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18/11/2015

Grand écran: "Nous trois ou rien", une chronique familiale tragi-comique sous influence potache

nous-trois-ou-rien-comme-un-conte[1].jpgHumoriste et rappeur, révélé par le Jamel Comedy Club et la mini-série Bref, Kheiron Tabib réalise un premier long-métrage qu’il a écrit et dans lequel il tient le premier rôle. Il y retrace le parcours singulier, mouvementé entre l’Iran et la banlieue parisienne de son père Hibat (Kheiron) un avocat, et de sa mère Fereshteh (Leïla Bekhti) une infirmière.

D’abord opposé au shah, ce qui lui a valu sept ans de prison dans des conditions épouvantables, puis à l’ayatollah Khomeini ce qui l’a conduit à la clandestinité, Hibat marié et devenu père d’un petit garçon entre les deux régimes, est forcé de fuir. Fereshteh est déterminée à l’accompagner. Ce sera donc lui, elle et leur fils ou rien.

De belles personnes qui forcent l’admiration. Dotées d’un incroyable courage, d'un optimisme à tout crin et d’une détermination farouche, Hibat et Fereshteh refusent de vivre dans l’oppression, l'obscurantisme et la terreur en dépit des dangers que cela comporte. D’où, jusqu’à l’exil en France, une première partie à la fois émouvante et édifiante.

Malheureusement, entre conte et comédie, Kheiron s’ingénie à nuire à son sujet en multipliant des blagues de stand up, censées dédramatiser les situations les plus graves ou les plus violentes. Alors certes l’humour est la politesse du désespoir. Mais des pirouettes aussi potaches comme vision du monde, c’est plutôt court.

Par ailleurs l’histoire perd nettement de sa force à partir de l’installation de la petite famille dans une cité où Kheiron devient éducateur social tandis que Fereshteh aide les femmes à se libérer de la tutelle masculine. 

Nous trois ou rien mise alors sur la tolérance, le don de soi  et le vivre ensemble pour une meilleure intégration. Et à voir la façon dont tout ou presque marche comme sur des roulettes, même auprès de petits truands a priori endurcis, on n’est pas très loin de l’angélisme. De quoi viser un grand succès populaire!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 novembre.

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17/11/2015

Grand écran: les Anglaises en guerre pour le droit de vote dans "Les suffragettes""

maxresdefault[1].jpgAvec ce film, la réalisatrice Sarah Gavron revient, en 1912, sur la lutte des Anglaises de toutes conditions sociales pour obtenir le droit de vote. Maud, une jeune mère de famille décide de s'engager auprès du groupe des militantes féministes, un mouvement radical quaiifié à l’époque d’anarchiste, qui doit affronter les brutalités gouvernementales envers des manifestations pourtant pacifiques,

Dirigées par la célèbre bourgeoise Emmeline Pankhurst (Meryl Streep), personnage charismatique aux apparitions trop rares, même si dans les faits elle était forcée d’œuvrer en coulisses, elles sont alors prêtes à recourir à la violence et tout risquer, leur travail, leur famille, voire leur vie pour obtenir gain de cause.

C’est ce que rappelle Sarah Gavron évoquant les conditions difficiles dans lesquelles se bat sa courageuse héroïne exploitée et violée par son chef, maltraitée par son mari. Une héroïne symbolique de toutes ces femmes abusées, bafouées, condamnées à se soumettre à l’autorité du mâle.     

Entre réalité et fiction

Remontant largement plus avant que dans les années 60 où nous avait emmenés le décoiffant We want Sex Equality montrant des ouvrières revendiquant l’égalité des salaires, c’est à une guerre des sexes nettement plus acharnée et tragique que l’on assiste dans Les suffragettes. Le droit de vote était en effet pour elles une question cruciale pour l’amélioration de leur souvent misérable existence.

