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07/04/2015

Grand écran: "A Most Violent Year", plongée dans le New York corrompu des années 80

014449.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgLes eighties à New York, une décennie terrifiante. Et davantage encore en cet hiver 1981, où plus d’un million de crimes, des centaines de meurtres et de viols ont été recensés.

C’est dans ce climat délétère qu’évolue Abel Morales, petit patron immigré. Parti de rien, il dirige une affaire de livraison de fuel domestique en pleine expansion et n’est pas loin de pouvoir jouer dans la cour des grands en se taillant une belle place dans le business.

Mais il tient absolument à demeurer honnête. Hélas, son aspiration à devenir riche en gardant les mains propres se heurte à la corruption, la violence et la dépravation du milieu pétrolier de l’époque, menaçant de détruire ce qu’il a patiemment construit.

Manifestement, son succès fait des envieux qui s’acharnent à sa perte. Et les coups peuvent venir de n’importe où, de n’importe qui. L’un après l’autre ses camions sont attaqués, ses cargaisons volées, ses chauffeurs tabassés. Alors Abel s’engage, pour conserver son bien, dans une véritable guerre. Sous le regard désapprobateur de son avocat voyou et de sa femme, fille d‘un truand de Brooklyn, pour qui le mal est une façon de vivre.

Sa famille n’est plus en sécurité dans sa belle maison. De plus un procureur particulièrement zélé le poursuit pour escroqueries et malversations, tandis qu’il n’a que 30 jours pour honorer un gros contrat sous peine d’être totalement ruiné. Le rêve américain tourne au cauchemar. 

Après Margin Call, dernière nuit d’une équipe de traders à Wall Street avant le crash et All Is Lost, où il faisait aussi référence au capitalisme sauvage et destructeur régissant nos sociétés à travers la lutte farouche, pour sa survie,  d’un homme perdu seul en mer,  J.C. Chandor poursuit sur sa lancée avec A Most Violent Year. Tout en évoquant des liens pervers entre le système et le crime, il montre l’influence pernicieuse d‘un mode de vie sur la volonté de dignité de son héros.

Un western urbain

Revisitant l’univers de la pègre newyorkaise d’alors, il livre sur fond d’ambition, de morale, de réussite et de violence, un thriller en forme de western urbain stylé, voire sophistiqué, à la mise en scène sobre et aux décors soignés. Avec clins d’œil aux classiques, de Lumet à Scorsese en passant par Gray ou Friedkin.

Pour interpréter ce polar qui se veut à haute tension en dépit de sa lenteur parfois lancinante, J.C. Chandor a fait appel à Oscar Isaac et Jessica Chastain. Un excellent choix, l'un et l'autre se révélant parfaits. Lui en self-made man latino déterminé à maîtriser son destin en tentant désespérément de rester droit dans ses bottes, elle en sulfureuse fée du logis amoureuse de l'argent et marquée par ses origines...

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 8 avril.

 

 

 

 

 

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31/03/2015

Grand écran: "Un homme idéal", la descente aux enfers d'un imposteur

un-homme-ideal-pierre-niney[1].jpgCésarisé pour avoir enfilé le costume du célèbre couturier dans Yves Saint Laurent, le biopic de Jalil Lespert, Pierre Niney se retrouve dans Un homme idéal, le deuxième long-métrage de Yann Gozlan.

Mathieu Vasseur, 25 ans, déménageur dans la société de son oncle, rêve de devenir un grand écrivain. Mais l’absence de talent de cet homme insignifiant lui vaut logiquement le rejet de tous ses manuscrits.

Et puis un jour, alors qu’il vide l’appartement d’un mort, un ancien d’Algérie, il tombe sur son journal de soldat, un beau texte écrit dans un style magnifique. En mal de célébrité, Mathieu voit immédiatement le profit qu’il peut en tirer. Il s’en empare et signe "son" œuvre sous le nom de "Sable noir". Un titre qu'il n'a même pas réussi à inventer, les mots se trouvant dans les notes du défunt.

