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10/06/2014

Cinéma: dans "Bird People", Pascale Ferran surfe sur le fantastique avec son drôle de moineau

535669f590eb2[1].jpgIl y a 20 ans, elle décrochait la Caméra d’Or grâce à  Petits arrangements avec les morts. Ce qui ne l’a pourtant pas incitée à se montrer prolifique.

Depuis Lady Chatterley, son troisième long-métrage adapté de la deuxième version du célèbre roman de D.H. Lawrence et sorti en 2006, on n’avait pas revu Pascale Ferran sur grand écran. La réalisatrice française revient enfin avec Bird People, sélectionné au dernier Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.

Son dernier-né se déroule dans la région parisienne. En transit dans un hôtel international proche de Roissy, un ingénieur en informatique soumis à de lourdes pressions professionnelles et privées, décide de changer radicalement de vie. Ce qui nous vaut notamment une scène de rupture peu banale par skype. De son côté, une jeune femme de chambre de l’établissement, étudiante sur les bords, voit son existence basculer à la suite d’un événement pour le moins bizarre.
 
Singulier, ce nouvel opus en forme de conte métaphorique se révèle aussi très différent des œuvres précédentes de Pascale Ferran. Il mêle finesse psychologique et ambition formelle dans une tentative de décrire le monde actuel avec le ras-le-bol, les espoirs et les rêves de chacun. A un environnement social symbolisé par toutes sortes de gens de passage ou qui travaillent dans la zone aéroportuaire, la talentueuse cinéaste ajoute la grâce, l’humour, l’originalité, la poésie, le surnaturel.
 
Surfant sur cette note fantastique, elle nous emmène à la suite d’un drôle de moineau avide de découvertes avec quelques fausses pistes à la clé. Mais apparemment fascinée par les remarquables aptitudes de l’oiseau, la réalisatrice a tendance à traîner en longueur dans la seconde partie du film. Elle commet aussi l’erreur de rompre avec l’unité de lieu et d’action en permettant au passereau de s’aventurer hors de l’aéroport pour quelques séquences et images d’un intérêt mineur.
 
Mais voilà qui ne nuit heureusement pas à la réussite de Bird People, à laquelle contribuent largement Anaïs Demoustier (photo) et Josh Charles (l’acteur de la série In Treatment). Principaux protagonistes, ils finissent par se croiser, laissant un dénouement ouvert dans une intrigue qui voit aussi la participation de Roschdy Zem et Mathieu Amalric. Ainsi que celle de deux célébrités issues de La Nouvelle Star. Camelia Jordana signe son deuxième rôle au cinéma tandis que Julien Doré réinterprète La Javanaise de Serge Gainsbourg pour les besoins de l’intrigue.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 juin.

 

 

 

 

 

 

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04/06/2014

Cinéma: "Sous les jupes des filles", avec un "onze" qui se veut explosif...

allez-vous-vous-laisser-tenter[1].jpgUn film de femmes, pour des femmes, joué par des femmes et réalisé par une femme, cela ne présageait rien de franchement très bon. Et c’est le cas même si le premier long-métrage d’Audrey Dana, se situe au-dessus des affligeantes comédies hexagonales vues ces derniers temps.

Il faut dire que ce n’est pas très difficile lorsqu’on considère des calamités récentes comme Avis de mistral, Fiston, Situation amoureuse c’est compliqué, Une rencontre, Barbecue. Ou encore Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu? dont il faut reconnaître (hélas) l’énorme succès. 

Pour son opus choral, l’égérie de Claude Lelouch qui œuvre aussi devant la caméra a convoqué le top ten des actrices françaises. A savoir Isabelle Adjani, Laetitia  Casta, Vanessa Paradis, Marina Hands, Géraldine Nakache, Sylvie Testud, Alice Taglioni, Alice Belaïdi, Audrey Fleurot et Julie Ferrier. Un "onze" qui se veut explosif, joyeux, complexe et insolent dans une comédie prétendument féministe oscillant entre le trash, le culotté, le fun et le grand n'importe quoi.

