tcheng évoque aussi sur le bonheur de l'équipe à collaborer à une œuvre et son émotion lors du somptueux défilé final dans un hôtel particulier parisien aux murs tapissés de milliers de fleurs.

On n’en saura toutefois pas davantage sur ce petit monde. Pas un mot sur Galliano, sur le montant des salaires ou le nombre pharamineux d’heures consacrées au succès et au prestige de la collection à l‘approche du jour J. Ce côté trop contrôlé du métrage laisse un petit regret. En pénétrant dans les coulisses, on a quand même l'impression de rester de l'autre côté du rideau.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 septembre.

 

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01/09/2015

Grand écran: Meryl Streep se déchaîne dans "Ricki And The Flash"

streepbar640[1].jpgJonathan Demme met en scène une Meryl Streep au mieux de sa forme. Fantasque, un rien braque, épouse frivole et maman indigne, Ricki a abandonné son mari, ses enfants et sa belle maison pour vivre son rêve de devenir une rock star. Elle se produit dans les bars de Los Angeles et, fauchée, travaille comme caissière de supermarché pour arrondir ses fins de mois.

Un jour, téléphone de son ex (Kevin Kline), qui a trouvé une autre femme pour s’occuper de lui et de ses trois rejetons qui ont bien grandi  A sa demande, elle revient au bercail avec mission d’aider sa fille (en l’occurrence Mamie Gummer, la sienne à la ville) qui traverse une période difficile. D’où un affrontement musclé entre Meryl et Mamie, qui avoue avoir pris un malin plaisir à insulter sa mère l’écran..

Car évidemment tout n’ira pas comme sur des roulettes. A l'image d’ailleurs de la deuxième partie de Ricki And The Flash. Avant de se terminer heureusement sur une jubilatoire scène de mariage propre à la réconciliation familiale, c’est en effet à partir du retour de Ricki que les choses péclotent un peu côté scénario..

Mais qu’importe. En hard rockeuse vieillissante, émotive, fantasque, désarmante avec son look cuir aussi toc que ses bijoux, l'actrice assure comme une bête aux côtés du chanteur australien Rick Springfield, Contrairement à l’avis du New York Post estimant qu'elle perd son talent dans un opus plus ou moins à la limite du calamiteux, Meryl Streep, aussi déjantée que déchaînée, prouve une fois encore qu’elle peut tout faire.

Quant à Jonathan Demme, il a concocté un musical qui, tout en misant principalement sur le divertissement, se révèle plus profond qu’il n’y paraît. Entre un brin de cynisme et un fond de satire, il livre une petite radiographie en forme d’image joyeusement critique d’une société américaine bourgeoise, ridiculement corsetée dans son conformisme et ses principes.

images[5].jpgMe, Earl And The Dying Girl

On n'en dira pas autant de Me, Earl And The Dying Girl. Signé d’Alfonso Gomez-Rejon, il raconte l'histoire d'un lycéen introverti, et d’une camarade de classe trés malade. D’une rare discrétion, Greg tente d’éviter toute relation suivie, il n’a qu’un seul ami, Earl, qu’il présente toutefois comme un collègue et avec qui.il tourne des courts métrages parodiant des classiques du cinéma.

Mais il lui est difficile de continuer à passer inaperçus quand sa mère le force à revoir Rachel, une ancienne amie de maternelle atteinte de leucémie. Si l’on excepte le détournement irrespectueusement amusant des incontournables du septième art, le réalisateur propose, sous prétexte d’autodérision, un besogneux opus tire-larmes où pratiquement rien ne nous est épargné.

On se demande quelle mouche a piqué le jury de de Sundance, qui lui a décerné son Grand Prix. Il a également décroché le Prix du public au fameux festvial américain  du cinéma indépendant qui a révélé des réalisateurs comme Jim Jarmush, Quentin Tarentino ou Joel Coen. Heureusement que les spectateurs de la Pizza Grande locarnaise où il a été projeté en août dernier, ont fait preuve de davantage de discernement.

Kristen-Stewart-Jesse-Eisenberg-American-Ultra[1].jpgAmerican Ultra

Les choses ne s’améliorent guère avec American Ultra. Dans cette comédie d’action, Mike Howell, garçon insignifiant, sans ambition et shooté au cannabis, se satisfait de sa petite vie en compagnie de sa chérie Phoebe qu’il veut épouser.