Dans le rôle principal de cette histoire entre réalité et fiction, alliance sinon complicité de classes côté féminin, on trouve  Carey Mulligan qui livre une interprétation à la fois émouvante fine et subtile. Elle contraste avec le recours appuyé au romanesque et au mélo. Le film manque ainsi de souffle et d’une réelle dimension politique. Il reste toutefois historiquement pertinent, exemplaire, et on ne saurait trop le recommander aux jeunes générations.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 novembre.

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Grand écran: "L'Hermine" avec un grand Fabrice Luchini, sacré meilleur acteur à la Mostra de Venise

l-hermine[1].jpgVingt-cinq ans après La Discrète, Christian Vincent, féru de Simenon,  retrouve Fabrice Luchini pour en faire un président de cour d’assises à la fois aigri et amoureux. On est dans le nord de la France. Redouté, dur, exigeant, Miichel Racine souffre d’une grosse grippe qui le rend encore plus antipathique que d’ordinaire. Il doit pourtant présider le procès d’un jeune homme accusé d’avoir tué sa fille de sept ans et qui crie son innocence.

Alors que les noms des jurés sortent les uns après les autres, Racine remarque parmi eux une femme qu’il a aimée et qu’il n’a jamais oubliée. Au film à procès se mêle ainsi une sous-intrigue romantique révélant la part sensible de cet homme inflexible où l’excellente Sidse Babett Knudsen, vedette de la série politique danoise Borgen donne la réplique à Fabrice Luchini (photo), remarquable de retenue et de sobriété en magistrat austère, maniaque, désagréable, solitaire et moqué de tous qui revient en quelque sorte à la vie.

Sortant de sa propension à vouloir amuser la galerie, son interprétation lui a valu d’être sacré meilleur acteur à la Mostra de Venise, tandis que son réalisateur obtenait le prix du scénario. Un triomphe que Christian Vincent (photo ci-dessous) de passage à Genève qualifie de complètement inattendu. "Etre sélectionné, c’est déjà incroyable. D’autant que je n’avais pas été retenu à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et que le jury était composé de gens que j’admire".

Ce président de tribunal, c’était du sur mesure pour Luchini.

Absolument. J’avais envie de retravailler avec lui et je le voyais bien en robe rouge. Par ailleurs il était passionné par le sujet. Il a par exemple fait une chose inédite pour lui. Il a passé une demi-journée aux Assises. Et là, il a vu en quoi son rôle consistait vraiment. .

Comment avez-vous choisi Sidse Babett Knudsen? Une belle surprise. 

En effet. Elle n’avait jamais tourné en France. Il me fallait une femme de 45 ans. Mais en écrivant le scénario, j’étais un peu perdu. Et puis j’ai vu la troisième saison de la série et j’ai découvert qu’elle parlait couramment le français. Elle avait été jeune fille au pair. 

BSidstGd5LzoVxL0er0K22hBtKw[1].jpgVous traitez deux thèmes à la fois dans "L'Hermine". On prétend qu’il est dangereux de courir deux lièvres à la fois.

Je dirais même trois. Je brosse le portrait intime de cet homme amer, grippé, désirant être ailleurs et trouvant un peu d’amour, tout en devant intéresser le spectateur au procès de ce garçon accusé d’infanticide et en me penchant sur les problèmes du jury, un personnage à part entière. Il faut que tout s’imbrique et j’ai fait de mon mieux pour y parvenir. Avec mon monteur, on ne savait pas si ça marcherait..

Les débats entre les jurés laissent un peu penser à ceux de "Douze hommes en colère". Vous êtes-vous inspiré du film de Sidney Lumet?

Non. En réalité, je ne connaissais rien à la justice et j'ai découvert beaucoup de choses. J’essaye de faire des films sans a priori et là, j’ai découvert une institution qui m’a épaté. Si d’une manière ou d’une autre  je peux en faire profiter les gens, réhabiliter les magistrats, les présidents de cour d’assises, c’est bien. C’est de l’ordre de la démocratie. Ma démarche tient du didactisme. J’aime les vertus pédagogiques. Et là, je parle aussi de mon pays.

