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08/12/2015

Grand écran: "Un+une", avec Jean Dujardin et Elsa Zylberstein. Consternant

499172[1].jpgCinquante ans près Un homme et une femme, Claude Lelouch propose une sorte de variante avec Un+une, où il embarque Jean Dujardin et Elsa Zylberstein, à l’origine du projet, dans une très improbable love story.

Antoine, composteur de génie qu’Alice, talentueuse pianiste, vient de demander en mariage sans trop de succès pour l’instant, se rend en Inde. Il doit travailler avec un réalisateur de la Nouvelle Vague du cru (une incontournable mise en abyme pour le cinéaste) sur une version carrément révolutionnaire de Roméo et Juliette.

C’est là qu’il rencontre Anna, la femme de Samuel, l’ambassadeur de France, qui ne peut avoir d’enfant. Elle décide d’emprunter seule (c’est d’un crédible, étant donné sa situation de haut rang…) le chemin de la fertilité et d’aller à la rencontre de Mata Amritanandamayi (appelée Amma et qui joue ici son propre personnage), notamment dotée du pouvoir mystique de changer les destins.

Pourtant jaloux comme un tigre, Samuel demande à Antoine d’accompagner Anna dans son périple (on ne sait jamais ça pourrait le guérir de sa migraine tenace) et… je ne vous ferai pas l’injure de vous apprendre ce qui va se passer entre ces deux êtres que tout oppose…

Un fatras de spiritualité

Comme c‘est du Lelouch, il y a de belles images du pays visité de long en large. Un minimum. En ce qui concerne le reste, c’est consternant, le réalisateur s‘ingéniant à plomber son film, au scénario par ailleurs incohérent, sous un fatras de spiritualité en forme de dialogues d’une rare ineptie.

Pêle-mêle il évoque le sens de la vie, ce qui compte dans celle-ci c‘est de préparer la prochaine, le temps qui passe, le pouvoir de la pensée, l’amour universel, le cosmos, le lien entre les êtres, d’où on vient et où on va, sans oublier les hirondelles et les boomerangs (!), le tout débité par une Elsa Zylberstein à un Jean Dujardin hilare, grossier, convaincu de son charme irrésistible et de sa drôlerie exceptionnelle, qui a juste envie de la sauter.

Et qui n’est pas en reste côté phrases d’une rare beaufitude. A son habitude.  On a ainsi droit à des réflexions profondes plus ou moins du genre : quand je suis avec Alice (la femme qu’il hésite donc à épouser) j’ai trouvé mon moi avec des nichons. Ou encore une femme avec un cerveau c’est un mec réussi.

Vu le couple calamiteux formé par Elsa Zylberstein et Jean Dujardin, on oubliera par charité les pièces rapportées que sont Alice Pol, et surtout le malheureux Christophe Lambert dans un rôle d’ambassadeur qui ne fait pas franchement honneur à la diplomatie française!

Tout cela ne suffisant pas, Lelouch nous gratifie d’un dénouement évidemment téléphoné. Le contraire nous aurait dans le fond désagréablement surpris…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 décembre.

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Grand écran: "Béliers", émouvant drame fraternel sur fond de chronique rurale islandaise

4635713_7_07c4_une-scene-du-film-islandais-de-grimur_282b6b2c27bb300c26213a70922d262c[1].jpgEleveurs de moutons. les frères Gummi et Kiddi vivent près l’un de l’autre mais ne se parlent pas depuis quarante ans. Comme chaque année, ils participent à un concours de beauté pour béliers que l’un d’eux remporte sous le nez de l’autre. La jalousie aidant, il y a de quoi séparer davantage, si possible, ces deux vikings bougons et obstinés, déjà cachés dans leur maison respective. Mais pas heureux pour autant. 
 
