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08/03/2016

Grand écran: "Room", l'amour salvateur d'une mère captive au centre d'un thriller psychologique

room[1].jpgUn espace confiné, étouffant, sordide. Entre captivité et évasion, Room, signé de Lenny Abrahamson et adapté du best-seller d’Emma Donoghue, par ailleurs auteur du scénario, raconte l'histoire de Joy "Ma" Newsome. La jeune femme de 24 ans est retenue prisonnière depuis sept ans par "Old Nick" dans une petite chambre avec son fils Jack, 5 ans, né de son viol par son ravisseur.

Pour le garçonnet, tout commence et s’arrête aux murs de cette pièce, le seul endroit qu’il ait jamais connu et dont "Old Nick", rythmant le quotidien de ses redoutables visites perverses, détient l’inaccessible code d’accès.  

Joy s’applique à donner à son fils l'illusion d’un monde normal. Elle joue avec lui, rit, plaisante, lui fait faire de l'exercice, de la lecture, prendre des vitamines, invente une réalité. En même temps elle mijote un plan d’évasion pour lui offrir une chance de découvrir l’extérieur. Lorsque tous deux retrouvent la liberté, ils affrontent une nouvelle épreuve avec la (ré)adaptation à la vraie vie.

Thriller psychologique où on se demande avec angoisse comment les otages vont réussir à s'échapper, Room évoque aussi un amour maternel inconditionnel sans céder, c’est un exploit, à la complaisance, au glauque, au sentimentalisme, au pathos. Se concentrant sur l'humain, le réalisateur irlandais livre un film bouleversant, la caméra passant du regard à la fois candide, émerveillé, rageur de l’enfant à celui de la mère, à la limite de la rupture.  

Des acteurs parfaits

La réussite de ce huis-clos tient également à la performance de ses comédiens. Jacob Tremblay se montre particulièrement convaincant dans le rôle de Jack, tout comme Brie Larson, qui a passé six mois à étudier l'impact des agressions sexuelles et à lire des témoignages sur les prisonniers en isolement. Elle est parfaite en jeune femme sous contrôle, à bout, terrorisée mais prête à risquer le pire pour tromper la vigilance de son ravisseur-violeur. Elle a logiquement raflé l’Oscar de la meilleure actrice après avoir décroché un Golden Globe, et un BAFTA décerné par le cinéma britannique

Pour mémoire, Emma Donoghue a écrit son roman après avoir entendu parler de Felix, 5 ans, dans l'affaire Fritzl: Elisabeth Fitzl a été emprisonnée dans un sous-sol en Autriche pendant 24 ans, violée par son père qui lui a fait sept enfants.

Poursuivant ses recherches, l’auteure a découvert l’histoire de Jaycee Lee Dugard, enlevée sous les yeux de son beau-père en 1991. Séquestrée par un couple pendant dix-huit ans dans un cabanon de jardin derrière la maison, elle a été violée par son kidnappeur et donné naissance à deux filles à 14 et à 17 ans. Le film s'inspire enfin de l'affaire Natascha Kampusch, détenue pendant huit ans.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 9 mars.

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Grand écran: "The Assassin", un délice esthétique pimenté d'énigmatiques complots...

THE-ASSASSIN-premiere-affiche-pour-le-nouveau-Hou-Hsiao-Hsien-46992[1].jpgAuteur taïwanais majeur, Hou Hsiao-Hsien revient après huit ans d’absence avec The Assassin, qui se déroule dans la Chine du IXe siècle.

Eduquée par une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux, Yinniang (la superbe Shu Qi, photo) est devenue une redoutable justicière dont la mission est d’éliminer les tyrans.

Mais, ange de la mort vénéneux, elle est torturée entre le devoir de tuer son cousin, gouverneur dissident de la province militaire de Weibo qui défie ouvertement l’empereur, et les sentiments qu’elle a eus pour celui qui lui fut un temps promis.

HHH nourrit cette trame principale de plusieurs intrigues secondaires, peuplées de personnages fomentant d’énigmatiques complots auxquelles on ne comprend pas tout. Un euphémisme… Mais peu importe. L’essentiel est de se laisser bercer par cet opus contemplatif, hypnotique, entre amour et raison d’Etat, pimenté par de magnifiques et virtuoses scènes de combats au sabre.

Un pur délice esthétique discrètement évocateur des rapports de Taïwan et de la Chine et qui, grâce au soin apporté aux décors, aux costumes, à l’image vous emporte par sa grâce, son élégance et sa splendeur. Plus beau film de la compétition, il avait décroché le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 mars.

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Grand écran: "Much Loved" montre le quotidien de guerrières du sexe tarifé au Maroc

muchloved[1].jpgNoha, Randa, Soukaina et Hlima sont des prostituées opérant à Marrakech. Trois viennent de la ville, une de la campagne. Dynamiques, et complices, dignes et libres, elles cherchent à profiter des retombées touristiques sur lesquelles repose l‘économie marocaine.
 
Surmontant au quotidien la violence morale et physique d’une société hypocrite qui les utilise tout en les condamnant, le mépris sinon le rejet de proches qu’elles font cependant vivre, elles sont en quelque sorte le «pétrole» du Maroc, comme le remarque ironiquement Noha.
 
A travers le portrait de ce quatuor de guerrières subissant les humiliations et la domination des hommes, Nabil Ayouch opère une plongée sans concession ni complaisance, évitant tout moralisme, voyeurisme ou misérabilisme, dans le monde glauque du sexe tarifé de la drogue et de l’alcool.  
 
Sur fond de rapport ambigu entre les prostituées et l’Etat, le réalisateur franco-marocain évoque les relations entre ses protagonistes et leurs clients, principalement de riches Saoudiens et des Européens. Détaillant  leur travail jusque dans des scènes de sexe assez crues, il les montre aussi brièvement dans leur existence privée, familiale, amoureuse.

Le film marie fiction et documentaire 
 
Cette chronique forte, pleine d’empathie, de respect et d’humanité, très engagée dans la défense et l’illustration d’une frange de la population exploitée, marie finement la fiction et le documentaire. Oscillant entre le portrait de groupe, le drame social, l’étude de mœurs et le film politique tout en gardant un côté romanesque, elle est de surcroît portée par quatre excellentes comédiennes.
 
Par leur tempérament volcanique, leur énergie, leur courage et leur justesse, elles rendent hommage à ces femmes violées, violentées, avilies mais loin d’être abattues, puisant notamment leur force dans la solidarité et la tendresse qu’elles se manifestent. Ce qui, au milieu d’une réalité dure et sordide, donne lieu à la douceur bienvenue de séquences émouvantes, mélancoliques et tragi-comiques.   
 
Alors que Much Loved qui n’a pourtant rien de scandaleux ou de graveleux a été interdit au Maroc, son actrice principale Loubna Abidar a été contrainte de quitter son pays quelques jours après une violente agression à Casablanca. "Les femmes libres dérangent" a-t-elle dit dans une interview au quotidien Le Monde. Mais elle ne compte pas se taire et va écrire un livre sur le film.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 mars.

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01/03/2016

Grand écran: "Tempête", un drame social émouvant entre documentaire et fiction

tempete[1].jpgA 36 ans, Dom, marin pêcheur, a passé la majeure partie de sa vie en mer, sacrifiant son mariage à sa passion pour son dur métier. Il n’en a pas moins la garde de sa fille adoptive Mailys, jeune rebelle têtue, agressive, mal dans sa peau, avide d’affection, et de son fils Mattéo, un garçon qu’il souhaite voir suivre ses traces et avec lequel il entretient une relation complice.

Quoi qu’il en soit, Dom fait tout ce qu’il peut pour être un bon père, avec toutefois une tendance à se comporter en grand frère. Surtout quand il rentre à la maison, où tous les trois font joyeusement la fête en fumant des pétards. Reste que les adolescents sont livrés à eux-mêmes pendant ses longues absences. Alors quand Mailys tombe enceinte, Dom se rend compte qu’il doit choisir entre sa famille et le grand large.

Pour se rapprocher de ses enfants, ce travailleur qui peine à boucler les fins de mois, veut acheter un bateau pour être son propre patron. Il se retrouve sur les bancs d’école pour apprendre à le devenir et à monter son affaire. Un rêve qui se heurte à la difficile réalité.

Tempête, un titre emblématique de celles que Dom essuie régulièrement en mer mais qu’il maîtrise et celles, plus complexes qu’il doit affronter à terre. Opiniâtre dans sa quête de solution pour s’en sortir, il se révèle maladroit dans sa volonté de trouver ce qu’il y a de mieux pour sa progéniture, particulièrement pour Mailys, qui repousse rageusement ses tentatives.

