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24/10/2017

Grand écran. "Logan Lucky", braquage jouissif sur fond de comédie déjantée et de satire sociale

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalogan.jpgSteven Soderberg, qui s’était reconverti dans la série télévisée The Knick après des adieux prématurés au cinéma il y a quatre ans, revient sur grand écran pour notre plus grand plaisir avec Logan Lucky. Optant pour un changement radical de catégorie sociale, il livre une sorte d’Ocean’s Eleven du plouc, abandonnant les gangsters pros en costume trois pièces et les palaces de Las Vegas pour les péquenauds de Virginie occidentale, fiel électoral de Donald Trump, et les installations d’une piste automobile.

Et c’est là qu’interviennent les deux frères Logan estimant être poursuivis depuis toujours par la malédiction. Comble de malchance, l’aîné Jimmy (Channing Tatum) a non seulement dû mettre un terme à une belle carrière de footballeur suite à une grave blessure au genou provoquant également son licenciement d’un chantier, tandis que son cadet Clyde (Adam Driver ) a perdu une main dans la guerre en Irak.

Voulant pour rune fois conjurer le mauvais sort, les frangins pas trop fute-fute décident de monter le casse du siècle en empochant les recettes de la plus importante course NASCAR de l’année via des tubes pneumatiques souterrains.

Toutefois, pour réussir l’affaire, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffres-forts du pays, Joe Bang. Problème, il faut faire sortir, pendant quelques heures, le criminel qui purge sa peine dans une prison où les détenus sont vêtus de combinaisons à grosses rayures blanches et noires, comme dans les vieilles BD ou rappelant la chemise d’Elvis Presley dans son clip du Jailhouse Rock.

Humanité, empathie et tendresse

Soderbergh prouve évidemment sa science du sujet avec une mise en scène spectaculaire et redoutablement efficace de l’évasion et du braquage, imaginant des situations hilarantes, prônant notamment la débrouillardise dans la composition d’un explosif à base de faux sel, de javel et de nounours en gélatine!

Mais au-delà de s’amuser du folklore des ruraux dans une comédie jouissive, déjantée et haletante à l’humour décalé façon frères Coen, l'auteur évite toute condescendance. Sur fond de satire sociale se moquant du capitalisme, il montre au contraire de l’humanité, de l’empathie voire de la tendresse à l’égard de ces prolos laissés-pour compte, mal-aimés de l’Amérique profonde qui se vengent et dont il brosse le portrait.

Le réalisateur réussit aussi son coup dans le choix des comédiens. A côté des handicapés Channing Tatum et Adam Driver (photo), écoeurés par le système, Daniel Craig le cheveu peroxydé virant au jaunâtre, casse son image de James Bond (il sera de retour dans le prochain) en s’illustrant dans un registre aussi drôle qu’inédit. A noter aussi la jeune et attachante Farrah McKenzie, Katie Holmes jouant l’ex de Tatum ou encore Hilary Swank, trop fugace hélas, en mystérieuse enquêtrice du FBI.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 octobre.

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23/10/2017

Grand écran: dans "L'atelier", Laurent Cantet donne à nouveau la parole aux jeunes

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatelier.jpgLaurent Cantet ne se lasse pas d’explorer la jeunesse française. Dans son dernier film, L'atelier, co-écrit avec son complice de 30 ans Robin Campillo, il reprend les codes d’Entre les murs (Palme d’or 2008) en réunissant une petite troupe multi-ethnique à la scolarité difficile. Durant un été à La Ciotat, elle suit un atelier d’écriture en vue de rédiger et de publier un roman noir. Il est dirigé par Olivia, une auteure connue.

Par le biais de l’art, ce travail vise à susciter le débat, permettant à chacun d’affirmer son identité et ses différences, surtout quand les participants entrent en conflit sur de grandes questions actuelles, terrorisme, radicalisation, chômage galopant, précarité, désindustrialisation à l’instar du chantier naval de La Ciotat fermé depuis 25 ans.

Bientôt pourtant, le film va se focaliser sur Antoine, garçon mutique et en retrait qui aime les armes, tenté par l’extrême-droite et les sensations fortes. Il va rapidement s’opposer au groupe et surtout à Olivia que sa violence inquiète, séduit, fascine.