Ils devront pourtant oublier leurs blessures secrètes et s’unir pour sauver leurs bêtes promises à l’abattage suite à une redoutable épidémie de tremblante. Des bêtes qu’ils aiment d’amour et pour lesquelles ils sacrifient tout, à l’instar des autres villageois. Le réalisateur islandais Grimur Hàkonarson en profite pour évoquer, au-delà du drame fraternel, le quotidien rude et solitaire d’une communauté reculée, vivant au milieu de paysages hivernaux d’une splendeur glacée. 
 
Cette chronique familiale et rurale en forme de conte universel déborde d’humanité, de tendresse, de bienveillance et d'humour décalé. Elle a valu à son auteur le Prix d’Un certain regard au dernier Festival de Cannes.  «C’est l’un des plus beaux moments de ma vie, sinon le plus beau. J’étais d’autant plus surpris que je ne m’attendais même pas à être sélectionné au départ», nous raconte Grimur Hakonarson, de passage à Genève.

thumb[1].jpgSon film a cartonné dans le milieu puisqu’il a reçu vingt autres prix dans différents festivals comme Valladolid, Thessalonique ou Zurich. Un travail de cinq ans, dont trois d’écriture, bien récompensé.  «J’y ai mis mon âme et je l’ai fait pour mes ancêtres. Au sens large».   
 
Béliers est votre deuxième long-métrage. Comment l’idée vous en est-elle venue ? 
 
Mes parents ont grandi dans une ferme et quand j’étais petit j’ai souvent passé des vacances chez mon grand-père. Je connais la culture du mouton. Et c’est mon père qui m’a raconté cette histoire de deux frères vivant l’un à côté de l’autre sans s'adresser la parole. Je la trouve à la fois tragi-comique, intéressante et révélatrice. En même temps j’avais envie d'explorer le rapport entre l’homme et les animaux, cette communauté obligée d’abattre ses bêtes. Au début cela parlait davantage de cela, puis les choses ont évolué vers cette relation contrariée et conflictuelle entre les deux frères. 
 
Il y a peu de femmes dans votre récit. 
 
En fait il y a énormément de célibataires dans les endroits que je connais en Islande. Les hommes restent à la ferme et les femmes s’en vont. Si vous vivez seul avec des moutons à qui vous vouez une véritable passion, leur perte est encore plus importante, plus tragique. C’est surtout ce que j’essaye de montrer. 

Hrutar+Beliers+Rams+Photocall+68th+Annual+-x1rbB_rhLbx[1].jpgVos deux comédiens principaux Sigurour Sigurijonsson et Theodor Juliusson ont-ils eu du mal à s’adapter à ce tournage exigeant? 

Non, ce sont des professionnels chevronnés. Ils ont lu des livres sur la vie à la ferme pour mieux s’imprégner de leur personnage. Ils ont dû se laisser pousser la barbe. Nous avons aussi beaucoup répété les dialogues. Mais l’essentiel était qu’ils sonnent authentiques. C’est mon style. La plupart des acteurs sont à mon avis trop jolis dans ce genre de rôles. 
 
Et les moutons, vous ont-ils donné du fil à retordre? 
 
Pas autant que le craignais. On m’avait dit que ce serait impossible. J’étais inquiet, je n’avais pas trop de temps pour le tournage. Mais nous avons déniché des béliers parfaits, stables, calmes. Ils se sont révélés excellents face à la caméra à laquelle ils se sont habitués petit à petit. Il y en a eu jusqu’à 200 dans une scène. On pouvait les toucher. Nous avions un spécialiste pour nous aider. 

Deux mots sur ce singulier concours de beauté pour béliers qui ouvre le film. 
 
C’est une tradition. Ces compétitions ont lieu en septembre après la désalpe. C’est très sérieux, très professionnel. Les béliers sont examinés sous toutes les coutures. Et le gagnant est particulièrement fier d’avoir présenté le plus beau. C’est aussi une occasion d’être ensemble pour les gens.. 
 
Il paraît que vous vous êtes si bien entendu avec les béliers que vous envisagez de ne mettre que des animaux en scène.   