Comme prévu les média s’enflamment, c’est la gloire. Dans la foulée Mathieu tombe amoureux d’une jeune fille de la bonne société. Il plaît à ses parents, qui l’invitent dans leur belle propriété. Tout semble lui sourire. Mais son coupable secret devient de plus en plus difficile à préserver. Pressé par son éditeur d’écrire un autre roman pour justifier les confortables avances reçues, menacé par un maître-chanteur, Mathieu aux abois s’engage dans la redoutable spirale du mensonge. C’est la descente aux enfers.

Le thème de l’imposture, de l’usurpation d’identité, a inspiré de nombreux réalisateurs. Mais n’est pas qui veut René Clément (Plein Soleil, référence certes assumée par Gozlan et alors?), ou plus récemment Big Eyes de Tim Burton. Un homme idéal démarre bien, mais trop d’invraisemblances lui font assez rapidement quitter la route.

Dire que certains critiques n’ont pas hésité à évoquer Lost Highway de David Lynch, juste parce qu’une voiture roule à fond la caisse la nuit en ouverture du film… A oublier. Plus ce thriller à prétention psychologique avance, plus les incohérences se multiplient en raison de la faiblesse d’un scénario troué comme un Emmental. Jusqu’à une mise en scène fumeuse de la mort du plagiaire, à laquelle on ne croit pas une seconde.

Dommage de gâcher un bon sujet, certes recuit mais toujours fascinant, pour autant qu’on parvienne à le renouveler au lieu d’en livrer une pâle… copie. Reste la bonne interprétation de Pierre Niney qui, contrairement à son personnage, a déjà trouvé la reconnaissance de ses pairs et du public.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.

 

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Grand écran: "Le journal d'une femme de chambre" revisité par Benoît Jacquot. Avec Léa Seydoux.

Benoit-Jacquot-Journal-dune-femme-de-chambre[1].jpgNous sommes à la charnière des 19e et 20e siècles. Quittant Paris contre son gré pour la province, la jolie Célestine est engagée comme femme de chambre chez des bourgeois normands, les Lanlaire. Où elle doit repousser les avances graveleuses de Monsieur et supporter le caractère exécrable de Madame.

Elle y rencontre aussi Joseph, mutique et mystérieux jardinier-palefrenier qui exerce sur elle une véritable fascination. Elle finira par suivre à Cherbourg cet individu antisémite sadique, qui a fait sa pelote en volant l’argenterie des Lanlaire.

Après Jean Renoir (1946) et Luis Bunuel (1964), il n’est pas étonnant que Benoît Jacquot, poursuivant son exploration des rapports de soumission, se soit lui aussi inspiré du roman subversif d’Octave Mirbeau, pour brosser le portrait d’une soubrette intelligente et insolente, dénonçant la condition de domestiques traités comme des esclaves.

A travers le regard de cette rebelle d’une rare lucidité déterminée à échapper à sa classe, l’auteur décrit un climat social détestable, propice à la vilenie et à la corruption, inévitable pousse au crime et à la haine, où règne la loi du plus fort et qui trouve un écho à celui d’aujourd’hui.

Le-Journal-d-une-femme-de-chambre-Lea-creature-erotique_article_landscape_pm_v8[1].jpgSuite à Paulette Goddard et Jeanne Moreau, c’est une Léa Seydoux à la fois peuple, élégante et subtilement érotisée, qui se glisse dans la peau de la chambrière frondeuse, donnant la réplique à Vincent Lindon.

Contrairement à ses deux illustres prédécesseurs qui ont pris quelques libertés avec le texte de l’anar dreyfusard qu’était Mirbeau, Benoît Jacquot en reste plus près.

Dans l’ensemble il se montre plutôt convainquant avec son adaptation moderne d’un roman en phase avec notre époque, la justesse des rapports entre maîtres et domestiques, dont les femmes, de surcroît exploitées sexuellement. 

On lui reprochera toutefois une qualité de narration fluctuante, avec des flash-back un peu bâclés permettant par exemple à Célestine d’évoquer les riches maisons où elle a servi. Par ailleurs, plutôt fâcheux, la forme du journal donnant de l’importance au récit à la première personne, par la voix off de Léa Seydoux, on ne comprend pratiquement rien à ses apartés.

On regrettera aussi un final abrupt frustrant, dans la mesure où le réalisateur élude la révolte de courte durée de Célestine, qui finit en dominante et mène à son tour sans scrupule ses serviteurs à la baguette.

 Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.

 

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24/03/2015

Grand écran: Will Smith tente de faire "Diversion". Essai non transformé!

DIVERSION-le-film-FOCUS-movie-4-Will-Smith-Margot-Robbie-2015-Go-with-the-Blog[1].jpgAprès le flop du film de SF After Earth, Will Smith tente un retour gagnant grâce à Diversion. Le moins qu’on puisse remarquer, c’est que l’essai n’est pas franchement transformé…

L’opus, qui compte comme principal titre de gloire d’avoir détrôné 50 Shades Of Grey lors de son premier week-end d’exploitation outre-Atlantique, est signé de l’inséparable tandem Glenn Ficarra et John Requa.

Pour l’occasion, l’ex roi de Hollywood se glisse dans la peau de Nicky, prince de l’arnaque. Entouré des meilleurs dans le domaine, logique c’est lui qui les forme, le maestro craque pour l’une de ses recrues, aussi sexy que douée (Margot Robbie, qui donnait la réplique à Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street). Mais il doit s’en séparer à son corps défendant pour rester au top. Eh oui, la blonde bimbo faite au moule le déconcentre un brin. Amour quand tu nous tiens…

Trois ans s’écoulent et les amants (photo) se retrouvent par le plus grand des hasards au GP de Buenos Aires. La débutante donnant plus que jamais dans la femme fatale faussement hitchcockienne, a drôlement pris de la bouteille. Redoutable, elle risque de flanquer en l'air le super plan de Nicky. Toujours aussi fou de la belle, évidemment. 

Moins convaincant et plus surjoué que ce couple de couverture pour magazine people bas de gamme, c’est difficile. Mais son côté toc et clinquant correspond au scénario recuit et à grosses ficelles d’une comédie romantique paresseuse, laborieusement mâtinée d'action et de thriller. 

Se voulant, sans y parvenir, sophistiquée, bourrée d’humour et de suspense, Diversion, loin de le faire en l’occurrence, tente en plus vainement de désarçonner le spectateur à coups fumants d’escroqueries et de manipulations prétendument géniales, mais hautement improbables.

25D7BA4900000578-2960972-Natural_Miss_James_said_she_did_have_to_squeeze_to_within_an_inc-m-16_1424396527657[1].jpgCendrillon façon Branagh

A oublier aussi paraît-il, une énième adaptation de Cendrillon, conte revisité cette fois par Kenneth Branagh qui fait de l'héroïne une princesse en chair et en os. A noter toutefois que cette resucée kitsch avec Cate Blanchett dans le rôle de la méchante belle-mère de l'orpheline au cœur tendre (Lily James révélée par la série Downton Abbey), a enchanté le public américain lors de sa sortie.

Cela n'a pas empêché cette version où le réalisateur  s'autorise quelques libertés par rapport au récit de Charles Perrault, de se voir très rapidement supplantée au box-office par le deuxième chapitre de Divergente: l’insurrection, depuis la semaine dernière sur nos écrans.

Diversion et  Cendrillon à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 mars.

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17/03/2015

Grand écran: "Le Président", un plaidoyer pour la paix et la réconciliation

the-president-makhmalbaf-640x330[1].jpgUn dictateur vieillissant mène son pays à la baguette, vivant avec son indécente famille dans un luxe vulgaire et clinquant, tandis que son peuple croupit dans la misère. Mais lors d’un violent coup d’Etat, il devient l’homme le plus recherché du pays. Fuyant avec son petit-fils de cinq ans, il cherche à rejoindre la mer où doit les attendre un navire.

Leur cavale débute en voiture, puis ils volent une mobylette et terminent leur échappée à pied. Déguisés en musiciens des rues, ils sont forcés de se confronter à la souffrance et à la haine que le président honni a provoquées.Leur cavale débute en voiture, puis ils volent une mobylette et terminent leur échappée à pied. Déguisés en musiciens des rues, ils sont forcés de se confronter à la souffrance et à la haine que le président honni a provoquées.

