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03/05/2016

Grand écran: "Un homme à la hauteur" (quoique...) avec Virginie Efira et Jean Dujardin

efira.jpgPetit à l’extérieur, grand à l’intérieur, tel est le héros d’ Un homme à la hauteur, où son réalisateur Laurent Tirard met face à face, enfin si l’on peut dire en l’occurrence, la jolie Virginie Efira et Jean Dujardin, raccourci d’un certain nombre de centimètres.

Remake du film argentin Corazon de Leon de Marcos Caenevale sorti en 2014 dans son pays, cette comédie romantique raconte la drôle de rencontre entre Diane, belle et brillante avocate qui vient de quitter son mari et Alexandre, architecte connu, plutôt séduisant, amusant, courtois et sûr de lui qui n’a qu’un défaut: il mesure moins d’un mètre quarante.

Les premiers instants de surprise passés lors d’un rendez-vous rapidement fixé suite à un coup de fil, Alexandre ayant trouvé le portable que Diane avait égaré, le charme, ce qui n’étonnera personne, opère. Et nous voici partis pour la relation amoureuse attendue.

Un homme à la hauteur dont le principal intérêt reste le recours aux effets spéciaux pour donner l’illusion d’un petit Jean Dujardin, ne lésine ni sur les clichés, ni sur les bons sentiments ni sur la facilité. En même temps, le film se veut une sorte d’hymne à la tolérance et à la différence. Du genre, l’amour se moque du regard des autres et ce qui compte ce n’est pas le physique mais le cœur.

Pourquoi pas? Sauf qu’en l’occurrence, c’est surtout le compte en banque! Eh oui Alexandre, à qui on a notamment confié l’extension de l’opéra de Liège, a de quoi la jouer très grand seigneur entre sa belle villa, sa voiture de luxe et la possibilité d’organiser un saut en parachute à la minute pour mieux séduire sa belle. Voici qui plombe légèrement l’importance capitale de la beauté intérieure…

Bref, c’est plutôt à une femme à la hauteur qu’on a affaire. Comme toujours, Virginie Efira tire son épingle du jeu avec son naturel et son humour désarmants. On vous en révèlera plus sur la comédienne dans un prochain numéro de Femina.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mai.

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Grand écran: "Le Bois dont les rêves sont faits", terre d'asile, de mystères et de solitude

boisclair.jpgClaire Simon nous emmène au Bois pour une plongée dans la nature, loin de la ville, de son béton, de ses bruits, de ses odeurs. On s’y promène avec la réalisatrice, qui nous révèle une terre d’asile, de secrets, de mystères et de solitude. Une forêt que chacun s’approprie.

On y fait plein de rencontres. Des vieux, des jeunes, des homos, des hétéros qui draguent, des cyclistes, des Cambodgiens qui viennent fêter Nouvel-An, une prostituée, un voyeur, un fils de GI qui soulève des troncs pour garder la forme, un peintre abstrait qui peint ce qu’il ne voit pas, un ermite qui dort toute la journée. Et, encore plus étonnant, un éleveur de pigeons qui a subjugué la cinéaste. Il connaît le numéro de tous ses volatiles. Il en a des centaines…

Claire Simon a grandi à la campagne et aime Vincennes depuis très longtemps. Mais son désir impérieux d’y filmer lui est venu pendant son documentaire Gare du Nord. Dans Le Bois dont les rêves sont faits, elle abolit à son habitude la frontière entre imaginaire et réalité. «Je suis très sensible à l’histoire que chacun s’invente pour vivre. J’aime l’idée qu’il y a un scénariste en chaque individu».

aclairesi.jpgComment avez-vous rencontré ces gens, dont certains sont très extraordinaires. 

Ce fut un long travail d’approche. J’ai tourné pendant un an pour respecter le cycle des saisons et j’ai passé 90 jours dans le bois. Au début, je me tenais assez loin, avec une assistante. Mais cela ne nous apportait rien. Alors nous nous sommes enhardies. Les choses tiennent parfois du hasard mais le résultat est surtout dû à mon obstination. Par exemple la prostituée, je l’ai cherchée longtemps. Il faut l’entendre. Pour elle, ce métier est une indépendance. Elle se sent plus libre que si elle était serveuse.

Et en ce qui concerne les SDF. Enfin anciens SDF, si l’on peut dire…

J’expliquais ce que je voulais. Cela marchait ou pas. J’ai donné un peu d’argent. Il y en a qui sont super organisés. Ils ont trouvé un système de survie ou ils reprennent la main. Il existe des bandes. Ils se rendent des services. Mais le danger existe. Surtout pour les femmes. Celle dont je parle dans le film ne vit pas seule.

Vous avez l’air de beaucoup aimer les cyclistes

J’ai effectivement de l’affection pour eux. Je sais ce que c’est que ce sport, parce que je le pratique moi-même, à mon petit niveau. Mon premier souvenir du Bois de Vincennes, c’est d’y être allé à vélo.

On peut vous reprocher parfois une forme de complaisance. Je pense à la séquence avec le voyeur.

Je ne suis pas d'accord. En tant que femme, ce genre de type c’est mon ennemi et je considère comme une victoire d’avoir pu le filmer. On a commencé à le suivre et on le lui a proposé. Je voulais connaître son expérience, mais il m’a remballée. Ensuite il n’a pas cessé de rappeler en disant qu’il était sur un coup. En l’occurrence, Il devient mateur d’un couple consentant, et s’exhibe. Cette scène qui n’a rien d’excitant sexuellement, c’est ma réponse à M6. La chaîne avait fait un documentaire sur le Bois. Du point de vue journalistique, c’était intéressant. Pour le reste c’était ce que j’appellerais un docu cul, nul.

On s’attend à voir d’autres personnages. Des policiers par exemple.

Oui c’est vrai et ce n’est pas faute d’avoir essayé. C’est simplement impossible. On n’a pas le droit de les filmer. Ou alors il faut avoir le bras très long pour obtenir une autorisation.

Deux mots sur cet épisode étonnant de la faculté post soixante-huitarde de Vincennes, rasée en 1980. Un hommage à Gilles Deleuze, qui en fut le roi philosophe et dont la fille Emilie en cherche les traces.

Le plus curieux, c’est qu’à part un forestier, personne ne savait où elle était. C’est lui qui m’a montré l’endroit. Elle a duré dix ans et était ouverte à tous ceux qui désiraient suivre un cours. Pour autant qu’il y ait de la place. Elle a été rasée parce qu’il s’agissait d’un foyer libertaire qui gênait. 

Adepte du documentaire en raison d’une vitesse de tournage plus grande, Claire Simon ne s’intéresse pas moins à la fiction. Elle va réaliser un film fantastique pour les enfants sur le Bois de Vincennes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mai.

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02/05/2016

Grand écran: "Los amantes de Caracas", une relation toxique

amantes.jpgArmando est un Vénézuélien aisé d’une cinquantaine d’années. Prothésiste dentaire peu gâté par la nature, il vit en solitaire à Caracas. Quand il sort, il drague de jeunes garçons qu’il invite chez lui contre paiement. Mais cet homme désagréable sinon détestable, froid et indifférent, ne supporte pas le contact physique et ne les touche pas. Après leur avoir demandé de se déshabiller, il se contente de regarder leur corps nu en se masturbant.

Un jour il tombe sur Elder, 17 ans, chef d’une bande de voyous des quartiers pauvres. Sauf que cette petite frappe se montre réfractaire aux jeux d’Armando et le lui fait savoir en le tabassant. Le quinquagénaire persiste pourtant à le suivre, protégeant en quelque sorte ce petit caïd brutal qui, motivé par l’argent, commence à lui rendre visite de plus en plus fréquemment. Ils finissent même par habiter ensemble. Contre toute attente, Elder se met à éprouver des sentiments, voire une passion pour Armando. Celui-ci a pourtant d’autres plans…

Ce premier film au titre original Desde Allá, signifiant littéralement De là-bas est basé sur une histoire vraie du scénariste Guillermo Arriaga, notamment auteur de 21 grams. Il a valu à Lorenzo Vigas Castes le Lion d’or à la dernière Mostra de Venise. Le réalisateur y explore une relation impossible, un duel sur fond d’ébats tumultueux, complexes, entre un vieux pervers à la fois dépressif et distant et un adolescent aussi ingérable qu’agressif et fougueux.

Un pays rongé par la crise économique

Au départ cette liaison ne paraît pas très crédible. Mais on la comprend mieux dans la mesure où Lorenzo Vigas Castes place son récit dans un pays rongé par la crise économique où règne la lutte des classes, avec un écart phénoménal entre les salaires des riches et des pauvres.

Aux abois, Elder cède logiquement au confort du monde d'Armando, avant que son appât du gain se transforme en besoin affectif. Mais surtout, l’auteur se passionne pour la thématique de la relation au père depuis son court-métrage Les Elephants n'oublient jamais, où il traitait du désir de vengeance d'un frère et une soeur contre leur père abusif. Il traite le sujet sous un autre angle, Armando et Elder souffrant pareillement d’une absence parentale.

En dépit de sa prestigieuse distinction vénitienne, principalement due à son thème, tout n’est pas parfait dans ce film qui pèche un peu par son esthétique relative et une curieuse volonté de choquer. En revanche les deux acteurs principaux Alfredo Castro et Luis Silva se montrent très convaincants dans cette union toxique entre deux caractères que tout oppose, leurs aspirations, leur âge et leur condition sociale.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mai

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28/04/2016

Grand écran: "Green Room", thriller gore avec barbarie néo-nazie au menu

agreen.jpgLe quatuor punk rock, The Ain’t Rights accepte, au terme d’une tournée calamiteuse, de donner un dernier concert à Portland, Oregon. Suite à leur passage sur scène, ils sont témoins du meurtre d’une jeune femme dans leur loge et se retrouvent prisonniers d’une bande de skinheads particulièrement violents.

En compagmie d'une junkie blonde également coincée dans la chambre verte, ils comprennent vite que leur tour ne va pas tarder et qu’ils doivent se battre comme des forcenés pour échapper à leur destin tragique. Une illusion cruelle face à ces nazillons avides de faire couler le sang à flots et flanqués de leurs odieux pitbulls façonvoix de leurs affreux maîtres.

Green Room, huis-clos barbare éprouvant, figurant en quelque sorte un monde sans avenir, est l’œuvre de l’Américain Jeremy Saulnier, réalisateur, scénariste et directeur de la photographie dont le talent n’est plus à prouver selon les connaisseurs.

Après le succès de Blue Ruin, polar noir présenté l’an dernier à la Quinzaine cannoise des réalisateurs, il passe donc au thriller gore, se complaisant dans un cauchemardesque jeu de massacre et de tortures diverses. Il se veut par ailleurs dérangeant dans son portrait cru du néo-nazisme.

Pour résumer, on s’ennuie plutôt au fil de son histoire qui se traîne, montrant des tueurs balourds et moches à pathétique prétention virilissime. Certes, son film a évidemment de quoi attirer plein de fans du genre, mais on conseille aux âmes sensibles de s’abstenir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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27/04/2016

Grand écran: "Adopte un veuf" ou les joies de la communauté intergénérationnelle...

adopte.jpgHubert Jacquin, gynécologue à la retraite, s’ennuie dans son grand appartement luxueux et déprime devant la télévision depuis la mort de sa femme. Jusqu’au jour où Manuela, pétulante jeune femme quasiment à la rue, vient bouleverser le quotidien du veuf chagrin, à la suite d’un quiproquo.

D’abord très réticent à l’idée d’être dérangé dans son train-train, il finit par accepter non seulement de lui louer une chambre, mais de prendre plus tard sous son toit deux autres personnes, un avocat premier de classe coincé et une infirmière psychorigide

Et voici ce grincheux d’Hubert, cachant bien évidemment un cœur d‘or, livré aux joies de la communauté intergénérationnelle où on s'aime, on s'engueule et on se réconcilie. De vieillard triste au bout du rouleau il se transforme en sexa dynamique et avide de mordre à nouveau dans l'existence. 