N’hésitant pas à casser leur image à l’écran, ces adeptes du girl power sont censées incarner les différentes facettes de la femme d’aujourd’hui, mère de famille en quête de piment dans l’existence,  business women régnant sur un monde d’hommes, épouse trompée pétant les plombs, lesbienne vacharde ou copine perfide. 

Audrey Dana ne manque certes pas d’énergie. Elle n'a toutefois pas toujours les moyens de son ambition en proposant ce portrait de femmes dans tous leurs états, brossé en une succession de numéros de comédiennes malheureusement trop inégaux. Carrément navrants, certains ont même tendance à plomber l’ensemble, par ailleurs beaucoup trop long pour emporter l’adhésion.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 4 juin

 

 

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Cinéma: "Les drôles de poissons-chats", entre drame et comédie

Les-droles-de-poissons-chats_pics_390[1].jpgC’est l’histoire de Claudia, 22 ans, qui habite seule dans une grande ville mexicaine, trravaille dans un supemarché et se protège de tout contact social. Victime d’une crise d’appendicite, elle atterrit une nuit aux urgences où elle rencontre Martha, une quadragénaire mère de 4 enfants, atteinte d’une grave  maladie chronique.

Mais en dépit de son état critique, Martha est une grande amoureuse de la vie. Enthousiaste, optimiste, pleine d’humour, elle s’attache à Claudia et l’invite à habiter chez elle à sa sortie de l’hôpital. La jeune orpheline prend petit à petit sa place au sein d’une tribu matriarcale à l’organisation un peu chaotique. Elle renforce ses liens avec chacun de ses membres tandis que Martha, en qui elle trouve la mère qu’elle n’a jamais eue, s’affaiblit de plus en plus.

Les drôles de poissons-chats est le premier long-métrage de la Mexicaine Claudia Saint-Luce. Entre drame et comédie, elle livre une chronique familiale loin des thèmes de la corruption, de l’insécurité et de la violence qui dominent généralement dans les films de son pays. On y découvre aussi l’excellente actrice Ximena Ayala dans le rôle de Claudia.

Misant sur la sobriété et la délicatesse, évitant la mièvrerie et le pathos, ce film est un essai joliment trsnsformé. Présenté au dernier Festival de Locarno, il avait obtenu le Prix du jury des jeunes.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 4 juin.

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03/06/2014

Cinéma: "La chambre bleue", belle réussite de Mathieu Amalric

644734-la_chambre_bleue_5bis[1].jpgPour sa cinquième réalisation, Mathieu Amalric s’inspire du roman éponyme de Simenon, son préféré paru en 1964 et dont il a choisi de situer l’action aujourd’hui.

Derrière, mais également devant la caméra, il joue le rôle de Julien Gahyde, vendeur de machines agricoles bien dans sa vie, dans sa famille, dans son entreprise, dans sa belle maison à la campagne. Avant d’être incarcéré et interrogé dans le cadre de l’enquête judiciaire déclenchée par la mort suspecte de sa femme Delphine (Léa Drucker).

Durant sa garde à vue, Julien déboussolé évoque sa courte et torride relation adultérine avec la pharmacienne Esther Despierre (Stéphanie Cléau, la propre compagne d’Amalric à la ville), mariée à un homme dont on découvrira qu'il a été victime lui aussi d'une mort apparemment pas naturelle. 

Esther est une amie d’enfance retrouvée par hasard (magnifique rencontre le long d’une route forestière), à qui Julien a imprudemment déclaré un amour et une possibilité de vivre avec elle.  Des propos alors anodins, échangés suite aux ébats auxquels ils se livrent dans la chambre bleue de l’hôtel de la gare d’une petite ville de province. Des mots qu’on dit comme ça, sous le coup de la passion, en pensant à autre chose.

Du moins l’homme semble-t-il le croire et c’est comme cela qu’il tente de l’expliquer, tout en paraissant n'avoir pas vraiment conscience de ce qui s’est passé. Car les choses changent face aux questions des gendarmes et du juge d’instruction. «La vie est différente quand on la vit et quand on l’épluche après coup».