Exilé depuis longtemps à Londres, le réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf, réinterprète à sa façon, dans  ce conte en forme de comédie dramatique, les révolutions du printemps arabe. Ainsi que les problèmes du passage à la démocratie pour les pays dans lesquels  elles ont éclaté ces dernières années. Tout n’est pas réussi dans cet opus un peu longuet et parfois simpliste dans la manière de raconter la détresse d’une population sous le joug d’un tyran, mais il a le mérite de militer pour la paix et la réconciliation. 

Iranian-filmmaker-Mohsen--001[1].jpg"Le conte est un moyen d’appliquer le film à la réalité. Lorsque c’est abstrait, on peut mieux s’identifier", nous confie le réalisateur (photo) lors d’une récente rencontre à Genève dans le cadre du Festival des droits humains. "J’ai écrit le scénario il y a huit ans,  par rapport au gouvernement d’Afghanistan. Puis je l’ai modifié pour que cela reflète les révolutions".

De nombreux pays ayant refusé qu’il tourne chez eux, c’est en Géorgie, pays fictionnel dans le long-métrage, qu’il est allé planter sa caméra. « il y a une belle énergie du cinéma en Géorgie et on trouve beaucoup de jeunes réalisatrices qui ont fait de très bons films »

-Le Président, condensé de plusieurs représentants  du genre, le shah, Hussein, Khadafi,  démarre comme une farce caricaturale avec ce dirigeant qui veut montrer l’étendue de son pouvoir en faisant allumer et éteindre les lumières de la ville. Pourquoi  ce parti pris ?
 
-Il ne fallait pas que cela débute de façon tragique. Si on rit d’abord, on pleure plus facilement après. Je montre le côté joyeux et ensuite ce n’est que de la tristesse. Au commencement il y a plein de couleurs, du monde, et plus on avance, plus les choses deviennent ternes. Vers la fin, il n’y a plus personne et c’est tout gris. C’est un voyage de beaucoup de choses vers d’autres  choses.

imagesSQ28PZDH.jpg-Le dictateur est voué à une déchéance progressive et à une obligation de rencontrer son peuple. Agissez-vous en moraliste?

-Oui. Je souhaite qu’on puisse envoyer ce film à tous les pays pour que cela réveille les consciences. La plus importante des pertes c’est la moralité. On ne peut pas dire que les présidents soient illettrés ou incapables. Ce qui leur manque c’est la moralité. Et ce qui manque au peuple, c’est la culture.

-Le message que vous délivrez est clair. La violence engendre la violence. Une escalade infinie. Mais peut-il en être autrement ?

-Qu’est-ce qui déclenche cette violence? C’est  de ne pas pardonner. Après la chute d’un régime, les gens se vengent et ceux qui ont été portés au pouvoir s’y accrochent par tous les moyens, quitte  tuer à leur tour.  Et c’est l’engrenage infernal. Il faut apprendre au peuple à pardonner. C’est possibl. Gandhi et Mandela sont arrivés à changer deux pays.

-Vous nous laissez voir les choses à hauteur d’enfant. Est-ce pour augmenter la portée du film ?

-L’une des raisons est que l’enfant joue plusieurs rôles. Par ailleurs, lorsqu’on met un être innocent face à un personnage cruel, la férocité n’en devient que plus visible et cela renforce la dimension humaine. C'est c que je souhaite.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 mars.
 

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Grand écran: Quartz du documentaire, "Electroboy" raconte l'histoire d'un touche-à-tout génial

bild_span12[1].jpgUn homme dans la quarantaine est assis sur une chaise dans une pièce nue aux murs défraîchis. L'air emprunté, malhabile, il raconte sa vie face caméra. Sur un ton détaché, presque indifférent. Comme si son histoire n'avait aucun intérêt. Ou qu'il s'agissait de celle d'un autre.
 
Rien de tel pourtant. Cet homme c'est Florian Burkhardt. Un nom qui ne dira sans doute rien à beaucoup, mais dont le réalisateur suisse Marcel Gisler a choisi de retracer, dans un documentaire mêlé de fiction, le parcours extraordinaire. Celui d’un être fascinant, intriguant, un touche-à tout génial, qui s'est senti différent dès son enfance.
 