On aura l’occasion de retrouver Christian Vincent dans un autre registre. Il est en train d’écrire un scénario qui mettra en scène une jeune Marocaine ayant le malheur de trop plaire aux hommes.
 
A l'affiche dans les salles de Suiisse romande dès mercredi 18 novembre.

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11/11/2015

Grand écran: "Sangue del mio sangue", une farce baroque et symbolique, signée Marco Bellocchio

foto-sangue-del-mio-sangue-3-low[1].jpgUn jour de l’an 1648, un fier cavalier,  Federico Mai, frappe à la porte du couvent de Bobbio, petite ville italienne de la région de Piacenza. Il est venu pour tenter de réhabiliter la réputation de son frère jumeau, le prêtre Fabrizio, qui s’est suicidé pour une jeune nonne, Benedetta.

La soeur est accusée de l’avoir séduit et passé un contrat avec le diable. Pour l’heure, elle est enfermée en attendant son procès. Si elle est convaincue de sorcellerie, Fabrizio pourra être enterré religieusement. Mais refusant de se soumettre au pouvoir ecclésiastique, Benedetta est condamnée à être emmurée vivante.

Un audacieux saut en avant dans le temps et nous voici en 2015, où le même couvent est habité par un mystérieux comte qui, ne sortant jamais le jour, passe pour un vampire. A nouveau un homme frappe à la porte. C’est un autre Federico, accompagné d’un milliardaire russe désireux d'acquérir le monastère pour le transformer en hôtel de luxe.

Le comte, refusant de s’adapter à la modernité n’a aucune intention de vendre et corrompt Federico pour qu’il persuade le richissime Russe de renoncer à son achat. Pour cela il devra sortir de son trou et demander de l’aide. Et du coup miracle, son vieux corps exsangue va se régénérer et retrouver sa vigueur

Avec Sangue del mio sangue, farce symbolique misant sur la subtilité, la finesse et l’humour, Marco Bellochio le rebelle de 74 ans, évoque en un double récit une Italie toujours sous le joug du pouvoir quels que soient ceux qui l’exercent. Hier l’Eglise, aujourd’hui une classe dirigeante plombante et peu encline à évoluer.

Cette intrigue à tiroirs, baroque, visuellement splendide, pas toujours facile à suivre, se déroule sur fond de religion, de corruption politique, d’argent roi et de justice à plusieurs vitesses. Autant de forces vampiriques qui n’ont cessé, à travers les âges, de se nourrir du sang des sociétés, peinant ainsi à se libérer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 novembre. 

 

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Grand écran: Avec "Une histoire de fou", Robert Guédiguian se penche sur le génocide arménien

87b4d804e343d878157449ec3cbd1042_XL[1].jpgBerlin 1921, images en noir et blanc pour un long prologue reconstituant un fait historique capital. Talaat Pacha, principal responsable du génocide Arménien est exécuté d’une balle dans la tête dans la rue en plein jour par Soghomon Thelirian dont la famille a été entièrement exterminée. Lors de son procès, revendiquant sa culpabilité, il témoigne du premier génocide du 20ème siècle et est acquitté.

Soixante ans plus tard on est passé à la couleur et on se retrouve à Marseille où  Hovannes (Simon Abkarian) tient une épicerie avec sa femme Anouch (Ariane Ascadride). Bien intégré, grand bosseur,  Hovannes aspire à vivre en paix en France. Plus revendicative et attachée à ses racines, Anouch soutient leur fils Aram, un jeune idéaliste  voulant que la Turquie reconnaisse les crimes commis. Un jour il  fait sauter à Paris la voiture de l’ambassadeur de Turquie. Gilles Tessier (Grégoire Lepince-Ringuet), un étudiant en médecine qui passait là par hasard à vélo est gravement blessé et perd l’usage de ses jambes. Hospitalisé, il voit sa vie brisée.  