Ce ne sera en tout cas pas le sujet de mon prochain long métrage, puisqu’il s’agit d’un film lesbien… Je vais faire un pas de côté, raconter une histoire politique avec une signification politique. 
 
A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi  9 décembre.   
 

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02/12/2015

Grand écran: Alain Cavalier fusionne l'homme et le cheval dans "Le Caravage"

le-caravage[1].jpgLes films consacrés à Bartabas, le créateur du Théâtre équestre Zingaro, ne manquent pas. Surtout pour rendre compte de la virtuosité, de l’originalité, voire du mysticisme de ses spectacles. Le "prédestiné" Alain Cavalier s’attache, lui, à l’intime, montrant la relation fusionnelle que le célèbre écuyer entretient avec son cheval, baptisé Le Caravage en hommage au peintre italien. Chaque matin, Bartabas travaille avec lui dans un manège, peaufinant  inlassablement les figures de dressage, en quête de la perfection ultime.  

Le réalisateur nous plonge ainsi de jour en jour dans les évolutions du couple, dresseur et animal s’apprivoisant mutuellement jusqu’à l’harmonie parfaite. Filmant au plus près l’animal, sa tête, ses naseaux, son œil, Cavalier livre un portrait tendre, admiratif sinon amoureux au sein d’une histoire muette. A l’exception de quelques mots lancés lors des soins, brossage, étrillage, ou harnachement du Caravage par de jeunes palefrenières.

On a aussi droit à d’émouvantes scènes de câlins, le maître se montrant prodigue en la matière envers sa monture. Et même à une petite rébellion du cheval qui se rue soudain sur la caméra, léchant l’objectif. D’où une image floue qui amuse beaucoup le cinéaste.…

Il y a de la grâce, de la légèreté dans ce corps à corps silencieux. Et de la magie pour les fans d'Alain Cavalier, pour qui il s’agit là d’une véritable œuvre d’art. Mais qui ne s’intéresse pas au sujet risque de ne voir dans ce documentaire qu’une routine quotidienne passablement ennuyeuse et un cheval tournant simplement en rond au trot ou au galop pendant 70 minutes.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 décembre.   

 

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Grand écran: "Babysitting 2", une resucée bête,vulgaire et paresseuse

babysitting-2-bande-a-fifi-947448[1].jpgSuite au carton de Babysitting qui a rameuté près de 2,5 millions de spectateurs, il était clair que Philippe Lacheau et Nicolas Benamou n’allaient pas attendre pour se remplir les poches en surfant sur un succès aussi inespéré. Et nous ont donc affligés d’une resucée qui se déroule au Brésil.

Sonia souhaite présenter son fiancé Franck à son père, Jean-Pierre, directeur d’un hôtel écolo, il faut le dire vite, où la bande imagine  passer des vacances de rêve. Mais les choses tournent rapidement au cauchemar. Un matin les garçons partent en excursion dans la forêt amazonienne flanqués d’Yvonne, l’insupportable et acariâtre mère de Jean-Pierre, puis de deux bimbos à un neurone. Le lendemain, ils ont tous disparu…
 
Babysitting2, qui aurait dû s’intituler Mammyitting vu que la troupe des pieds-nickelés doit s’occuper cette fois du vieux boulet en déambulateur électrique, a repris le principe de l'épisode précédent, à savoir révéler l'histoire grâce à la vidéo qu’ont tournée les protagonistes avant de s’évanouir dans la nature. Alors que la petite caméra a été récupéée (dommage !), on va pouvoir retrouver leur trace.   

Croyant carburer à l’humour déjanté, Lacheau et Benamou sont animés d’une volonté manifeste d’amuser. C’est raté avec cette comédie de potes lourdingue, poussive, paresseuse, d’une indigence crasse qu’il s’agisse des dialogues ou des gags faisandés à quelques exceptions près..