Finalement, c'est d'ailleurs anecdotique, rien n’est véritablement résolu dans ce film,  noir, sentimental et sulfureux, tourné en cinq semaines (un petit exploit) et dont le grand ntérêt consiste à opposer deux temps. Celui présent de l’interrogatoire froid, clinique, et celui, rétrospectif, de la réalité des faits.

Une belle réussite que cet opus au format carré et construit en flashbacks progressifs. Il confirme le talent de cinéaste de l'auteur, à laquelle participent largement les comédiens, tous excellents. A côté de Mathieu Amalric, Léa Drucker et Stéphanie Cléau, on n’oubliera pas Laurent Poitrenaux dans le rôle du juge.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 juin

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28/05/2014

Cinéma: "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire": un Forrest Gump à la suédoise

587881.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgA l’origine du film, il y a le roman éponyme du Suédois Jonas Jonasson publié en 2009. Véritable best-seller, il a été traduit deux ans plus tard dans 35 pays et vendu à six millions d’exemplaires dans le monde. Son adaptation à l’écran en 2013 a fait un carton en Suède, allant jusqu’à détrôner le premier épisode de la célèbre saga Millenium de Niels Arden Oplev.

Signé Felix Hemgren, l’opus raconte les aventures rocambolesques d’Allan Karlsson, un vieillard pour le moins singulier, ex-spécialiste en explosifs. Persuadé qu'il peut tout recommencer à zéro, il s’échappe de la maison de retraite, par la fenêtre de sa chambre, le jour de son 100e anniversaire.  C’est le point de départ d’une cavale farfelue aux côtés d’un escroc, d’un vendeur de hot-dogs,  d’un éléphant et de sa pulpeuse propriétaire.

Sur fond d’une série de quiproquos, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est prétexte à revisiter le siècle, avec un héros particulièrement gaffeur. Responsable à l’insu de son plein gré de bouleversements politiques majeurs comme l’entrée dans la guerre froide ou la chute du mur de Berlin, il pimente sa balade de rencontres avec les grands de la planète, Einstein, Staline, Franco ou Gorbatchev.

Robert+Gustafsson+Portrait+Session+WSdGMSBk0NFl[1].jpgC’est le même acteur, en l’occurrence Robert Gustafsson (photo), qui incarne cet homme aux différents stades de sa vie. Il amuse la Suède depuis la fin des années 80 et a reçu par deux fois le titre de l'homme le plus drôle de son pays. ll se montre plutôt convaincant dans ce Forrest Gump à la suédoise, qui nous délivre également la devise futée d’une mère. 

Chez Robert Zemeckis on avait: "La vie c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". Et chez Felix Hemgren: "les choses sont ce qu’elles sont, ce qui sera sera…" Allan la fait sienne, embarquant par mégarde dans sa fuite une valise bourrée de billets de banque qu’un jeune fou furieux l’avait chargé de surveiller.

A l’image du roman, le film qui mise sur l’humour froid joue sur l’alternance entre présent et passé avec course poursuite à l'appui. Sympathique et amusant dans sa première partie, il a toutefois tendance à tomber dans la farce lourdingue au fur et à mesure du récit. Le réalisateur commet l’erreur de vouloir trop en faire en mélangeant les genres et se perdant entre, saga, fresque et comédie romantique. Qui trop embrasse…

Film à l’affiche  dès mercredi 28 mai dans les salles romandes.

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19/05/2014

Festival de Cannes: avec "Maps To The Stars", David Cronenberg dit avoir fait une comédie... comme d'habitude

Map-to-the-Stars[1].jpgIl figure en compétition pour la cinquième fois. Président du jury il y a 15 ans, David Cronenberg remettait la Palme d’Or aux frères Dardenne pour Rosetta, mais n’a jamais réussi à en gagner une. Y parviendra-t-il cette année, où il se retrouve en lice en compagnie des deux Belges? Qui sait,  Les voies du jury étant impénétrables

Mais une chose sûre. Avec son dernier-né Maps To The Stars, le Canadien a en tout cas provoqué l’enthousiasme des festivaliers et rameuté les critiques à la conférence de presse où il était de plus entouré de Julianne Moore, Mia Wasikowska, Robert Pattinson (photo) et John Cusack.

Sur un scénario de Bruce Wagner, David Cronenberg décrit avec férocité et humour les dessous de l’industrie hollywoodienne, à travers l’histoire d’une famille composée de Benjie, déjà star à 13 ans, de sa mère ambitieuse qui lui sert de coach, et de son père auteur à succès. Celui-ci soigne, au moyen d’une thérapie pour le moins saugrenue, Havana Segrand (Julianne Moore), une actrice névrosée (belle performance) qui rêve de jouer dans le remake du film qui a fait de sa mère une star. Elle est terrorisée à l’idée d’être rejetée.

Débarque alors Agatha (Mia Wasikowska), une jeune fille défigurée et très perturbée qui devient son assistante et tombe amoureuse de Jerome Fontana (Robert Pattinson), un séduisant chauffeur de limousine, scénariste et aspirant à la notoriété. Bientôt les pulsions se déchaînent et les cadavres sortent des placards, tandis que plane une odeur de sang.

Visionnaire inspiré, fasciné tout au long de sa carrière par la monstruosité, le double, les phobies de la société, le réalisateur s’est à l’évidence amusé à réaliser ce projet conçu comme une nouvelle exploration de l’être humain, mettant l’accent sur ses doutes et son arrogance. Il nous emmène dans un opus à la fois cynique, grinçant, tordu, vénéneux, horrifique. Et comique.

Le cinéaste l’a relevé lui-même lors de la conférence de presse, il s’agit d’une comédie, à l’image de ses autres longs-métrages. "Je pense qu’ils sont tous drôles". Par ailleurs, il a tenu à préciser que Maps To The Stars ne concerne pas seulement l’industrie du film, mais tous les lieux où les gens sont obsédés par la célébrité et la cupidité. "L’intrigue pourrait aussi bien se passer à Wall Street ou dans la Sillicone Valley. N’y voir qu’une critique de Hollywood serait réducteur".

Interrogé sur la raison pour laquelle ses acteurs font souvent l’amour dans une voiture, Cronenberg explique que toute une génération d’Américains ont été conçus sur la banquette arrière. "Cela fait partie de la révolution sexuelle Il n’y a rien de nouveau là-dedans".

Jolie touche d’humour avec la réponse embarrassée de Robert Pattinson sur le sujet. Comme il a basculé Juliette Binoche (Cosmopolis) et cette fois Julianne Moore sur les coussins d’une limousine, on lui a demandé quelle était la meilleure "passagère". Galant, le comédien les a mises à égalité. Avec quand même apparemment une petite préférence pour la seconde. "Julianne était sublime. J’ai beaucoup transpiré…"

Le film sort mercredi 21mai dans les salles de Suisse romande.

 

 

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11/05/2014

Cinéma: Le provocant Xavier Dolan envoie "Tom à la ferme". Gare au danger!

tom2-tt-width-604-height-400[1].jpgAvec son quatrième long-métrage, le talentueux réalisateur québécois de 24 ans, change de registre. Après  J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires et Laurence Anyways, il s’est lancé dans un thriller psychologique à la Hitchcok.

Xavier Dolan (photo) en profite d'ailleurs pour adresser quelques clins d’œil au maître. Qu’il s’agisse d’une poursuite dans un champ de maïs rappelant celle de La mort aux trousses, ou d’une scène derrière un rideau de douche évoquant Psychose.

Adapté de la pièce de théâtre éponyme de son compatriote Michel Marc Bouchard, Tom à la ferme raconte l’histoire d'un jeune publicitaire de Montréal, Tom donc, qui décide de se rendre dans une bèatisse paumée au fin fond de la campagne, pour assister à l’enterrement de son amant mort dans un  accident de la route. Mais rien ne se déroulant comme prévu, il ne tarde pas à se rendre compte que personne ne sait qui il est ni la nature de sa relation avec le défunt.

Celui-ci l’avait en effet cachée au profit d’une liaison fantasmée avec une certaine Sarah, une amie de Tom. Ce dernier n’ose pas dévoiler la vérité, d’autant que Francis, le frère aîné de son compagnon disparu, lui ordonne de se taire pour protéger Agathe, la mère névrosée, ainsi que  l’honneur de la famille.

Syndrome de Stockholm

Dès lors s’installe entre les deux personnages une relation malsaine, aussi perverse que toxique. Pris au piège, Tom très fragilisé accepte de rester à la ferme. Jouant le fils de substitution d ‘Agathe à qui il continue à mentir, il se laisse surtout manipuler par Francis, un garçon violent et colérique, limite  psychopathe. Victime d’une sorte de syndrome de Stockholm, il s’attache même à son bourreau, faux symbole de virilité qui veut imposer sa loi.   

Dans ce film à l’atmosphère sombre, étouffante, la tension monde et le malaise croit. On passe de la fascination aux mensonges, de la crainte à la séduction et à la brutalité, sur fond de deuil raté et d’homosexualité latente chez Francis.

Selon Xavier Dolan pourtant, si elle est évoquée en filigrane, il n’en est pas question entre les deux protagonistes. Le cinéaste, qui se glisse en outre avec aisance dans la peau de Tom, s'attache  plutôt à la manière dont "ce rat des villes et ce rat des champs, deux animaux blessés, s’apprivoisent".

En compétition à la dernière Mostra de Venise, Tom à la ferme a particulièrement séduit la critique qui lui a décerné son prix.  En revanche le jury présidé par Bernardo Bertolucci l’a ignoré. Dommage pour le provocant enfant prodige. 

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 16 avfril.

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07/05/2014

Cinéma: "Tout est permis" pointe nos comportements coupables au volant

coline-serreau-sera-presente-ce-mardi-pour-la-projection-en_1646783_800x400[1].jpgLe documentaire est un genre que semble apprécier Coline Serreau (photo). Quatre ans après son pamphlet écologique Solutions locales pour un désordre global, elle y revient avec Tout est permis où elle nous emmène dans un stage de récupération de points. On y rencontre des conducteurs de tous les milieux sociaux qui racontent leurs expériences.

D’où une série de témoignages édifiants ou provoquant le rire. Celui de cette femme qui éprouve du plaisir à accélérer brutalement avec sa puissante machine, de cet homme assurant ne pas téléphoner au volant, seulement répondre, ou encore de cet autre qui perd son permis vingt minutes après l’avoir récupéré… Mais il y en a de plus dramtiques évidemment.

Aux récits des automobilistes fautifs, souvent récidivistes, inconscients et de mauvaise foi s'insurgeant  contre les radars bouffeurs de fric et de points, des avocats qui blâment le système, répondent en les contredisant des éducateurs, des professeurs de médecine, des animateurs, ou des victimes d’accidents graves qui leur ont bousillé l’existence.

C’est à la fois intéressant, révélateur, tant Coline Serreau, qui a elle-même participé à ce genre de stage, sait mettre le doigt sur nos comportements coupables en voiture. Mais formellement c’est faible et l’ensemble a davantage sa place à la télévision que dans une salle de cinéma. Encore que cette promotion pour la sécurité routière, en dehors de statistiques très parlantes et d'images chocs, souffre de sa longueur et de son filmage paresseux pour retenir jusqu’au bout l’attention de n’importe quel spectateur. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 mai.
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06/05/2014

Cinéma: "Recycling Lily" se moque d'une Suisse propre en ordre. Laborieux

bb3f48bb5bb6775b72d2217463a1a1836a887b02[1].jpgDans ce village suisse alémanique on ne plaisante pas avec les ordures ménagères, qui sont ramassées  entre 6h et 7h. Ni avant, ni après. L’inspecteur de la voirie Hansjörg Stähli veille jalousement sur le tri sélectif,  tout en donnant des cours de sensibilisation au recyclage, deux  missions capitales dont il s’acquitte avec rigueur. 

Mais ne voilà-t-il pas qu’un vandale se met à semer des sacs et des sacs de détritus dans la nature. De quoi  perturber gravement l’univers de notre homme, obnubilé par sa fonction et les règles strictes qu’elle implique. Jusqu’au jour où il découvre que ce dangereux terroriste n’est autre qu’Emma, la fille de Lily, une serveuse dont il est secrètement amoureux. Mais la situation se complique car Lily est une entasseuse compulsive, vivant parmi des monceaux de déchets qu’elle ne cesse d’amasser et dont Emma cherche à se débarrasser. 

Recycling Lily est signé de Pierre Monnard, publiciste lausannois souvent récompensé pour ses courts-métrages et ses clips musicaux, qui a grandi à Châtel-Saint-Denis, étudié le cinéma en Angleterre et vit aujourd’hui à Zurich. L’idée de son premier long-métrage est parti du portrait d’un inspecteur de la voirie à Bâle lu dans la presse et de la découverte de la syllogomanie, ou accumulation pathologique d’objets divers. Une névrose propice à faire régner le chaos au pays du propre en ordre. 

Et surtout matière à en rire. En soi, vouloir se moquer d’une Suisse obsédée par la propreté et autres psychoses est séduisant. Mais encore faut-il maîtriser son sujet et ses clichés. Ce que ne réussit guère Pierre Monnard dans cette laborieuse comédie, où on retiendra surtout le côté visuel avec ses couleurs acidulées façon années 70.

Pour le reste, non seulement la plupart des personnages imaginés sont ridicules, mais leurs interprètes sont mauvais. De la tête d’affiche Bruno Cathomas (photo) au malheureux Romand d'occasion Claude Blanc, pathétique dans ses débuts cinématographiques. Seule la petite Luna Dutli (Emma) parvient à tirer un peu son épingle du jeu.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le 7 mai.



 

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Cinéma: "Two Men In Town", avec Forrest Whitaker entre damnation et rédemption

la-voie-de-l-ennemi[1].jpgAvec Two Men In Town (La voie de l’ennemi) deuxième volet, après Just Like A Woman, de sa trilogie consacrée aux relations entre les Etats-Unis et le monde arabe, le réalisateur maghrébin Rachid Bouchareb propose un remake de Deux hommes dans la ville (1973), vibrant plaidoyer contre la peine de mort de José Giovanni, où Alain Delon et Jean Gabin tenaient les rôles principaux.  

Là, c’est Forrest Whitaker (l’ancien gangster William Garnett) qui donne la réplique à Harvey Keitel (le shérif Bill Agati). Garnett vient d’être libéré sur parole après avoir passé 18 ans derrière les barreaux pour le meurtre d’un flic. Alors qu’il tente de reprendre une vie normale avec l’aide de l’agente Emily Smith (Brenda Blethyn) chargée des mises à l'épreuve, il se heurte à l’irrépressible désir de vengeance du shérif, qui veut lui faire payer cher la mort de son adjoint et n'a de cesse de le voir replonger. 

Tout en montrant la fragilité de la réinsertion d’un ex-taulard, Rachid Bouchareb étoffe son portrait. Garnett s’est converti  à l’islam en purgeant sa peine. La bague à l’étoile et au croissant musulmans au doigt, son tapis de prière sous le bras, il s’est forgé une nouvelle identité. Mais celle-ci, tout comme son aspiration à une existence poaisble en saisissant cette deuxième chance offerte et la relation qu’il noue avec une jeune femme ne pèsent pas lourd face au harcèlement du très rancunier Bill Agati. Sans oublier un vieux complice qui vient le relancer.

L’action s’étire lentement dans la chaleur accablante, la poussière et l’aridité des paysages désertiques du Nouveau Mexique. Un décor de western, prétexte à de magnifiques images pour ce polar à la fois noir et contemplatif, qui vaut surtout par la prestation des acteurs.

A commencer par Forrest Whitaker, excellent dans ce personnage qui, entre damnation et rédemption, lutte pour contenir sa rage et sa violence. Brenda Blethyn se montre également convaincante en policière intransigeante, dure mais éprise de justice. Quant à Harvey Keitel, un rien rassis sur les bords, il fait correctement son boulot. En revanche, on peine à croire à l’histoire d’amour  de Garnett, tandis que sa conversion en principe importante, apparaît curieusement plus que secondaire dans le traitement sans enjeu que Bouchareb lui réserve.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 7 mai.

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