En fuite, Aram rejoint l’armée de libération de l’Arménie à Beyrouth, foyer de la révolution internationale dans les années 80. Avec ses camarades arméniens du monde entier, il pense qu’il faut recourir à la lutte armée pour que le génocide soit reconnu et que la terre de leurs grands-parents leur soit rendue. De son côté, Anouch rend visite à Gilles Tessier, qui ne savait même pas que l’Arménie existait. Elle lui avoue que c’est son propre fils qui a posé la bombe et lui demande pardon au nom de son peuple. Un lien fort se tisse entre eux et mènera à la rencontre entre Gilles et Aram.

La petite histoire mêlée à la grande

Avec Une histoire de fou, librement inspiré d’un drame vécu par José Gurriaran, un journaliste espagnol frappé par un attentat en 1980, c’est la troisième fois que Robert Guédiguian revient sur son pays d’origine. A travers une tragédie familiale, sa façon de mêler la petite histoire et la grande, il accomplit un travail de mémoire envers ses origines arméniennes où il s’interroge sur la légitimité de la violence dans la lutte armée, tout en questionnant l'identité arménienne.

Le souffle romanesque de cette œuvre engagée, politique, véridique, à la fois sobre et lyrique, n’exclut pas un côté scolaire, explicatif, ce qui est loin d’être un mal pour quiconque ne connaît pas ou mal les faits. Au contraire nécessaires, le didactisme et l’aspect pédagogique ne nuisent pas à sa dimension universelle. L’ambition de Robert Guédiguian est de nous faire mieux comprendre l’importance de la reconnaissance de ce génocide, ce que refuse toujours la Turquie. Et de nous émouvoir, en évitant l’horreur insoutenable, la volonté de vengeance, ou l’excès de pathos. C’est réussi.  

A l'affiche dans les sales de Suisse romande dès mercredi 11 novembre.  

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Grand écran: Patrick Bruel tombe Isabelle Carré dans "Ange et Gabrielle"

hqdefault[1].jpgPatrick Bruel ne peut s’empêcher de jouer les séducteurs. Après Alice Taglioni dans Paris Manhattan et Sophie Marceau dans Tu veux ou tu veux pas, c’est Isabelle Carré qui succombe à son charme dans Ange et Gabrielle.

Signé Anne Giafferi, notamment scénariste d’Une Famille à louer et Sous les jupes des filles, l’opus est l’adaptation de la pièce de théâtre L’éveil du chameau de Murielle Magellan.

Pharmacienne qui élève seule da fille Claire, Gabrielle prend très mal la nouvelle quand elle découvre que l‘adolescente de 17 ans est enceinte de son petit ami Simon. Comme il refuse de se faire imposer ce bébé, Gabrielle décide d’aller voir son père Ange. Mais ce grand architecte, célibataire endurci, prétend ne pas avoir de fils et n’a pas du tout, lui non plus, l’intention d’assumer sa paternité 

A la suite d’une première rencontre explosive dans le bureau d’Ange, Gabrielle ne baisse pas les bras, Elle le harcèle, déterminée à le faire renouer avec Simon et à changer d’avis, Elle va évidemment y arriver. Autre évidence ces deux êtres vont tomber amoureux. Et Ange devra apprendre à être grand-papa et papa en même temps.

Pas grand-chose à dire de cette comédie romantique prétendant surfer sur des thèmes d‘actualité, au scénario cousu de fil blanc, aux diverses situations laborieusement mises en scène et auxquelles on a bien du mal à croire entre un Patrick Bruel et une Isabelle Carré d’une rare maladresse et que tout oppose. En revanche, Laurent Stocker se révèle toujours aussi amusant. 

Signalons par ailleurs que Patrick Bruel opère un double retour puisque cet inconditionnel de Barbara va sortir le 27 novembre prochain Très souvent je pense à vous, un album entièrement dédié au répertoire de la chanteuse.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 novembre.

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10/11/2015

Grand écran: "Spectre" nous en met plein la vue et... la tension retombe

spectre-new-trailer-reveals-a-big-james-bond-blofeld-plot-twist-james-bond-24-is-a-r-334871[1].jpgNé en 1953 sous la plume de Ian Fleming, James Bond serait comme les diamants, éternel. D’où le statut de mythe pour cet agent très spécial  qui, plus qu’un homme, est un fantasme propre à faire délirer les foules. Particulièrement en Suisse, notamment mises en condition grâce à la sculpturale Ursula Andress sortie de l’onde dans l’initial Dr No. 