En fait l’opus mise avant tout sur la bêtise et la vulgarité. Et là c’est particulièrement réussi tant on atteint des sommets dans le genre. Vous me rétorquerez peut-être qu’il en faut, de l’imagination, pour en arriver là… Côté casting, on prend les mêmes et on recommence. Avec une variante, Christian Clavier en père de la future mariée remplaçant Gérard Jugnot dans la mouture originale. Pour nous gratifier d’une nouvelle et pesante caricature de lui-même.
 
Bien que généralement qualifié de très inventif et de follement rigolo, le premier Babysitting  ne cassait pas franchement des briques. C’est dire le côté calamiteux du second. Il ne reste qu’à espérer que les auteurs s’arrêteront là. Un voeu pieux s’il fait lui aussi tinter le tiroir-caisse!

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 décembre.

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01/12/2015

Grand écran: Nanni Moretti séduit avec "Mia madre". Pudique, èmouvant, sans pathos

maxresdefault[1].jpgEn plein tournage d’un film sur la fermeture d’une usine à laquelle s’opposent les ouvriers, Margherita, réalisatrice engagée, doit gérer une star américaine incapable de retenir ses répliques ou de les prononcer correctement, une fille en pleine crise d’adolescence et, bien plus grave, affronter la terrible réalité de la mort prochaine de sa mère. A laquelle elle rend visite à l’hôpital entre deux journées de plateau en compagnie de son frère toujours irréprochable et dont elle est un peu jalouse, ne se sentant pas à la hauteur.  

Tout en traitant à nouveau du deuil, de la perte d’un être cher après La Chambre du fils qui lui avait valu la Palme d’or en 2001, Nanni Moretti parle, entre fiction et réalité, du cinéma en brossant le portrait d’une femme obsessionnelle, fragile, nerveuse, angoissée, en panne d’inspiration, trouvant que tout sonne faux dans sa manière d’aborder son nouveau long métrage censé prendre la défense des travailleurs. Une manière de s’interroger sur la pertinence actuelle de films militants dans une Italie où la conscience politique fait de plus en plus défaut.

La cinéaste en proie au doute à des questionnements existentiels et artistiques n’est autre que l’alter ego de Nanni Moretti, qui a cette fois préféré se mettre en retrait en jouant le frère dévoué et attentionné de son héroïne. Remarquablement interprétée par Margherita Buy. On est un peu moins fan de John Turturro , qui certes détend l’atmosphère, mais en fait des tonnes dans le rôle de la vedette fantasque, mégalomane et survitaminée tout juste débarquée des Etats-Unis.

Mais outre la performance des acteurs, ce qui séduit surtout c’est la pudeur, la simplicité, la sobriété avec lesquelles Moretti a empoigné son sujet. Sans pathos, le maestro italien déclare son amour à sa mère et au cinéma, tous deux confondus dans cette émouvante, belle et triste chronique d’une mort annoncée.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 décembre.

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Grand écran: "Le pont des espions", Spielberg plonge Tom Hanks au coeur de la guerre froide

le_pont_des_espions_1[1].jpgTom Hanks seul contre tous. Les Soviétiques, la CIA, les Allemands de l'Est, ses collègues, l'opinion publique. Un homme ordinaire ou presque qui se mue en héros au destin hors du commun. Comme Steven Spielberg les aime et nous les a fait aimer dans Munich, Il faut sauver le soldat Ryan, Attrape-moi si tu peux, La liste de Schindler. Avec Le pont des espions, cet amoureux d’histoire, de retour trois ans après Lincoln, un film centré sur le courage politique, nous plonge au cœur de la guerre froide. Une histoire vraie, encore que dans le genre, on ne sait trop où s’arrête la réalité et où commence la fiction.
 
Toujours est-il que Spielberg s’intéresse à l’étonnante carrière de James Donovan, brillant avocat spécialisé en droit des assurances dans un grand cabinet newyorkais. En 1957, il est engagé pour défendre l’indéfendable, en l’occurrence Rudolf Abel, artiste tranquille et discret accusé d’être un espion soviétique. Ce qui est le cas.
 