Rappelant à la fois Ken Loach et les frères Dardenne avec ce film émouvant où il évoque un drame social au sein d’une classe ouvrière en détresse, obligée de se livrer à d’âpres luttes ordinaires pour subsister, le réalisateur Samuel Collardey nous immerge dans le réel. Et ceci d’autant plus qu’il a non seulement fait appel à des non professionnels, mais que le protagoniste principal, Dominique Laborne, joue sa propre vie à peine modifiée, aux côtés de ses deux enfants. 

Son rôle dans cet opus entre documentaire et fiction a valu à cet homme combatif, beau gosse naturellement charismatique, un prix d’interprétation dans la section Orizzonti de la dernière Mostra de Venise .

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mars

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Grand écran: "Saint Amour", un bon cru généreux avec Depardieu, Poelvoorde et Lacoste

saint-amour_1_[1].jpgPour leur septième long-métrage, les détonants Benoît Delépine et Gustave Kervern mettent en scène deux héros cabossés par la vie aux relations conflictuelles. D’un côté Jean (Gérard Depardieu), un doux et sympathique colosse venu présenter son magnifique taureau au Salon de l’agriculture. De l’autre son fils Bruno (Benoît Poelvoorde), personnage malheureux et à fleur de peau, qui fait tous les ans la route des vins en… écumant les stands de la grande manifestation parisienne

Mais cette fois, Jean décide de l’emmener parcourir la vraie pour se rapprocher de lui et le convaincre de reprendre la ferme familiale, pour l'instant source de déboires pour Bruno. Et les voici embarqués, en compagnie du jeune et prétentieux chauffeur de taxi Mike (Vincent Lacoste) dans un road-movie alcoolisé, audacieux, original, loufoque, déjanté, où ils feront des rencontres bizarres et finiront par découvrir l’amour.
 
Même si certaines digressions ont un petit goût de piquette, ce Saint Amour est un très bon cru en forme de peinture sociale entre drôlerie, poésie et désenchantement. Tout en faisant l’éloge d’une paysannerie parfois méprisée mais surtout désespérée et aux abois comme l’a encore démontré le rude accueil réservé au président Hollande au Salon, les deux auteurs, moins féroces que d'habitude, révèlent un Depardieu généreux dans son rôle d’ogre attachant. Ainsi qu'un Poelvoorde tout aussi émouvant en fils fragile, désabusé, crevant de solitude.

Irrésistible séducteur d’opérette, Vincent Lacoste se hisse à la hauteur de ces deux fortes personnalités, à l’image de Céline Sallette qui rejoint le trio dans la dernière partie. Mais le plus hilarant dans l'histoire, c’est Michel Houellebecq en loueur déprimé de chambres d’hôtes. Une apparition carrément surréaliste.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mars.

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27/02/2016

Grand écran: "Free to Run" raconte l'épopée de la course à pied. Un documentaire passionnant

FTR-117_454x189_acf_cropped[1].jpgCourir sur l’asphalte ou dans la nature, une aberration, une pratique excentrique et subversive. Difficile d’imaginer de telles sornettes! Et pourtant il y a 50 ans, cette activité naturelle consistant à mettre plus ou moins rapidement un pied devant l’autre était considérée comme douteuse, sinon déviante,

Réservée aux athlètes masculins, elle restait cantonnée à l‘enceinte des stades, avec des règles strictes, rétrogrades et sexistes. Pour les femmes, le droit de courir fut encore plus long à obtenir que le droit de vote en Suisse. On allait jusqu’à prétendre qu'elles risquaient un décrochement de l’utérus…  Du coup, ce n'est qu’en 1984 aux Jeux de Los Angeles qu'elles purent s'aligner sur un marathon. 
 
Depuis lors, les adeptes n'ont cessé de pulluler. Hommes et femmes, champions ou anonymes de tous âges, ils sont des millions à arpenter le bitume de New York Paris, Pékin, Sydney, ou les sentiers des Alpes suisses. Le cinéaste Pierre Morath, ancien coureur et historien du sport raconte, mêlant magnifiques images d’archives aux témoignages de pionniers et de pionnières, à l’image de l’Américaine Kathrine Swizer, cette extraordinaire épopée sportive et politique des années 60 à nos jours.
 
Il revient ainsi sur un acte marginal et militant, devenu au fil du temps une passion universelle, symbole d’une quête de liberté et d’une émancipation féminine, qui a participé au changement de la société dans un monde en pleine mutation.  
 
Un travail en forme de long combat de sept ans pour un documentaire édifiant, émouvant à la hauteur des recherches et des efforts de l'auteur. On écrase une petite larme en voyant Joan Benoit, la première gagnante du marathon déboucher du tunnel pour pénétrer dans le stade. Sans parler des images bouleversantes de la Suissesse Gabriela Andersen-Schiess épuisée, suivie par des médecins pour franchir en titubant la ligne d’arrivée… 
 
Passionnant, Free to Run va bien au-delà du sport. Tout en glorifiant la course libre, Pierre Morath se livre à une vraie réflexion sur son essor planétaire phénoménal, avec tout ce que cela implique de dérive consumériste.
 
ll montre à la fois la façon dont elle est devenue emblématique de l’anti-establishment, mais aussi celle dont elle a paradoxalement recrée une sorte de barrière sociale. Comme il le relève dans divers interviews: quand on courait dans les rues il y a cinquante ans, on était montré du doigt.Maintenant, c’est quand on ne court pas…
 
A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 24 février

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23/02/2016

Grand écran: "Spotlight", la révélation d'un vaste scandale de prêtres pédophiles. Captivant

maxresdefault2[1].jpgEn 2002, le Boston Globe révélait un scandale sans précédent au sein de l’Eglise catholique, dénonçant un réseau de prêtres américains couverts par leur hiérarchie, puis par la police, le pouvoir et les associations catholiques, alors qu’ils s’étaient rendus coupables d’abus sexuels sur des mineurs pendant des décennies.

La vaste enquête sur ces pédophiles a été menée par une équipe de la rubrique investigation du Globe baptisée Spotlight. Une tâche particulièrement délicate et difficile pour les journalistes dans une ville à majorité catholique où tout a été entrepris pour leur mettre des bâtons dans les roues, entre le culte du secret, la loi du silence, les procédures tâtillonnes de l’archidiocèse, une justice sur les pattes de derrière. Sans oublier les pressions de la communauté et une auto-censure médiatique.

Mais plus déterminés que jamais, les reporters ne lâchent pas le morceau. Ils sont aiguillonnés dans leur travail acharné par Marty Brown, un transfuge d’un quotidien de Miami, débarqué comme nouveau boss pour relancer les ventes du journal. Le concours de cet homme de confession juive fera découvrir l’ampleur du désastre à une société horrifiée mais qui jusque-là se bouchait les yeux et les oreilles.

Il aura fallu douze mois aux journallises, on est encore à l’époque où ils pouvaient prendre leur temps, privilégiant la patiente recherche de la vérité au buzz sur le net, pour boucler l’affaire. Cela leur vaudra le prix Pulitzer et provoquera une vague de révélations dans le monde entier. 

Ce thriller captivant et efficace façon Les hommes du président, plaidoyer pour le journalisme d’investigation qui nous laisse pénétrer au sein de la rédaction du Boston Globe pour suivre le boulot des protagonistes, se regarde comme un feuilleton. Il est conduit de bout en bout de main de maître par Tom McCarthy et porté par des comédiens formidables, Liev Schreiber Michael Keaton, Rachel McAdams, Mark Ruffalo. On reste scotché à son fauteuil et on ne voit pas le temps passer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 février.

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Grand écran: avec "Les innocentes", Anne Fontaine raconte un bouleversant drame historique. Interview

Les_Innocentes[1].jpgDans son dernier film, la réalisatrice, scénariste et comédienne Anne Fontaine s’est intéressée à une tragédie datant de décembre 1945 en Pologne, le viol et le meurtre de nonnes par des soldats soviétiques.

Jeune interne de la Croix-Rouge française, chargée de soigner ses compatriotes avant leur rapatriement, Mathilde Beaulieu est appelée au secours par une soeur et découvre, parmi trente Bénédictines vivant coupées du monde, que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans ces circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher. Avec ce que cela implique d’indicible pour la communauté.  

Les innocentes est une histoire authentique, poignante, au rythme contemplatif, sur des images magnifiques de la cheffe opératrice Caroline Champetier. Anne Fontaine la traite avec sobriété et pudeur. Tout en explorant la maternité et  la foi, elle fait se rencontrer deux univers. D’un côté celui, monacal, de ces religieuses attachées aux règles de leur vocation, de l’autre celui, rationaliste, de Mathilde athée et communiste. Se tissent alors des relations complexes aiguisées par le danger latent.