Une jolie gueule à la James Dean
 
On découvre en effet un jeune gay sulfureux d'une beauté à la James Dean, décidé à devenir une star. A 20 ans, fuyant une existence étriquée, il s'envole pour Hollywood, suit des cours d'art dramatique. Intime de Kate Winslet et de Leonardo DiCaprio, il tourne dans une série. Il se croit arrivé, mais ses rêves de gloire s'évanouissent. 
 
eboy-gallery[1].jpgFlorian n'en rebondit pas moins. A l'occasion d'un voyage à Milan, sa jolie gueule lui permet de devenir top model pour Gucci et Prada qui se l'arrachent. Dans les années 90, ce promoteur du snowboard en Suisse se passionne également pour le web. Pionnier du net, il travaille pour Migros, Bank Leu, Sunrise. Compositeur de musique électronique, il organise des nuits techno hyper tendances à Zurich, sous le nom d'Electroboy.

Brusquement, la panne

Mais soudain, c’est le coup de frein brutal. Après avoir vécu douze ans à mille à l'heure, Florian Burkhardt craque. Il n'a que 32 ans. En pleine notoriété, cet hyperactif narcissique se retire de la vie publique. Suite à un passage par l'hôpital psychiatrique, il vit aujourd'hui seul avec son chien Hugo à Bochum, en Allemagne, bénéficiant d'une rente d'invalidité pour troubles du comportement et crises d'angoisse. Accro aux médicaments, agoraphobe, il a du mal à sortir de chez lui. 
 
Des névroses dont Marcel Gisler tient à rechercher l'origine en se penchant sur son passé et en interviewant ses proches: Fidji, son improbable agent américain, son père, sa mère, son frère. Dans la deuxième partie, le documentaire vire ainsi au drame psycho-familial, avec résurgence de lourds secrets, un deuil, une jeunesse cloîtrée, son homosexualité, le comportement de parents "incompatibles". A commencer par une mère castratrice et un père psychorigide, pour qui l'orientation de son fils est inconciliable avec sa religion.
 
Avec Electroboy qui vient d’obtenir le Quartz du documentaire suisse, le cinéaste livre, sous forme de confession entre émotion, transparence, respect, drôlerie et impudeur, le portrait passionnant d'un être en souffrance, en manque d'amour et avide de reconnaissance.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 mars.

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11/03/2015

Grand écran: "Selma", la longue marche historique de Martin Luther king

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"La marche n’est pas terminée", lançait Barack Obama samedi dernier dans son discours à Selma, Alabama, où il s’était rendu avec sa femme et ses deux filles, pour  commémorer le 50e anniversaire des grandes marches qui ont contribué à l’adoption, par le Congrès, de la loi garantissant le droit de vote aux minorités.

Le premier président noir des États-Unis a rappelé que plusieurs efforts restaient à faire pour atteindre l’égalité, mais que les choses s’amélioraient.

C’était loin d’être le cas en 1965. Alors que le 15e amendement permet en théorie à tous les Noirs américains de voter depuis 1870, près de 100 ans après certains états du Sud, dont l’Alabama et son gouverneur George Wallace, refusent toujours d’appliquer la loi. Du gâteau pour les petits fonctionnaires locaux, qui en profitent pour humilier ou menacer les citoyens noirs.

Ainsi à Selma, seuls 2% d’entre eux sont inscrits sur les listes électorales. Martin Luther King, auréolé du Nobel de la paix reçu en 1964 à Oslo (c’est par ces images que débute le film), a l’intention de faire plier Lyndon B. Johnson, hôte de la Maison Blanche depuis l’assassinat du président Kennedy, en le contraignant à signer le Voting Rights Act.

Terrible répression policière

Le dimanche 7 mars 1965, en compagnie de collègues pasteurs non-violents, il organise une longue marche entre Selma et Montgomery, la capitale de l’Etat. Les choses tournent au chaos et donnent lieu à une répression policière meurtrière sans précédent sur l’Edmund Pettus Bridge, qui traverse la rivière Alabama.
 
Les images de ce qui fut appelé le "Bloody Sunday" choquent l’Amérique. Pour apaiser les tensions, Johnson intervient auprès du Dr King qui, dans le doute, accepte de faire stopper une deuxième marche au pied du pont au risque de mécontenter ses adeptes. Mais le 25 mars, il ouvre un cortège de quelque 4000 personnes. Ils sont 25.000 à l’arrivée. Le 6 août, le président paraphe le Voting Rights Act. 