Mais tout est chamboulé lorsque ce loser découvre, à la faveur d’une bagarre où il parvient facilement à éliminer deux vilains costauds rôdant autour de sa voiture, qu’il est en réalité un agent dormant surentraîné, dont un lavage de cerveau a effacé la mémoire.

Réveillé par sa formatrice, Mike Howell se retrouve au centre d’une grosse opération gouvernementale, avec un dingue de la CIA décidé à lui faire la peau. Il devra tabler sur ses quaiités retrouvées de Superman pour s’en sortir.

Au départ, c’est plutôt une bonne idée. Mais le réalsiateur Nima Nourizadeh fait du surplace, se contentant d’un scénario paresseux, donnant dans la surenchère de castagnes  sanglantes et répétitives. A l’affiche de cette intrigue qui se veut extravagante, débridée et déjantée, mais n’est qu’inutilement tarabiscotée pour masquer son manque d’originalité, Jesse Eisenberg et Kristen Stewart. Leur présence ne suffit hélas pas à enlever le morceau.

Films à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 septembre.

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Grand écran: "La Isla minima" plonge dans l'Espagne trouble de l'mmédiat post-franquisme

la-isla-minima-imagen-22[1].jpgDans l’immédiat post-franquisme, époque chargée de lourds secrets, deux flics sont envoyés dans une petite ville de l'Andalousie profonde, pour enquêter sur l'assassinat sauvage de deux jeunes sœurs  pendant les fêtes locales.

Tout oppose les inspecteurs représentant les deux facettes de l’Espagne d’alors. Juan, le plus âgé, est nostalgique de la dictature, à l’image d’une région insidieusement gangrénée et souhaitant son retour. Tandis que Pedro, le plus jeune, démocrate convaincu, est choqué par l’attitude conservatrice et machiste des habitants, peu enclins à la compassion envers les jeunes filles mortes.

La découverte de leurs corps violés et atrocement mutilés dans les marais lance les inspecteurs, du coup forcés de devoir surmonter leurs divergences idéologiques, sur les traces d’un tueur en série.

Car les deux adolescentes ne sont pas les seules  victimes, d’autres ayant auparavant été tuées dans les mêmes circonstances troubles, symboles de cadavres enfouis à l’ère du « totalitarisme ». Mais la loi du silence règne dans ce coin de pays restant ancré dans le passé, loin de la transition démocratique.

L'empreinte du franquisme

A l’atmosphère angoissante, glauque, fangeuse, moite, se mêlent un décor inédit, fait de marécages poisseux et d’un infernal dédale de canaux. Le contexte politico-social contribue à l’ambiguïté de ce film jouant sur différents registres.

Dans ce thriller à l’américaine, l’auteur Alberto Rodriguez montre par le biais d’une enquête policière que l’empreinte du franquisme n’a pas disparu avec le Caudillo, décédé cinq ans plus tôt, en 1975. Pedro finira par s’accommoder des stigmates restants.

Polar classique, bien interprété, scénario original, La Isla minima souffre pourtant de quelques longueurs et d’une esthétique sépia qui nuisent un peu à son efficacité, L’opus, qui a cartonné au box-office espagnol, n’en a pas moins remporté dix Goyas, équivalent ibérique des Césars.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 septembre.

 

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26/08/2015

Grand écran: "Dheepan", de l'horreur de la guerre civile à la jungle urbaine

2048x1536-fit_dheepan-jacques-audiard[2].jpgPalme d'Or au dernier Festival de Cannes pour Dheepan, Jacques Audiard, surfant sur le problème de l'immigration et de l'intégration, raconte l'histoire de trois réfugiés tamouls qui passent de l'horreur de la guerre civile à la violence de la jungle urbaine.
 
Dheepan, c'est aussi le nom du héros, un ancien soldat tamoul. Avec Yalini, une jeune femme et Illayaal une orpheline de 9 ans, ils récupèrent les passeports de morts pour fuir le Sri Lanka. Ils ne se connaissent pas mais se font passer pour une vraie famille, suffisamment convaincante pour leur permettre de gagner l'Europe.
 