Après avoir suivi une formation accélérée auprès de sages-femmes, Lou de Laâge incarne avec conviction, évitant la compassion facile, cette femme aussi émouvante que courageuse, tout en mesure, retenue et efficacité, aux côtés d’un Vincent Macaigne oubliant pour une fois son côté avachi et agaçant, et qui apporte une note de légèreté bienvenue dans une atmosphère lourde.

Anne+Fontaine+MSfB-a3vVDKm[1].jpgUne première plongée dans la grande Histoire

De passage à Genève Anne Fontaine, cinéaste éclectique, auteur entre autres de Nettoyage à secComment j’ai tué mon père, Nathalie, La fille de Monaco, Coco avant Chanel, Perfect Mothers, Gemma Bovery, nous parle de ce film qui est sa première véritable plongée dans la grande Histoire.

Elle a découvert ce drame grâce au neveu de cette femme médecin, Madeleine Pauliac. Il a gardé des écrits où elle racontait son activité professionnelle de manière laconique et scientifique, jusqu’au moment où elle rencontre ces sœurs. Une sorte de journal de bord pas du tout romancé, dénué de toute dramaturgie, "Il a été travaillé scénaristiquement par Pascal Bonitzer et moi" . 

Le neveu y avait néanmoins vu la source d’un film qui redonnerait vie à sa tante, une vraie héroïne révolutionnaire, morte à 33 ans. "C’est alors que deux producteurs, Eric et Nicolas Altmayer m’ont approchée en pensant que c’était un sujet pour moi. Sans doute par rapport à certaines de mes thématiques, à la transgression, à la désobéissance, à  des personnages féminins hors norme.  Et il est vrai, après avoir enquêté pour vérifier les faits, que j’ai été tout de suite happée par la situation sidérante de ces sœurs".

Vous dites même que le sujet a résonné en vous de façon personnelle. Pourquoi ?

J’ai deux tantes dans les ordres. J’ai reçu une es. j’ai reçu une éducation catholique, j’ai été élevée dans les chants grégoriens  par mon père qui était organiste, ma mère faisait des vitraux, j’ai adopté un enfant-

Vous vous êtes également retirée à deux occasions dans des couvents, de Bénédictines non loin de Paris, pour vous imprégner de l’ambiance et surtout ajuster de l’intérieur la véracité de la vie monastique.

Effectivement. D’abord au monastère de Vanves, où j’ai rencontré la mère supérieure ainsi que le père abbé qui faisait justement une conférence sur la fragilité de la foi. Puis je me suis rendue à l’abbaye de Jouarre, A chaque fois j’y suis restée trois jours. .

Vous avez découvert le côté très particulier de l’existence dans ces communautés, ce monde autarcique coupé du nôtre 

Le rapport à la vie est très différent. Si on trouve des êtres humains qui s’opposent, des tensions, il y a ces rites qui scandent la journée, la prière, le rapport à la foi, celui des des femmes entre elles, le sacrifice de la maternité pour se donner au Christ à vie. J’ai suivi leur rythme de vie, fait un peu de ménage, pelé des légumes.

Ce film est d’une  grande modernité Vous l’avez présenté au  Vatican. Comment a-t-il été reçu ?

L’assemblée de religieux qui l’ont vu se sont reconnus. Un évèque  proche du pape François a parlé de la force de reconnaitre et de voir une  histoires comme celle-ci de la ressortir de l’oubli, Et il a ajouté qu’elle était thérapeutique pour l’Eglise,

"Les Innocentes" résonne aussi aujourd’hui dans la mesure où le viol est utilisé comme une arme de guerre.

C’est affreux à dire mais c’est quelque chose qui est parfois encouragé, de manière tacite évidemment, quasiment dans tous les pays en conflit. Cela a fait réagir beaucoup de gens constatant que les choses n’ont pas beaucoup changé.

Photo-4-Les-Innocentes-e1453824581782[1].jpgDeux mots sur les comédiens qui sont tous excellents. A commencer par Lou de Laâge.  

J’étais partie sur une autre comédienne, mais cela ne s’est pas réalisé. J’ai alors organisé un casting et en voyant Lou de Laâge, je lui ai trouvé, outre son visage très cynégétique, beaucoup de caractère, de détermination, de grâce et de mystère.

Et Vincent Macaigne ?

C’est un acteur atypique, original, inventif. Il a quelque chose de doux et met de la drôlerie et de l’humour. Mais il devait être tenu. Je l’ai stylisé, nettoyé, lui ai fait couper ses cheveux et l’ai obligé à porter un corset sous son uniforme pour qu’il se tienne droit…

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 24 février.