Le pays enter attendant une condamnation, ses associés, à l’instar du gouvernement, incitent Donovan à s’en tenir au minimum. Mais en avocat consciencieux, il prend l’affaire très à cœur, provoquant la détestation de ses concitoyens et ira jusqu’à la Cour suprême. S’il perd le procès, il évite la mort à son client qui écope de 30 ans de prison. En 1962, un an après l’édification du Mur de Berlin, un avion espion américain est abattu et son pilote fait prisonnier par les Soviétiques.  Les services secrets étatsuniens demandent alors à Donovan de négocier l’échange de leur ressortissant contre Rudolf Abel.
 
Arrivé sur place, l’avocat apprend qu’un étudiant américain a été arrêté à Berlin-Est. Balayant les instructions de la CIA, Donovan exige de les échanger tous les deux contre l’espion. L’opération aura lieu au célèbre pont de Glienicke, qui reliait à l’époque le secteur américain de Berlin-Ouest à Postsdam en ex-RDA, et où l’agence américaine et le KGB troquaient leurs hommes de l’ombre. De préférence sous l‘oeil des caméras.

Spielberg montre sa virtuosité
 
La virtuosité du réalisateur se révèle dès l’ouverture avec cette scène métaphorique dévoilant un homme aux trois visages, le sien, celui que lui renvoie le miroir et celui de l’autoportrait qu’il est en train de peindre. Puis lors d’une haletante séquence de filature, magistralement découpée, dans un Brooklyn des fifties incroyablement réaliste, qui se conclut par l’arrestation du chétif Rudolf Abel en sous-vêtements. Et dont la principale préoccupation en cette heure gravissime pour lui est de récupérer son dentier… 

193450[1].jpgUne touche burlesque des frères Coen, auteurs du scénario. Ils en produiront d’autres, plus ou moins cyniques, dans leur apport remarqué à l’univers spielbergien. Mais surtout, avec ce vingt-huitième long métrage intelligent, fin, élégant à l’atmosphère intimiste, le réalisateur propose un récit historique captivant et puissant, un drame humain au suspense efficace ainsi qu’une bluffante reconstitution d’époque où on revit comme si on y était l’édification du Mur de la honte (photo). Il recrée également non sans un certain humour les tensions de ces années aux Etats-Unis et les moyens sécuritaires déployés pour faire face à la hantise du fléau communiste.

Un thriller qui dépasse le film d'espionnage
 
Spielberg l’humaniste poursuit ainsi son exploration de l’identité américaine dans ce thriller classique qui, dépassant le simple film d’espionnage, porte haut les valeurs de justice et de liberté, exalte la prépondérance de l’individu, l’amour du droit garantissant à chacun y compris à l’ennemi une défense digne de ce nom. Le tout enrobé d’un patriotisme parfois excessif, où l’on comprend bien que tout est un peu mieux qu’ailleurs outre-Atlantique.
 
Impressionnant enfin le jeu des acteurs. Celui bien sûr de Tom Hanks le comédien fétiche de l’auteur, formidable héros malgré lui et père de famille adulé par les siens. Un personnage hollywoodien un peu trop cliché malgré tout, qui se fait du coup voler la vedette par le Britannique Mark Rylance, exceptionnel dans son rôle d’espion  d’une retenue et d’une sobriété rares, saupoudrées d’un détachement et d'un fatalisme irrésistibles, répondant invariablement "Est-ce que çela aiderait?", chaque fois que son avocat compatissant et finalement complice lui demande s’il est inquiet. A leurs côtés, on trouve Amy Ryan, Alan Alda ou encore Sebastian Koch, le principal protagoniste de l’excellent La vie des autres.
 
A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 décembre.

 

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25/11/2015

Grand écran: "Strictly Criminal", du polar mafieux déjà vu, mais avec un Johnny Depp méconnaissable

blackmass[1].jpgBoston dans les années 70. On retrouve James "Whitey" Bulger et John Connolly, deux gamins des rues qui ont grandi ensemble. Le premier a choisi le crime, le second le FBI. Le caïd et l’agent du célèbre bureau s’unissent secrètement pour éliminer l’ennemi commun: la mafia italienne. Mais les choses se gâtent.