S’engage alors dans ce film sous tension qui vire au thriller, un duel captivant entre le jeune homme et l’intellectuelle. Magnifiquement interprété par le débutant Mathieu Lucci et Marina Fois (photo), comme  d’ailleurs par tous les autres protagonistes. Excellent directeur d'acteurs, Laurent a en plus passé des mois sur le casting à la recherche de personnalités fortes.. 

"Comment avoir 20 ans dans une société aussi dure?"

Evoquant deux mondes qui se regardent, le réalisateur récemment de passage à Genève, explique avoir décidé, concernant Antoine, de créer un personnage assez inadmissible auquel cependant on s’attache. «Ce n’est pas un méchant mais un paumé qui va vers l’extrême-droite parce que cela pimente un peu sa vie. C’est une grenade dégoupillée avec un fort pouvoir de séduction et une grande intelligence, mais gaspillée».

«Il a dépassé le stade de pouvoir se prendre en main. Il y parviendra par la crise qu’il traverse avec Olivia, qui s’intéresse à lui parce qu’il lui fait peur, nonobstant une certaine attirance sexuelle et une envie de le sauver du pire. Par ailleurs, tout en servant de révélateur à Antoine, elle se remet elle aussi en question en tant que romancière».

Mais le plus important pour Laurent Cantet, au-delà de montrer la puissance de la parole permettant notamment à Antoine de mettre des mots sur son malaise, était de se demander comment avoir 20 ans dans un monde aussi dur socialement, où les jeunes enfermés dans des cases ne sont pas pris en compte, végètent dans de petits boulots avec peu de chance de se réaliser. Comment par ailleurs, vivre dans une société d’une violence aussi inédite. «J’ai commencé à écrire après Charlie et j’ai eu envie d’en rendre compte». 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 octobre.

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17/10/2017

Grand écran: "La belle et la meute", un thriller politique et féministe prenant

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabelle et.jpgUne  fête étudiante est organisée dans un hôtel tunisien du bord de mer. La jolie Mariam au visage rond enfantin, qui vient de troquer sa sage tenue noire pour une robe moulante et décolletée que lui a apportée une amie, s’amuse sur la piste de danse et croise le regard de Youssef. Ils se plaisent, bavardent un moment puis sortent faire une promenade sur la plage.

Changement radical d’ambiance dans le plan suivant, montrant la jeune femme en état de choc, courant dans la rue, hagarde, en larmes. Sa robe est froissée, ses cheveux défaits, son maquillage coule. Elle a été violée par des policiers. Elle veut porter plainte, mais va vivre une longue nuit cauchemardesque pour tenter de le prouver.

Journaliste militant, Youssef tente de l’aider et l’emmène à l’hôpital, mais une réceptionniste méprisante la juge trop sexy et refuse de lui donner le certificat nécessaire. Puis elle se heurte aux dénégations, intimidations, menaces au sein du commissariat de ses agresseurs, où elle se bat farouchement pour le respect de ses droits et de sa dignité. Car ils ne se gênent pas pour la déclarer coupable. Une coupable qui ose réclamer justice alors que la police ajoute au déni de viol, l’outrage aux mœurs.

Adaptation d'une histoire vraie

Luttant contre un système perverti dont elle démonte les rouages, la réalisatrice Kaouther Ben Hania, caméra au poing, signe avec La belle et la meute un singulier thriller politique féministe, en adaptant une histoire vraie qui s’était déroulée post Printemps arabe, en 2012. Et avait fait l’objet d’un livre Coupable d’avoir été violée. Une scène traumatisante laissée hors-champ mais que l'auteure nous fait ressentir plus brutalement en montrant l’angoisse, l’impuissance, la détresse d’une Mariam confrontée aux chiens enragés.

Le danger est croissant dans ce métrage sous tension permanente. Il est filmé en neuf plans séquences constituant une sorte de chemin de croix pour l’héroïne, contrainte de se défendre désormais seule (on l’a cruellement séparée de Youssef), et sur qui le piège se referme à chaque étape. Jusqu’au bout ou presque…

Au-delà d’un instantané critique de la société tunisienne, Kaouther Ben Hania brosse un magnifique portrait de femme dans ce drame (douloureux écho à une actualité brûlante) porté par la formidable et bouleversante Mariam El Ferjani. Elle incarne si bien son personnage qu’on pourrait imaginer la voir vivre sa propre histoire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 octobre.

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Grand écran: "The Square", Palme d'or à Cannes, une satire sociale plutôt pesante

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasquare.jpgCharismatique directeur d’un musée d’art contemporain, écologiste roulant en voiture électrique et soutenant de grandes causes humanitaires, Christian (Claes Bang) est aussi un père divorcé qui aime s’occuper de ses deux filles.

Pour l’heure, il prépare sa prochaine exposition expérimentale intitulée The Square, une installation de quatre mètres sur quatre sur une place de Stockholm encadrant un espace protégé, vision mentale d’un lieu incitant les visiteurs à l’altruisme, à l’égalité, à la bienveillance, à la solidarité, bref leur rappelant leurs devoirs envers leurs prochains.

Jusqu’au jour où Christian se fait voler son portefeuille et son téléphone portable par des pickpockets particulièrement habiles. Un acte qui remet ses valeurs en cause et inspire une réaction peu honorable à l’idéaliste au fond très égoïste, découvrant à ses dépens que la vie est une jungle et qu’on ne peut plus se fier à personne.

Une jungle qu’illustrent deux jeunes communicants travaillant pour le musée et trouvant le concept d’une rare niaiserie. Ils réalisent alors, pour faire le buzz, un clip inhumain sur l’inhumanité du monde à laquelle l’exposition du conservateur naïf, du coup complètement dépassé, voudrait laisser croire qu’on peut échapper.

The Square, satire sociale se voulant à portée philosophique, sombre, cynique, dérangeante, parfois drôle, plutôt lourdingue, est signée du Suédois Ruben Östlund, qui avait beaucoup séduit avec Snow Therapy. On en soulignera certes la belle écriture, la bonne interprétation, la mise en scène virtuose. Sans oublier l’ironie grinçante à l'égard du monde de l'art (le ton est donné d’entrée lors d’une interview burlesque du conservateur par une journaliste américaine), des élites culturelles, de la bonne conscience bobo, du politiquement correct et des nantis.

Cette ironie culmine dans une scène hallucinante lors d’un dîner de gala avec un être monstrueux effrayant le bourgeois. Une performance d'acteur dans la peau d’un homme-chimpanzé qui devient violent et rappelle Les Idiots de Lars Von Trier.

Un fidèle de la Croisette

Dommage pourtant que le réalisateur manque de constance. Après une première partie prometteuse aux allures de farce tragi-comique, The Square, trop démonstratif et répétitif, s’enlise et se délite dans un discours pesant sur la perte de confiance de la société occidentale, au cours d'une intrigue qui traîne en longueur. Voilà qui n’a pas empêché le jury cannois de jouer la surprise en décernant la Palme d’or en mai dernier à ce fidèle de la Croisette, passé par la Quinzaine des réalisateurs et Un certain regard.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 octobre.

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13/10/2017

Grand écran: "La passion Van Gogh" donne vie à l'oeuvre du maître. Une prouesse

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaavvang.jpgLe peintre, son œuvre et sa vie n’ont cessé d’inspirer les cinéastes, de Minnelli à Altman en passant par Pialat et on en oublie. Ils sont aujourd’hui l’objet du premier film d’animation peint à la main, La passion Van Gogh, réalisé par la Polonaise Dorota Kobiela et le Britannique Hugh Welchman. Un couple fasciné par cet homme qui n’a commencé à peindre qu’à 28 ans et qui, mort à 37 ans, a signé quelque 800 toiles et révolutionné l’histoire de l’art en seulement neuf ans.

Tout est parti de l'idée d'un court de sept minutes de Dorota Kobiela il y a sept ans, où elle voulait mêler ses deux passions de peintre et de cinéaste. Un rêve qui a débouché sur un long-métrage à la suite de sa rencontre avec le producteur Hugh Welchman, devenu son mari. Leur pari osé mais formidablement réussi: donner vie aux tableaux et à leurs personnages.

C’est ainsi que 120 toiles du maître se mettent en mouvement sur grand écran pour retracer ses dix dernières semaines, dans ce film entièrement animé à la manière du grand Vincent. Plus précisément chacun des 62.450 plans a d’abord été tourné avec de vrais acteurs puis repeint à l'huile et à la main. C’est impressionnant. Un travail de titan pour un choc esthétique, une prouesse technique aussi inédite qu’extraordinaire. Alors que cinq cents artistes venus de vingt pays ont été auditionnés, une centaine d’entre eux ont été retenus pour participer à ce projet fou, exaltant.

Entre fiction et faits historiques, le film, dont l’intrigue repose sur plus de 800 lettres de Van Gogh à ses amis, à sa famille et surtout à son frère Theo, fonctionne donc comme un immense tableau mais est également une enquête. Il commence un an après la  mort de Vincent, le 29 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise où il s'est tranché l'oreille pour mettre ensuite fin à son existence selon la version officielle. 

Enquête sur une fin énigmatique

L’histoire vire au polar avec l’arrivée d’Armand Roulin, le fils de Joseph, facteur d’Arles et meilleur ami du peintre, Il veut savoir si celui-ci s’est réellement suicidé où s’il a été assassiné, une nouvelle thèse américaine faisant état de cette possibilité. Au cours de ses investigations, il va rencontrer les témoins des derniers jours de Vincent, dont le docteur Gachet et sa fille, le père Tanguy, l’aubergiste Ravoux….

De passage à Genève, Hugh Welchman nous parle de cette double volonté de voyager dans  l‘œuvre de Van Gogh en la faisant bouger. Tout en se demandant ce qui avait pu se passer par le biais de l’enquête du jeune détective influencé par les rumeurs au village. «Le film est nourri par ses interrogations et ses doutes sur le côté énigmatique de son décès».

L’auteur souligne également l’intérêt porté à l’homme, dont l'opus brosse le portrait. «C’était un taiseux, qui acceptait d’être tourmenté, d'avoir des problèmes. Il communiquait magnifiquement à travers ses tableaux et ses lettres mais, peu sociable, éprouvait de la difficulté dans ses relations avec ses semblables. Pourtant il aimait les gens. Il avait voulu devenir prêtre».

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 11 octobre.

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10/10/2017

Grand écran: "Detroit", nuit d'horreur à l'Algiers Motel. Kathryn Bigelow implacable

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabigr.jpgAprès Démineurs, évoquant l’addiction à l’adrénaline d’un GI ( qui lui a valu l’Oscar du meilleur réalisateur en 2010), et Zéro Dark Thirty sur la longue traque de Ben Laden par la CIA) Kathryn Bigelow, toujours aussi impressionnante, confronte à nouveau l’Amérique à ses démons. Avec une redoutable immersion au cœur des émeutes qui ont secoué Detroit au cours de l’été 1967.

Des émeutes parrni les plus importantes des Etats-Unis, derrière celles des Draft Riots de New York (1863) et  de Los Angeles (1992. S’étant déroulées sur cinq jours, elles ont causé la mort de 43 personnes et en ont blessé 467 autres.

Detroit, film choral construit en trois parties, marque la troisième collaboration entre l’auteure et le scénariste Mark Boal, ancien journaliste, Après une plongée dans le chaos, avec les tanks de la Garde nationale pénétrant dans le ghetto black transformé en zone de guerre et l’introduction des protagonistes, la réalisatrice se concentre sur la reconstitution d’un épisode particulièrement tragique qui a eu lieu la nuit du 25 juillet.

En compagnie de deux filles blanches de l’Ohio rencontrées par hasard, Larry Reed (Algee Smith), un chanteur noir prometteur dont le spectacle a été annulé en raison de la situation insurrectionnelle, se retrouve à l’Algiers avec ses copains pour faire la bringue. Jusqu’au moment où l’un des fêtards s’amuse à tirer avec un faux pistolet. Alertés par les détonations et croyant à un sniper, des flics débarquent rapidement au motel, font évacuer les clients, sauf la joyeuse bande de noceurs.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadetroit.jpgEmmenés par le jeune Krauss (Will Poulter parfait dans le rôle ingrat de ce raciste fou de la gâchette contaminé par le virus de la haine, révulsé à la simple idée d’une relation mixte), ils vont, pendant des heures, rechercher un coupable et une arme. Sans les trouver. Dans le même temps, bafouant toute procédure, faisant preuve d’une rare cruauté physique et psychologique, ils violentent et torturent les «suspects», à majorité black, pour leur extorquer des aveux, finissant par en tuer trois à bout portant.

Un gardien de sécurité en uniforme (John Boyega) tente de s’interposer, mais il est noir et ne pourra pas faire grand-chose pour éviter le pire face à ces chiens enragés. Tout comme des soldats postés à l’extérieur, s’illustrant par leur lâcheté.

Folie raciste et dérapages meurtriers

Avec un remarquable souci d’authenticité, de justesse, de précision, de réalisme frisant parfois l’excès, Kathryn Bigelow animée d’un intense sentiment d’injustice et de rage, s’attarde longuement sur cette nuit d’horreur, infernale. Pour en montrer, dans les moindres détails et jusqu’à l’insoutenable, la folie raciste, les pulsions criminelles incontrôlées, les dérapages meurtriers.

Mêlant le documentaire au thriller pour virer au huis-clos anxyogène, étouffant, sous haute tension, Detroit, métrage coup de poing à la mise en scène virtuose est le portrait implacable d’une société alors minée par un racisme institutionnel. Mais faisant écho à l’actualité 50 ans plus tard, à l’heure où s’affrontent suprémacistes blancs et militants antiracisme. Un film cru, brutal, sans l’ambiguïte politique des deux précédents, allant droit au but, incroyablement puissant dans sa dénonciation. Et qui, dans un dernier acte un peu moins intense mais tout aussi terrible, montrera lors d’un procès que justice n’a pas été rendue aux victimes.

La légitimité de Kathryn Bigelow à traiter un tel sujet a été contestée dans plusieurs articles et tribunes aux Etats-Unis parce qu’elle est blanche. Déclarant dans Variety qu’elle n’était sans doute pas la mieux placée, elle a toutefois remarqué qu’elle "avait pu le faire alors que cette histoire attendait d’être racontée depuis 50 ans". De quoi donner de l'urticaire à Donald Trump...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 octobre.

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04/10/2017

Grand écran: "Le sens de la fête" pour un mariage qui part en vrille...

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasensfete.jpgIncontournable sur le front de la comédie populaire après le triomphe d’Intouchables et le succès de Nos jours heureux, le tandem Eric Toledano et OIivier Nakache (également auteur mais moins heureux de Samba) revient avec Le sens de la fête. Un film choral autour d’un somptueux mariage dans un château du 17e siècle, vu des coulisses, à travers le regard de ceux qui travaillent.

Son organisateur c’est Max (Jean-Pierre Bacri), traiteur depuis trente ans. C’est dire s’il en a vu des mariages… Comme d’habitude, il s’occupe de la logistique supervisant les serveurs, les cuisiniers, la décoration florale l’orchestre, le DJ, le photographe. Comptant sur la discipline et la rigueur de ses troupes pour rendre l’événement inoubliable.

Mais voilà, tout se met à aller de travers pour le malheureux maître de cérémonie, du coup stressé et complètement dépassé par une situation chaotique qu’il ne contrôle plus. Une soirée partie en vrille, un peu à l’image de ce long-métrage qui se veut une métaphore d‘une société en proie au fiasco socio-culturel, mais qui stagne, faute d’inspiration et d'invention dans les dialogues, les gags, les vannes, les gaffes.

A l’exception de quelques moments de grâce, tout est forcé, exagéré, laborieux. Et du coup ça pêche aussi hélas du côté des comédiens. Certes Jean-Pierre Bacri , portant le film, se montre parfois irrésistible, mais toujours aussi irascible et victime de son mal-être, il ne peut s’empêcher de tomber dans sa propre caricature. A l’image de Gilles Lellouche (animateur ringard), Jean-Paul Rouve (photographe bas de plafond bouliique) ou Vincent Macaigne (ex-prof dépressif reconverti en serveur draguant la mariée).

Cela n'empêche pas une partie de la critique française emballée de prédire aux auteurs un nouveau véritable carton et un César à Bacri. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 octobre.

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Grand écran: "Blade Runner 2049", défi bien relevé par Denis Villeneuve. Ryan Gosling est parfait

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarunner.jpgDébarqué dans les salles trente-cinq ans après celui de Ridley Scott, d’abord méprisé aux Etats-Unis puis devenu universellement culte, Blade Runner 2049 était le film de science-fiction le plus attendu de l’année. Entre progrès technologique et dérèglement climatique, il nous emmène pour une nouvelle balade dans un Los Angeles à la fois futuriste et crépusculaire.

En 2049, la société toujours plus rigide et austère, est fragilisée par les  tensions entre les humains et les réplicants dociles traités comme des esclaves. L’officier K (Ryan Gosling), un Blade Runner appartenant à une force d’intervention d’élite, est chargé de trouver et de «retirer» (un euphémisme pour tuer) ceux qui n’obéissent pas aux ordres.

Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de tout changer, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Le seul espoir de K est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner (Harrison Ford qui reprend donc son rôle) disparu depuis des décennies.

Ce deuxième volet est signé du Québécois Denis Villeneuve, (notamment auteur du remarquable Prisoners), mais surtout légitimé à relever le défi par sa magistrale et romanesque incursion dans le genre avec Premier contact (Arrival).

Pour cette délicate cohabitation entre l’homme et la machine, oü il se réapproprie la mythologie du romancier Philip K.Dick, Denis Villeneuve comme Ridley Scott, s’appuie autant sur la splendeur visuelle et technique que sur le ressenti et la réflexion qu'il privilégie à l'action.

Ce qui confère au blockbuster, en dépit du gigantisme des décors et des effets spéciaux, un côté hors norme, auteuriste, contemplatif, subtil, intimiste, métaphysique. Une oeuvre mélancolique, dépressive, voire désespérée, au questionnement existentiel et politique sur l'avenir du monde.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaablade.jpgEt cela à l’image de son protagoniste principal, l’officier K, en quête d’identité, de ses origines, s’interrogeant sur son enfance, incertain de la nature exacte de son existence. Un héros triste et fataliste se raccrochant à la statuette d’un cheval en bois, incarné par un Ryan Gosling si parfait qu’il y a de l’Oscar dans l’air.

Des scènes d'anthologie

Dans une ambiance envoûtante, oppressante, certaines scènes font déjà date. Dont la scène d’amour d’une rare originalité entre K et Joi, son ravissant hologramme sexy fusionné avec une réplicante prostituée. Prétexte à de sidérantes synchronisations et désynchronisations.

Ou cette rencontre musclée entre K et Deckard, dans un casino déglingué de Las Vegas, sur fond holographique d’Elvis Presley chantant Can’t Help Falling In Love tandis que Sinatra fait son crooner sous une cloche de verre.

Quasi unanimes des deux côtés de l’Atlantique, les critiques crient au chef d’œuvre, évoquant parfois même sa supériorité sur l’original. Sans aller jusque là, Blade Runner 2049, s'inscrivant bien dans la lignée de son prédécesseur, est une incontestable réussite. On lui reprochera pourtant sa longueur et les lenteurs d’une intrigue à résonance biblico-freudienne parfois inutilement tarabiscotée.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 octobre.

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03/10/2017

Grand écran: Juliette Binoche en quête d'amour chez Claire Denis

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabinoche.jpgQuatre ans après Les salauds, Claire Denis se penche avec tendresse, malice et cruauté sur les affres d’Isabelle dans Un beau soleil intérieur. Une comédie librement adaptée de Fragments d’un discours amoureux du philosophe français Roland Barthes et un scénario co-écrit avec Christine Angot, qui signe également les dialogues.

 Artiste peintre divorcée, mère d’une petite fille de dix ans, une très séduisante quinquagénaire un peu perdue veut profiter de  la seconde partie de sa vie. Comme une adolescente, Isabelle est persuadée que l’amour, le vrai, l’absolu, existe et le cherche désespérément. Mais la communication passe mal avec l’élu potentiel, ses liaisons sont chaotiques et elle va de déception en déception.

Tocards, médiocres et cons

Passant d’un amant à l’autre, elle ne tombe que sur des hommes plus ou moins veules et ridicules, petits salauds tocards médiocres et cons. A l’image d’un  banquier marié d’une rare goujaterie qui ne quittera pas sa femme et qui débarque fleurs à la main avec juste « une folle envie de la niquer » (elle lui demande d’ailleurs de jouir vite), d’un galeriste méprisant, d’un acteur torturé, d’un ex-mec manipulateur. Sans oublier le voisin falot et empressé qui, sans illusions, tente platement sa chance à la poissonnerie du coin.

Une liste non exhaustive des expériences auxquelles se livre une Juliette Binoche que tous poursuivent. Ce qui n’a rien d’étonnant. Elle n’a jamais été aussi belle, rayonnante, sexy, dans ce film de femmes où les hommes, de Xavier Beauvois à Nicolas Duvauchelle en passant par Bruno Podalydès et Philippe Katerine, n’ont décidément pas le beau rôle. En revanche, ils sont tous excellents, se prêtant gracieusement au portrait rosse que fait d’eux une Claire Denis déconcertante dont le cinéma évolue là vers une forme de légèreté plutôt surprenante. 

 Gérard Depardieu irrésistible

La réussite d’Un beau soleil intérieur tient également au texte de Christine Angot. La romancière prend apparemment un malin plaisir à multiplier  les clichés du moment, les lieux communs, les platitudes, les poncifs, les phrases toutes faites au service d’une psychologie de bazar. Une œuvre singulière, d’une drôlerie vacharde qui s’achève avec une scène où Isabelle va consulter un radiesthésiste. Un face à face d’anthologie où le grand et doux Gérard Depardieu se montre irrésistible, alignant les banalités dans l’air du temps et jouant les messies en  en lui annonçant la venue d’une nouvelle personne...

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 octobre.

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26/09/2017

Grand écran: "Romans d'adultes", l'affranchissement après une saga d'ados plébiscitée

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarachel.jpgEn 2010, on découvrait dans Romans d’ados Xavier, Mélanie, Jordann, Rachel, Thys, Virginie et Aurélie au cours de quatre films plébiscités par le public et la critique. De leurs douze ans à leur majorité, ils racontaient face caméra leurs émotions, leurs questionnements, leurs doutes, leurs peurs, leurs rêves.

Sept ans après cette fresque sociologique sur l’adolescence de Suisse romande symbolisée par les sept jeunes Yverdonnois, on retrouve les cinq premiers cités (Virginie et Aurélie ayant renoncé à poursuivre l’aventure) dans Romans d’adultes. Constitués grâce à un crowdfunding, les deux volumes sont coréalisés par Béatrice et Nasser Bakhti, qui ont suivi leurs héros pendant une année.

Ils ont maintenant  26 ans et, comme l’indique le sous-titre Sur le chemin de l’indépendance, ils ont tous coupé le cordon pour prouver leur capacité à s’assumer, trouver leur voie et mener leur vie à leur façon, en dépit des difficultés rencontrées. Romans d’adultes évoque leurs choix opérant un retour sur leur quotidien, l’évolution de leurs relations familiales, leurs ambitions, leurs amours.

Destins divers

Rachel (photo), alors en échec scolaire, est devenue bibliothécaire, tandis que Mélanie s’investit à fond dans son métier de conseillère professionnelle. Toutes deux établies dans la banlieue yverdonnoise, elles ont chacune mis fin à une tumultueuse relation amoureuse.

Tourmenté par l’absence de son père, Jordann s’est longuement réfugié dans la drogue avant d’intégrer un programme de désintoxication en Valais. Thys, toujours un peu mal dans sa peau, s’est affirmé en faisant son coming out. Il a quitté Yverdon pour Lausanne où il habite avec son compagnon plus âgé, ignorant les remarques que la situation provoque parfois.

De son côté Xavier, angoissé à l’idée de rentrer dans le moule, a renoncé à changer le monde. Il est ingénieur à Vevey où, bien que stressé par son travail, il dit vivre une petite vie tranquille avec sa compagne.

A l’image de Romans d’ados, Romans d’adultes prétend à l'étude sociologique. Force est pourtant de reconnaître que les deux derniers chapitres, certes intéressants, très bien documentés et menés, n’ont pas la puissance, l’intensité, le charme, la fascination, le tragique des quatre premiers. C’est logique, le passage de l’enfance à la maturité se révélant à l’évidence plus prenant, plus bouleversant,plus drôle que l’installation des protagonistes dans l‘âge adulte.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 septembre.

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