Le grand intérêt de Selma de la cinéaste afro-américaine Ava DuVernay, c’est de ne pas se lancer dans le biopic traditionnel et hyper classique. Renonçant à se  pencher sur toute la vie de Martin Luther King, elle a choisi de se concentrer sur cette période-clé de son existence. 

Dans cette optique, tout en évitant l’hagiographie, elle laisse dans l’ombre des aspects de la personnalité du leader charismatique, ne faisant qu’effleurer des sujets tabous comme par exemple ses nombreuses et scabreuses aventures extra-conjugales. Qui lui ont valu un chantage de la part de FBI alors dirigé par le tout-puissant J. Edgar Hoover.

Certains grincent des dents, regrettant un trop grand respect de l’icône. Mais on ne le lui reprochera pas trop. En l’occurrence, le but n’est  pas de mesurer le degré de sainteté du pasteur, mais d’évoquer un homme porté par son incessant combat pour l’égalité raciale, un visionnaire et un fin politicien doublé d’un redoutable négociateur.

images19C245Q7.jpgDonnant libre cours à son sens de la dramaturgie et à sa connaissance du sujet, la réalisatrice a ancré son film dans un passé qui fait écho au présent. Les antagonismes entre communautés noire et blanche demeurant vifs, comme nous l’ont rappelé les récentes émeutes de Ferguson. De ce fait Ava DuVernay livre un drame politique à la fois spectaculaire, poignant, édifiant et instructif. Un pan d’histoire en forme de rappel absolument nécessaire.

Une réussite à laquelle contribuent les comédiens, à commencer par  David Oyelowo (photo), qui enfile avec talent le costume de son impressionnant personnage. A ses côtés, Tom Wilkinson se révèle parfait dans le rôle d'un Johnson au comportement dominateur, à l’image de Tim Roth, dans celui de Wallace, le très agressif gouverneur raciste. On n'en dira pas autant d’Oprah Winfrey, qui ne peut s’empêcher, comme toujours ou presque, de tomber dans la caricature. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

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10/03/2015

Grand écran: "Still Alice", avec Julianne Moore oscarisée pour son rôle de victime d'Alzheimer

NExfzWhlijhrAB_1_b[1].jpgLes mots qui s’envolent, l’intense frustration de les voir mais de ne pouvoir les attraper, la mémoire qui se trouble, les souvenirs qui s’évanouissent, la sensation que le sol se dérobe sous ses pieds, celles de ne pas savoir où elle se trouve, de disparaître en quelque sorte petit à petit sous ses propres yeux.

C’est la tragédie que commence à vivre Alice Howland. Heureusement mariée, mère de trois enfants adultes, professeur de linguistique admirée de ses pairs, cette brillante quinquagénaire apprend qu’elle est atteinte d’un Alzheimer précoce. Comment faire face à cette terrible maladie, qui va évidemment affecter également la vie de toute sa famille?

Pour incarner cette femme, les réalisateurs Richard Glatzer et Wash Westmoreland, qui ont adapté le roman éponyme de Lisa Genova, ont fait appel à Julianne Moore, oscarisée pour le rôle et sacrée meilleure actrice au dernier festival de Cannes pour Maps To The Stars de David Cronenberg.

Un excellent choix. La comédienne, qui s‘est astreinte à de nombreuses recherches se pliant notamment à un test de mémoire avec un neuropsychiatre pour mieux se mettre dans la peau du personnage, se montre très convaincante.

Jouant avec les expressions de son visage, de son regard de plus en plus vide, elle a une façon à la fois sobre et bouleversante d’interpréter les ravages de cette lente et inexorable dégénérescence des neurones. Terrible pour tous ceux qui en sont victimes, mais davantage encore pour une intello dotée d’un langage choisi et d’une grande facilité d’élocution.

La performance de Julianne Moore, de tous les plans, est en fait la raison essentielle, sinon la seule, d’aller voir le film qui ne brille ni par son scénario convenu, ni par sa mise en scène bien plate. On n’est pas non plus subjugué par les partenaires de l'actrice, dont Alec Baldwin, le mari, ainsi que ses trois enfants, Kristen Stewart, Kate Bosworth et Hunter Parrish.  

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

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05/03/2015

Grand écran: "Red Army", l'extraordinaire aventure de "l'invincible armada" du patin soviétique

images[4].jpgCCCP, le sigle gagnant sur des maillots rouges. Avec ses huit médailles d’or olympiques et ses dix-neuf couronnes mondiales, la Red Army qui a transformé le hockey en redoutable arme de propagande, était le symbole du socialisme triomphant, la preuve vivante que le système fonctionnait…

Dans un documentaire passionnant, l’Américain Gabe Polsky, lui-même fervent adepte du palet, nous replonge au temps de la Guerre froide, sur glace et en-dehors, en racontant l’extraordinaire aventure de la célèbre dominatrice des compétitions internationales entre 1976 et 1991.

Le destin de cette dynastie unique dans l’histoire du sport est intimement lié à celui de l’URSS d’alors, mue par une volonté obsessionnelle de puissance et dont l’auteur brosse un portrait très critique, sinon accablant. Comme son pays, la Red Army connaît la grandeur et la décadence, avant d’être secouée par l’éclatement du bloc soviétique.

Dépendante de l’armée, cette véritable machine à gagner sélectionnait les meilleurs au berceau ou presque. Formés à l’esprit d’équipe, ils étaient aussi biberonnés au sacrifice patriotique face au capitalisme. 

RedArmy[1].jpgParlant non sans arrogance face caméra, l’atout maître de Red Army, mettant constamment en parallèle la crosse et le pays, tout en insistant sur les antagonismes Est-Ouest, c’est  l’ancien capitaine légendaire Slava Fetisov (photo). 

Avec ses quatre coéquipiers Alexei Kasatonov, Vladimir Krutov, Sergei Makarov et Igor Larionov, il formait le quintet mythique d’un team adulé à domicile, craint, admiré et respecté par les grands clubs étrangers, à commencer par les Etats-Unis et dont le parcours hors du commun lui a valu sa quasi invincibilité pendant des années. 

A la base du succès, une cohésion sans faille, la primauté de l’intérêt commun sur les exploits individuels, et un jeu particulièrement créatif, tout en vitesse, finesse, légèreté et contrôle, prôné par un entraîneur s'inspirant du Bolchoï et les échecs. Résultat, une suprématie tactique et sportive totale, peaufinée dès 1977 à coups de serrages drastiques de boulons par l’homme du KGB, le terrible coach Viktor Tikhonov.

Ces forçats du patin broyés par l’autorité politique étaient entraînés à la dure dans un camp spécial dédié à une épuisante préparation physique. Ils vivaient en autarcie loin de leurs proches onze mois sur douze, constamment sous surveillance et sous pression psychologique. Un régime draconien qui ne les a pourtant pas empêchés d’aligner les victoires jusqu’à l’effondrement de l’URSS.

RedArmy1[1].jpgVers la fin des années 80, perestroïka oblige, Fetisov manifeste, à l’instar de ses camarades, l’envie d’aller jouer dans les grands clubs américains. Auréolé du statut de héros national il est bientôt condamné comme ennemi politique.

Moscou lui met des bâtons dans les roues mais il tient tête au Kremlin et, malgré les intimidations, les menaces et les violences, finira par jouer aux Etats-Unis. Un exil allant d’abord de pair avec des performances moyennes pour lui et lees autres  génies russes, avant la formation d'un fameux  "Russian Five" au sein du club de Detroit. 

Rentré au pays, Fetisov a pris sa revanche. Ministre des Sports de Poutine entre 2002 et 2008, il est aujourd’hui sénateur et continue à évoluer dans les cercles du pouvoir. Il fut aussi l’un des principaux  artisans des jeux de Sotchi en 2014. 

Allant au-delà du sport, la force du film de Gabe Polsky réside dans des images d’archives saisissantes, des entretiens parfois sidérants de joueurs et autres protagonistes de l’époque, des témoignages émouvants et de brillantes séquences de jeu .Du coup il parle à tout le monde.

Si les mordus de la rondelle prendront leur pied en retrouvant leurs idoles, nul besoin pourtant de connaître le hockey, ses règles et son histoire pour s’intéresser à ce documentaire aussi fascinant qu’instructif. Divertisant de surcroît, il ne manque pas d’ironie.  