Adopte un veuf, signé François Desagnat, met principalement face à face un André Dussollier emprunté au sourire forcé et une Bérangère Krief vite insupportable en tornade débordante d’énergie. A leurs côtés on trouve Julia Piaton et Arnaud Ducret, pas beaucoup plus inspirés. Difficile toutefois pour le quatuor de convaincre dans cette comédie lourdingue, ringarde, téléphonée et pleine de bons sentiments, qui surfe laborieusement sur le sujet à la mode d'une colocation due au manque de boulots et de logements pour les jeunes. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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Grand écran" "Trumbo" rappelle les heures sombres d'Hollywood, dans le viseur de McCarthy

btrumbo.jpgEn 1947, on est à l’aube de la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est aussi cette année-là que commence la chasse aux sorcières, à l’initiative du sénateur Joseph McCarthy.

Créée en 1938 pour enquêter sur la propagande nazie, la commission des activités antiaméricaines s’est reconvertie dans l’implacable traque aux communistes. Au plus fort de cette effrayante campagne, symbole de la plus grande intolérance, McCarthy s’attaque à Hollywood. Les auditions de stars se multiplient. Dix-neuf personnalités "suspectes" sont sommées de s’expliquer. Dix d’entre elles (on les appellera les "dix d’Hollywood") auront le courage de refuser de répondre ou de dénoncer, dont le célèbre scénariste Dalton Trumbo.

Emprisonné puis inscrit sur la Liste noire

Virulent et d’une rare audace en cette période dangereuse, il sera condamné à onze mois de prison puis inscrit, avec les neuf autres également reconnus coupables d’appartenir au Parti communiste, sur la Liste noire. Il leur est désormais impossible de travailler. Mais Trumbo ne baisse pas les bras bien au contraire. Aidé par sa famille et grâce à son talent, il contourne l’interdiction d’exercer..

atrumbo.jpgLe réalisateur Jay Roach, étonnant car plus porté sur la grosse sinon grasse comédie, raconte son long combat dans l’ombre vers la réhabilitation. Il utilise une foule de pseudonymes, mettant sa femme et ses enfants à contribution pour faire passer sa copie.

Cigarette au bec, whisky à portée de main, il écrit tout le temps, particulièrement dans sa baignoire. Sa machine posée sur une planche, il va pondre une trentaine de scénarios au kilomètre pendant dix ans, du plus nul au meilleur, comme Vacances romaines en 1953 ou Les clameurs se sont tues en 1957 qui lui vaudront deux Oscars.

C’est Kirk Douglas, en poussant en 1960 Trumbo à écrire Spartacus, réalisé par Stanley Kubrick, sous son vrai nom qui le sort de la clandestinité. A l’issue de la projection, les félicitations du président Kennedy, qui en fera même son film préféré, mettront fin au cauchemar des  "rouges" et à une décennie maudite,

Formidable prestations d'acteurs

Servi par une bonne reconstitution des années 50 et assorti d’images d’archives, le film séduit davantage par son ton caustique et son rythme que par sa mise en scène. Mais il vaut surtout pour cette terrible et fascinante page d’histoire, rappelant les heures très sombres d’Hollywood. Sans oublier les comédiens, à commencer bien sûr par le principal Bryan Cranston, nominé aux Oscars, mais coiffé par Leonardo DiCaprio.

Mêlant, élégance, cynisme et drôlerie, le héros de Breaking Bad redonne vie au moustachu Trumbo, personnage hors du commun, charismatique et intelligent, maniant l’humour comme une arme, tout en se révélant provoquant, attachant, combatif, irascible, tyrannique.

A ses côtés, on retiendra notamment Helen Mirren, excellente dans le rôle de la redoutable et perverse chroniqueuse Hedda Hopper, anticommuniste acharnée, soutien actif de McCarthy et Reagan, qui pouvait briser une carrière d’un trait de plume.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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26/04/2016

Grand écran: "Dégradé", une autre façon de raconter la Palestine

babass.jpgUn modeste salon de coiffure aujourd’hui dans la Bande de Gaza. On y propose tout, de la pose de bigoudis à l’épilation en passant par la manucure. Dans ce huis-clos interdit aux hommes où les femmes viennent bavarder et se détendre, treize d’entre elles ont été rassemblées par les jumeaux palestiniens Arab et Tarzan Nasser pour leur premier long-métrage, Dégradé.

Un titre symbolique, évoquant à la fois une fameuse coupe de cheveux et une situation violente qui ne cesse de s’envenimer dans la région, rappelée par des coups de feu à l’extérieur de l’établissement. Un gang armé exhibe un lion enlevé au zoo de Gaza, que le Hamas entend récupérer de force.

Aux affrontements hors champ des hommes des deux camps, les réalisateurs opposent l’atmosphère lourde qui règne d’abord dans le salon. Là aussi la tension monte…entre les lionnes. Critiques et remarques acerbes fusent parmi ces femmes à la langue bien pendue et au caractère bien trempé. De tous âges et de tous milieux (une religieuse, une divorcée, une droguée, une fiancée, une femme enceinte, une Russe…) elles sont représentatives des différentes tranches de la population féminine à Gaz. .

Mais face à la brutalité qui s’accroît entre les mâles au-dehors, elles oublient petit à petit leurs crêpages de chignon et se rapprochent en évoquant les interdits et leurs craintes au sein de ce microcosme social qui les contraint à la cohabitation.

abbass.jpgCette comédie noire rondement menée et pimentée d’humour raconte la Palestine d’une manière originale, tout en s’interrogeant sur la place qu’y tient la femme. Elle est portée par une belle brochette de professionnelles ou non. Parmi elles, la grande Hiam Abbass (au centre de l'image), attachante personnalité mi-orientale, mi-occidentale, actrice et réalisatrice pleine de projets. "Cette double casquette fait de moi ce que je suis. Chaque activité se nourrit de l’autre et de mes rencontres", nous confie-t-elle lors de son passage à Genève.

Israélienne, née en 1960, elle a commencé très jeune. A neuf ans, elle fait partie d’un spectacle à l’école qui lui permet de goûter à la magie du métier. Elle suit des cours d’art dramatique jusqu’à la fin du lycée, puis tâte de la photographie avant de revenir par ce biais au théâtre. Elle découvre le cinéma avec Noces en Galilée de Michel Kheiti.

Désormais, sa voie est tracée. En 1987, après un passage à Londres, elle s’installe à Paris, fait d’abord des enfants, deux filles, Lina et Mouna, puis tourne pour le petit et le grand écran. On la voit notamment dans Aime ton père du genevois Jacob Berger en 2002. Mais elle doit sa notoriété à Satin rouge de la Tunisienne Raja Amari en 2005. Elle a également joué sous la direction de Patrice Chéreau et Jean Becker.

Très au fait du conflit israélo-palestinien, elle a été appelée pour un rôle dans Munich de Spielberg, sorti en 2006. Sur le plateau il insiste pour qu’elle coache les acteurs. Elle tergiverse. "Il me voulait pour quatre mois. Trop long pour moi... Finalement je l’ai fait. C’était dur mais intéressant. Une belle expérience. Et surtout cela m’a permis de côtoyer un homme adorable, de voir sa façon de travailler,de constater à quel point il était rapide". 

Dans Dégradé, elle a aimé la capacité artistique et d’observation des frères Nasser, des peintres à la base. "Ils prennent une histoire vraie et la développent. Là ils ont choisi la métaphore pour raconter la vie des Gazaouis dans un huis-clos en ne racontant pas vraiment la souffrance à travers la guerre, mais en se préoccupant du conflit politico-social".
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"Je voulais incarner un personnage nouveau pour moi"

Et son rôle de femme mûre, désagréable, courant après une jeunesse enfuie? "C’est moi qui l’ai proposé. Au départ, on m’avait suggéré celui d’une mère. Mais je l’avais déjà incarnée et j’avais envie d’un personnage nouveau. C’était une première. J’avais l’impression de découvrir cette femme fragile qui se camoufle derrière une dureté de façade".

Seule avec deux autres comédiennes à avoir une expérience de cinéma, elle a aidé ses amis réalisateurs à gérer les amatrices. "Cela leur a demandé une énergie considérable, une disponibilité constante. Il y a eu des scènes difficiles à refaire pour obtenir de l’authenticité dans leurs réactions, C’était presque du travail de théâtre. Au début on a perdu du temps …".