Ils se retrouvent dans une cité de la banlieue parisienne, Pendant un temps on suit ces trois réfugiés qui tentent de se construire un foyer, une nouvelle vie, après tracasseries administratives et ballotage d'un foyer d'accueil à l'autre. Tandis que Yalini s'occupe d'un vieux caïd handicapé, qu'Illayal s'est intégrée dans son école, Dheepan a décroché un boulot de gardien.
 
Il pense alors que le pire est derrière lui, Mais le quotidien de la cité est miné par le trafic de drogue, la rivalité brutale entre gangs. Et le malheureux ne va pas tarder à connaître un autre conflit en se heurtant violemment aux dealers dans cette zone de non droit sous haute tension où, laissant les gens s'entretuer, pas un seul flic ne met les pieds.
 
Virage vers le thriller
 
Une situation abusivement présentée comme  l'équivalent de la véritable guerre qu'a fuie le survivant tamoul et qui le pousse, sinon l'autorise à  rendre la justice lui-même. C'est là que le film change de trajectoire en virant vers le thriller conventionnel avec fusillades et réglements de comptes à l'appui.
 
467e511657140cbe80989bcc804803e8bc2c2d15[1].jpgFracturé ainsi entre chronique sociale, voire sociologique et polar noir, Dheepan déçoit. Et cela en dépit d'une mise en scène impeccable et l'interprétation de ses trois principaux protagonistes non professionnels, Jesuthassan Anthonythasan, un ancien émigré tamoul en France, Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby.
 
Ce n'est en effet pas du grand Audiard. Il lui manque cette puissance, cette ampleur qui avaient tant séduit dans Un prophète. Outre le basculement peu heureux du dernier tiers où Dheepan retrouve sa posture de combattant et ses instincts guerriers, l'épilogue idyllique, fleur bleue et attendu laisse également très songeur. Un euphémisme.

Voici qui nous donne au final une Palme d'Or pour le moins discutable. Presque en forme de lot de consolation. De luxe certes, le lot...

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 26 août.
 

 

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25/08/2015

Grand écran: Gaspar Noé rate son coup avec "Love", premier porno en 3D

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Affiche libertine pour cet opus labellisé hot, signé du dérageant Gapar Noé ou en tout cas se voulant tel, il n'en fallait pas davantage pour émoustiller le client accouru en masse lors de sa présentation cannoise de mai dernier. Beaucoup de bousculades pour pas grand-chose, si l'on se réfère aux maigres applaudissements à l'issue de la projection.

Pour résumer brièvement l'affaire, le pauvre Murphy, 25 ans, étudiant en cinéma, au trente-sixième dessous suite à un coup de fil inquiétant, se retrouve seul dans son appartement. Il se souvient alors douloureusement de la folle passion dopée en drogues et excès en tous genres, vécue pendant deux ans avec Electra, femme fatale qui a mystérieusement disparu. Flash-backs...

Entre décomposition du couple, déception sentimentale et désespoir existentiel, nous voici partis pour un mélo porno mélancolique, dégoulinant de sperme et de larmes destiné à faire bander les mecs et pleurer les filles.

Le moins qu'on puisse dire c'est que Gaspar Noé a raté son coup, la principale originalité de Love étant d'être le premier porno en 3D et dont l'utilité, histoire de nous en foutre plein les yeux, ne se manifeste qu'à l'occasion d'une éjaculation face caméra!

Le film ouvre sur une interminable séquence de branlette, prélude à une profusion de scènes de cul non simulées dont on relèvera certes une certaine douceur, la beauté et le côté statuaire. Trop esthétisantes toutefois pour provoquer une quelconque excitation. D'autant que les acteurs de la chose ont l'air de s'ennuyer comme des rats morts.

Et que dire du fond, navrant. Par exemple le discours d'une rare banalité de Gaspar Noé et sa manière d'aligner sans complexes des platitudes comme "la bite n'a pas de cerveau, la vie c'est ce que tu en fais, elle n'est pas facile, en naissant on sait qu'on va mourir, je n'ai pas peur de mourir je ne veux pas souffrir…et autres lieux communs du genre.

Sans oublier surtout Murphy, alias Karl Glusman, le héros de l'histoire. Un Américain plutôt belle gueule mais fruste, père suite à un accident de capote, constamment renfrogné, dont le vocabulaire se résume à "fucking" et "you are a piece of shit". Ce qui serait un moindre mal s'il n'était pas par ailleurs beaufissime, macho et homophobe.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 août

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