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 mars.  

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03/03/2015

Grand écran: "Buoni a nulla"veut nous montrer qu'on a tous un peu de Gianni en nous...

Buoni-a-Nulla-Gianni-Di-Gregorio-foto-film-Bim-664[1].jpgComédie italienne dans l'air du temps portant un regard particulièrement sensible sur le monde, Buoni a nulla (Bons à rien) raconte l'histoire de gens modestes et timorés qui se font sans cesse marcher sur les pieds. A l'instar de Gianni, obligé de rempiler pour trois ans alors qu'il est à deux doigts de la retraite.

Muté de surcroît en banlieue, il se laisse brimer sans réagir par sa directrice et, à l’exception du gentil Marco encore plus vulnérable et pusillanime que lui, par ses collègues. Sans oublier une voisine exécrable ou encore son ex-femme constamment sur son dos et qui transforment son quotidien en petit enfer.

Seule solution, même si ce n'est pas simple, apprendre à se faire respecter. Et le réalisateur Gianni Di Gregorio de pousser son antihéros à la révolte, notamment à travers de voluptueuses gamineries thérapeutiques. Coller du chewing-gum sur une sonnette, traîner sur un passage piétons à rendre fous les automobilistes, taper sur la voiture qui l'empêche chaque jour de rentrer chez lui.

Avec cette satire à la fois absurde, émouvante, drôle, subtilement transgressive de notre société, où il dénonce le chacun pour soi pour exalter l’amitié et la tolérance, l’auteur, qui tient le premier rôle, nous tend une sorte de miroir. Histoire de nous montrer qu’on a tous un peu de Gianni en nous.

220887-thumb-social-play-interv_buoni_a_nulla_2_1[1].jpgOpus en grande partie autobiographique

Récemment de passage à Genève, l'exubérant et  sympathique intéressé acquiesce en riant. Né en 1949, acteur et scénariste passé derrière la caméra sur le tard en 2008 avec Le déjeuner du 15 août, puis en 2011 avec Gianni et les femmes, il nous confie en outre que son troisième film est en grande partie autobiographique.

"Le caractère du personnage et la manière dont il se comporte me ressemblent énormément. Je suis très timide, ce qui explique que j’ai eu de la peine à devenir réalisateur. On doit décider, avoir de l’autorité. Du moment que je n'y arrive pas, j’ai trouvé un système sans autorité".

-Votre personnage est incapable de dire non. Est-ce aussi votre cas ?

-En effet. Mais puis-je changer? J’ai essayé ici d’analyser la chose, de comprendre le problème et de tenter de répondre à la question. Je verrai si le traitement se révèle efficace… En réalité, je pense qu’il n’est pas possible de changer sa personnalité. En revanche, améliorer sa situation en faisant des efforts, oui.

-A l’image de Gianni, les personnes sans défense sont nombreuses.

-C’est vrai. Plus qu’on ne l’imagine. Même si on ne le voit pas toujours parce que beaucoup, ayant honte de leur faiblesse,  font tout pour ne pas le montrer.

-Comme dans vos deux premiers longs-métrages, vous tenez le premier rôle. N’en avez-vous pas assez ?

-Plutôt. Je joue si cela sert le film, mais c’est très fatigant de faire l’acteur, très exigeant. Je ne dois pas boire, pas fumer, éviter les cernes, tenir la forme, rester droit alors que j’ai des douleurs au dos...

-Mais pourquoi persistez-vous? Ne trouvez-vous personne d’autre?

Bien sûr. Je pourrais dénicher beaucoup d'alter ego, mais les producteurs me veulent et n’ont pas le courage de changer. Là pourtant j’ai un peu épuisé le personnage et pour mon prochain film, pas encore clair dans ma tête, je rêve de n’être que réalisateur.

-Une dernière question à propos de l’ignoble voisine de Gianni. J’ai entendu dire que c’était la plus grande avocate du cinéma italien et surtout celle de Marcello Mastroianni.

-Exact. Elle était aussi très amoureuse de Marcello. Selon moi, il y a eu plus, tellement elle en parlait. Mais je n’ai pas de preuve de la chose…

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mars.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 février.

 

  

 

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19:30 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |