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05/03/2018

Grand écran: "Thelma", troublante, intrigante et attachante sorcière féministe

critique-thelma-film-joachim-trier.jpgUn homme traverse un lac gelé avec une petite fille et, ayant atteint une forêt, la vise avec un fusil de chasse… Après le remarquable Oslo 31 août, Back Home tourné en anglais aux Etats-Unis et qui avait été sélectionné en compétition à Cannes en 2015, Joachim Trier s’essaye au cinéma fantastique avec l’intrigant et déroutant Thelma. En nous plongeant d’entrée dans un climat glacial, inquiétant et anxiogène.

Sous contrôle permanent de parents luthériens rigoristes qui scrutent son emploi du temps, Thelma quitte sa province pour aller étudier à l‘université d’Oslo. Fragile, timide et pieuse, elle n’est toutefois pas contre la découverte, l’ouverture aux autres. Sinon plus.

Mais, tandis qu’elle est irrésistiblement et secrètement attirée par une camarade de classe, la jolie Anja, elle est soudain prise de violentes convulsions à la bibliothèque. D’abord perplexes face à ce mal étrange s’apparentant à une crise d’épilepsie que le bon état de santé de la patiente n’explique pas, les médecins n’excluent finalement pas une attirance sexuelle.

L’hypothèse affole Thelma. Ses attaques de plus en plus paroxystiques se multiplient, parallèlement à l’intensité croissante de ses sentiments pour Anja, libérant chez elle de dangereux pouvoirs surnaturels. Sa simple volonté déclenche ainsi l’horreur dans la mesure où elle ne parvient pas à maîtriser ses pulsions.

Elle décide alors de rentrer à la maison où elle est confrontée à de monstrueux et traumatiques souvenirs enfantins. Ils pourraient expliquer ces mystérieuses facultés télékinésiques lui permettant de faire disparaître les êtres qui la dérangent.

Influences assumées pour l’auteur

Dans une mise en scène suggestive un peu maniérée au service d’un scénario un rien tortueux où il fait remonter des images mentales à la surface, Joachim Trier explore d’abord une quête d’émancipation. Puis d’identité à travers une histoire d’amour (qu’il se prive toutefois d’exploiter vraiment) peuplée de visions cauchemardesques. Sous influences assumées, notamment de Brian de Palma (Thelma fait penser de loin à Carrie), il brosse le portrait d’une jeune fille qui cherche à réprimer son désir croissant pour une amie.

La séduisante Eli Harboe enfile avec talent le costume de Thelma dans ce thriller en forme d’allégorie, mâtiné de conte initiatique et d’étude de mœurs. Tentant d’échapper aux interdits et au puritanisme pour assumer son homosexualité, cette attachante sorcière féministe, stigmatisée pour ses penchants amoureux, doit livrer un gros combat pour être elle-même, s‘accepter, s’aimer et aimer les autres.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 mars.

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27/02/2018

Grand écran: "La ch'tite famille", comédie indigente, paresseuse et lourdingue

cin-la_chtite_famille-1-1000x600.jpgQuand on nous raconte que Les Tuche sont la famille préférée des Français et qu’on voit celle de Dany Boon provoquer quasiment l’extase sur les plateaux télé, avant sans doute de cartonner au box-office, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur la curieuse structure neuronale de nos voisins...

Dans ce qui donc pas une suite à Bienvenue chez les Ch’tis, mais où Dany Boon ne se creuse pas trop le ciboulot en confrontant sans originalité la province à la capitale au lieu du nord au sud, on découvre le héros de la chose (évidemment interprété par l'auteur), Valentin D., célèbre et snob designer parisien. Honteux de son milieu prolétaire, il a renié ses origines en prétendant être orphelin.