Passé de la guerre froide au cyberterrorisme en changeant six fois de visage,  le célébrissime 007 garde, depuis Casino Royale, celui du flegmatique et classieux Daniel Craig, qui promène donc pour la quatrième fois ses abdos, pectoraux et autres biceps de rêve dans Spectre (SPecial Executive For Counter-Intelligence, Terrorism, Revenge And Extorsion), une organisation criminelle déjà apparue dans sept autres opus.

Ce vingt-quatrième épisode, presque aussi attendu que Star Wars dans cette saison automne- hiver, est non seulement le plus coûteux de la saga, mais également le film le plus cher jamais réalisé avec un budget de 360 millions de dollars.

Une escale à Rome pour séduire Monica Bellucci

Tourné, en 35 mm, sur trois continents et cinq pays (Grande-Bretagne,  Autriche, Mexique, Maroc, Italie) il a pour la première fois fait escale à Rome. Histoire que son héros puisse batifoler avec Monica Bellucci, la belle veuve d’un criminel de haut vol, Valant à la sulfureuse quinqua, qui certes ne fait que passer, d’être la James Bond Girl la plus âgée de la série.

Comme pour Skyfall, succès historique de la saga avec plus d’un milliard de dollars de recettes dans le monde, on retrouve aux manettes Sam Mendes pour un nouveau duo avec Daniel Craig, sur fond d’espionnage à l’ancienne menacé par les nouvelles techniques du renseignement. 

James_Bond_Spectre_3127904k[1].jpgRegard bleu acier, mâchoires serrées, visage buriné, l’espion de Sa Majesté au physique évoquant, ai-je lu mais je cautionne, un croisement entre Poutine et Steve McQueen se lance, suite à un message cryptique surgi du passé, sur la piste d’une redoutable organisation secrète. Elle est dirigée par un mystérieux Franz Oberhauser (Christoph Waltz), psychopathe flanqué d’une brute épaisse dotée d’une force extraordina

Et voici notre agent, viré juste après avoir repris du service, embarqué dans une mission très personnelle de Mexico en pleine fête des morts à Rome, du désert marocain à Londres en passant par les Alpes autrichiennes. L’occasion de rencontrer Madeleine Swann, la star féminine de l’opus.

Fille de tueur, elle pourrait connaître un moyen de détruire Spectre. Cette psychanalyste qui en plus sait tout de Bond, est incarnée par la Française Léa Seydoux, rendant ses compatriotes plus fiers que jamais.

Une ouverture flamboyante et spectaculaire

Le cadre étant posé, l’idée est évidemment de nous en mettre plein la vue côté action. Et c’est le cas dans une séquence d’ouverture flamboyante, ébouriffante, éblouissante, virtuose, se terminant avec la chute fracassante d’une façade à deux doigts d’aplatir Bond comme une crèpe. Avant qu’il ne saute dans un hélico évoluant dangereusement au-dessus d’une place noire de monde.

 Mais c’est la marque du genre. Tout dans la vitrine, plus grand-chose ou presque dans le magasin. Spectre ne déroge pas à la règle. Suite à ce prégénérique qui vous scotche au fauteuil, la tension retombe et la sauce ne s’épaissit guère. Trop prévisible, l’intrigue se déroule, pour ne pas dire se traîne assez mollement pendant plus de deux heures entre poursuites et cascades peu mémorables. Et cela en dépit des moyens colossaux mis en œuvre et de la multiplication des plans aériens pour faire décoller l’ensemble.

Un méchant et une James Bond Girl peu covaincants

Côté comédiens, ce n’est pas non plus le top du top. Christoph Waltz, toujours sous l’emprise de sa prestation dans Inglorious Basterds, fait peine à voir en méchant nettement plus agaçant qu’effrayant. De son côté Léa Seydoux, jolie sans plus, a du mal à convaincre en James Bond Girl torride propre à faire craquer amoureusement un héros névrosé, tourmenté, et jusqu’ici fatal à toutes les femmes.

Du coup, après le crépusculaire et exceptionnel Skyfall, l’un des meilleurs sinon le meilleur épisode pour les bondophiles, ce retour aux fondamentaux tout en collant à son époque, oscillant entre spectaculaire, glamour, séduction et humour laisse songeur.

On se demande s’il permettra à Daniel Craig de se retrouver à nouveau dans la peau du fameux personnage. Beaucoup pensent que non, qu’’il a fait son temps. Lui-même n’en est pas trop sûr à en juger par ses réponses: "Si je fais un autre James Bond, ce sera pour le fric". Ou encore: "Je ne vois aucune raison de ne pas refaire un autre James Bond…."

Quoi qu’il en soit, au cas où il enfilerait le costume de 007 pour la cinquième fois, ce serait bien de demander à son tailleur de lui confectionner une veste sur mesure et pas une taille en-dessous…D’accord, il a envie de mettre ses biscotos en valeur, mais en l’occurrence, il la joue franchement cheap!

A l'affiche partout dès mercredi 11 novembre.  
  
 

 

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04/11/2015

Grand écran: "Burnt", avec Bradley Cooper au fourneaux. Pas de quoi nous exciter les papilles!

imagesYPFCL5V5.jpgLa cuisine au cinéma ne date pas d’aujourd’hui. Mais ces dernières années, boostée par le petit écran elle se bouscule sur le grand, entre Les saveurs du Palais, Chef, ou autres Recettes du bonheur, les deux derniers se révélant particulièrement consternants. A l‘image de Burnt (A vif!) très loin de nous exciter les papilles.

Comme quoi il ne suffit pas de passer derrière les fourneaux pour mitonner un bon petit film. De toutes façons c’était trop mal parti pour bien aboutir, après dix ans dans les cartons hollywoodiens et trois changements de titres. L'opus péclote d’ailleurs logiquement au box-office américain, ce qui ne doit pas réjouir son réalisateur John Wells.

Mais bref. Nous voici donc en compagnie d’Adam Jones, arrogante star parisienne auréolée de deux étoiles au Michelin qui sombre soudain dans la drogue et l’alcool. Redevenu clean au bout de quelques années, il relance un luxueux restaurant à Londres, fermement décidé à gagner une troisième étoile.

Mais le chemin de la rédemption se révèle plus ardu que prévu pour cet homme au caractère de chien, ignoble avec son personnel. Du coup, stress oblige, on a droit aux ordres aboyés à une brigade soumise, aux incessants coups de gueule et excès de colère. Sans oublier une rivalité explosive avec un rival honni.

Entre platitude et indigence

La platitude du scénario alignant les clichés le dispute à l’indigence de l’interprétation. On ne croit pas une seconde à Bradley Cooper en chef de génie irascible et capricieux, beau gosse remonté des enfers pour décrocher le graal. Ni à Sienna Miller, saucière de choc obligée de présenter ses excuses au turbot… Daniel Brühl fait peine à voir en chef de rang obsolète et gay, tout comme Emma Thompson en psy aussi improbable que mal fringuée. 

Quant au second couteau Omar Sy, heureusement pour lui qu’il est revenu en France jouer les têtes d’affiche dans une nouvelle comédie grand public. Parce que ce n’était pas la peine d’aller jusqu’à Hollywood pour servir de grouillot à Bradley Cooper et de se venger en flanquant trop de poivre de cayenne dans ses plats gastronomiques…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 novembre.

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Grand écran: "La dernière leçon" ou le droit à mourir dans la dignité. Décevant

527113[1].jpgFatiguée, usée, fanée, Madeleine en a assez de la vie. Mais elle tient à rester jusqu’au bout maîtresse de son destin en fixant elle-même la date et les conditions de sa mort.  C’est ce qu’elle annonce à ses enfants et petits-enfants, le jour où elle fête avec eux ses 92 ans. 

Le choc est rude parmi les siens. Abasourdis, ils tentent de la dissuader tant cette décision ultime, alors qu’elle n’est pas malade, leur paraît inacceptable. En vain, Madeleine a choisi. Elle veut mourir debout. Alors ils s’enflamment et s’engueulent, chacun y allant de son ressenti. Diane finira par respecter la volonté de sa mère et s’en fera la complice pour partager ses derniers moments.

Adapté du livre éponyme de Noëlle Châtelet paru en 2004, La dernière leçon est signé de la Française Pascale Pouzadoux. Une déception. En dépit ou en raison de la gravité du sujet, la réalisatrice ne sait trop sur quel pied danser. Après la bonne séquence de l’anniversaire en ouverture, elle propose un film bancal oscillant sans cesse entre drame et humour, tristesse et comédie, gentillesse et emportement, colère et chagrin.

Dommage pour Marthe Villalonga qui livre une belle interprétation, aussi juste qu’émouvante. Ce n’est hélas pas le cas de Sandrine Bonnaire, une comédienne qu’on aime mais qu’on a rarement vu aussi mal dirigée, ou d’Antoine Duléry, très moyen dans le rôle du fils accablé par l’inébranlable désir maternel d’en finir. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 novembre.

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03/11/2015

Grand écran: The Look Of Silence", voyage indonésien au bout de l'horreur

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L’abominable ne se limite malheureusement pas au nazisme. En 2012, Joshua Oppenheimer livrait The Act  Of Killing, film terrifiant et délirant sur le massacre impuni en Indonésie de près d’un million de communistes ou prétendus tels. Il y laissait la parole à de vieux criminels de guerre rigolards fiers et satisfaits, qui rejouaient devant la caméra les horreurs commises en 1965-66. Avec jubilation et un manque confondant de culpabilité.

Dans The Look Of Silence, tourné parallèlement, il aborde le même sujet en se plaçant cette fois du côté d’Adi Rukun (photo), frère cadet de Rami, son aîné qu’il n’a pas connu, accusé à tort de rébellion, horriblement torturé puis achevé par les militaires. Un assassinat qui marquera à jamais l’histoire familiale,

Ophtalmologue itinérant, Adi s’informe lors de ses visites sur les circonstances de la mort de Rami, Animé d’un besoin de comprendre, il est impressionnant de calme, d’absence de colère, de violence ou de désir de vengeance face aux tueurs. Faisant preuve d’un incroyable courage dans un pays où les assassins sont encore au gouvernement, dans des villages ou un ancien bourreau habite la maison d’â côté.

Si certains refusent de témoigner et déclarent qu’il ne s’est rien passé pendant ces années-là, un autre dit avoir bu le sang de ses victimes pour ne pas devenir fou. Il y a aussi cette scène démente, où Joshua Oppenheimer filme deux hommes responsables de la mort de Rami, se souvenant avec précision de la manière épouvantable dont cela s’est passé. Ne manifestant pas le moindre remord, ils restent persuadés d’avoir agi pour le bien de la nation. 

Lors d’une interview aux Inrocks, Joshua Oppenheimer rappelle que «dans cette partie du sud asiatique, le fascisme n’est pas l’exception monstrueuse à la règle, il est la règle... The Look Of Silence est consacré à ce que ça fait de vivre pendant cinquante ans dans le déni d’un massacre de masse, sous un régime qui a perpétré les tueries, et avec pour voisins les familles des tueurs. Je voulais filmer, ajoute-t-il, ce silence douloureux, induit par la peur de s’exprimer».

Tout cela donne un excellent documentaire à la fois édifiant, essentiel, puissant, magnifique, d’une rare humanité, basé sur la force d’un être à la fois ordinaire et extraordinaire qui ne veut justement plus vivre dans la terreur. Mais c’est aussi un film atroce, dont le détail des tortures infligées vous pétrifie et vous glace le sang.

A l’affiche dans les ssalles de Suisse romane dès mercredi 4 novembre.

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