Strictly Criminal de Scott Cooper, l’auteur de Crazy Heart retrace l’histoire vraie de cette alliance contre nature qui a dégénéré et permis à Bulger d’échapper à la justice, de consolider son pouvoir et de devenir l’un des gangsters le plus redoutable et puissant de sa ville natale, voire des Etats-Unis.

On navigue ainsi entre loyauté, corruption, rapport de force, difficulté à différencier flics et malfrats. Un filon surexploité. Et il y a tant de bons fllms de Walsh à Scorsese en passant par De Palma, Friedkin, Coppola et j’en oublie un paquet, qu’il est difficile de se lancer avec succès sur un terrain labouré à l’envi par tous ces maîtres. .

Ce biopic est pourtant intéressant et l'intrigue assez simple. Mais Scott Cooper s’ingénie, dans cet opus à l’ancienne, à prendre des chemins tortueux pour la raconter et a ainsi tendance à se perdre en route.

Du coup ce polar mafieux recuit qui ressemble à du Scorsese mais qui n'est pas du Scorsese, échoue dans sa volonté d’être féroce, implacable, sous haute tension. A l‘exception de quelques scènes certes glaçantes, comme celle du repas de famille, on n’est pas véritablement scotché à son fauteuil et on trouve même le temps longuet. Il faut dire que  les épuisants fuck, fucker et autres fucking débités à longueur de dialogues par ailleurs peu transcendants, n’arrangent pas les choses….

En revanche les comédiens assurent. A commencer évidemment par Johnny Depp méconnaissable avec sa calvitie avancée, ses lentilles qui lui donnent un regard bleu acier et ses dents pourries. Il est inspiré, sobre, méchant, dangereux, dans son rôle de criminel le plus violent de l’histoire de Boston. Il apparait également comme un bon père de famille durement éprouvé par la mort de son fils, et comme un mari drôlement inquiétant. Le mot Oscar a déjà été prononcé.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 novembre.

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24/11/2015

Grand écran: "Francofonia, le Louvre sous l'Occupation". Mélancolique, poétique et plein d'enseignements

francofonia[1].jpgNous sommes en 1940. Paris est occupé et les musées, plus précisément le Louve menacés par les bombardements. Mais que ferait la Ville Lumière sans son joyau, ses chefs d'œuvre et ses prestigieuses collections?

Forcés de collaborer, deux ennemis éclairés s’allient pour les  préserver.  Il s’agit du conservateur de la célèbre maison Jacques Jaujard (Louis-Do de Lencquesaing) et de son homologue nazi le comte Franz Wolff-Metternich (Benjamin Utzerath), nommé à la tête de la commission allemande pour la protection des oeuvres d’art en France. Il réussira à éviter que ces représentants uniques du patrimoine hexagonal, cachés en grande partie dans des châteaux, soient envoyées à Berlin.

A travers cette collaboration, Alexandre Sokourov, auteur de L’Arche russe, virtuose plan séquence de 96 minutes sur un autre musée prestigieux, l’Ermitage de Saint-Petersbourg, explore les rapports entre l’art et le pouvoir, l’art et l’homme, l’art et la civilisation. Livrant au fil d’une méditation humaniste et passionnée, une histoire méconnue assortie d’un portrait très personnel du Louvre.

Le film commence au présent, Sokourov communiquant par skype avec le capitaine d’un cargo en pleine tempête qui transporte des œuvres du coup en péril. Des captations contemporaines symboliques entrecoupant par la suite la narration du cinéaste, évoquant en voix off par le biais d’images d’archives, l’art et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en France et en Russie. 

Tout en s’attardant sur d’inestimables toiles, Sokourov mélange les époques, laissant audacieusement des bombardiers allemands avions survoler la pyramide du Louvre inaugurée en 1989 et faisant se rencontrer Napoléon et Marianne. Cette dernière, effrayée, affirme que les musées sont les marqueurs de l’identité d’une nation et des victimes collatérales des conflits armés.