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17/02/2016

Grand écran: "A peine j'ouvre les yeux", portrait d'une jeunesse tunisienne insoumise

a-peine-ouvre-yeux_0[1].jpgNous sommes en été 2010 en Tunisie, quelques mois avant la révolution du Jasmin. Farah, jolie et brillante étudiante de 18 ans, vient de passer son bac avec mention et sa famille la voit déjà entreprendre une carrière de médecin. Ce n’est pas du tout le rêve de Farah, chanteuse dans un groupe de rock engagé qui ne ménage pas ses critiques envers le gouvernement. Elle est aussi secrètement amoureuse du guitariste, son parolier.

Mais, dans cette société liberticide, une fille qui s’échappe de chez elle en cachette, boit des bières avec des potes dans les cafés, rentre seule la nuit et surtout chante avec rage, devant un public galvanisé, des couplets subversifs sur le désespoir des jeunes avides de liberté, s’attire immanquablement la surveillance de la redoutable police du régime. Multipliant du coup les craintes de sa mère, Hayet, qui l’élève seule.

Très protectrice, elle a terriblement peur des dangers menaçant son enfant qui s’oppose constamment à elle et dont l’inconscience face aux interdits la rend folle. Avant de réaliser qu’elle finit par l’étouffer autant que le système. La réalisatrice Leyla Bouzid, fait ainsi subtilement évoluer cette attachante relation mère-fille au fil d’un récit ambitieux.

C’est ainsi qu’à travers l’histoire de l’insoumise Farah, mêlant musique rock électrisante, ferveur politique, émois amoureux pudiques mais sensuels, autant de formes d’émancipation et de résistance, l’auteur se livre à une critique cinglante de la violence faite aux femmes en Tunisie. Brossant en parallèle le portrait d’une génération qui a renversé la dictature de Ben Ali et dont elle se fait la porte-parole.

Ce premier long métrage très prometteur, délivrant un message fort, est porté sinon habité par la magnifique débutante Baya Medhaffar (photo). Elle s’est tellement battue pour décrocher le rôle qu’elle fait totalement corps avec son personnage rebelle et fougueux..

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 février

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16/02/2016

Grand écran: "Hail, Caesar!", plongée jubilatoire dans l'âge d'or hollywoodien

george-clooney-dans-la-bande-annonce-de-hail-caesar-des-freres-cohen_5443071[1].jpgJosh Brolin, George Clooney, Channing Tatum, Ralph Fiennes, Scarlett Johansson, Tilda Swinton, Frances McDormand, un casting cinq étoiles convaincant pour une plongée légère et jubilatoire dans l’âge d’or hollywoodien signée Coen. 

Inspirés par la machine à rêves et son art de l'artifice, les frères nous emmènent dans les coulisses de  la Mecque en compagnie d’Eddie Mannix (Brolin), homme certes providentiel engagé par le grand studio Capitol mais un rien débordé par sa tâche consistant à régler les problèmes des stars, étouffant notamment les scandales dans lesquels elles sont impliquées. 

La journée s’annonce folle pour le boss avec le kidnapping, en plein tournage d’un péplum, de sa vedette principale le candide Baird Whitlock (Clooney) par une bande de scénaristes, sympathisants communistes en colère, qui tentent de le rallier à leur cause. Un épisode parmi d’autres d’une histoire truffée de clins d’œil, de références et d’anecdotes véridiques, les réalisateurs nous baladant  d’un plateau à l’autre pour nous offrir quelques numéros très réussis.

Comme la scène de ballet aquatique, avec Scarlett Johansson sortant de l’onde, celle où Ralph Fiennes, cinéaste britannique, se voit imposer un jeune premier (Alden Ehenreich) étiqueté cow boy, et dont le seul talent est de jouer du lasso. Sans oublier Channing Tatum en excellent danseur de claquettes Tilda Swinton campant d’insupportables jumelles potineuses, ou encore l’apparition (trop brève) de Frances McDormand en monteuse manquant de s’étrangler avec un bout de film…

Bref on s’amuse beaucoup dans Hail, Caesar!, à l’image des comédiens qui, à l’évidence. se font plaisir dans ce fouillis d’intrigues rocambolesques. On reprochera toutefois aux auteurs un scénario plutôt plat, quelques longueurs, un excès de bavardage socio-politique années 50 et une tendance à tourner en rond à la longue. Pas suffisant toutefois pour bouder son plaisir. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 février.
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