Avec sa femme Constance, il organise le vernissage de leur rétrospective au Palais de Tokyo, quand débarquent son frère, sa belle-sœur et sa mère, croyant être invitée à la réception pour fêter ses 80 ans. Les mensonges de Valentin sont sur le point de le rattraper. D’autant qu’il perd la mémoire suite à un accident de voiture et que son accent ch’ti effacé resurgit, plus fort que jamais. Gênée, Constance va tenter de le lui faire reperdre…

La ch’tite famille est l’œuvre la plus personnelle de Dany Boon, monté à Paris en revendiquant ses racines et son identité, malgré les avis de certains producteurs qui lui conseillaient plutôt de les oublier. Pourquoi dès lors ne pas exploiter la chose? Sauf qu’une bonne idée ne suffit pas, et de très loin, à faire un bon film.

Tirant tant et plus sur ce fameux accent qui a fait son immense succès il y a dix ans, le réalisateur très peu inspiré propose une comédie indigente, paresseuse et des plus lourdingue. Se voulant un choc de deux univers opposés, elle se résume en réalité à du déjà vu, à de l’attendu et à quelques gags pas drôles, laborieux et répétitifs. Telle cette chaise design à trois pieds qui ne cesse de s’effondre avec son occupant...

Bref, le réalisateur donne dans la grosse ficelle pour comédiens qui en font des tonnes. A l’image de Line Renaud fatigante, de Valérie Bonneton ridicule. Sans oublier le pathétique Pierre Richard se livrant à d’insupportables pantomimes, et allant jusqu’à chanter «Que je t’aime» en ch’ti à sa femme. Un hommage involontaire à Johnny (encore vivant lors du tournage), peut-être diversement apprécié. Ou pas.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande  dès mercredi 28 février.

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Grand écran: "Call Me By Your Name", passion gay sous le soleil d'Italie

1_GztZLH6Ygs0CxwMfyC44Ww.jpegAprès A Bigger Splash (remake raté de La Piscine), le réalisateur italien Luca Guadagnino revient avec Call Me By Your Name, l’histoire d’une brève et intense passion gay qui transformera la vie de ses héros. James Ivory, dont on sent la patte, en a écrit le scénario adapté du roman d’André Aciman,

On est en été 1983. Elio (Timothée Chalamet), 17 ans, rejeton de parents intellos et multilingues, passe des vacances dans la grande demeure familiale des Perlman, sous le chaud soleil de Lombardie. Chaque année un universitaire est accueilli pendant six semaines au sein de cette maison vouée à la culture, pour assister le père d’Elio dans son travail d’archéologue. Là, il s’agit d’Oliver (Armie Hammer), un séduisant Américain de 24 ans.

Elio et Oliver s’attirent irrésistiblement. Une attirance toutefois soumise aux codes d’une époque où il était difficile de vivre ouvertement son homosexualité. Le film montre ainsi l’éveil et la montée du désir chez ces deux êtres, évoquant avec finesse l’approche amoureuse avec ses tentations, ses hésitations, ses frustrations, ses troubles, ses maladresses, ses élans où se mêlent excitation, doutes et contradictions.

Thimothée Chamalet, étoile montante et atout maître

Beau gosse, le sexy Armie Hammer au charisme teinté d’arrogance et de fausse nonchalance se révèle convaincant. Mais c’est le talentueux Timothée Chamalet, qui porte l'oeuvre de bout en bout. Etoile montante que les réalisateurs commencent à s'arracher, il représente l’atout majeur de ce drame sentimental en illustrant à merveille cet état particulier qu’est l’adolescence.

Alors qu'il est également à l'affiche de Lady Bird de Greta Gerwig, dans un second rôle, il a tourné dans A Rainy Day In New York, le dernier Woody Allen. On rappellera à cet égard qu’il le regrette au point d’avoir remis, à l’image de deux autres comédiens, son cachet à trois associations, en soutien à la fille adoptive du réalisateur Dylan Farrow. Comme elle le fait depuis plusieurs années, elle a nouveau accusé son père, le 18 janvier dernier, d’avoir abusé d’elle quand elle avait sept ans.

Pour en revenir à Call Me By Your Name, on salue la subtilité dans le traitement de ce premier amour. Cautionné en outre par des parents particulièrement bienveillants et ouverts, ce qui nous vaut à la fin une scène bouleversante entre le père et le fils. On reprochera pourtant au film un manque de vie autour des deux amants, un côté trop chic et superficiel, une prédilection pour le paraître. Ainsi qu’une certaine prétention se manifestant dans des conservations vides entre les personnages, qui font assaut de citations philosophico-littéraires.

Mais voilà qui n’a pas empêché le métrage de faire sensation à Sundance, un carton partout où il est passé ensuite, Berlin Sydney, Toronto, San Sebastian, Londres. Et d’être considéré comme l’un des grands favoris aux Oscars le 4 mars prochain.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 février.

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20/02/2018

Grand écran: dans "L'insulte", une querelle de rue à Beyrouth finit en procès national

cinema_-_liban_-_linsulte_-_janvier_2018.jpgUne querelle de rue a priori banale, une remarque blessante qui en provoque une autre plus triviale avant que les choses ne s’arrangent la plupart du temps, voilà qui est monnaie courante. Sauf qu’en l’occurrence nous sommes à Beyrouth et que l’altercation implique Toni (Adel Karam) un garagiste libanais chrétien et Yasser un chef de chantier palestinien (Kamel El Bacha, prix d’interprétation à la Mostra) .

Tout part d’une d’une malencontreuse histoire de gouttière qui fuit sur le balcon de Toni, gênant les travaux de rénovation du quartier entrepris par Yasser. Il veut réparer, Toni refuse, Yasser insiste.

Les deux s’énervent, le ton monte et le chrétien finit par insulter le Palestinien avec un "Sharon aurait dû tous vous exterminer". Une référence intolérable au massacre dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila perpétré en 1982 par des milices chrétiennes. Yasser riposte en traitant Toni de "chien sioniste" pour avoir collaboré avec Israël, en lui balançant un coup de poing qui lui fracture deux côtes.

L’affaire dégénère au point que les deux hommes se retrouvent au tribunal, constituant le point de départ d’un procès national, ravivant les séquelles des plaies de la guerre civile qui a déchiré le Liban entre 1875 et 1990 et causé plus de 200 000 victimes

Avec L'insulte, film  de prétoire, genre qui contribue à rendre l'intrigue plus intéressante, le Franco-Libanais Ziad Doueiri veut désinfecter les blessures en ouvrant une voie vers la paix. Et plaide pour le rapprochement entre les deux camps comptables des souffrances endurées et infligées.

La nécessité d’une réconciliation

A travers ses deux protagonistes, il aborde sans manichéisme, sans prendre parti "chacun ayant ses raisons", le thème de la réconciliation dans un pays sans cesse en reconstruction. Selon un critique, il y a avant tout nécessité d’une réconciliation avec soi-même, sans laquelle il n’y en aura pas avec l’autre. « Il faut revenir au passé pour pouvoir en sortir. »

Malgré un traitement conformiste, le réalisateur fait preuve d’originalité en proposant un point de vue féminin et jeune en la personne de l’avocate de Yasser qui se trouve être la fille du conseil de Toni et qui, à l’image de sa génération, milite pour le renoncement à la violence et à la haine. Du coup, Ziad Doueiri, auteur on le rappelle du Baron noir sur Canal + se permet de finir sur une notre optimiste. Son œuvre politique sous tension est nommée à l’Oscar du meilleur film étranger.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 février.

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Grand écran: "Shape Water", variation sexy sur la Belle et la Bête plus prometteuse que convaincante

screen-shot-2017-09-14-at-10-06-09-am.pngFemme de ménage dans un laboratoire gouvernemental américain ultrasecret confiné en sous-sol, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Son morne quotidien bascule lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

On est en pleine guerre froide. Le colonel Strickland, ambitieux, réactionnaire, sadique, (Michael Shannon), débarque avec son étrange prisonnier. Il s’agit d’une créature humanoïde aquatique capturée dans un fleuve d’Amérique du Sud et enfermée dans un caisson. Dotée de pouvoirs extraordinaires, c’est une arme contre les Soviétiques. Mais la façon cruelle dont est traité l’homme-poisson dans cet univers brutal où le sang coule, désole et révolte la douce Elisa (Sally Hawkins excellente) décidée à lui venir en aide.

Moins craintive qu’on pourrait l’imaginer, elle entre rapidement en contact avec l’amphibien certes visqueux, pourvu de branchies, à l’épiderme phosphorescent, mais bien bâti. Elle l’apprivoise et lui donne des œufs à manger. Séduite autant qu’émue et altruiste, elle se lance alors dans une dangereuse opération de de sauvetage, aidée d’un voisin homosexuel et chômeur, une collègue noire et un espion russe.

L’auteur livre ainsi un drôle d’objet cinématographique en forme de conte d’époque baroque surnaturel, plus prometteur que réellement convaincant. Il s’amuse à y multiplier les emprunts et les clins d’œil (Jean-Pierre Jeunet s’estimant volé de bouts de Delicatessen et d’Amélie Poulain l’a plutôt accusé de plagiat), à pasticher les films sur la guerre froide, à rendre hommage au cinéma fantastique, notamment L’étrange créature du lac noir, de Jack Arnold.

A la frontière des genres

Un film donc à la frontière des genres où Guillermo del Toro surfe sur le sexe, le machisme et le racisme. Mais à force de mélanger les films de monstre, les films noirs, d’espionnage, la comédie musicale, la série B, la romance, il propose un scénario tarabiscoté et perd de vue le vrai sujet dans cette variation un rien sexy de la Belle et la Bête. Une bête qu’humanise Doug Jones. 

Au lieu de développer la relation amoureuse aussi insolite que charnelle entre ces deux êtres si dissemblables, l’auteur la réduit à quelques scènes poétiques et émouvantes, la noyant dans des scènes d’action violentes et le suspense larvé. Comme s’il craignait de choquer par sa folle audace consistant à prôner une passion inavouable.  En ce sens, il édulcore la portée de son ode à la différence dans une Amérique qui n’a pas changé en dépit de ses promesses d’alors, son plaidoyer pour l’acceptation de l’autre quel qu’il soit, laissé pour compte, gay, noir, handicapé, voire monstre, emblème définitif.

Reste que l’oeuvre jouit d’une excellente critique des deux côtés de l’Atlantique. Par ailleurs, lauréat du Lion d'Or au Festival de Venise 2017, Shape Water a récolté 2 Golden Globes (ceux du meilleur réalisateur et de la meilleure bande originale) ainsi que 13 nominations aux Oscars. Ceci explique peut-être cela.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 février.

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Grand écran: dans "Jusqu'à la garde", thriller familial, le divorce bascule dans l'horreur.

garde_a.jpgPremier long métrage du Français Xavier Legrand, Jusqu’à la garde est une perle noire coup de poing qui prend aux tripes. Son auteur s’était fait remarquer par un court, Avant que de tout perdre, qui traitait de la violence conjugale. Ici, c’est plus précisément de divorce qu’il s’agit. Celui du couple Besson, Antoine et Miriam (Denis Ménochet et Léa Drucker déjà présents dans le métrage de trente minutes.

Le divorce, un thème en soi banal. Mais l’important réside dans la manière de le traiter. Evitant l’aspect dossier, l'auteur autopsie la séparation en optant carrément pour le thriller psychologico-familial. L’histoire se met véritablement en place après un premier quart d’heure assez déroutant et inhabituel dans le bureau de la juge. Les avocates de chacun des ex en conflit plaident par le menu, quasiment en temps réel (un pari de cinéma audacieux), l’exactitude de leur version respective, en vue d’obtenir la garde de Julien, 11 ans.

Pour le protéger d’Antoine qu’elle accuse de brutalité, Miriam demande la garde exclusive. Mais la magistrate, estimant le père bafoué, décide l’alternance et, en dépit du refus de l’adolescent qui prend le parti de sa mère, l’oblige à passer un week-end sur deux avec lui. La moindre des choses estime l’intéressé, bien décidé à récupérer le bien qu’on lui a volé et à le manipuler.

Le malaise s’installe

Dès lors le gamin devient un otage, un bouclier. Et il suffit qu’il grimpe pour la première fois dans la voiture paternelle, le malaise s’installe, palpable. Sans le moindre sentimentalisme, oscillant entre folie et violence tout en privilégiant une mise en scène austère, sobre, subtile, où il met tour à tour le spectateur à la place de la juge, de l’enfant et de la mère, le talentueux Xavier Legrand nous plonge dans l’ambiance étouffante, angoissante de cette famille qui se déchire et où le pire peut arriver.

Permanente, la tension ne cesse de monter dangereusement entre les personnages exacerbés, au fil d’une intrigue haletante, singulière, efficace, éprouvante, aussi dramatique qu’explosive, basculant dans une horreur à la Shining. Une influence parfaitement assumée par le réalisateur.

La grande réussite de l’œuvre tient également à ses comédiens, tous excellents. l’imposant Denis Ménochet impressionne dans son rôle de père hargneux, possessif, sous pression. on le sent constamment à deux doigts de craquer. Tout comme la bouleversante Léa Drucker, les nerfs à vif, mais dont la force vient de sa détermination farouche à empêcher Antoine de nuire. Et on n’oubliera évidemment pas Thomas Gioria qui devient plutôt qu’il n’incarne le jeune Julien. Une vraie révélation

legrand.jpgVenu du théâtre, Xavier Legrand, 40 ans, admirateur d’Hitchcock, d’Haneke et de Chabrol, a été deux fois primé à la Mostra (meilleure mise en scène et meilleure première œuvre). Jusqu’à la garde s’inscrit dans la continuité de son court métrage Au risque de tout perdre, comme il nous l’explique lors d’une récente rencontre à Genève. « Au départ je voulais faire une trilogie de courts. Et puis je me suis décidé pour un seul long en reliant les deux thématiques de la violence conjugale et du divorce. 

Comment vous y êtes-vous pris ?

Je me suis livré à de nombreuses recherches pendant trois ans. J’ai rencontré , rencontré des avocats, des policiers, des psychologues, une juge aux affaires conjugales, assisté à des groupes de parole pour hommes violents, rencontré des femmes qui m’ont parlé de ce qu’elles ont subi.

Pourquoi avoir choisi le thriller pour raconter l’histoire de ce divorce qui bascule dans l’horreur?

Le genre est Induit par les témoignages des victimes. Mais il est surtout là pour donner une dimension cinématographique, faire éprouver les choses d’une autre manière, sensibiliser le public, le faire participer en jouant avec son intelligence, avec ses nerfs. J’ai toutefois veillé à ne pas tomber dans le spectaculaire.

Votre film montre le combat d’une femme tentant de protéger son enfant en échappant à un mari violent. Pour vous est-ce un acte politique ?

Je me suis basé sur des chiffres terribles. Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon. Alors si le film peut nourrir le débat en apportant une conscience supplémentaire pour la parole des, femmes, j’en serais très heureux.

La justice reste sourde aux appels de la mère. Ne fait-elle pas son travail ?

Elle est humaine. Je ne suis pas là pour dénoncer le travail de la juge. C’est très difficile de trancher. En général, la violence est dirigée vers le conjoint. L’enfant n’est pas en danger, dans la mesure où un mauvais mari peut faire un bon père.

Léa Drucker et Denis Ménochet, qui jouaient déjà dans le court métrage sont à nouveau formidables.

En effet. Denis incarne parfaitement pervers narcissique jaloux, dépressif, détruit, manipulateur prêt à tout, menace permanente pour ses proches qu’il met sans cesse sous tension. Quant à Léa, elle devient véritablement cette femme battue, toujours en alerte, à l’affût du drame qui peut se produire à chaque instant.

Il y a aussi le jeune Thomas Gioria. Une révélation. 

C’est difficile de choisir un enfant. Cela commence par le casting des vrais parents qui sont là pendant le tournage. En l’occurrence la maman de Thomas était prodigieuse. Quant à lui à lui, c’est un acteur né. Il a un vrai talent, un vrai désir de cinéma.

Vous avez dit que le sujet des violences conjugales était clos pour vous. Autre chose en préparation ?

Oui mais cela reste un secret. Pour l‘instant, je vais jouer dan un film d’Emmanuel Hamon, Dans la gueule du requin. Le titre peut changer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 février.

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14/02/2018

Grand écran: "L' Apparition", étonnant thriller théologique avec un grand Vincent Lindon

maxresdefault.jpgSi l’on excepte Superstar, le cinéma de Xavier Giannoli est traversé depuis dix ans par un questionnement sur la croyance, thème qu’il exploite sous divers angles. Dans A l ‘origine, il parlait d’une autoroute qui n’allait nulle part mais à laquelle tout le monde voulait croire. Dans Marguerite, lauréat de quatre Césars, il brosse le portrait émouvant d’une interprète qui chante atrocement faux mais chez laquelle le mari et les proches entretiennent charitablement ou hypocritement l’illusion du contraire.

Il est à nouveau affaire d’aveuglement, d’imposture, de mensonge, de doute, de trouble intime, de révélation, de rapport personnel à la foi du réalisateur dans L’Apparition. Etonnant thriller théologique à passionnante valeur documentaire, il est parti d’un article de presse sur les mystérieuses enquêtes canoniques.

Grand reporter pour un quotidien français rentré de Syrie, Jacques reçoit un jour un coup de téléphone énigmatique du Vatican. Il apprend que dans une petite ville du sud-est de la France, Anna, une novice de 18 ans, affirme avoir vu la Vierge au cours d’une promenade La rumeur a rapidement enflé et l'histoire pris une telle ampleur que des milliers de pèlerins viennent désormais se recueillir sur le lieu des apparitions présumées.

Une enquête journalistico-policière

Jacques se sent bien loin de cet univers. Mais poussé par sa curiosité de journaliste, accepte de rejoindre une commission de spécialistes chargée de faire la lumière sur ces événements surnaturels, car il s’agit de rassembler les preuves nécessaires à l’authentification ou non du miracle. C’est l’un des intérêts majeurs du film qui nous laisse découvrir une démarche longue, rigoureuse, scientifique, secrète, montrant l’extrême prudence de l’Eglise, qui préfère passer à côté d’un phénomène plutôt que d’être victime d’une mystification,

apparition.jpgQuant à Jacques, mandaté par le Vatican, il mène sa propre enquête, quasiment policière, au fil d’une intrigue à suspense qui, tout comme le rôle, a été écrite pour Vincent Lindon.

A son habitude, le comédien se révèle excellent en reporter sceptique, tendu, à la recherche de la vérité, dont les certitudes, révélant des fêlures, vacillent au contact d’Anna. Et vice-versa, En jeune voyante mystique prétendument touchée par la grâce, Galatea Bellugi lui donne «saintement» la réplique.

Tout n’est pourtant pas parfait. Certes l’opus évite la complaisance, le prosélytisme, dénonce l’idolâtrie et l’exploitation commerciale, mais d’une façon trop démonstrative, parfois maladroite et caricaturale. On n’est pas non plus conquis par le twist final qu’on ne vous racontera évidemment pas. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 février.

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Grand écran:Jean Dujardin et Mélanie Laurent se font plaisir dans "Le retour du héros"

jean_dujardin_le_retour_du_heros.jpgAprès le laborieux Un homme à la hauteur, Laurent Tirard s’essaye, à la comédie romantique d’aventure avec Le retour du héros. Ce vaudeville rocambolesque façon de Broca et Rappeneau, qui se déroule à l’époque des guerres napoléoniennes se situe principalement dans un château. Il est porté par Jean Dujardin et Mélanie Laurent qui se font plaisir, s’amusant visiblement de leurs facéties entre salons et jardins.

Femme de tête, Elisabeth est droite, sage, sérieuse. Prétendument courageux, le capitaine Neuville est en réalité un cavaleur lâche et sans scrupules. Ils se détestent et se méprisent. Promis à Pauline, ingénue et petite sœur d’Elisabeth, il est envoyé à la guerre en Autriche et promet de lui écrire. Bon débarras, se dit l’aînée qui n’en croit pas un mot.

Sauf que sans nouvelles, la jeune fiancée dépérit. Pour éviter qu’elle meure de chagrin, Elisabeth se laisse passer pour Neuville et envoie à Pauline des lettres enflammées où elle en fait un héros intrépide aux exploits formidables. Elle va ainsi devenir responsable d'une vaste supercherie lorsque le fourbe capitaine réapparaît, en déserteur toujours aussi pleutre. La vraie confrontation commence alors entre les deux imposteurs piégés par leurs mensonges.

Laurent Tirard offre un divertissement honnête et assez amusant, même s’il tarde à décoller. Surfant sans trop d’imagination sur la manipulation, le quiproquo, la séduction, la trahison, la guerre des sexes, il vaut surtout pour son duo inédit de comédiens.

Jean Dujardin se révèle convaincant dans un rôle écrit sur mesure, tout comme Mélanie Laurent dans une prestation comique peu habituelle. Héroïne moderne et plutôt vacharde pour l’époque, c’est elle qui mène la danse face au couard et pompeux crétin bellâtre noceur, dont l’éclatant habit rouge est très loin de faire le moine.

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 février.

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Grand écran:"Phantom Thread", relation toxique dans un psychodrame vénéneux. Avec Daniel Day-L

deb05f2dc0334105876353271c0e8f9b_bbbf6a70db7d4b3585f72b1ab3c10f17_header.jpegEn se penchant sur l’hypocrisie, l’afftéterie et les névroses de la haute société anglaise, Paul Thomas Anderson retrouve Daniel Day-Lewis dix ans après There Will Be Blood. Le comédien prétendant à un quatrième Oscar pour son rôle dans Phantom Thread par ailleurs nommé à cinq autres statuettes, se glisse dans la peau de Reynolds Woodcock.

Aidé de sa sœur Cyril, maîtresse femme stricte lui servant de mère, ce grand cuturier règne sur le monde de la mode à Londres dans les années 1950, habillant, les stars, les aristocrates et la famille royale. Tous ces mondains nageant dans le luxe raffolent du style Woodcock.

Beau, élégant, intransigeant dans son travail auquel il est totalement dédié, maniaque du contrôle, ce séducteur au quotidien ouaté réglé comme du papier à musique, est aussi un célibataire endurci multipliant les conquêtes. Et puis un jour, dans un restaurant de campagne, il tombe sous le charme d’Alma, une jeune serveuse allemande timide mais très déterminée.

Evinçant rapidement ses éventuelles rivales, l’admiratrice devient la maîtresse, la muse du créateur, mais surtout le déstabilise en chamboulant sa routine millimétrée où pas un fil ne dépasse.

Confirmation d‘une star et révélation féminine

Le charismatique Daniel Day-Lewis est irrésistible dans le rôle de cet homme tyrannique, passionné, capricieux, colérique, exaspérant, apparemment irréprochable et rigide mais dont l’auteur dévoile peu à peu l’ambiguïté aussi confondante que déroutante.

Vickykrieps.jpgLa Luxembourgeoise méconnue Vicky Krieps, révélation trentenaire du film, n’est pas en reste dans le genre retors. Elle se montre particulièrement crédible en jeune femme apparemment modeste, effacée sinon mièvre, mais en réalité prête à tout pour mettre le grappin sur ce Dandy misanthrope.

Paul Thomas Anderson propose une mise en scène raffinée, stylisée, subtile, des images somptueuses pour ce sulfureux drame romanesque sur fond d’étude de mœurs. Entre pudeur et sensualité, froideur et incandescence, le réalisateur fouille l’intimité de ces deux êtres manipulateurs se livrant à un corps à corps psycho-sado-physique. Il explore ainsi les affres de la création, les mystères d’une relation amoureuse toxique, le piège du mariage, au fil d’une intrigue aussi minutieusement élaborée qu’une robe haute couture, où les rapports de force finissent par s’inverser.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 février.

 

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07/02/2018

Grand écran: dans "The 15:17 to Paris", Clint Eastwood traînasse entre patriotisme, bigoterie et morale

the-15-17-.jpgContrairement à l’habitude, il n’y a eu aucune projection de presse pour le dernier Clint Eastwood. Pas de très bon augure en général. Ce qui s’est confirmé lors de la présentation publique de la chose.

Après American Sniper, en 2014, brossant le portrait d’un tireur d’élite assassiné par un vétéran de la guerre en Irak, puis Sully, racontant l’histoire du pilote qui avait posé son avion sur l’Hudson l’année d’après, Clint Eastwood clôt sa trilogie sur l’apologie édifiante des héros ordinaires qui font battre le cœur de l’Amérique avec The 15:17 To Paris.

Le film reproduit l’attaque du Thalys Amsterdam-Paris, le 21 août 2015, par un islamiste. Il sera désarmé et maîtrisé par trois Américains dont deux militaires, Spencer Stone, Anthony Sadler et Alek Skarlatos, à qui le réalisateur a proposé de jouer leur propre rôle. Une excellente idée. Naturels et à l’aise, ils s’en sortent bien, alors qu’ils n’ont pas eu le temps de se préparer pour cette expérience qualifiée de surréaliste, et qu’ils craignaient d’être remerciés et remplacés par des professionnels. .

Un grand flash back

Cela dit, une agression de quelques minutes c’est maigre pour la durée d’un long-métrage, même si elle est minutieusement et spectaculairement reproduite à l’identique dans une fiction au plus près du réel. Utilisant des gens qui ont vécu ce drame y compris la vraie personne blessée par le tueur

Alors pour meubler le scénario après la scène d’ouverture où le terroriste monte à bord, Eastwood a eu recours au flash back. Se basant sur le livre de ses protagonistes qui a cartonné aux Etats-Unis, il revient sur leur parcours  et les événements improbables qui les ont amenés dans ce fameux train.

Enfants de parents divorcés Spencer et Alek ont grandi dans une banlieue californienne et fait connaissance d’Anthony dans leur école religieuse. L’auteur se focalise plus particulièrement sur Spencer Stone (à gauche sur la photo). Lourdaud et objet de moqueries, il rêve depuis l’enfance d’entrer dans l’armée pour sauver des vies et devient, faute d’avoir réussi comme parachutiste, infirmier militaire. Une formation qui se révèlera utile lors de l’attentat

Les héros font du tourisme et des selfies

Même s’ils ont emprunté des voies différentes, les trois hommes ne se perdront jamais de vue jusqu’au voyage qui a fait leur gloire. Mais Clint Eastwood, en panne d'inspiration, traînasse. Avant le tragique épisode, il nous  laisse encore tout loisir de visiter l’Europe, les potes ayant décidé de prendre des vacances, nous emmenant à Lisbonne, Rome, Venise, Berlin et Amsterdam. De longues séquences d’une rare banalité, où le principal intérêt du trio en goguette est de faire des selfies.

On ne peut certes que rendre hommage à ces garçons dont le sang-froid et l’expérience ont permis de justesse, au péril de leur propre vie, d’éviter un massacre. En revanche, on regrette l’absence de vision, de regard du cinéaste. Et surtout l’excès redoutable de patriotisme, de bigoterie, de morale et de pathétisme dans ce film, qui se termine par la remise de la légion d’honneur aux héros du quotidien par le président François Hollande.

Un sommet dans son quiquennat controversé! Car qui n’a pas envie de passer cinq minutes dans un Clint Eastwood, même mineur ?

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 février.

18:50 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it! |