Avec cette déclaration d’amour au Louvre, Sokourov défend et réaffirme avec force, sinon exaltation, la place centrale des musées en Europe. C’est un essai en forme de conte mélancolique, lyrique, poétique, non dénué d'humour. Certes parfois brouillon, oscillant entre reconstitution et documentaire, il n’en est pas moins souvent bouleversant et plein d’enseignements. 

On est par exemple à des années-lumière de Monuments Men, où sept hommes s’étaient lancés avec leurs gros sabots et sous la direction de George Clooney, dans une course contre la montre en 1945, pour restituer à leurs propriétaires les trésors volés par les nazis. Même si certains font un peu la fine bouche, jugeant par exemple que Sokourov s’est… emmêlé les pinceaux dans son entreprise.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 novembre.

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Grand écran: "21 nuits avec Pattie", Karin Viard s'éclate en racontant ses histoires de cul...

098620.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgComédie, drame, fantaisie, sensualité, folie, un zeste de scabreux, d’onirisme, de fantastique, de surréalisme, voici les ingrédients savoureux de 21 nuits avec Pattie, le dernier film des frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu. Adoptant un point de vue féminin, une première, avec deux héroïnes en tête d’affiche, ils s’éclatent en nous invitant après Les derniers jours du monde et L’amour est un crime parfait, à visiter leur univers si particulier. Pour un hymne à la liberté, à la jouissance, au plaisir. Avec des mots et, c'est beaucoup plus érotique, sans scène de sexe. 

Parisienne et mère de famille, Caroline (Isabelle Carrré) débarque dans un petit village du sud de la France, ou elle n’a pas l’intention de s’attarder. Elle est juste venue pour l’enterrement d’isabelle, sa mère qu’elle voyait très peu, mettre en vente sa superbe maison et retourner très vite à ses affaires. Objectif aussitôt contrarié.

Tandis qu’elle découvre effarée des ouvriers se baignant tout nus dans la piscine, Caroline rencontre Pattie (Karin Viard), une femme de ménage pour le moins singulière. Elle s'avoue très pudique avec les filles mais adore raconter, le plus crument possible, ses expériences de cul avec tous les frappadingues du coin, qu’elle se vante d’attirer comme des mouches. A l’image du lubrique et incompréhensible idiot du village (Denis Lavant).

Sur ces entrefaites, le corps d’Isabelle disparaît mystérieusement. Pour le gendarme à peine moins louftingue que les autres habitants de la commune, il s’agit sans doute d’un nécrophile. Hypothèse immédiatement retenue par Jean (André Dussolier), un écrivain louche se prétendant l’ami de la défunte et qui ne serait autre que le célèbre Le Clézio. Voilà qui a dû beaucoup amuser le vrai! D’autant plus que Karin Viard alias Pattie, tombée amoureuse du curieux, (monstrueux ?)  personnage, lui trouve la bite aussi élégante que le reste de sa personne…

L’histoire qui a quand même tendance à se déliter un chouïa au bout d’une heure, est en fait surtout celle de cette Méridionale exubérante et voluptueuse que les frères Larrieu dotent avec délectation d’une libido hors du commun. Du moins en paroles. Car plus elle en dit moins elle en montre. Reste que l'idée est loin de déplaire à Karin Viard qui, comme dans Lolo de Julie Delpy, se complaît visiblement en prétendue nymphomane au vocabulaire salace.

Contraste total avec Isabelle Carré, cantonnée elle depuis quelques films au rôle de jolie quadra blonde à la fois désemparée, délicate, cruche et solaire. Et en l’occurrence pudibonde, coincée, bref pas du tout portée sur le sexe. Mis elle finira par s'épanouir pour réserver une surprise de taille à son mari, Sergi  Lopez, auteur de quelques apparitions. On vous laisse la découvrir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 novembre.