Le film, qui avait été sélectionné à la Semaine de la critique sur la Croisette en 2015 a bénéficié de la célébrité de Cannes pour réaliser beaucoup de ventes à l’international. Il a par ailleurs été montré avec succès à Ramallah, ainsi qu’à Haïfa en janvier de cette année dans le cadre du festival de cinéma indépendant organisé par la fille de Hiam Abbass, Lina Soualem, et deux autres personnes.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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19/04/2016

Grand écran: "Belgica", ambiance sexe, drogue et rock'n'roll

belgica.pngHomme à femmes, Jo est un célibataire passionné de musique et Frank, qui ne voit que d’un oeil, un père de famille sans histoire aspirant à la sécurité. Ces deux frères que tout sépare s’associent et voient grand pour transformer le petit bar de Jo. C’est un triomphe. En quelques semaines, le Belgica devient le rendez-vous incontournable, le repaire libertaire des noctambules de Gand, quelle que soit leur origine sociale.

Le Flamand Felix Van Groeningen nous plonge ainsi, à grand renfort de sons, de lumières et de fêtards sous coke surexcités, dans les vapeurs alcoolisées d’un monde parallèle euphorique. Un cocon à l’ambiance sexe, drogue et rock’n’ roll électrisée par la furia de l’explosif duo Soulwax. Voilà qui devrait enthousiasmer les fans.

Mais dans cette nouvelle «babylone» belge, microcosme marginal, anarchique, prônant la mixité et la tolérance, le drame couve et les choses tournent au tragique pour Jo et Frank. Leur antagonisme profond, qui constitue en fait l’unique ressort dramatique du film, refait surface. Pris par la folie des grandeurs, dévorés par leur succès, ils s'opposent violemment et vont jusqu’à se trahir.

Le scénario prévisible est la faiblesse de cette fable morale et hédoniste frôlant l’overdose et tombant peu à peu dans le mélo convenu. Par ailleurs trop long, Belgica finit par tourner en rond, l’auteur rechignant en somme à sortir de l’ivresse de la nuit gantoise. Felix Van Groeningen maîtrise moins bien son sujet que dans Alabama Monroe, qui lui avait valu le César du film étranger en 2014.

En revanche, les comédiens se révèlent convaincants. A l’image de Stef Aerts même si, obligé de jouer avec un œil fermé, il laisse parfois filtrer un mince éclat de pupille. En jouisseur Tom Vermeir, musicien, grand fan de Soulwax et acteur de théâtre, se montre à la hauteur dans son premier rôle au cinéma.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 avril.

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12/04/2016

Grand écran: dans "Demolition", Jake Gyllenhaal détruit tout pour se reconstruire

demolition.jpgRéussite sociale, beau mariage, Davis, jeune banquier d’affaires prospère, mène une vie réglée comme du papier à musique du lever au coucher. Et puis son quotidien tranquille bascule brutalement le jour où sa femme meurt dans un accident de voiture. N’ayant plus goût à rien, il sombre dans la déprime, en dépit des efforts de son beau-père pour le pousser à avancer.

Mais tout ce qui intéresse Davis, c’est d‘envoyer une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques pour se plaindre d’un appareil défectueux. Ensuite, il se met à lui adresser des courriers où il se raconte, attirant l’attention de Karen, responsable du service clients. Peu à peu, une relation platonique se noue avec cette autre femme, mère célibataire d’un ado de quinze ans. Entre ces deux êtres, Davis tente ainsi de se reconstruire, de renaître en somme, loin d’une existence matérialiste.

Pour cela, il lui faut d’abord démolir ce qui constituait sa vie d’avant, qu’il s’agisse de ses relations, ou plus précisément des objets qui l’entourent, du plus petit au plus gros. En l’occurrence sa maison qu'il attaque à éa perceuse. Prétexte à des scènes de destruction massive à vocation libératrice pour l’anti-héros proche de la folie, en compagnie du fils précoce de Karen qui, lui, est en pleine phase de construction. Métaphore quand tu nous tiens…

Un clou lourdement enfoncé

Mais trop c'est trop. Car s’il s’agit au départ d’une bonne idée, Jean-Marc Vallée, réalisateur canadien qui nous avait notamment séduit avec l’excellent Dallas Buyers Club, nous perd dans Demolition à force de tirer à outrance sur le symbole et le stéréotype en enfonçant lourdement le clou. Sans oublier l’inévitable parabole sur l’inanité de la course à la performance et au profit.

Pesamment répétitif, le cheminement de Davis vers la guérison et la rédemption, qui se veut aussi radical que déjanté, a au contraire tendance à virer au chemin de croix pour… le spectateur. D’autant que l'auteur abandonne un début de cynisme en route et nous emmène droit vers un dénouement prévisible, en misant à fond sur le mélo ordinaire.

Reste l’interprétation. A commencer par celle, entre douceur et violence, de Jake Gyllenhaal. Il se montre plutôt convaincant dans son rôle de veuf bipolaire torturé au regard halluciné, qui pète un plomb sous le coup de la douleur.  A l'image de Naomi Watts, compatissante et compréhensive, qui apporte un peu de stabilité et de sérénité dans l’histoire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 avril.

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Grand écran: "Les ogres", un film qui s'auto-dévore dans la démesure. Avec Adèle Haenel.

lea.jpgLéa Fehner nous plonge dans l’univers du théâtre itinérant avec Les ogres, comédiens exubérants sillonnant les routes de France avec leur chapiteau sur le dos, s’arrêtant de ville en ville pour faire leur show, qui tient à la fois du cirque et du spectacle forain.

La réalisatrice de 34 ans s’inspire de sa propre vie, ayant elle-même grandi dans ce milieu au cours des années 90. Ce sont ses souvenirs qui nourrissent une histoire évoquant le quotidien d’une troupe façon grande famille recomposée, sorte de microcosme social où on partage tout, où chacun se mêle de tout dans une absence totale d'intimité. Comme de l’arrivée imminente d’un bébé et du retour d’une ancienne amante qui vont raviver des blessures prétendument oubliées, prétextes à la dramatisation exacerbée du récit.

Et Léa Fehner ne fait pas dans la dentelle. Caméra indiscrète fouinant partout en perpétuel mouvement, bouillonnement permanent et à son comble chez ses ogres foutraques. Felliniens sur les bords, ils s’aiment, se déchirent et se dévorent à grand renfort de cris, de hurlements, d’épuisantes démonstrations outrancières de sentiments et d’émotions. Une débauche de vie et d’énergie virant à une démesure et une hystérie qui finissent tout de même par lasser.

En adele.jpghaut de l’affiche de l'opus pour lequel Léa Fehner s'est notamment entourée de son père, sa mère et sa soeur: Adèle Haenel, lâchée dans une arène en effervescence. César de la meilleure actrice l’an dernier pour l’excellent Les Combattants, actuellement également au théâtre à Paris dans Old Tiîmes d'Harold Pinter, elle était récemment de passage à Genève.

Forte personnalité, la jeune  femme, un rien hostile, s’agace qu’on puisse lui demander son sentiment sur ceux que provoquent sa belle ascension dans le métier. «Nouvelle tornade du cinéma français» lui arrache par exemple un «ouais, super» pour le moins dédaigneux… En revanche «féministe» lui va. Rebelle aussi, un peu, enfin elle ne sait pas… Surtout, elle s’en moque. «Ce n'est pas à moi de le dire. Pensez de moi ce que vous voulez».

L'essentiel, c'est la rencontre avec un réalisateur ou une réalisatrice, la promesse contenue dans un scénario, comme celui de Léa Fehner et de ses deux coauteures. La jolie Adèle en serait-elle une, d'ogresse? En tout cas, le film lui a fait du bien. «Il est bruyant, excessif, n’est pas dans la subtilité. Il réveille, remet au centre une vie qui n’a rien de tempéré. Il parle de la confrontation à l’autre, de l’altérité. Il y a une vibration politique hors d’une rationalité dont on nous rebat les oreilles. Et puis ce qui m’a plu, c’est l’improvisation totale qu’il y a dans certaines scènes. C’est génial. On a peur, mais on éprouve du plaisir».

Pour Adèle Haenel, créer un microcosme n’est pas forcément l’ambition de l'auteur.  «Certes cela reste une microsociété. Mais l’important c’est le vivre ensemble. Avec des différences assumées. Chacun est venu avec ce qu’il était. Il ne s’agit pas de mettre les gens dans une case. C’est précisément l’inverse. Trouver sa place au sein d’une telle troupe, c’est assez galvanisant. Il faut viser le moment juste. L’équilibre. Oublier la caméra. Assumer la limite de ce qu’on est».

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

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