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23/11/2015

Grand écran: "Les cowboys", quête enragée d'un père qui raconte le monde

Les-Cowboys-image01[1].jpgFan de culture country, Alain (François Damiens, photo) est l'un des piliers d'une communauté du genre dans l'est de la France. Lors d'un rassemblement, il danse avec Kelly, sa fille chérie de 16 ans, sous le regard attendri de sa femme et de son fils Kid. Peu après, tous trois s'aperçoivent soudain qu'elle a disparu.

Dès lors, Alain se lance à sa recherche, parcourant le monde, sacrifiant tout, sa vie de famille, la jeunesse de son fils qu'il embarque dans sa quête éperdue, enragée, obsessionnelle. On découvrira à la fois la conversion de Kelly à l'Islam radical par amour, l’impossibilité pour son père d’accepter de vivre sans elle et de s’adapter aux autres.

Les cowboys, qui résonne douloureusement face aux tragiques attentats du 13 novembre à Paris, débute en 1994 et se termine en 2005 est le premier long-métrage de Thomas Bidegain, scénariste attitré de Jacques Audiard pour qui il a notamment écrit Un prophète Grand Prix du jury à Cannes en 2009 et Dheepan, Palme d’or en mai dernier. Une fresque ambitieuse doublée d’un grand drame familial.

De passage à Genève peu après le festival cannois, Thomas Bidegain, sélectionné à la Quinzaine des réalidsateurs, nous expliquait la genèse de ce western moderne, où les protagonistes sont projetés dans le fracas du monde: "J'ai été rattrapé par l'actualité mais j'ai commencé à écrire il y a quatre ans. L'idée m'est venue petit à petit. J'avais entendu parler de ces communautés country dont les membres pensent qu'ils sont des cowboys et les musulmans des Indiens". En l’occurrence les kidnappeurs intégristes de Kelly sont les Indiens, les ennemis à abattre.
 
maxresdefault[1].jpgL’auteur (photo ci-contre) souhaitait ainsi évoquer les disparitions, le djihad. "Le film se situe à trois niveaux: une famille effondrée qui se délite, une fille qui l’a quittée et la façon dont son départ l’affecte ainsi que toute la communauté de ces cowboys du dimanche et l'histoire d'Al Qaïda, rythmée par les attentats à travers la planète. A commencer évidemment par la rupture essentielle qu’a représentée l’attaque des tours jumelles à New York. Puis celles de Madrid, de Londres".
 
Bien que tournant autour de la radicalisation et du terrorisme, Les cowboys rappelle la traque inlassable dans La prisonnière du désert de John Ford, ici représentée par Kelly. "J'ai repris ce canevas pour parler d'aujourd'hui. Le western donne l'état de la nation aux Etats-Unis. J'avais envie d'un état de la nation. A travers la quête dramatique d’un père, et celle d’un fils qui suit son père pour ne pas le perdre, je veux raconter le monde où une nouvelle étape a été franchie dans l'horreur, et la façon dont on va être forcé de voir les choses autrement". Thomas Bidegain ne se doutait pas alors à quel point la terrible actualité parisienne lui donnerait raison.
 
La réussite de cet opus qu’il s’agisse de la mise en scène, de l’écriture, de l’image, des décors, tient aussi bien sûr à ses interprètes, dont Finnegan Oldfield dans le rôle du fils, John C. Reilly dans celui d’un intermédiaire américain et surtout le principal, François Damiens, magnifique et impressionnant.

Stetson vissé sur le crâne, il incarne pour la troisième fois après Suzanne et Gare du Nord un père à la recherche de sa fille. "J'ai vu des choses chez lui que d'autres ne possèdent pas", remarque Thomas Bidegain. "C'est un comédien formidable, doté d'une présence très physique, d'une autorité, d'une beauté virile. J'en fais un personnage peu sympathique à qui il fallait apporter une humanité pour qu'il reste touchant".

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 novembre.

19:19 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |